‹ Œuvres complètesChapitre 47 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C'est dans les plus beaux fruits, dit saint Augustin, que les vers se forment, et c'est aux plus excellentes vertus que l'orgueil a coutume de s'attacher. Car ce qu'est au fruit le ver qui le corrompt, l'orgueil l'est aux vertus, et surtout aux vertus clurétiennes , qu'il infecte. 11 n'est rien selon Dieu de plus parfait que cette sévérité évangélique dont je vous parle, quand elle est bien prise et saintement pratiquée. On peut dire, et il est vrai, que c'est le fruit le plus exquis et le plus divin que le christianisme ait produit dans le monde : mais aussi faut-il confesser que c'est le plus exposé h cette corruption de lamour-proprc, à celle tentation délicate de la propre estime, qui fait qu'après s'être piéservé de tout le reste, on a tant de peine à se préserver de soi-même.

Oui, chrétiens, avouons-le à notre confusion, il est rare, dans le désordre du siècle où nous vivons, de trouver des hommes eimemis du relâchement, et sévères pour eux-mêmes,

è I TiotOtik , n, 6.

comme la religion nous oblige à l'être. Mais ce qui doit encore bien plus nous confondre, c'est que peut-être n'est-il pas moins rare dans le siècle où nous sommes, et jusque parmi ceux qui sont les plus sévères pour cux-môuiL's, de trouver des hommes h couvert de l'orgueil et humbles d'esprit et de cœur. Cependant, mes frères, disait saint Bernard parlant à ses religieux, être humble et être sévère à soi-môme, ce ne sont point deux choses distinguées dans les maximes de Jésus-Christ; et si nous voulons nous en rapporter h notre exi)érience, nous connaîtrons que c'est dans la pratique d'une sincère humilité que consiste la véritable et l'essentielle austérité. Que serait-ce donc si, par un déplorable aveuglement, nous venions à séparer l'une de l'autre ? Que serait-ce donc si , cherchant ce port du salut où le Sauveur nous a appelés quand il nous a dit : Intrate per angustam portam •, nous allions heurter contre un écueil aussi dangereux que celui d'une flatteuse vanité et d'une orgueilleuse présomption? C'est à moi, chrétiens, à vous le découvrir cet écueil, et c'est à vous à le craindre et à l'éviter. Mais malheur à vous et à moi, si nous négligeons de reconnaître une si trompeuse illusion, et si nous n'apportons pas tout le soin qu'il faut pour ne nous y laisser jamais surprendre 1

Or, je l'ai dit ; et comme mon dessein me rappelle nécessairement aux pharisieus, je suis encore obligé de le redire : ne nous étonnons pas si le Fils de Dieu, n'étant venu au monde que pour être le réformateur du monde, et pour lever (qu'il me soit permis de parler ainsi) l'étendard de la vie austère, il commença d'abord par une guerre ouverte contre ces prétendus dévots les plus sévères, et, dans l'opinion commune, les plus réformés du judaïsme. Pour agir conséquemment à son adorable mission, et conformément à l'Evangile qu'il nous annonçait, il dut les traiter de la sorte. A travers le voile de cette apparente sévérité, il les reconnut pour des esprits superbes, et dès lors il les envisagea comme les usurpateurs de la gloire de son Père. Voilà pourquoi il les entreprit.

Celaient des houunes d'un extérieur édifiant, et qui se glorifiaient par-dessus tout d'observer liltéralement et inviolablcmcnt la loi; maii qui, du reste, remplis d'une haute estime d'euxmêmes, et préoccupés de leur mérite, s'atuibuaient tout le bien qui paraissait en eux; qui se regardaient et se faisaient un secret plaisir d'être regardés comme les justes, comme les parfaits, comme les irrépréhensibles ; Qui m

^Mfttth., Tii, 13.

SUR r\ s^^v(î:^ITfi ïîiVANr.r,r,?o(iR.

na

$e coufidehaut, tanqitam jiisti « ; qui de I;\ prétcndauMjt avoir droit de mépriser tout le genre huMKMii, ne trouvant que chez eux la saint<»lé et la perreclion, et n'en pouvant goûter «'entre : Et aftpeniahaiitur rœteron 2 ; qui dans celle vue ne rougissaient point, non-seulement de l'insolente distinction, mais de l'cxtravaganle singularité dont ils se llatlaient, jusqu'il rendre des actions de grûces à Dieu de ce qu'ils n'étaient pas comme le reste des hommes : Gratins iibi ago quia non sum sicut cœtcri hominî/m 3; qui, dans les exercices môme d'humilité, dans les œuvres de pénitence, cherthaiint une vaine gloire ; jeûnant, dit le texte saci <\ afin de paraître jeûner, et détîgurant leurs visages pour s'attirer la confiance et la vénération des peuples : Exterminant faciès suns, ut appareantjejunantes ^; qui, sous ce prétexte de vie régulirre et de morale étroite, satisfaisaient leur ambition, se taisant appeler maîtres, et le voulant être partout : Et vocariab hominibus Rabbi^; qui, sans autre titre que celui-lii, je veux dire, d'une régularité plus exemplaire, se croyaient suffisannnent autorisés à prendre partout les premiers rangs et à s'emparer des places d'honneur : Amant autem primos recubitus in cœnis, et primas cathedras in synagogis 6. Car ce sont là les traits sous lesquels Jésus-Christ même les a dépeints ; en sorte qu'il ne nous a rien laissé dans l'Evangile, ni de plus vif ni de plus fini que ce tableau, où il voulait que chacun de nous s'étudiât et apprît à se connaître. Or tout cela, reprend saint Augustin, était conlradictoirement opposé à la sévérité évangélique, telle que le Sauveur du monde l'avait conçue, et telle qu'il s'était proposé de l'établir sur la terre ; et c'est aussi le sujet pourquoi il témoigna tant de zèle contre la sévérité fastueuse de ces faux docteurs de la synagogue.

Mais s'il n'a pu supporter ce faste dans les pharisiens, comment le supportera-t-il dans nous ? c'est la belle réflexion de saint Grégoire, pape. Si le Fils de Dieu a hautement condamné celle sévérité corrompue et empoisonnée par l'orgueil dans des hommes qui ne lui appartenaient en rien, et qui ne furent jamais élevés dans les principes de sa loi, que lui paraîtra-telle dans des chrétiens qui sont, comme parle Zenon de Vérone, les disciples de son humilité et qui, par un engagement indispensable, en doivent être les sectateurs ? C'est toutefois, mes frères, l'autre désordre dont nous avons à nous garantir, et sur quoi l'on nous ordonne de veil-

'Luc, xTiii, 9. - 3 Ibid. 3 Ibid, 11. — * Matth., VI, 16 — » Ibid. xxiii, 7. — 6 Ibid., 6.

1er avec une attention particulière : Attendite ne justitiam vt'stram faciatis coram hominibus ut vidcamini ah fis ' : l'renez bien garde h ne pas faire vos bonnes œuvres devant les houmies, pour être loués et approuvés.

Car ne nous imaginons pas que cette sévérité d'ostentation, tant de fois censurée par Jésus- Christ, soit un fantôme que la loi de grAce ait entièrement dissipé. Il subsiste encore, et Dieu veuille qu'après avoir été le vice des pharisiens, par une malheureuse succession, il ne soit pas devenu le nôtre ! telle est en effet notre misère. Comme nous ne sommes dans le fond de notre être que vanité et que néant, tout, jusqu'à nos vertus, se ressent de ce néant et tient de cette vanité; et comme l'orgueil, si j'ose le dire, est la partie la plus subtile de l'amour de nousmêmes , si profondément enraciné dans nos ûmes, par une triste fatalité, il s'insinue, nonseulement dans les choses où nous aurions lieu en quelque manière de nous rechercher, mais jusque dans la haine de nous-mêmes, jusque dans le renoncement à nous-mêmes, jusque dans les saintes rigueurs que Dieu nous inspire d'exercer sur nous-mêmes. A peine nous sommes-nous mis sur un certain pied de vie réformée, que ce démon de l'orgueil commence à nous attaquer. Dès là si nous nous ne sommes en garde contre nous,nous nous oublions : il semble que nous ne soyons plus de cette basse région du monde, il semble que nous soyons singulièrement les élus de Dieu, toujours contents de nous-mêmes, et toujours prêts à nous exalter, sous prétexte d'exalter Dieu dans nous.

Ce n'est pas qu'en bien des rencontres nous ne fassions les humbles, mais d'une humilité, dit saint Jérôme, qui ne risque rien, d'une humilité qui cherche à être honorée et qui est sûre de l'être, d'une humilité qui sert d'amorce à la louange, et dont l'orgueil même se pare. On se reconnaît, on se confesse pécheurs en général ; mais en particulier, on ne veut jamais convenir qu'on ait manqué. Vous diriez qu'il suffit d'être sévère pour être plein de soi-même, attaché à son sentiment et idolâtre de ses pensées. De là, sans même l'apercevoir, on ne parle plus que de soi ; on ne voit plus de bien qu'en soi ; on mesure tout par soi; quoique Dieu ait des conduites de grâce toutes différentes, on n'estime plus que la sienne, et, par une petitesse d'esprit présomptueuse, on voudrait tout réduire à la sienne. Et parce qu'on n'y trouve pas tout le monde disposé, on a pitié de tout le monde ; je ne dis pas une pitié charitable et compatissante, mais uua

1 Matth., Ti, 1.

SERMON POUR LE TROISIÈ^fE DIMANCHE DE T/AVENT.

piti(^ (l(?(laignciisc et méprisanic. Tout ce qui nVst pas selon notre goût paraît réprouvé. On ITOM tout les autres perdus ; à l'exemple de cet jiomnic Ooni parle saint Bernard, qui par je ne sais quei enchantement avait infatué le inonde de ses erreurs, en persuadant aux ignorants et aux simples qu'après môme le bienlait do la rédemption il n'y avait presque de salut pour personne, et que toutes les richesses de la miséricorde divine étaient uniquement réservées pour ceux qui croyaient en lui et qui s'attachaient à lui, c'est-à-dire, ajoute saint Bernard, pour ceux qui se laissaient tromper par lui : Qui nescio qua arle (ces paroles sont dignes de remarque), nescio qua arle, persuaserat populo slulto et insipieuti, etiam post Christi effusum sanguinem, totum miindum perditum iri, et ad solos quos decipiebat, totas miserationum Dei divitias et «ntversitalis gratiam pervenisse. Combien de fois, dans la suite des temps, cette illusion s'est-elle renouvelée !

On veut pratiquer le christianisme dans sa sévérité, mais on en veut avoir l'honneur. On se relire du monde, mais on est bien aise que le monde le sache; et s'il ne le devait pas savoir, je doute qu'on eût le courage et la force de s'en retirer. On renonce à certains divertissements que la religion condamne, mais on se soutient par la gloire d'y avoir renoncé. On quitte le luxe des habits, mais on a pour soimême autant ou pins de complaisance que les plus mondains. On ne se soucie plus de sa beauté, mais on est entêté de son esprit et de son propre jugement. On se retranche, on s'abstient, on se mortifie en secret; mais on fait si bien que ce secret cesse biontôl d'être secret, et l'on a cent biais pour le rendre public, en sauvant môme les dehors et les apparences de la modestie.

De là vient que, dans toutes ces choses et en mille autres, on aime la singularité : pourquoi ? parce que la singularité a cela de propre, qu'elle excite l'admiration, qui est le charme de la vanité. Toute la perfection de l'Evangile, selon les voies simples et communes, n'a rien qui touche. S'il y a quelque chose de nouveau, c'est à quoi l'on donne et où l'on trouve sa dévotion ; et, au lieu que saint Augustin, pensant à se convertir, n'évita rien plus soigneusement que de le faire avec bruit, de peur, disait-il lui-môme, qu'il ne semblât avoir voulu paraître grand jusque dans sa pénitence : Ne conversa in fadum meum intuentium ara dicerent, quod quasi appetiissem magnus videri; nous, par UD principe tout contraire^ mais par

un esprit bien éloigné de la sagesse de ce pénitent, nous recherchons, jusque dans la pénitence, un vain éclat dont nous nous laissons éblouir.

C'est assez que nous ayons nn certain zèle de discipline et de réforme, pour nous attribuer le pouvoir de juger de tout, pour usur()er une supériorité que ni Dieu ni les hommes ne nous ont donnée, et pour faire la loi peut-être à ceux dont nous devons la recevoir. Car un laïque s'érigera en censeur des pcêtres, un séculier en réformateur des religieux, une femme en directrice, et que sais- je de qui? tout cela, parce que, sous couleur de piété, on ne s'aperçoit pas qu'on veut dominer. Celle présomption même, ainsi que je l'ai déjà remarqué, par une conséquence naturelle, dégénère souvent et se tourne en ambition. Il semble qu'être sévère dans ses maximes soit im degré pour s'agrandir, et que cette qualité seule, bien ménagée, doive tenir lieu de tout autre mérite. Comme les pharisiens s'en servaient pour obtenir les premières chaires dans les synagogues, on s'en sert pour s'introduire dans les premières dignités de l'Eglise. Car ne dirait-on pas toujours que Jésus-Christ avait entrepris de nous marquer, dans ces sages du judaïsme, tous les dérèglements et tous les abus à quoi nous devions ôlrc sujets ; et n'est-il pas étonnant que ce qu'il leur reprochait alors soit justement, et à la lettre, ce qui se voit encore aujourd'hui dans le monde chrétien ?

Or, je soutiens que ce levain et cette enflure de l'orgueil, non-seulement corrompt le mérite de la sévérité chrétienne, mais qu'il en détruit même la substance. Qu'il en corrompe le mérite, vous n'en douiez pas ; car quel peut être devant Dieu le mérite d'un homme superbe ? avec quel front osera-lil dire avec saint Paul : Beposila est mihi coronajusiitiœ ' ? J'attends de mon Dieu la couronne de justice qui m'est réservée. Quel droit le Sauveur du monde n'aura-t-il pas de lui répondre, coimne dans l'Evangile ; Becipisti mercedem tuam ^ ? Vous vous promettez une récompense et vous ne faites pas réflexion que vous l'avez déjà reçue, ou plutôt que vous vous l'êtes déjà donnée! vous vouliez vous satisfaire, vous complaire en vous-même, et de quelles secrètes complaisances n'avez-vous pas été rempli? combien avcz-vous été satisfait de votre personne ? vous voilà donc récompensé, et je ne vous dois plus rien que le châtiment de votre vanité et de votre orgueil. Mais c'est en vob-e nom, Seigneur, que je me

' U Timotb., iv, 8. — ' Matth,, Vi, S.

SUR LA SÊVRRITÉ fiVANGfiLIQUE.

suis cnpnfr*^ dans des voies dures el pénibles. Kinnon nom ? dites au ventre. Votre nom, par les soins qne vous en avez pris, on que l'on en a pris pour vous, en a été dans le monde plus vanté et plus honoré; mais pour le mien, bien loin d'être glorifié, il en a souffert.

Par couséiiuenf, clu'étiens auilitours, nul mérite dans cette sévérité, et j'ajoute même nulle vraie sévérité alor>, puisque l'orgueil en détruit tout le fond et toute la substance. J'en donne la raison. C'est que la vraie sévérité, la sévérité cbrélieime, doit consistera se faire violence, et î\ contredire la natiwc et l'amour-propre. Or, tout ce qui Halte notre orgueil flatte la nature ; et au lieu de la combattre, on la suit, on la contente, on la repaît de ce qu'elle goûte avec plus de douceur et plus de plaisir. Et en effet, il n'y a point de vie, pour laborieuse et pour gênante qu'elle puisse être, que nous ne trouvions douce naturellement, quand nous savons qu'elle nous distingue dans le monde, qu'elle fait parler de de nous dans le monde, qu'elle nous y fait considérer et respecter. Il ne faut plus de grâce pour nous faire agir, la nature seule nous donne des forces.

C'est pour cela, dit saint Chrysostome (et cette pensée m'a toujours paru bien solide et bien judicieuse), c'est pour cela que nous avons beaucoup moins de peine h faire plus que nous ne devons, qu'à faire ce que nous devons ; et qu'une des erreurs les plus communes parmi les personnes mêmes qui cherchent Dieu, est de laisser le précepte et ce qui est d'obligation, pour s'attacher au conseil et à ce qui est de surérogation : pourquoi? parce qu'à faire plus qu'on ne doit, il y a une certaine gloire que l'on ambitionne, et qui rend tout aisé : au lieu qu'à faire ce que l'on doit, il n'y point d'autre louange à espérer, que celle des serviteurs inutiles : Servi inutiles sumus, quod debuimus facere, fecimm^.

Quelle est donc, encore une fois, la véritable austérité du christianisme ? Ah ! mes chers auditeurs, concevons-le bien, et ne l'oublions jamais. La vraie austérité du christianisme, c'est d'être humble, c'est d'être petit à ses yeux, c'est d'être vide de soi-même; c'est de ne point faire tant de retours sur soi-même ; c'est d'être mort, sinon au sentiment, du moins au désir et à la passion de l'honnenr; c'est de recevoir de bonne grâce, et quand Dieu le veut, l'humiliation et le mépris. La vraie austérité du christianisme, c'est d'aimer à être abaissé, à vivre dans l'oubli, dans l'obscurité, et de pratiquer solidement

} ÏMC, XTII, lOt

et de Iioiuie foi cette courte, mais cette iniporianle Icron de saint Hciriaid : Amn nesciri ; car voilà ce (pii est insupportable à la natiue : On ne pensera plus à moi, on ne parlera plus de moi ; je n'aurai [)lus que Dieu pour témoin de ma conduite, elles hommes ne sauront [)lus, ni qui je suis, ni ce que je fais. Et parce qui? l'humilité même se trouve exposée en certains ^.enrcs de vie dont toute la perfection, quoique sainte d'ailleurs, a un air de distinction et de singularité, la vraie austérité du christianisme, surtout pour les âmes vaines, est souvent de se tenir dans la voie commune, et d'y faire, sans être remarqué, tout le bien qu'on ferait dans une autre route avec plus d'éclat. Dans celte voie commune, on ne pensera plus à vous : tant mieux, c'est ce que vous devez chercher. Dans cette voie commune, on ne vous admirera plus; vous n'aurez plus d'approbateurs gagés pour faire valoir vos moindres actions : eh bien ! c'est ce qui mettra vos bonnes œuvres plus en assurance. Dans cette voie commune, vous ne serez pas de la société des parfaits, votre nom sera comme enseveli : à la bonne heure , c'est l'état où l'Apôtre veut que vous soyez, quand il voua dit que, comme chrétien, vous avez dû mourir à tout, et que votre vie doit être cachée avec Jésus-Christ en Dieu : Morîui estis, et vita veslra est abscondita cum Christo in Deo i. Cela vous paraîtra rude, et cela l'est en effet; mais c'est par là même, et en cela même que vous trouverez cette voie étroite qui conduit à la sainteté propre de la religion que vous avez embrassée. Ah 1 Seigneur, imprimez-nous bien avant ces vérités dans l'esprit. Je vous rends grâces, ô Dieu de mon âme, de ce que vous ne les avez point fait connaître aux sages et aux prudents : Confiteor tibi, Pater, quia abscondisti hœc a sU' pientibus et prudentibus 2. Je ne dis pas seulement aux sages mondains, aux politiques du siècle, mais aux sages dévots, à ces dévots superbes qui se sont évanouis dans leurs pensées : Et revelasti ea parvulis 3 : Et je vous bénis au même temps de les avoir révélées aux petits, qui ne se produisent point tant dans le monde, et qu'on n'y produit point tant ; dont on n'exalte point tant le mérite, mais dont les noms, inconnus sur la terre, sont éciits dans le ciel; dont les voies sont d'autant plus droites et plus sûres, qu'elles sont plus simples. Oui, mon Dieu, soyez-en béni : Ita Pater, quoniam sic fuit plU' citum ante te ^. Finissons ; sévérité chrétienne, sévérité désintéressée, sévérité humble, enfin sévérité charitable : c'est la troisième partie.

; Coloss., m, 3. — » Matth., xi, 26. — 3 Ibid. — ♦ Ibid., 2i»

SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE DE L'AVENT

Page 1