‹ Œuvres complètesChapitre 49 sur 183 · PREMIÈRE PARTiE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTiE

Je fonde la première proposition sur deux principes également incontestables, et dont notre seule expérience doit nous convaincre, pour peu que nous ayons soin de nous étudier nous-mêmes, et de discerner les mouvements de notre cœur. Car voici d'abord ce que nous y devons reconnaître, et c'est une observation qu'a faite avant moi saint Augustin. Quelque corrompue, dit ce Père, que soit la nature de l'homme depuis le péché et par le péché, on n'aime point, après tout, le péché comme péché. Il n'appartient qu'aux démons d'être disposés de la sorte ; et on pourrait môme douter s'ils portent jusque-là leur obstination et leur malice. On

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aime ce qui est la matière cl la cause du péché, mais ou n'aimi^ point dans le fond le péché même: c'est-à-dire on aime Ui [ilaisircpie Dieu défend, mais non pas parce (ju'il le défend. On aime le profil de l'usure, (]ui est injuste;; mais on l'aime parce (ju'il est coimnode, et non pas parce qu'il est injuste. On aime la vengeance, cpii est criminelle; maison l'aime parce qu'on croit que l'honneur y est engagé, et non pas parce qu'elle est criminelle.

Je dis plus : on voudrait, s'il était possible, pouvoir séparer l'un de l'autre ; et, par une précision dont le libertin s'accommoderait volontiers.on voudrait que ce qu'on aime ne fût pas; défondu de Dieu; on voudrait que Dieu ne s'ofTensât pas du plaisir que l'on recherche en satisfaisant sa passion; en un mot, on voudrait pouvoir se contenter et ne pas pécher. Mais parce que ces doux choses sont inséparables, et que dansla conjoncture où je suppose le pécheur, le désir qu'il a de se contenter l'emporte par-dessus la crainte qu'il a de pécher; de 15 vient, dit saint Augustin, que sans aimer le péché, que haïssant même le péché, il pèche toutefois dans la satisfaction qu'il se procure : pourquoi ? parce qu'il aime au moins ce qu'il sait et ce qu'il ne peut ignorer être la cause ou la matière du péché. Or, cela suffit pour le rendre malgré lui-même transgresseur et prévaricateur de la loi de Dieu.

Voilà le premier principe, et prenez garde, chrétiens: ce n'est donc point précisément par la haine du péché, considéré comme péché, qu'il faut distinguer les pécheurs efficacement convertis d'avec ceux qui ne le sont pas ; puisqu'il est certain que les plus endurcis pécheurs, tandis qu'ils ont un reste de religion, conservent encore, ou du moins peuvent conserver celte haine du péché. Ce n'est point, dis-je, par celte haine générale, par cette haine spécululiNo du péché, qu'il faut jugerdu mérite de la pénitence, puisqu'on sait bien qu'il n'en coûte rien au pécheur pour haïr le péché de la sorte, et que la pénitence la plus vaine peut avoir cela de commun avec la pénitence la plus solide.

Mais par où devons-nous commencer à faire dans nous-mêmes le discernement de la vraie pénitence, et de ce que j'appelle ici détestation sincère et efficace du péché ? Ecoulez-moi, chrétiens, et jugez- vous. En voici l'induction pratique. C'est par le retranchement actuel et effectif de ce que nous reconnaissons être en nous la cause du péché, de ce qui fomente et qui fait subsister dans nous ce corps de péché, que Dieu veut que nous détruisions en nous convertissant à lui : Ut destruatur in vob's corpus pec'

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