‹ Œuvres complètesChapitre 51 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Comme il est évident que la pénitence est une partie de la justice, et que c'est ainsi que les Pères de l'Eglise nous ont fait concevoir celte vertu, l'ayant toujours considérée comme une volonté sincère dans le pécheur de se faire justice à lui-même, de la faire à Dieu, et, pour rendre à chacun ce qui lui est dû, de la faire t'îi :oi e au prochain si le proc-inin a été offensé, il s'ensuit qu'une des principales fonctions de

la pénitence chrétienne est de ré|)arer les effets du |)é(hé. Mais, siq)pi)sant rindispens;«l)le et rinc()nlest,il»!(! nécessité de cellf répar-ation , il s'agit, mes chi-rs auditeiu'S, d'en bien comprendre l'étendue, parce que c'est de l;i que dépend l'exacte mesure de la pénitence. Or, pour cela, je m'attache à deux iuqjorlantes maximes de l'Ecrilure, qui d(>ivent corri;,^er en nous deux des plus visibles et des plus dangereux abus à quoi nous soyons sujets, lors même que nous voulons retourner à Dieu, et dans le projet et le plan de conversion que nous nous formons. Voici une instruction bien solide, et dont je vous prie de profiter.

Première maxime. Pour se convertir efficacement à Dieu, il ne suffit pas de faire pénitence, mais il faut faire de dignes fruits de pénitence. C'est ce que prêchait Jean-Baptiste, cet homme envoyé de Dieu pour préparer au Seigneur un peuple parfait. C'est ce qu'il enseignait aux juifs qui venaient l'entendre dans le désert, et qui se présentaient à lui pour être baptisés. C'est la conclusion qu'il tirait et qu'il leur adressait à tous, quand il leur disait, avec ce zèle et cet esprit d'Elie dont il était rempli : Facile ergo fructus dignos poiniteutice * . Car, conime remarque saint Grégoire, pape, par là ce divin précurseur déclarait que les fruits de la pénitence doivent être distingués de la pr^nitence môme, comme la substance de l'arbre l'est de ses fruits. Par là il leur donnait à connaître que la pénitence ne se réduit pas uniquement à pleurer les péchés passés, mais à se mettre en état de ne les plus commettre dans l'avenir : Transacta flere^ et illa deinceps non committere ; que pleurer les péchés passés, et même y renoncer pour toute la suite de la vie, c'çst le fond et comme la racine de la pénitence ; mais qu'il doit naître de là des fruits de grâce et de salut, sans lesquels la pénitence ne peut être qu'un arbre stérile, et exposé à la malédiction. Par là il accomjdissait dignement son ministère, soit à l'égard des pécheurs endurcis, en les obligeant à faire pénitence, soit à l'égard des pécheurs pénitents, ea leur apprenant à faire de dignes fruits de pénitence : Atque ita generalem omnibus exhibebat doctrinam : non pœnitentibus , ut pœnitenliam agerent, pœnitentibus, ut dignos pœnitentiœ fructus facerent.

Or, quels sont, encore une fois, ces fruits salutaires, ces fruits de pénitence ? les voici : réparer les pernicieux eiïets du péché par des œuvres directement contraires au péché même, selon ses différentes espèces. Je m'expliijue.

' Luc, ui, 8.

SEUMON POUR LE QUATi; ÈME DIMANCHE DE E'AVEN l\

Rcparor Ins effets de l'usurpation ou d'une possession injuste par la re litution ; réparer les cflels de la médisance ou de la calomnie par le rétahlissomenl de l'iionncur et de la répii talion ; réparer les effets de l'einporlernent et de l'outrage par l'iunnilité de la salisfaction ; réparer les cflets de l'iniinilié el de la haine par la sincérité de la réconciliation. Voilù, dit saint Grégoire, les dignes fruits, les fruits proportionnés, les fruits nécessaires, les fruits non suspects de la pénitence. Tout ceci est essentiel : écoutez- moi.

Dignes fruits de pénitence, parce qu'il faut, pour les produire, que le pécheur fasse des efforts dont il n'y a que la vraie pénitence, je veux dire que la pénitence surnaturelle, et môme la plus surnaturelle qui soit capahle. En effet, par quel autre motif que celui d'une pénitence très-parfaite et toute surnatiuelle, un riche avare pourra-t-il se résoudre à rendre rn l)''(^ii 'y\'\\ a itijiistfip.ieiit acfiius ou injustement retenu, mais dont il ne peut plus se dépouiller sans déchoir du rang où il est, et dont la restitution lui devient par là quelque chose de plus triste et de moins supportable que la mort même ? par quel autre motif un homme hautain et fier pourra-t-il gagner sur lui de faire des démarches humiliantes pour satisfaire, aux dépens de son orgueil, à ceux qu'il a offensés ? et s'il est oflensé lui-même, par quel autre inotif lui persuadera-t-on d'étouffer le resseiiliment de l'injure qu'il a reçue, et de se réconcilier de honne foi avec son plus mortel ennemi ? Ce ne peut être là. Seigneur, que l'ouvrage de votre main, et un tel changement ne peut venir que de vous : la vertu de l'homme ne va point jusque-là. Il faut non-seulement que votre grâce vienne à son secours, mais la plus puissante de vos grâces. Il faut qu'elle lui fasse concevoir et enfanter ces résolutions héroïques; et,sans elle, l'esprit corrompu du monde la ferait immanquablement avorter. C'est par cette grâce, ô mon Dieu, que vous triouiphez des cœurs les plus rebelles et les plus durs ; c'est par elle que les hommes les plus violents et les plus féroces deviennent doux et traitables comme des agneaux ; par elle que l'iisurpateur du bien d'autrui consent à se dessaisir de tout ce qui ne lui appartient pas, et quelquefois môme encore de ce qui lui appartient, en rendant, comme Zachée, non-seidement au double, mais au delà. Et si vous daignez aujourd'hui, Seigneur, donner bénédiction à ma parole, qui est la vôtre, c'est par un effet de cette pénitence victorieuse que l'on verra peutêtre dans ce saint temps des miracles qu'on

n'espérait plus, mais dont vos servittMirs voms béniront, et qui édifieront plus votre Eglise que les miracles mêmes par où elle s'est établie : je veux dire des injustices réparées, des calomnies rétractées, des querelles pacifii'cs , des inimitiés éteintes, des cœurs réunis ; dignes fruits, puisque le Saint-Esprit en est l'auteur, et que ce sont évidemment ceux que saint Paul appelle fruits de lumière , fruits de bouté, de justice, de vérité: Fruclus enim lucis est in omniboniUite, etjmlilia, etverilate^.

Fruits proportionnés à quoi ? à l'offense. Autrement , la pénitence est non-seulement défectueuse, mais odieuse ; non-soulement réprouvée de Dieu, mais condamnée même du monde : car le jnonde même veut ici de la proportion. Vous vous êtes enrichi aux dépens de la veuve et de l'orphelin, et vous vous en croyez quitte pour quelques bonnes œuvres dont ni l'orphelin ni la veuve ne profiteront ; vous avez déchiré la réputation de votre frère, et, sans qu'il vous en coûte rien de plus, vous vous contentez de vous acquitter envers lui des simples devoirs d'une charité commune; vous avez, pour [)crdre votre ennemi, exagéré et inventé, et toute votre pénitence se termine à gémir devant Dieu et à prier. Prière exécrable, dit le Sage ; et moi, appliquant cette expression à mon sujet, je dis pénitence exécrable, parce (pie celui qui la fait, en la faisant même, ne veut pas écouter la loi ni l'accomplir : c'est la raison qu'en apporte le Saint- Esprit : Qui déclinât aiires suas, ne audiat legcm, oratio ejus fiet execrahilis 2. Non, non, mon cher auditeur, il n'en va pas comme vous le pensez : dans l'ordre inviolable el indispensable que Dieu a établi, la médisance ne se répare point par la prière, et l'injustice par l'aumône ; pour avoir devant Dieu le mérite d'une pénitence efficace, il y faut observer les proportions prescrites par le droit divin ; et, au lieu de se faire une pénitence selon son goût, ou même selon sa dévotion, il faut se faire une dévotion et une pénitence selon les règles de la droite conscience. Or, jamais une conscience droite ne vous permettra de rendre précisément à Dieu ce que vous avez enlevé au prochain, ni d'appliquer à la charité ce que vous devez à la justice : A Dieu, vous dira-t-elle, ce qui est à Dieu, et à César, ce qui est à César : voilà la loi éternelle et invariable qu'elle vous oblige à suivre.

Fruits nécessaires : car en vain imaginerionsnous des tempéraments et des accommode-

; Epbcs., T, 9.— ' Trov., xsvni, 9

SUR LA PENITENCE

ments, des explicitions et des tours ; nialfçré Ions I(S fours et toutes les oxplicadons. mjil^i^ré tous les necoiiiiModemeuts et tous les tcrnpt^rainents, il en faudra toujours revenir h la décision (le saint Auîïustiu, contre laquelle ni la cupidité, ni l'iniquité, ni le relùelieuient de la morale, ni la corrui)lion des usafies (l;i monde, ne i)rescriront jamais. Si, pouvant restituer un bien dont la conscience est chargée, vous rclusez de le rendre ; quelque témoif^naqe que vous puissiez donner d'un cœur contrit et péuilent, vous contrefaites la pénitence, mais vous ne la fiiiles pas; i\on agitiir pœnitentia, sed finijUiir ; et si c'est véritablement et sincèrement que vous la faites, poursuit ce saint docteur, le péché ne vous est pardonné qu'à condition (juc le dommage sera réparé : Si autcm veraciler agitiir, mm rcmiltitur peccntum, nisi rcstititatur ablatiim. Or, ce qui est vrai des biens de la fortune, l'est également de l'honneur. Allez, tant qu'il vous plaira, aux pieds des prêtres, confesser votre injustice ; prosternez-vous, humiliez-vous, accusez-vous : si cependant vous ne prenez pas et ne voulez pas prendre les mesures convenables pour rétablir ce que vous avez détruit, ou en supposant ce qui ne fut jamais, ou en révélant ce qui devait être éternellement caché dans les ténèbres, et ce qui l'aurait été sans la malignité de votre cœur, ou sans l'indiscrétion de votre langue, qu'est-ce que votre pénitence ? un fantôme, rien davantage -, que (lis-je ? c'est un crime, c'est un sacrilège : Non remitlitur peccatam, nisi restitiiatur ablatum.

Fruits certains et non suspects. En effet, on ne soupçonnera jamais un pécheur qui veut bien se soumettre à cette réparation, de n être pas solidement converti ; c'est un gage dont les censeurs, même les plus rigides, je veux dire, dont les confesseurs les plus sévères ne sont pas en droit de se défier. Dans tous les autres fruits de la pénitence, il peut y avoir de rostentation et de l'hypocrisie ; mais ici, ni l'hypocrisie, ni l'ostentation n'est point à craindre; car il n'arrive guère qu'un homme se détermine h quelque chose d'aussi mortifiant qu'ill'est de rendre ce qu'il pourrait garder, ou de se dédire de ce qu'il a témérairement et faussement avancé, quand il n'est converti ^qu'en apparence. Il faut l'être en effet pour se condamner ainsi soi-même, et pour ne se faire nulle grâce ; la pénitence alors ne peut donc être douteuse. Non pas, après tout, qu'on ait une assura;ico o:i'î'*;-o duv; so-^ éînt : personne, dit le Sage, ne sait s'il est tiigaj de h.iiuo ou

d'amour; c'est un des secrets que Dieu s'est réservés [xjur nous obliger à vivre dans une dépendance plus absolue desagrAcc. Mais, de toutes les reinarcpics h quoi l'on peut rcconnaitrc les vrais pénitents, la plus infaillible, c'est, sans contredit, cette généreuse réparation des effets et des suites du péché : réparation qui remet le calme dans une unie ; réparation qui nous affranchit des remords de la conscience ; réparation qui nous fait goûter cette bienlieureuse paix où consiste, selon Tertullien, la félicité du pécheur justifié : Facile ergo fnirAus dignos pœnitentiœ.

Mais, chrétiens, quelle est l'illusion de notre siècle ! au lieu de jngcr de la pénitence par ses fruits, qui sont ù toute épreuve, on en veut juger par des pratiques très-équivoques, et qui souvent ont plus déclat que de solidité. Voici ma pensée : on voudrait voir, comme autrefois, les pécheurs humiliés sous la cendre, couverts de ci lices, exténués de jeûnes : beaux dehors^ mais, du reste, dehors trompeurs, si cependant, et avant toutes choses, on ne les oblige pas à satisfaire aux devoirs naturels de la charité et de la justice. Ces lois de police et de discipline, que l'Eglise, dans la suite du temps, a trouvé bon de mitiger, on les voudrait encore dans toute leur rigueur, et je les y voudrais moimême ; mais à cette condition essentielle, que d'abord ces lois fondamentales, ces lois capitales, dont jamais ni l'Eglise, ni Dieu même n'ont dispensé, lussent observées ; et c'est à quoi l'on ne pense pas. Cela veut dire que, par un esprit pharisaïquc, on s'attache à l'écorce de la pénitence, tandis qu'on en laisse les fruits.

Seconde maxime de l'Ecriture : il ne suffit pas, dit saint Paul, de faire le bien devant Dieu pour glorifier Dieu, il faut encore le faire devant les hommes pour édifier les hommes : Pruvidentes bona, non solum coram Deo, sed etiam coram hominibus K Ainsi parlait l'Apôtre ; et je dis, par la môme règle : Il ne suffit pas de faire pénitence devant Dieu, il faut encore la faire devant les hommes : on la fait devant Dieu en reconnaissant son péché, mais on la fait devant les hommes en réparant le scandale du péclié, et en ôtant mê;ne jusqu'aux apparences du péché ; sans cela (c'est la décision expresse de saint Thomas et de tous les autres théologiens après lui), sans cela, point de pénitence.

Que ne puis-je, mes ciiers auditeurs, vous faire comprendre ce point de morale dans toute son étendue et dans toute sa force ! U faut que Li pj.-llence récrire le scandale d

SERMON POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE DE I/AVENT

péché. Car, mallicur c\ nous si nous lombions dans l'erreur des liérésiarqucs qui, corrompant la loi de Dieu sous ombre de la réformer, réduisent toute la pénitence h ne pécher plus ! Mall)cur à nous, si, renouvelant, au moins par nos actions et par nos mœurs, le dogme impie de Luther, nous venions à nous persuader que tout le mystère de notre juslificalion lût compris dans ces paroles du Fils de Dieu mal entendues, quand il dit i\ cette femme adultère ; Allez, et ne commettez plus la même faute : Vade, et jam amplius noli peccare^ : en sorte que ce fut assez pour une Ame criminelle de dire : J'ai quitté mon péché, sans qu'il lui en coûtât davantage. Plus vaine peutêtre, reprend saint Grégoire, du témoignage qu'elle se rend de ne plus pécher, qu'elle n'est humble du souvenir d'avoir péché ; ou tranquille et contente d'elle-même , parce que son péché n'est plus, et prétendant à tous les droits de 1 innocence des justes, sans participer à l'humiliation des pécheurs. Abus, dit ce grand pape : le scandale du péché est une partie du péché ; et tandis que le scandale n'est point réparé, quoique le [)éché cesse, ou, pour parler plus clairement, quoique vous cessiez de le cominetlre, il n'est point absolument détruit. Il faut donc que la pénitence, après avoir pourvu à l'un, s'appli(jue à l'autre; et parce qu'elle ne le peut faire qu'aux dépens du pécheur même, règlcadmirable de saint Augustin, il faut, si c'est une pénitence efficace, qu'elle abolisse le péché dans la personne du pécheur, et qu'elle confonde le pécheur pour anéantir le péché ; autrement, poursuit ce Père, quelexemple ticera le prochain de vulie conversion ? Et s'il est vrai que votre péché ait eu les suites funestes que vous déplorez vous-même ; s'il est vrai qu'en vous égarant vous en ayez égaré tant d'autres, n'est-il pas de l'ordre que vous serviez à les ramener, et n'est-ce pas une justice que vous leur rendiez ce que vous leur avez fait perdre, en les édifiant par votre pénitence autant que vous les avez scandalisés par les dérèglements de votre vie ?

Cependant, chrétiens, ce n'est guère ainsi que l'on raisonne dans le siècle ; et n'est-il pas plein de ces aines mondaines qui, j igoSnt selon les désirs de leur cœur, malgré tous les oracles da Saint-Esprit, se font une prudence, mais une prudence charnelle, de sauver du débris tout ce qu'elles peuvent en sauver ; de se réserver, dans l'état même de leur prétendue pénitence, tout ce qui peut servir ou de ressource ou de

< Joan., Ttu, U.

consolation fi Ictn* amniu'-prnpro, tous Ips agréments de la société, tout l'éclat delà prospérité, tout le luxe et le faste de la vanité, en un mot, tout rext(''ricur du péché? qui, non cont'Mites de paraître toujours telles qu'elles ont été, cl |> ir conséquent de l'être toujours, puisqu'il n'est presque pas possible dans la pratique de séparer l'un de l'autre, et do retenir \cs apparences du péché sans en conserver le fond ; qui, dis-je, non contentes de tenir toujours au dehors la môme conduite, et de suivre le même train de vie, veulent encore agir en cela par principe et par raison ? Or, c'est à ces àmcs préoccupées et séduites que j'aurais bien aujourd'hui à représenter les conséquences de cette erreur, en leur opposant la vérité que je prêche; car est-ce ainsi, leur dirais-je avec tout le zèle que Dieu m'inspire pour leur salut, est-ce ainsi que tant de fameux pénitents se sont convertis? Quand, touchés de l'Esprit de Dieu, ils sont entrés dans la voie de la pénitence, est-ce ainsi qu'ils y ont marché? L'humilité, l'austérité, la retraite, n'estce pas le parti qu'ils ont généreusement et hautement embrassé ? Comment, dans l'ancienne loi, les Achab, les Nabucliodonosor ont-ils paru devant Dieu et devant les hommes ? Ne se sontils pas montrés, ou plutôt n'ont-ils pas cherché à se montrer sous le sac et en posture de suppliants, pour rétablir, par une déclaration authentique, ce qu'ils avaient détruit parleurs exemples scauilaleux? A quoi se sont condamnés tant de pécheurs revenus à Dieu dans la loi de grâce? où se sont-ils confinés? dans des solitudes, dans des déserts, dans des monastères, faisant un divorce éclatant avec le monde, et, sans écouter le sangct la chair, se croyant obligés d'édifier le monde par le renoncement môme au monde. Aurions-nous des Thaïs et des Pélagie, si illustres par leur pénitence, si cette maxime n'avait pas passé pour constante dans notre religion? Quoi donc? ces saints se trompaient-ils ? étaitce ignorance dans eux, ou folie? se chargeaientils inutilement d'un joug qu'ils ne devaient pas porter? ne connaissaient-ils pas les voies de Dieu, et est-ce à nous seuls qu'il les a révélées? Ah! chrétiens, concluons, au contraire, que, puisqu'ils marchaient dans des voies droites et saintes, notre égarement est d'en vouloir prendre de plus spacieuses et de plus larges, mais directement opposées au terme où la vraie pénitence doit nous conduire. Apprenons comme eux à faire cesser non-seulement le mal, mais les apparences du mal ; et, pour cela, ne nous contentons pas de craindre Dieu, mais respectons encore le monde. Car le monde, tout pro-

SUR LA PENITENCE

fnno qu'il est, iiK^rittî qnolcinofoisd'ôlro rcspccir; cl il ne le iiK^rilo jamais mieux (Hic lorsriu'il condaiime jusqu'aux apparences du pc'^ché, que lorsqu'il s'en seaudalise, (|ue loiS(|u'il nous en fait (les crimes. vSi le monde nous paraît en cela un censeur sévère, édifions-nous de sa censure et de sa sévérilé. S'il est injuste, prolilous de son injustice. S'il est railleur et médisant, rendons grAces h Dieu de ce que sa médisance même sert fi nous rendre plus vigilants, plus réguliers, plus clnéliens. Bénissons le Ciel de ce que le monde, au milieu de sa corruption, a encore ce reste de zèle pour l'intégrité et la pureté des mœurs, et de ce que le vice n'a pas encore prévalu jusqu'à pouvoir obtenir du monde que le monde l'approuvât. Si le monde nous paraît porter sur cela trop loin sa délicatesse, ne nous figurons pas si aisément que le monde ait tort; et mettons plutôt tout le tort de notre part, de ne vouloir pas en croire le monde, même dans une chose où le jugement même du monde s'accorde si bien avec le jugement et la loi de Dieu. Ne respectons pas seulement les sages et les forts, mais, aussi bien que l'Apôtre, les imprudents et les faibles. Abstenons-nous comme lui, non seulement de ce qui est criminel et illicite, mais de ce qui nous semble innocent et permis. Pourquoi aurions-nous dans notre conduite plus de liberté que saint Paul? Enfin, évitons tout ce qui donne lieu aux discours du monde, tout ce qui fonde le jugement téméraire, tout ce qui autorise et qui favorise le péché, tout ce qui l'autorise dans autrui, et tout ce qui le favorise dans nous. Par là nous rendrons notre pénitence efficace ; et, après avoir retranché la matière et la cause du péché, après avoir réparé les suites et les effets du péché, il ne nous reste plus qu'à nous assujettir aux remèdes du péché : c'est le sujet de la dernière partie.

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