‹ Œuvres complètesChapitre 52 sur 183 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Ce n'est pas sans raison que les Pères ont considéré le péché, surtout quand l'habitude en est formée, comme une dangereuse maladie que la pénitence avait à combattre, et contre laquelle il était nécessaire qu'elle employât les plus souverains remèdes. En effet, dit saint Chrysostome, de là dépend la destinée ou bienheureuse ou malheureuse du pécheur : bienheureuse, si, touché du zèle de son salut, il se résout à user de ces remèdes salutairesque lui prescrit la péuiLcnce; malheureuse, si ledégoiit qu'ils lui causent lui en donne de l'horreur, et si la répugnance qu'il

sent à se vaincre les lui fait rejeter. Car il n'y a, ajoute ce Père, (jU(^ di;s frénétiipies (jui, frap[)és d'un aveuglement encore plus déplorable que leur mal mèuie, refusent de s'assujettir à ce qo'i les doit inrailliblement guérir. Convenons donc, mes chers aïKlil'Mirs, de deux obligalions bien csserdielles (jue la loi de Dieu nous impose, et qui regardent les deux sortes de remèdes que nous devons prendre contre le péché ; ceux-là pour nous en garantir, et ceux-ci pour nous en punir ; ceux-Ia pour n'y plus tomber, et ceux-ci pour l'expier ; les premiers,remèdes préservatifs ; et les seconds, si je puis ainsi parler, reiuèdes correctifs ; et, par un simple usage des uns et des autres, mettons-nous en état, sinon d'être absolument assurés de notre pénitence, au moins d'en avoir une certitude morale, et [d'être bien fondés à croire qu'elle nous a fait rentrer en grâce avec Dieu, et qu'elle nous y doit conserver.

11 n'y a personne (et ceci regarde la première obligation) ; non, chrétiens, il n'y a, j'ose ledire, personne qui, par les différentes épreuves qu'il en a faites, pour peu qu'elles aient été ou accompagnées ou suivies de réflexion, n'ait reconnu ce qui peut le préserver du péché, et ce qui est propre à le maintenir dans l'ordre. Je défie les âmes les plus volages et les moins attentives à leur conduite, de n'en pas demeurer avec moi d'accord. Car enfin, quelque dissipé, quelque inconsidéré, quelque emporté même, et quelque aveuglé que soit un pécheur, il ne l'est jamais tellement que, dans le cours de ses passions les plus déréglées, il n'observe encore malgré lui ses pas, ou plutôt ses égarements et ses chutes, et que, dans ses chutes, pour grièves qu'elles soient, il ne se rende souvent au fond de son cœur ce témoignage secret : Si j'usais de telle et de telle précaution, le péché n'aurait plus tant d'empire sur moi, et je pourrais même entièrement par là le prévenir et l'arrêter. Or je dis, mes frères, que la preuve convaincante d'une sincère conversion est de prendre dans la voie de Dieu ces précautions nécessaires, de suivre sur cela ses vues particulières et ses connaissances, d'être sur cela fidèle à soi-même, de s'écouter soi-même, et de ne rien négliger de tout ce qu'on'juge avoir plus de vertu pour nous soutenir et pour nous défendre.

Ainsi, mon cher auditeur, vous avez cent fois éprouvé que le plus certain et le plus puissant préservatif contre la cupidité et l'amour du plaisir qui vous domine, est l'application et le travail; que, assidu à un exercice qui attache l'esprit et qui le fixe, vous vous conservez sans

SERMON Vnvn le OTJATRTf:!\ÎE DTMANTÎTF DE L'AVENT.

peine, on avec beanconp moins de peine, clans l'innocence ; et que tandis que vos jours étaient, comnie parle ie Prophète, des jours pleins, c'est-à-dire des jours pleinement et ulilemenl employés, le péché ne trouvait nulle enlrée dans votre cœur ; vonsle savez : cependant vous aimez le repos et la tranquillité ; votre penchant TOUS porte à une vie oisive et molle ; et ce fonds de paresse qui vous est nalinel, et que vous entretenez, vous éloigne de tout ce qui gène l'esprit et qui captive les sens. En quoi consiste par rapport à vous l'efficace de la pénitence? c'est à vous prémunir de ce côté-là vous-même contre vous-même; c'est à vous occuper, puisque le grand soutien de votre faiblesse est l'occupation ; à vous occuper par un esprit de religion, quand vous n'y seriez pas engagé d'ailleurs par d'autres intérêts et d'autres devoirs ; à vous occuper par un esprit de pénitence, car c'est une pénitence en effet très-agréable à Dieu ; h •vous occuper, sans rien rejeter, de tout ce qu'il y a de plus pénible et de plus fatigant dans l'emploi que la Providence vous a commis ; à vous charger de tout le fardeau, fût-il encore plus pesant, et en dussicz-vous être accablé : pourquoi ? parce qu'au moins êtes-vous par là réduit h l'état bienheureux de ce solitaire qui disait, au rapport de saint Jérôme : Je n'ai pas le loisir de vivre, et comment aurais-je le loisir de pécher ? Vivere mihi non licet, et quomodo fornicari liceWI Bien loin donc d'envisager cette vie laborieuse comme une servitude, rendez grâces à Dieu de vous avoir donné dans votre état un moyen si honnête et si raisonnable, si présent et si sûr, pour vous détourner du vice ; et de vous avoir lait trouver dans votre condition même nn remède contre ces passions si vives que fomente l'oisiveté, et que le seul travail peut ainorlir.

J'en dis aulaiit de vous, qui n'ignorez pas et ne pouvez i-^norer à combien de chutes et de rechutes votre fragilit»^ tous les jours vous expose, et quel frein serait capable de vous retenir : que, contre les plus importunes ou les plus violentes attaques, vous trouveriez dans la fréquente confession un secours toujours prêt et presque toujours immanquable; que, muni du siicrement et de la grâce (pii y est attachée, on en est, et [)lus fort dans les occasions, et plus constant dans ses résolutions; que plus vous vous en éloii;noz. plus vous aous affaiblissez, plus vous vous relâchez; que, pour marcher dans la voie du salut avec persévérance, il vous faut un conducteur et un guide, un homme qui vous tienne la place de Dieu,

et qui, par ses conseils, vous affermisse dans le bien; que l'obligation de recourir à lui et de lui rendre com|tle de vous-même, est comisic un lien (jui arrête vos légèrelés et vos inconstances ; en un mot, (jue c'est dans le sacré tribunal, et entre les mains de ses ministres, (]ue Dieu , pour parler avec l'Apôtre , a mis ces armes dont nous devons nous revêtir , jiour résister et pour tenir lerme au jour delà tenlation. Vous en êtes instruit, hélas ! et vos pro[)rcs malheurs ne vous l'ont que trop appris. Cependant la confession vous gêne, surtout la confession fréquente ; celle loi que le minisire du Seigneur vous impose de vous présentera lui de temps en temps, comme au médecin de votre âme, pour lui découvrir vos ble^sures, vous paraît une loi onéreuse, et vous avez de la peine à vous en faire un engagement. Si d'abord vous vous y êtes soumis, si vous l'avez acceptée, vous rétractez bientôt votre parole, et vous secouez enfin le joug. Puis-je présumer alors que votre pénitence ait eu celle bonne foi, celle sincérité qui la doit rendre valable devant Dieu? Si cela était, dans le 1-esoin pressant où vous vous trouvez, mon cher auditeur, vous seriez au moins disposé à vouloir guérir; et, dans cette disposition, vous chercheriez le remède. Convaincu par vous-même de son utilité et de sa nécessité, sans allendre qu'on vous l'ordonnât, vous seriez le premier à vous le prescrire. Vous accompliriez à la lettre et avec joie la condition que le prêtre, selon les règles de son ministère, a prudemment exigée de vous. 11 vous verrait au jour marqué revenir à lui, pour reprendre auprès de lui de nouvelles forces. Vous vous feriez môme de votre fidélité et de votre exactitude, non-seulement un devoir, mais une consolation. Et que ne fait-on pas tous les jours pour un moindre intérêt? Au retour d'une maladie dont vous craignez encore les suites, à quoi ne vous réduisez-vous pas ? de quoi ne vous abstenez- vous pas? Est-il régime .si rebiilant, si mortifiant, que vous ne suiviez dans loute sa rigueur, et tel qu'il vous est prescrit ? avezvous de la foi, si, lorsqu'il s'agit de votre salut, vous tenez une conduite tout opposée ? et raisonnez-vous en chrétiens, si vous n'observez pas pour votre âme ce que vous observez avec tant de soin, et même avec tant de scrupule, pour votre corps ?

Achevons, et disons un mot de la seconde obligation. Pour se convertir efficacement, il ne suffit pas de se préserver du péché en évitant de le connnettre, il faut l'expier après

SUR LA PÉNITENCE

l'avoir commis ; il faut exercer contre soi-mômc celle justice vindicative que Dieu exercera un jour contre le péclieur impénitent. Or voici, mes cliers auditeurs, le dernier désordre (jui, dans la plupart (.\c^ chrétiens, rend la pénitence inulile et sans effet. Quel(|nc usage que nous fassions du sacrement de la pénitence, nous ne nous corrit^eons pas, parce qu'à mesure que nous péchons , nous ne nous punissons pas ; et, sans on chercher d'autre raison, nous vivons des années entières dans l'iniciuité, parce que notre amour-propre nous ins[)ire la mollesse, et qu'eimomi d'une vie austère, il nous entretient dans l'habitude d'mie malheureuse impunité.

Si le châtiment du péché, je dis le châtiment volontaire, à quoi, comme ar'oitres et juges dans notre propre cause, nous nous condamnons, et qui est proprement par rapport à nous ce qui s'appelle pénitence; si le chàliment du péché suivait de près le péché même ; si nous avions assez de zèle pour ne nous rien pardonner; si, malgré notre délicatesse, autant de fois que nous oublions nos devoirs et pour chaque infidélité où nous tombons, nous avions le courage de nous imposer une peine et de nous mortifier, j'ose le dire, chrétiens, il n'y aurait plus de vice qu'on ne déracinât, ni de passion qu'on ne surmontât.

Je ne prétends point pour cela que la pénitence soit une vertu servile, et qu'elle n'agisse que par la crainte. Car on peut, dit saint Augustin, se punir par amour, on peut se punir par zèle de sa perfection, on peut se punir pour venger Dieu, on peut se punir pour se régler soi-même; et si c'est par crainte que l'on se punit, on peut se punir par une crainte filiale et qui procède de la charité, en s'obligeant, pour rentrer en grâce avec Dieu et pour lui payer le juste tribut d'une satisfaction qui l'honore, à faire telle ou telle œuvre de piété, à pratiquer telle ou telle austérité, à se retrancher tel ou tel plaisir permis, à se priver de telle ou telle commodité.

Aussi, quand l'Eglise autrefois punissait par des peines canoniques et proportionnées chaque espèce de péché, elle ne croyait pas ôter par là aux fidèles cet esprit d'adoption qu'ils avaient reçu dans la loi de grâce, ni leur imprimer cet esprit de servitude qui avait régné dans l'ancienne loi. Son intention, en observant cette sévérité de discipline, était de soutenir les uns et de ramener les autres, de seconder les efforts de ceux-ci dans leur conversion, et de ?nainteuir ceux-là dans une sainte pcrsc\éia!ice.

Telles étaient les vues de l'Eglise ; et, Dieu Wnissant sa conduite, l'on voyait de là tant de chrétiens conserver sans peine la grâce de leur baptême, et l'on ne pouvait douter de la pénitence et de la douleur de ceux «pii l'axaient peidue, quand, pour un seul péché mort(;l, ils jeûnaient des années entières, et se soumettaient sans résistance à des exercices aussi laborieux qu'humiliants. L'innocence florissait alors, et la pénitence était exemplaire, parce que le péché n'était point impuni. Mais aujourd'hui l'on en est quille et l'on en veut être quitte à bien moins de frais ; et que s'ensuit-il? c'est qu'aujourd'hui l'on pèche beaucoup plus barclimenl, (jue l'on demeure dans son péché beaucoup plus tranqnillcinenl, que l'on s'en repent beaucoup plus faiblemcnl, que l'on y renonce beaucoup plusrarcment, et que presque toutes nos pénitences sont vaines ou du moins Irès-suspectes. Ces peines prescrites par l'Eglise ont été modérées ; et dès là l'inondation des vices a commencé, dès là la discipline s'est énervée, dès là le christianisme a changé de face. Tant il est vrai que le pécheur a besoin de ce secours, et qu'il ne faut point compter qu'il soit pleinement converti, tandis qu'al3andonné à lui-même et à sa discrétion, disons plutôt à sa lâcheté, il n'aura que de l'indulgence pour lui-même, et ne cherchera qu'à s'épargner.

Or , faisons maintenant , chrétiens, ce que faisait l'Eglise 'dans les premiers siècles ; entrons dans les mêmes sentiments, remplissonsnous du même esprit, conformons-nous aux mômes pratiques. Souvenons-nous que si l'Eglise s'est relâchée en quelque chose sur ce qui concerne l'usage de la pénitence, c'a été sans préjudice des droits de Dieu, et que làdessus elle n'a ni voulu ni pu se relâcher en rien ; que si elle a consenti à changer quelques règles qu'elle-même avait établies , elle n'a point touché à l'obligation essentielle de satisfaire à Dieu, qui n'est pas de son ressort. Delà concluons qu'à le bien prendre, cette condescendance de l'Eglise ne doit point servir à autoriser notre lâcheté, parce qu'il est toujours vrai que plus nous nous ménagerons, et moins Dieu nous ménagera; que plus nous nous flatterons, et moins Dieu nous pardonnera ; que moins nous nous punirons, et plus Dieu nous punira : car le droit de Dieu, et le même droit, subsistera toujours. Ainsi , persuadés que le péché doit être puni en cette vie ou en l'autre, ou par la vengeance de Dieu, ou par la pénitence de l'homme : Aut aDeo vtnUicante, aul ub

SERMON SUR L.\ NATIVITE DE Jr.ST^sr.IIMIST.

homine jmuitenle *, n'allcndons pas que Dieu lui-niôine prenne soin d'en liier toute la satisfaction qui lui est due. Prévenons les rip^ueurs de sa justice par la rigueur de notre pénitence. Armons-nous d'un saint zèle contre nous-tnènics, prenons les intérêts de Dieu contre nous-uièmes, "Vengeons Dieu aux dépens de nous mêmes. Si ceux que Dieu nous a donnés ou que nous avons choisis pour médecins de nos àmcs sont trop indidgents, suivant rexcellenle maxime de saint Bernard, suppléons à leur indulgence par notre sévérité . S'ils ne sont pas assez rigides ni assez exacts, soyons-le poiu- eux et pour nous, puisque c'est personnellement de nous qu'il s'agit, et que nous devons plus que tout autre nous intéresser pour nous-mêmes : Si medicus clementior fuerit , tu âge pro te ipso. Appliquons aux maux spirituels de nos âmes des remèdes spécifiques, et, selon la dif-

' TertuU.

férence des péchés, employons pour les punir des moyens difl'ércnts : la retraite et la séparation du monde , pour punir la licence des conversalious; le silence, pour pimir la li!)crté et l'indiscrétion de la langue ; la moileslie dans les habits et dans ré(jMij)age, pour punir le luxe; le jeûne, pour punir les excès de bouche et les débauches: le renoncement aux plaisirs innocents.pour punir l'attachement aux plaisirs criminels. Quis scit si convertatur, et iguoscnt ^ ? Qui sait si le Dieu des miséricordes ne se convertira pas à nous ? qui le sait? ou plutôt, qui en peut douter, après la parole authentique qu'il nous en a donnée ? En un mot, mes cliers auditeurs, retranchons la cause du péché, assujettissons-nous, quoi qu'il nous en coûte, aux remèdes du péché, et par là nous renlr» rons dans le chemin du salut et de la gloire, où nous conduise, etc.

I Jonse., w, 9.

SERiMON SUR LA NATIVITÉ DE JESl'S-CHUIST

ANALYSE

SoJET. L'ange leur dit: Ne craignes point ; car je viem vous annoncer rine nouvelle qui sera pour tout le peuple lesujet d'une grande joie ; c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est Jésus-Christ.

L'ange parlait à des pasteurs, c'est-à-dire à des hommes simples et pauvres. Qu'auraienl-ils pu craindre dans un mystère oi' le Sauveur du monde venait honorer leur condilion, par le choi.x qu'il faisait de leur pauvreté ? Mais moi je parle au milieu de la cour, et à des auditeurs pour qui je ne sais si cette naissance doit être un sujet de consolation. Leur dirai-je : Ne craignez point ? leur dirai-je : Craignez? Je leur dirai l'un et l'autre dans ce discours, parce que la nouvelle que je leur annonce est tout k la fois pour eux un sujet de crainte et un sujet de Joie.

Division. Jésus-Christ a paru dans le monde, pour être et la ruine des uns et la résurrection des autres. Sa naissance doit donc être aussi tout ii la fois, et un sujet de crainte et un sujet de joie. Crainte et joie, deux sentiments exprimés dans ces paroles du Prophète : Serve: te Seigneur, et ràjouisses-voui en lui avec tremblement. Etes-vous de ces mondains qui, aveuglés par le dieu du siècle, quittent la voie du salut pour suivre la voie du monde ; craignez, parce que ce mystère va vous découvrir des vérilés bien aitligeantes : l" partie. Etes-vous de ces chrétiens fidèles qui cherchent Dieu en esprit et en vérité; confiolez-vous, parce que ce mystère vous découvrira des trésors infinis de grâce et de miséricorde : 2* partie.

PnEUiÈRE l'ARTU;. Mystère de crainte: pourquoi ? parce que ce Sauveur qui vous e«t né, n'est peut-être pour vous rien moins qu'un Sauveur, et cela par les fausses idées que vous vous en formez, et par l'abus que vous faites de sa miséricorde. 1° Vous voulez qu'il vous sauve, mais vous vous mettez peu en peine qu'il vous délivre de vos péchés. 1" Vous voulez qu'il vous .sauve, mais vous prétendez qu'il ne vous en coûte rien. 3" Vous voulez qu'il vous sauve, mais vous ne voulez pas que ce soit par les moyens qu'il a choisis. Trois contradictions qui portent avec elles leur condamnation, et qui doivent bien vous faire trembler.

1° Vous voulez que ce Dieu-Homme vous sauve, mais vous ne voulez pas qu'il vous délivre de vos péchés, première contradiction. Car il n'est Sauveur que pour vous affranchir de la servitude du péché, selon la parole de l'ange à Jo.seph : Vous l'appellerez Jésus, parce qu'il délivrera son peuple de ses péchés. L'ange ne dit (las : Il délivrera son peuple des calamités temporelles qui l'affligent ; mais, de ses péchés, c'est-à-dire des vices, des passions, des habitudes dont il est esclave.

Or est-ce ainsi <|ue vous l'entendez ? de quelle passion, de quelle inclination vicieuse ce Sauveur vous a-t-il délivrés, et avez- VOus voulu qu'il vous délivrât ? Il n'est donc pas plus votre Sauveur que s'il n'était pas né pour vous.

Nous plaignons les juifs de ce que, le Sauveur étant né au milieu d'eux, ils ont néanmoins perdu tout !e fruit de ce bienfait inestimable. Et pourquoi l'onl-ils perdu ? parce qu'ils se sont figuré un autre Sauveur que relui qui leur était promis. Sans jienser qu'il devait être le libérateur de leurs âmes, ils ne l'ont reg.irdé que comme le restaurateur du royaume d'Israël : et p;irlà, dit saint Augustin, ils ont été frustrés, et des biens éternels qu'ils ne cherchaient pas, et des biens temporels qu'ils attendaient. Tel est notre malheur.

Nous invoquons Jésus-Christ comme Sauveur, mais nous l'invoquons dans le même esprit que le juif réprouvé l'invoquerait. Nous l'invoquons pour les biens de cette vie, mais avec une indifférence entière pour les biens de l'autre. Sommes-nous dans l'adversité; c'est alors que nous avons recours à lui. Mais soiuines-nous dans l'état du péché; nous ne nous souvenons plus qu'il y ait un Sauveur tout-puissant pour nous en faire sortir.

SERMON SUR LA NATIVITE DR .II-Sl'S-CFrRTST. \^^

2* Notre aveuRlemont va encore plus loin. Nous voulons que ce I)ie.i-II .rniii! njm r.uvo, rnnl» Mn« .lu'i! nous en ..nt». rien : seconde oonlradiction. („ir il n est notre S:.uv.'ur qn'i. .on.lHion que n.ni. nous sauverons nous-m.'ines avec lui et i. .r lui' Comme Suiveur, il a soudcrt, il a pii.., il s'est livré pour nous, imiis sans pr,-ju,licc de ce que nou. devons faire nouK-iii. mes et pour nous-mêmes; en sorte que, tout S,.uveur quil est.il cousent que nous périssions, p|„l<Jl que de nou« ^ uver de cette rédemption gratuite telle (jue nous lininfîMions. ' <- •■ u. . locr

Il faut donc que nous arcom|dissions, comme lApotre, dans notre chair, ce qu^ a manqué aux 8ou(Tranc<'8 do la chrr iino rente et virginale de Jésus -Christ. Mais c'est ce (jue vous ne vouIct! pas. Vous voulez le salut, mais «ans l'acheter ■ et' lai.i .lue TOUS VOUS en tenez là, Dieu m'or.lonne de vous déclarer que ce salut nesl point pour vous. '

3^ Eulin, vous voulez que ce Uieu-IIommc vous sauve, mais par d'autres moyens (pic ceux qu'il a choisis : troisième ronfra- Jiction. Haine du monde, détaciiement du monde, renoncement au monde, voilà les moyens qu'il nous a maniués : mais vous en vouilriez de plus conformes à vos idées et h. votre goût. Or, ces moyens conformes à Votre goût et ii vos idées ne vous sauveront jamais : et c'est ce qui vous doit saisir de frayeur.

Pour mieux sentir ce terrible mystère, faisons une supposition. Si Dieu vous avait envoyé un Sauveur né dans l'opulence et dans la giaudeur, et qui vous eût apporté un Evangile favorable à la cupidité et aux sens, "qu'auriez-vous à changer dans vos sentiments et dans votre conduite pour vous y accommoder? Ne pourrais-je pas vous dire alors: A'e craignez poirU; car jccous «nrtOHce une heureuse nouvelle? et quoil c'est qu'il vous est né un Sauveur selon vos désirs. Mais puisque ce Sauveur eiivové de Dieu vous est venu prêcher un Evangile directement opposé, n'ai-je donc pas droit aussi de vous dire, par une règle toute contraire: Tremblez?

Dixxiimf: p.vr.TiK. Mystère de consolation. Quoique Dieu ne fasse acception de personne, il est néanmoins vrai que la prédilection de Dieu, dans l'ordre de la grâce, a toujours paru être pour les pauvres et pour les petits. Ce fut d'abord 5 des h. ig,î!s qu'il se lit connaître; et c'est ce qui devrait affliger et désoler les riches et les grands du monde, si ce même mvsioie'ne nous découvrait pas d'ailleurs pour les grands et pour les riches trois sujets de consolation : 1° Quelque éloignés que'voiis paraissiez être du royaume de Dieu, riches et grands, Jésus-Christ ne vous rebute point. 2" Sans cesser d'être ce que vous êtes il ne lient ([u'à vous d'avoir avec lui une sainte ressemblance. 3° Vous pouvez vous servir de votre opulence même et de vos richesses comme d'autant de moyens pour l'honorer.

1* Ce Dieu, naissant dans la bassesse et l'humiliation, ne rejette point toutefois la grandeur: premier sujet de consolation. Exemple des mages qu'il appelle à son berceau. En quoi il a plus fait encore, ce semble, pour les grands que pour les petits ' car, selon la remarque de saint Chrysostome, pour attirer à lui des grands et des sages du siècle, il fallait une grâce et une vocation beaucoup plus forte.

Après cela, ne vous plaignez plus, grands du monde, que votre Dieu réprouve votre condition. Il en réprouve les abus, mais sans laréprouver elle-même.

2° Sans cesser d'être ce que vous êtes, il ne tient qu'à vous de vous rendre semblables k Jésus-Christ naissant: second sujet de consolation. Car vous pouvez être grands et humbles de cœur, riches et pauvres de cœur. Par lîi même vous avez encore l'avantage de pouvoir être plus conformes que les autres a ce modèle des prédestinés. Et en effet, le caractère de ce Sauveur n'est pas précisément d'être pauvre et humble, mais d'être grand et humble, riclie et pauvre tout à la fois: et voilà ce qu'il n'appartient qu'aux grands et aux riches de pouvoir parfaitement imiter.

Aussi quels sont ces mages qu'il attire à sa crèche? des grands qui semblent n'être grands que pour faire paraître dans leur conduite une humilité "[dus profonde et une obéissance plus exacte; des riches qui se font un mérite de renoncer à leurs trésors, et de les apporter à ses pieds.

3° Enfin, vous pouvez vous servir de votre grandeur même et de vos richesses comme d'autant de moyens pour rendre à ce Dieu naissant le double tribut qu'il attend de vous : troisième sujet de consolation. 1° En qualité de Dieu humble, il veut être glorifié. 2° En qualité de Dieu pauvre, il veut être assisté. Or rien ne l'honore plus que les hommages des grands ; et plus vous êtes riches, plus vous êtes en état de l'assister, non plus dans lui-même, mais dans ses membres, qui sont les pauvres. Dès là votre grandeur et votre abondance sanctifiées, bien loin d'être des obstacles à votre salut, en deviendront le gage et le prix. Compliment au roi.

2>ùit mis angelns : Nolite timere : ecce enim evangelizo vobis (J'(jjj hOmme inCOnnU COlTime CÙX, SOUffrailt çaudiKm mngnum, guod erii om/iipoputo : quia nalus est vobis nodi i > u ■• i f i - ...

Saivaicr. qui est chrisius uominus. in civilité David. comnie eiix, et, à 1 exceplion du pécliG, parfai-

tcinent semblable à eux. Je ne m'étonne donc

Lange leur dit : Ne craignez point : car je viens vous annoncer ,., , ,. .. -, ,.

une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande P^S S il leUF QlSait : J\Onte timere : ne CraigneZ

joie : c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un poiot. Car qu'auraienl-ilsou Craindre, demande

Sauveur, qui est Jésus-Christ. (Satn^ £«c, cliap. 11, 11.) -1.01 . 1 ,^ ■,,.

saint Chrysostome, dans un mystère ou tout

gjj^g , les consolait, dans un mystère otj ils ne trou-

vaient que des sujets de bénir Dieu et de le

Ainsi parla l'ange du Seigneur ; mais il par- glorifier, dans un mystère qui leur faisait con-

lait à des bergers, c'est-à-dire à des hommes naître le bonheur de leur condition, et qui

simples, qui éloignés du monde, et veillant à par là leur rendait leurs misères noii-seule-

la garde de leur troupeau, menaient une vie ment supportables, mais désirables, mais ai-

aussi imioccnte qu'elle était pauvre et obscure, inables ? Je ne m'étonne pas, dis-je, si l'ange

Il leur annonçait un Sauveur, qui, né dans député de Dieu leur tenait ce langage : Ecce

une stable, vcnnit honorer leur condition par evangelizo vobis g audium magnum : ie vous ap-

le choix qu'il faisait de leur pauvreté, et qui, porte une grande nouvelle, une nouvelle qui

se dépouillant pour les sauver, de la majesté vous comblera de joie, savoir, qu'il vous est né

d'un Dion, paraissait dans une crèche, revêtu un Sàuyeur : Quia natus e.<:t vobis hodie Salvato, non-seulement de la forme d'un homme, mais Mais, chrétiens, dans l'obligation oii je suis

ISi

SERMON SUR LA NATIVITE

(l'accomplir aujourd'hui mon ministère, ctayant rhoiineur de prêcher rEvangilc de Jésus-Christ dans la cour du phis grand des rois, il s'en faut bien que j'aie le même avantage que l'ange du Seigneur. J'annonce aussi bien que lui la naissance du Sauveur du monde, mais je l'annonce h des auditeurs à qui je ne sais si elle doit être un sujet de consolation. J'annonce un Sauveur hund)lc et pauvre, mais je l'aimoncc aux grands du monde et aux riches ilu inonde ; je l'annonce à des hommes qui, pourètre chrétiens de profession, ne laissent pas d'être remplis des idées du monde. Que leur dirai-je donc. Seigneur, et de quels termes me scrvirai-je pour leur proposer le mystère de votre humilité et de votre pauvreté? Leur dirai-je : Ne craignez point ? dans l'état où je les suppose, ce serait les tromper. Leur dirai-je : Craignez ? je m'éloignerais de l'esprit du mystère môme que nous célébrons, et des pensées consolantes qu'il inspire et qu'il doit inspirer aux plus grands pécheurs. Leur dirai-je : Affligez-vous, pendant que tout le monde chrétien est dans la joie ? Leurdirai-je : Consolez-vous, pendant qu'à la vue d'un Sauveur qui condamne toutes leurs maximes, ils ont tant de raisons de s'affliger ? Je leur dirai, ô mon Dieu, l'un et l'autre, et par là je satisferai au devoir que vous m'imposez. Je leur dirai : Affligez-vous, et consolez- vous ; car je vous annonce une nouvelle qui est tout à la fois pour vous un sujet de crainte et un sujet de joie. Ces deux sentiments si contraires en apparence, mais également fondés sur le mystère de Jésus-Christ naissant, sont déjà le précis et l'abrégé de tout ce que j'ai à leur dire dansce^discours, après que nous aurons imploré le secours du Ciel par l'intercession de la [)lus sainte et de la plus heureuse des mères. Ave, Maria.

C'était la destinée de Jésus-Christ de paraître dans le monde comme un objet de contradiction, et, par un secret impénétrable de la Providence, d'y être tout à la fois et la ruine des uns, et la résurrection des autres : Ecce positus est hic in ruinam et in resurreclionem multorum '. Toute la vie de cet Homme-Dieu n'a été que l'accomplissement et la suite de celte prédiction. Ce n'est donc pas sans raison que je vous ai proposé d'abord sa sainte naissance couunc un sujet de crainte et de joie : de crainte, en le considérant,toutSauveur qu'il est, comme la ruine des impies et des réprouvés ; et de joie, en le regardant comme la résurrec-

> Luc, u, 34.

tion des pécheurs qui se convertissent, et qui deviennent les élus de Dieu.

Appli(iuons-nous, chrétiens, cette vérité. Je puis dire (juc toute l'alTaire du salut consiste à bien ménager, |)ar rapport à Dieu, ces deux senliinenls opposés de joie et de crainte; et c'est pour cela que David, inslruisanl les grands de lalcire, à qui Dieu hù faisait connaîlrcquc cette leçon était particulièrement nécessaire, leur disait, par une manière de parler aussi surprenante qu'elle est judicieuse et sensée : Scrvite Domino in timoré, et exullale ei cum tremore • : Servez le Seigneur et réjouissez- vous en lui avec Iremblemenl. Pouniuoi trembler, dit saint Chrysostome, si je dois me ri\jouir eu lui ; ei pourquoi me réjouir en lui, si je dois trembler? C'est, répond ce saint docteur, qu'à l'égard de Dieu et enmaticre de salut, l'homme, soit juste, soit pécheur, ne doit point avoir de joie qui ne soit mêlée d'une crainte respectueuse; ni de crainte quoique re.-^pectueuse, qui ne soit accomi)agnée d'une sainte joie. Car, selon les règles les plus exactes de la religion, il ne nous est point permis de craindre Dieu sans nous confier en lui, ni de nous confier en lui sans le craindre.

Or, je prétends, et voici mon dessein ; je prétends que le mystère de la naissance de Jésus- Christ, bien conçu et bien médité, est, de tous les mystères du christianisme, le plus propre à exciter en nous, et celte crainte salutaire, et celte joie solide et intérieure. Je prétends que la vue de ce Sauveur né dans une crèche nous fournitde puissants motifs de l'uneclde l'autre : motifs de crainte, si vous êtes de ces mondains qui, aveuglés par le dieu du siècle, quittent la voie du salut pour suivre la voie du monde motifs de joie, si vous ouvrez aujourd'hui les yeux, et si vous voulez être de ces chrétiens fidèles qui cherchent Dieu en esprit et en vérité ; motifs de crainte, si, comprenant bien pourquoi Jésus-Christ est venu au monde et de quelle manière il y est venu, vous reconnaissez l'opposition qu'il y a entre lui et vous ; motifs de joie, si, persuadés et confus de l'opposition qui se rencontre entre Jésus-Christ et vous, vous prenez enfin la résolution de vous conformer à lui, et de profiter des avantages que vous donne pour cela mêmelacondilionoùDieu vous a fait naître. Selon la dilTérencc de ccsdeuxétatsetdecesdeux caractères, ou craignez, ou consolez- vous. Etesvous du nombre des mondains ? craignez ; parce que ce mystère va vous découvrir des véiités bien affligeantes: vous le verrez dans la première parlie. Etes- vous ou voulez-vous ôtre du nom-

ifsalm-, u, 11.

DR jr.STTS-CIiniST.

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Inv (les chrcMions lldMos? co>isolc/-voiis; pniTc qiu» ce luyshMc vous (K'ooiivriia dos Irt^sors inliiiisdogrAco et do misôricoido : vous lo voirez dans la seconde partie. Voilà les vénl;d)Uîs dispositions avec los(iuolles vous dcvc/ vous présenter devant la ciiVMie de votre Dieu. Rendez-vous dooilos à sa pjiroie, a(iu (pu* je puisse aujourd'hui les iuipriinor bien avant dans vos cœurs, et donnez-moi toute votre attention.

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