‹ Œuvres complètesChapitre 46 sur 183 · SUR LA SÉVÉÎUTÉ ÉVANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

SUR LA SÉVÉÎUTÉ ÉVANGÉLIQUE

ANALYSE

'.•• C- n'i's' ;i)'iit ;i;u- l;i .lii"; '.iilir; Je-; c!h);ft-! (|ii'on iMitrCiiron I : pjiir:|!iJi ? pir la raison (lu'en ilaniie saint Chry-osloniiî, savoir. <Y\K iis c'tiKtîN iiiJ!ii;s i'i plus liii'.kilîi nous tl 'vie:i!i;;U laciloi el agrjaiil;;-; d ins la vue il'un iiilér.H Iiutnaia ; lI îjii'il y a-ir:iil a;»s |i!iiî îc peiij ii s"c:i a'a^teirr qu'à les iaire. Par excniiie, on ne dira pas i|'ie !a vie laborieuse d'un av.ire et la siTviîiiL' «lu-i co-.ir>i-;a:i. doive il èlre com,i[ées p.)ar des exe;-cice> de l'abaégalioa chi-r-lieiirie. Leur alinigalion serait, au con- !ri>-o. a l"ii:i, de ne p>inl Mal se fatiguer paar coalealer son avarice, et à l'autre, de ne p^iut tant se captiver pour satisfaire

p>inl Mal se fatiguer p3 «oa aiii'i.;ii.)n. Oir vodii ce ipii leur coulerait

I2ft SERMON POim h^ TROISIEME DIMAVCHK m »/ AVFNr.

2" Ce n'est point pir une rie cxt'^rieurement niorlifl6e ; en voici la prouve : c'e»l que dans cet cxti^rietir Je moilincation, il peut encore y avoir un intérêt caché où la nature «e trouve. Ainsi les phariRJons paraissaient morlidés : pourquoi? pour se rendre mailles dfs esprits, et pour parvenir h leurs lins. Si donc il arrivait que nous prissions les m^mes voi"^, et que tout cet éclat de moriincalion n'iiboutit qu'ù conduire une intrigue et à soulenir un parti, pourrait-on penser alors qu'il ye&t le moindre vestige de cette sévérité que nous a cnioiKn'''e Jésus-Cirist ?

3" Ce n'est point par un certain z'Iede réforme et de maintenir la discipline; car ce zèle ne coûte rien dans les discours. Mais voulons-nous connailre si c'est l'efTel Je la vraie sévérité Je l'Evanf^iit', voyons si ce zèle nous rend moins intéressés, et s'il nous dégage de ces vues humaines qui iiiri-clent ce qu'il y a Je plus sacré Jans le culte de Dieu. Nous exagérons en paroles la sévérité du christianisme ; mais Jans la prali(|ue nous ajjissons comme le reste des hommes, souvent pis que le reste des hommes, parce qu'il y va Je notre intérêt. Et en cela on ne manque pas d'adresse, pour avoir toujours la réputation d'homme sévère, et pour agir ni'anmoins comme les plus rehVhés.

4" Ce n'est point même par l'abanJon tlTectif de quelques intérêts particuliers : car il est aisé, dit saint Augustin, de renoncer b un intérêt jiour un autre inltrêl. Il faut donc, si nous voulons êlre vraiment sévères selon l'esprit de l'Evangile, que notre désintéressement soit général, en sorte que nous ne cherchions que Dieu; qu'il soit absolu, sins condition et sans réserve ; qu'il soit sincère, sans tout ce raKlnemenl de la fausse sévérité. Tandis que ce Jésintére»semenl clirêtien a régné Jans le chrisli.i.iismc, le chrisiianiime sest maintenu dans toute sa pureté ; mais dès que l'esprit J'intcrêt y est entré, nous avons commencé h dégénérer, ft Je Ih sont venus tant de désordres. Contentons-nous de Dieu; Dieu nous suffira : il suffit bien pour tout ce qu'il y a de bienlienreux dans le ciel ; il suffit bien pour lui-même.

Deuxième partie. Humilité, second caractèreJe la sévérité évangélique. Rien de plus parfait que cette sévérité ; mais rien aussi de plus exi^osé k la tentation de l'orgueil. Cependant, dit sainiBernard, être humble, et être sévère à soi-même, ce ne sont point deux choses distinguées, dans les maximes de Jésus-Christ. G'estcequi l'engagea à se déclarer si hautement contre les pharisiens. Peinture des pharisiens et de leur orgueil.

Or, si le Fils de Dieu n'a pu supporter ce faste dans les pharisiens, qui ne lui appartenaient en rien, comment, dit saint Grégoire, le supportera-t-il dans nous, qui sommes ses disciples ? Cependant est-il un désordre plus commun ? Où l'orgueil ne se giisse-t-il p;i.s, puisqu'il s'insinue souvent Jusque dans la haine de nous-mêmes, et dans les saintes rigueurs que r.ous exerçons sur nous-mêmes ?

Ce n'est pas qu'en bien des rencontres nous ne fassions les humbles, miis d'une humilité, dit saint Jérôme, qui ne risque rien. Vous diriez ((U'il sulTit d'être sévère pour être plein de soi-même: on ne parle plus que de soi. Quoiqu'il y ait des conduites de grâces difrérenles, on n'estime plus que la sienne : on y voudrait réduire tous les autres ; et s'ils s'en écartent, on les croit perdus.

On veut pratiquer le christianisme dans toute sa sévérité; maison veut en avoir l'honneur. On se retire du monde ; nnis on est bien aise (jue le monde le sache. On se mortifie en secret ; mais on fait si bien que ce secret cesse bientôt d'être secret, et l'on a cent binis pour le rendre public, en sauvant même les dehors de la modestie.

De lii vient qu'on aime en tout la singularité. S'il y a quelque chose de nouveau, c'est à quoi l'on donne : bien différents en cela de saint Augustin, qui, pensant à se convertir, n'évita rien plus soigneusement que de le faire avec bruit. C'est assez qu'on ait un certain zèle de discipline et de réforme pour vouloir juger de tout, dominer partout, parvenir à tout.

Or ce levain de l'orgueil, 1" corrompt tout le mcrite de notre sévérité, puisque ce n'est plus Dieu qui en est le motif; 2" en détruit même le fonds et la substance. Car la sévérité chiétienne consiste ii se taire violence : nulle violence quand on suit la nature ; et n'est-ce pas la nature que l'on suit en suivant son orgueil ? Voili pourquoi, dit siint Clirysoslomî, nous avons beaucoup moins de peine à faire plus que nous ne devons, qu'à faire ce que nous devons, parce qu'à faire plus qu'on ne doit, il y a une certaine gloire qui flatte.

La vraie austérité du christianisme est donc d'être humble, et de chercher l'obscurité. La vraie austérité, surtout pour les âmes vaines, est souvent de se tenir dans la voie commun», ot d'y faire, sans être remarquées, tout lie bien qu'on ferait dans une autre route avec plus d'éclat. Mais ce n'est point, mon Dieu, aux sages du monde, ce n'est pas même aux sages dévots, à ces dévots superbes, que vous avez révélé ces vérités ; c'est aux petits et aux humbles : soyez-en béni.

TnoisiÈME PARTIE. Charité, troisième caractère de la sévérité évangélique. Comment accorder l'une et l'autre, puisque la charité, selon saint Paul, couvre tout et supporte tout, et qu'au contraire la sévérité fait profession de n'excuser rien et de ne pardonner rien ? Pour comprendre ce mystère, il n'y a qu'à distinguer les objets. Car l'Evangile veut que nous soyons sévères mais pour qui? [our nous-mêmes, et non pour les autre». Or, la sévérité jiour nous-mêmes et la charité pour les autres, ce sont deux devoirs qui, bien loin de se combattre, s'entretiennent mutullement.

En cllet, c'est en pratiquant la charité à l'égard des autres, qu'on pratique à l'égard de soi-même ce qu'il y a dans la sévérité chrétienne de plus diflieile et de plus parfait. Car être charitable, c'est être patient, modéré, doux, discret, détaché de soi-même. Or, pour cela, quelles violences ne faut-il pas se faire en mille rencontres?

Mais quel est le désordre? C'est qu'au lieu d'exercer celte sévêriié envers nous-mêmes, nous l'employons tonte contre nos frères. Je veux que notre sévérité produise en nous quelque réforme: mais si au même temps elle nous rend f,iclieu\ aux aulres, aigres, impatients, critiques, médisants, vindicatifs, ce n'est plus qu'une fausse sévérilj ; et l'on peut dire de nous ce que Jésus- Christ disait des pharisiens: que nous sommes de grands observateurs des petites choses, tandis que nous négligeons les plus importantes.

Car un des plus grands préceptes delà loi, c'est la charité ; et voilà à quoi manquaient les pharisiens, et sur quoi le Fils Dieu leur faisait tant de reproches. Scrupuleux sur des points peu nécessaires, ils transgressaient librement les devoirs plus indispensables. Peinture naturelle de la piété de notre siècle. Une femme communiera, se mortifiera , fera de longu prières; et du reste, troublera toute une maison par ses caprices, et déchirera le prochain par ses médisances. Piété d'enfant, dit saint Ghrysoslome, après l'Apotre. Jlais quoi! faut-il quitter toutes ces pratiques que la ferveur inspiiv? Non : mais retenonsles selon la règle que Jésus-Christ nous a prescrite : faife* d'abord celles-ci, c'est-à-dire les choses nécessaires, et n'omcUex pas ensuite les aulres*

SUR LA SKvr.aiTÏ?. ËYAfrO.l^.LTUL'K.

trr

ilf» Koz rl'nantfi i» in -il* : Dirigilc viam Pomini.

J« tuVi '.* raix '.te celui (lui crio dans le itéiori : Reiiilei droit* <.a oie du C4>|'ntnir. (Saint Jean, c^xnp. i, 23.)

ùette voie du Seigneur est sans doute, selon f . pensée de lotis les Pères del'}vi,^lise, et niùine ian3 le sens littéral, la voie étroite du salut, el jean-dptiste est le premier (|ui, comme précurseur de Jésus-Christ, l'ut envoyé au monde pi^ur la faire connailie, pour la préparer dans le? cœurs, pour l'aplanir sans l'élargir, mais surtout |)Our la rendre droite par les saintes règles <iu'il nous a tracées, en nous exhortant à y en- Uvr et h la suivre : Dirigite oium Domini, rectas fimte semitas ejus. Voie étroite, voie unique, qui puisse désormais nous conduire à la vie, je dis î> la vie éternelle : Arda via est qiiœ ducit ad vi~ îum ^. Car dopnisle péché, dit saint Jérôme, il n'y a plus d'autre voie pour aller à Dieu que la voie de la niorlification.

Mais, p;u' une suite funeste de l'état malheureux où le péché nous a réduits, combien ignorent cette voie et ne la savent pas discerner ? combien d'entre ceux même qui la cherchent et qui croient l'avoir trouvée, s'y égarent néanmoins et s'y perdent ? En effet, nous apprenons de l'Ecriture qu'il y a une voie dont les apparences sont trompeusss, que les hommes regardent comme une voie droite, mais dont les issues aboutissent à la mort : Est via quoi videtur homini recta, novissima autem ejus ducuiit ad mortem 2. Il est donc aujourd'hui question, mes cliers auditeurs, de vous préserver d'une illusion si dangereuse : il s'agit de vous donner une juste idée de la sévérité chrétienne, et c'est ce que j'entreprends dans ce iiscours. Ne prenons point d'autre modèle que Jean-Baptiste; et parce que c'est par l'opposition des ténèbres que la lumière paraît plus éclatante, opposons la vraie sévérité de saint Jean à cette fausse sévérité des pharisiens, que le Fils de Dieu, dans l'Evangile, a si souvent et si hautement réprouvée. Qui jamais fit profession d'une vie plus austère que le divin précurseur ? qui jamais fut plus sévère dans ses mœurs ? Mais dans sa sévérité même, remarquez ceci, ce fut un homme désintéressé, ce fut un homme humble, et ce fut un homme charitable. Désintéressement le plus parlait : il ne tient qu'à lui d'être reconnu dans toute la Judée pour le Messie ; des prêtres, des lévites, députés de la synagogue , sont prêts à le saluer en cette qualité : mais sans se laisser prcnlre à l'éclat d'une dignité si auguste et si

» Matth., y», U. — » Prov., xvi, 2i.

émiaenîe, il prul.ste, non-soulenienl qu'il n'est pas le Messie, mais (ju'il n'est pas même prophète : Elias es tu ? i\o,i sim. Proplieta es lu ? Non sum '. Iliimililé la plus héroùpio ; bien loin d'acce[)ter rolfrc «pi'on lui fuit, il coiilèsse (pi'il n'est pas digne de rendre à ce Messie que l'on cherche les plus vils services, ni de dénouer les cordons de ses souliers : Cujus non sum digmis ut solvamcorrigiani calceamentorumejun î.Eudn, charité la plus [>iire cl la plus solide : s'il a de la dureté, c'est pour lui-même ; et du reste, il emploie toute l'ardeur de son zèle h instiuire les peuples, h totichci- et à gagner les cœurs pour les gagner à Jésus-Christ : Ego vox damantis : Dirigite viam Domini.

Voilà ce que j'appelle une sévérité vraiment évangéliquc : voilà ce qui manquait aux pharisiens, et qui manque encore à tant d'autre.^ qui, selon le reproche de saint Jérôme, onthéiiié, par une malheureuse succession, de tous les vices de ces prétendus dévols :Vœ vobis, ad quvs pharisœorum vitiatransieruntl Ils se piquaient d'une piété sévère ; mais quel en était le fond '! Un esprit d'intérêt : Malheur à vous, leur disait le Sauveur du monde, qui faites de longues prières et qui cherchez à vous enrichir du patrimoine des veuves ! Un orgueil secret : Malheur à vous, poursuivait le Fils de Dieu, qui voulez partout dojniuer et tenir les premiers rangs! Une dureté impitoyable pour le prochain: Malheur à vous, qui chargez vos frères de fardeaux pesants, dont ils sont accablés et qu'ils ne peuvent porter ! Delà, mes chers auditeurs, tirons trois règles pour bien juger de la sévérité chréiienne, et concluons qu'elle doit surtout cousister dans un plein désintéressement : c'est la première partie; dans une sincère humilité : c'est la seconde ; et dans une charité patiente et compatissante; c'est la troisième. On dira que cette matière ne convient pas à la cour, et moi je dis que c'est spécialement à la cour qu'elle convient. Gara la cour, comme partout ailleurs, on ne peut se sauver que par la voie étroite : et n'est-ce pas à la cour, plus que partout ailleurs, qu'on a, dans cette voie étroite, a se défendre de l'intérêt, de l'orgueil, des aversions, des animosités, des envies, de tout ce qui peut envenimer un cœur et l'endurcir ? Je n'y persuaderai pas, mais au moins j'instruirai. La sévéritéque j'y prêche n'y sera pas pratiquée, mais au moins elle y sera connue : et n'y cùt-il que quelques âmes (idèles qui dussent profiler de cette instruction, ce sera assez pour moi. Dieu aura la gloire d'avoir trouvé jusque dans

• Joao., I, 21. — ' Luciii, 16.

lis

SEiuiOM PG' s ;.v ';p':.'S.î-:.v.h: :?!?:/. '.'':Tr/^ on: L'avkn-'.

la cour, on, plutôt, J'y avoir formé de parfaits aJorateui-s. Domaiulon^, etc. Ave Maria.

PitEMIKRE PARTIE.

C'est par le relranchoment de l'intérôt, ou plulAl (le la cupidité qui s'atlache à la poursuite de rinlérôt,(iue doit coinuienccr celte circoncision du cœur dont parle si souvent l'ApiV tio, et sans laquelle il est impossible d'entrer dans cette voie étroite de l'Evangile, qui conduit à la vie, et qui est le principe du salut : Omnis ex vohis qui non renunliat omnibus quce possidet, non potest meus esse discipulus », Quiconque ne renonce p:is d'esprit et de cœur à tout ce qu'il a, beaucoup plus, à tout ce qu'il n'a pas et qu'il ne peut avoir sans injustice ou sans forcer l'ordre de Dieu, est incapable d'être mon disciple. Voilii le premier axiome de la morale de Jés is-Christ, qui, pour n'être que le plus bas ùc^vé de la perfection évangclique, ne laisse pas d'abord d'élever l'homme au-dessus de tout ce qui n'i'st point Dieu, et qui fait déjà réellement et solidemLMit en lui ce que la philosophie païenne n'a jamais pu faire qu'en apparence dans ses pins parfaits et ses plus zélés sectateurs. D'où je conclus qu'un chrclien, quelque idée de saintolé qu'il se propose, n'aura jamais cet esprit de sévérité, propre de la loi de grAce, qu'autant qu'il aura cet esprit de désinlére-scment par où noire divin Maître a voulu que ses disciples fussent distingués.

Car pour vous en développer le mystère, prenez garde, s'il vous plaît, aux propositions que j'avance, et qui vont vous désabuser d'autant d'erreurs dont je craindrais avec sujet que que vous ne fussiez prévenus. S'il faut mesurer la sévérité chrétienne par quelque règle, à parler exactement, ce ne doit point être, ni par la difficulté des choses que l'on entreprend ou que l'on est prêt à souffrir, ni par l'éclat d'une vie extérieurement austère et m;)rliné'î, ni par un certain zèle de réforme dont on se pique dans les 'discours et dans les conversations du monde, ni par un abandon môme effectif de quelques intérêts particuliers dont on consent à se dépouiller : pourquoi ? parce que tout cela précisément considéré, bien loin d'êliece que Jésus- Christ a prétendu , en nous obligeant à être sévères envers nous-mêmes, peut subsister, et subsiste en effet tous les jours avec les plus honteux relâchements du christianisme. Ûuelic est donc la marque sûre et infaillible de la sévérité que nous professons dans notre religion ? je le répète, un désintéressement général, absolu, sin-

> Luc, ziy, M,

cère : trois qu.dlic's aùj-^i fi.* s dans îr. .cn^Mlr: qu'elles sont estimables, et par ûù i-cfo lîrvot'l juger si nous sommes en effet devauî. Tri*'! ce que peut-être nous nous flattons hier) iijnstcnient d'être devant les hommes. C<'fi !.v'"*ite toute l'alleiition de vos esprits; ne peut*:: nm d'une si importante m dière.

Non, chréliens, ce n'est point pai la rè:;!c, n. de la difficullé des choses, ni du coiini jo h ïjy entreprendre ou à les souffrir, qu'il l'a it di>c»'rner la vraie sévérité d'avec la fausse. VA\n ;)ir.''j. ve en est évidente : parce que, comme raisi>:!« ne fort bien saint Chrysosfome, les cho'-t'^ même les plus fâcheuses, et celles dont la nature a le plus d'horreur, nous deviennent supportables, et même faciles et agréables, dans la vue d'un intérêt humain ; et quand nous aiii^sons par le motif de cet intérêt, bien loin <\>\ii nous nous fassions violence en nous abstensi^», en nous surmontant, en nous captivant, on p-ut dire, et il est vrai, que nous nous la ferions font entière en ne nous abstenant pas, en ne nons surmontant pas, et en ne nous captivant pas.

Ce que nous prenons alors sur nous, nous no is l'accordons à nous-môines. iNous mortifions » >;> passion, mais c'est pour suivre le mouveniMt et l'attrait d'une autre. Il nous en coùt'.\ miis d'une manière quine choque point notreamonrpropre, puisque au contraire c'est îiotre amourpropre, qui nous fait porter lui-mêmî la pesanteur du joug, et qui cherche en cela à se satisfaire. Or, ce qui satisfait en nous i'.nnonrpropre, ne peut pas être l'objet de la sévérité évangélique.

En effet, on ne dira pas que la vie pénible et laborieuse d'un avare qui s'épuise po'.ir amisser, soit une vie austère selon l'Evangile, ni que la servitude d'un courtisan qui, pour él iblir sa foitune, essuie tout et dévore toul, lui ioivc ê ro comptée pour un exercice de cette abuégaliiiu qui tait le souverain mérite des jnslcs. Au coîitraire, plus l'un et l'aulre est déierminé, dans celte vue, à prendre sur soi-même, plus il est censé amateur de soi-même, et plus il est éloigné de celle siunte haine que le Fils de Dieu veut que nous ayons de nous-mêmes : pourquoi î parce que l'intérêt qui le domine, et dont il s'est rendu esclave, n'est rien autre chose qu'un amour déréglé de soi-même qui le fait sonlLir. Sa véritable abnégalion (je parle de l'homme mondain) serait donc plutôt de ne pis so;ilfnr de la sorte, et de renoncer à cet intérêt pour lequel il renonce à tout le re.->le. Cir voilà ce ({ui lui coûterait ; mais c'est justement ce qu'il ne gagne jamais sur lui, parce que, selon la pensée

Srm LA SfiVP.RITft P.VANnr.LTQUE.

ée saint Ambroisc, s'il se resserre, ce n'csl point dans cette voie étroite et salutaire que Jésus- Christ nous a enseipfiiée, mais, par un avenj^lement bien (léploral)le, dans le chemin large et spacieux qui mène à la perdition.

Je dis plus, et je vous prie d'écouter ceci. Une vie exacte et extérieurement morliliéo n'est |)oint toute seule un témoignage convaincant de la sévérité que nous cherchons, et qui est celle que l'Evangile nous recommande. En voici la raison, c'est que dans cet extérieur de mortification et de régularité, il peut encore y avoir un intérêt caché où la nature se trouve. Quel intérêt, me direz-vous ? un intérêt, chrétiens, d'autant plus difficile à vaincre, et plus dangereux, qu'il est plus déguisé et plus raffiné, cest-h-dire un intérêt où la piété se mêle, et qui est revêtu de ce qu'il y a de plus spécieux et de plus éclatant dans la religion.

Car si la piété est utile à tout, comme disait saint Paul, quoiqu'il l'ait dit dans un sens bien dilïérent de celui-ci, beaucoup plus la piété qui fie pique d'exactitude et d'austérité. Or, telle est surtout celle de certains esprits dont saint Augustin nous a si bien donné lidée ; qui se font, dit-il, un intérêt d'être sévères, et dont il semble que la politique soit d'être regardés dans le monde et tenus pour tels : et moi je soutiens que du moment qu'ils se font un intérêt de l'être, dès là ils cessent de l'être, et qu'il est impossible qu'ils le soient, parce qu'il n'y a point de contradiction plus positive dans la morale chrétienne que celle qui se rencontre entre ces deux termes , la recherche de l'intérêt et la sévérité.

Un exemple plausible, et d'autant plus touchant pour nous , que Jésus-Christ, notre souverain maître, à force de nous le mettre devant les yeux, l'a consacré, pour ainsi dire, à notre instruction, c'est celui des pharisiens. Qu'y avaitil de plus régulier en apparence, et de plus détaché par profession de toutes les douceurs de la vie que les pharisiens parmi les juifs ? C'était l'esprit de leur secte. Cependant le Sauveur du monde ne put jamais les supporter ; et la remai"que de saint Jérôme est bien étonnante, que cet Homme-Dieu, qui était d un côté la sagesse Vnèrae, et de l'autre la douceur et la bonté môme, fit toujours paraître plus d'indignation et un zèle plus amer contre cette prétendue sévérité pharisaïque, que contre les désordres les plus énormes des publicains et des femmes prostituées de Jérusalem.

Que manquait-il aux pharisiens pour être sévères ? Ah 1 mes frères, répond saint Bernard, B. — ToM. I.

que ne leur manquait-il pas ? Ils avaient l'ombre de la sévérité, mais ils n'en avaient pas le corps, ibien'Ioin qu'ils en eussent l'esprit: pourquoi? parce qu'ils n'en afleclaient les pratiques quepours'enattirer lesprofitsct les émoluments; c'est-à-dire parce que c'étaient des hommes mercenaires qui ne s'attachaient à la rigueur des observances de la loi que pour se maintenir dans la possession d'un misérable intérêt qui les aveuglait, et dont ils étaient jaloux; que pour parvenir à leurs fins ; que pour contenter leur cupidité ; que pour se rendre maîtres des esprits ; que pour exercer un e/npire plus absolu, non-seulement sur les personnes, mais comme Jésus-Christ leur reprochait, sur les revenus et les biens, et en particulier sur les bieni de certaines veuves qui, préoccupées de l'opinion de leur sainteté, s'épuisaient pour fournir à leur entretien : Vœ vobis, quia comeditis do' tnos vkluarum M Car tout cela, ce sont les points marqués par les évangélistes, sur quoi le Fils de Dieu avait coutume de s'étendre pour confondre ces sages du judaïsme, ne les épargnant jamais, et jugeant qu'il était nécessaire de découvrir l'abus de leur conduite, parce qu'il ne concevait rien de plus opposé à la pureté de ses maximes, que cet intérêt couvert du voile de la sévérité.

Si donc, chrétiens, pour nous appliquer cette divine morale , il arrivait , malheureusement pour nous, que nous prissions les mêmes voies, et qu'au milieu du christianisme dont nous professons la créance et le culte, nous fussionspharisiens d'action et de mœurs ( ce n'est point une supposition chimérique ; et saint Paul, qui prévoyait les malheurs dont l'Eglise était menacée, avertissait son disciple Timothée qu'il viendrait un temps où ce trafic de piété régnerait, même entre les fidèles, et qu'il y en aurait parmi eux dont la corruption de l'esprit et du cœur irait jusqu'à s'imaginer que la religion leur doit être un moyen pour réussir dans le monde : Hominum mente corruptorum, existimantium quœstum esse pietatem 2 ; il l'a prédit , chrétiens , et Dieu veuille que notre siècle ne soit point un de ceux qu'il a désignés par ces paroles ! c'est à vous et à moi de nous préserver d'un tel désordre ) ; s'il arrivait, dis-je, qu'abusant d'une chose aussi sainte qu'est la sévérité évangélique, le scandale qu'a déploré saint Paul vint à se vérifier en nous ; que n'ayant rien peut-être d'ailleurs par où nous pousser dans le monde et y faire quelque figure, nous entreprissions d'en venir à bout par les apparences d'une vie plus

I Uaxtix., xxiii, U. — 2 1 Tiso. yi. 6,

SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE L'A VENT

réformée ; que par là l'on cherchât à s'établir, par \h l'on se fit des amis, par là l'on se ménagcikl des patrons, par là, ou plutôt en cela, l'on eût des desseins, des espérances, des vues qui se produiraient dans leur leni[)s', en sorte que tout cet éclat de piété et de piété sévère, n'aboutit qu'à conduire une intrigue , qu'à soutenir une entreprise, qu'à en{;ager celui-ci, qu'à gagner cellc-là,en un mot, qu'à entretenir celte société, ceconunerce indigne quia été un sujet d'horreur pour l'Apôtre : Evistimautium quœsliun esse pietalem ; pourrait-on dire alors cpi'il y eût là le moindre vestige de cette sévéi ité chrétienne, qui doit non-seulement nous rendre parfaits, mais parfaits comme notre Père céleste? Ah! mes chers auditeurs, ce serait bien renverser les idées des choses,et prendre plaisir à nous séduire nous-mêmes , que d'en juger ainsi. Non , non, si nous en sommes réduits là, Jésus-Christ ne nous reconnaît point pour ses disciples. Cette sévérité intéressée est un des plus pernicieux relâchements oii nous puissions tomber, et tout le fruit que nous en devons attendre, c'est qu'après nous en être servis pour l'aire quelque temps une figure odieuse ou ridicule devant les hommes, elle serve, un jour, à faire notre confusion et notre honte devant Dieu.

Mais on a du zèle pour maintenir la discipline, et l'on ne craint pas de le faire Hautement valoir, et de l'opposer à la licence et aux dérèglements du siècle. Autre erreur, dit saint Augustin : car ce zèle de la discipline, si louable d'ailleurs, et si nécessaire, ne coule rien dans les entretiens, dans les cercles, dans les hvres, dans les chaires même et dans les discours publics ; le bornant là, on n'en est point incommodé ; au contraire, on s'en fait honneur, et l'abus en vient jusques à ce point, que le libertinage môme s'accoutume à tenir ce langage, parce que c'est le langage à la mode, et qu'on a trouvé le secret de faire impunément toutes choses, pourvu qu'on parle sévèrement.

N'a-t-on pas vu des hypocrites se soutenir par cet artifice, et imposer au genre humain ? et n'entend-on pas tous les jours des gens perdus de conscience et chargés de crimes, s'exprimer éloqucmment sur le chapitre de la réforme et iiir la censure des mœurs? L'imposture est si commune, qu'on commence à ne s'y plus tromper. Mais, sans entrer dans celte polili(|ue des sages du monde, je dis des sages libertins, voulons-nous connaître, chrétiens, si ce zèle de léforme, si vif en apparence et si ardent , ett dîiP.s nous un véritable effet de la sévérité de l'ENuiîsilc? examiuons-le par nous-mêmes et

par notre propre conduite. En parlant comme nous parlons, c'esl-à-dire en nous piquant dans les conversaliuns d'autoriser les niax'unes les plus sévères, en sommes-nous pour cela moins intéressés ? en soinuies-nous moins âpres h poursuivre ce que nous prétendons nous être dû ? en sommes-nous de meilleure foi pour nous faire une justice rigoureuse sur ce que nous devons aux autres ? en sommes-nous plus disposés à nous relâcher de nos droits sur mille sujets où la charité, où la paix, où le devoir, où l'honneur même l'exige? mais surtout en sommes-nous plus dégagés de ces vues humaines (pii infectent toulcequ'ilyade plussacrédanslecullede Dieu?

Car voilà, s'il m'est permis d'user de ce terme, la pierre de touche; mais c'est à quoi le faux zèle ne veut pas être éprouvé. Nous exagérons en paroles la sainteté du christianisme, et ce n'est point précisément ce que je condamne ; mais au môme temps que dans nos paroles e* dans nos décisions nous sommes si rigoureux, avons-nous, dans la pratique, une affaire k traiter, un différend à terminer, un argent à placer, une restitution h faire, un bénéfice, coiiime l'on parle^ à sauver ou à négocier? et puisque le nom de bénéfice m'a échappé, avonsnous à combattre les justes remonis que doit donner la pluralité, l'incompalibililé, la nonré.sidence, la translation, l'emploi, ou, pour mieux dire, la profanation des revenus ? c'est justement alors que nous nous comportons comme tout le reste des hommes, et bien souvent pis que les autres hommes. Pourquoi î parce qu'il s'agit de notre intérêt. Ces théologiens faciles et commodes , que nous ne pouvions auparavant souffrir, ne nous paraissent plus si odieux. Etudiant de plus près leurs opinions, nous y découvrons du bon sens, et, après les avoir cent fois condamnés pour les autres, nous les estimons enfin raisonnables pour nous-mêmes; car n'est-ce pas ainsi que î'amour-propre est ingénieux à nous prévenir et à nous corrompre ?

Je sais, chrétiens, que nous ne manquoni pas d'adresse pour paraître en cela même con. sciencieux, et qu'après nous être une fois décla* rés pour le parti sévère du christianisme, s'il nous survient dans le monde une occasion importante que nous n'avions pas prévue, et où cette sévérité se trouve par malheur opposée à noire intérêt, une occasion où le monde nous attendait pourvoir de quelle manière nous en userions, et où il est déterminé à ne nous faire nulle grâce; je sais, dis-je, que là-dessus nous savons bien nous ménager, et ne pas risquer

SUR LA sr^vrjaTR RVANOltr.TQlIE.

notre réputation; que pour cela nous ne nous "rendons pas tout i\ coup au scnliuioul (lui nous favorise; que nous sommes mt^iue les picniiiMS h prononcer contre nous ; (pi'il laiil Ijicn des remontrances de nos amis et de nos proches, pour nous faire modérer celte rij-ueur, et qu'il n'y a point de consullalion dont nous n'ayons soin do nous prémunir. Mais (piand je m'aperçois enfin que tout ce mystère se termine à laire avec l)eaucoup de cérémonie ce que font, sans tant de diflicuUés et tant de façons,les ()lus relAchés, et ce que ne ferait peut-être pas un chrétien qui vitsclou le train counnun du monde, quoi(iiie moins zélé en spéculation pour les mœurs et pour la discipline,en \éri lé je ne puis pas,mescliersaudilcurs que je ne déplore notre misère et notre faiblesse.

La sévérité du christianisme, dans ces rencontres, était de ne point prendre tant de mesures, de ne i)oiut consulter tant d'auteurs, de ne point écouler tant d'avis, de tenir ferme dans son principe, et d'en demeurer à ce que l'on avait jugé, selon Dieu, le plus sûr et le plus exact; de faire sincèrement ce que l'on aurait e.\igé des auti'es, et de renoncer à cet intéièt, qui ne s'accorde pas en effet avec les règles de la religion Mais où sont aujourd'hui les exemples de cette sévérité ? Cependant c'est par là qu'il la faut mesurer : car quand je vois un chrétien me parler de la voie étroite de l'Evangile, et en revenir toujours à son intérêt, fît-il des miracles, je ne croirais pas en lui ; prononçàt-il des oracles, je n'en seraispas touché : qu'il me paraisse désintéressé, et il me persuadera.

Enlîn, j'ai dit que l'abandon même effectif de quelques intérêts parlicidiers ne suffit pas: pourquoi ? c'est la réflexion de saint Augustin ; parce qu'il est aisé de renoncer à mi intérêt pom' un autre intérêt, comme il élait aisé à ce philosophe de fouler aux pieds le iV.ste de Platon par un autre faste encore plus grand et moins supportable. Il faut donc, si nous voulons entrer dans cette voie que Jésus-Christ nous a tracée, et qui est celle des élus, que notre déïiuléressement soit général, qu'il soit absolu, qu'il soit sincère. Général: tellementque, dans la profession que nous faisons de nous attacher à Dieu, nous n'envisagions et nous ne cherchions que Dieu ; et ne mérite-il pas bien d'être cherché de la sorte ? Absolu, sans condition, sans réserve, sans restriction; car c'est ici que cette maxime: Toutou rien, doit avoir Ueu plus que partout ailleurs, et que le moindre ménagement de ce qui s'appelle intérêt propre ternit le lustre et anéantit le mérite de la plusapparenle piété. Sincère, sans tout ce raifinement qui nous fait quelquefois

fuir l'iulérêl pour y mieux parvenir; qui nous le fait ab.uidoimei- pour le mieux conserver; qui, poui- en évili'i- le reproche, lors même (|ue nous le rt'ilierchuiis avec plus d'ciiipnîssement, nous ciifail léur.jigiier un mépris feint et simulé: car l'intérêt, dit saint Auguslin, parle toutes sorics de langues, et joue loulcs sortes de personnages, même celui de désintéressé: mais trompons-nous Dieu? et avec toute notre prudence, Iroinpous-nous même les hommes?

Voilù, chrétiens, le premier caractère de la sévérité évangéliquc ; voilà par où l'on arrive à la perfecliou. Tandis qu'elle a été suivie dans le chrisliamsmc, je veux dire tandis que l'intérêt, ou plutôt l'esprit d'intérêt en a été banni, le christianisme s'est maintenu dans sa puiclé : du moment que nous l'avons quitté, l'esprit de notre religion s'est altéré, et nous avons commencé à dégénérer.

C'est sur cela que nous ne pouvons assez regretter les heureux siècles de la primitive Eglise, et c'est sur quoi il faudrait souhaiter de les voir renaître. Les fidèles alors ne possédaient rien en propre, mais dès qu'on a voulu distinguer le mien et le tien, dès qu'on a entendu ces froides paroles, selon l'expression de saint Jean Chrysostomc, mais qui, dans leur froideur mêiiie, excitent tant de chaleur dans les esprits, toute la sainteté clirc tienne s'est démentie, et l'on est tombé dans une entière corruption de mœurs. En cherchant le sien, on a appris à trouver celui d'aulrui ; et en trouvant celui d'autrui, on en a fait le sien: de là sont venues tant de divisions, de chicanes, de fourberies, de concussions, d'oppressions, d'usurpations; de là tant d'abus qui se sont glissés jusque dans le sanctuaire, en sorte qu'on peut bien présentement nous reprocher ce que reprochait TertuUien aux païens, quand il leur disait qu'ils faisaient servir la majesté de leurs dieux à leurs intérêts : Apud vos majestas qu^stuaria effîcitur; de là les simonies palUées et déguisées, les permutations, plus sordides encore que la simonie même ; les gratifications ou les récompenses, les tributs et les pensions sur des bénéfices, sans les avoir jamais possédés ; les dissipations du patrimoine de Jésus-Christ en meubles, en trains, eu équipages ; l'envie de dominer dans l'Eglise, s'engageant à la servir pour y commander : désordres qui l'ont décriée, qui l'ont rendue odieuse aux hérétiques, qui lui ont attii'é de leui* part de si atroces invectives.

Ah ! mes frères , réveillons aujourd'hui notre zèle ; prenons des sentiments plusépmésetmoms

SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE L'AVEXT

terrestres; ne débitons point tant de belles maximes, mais venons-en aux eiïcls ; commençons par dégager notre cœur, parle détacher: parla nous glorifierons Dieu, nous édifierons l'Eglise, nous fermerons la bouche à ses ennemis ; et j'ose dire même que nous n'y perdrons rien. Car îa piété, dit l'Apôtre, est une grande richesse, si nous savons nous en contenter : Est quœstus maguus pietas cum sufficientia i.Dès que nous ne nous en contentons pas ; dès que nous voulons quelque chose au delà, et que, par une espèce de sacrilège, nous mêlons des intérêts profanes et humains avec des intérêts tout spirituels et tout célestes, Dieu réprouve ce mélange, et les hommes le méprisent. IN'ayonsenvue que Dieu, ne cherchons que Dieu ; Dieu nous suffira : Cum suflicientia. Et pourquoi ne nous suffirait-il pas? Il suffit pour tout ce qu'il y a de bienheureux dans le ciel ; il suffit pour lui-même. Avons-nous un cœur plus vaste que tant de saints ou que Dieu môme ? Qu'y a-t-il. Seigneur, dans toute l'enceinte de ce grand univers, que je puisse désirer hors de vous ; et si vous êtes à moi, que me faut-ildavantage? Ainsi parlait David. Dieu lui tenait lieu de tout. Il est vrai qu'il se proposait la récompense, qu'il la demandait, qu'il la recherchait : mais cette récompense, qu'était-ce autre chose que Dieu môme ? Sévérité chrétienne, sévérité non-seulement désintéressée , mais encore sévérité humble: c'est la seconde partie.

Page 1