‹ Œuvres complètesChapitre 53 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'est par la crainte du Seigneur que doit comiueuccr le salut de l'houune ; et la clinrilé môme la plus parfaite ne serait ni solide, ni assurée, si la crainte des jufïeuicnts de Dieu ne lui servait de fondement et de base. C'est donc avec sujet qu'eu vous annonçant aujourd'hui legranil mystère du salut, (pii est la naissance de Jésus-Christ notre Sauveur, je vous y fais remarquer d'abord ce qui doit exciter en vous cette crainte salutaire, donc voici les puissants motifs. Craignez, hommes du monde, c'est-àdire vous qui, remplis de l'esprit du monde, vivez selon ses lois et ses maximes ; craignez , parce que le Sauveur qui vous est né, dans les idées pratiques, mais chimériques, que vous vous en formez, et dans l'usage ou plutôt dans Vf^hiis que vous faites de sa miséricorde envers vous, tout Sauveur qu'il est, n'est peut-être pour vous rien moins qu'un Sauveur ; craignez, parce que c'est un Sauveur, mais qui peut-être n'est venu que pour votre confusion et pour votre condamnation ; craignez, parce que ce Sauveurne pouvant vous être indifférent, du moment qu'il ne vous sauve pas, doit nécessairement vous perdre. Pensées terribles pour les mondains, mais qu'il ne tien qu'à vous, mes chers auditeurs, de vous rendre utiles et profitables, en les méditant dans l'esprit d'une humble et d'une véritable componction.

C'est, dis-je, un Sauveur qui nous est né, mais qui, dans les fausses idées dont vous êtes prévenus, n'est rien moins qu'un Sauveur pour vous. Comprenez ma pensée, et vous conviendrez malgré vous-mêmes de cette triste vérité. Car vous voulez qu'il vous sauve, mais vous vous mettez peu en peine qu'il vous délivre de vos péchés ; vous voulez qu'il vous sauve, mais vous prétendez qu'il ne vous en coûte rien ; vous voulez qu'il vous sauve, mais vous ne voulez pas que ce soit par les moyens qu'il a choisis pour vous sauver. Or, tout cela, ce sont autant de contradictions; et pour peu qu'il vous reste de religion, ces contradictions énormes sont les justes sujets qui doivent aujour-

d'hui vous faire trembler. N'appréhendez pas (pie je iesgid.ssisso, |)Oiu*voiis donner de vaines fiayoui's ; mais cruignoz plut»')t cpie me., oxpiossions iK^ soiiîiil hop fidbles pour vous les laire concevoir dans lotde leiu-élonducet d.uis toute leur force.

Vous voulez que ce Dieu naissant soit pour vous un l)i(Mi Sauveur ; mais au même temps, par une opposition de sentiments et de conduite dont |)eut-êlre vous ne vous apercevez pas, vous êtes peu en peine qu'il vous délivre de vos péchés. C'est pour cola néanmoins, et pour cela uni(|uemeut, qu'il est Sauveur; et celte qualité par rapport à vous, ne lui appartient ni ne peut lui ;»|»parlenir qu'aulant fpi'il vous dégage des passions, des vices, des habitudesfpii sont les sources de vos péchés, el d(mt vous êtes les maliieuicux esclaves. S'il ne vous en délivre pas, et si, bien loin de souhaiter d'en être délivrés, vous en aimez l'esclavage et la servitude, raisonnez comme il vous plaira ; ce Dieu, quoique Sauveur par excoUence, n'est pour vous Sauveur que de nom, et tout le culte que vous lui rendez en ce jour n'est qu'illusion ou hypocrisie.

11 n'y eut jamais de conséquence plus immédiate que celle-là, dans les principes et dans les règles du christianisme que vous professez. Vous l'appellerez Jésus, dit l'ange à Joseph : et pourquoi ? parce qu'il délivrera son peuple des iniquités et des péchés qui l'accabient : Vocahis nomen ejus Jesum : ipse enini sulvum fuciet populuin suiim a peccalis eonim ^ l'renez garde, mes frères ; c'est la remarque de saint Chrysostome ; il ne dit pas: Vous l'appellerez Jésus, parce qu'il délivrera son peuple des calamités humaines sous le poids desquelles il gémit. Cela était bon pour ces anciens sauveurs, qui ne furent que la ligure de celui-ci, el que Dieu envoyait au peuple juif comme à un peuple grossier et charnel. Ce Jésus dont nous célébrons la naissance était destiné pour une plus haute et une plus sainte mission ; ii s'agissait pour nous d'une rédemption plus essentielle et beaucoup plus parfaite. Ces maux dont nous devions être guéris, élaient bien plus dangereux et plus mortels que ceux qui, dans l'Egypte, avaient affligé le peuple de Dieu ; et c'est pour ceux-là, dit saint Chrysostome, qu'il nous fallait un Sauveur. Le voilà venu, non pas, encore une fois, pour nous sauver des adversités et des disgrâces de cette vie ; nous sommes indignes de la profession et de la qualité de chrétiens si nous mesurons par là sa

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SERMON SUR LA NATIVITIÎ

grAcc, et si c'est (le l^qllc nous faisons il(5pen(lrc le pouvoir qu'il a de nous sauver : il tic nous a point été promis de la sorte. Mais le voilà Tenu pour nous délivrer de la corruption du monde, des désordres du monde, dc^s erreius du monde ; le voilà venu pour nous affranchir du jou|if de nos passions honteuses, delà tyrannie du péché à(pioi nous nous sonnnes assujettis, de la concupiscence de la chair qui nous domine, de l'esprit d'orgueil dont nous sonnnes possédés, de nos attachements criminels, de nos haines, de nos aversions, de nos malignes jalousies ; car ce sont là nos vrais ennemis ; il n'y avait qu'un Dieu Sauveur qui nous pût tirer d'une si funeste captivité : aussi est-ce pour cela qu'il a voulu naître : Ipse enim salvum faciet populum suum a peccatis eorum.

Or, dites-moi, chrétiens, est-ce ainsi que vous l'avez entendu et que vous l'entendez encore ? Oue chacun s'examine devant Dieu : où est l'aLnbitieux parmi vous qui, regardant son ambition comme la plaie de son àmc, en souhaite de bonne foi la guérison ? où est l'impudique et le voluptueux qui, réellement afflige de l'être, désire, mais efficacement et comme son souverain bien, de ne l'être plus ? où est l'homme avare et intéressé qui, honteux de ses injustices et de ses usures, déteste sincèrement son avarice ? où est la femme mondaine qui, écoutant sa religion, ait horreur de sa vanité, et pense à détruire son amour-propre? de quelle passion, de quelle inclination vicieuse et dominante ce Sauveur vous a-t-il délivrés jusqu'à présent? A quoi donc le reconnaissez-vous comme Sauveur ? et, s'il est Sauveur, par où montrez-vous qu'il est le vôtre ? quelle fonction en a-t-il faite et lui avcz-vous donné lieu d'en faire à votre égard ? Or, quand je vous vois si mal disposés, ne serais-je pas prévaricateur, si je vous annonçais sa venue comme un sujet de joie ? et pour vous parler en ministre fidèle de son Evangile, ne dois-je pas, au contraire, vous dire, et je vous le dis en effet : Détrom|>ezvous, et pleurez sur vous : pourquoi ? car tandis que, possédés du monde, vous demeurez en de si criminelles dispositions, encore que le Sauveur soit né, ce n'est point proprement pour vous qu'il est né ; disons mieux : encore que le Sauveur soit né, vous ne profitez pas plus de sa naissance que s'il n'était pas né pour vous.

Ah ! chrétiens, permettez-moi de làire ici une réflexion bien douloureuse, et pour vous, et pour moi ; mais qui vous paraîtra bien touchante et bien édifiante. Nous déplorons le sort des juifs, qui, malgré l'avanliige d'avoir vu naître

Jésus-Christ au inilieu d'eux et pour eux, ont eu néanmoins le malheur de perdre tout le fruit de ce bienfait incslimablc, et d'être ceux même qui, de tous les peuples de la terre, ont moins profilé de celte heureuse naissance. Nous les plaignons, et en les plidj^nanl nous les condamnons ; mais nous ne prenons pas garde qu'en cela même leur condition, ou plntùtleur misère et la nôtre sont à peu ;H-ès égales. Car, en quoi a consisté la réprobalion des juifs? En ce qu'au lieu du vrai Messie que Dieu leur avait destiné, et qui leur était si nécessaire, ils s'en sont figuré un autre selon leurs grossières idées, et selon les désirs de IcMir cœur : en ce qu'ils n'ont compté pour rien celui qui devait être le libérateur de leurs ûmes, et qu'ils n'ont pensé qu'à celui dont ils se promettaient le rétablissement imaginaire de leurs biens et de leurs fortunes; en ce que, ayant confondu ces deux genres de salut, ou, pour parler plus juste, en ce que, ayant rejeté l'un, ets'étant inulilement flattés de la vaine espérance de l'autre, ils ont tout à la fois été frustrés et de l'un cl de l'autre, et qu'il n'y a eu ponr eux nulle rédemption. Voilà, dit saint Augustin, quelle fut la source de leur perte : Temporalia amittere metuerunt, et œternaîioncogitaverunt, ac sic utrumque amiserunt. Or, cela même, mes chers auditeurs, n'est-ce pas ce qui ncus perd encore tous les jours ? Car, quoique nous n'attendions plus comme les juifs un autre Messie ; quoique nous nous en tenions à celui que le Ciel nousa envoyé, n'est-il pas vrai (confessons-le et rougissonsen), qu'à en juger par notre conduite, nous sommes, à l'égard de ce Sauveur envoyé de Dieu, dans le même aveuglement où furent les juifs, et où nous les voyons encore à l'égard du Jlessie qu'ils attendent, et en qui ils espèrent ? Je m'explique.

Nous invoquons Jésus-Christ comme Sauveur, mais nous l'invoquons dans le même esprit que le juif réprouvé l'invoquerait, c'est-à-dire nous l'invoquons pour des biens temporels, mais avec une indilîérence entière pour les éternels : Temporalia amittere metuerunt ^ et œterna non cogi' laverunt. En effet, sommes-nous dans l'adversité, s'élève-t-il contre nous une persécution, s'agitil ou de la fortune ou de l'honneur ; c'est alors que nous recourons à ce Dieu qui nousa sauvés, et que nous voulons encore qu'il nous sauve : mais de quoi ? d'une affaiie qu'on nous suscite, d'une maladie qui nous afflige, d'une disgrâce qui nous humilie. Voilà les maux qui réveillent notre ferveur, qui nous rendent assidus à la prière, dont nous demandons non-seuleiuent

DE jRsus-cnnisT.

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avec inslanco, mais avec iinpnlience, d'ùlie ou prt^scrvés, on délivrés : Temporuliu amillere metui'rmU. Mais soimnes-iious dans l'élat et dans le désoitlre d'ini péché liahitnel qui cause la mort ;\ nolie ;\\uc; h ix'iut; nous souvenons-nous qu'il y a un Sauveur tout-puissant |)Our nouseu faire sortir ; à peine, pour l'y en}^a;;er, nous adressons-nous une lois ;Mui, et lui disons-nous au moins avec le PropliMe : llàtez-vous, Seigneur ! lirez-moi du profond abiuie où je suis plongé. Insensibles au besoin pressant où nous nous trouvons, nous y demeurons tranquilles et sans alarmes : Kt œterna non cogitaveruni. Que disje ? bien loin de courir au remède, peut-être le craignons-nous, peut-être le fuyons-nous, peut- Ctre sommes-nous assez pervertis pour nous faire de notre péché même une félicité secrète, pour nous en applaudir au fond de l'àme, pour nous en glorifier. Nous sommes donc alors, quoique chrétiens, aussi juifs d'esprit et de cœur (juo les juifs mêmes; et dans la comparaison de leur infidélité et de la notre, la nôtre est d'autant plus condamnable, que nous méprisons un Sauveur en qui nous croyons, au lieu que les juifs n'en péché contre lui que parce qu'ils ne le connaissaient point ; et c'est ce qui doit nous faire trembler.

Noire aveuglement va encore plus loin. Nous voulons que ce Dieu fait chair nous sauve ; mais nous prétendons qu'il ne nous en coûte rien : autre contiadiclion, etaulro sujet de notre crainte. Car il n'est S:uiveur pour nous qu'à une condition, et colle condition, c'est que nous nous sauverons nous-mêmes avec lui et par lui. 11 nous a créés sans nous ^'cc sont les paroles de saint Augustin, que l'on vous a dites cent fois, cl dont je voudrais aujourd'hui vous fiiire pénétrer toute la conséquence), il nous a dtéés sans nous ; mais il ne lui a pas plu, et jamais il ne lui plaira de nous sauver sans nous. 11 veut que l'ouvrage de notre salut, ou plutôt' l'accomplissement di: ce grand ouvrage dépende de nous, et que sans nous en attribuer la gloire, nous en partagions avec lui le travail. Gomme Sauveur, il est venu faire pénitence pour nous ; mais sans préjudice de celle que nous devons faire nousmêmes, et pour nous-mêmes. Gomme Sauveur, il a prié, il a pleuré, il a mérité pour nous; mais il veut que nos prières joinies à ses prières que nosiarm.,^s mêlées avec ses larmes, que nos œuvres san.ii fiées par ses œuvres, achèvent en nous celte rLvloin;>lion dont il est l'auteur, et dont sans !K):!S il ne serait pas le consommateur* Connue Sauveur , il s'est fait dans la crèche notre vijldac, et il a comuieacé dès lors à s'im-

inolor pour nous ; mais il veut que nous soyons mets à nous iimnoler avec lui ; et il le veut tellement , il a tellement fait dépendre de \h l'efficace et la vertu dii son .sacrifice; par rapport à notre salut, que, tout Sauveur (pi'il est 'kmm.u'quez ceci), c'est-à-dire (pic tout dis[)osé qu'il est en notre fivcur, que quoiqu'il nous ait aimés jusqu'à se faire homme pour nous, malgré tout son amour , malgré tout ce qu'il lui en coûte pour naître parmi nous et comme nous, il consent néanmoins plutôt que nous périssions , plutôt que nous nousdamnions, plutôt que nous sojons éternellement exclus du nombre de ses prédestinés, (pie de nous sauver de cette rédemption gratuite telle que nous l'entendons ; parce que sous ombre d'honorer sa grâce , en lui attribuant noire salut, nous ne la ferions servir qu'à fomenter nos désordres.

Il faut donc, et il le faut nécessairement, que pour êlrc! suives, i! nous en coûte, comm'.î il lui en a coulé. C'est la loi qu'il a établie, loi que saint Paul observait avec tant de fidélité, quand il disait : Adimpleo ea qiue desunt passiouum Chri^U in carne mea i : J'accomplis dans ma chair ce qui a manqué aux souffrances de la chair innocente et virginale de Jésus-Christ ; loi générale et absolue, dont jamais Dieu n'a dispensé, ni ne dispensera. Cependant, hommes du siècle, vous voulez cire exempts de cette loi : elle vous parait trop dure et trop onéreuse, et vous cherchez à en secouer le joug. Vous voulez le salut ; mais vous le voulez sans condition et sans charge. Vous le voulez , pourvu qu'on n'exige devons ni assujcltissement.niconlrainte, ni effort, ni victoire sur vous niêuies. Vuiis le voulez ; mais sans l'acheter, et sans y rien met- Ire du vôtre. Car, en effet, que vous en coùtet-il, et en quoi oserez-vous me dire que vous y coopérez ? que sacrifiez-vous pour cela à Dieu? quelles violences vo;is faites-vous à vous-mêmes? Mais aussi Dieu m*oblige-t-il à vous déclarer de sa part que tandis que vous vous en tenez là, ce salut que Jésus-Christ est venu apporter au monde n'est point pour vous, et que vous n'y devez rien prétendre. Or, de là concluez si la naissance de ce Dieu-Iloiniue a de (juoi vous rassurer et vous consoler. •

Enfin, vous voulez qu'il vous sauve ; mais, par une troisième contradiction qui ne me semble pas moins étonnante, vous ne voulez pas que ce soit par les moyens qu'il a choisis pour î vous sauver. Quoique ces moyens aient été concertés et résolus dans la conseil de sa sagesse éternelle , ils ne vous plaisent pas ; quoiqu'ils

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SEUMON SUR LA NATIVITE

soient consacrés dans sa personne et aulorisés p;ir son exemple, vous ne les pouvez goûter. El (jucls sont-ils ? la haine du monde et de vousm(îmes, le délaclicment du monde et de ses biens, le renoncement au monde, à ses plaisirs et à ses honneurs ; la pauvreté de cœur, l'humililé de cœur, la mortificatiou des sens et l'auslérilc^ de la vie. Tout cela vous choque, et vous fait horreur. Vous voudriez des moyens [)lus pro|iorli()nn6s à vos idées, et plus conformes à vos inclinations: et moi je vous dis que c'est pour cela que vous devez trembler : pourquoi ? parce qu'indépendamment de vos idées et de vos inclinations, il est certain, d'une part, que ce Dieu naissant ne vous sauvera jamais par d'autres moyens que ceux qu'il a marqués ; et qu'il est évident, de l'autre, que jamais ces moyens qu'il a marqués pour vous sauver ne vous sauveront, tandis que vous voudrez suivre vos inclinations et vos idées. Vous voulez qu'il vous sauve selon votre goût, qui vous perd, et qui vous a perdus. Voilà le triste mystère que j'avais d'abord à vous annoncer, d'autant plus triste pour vous, si vous l'entendez et si vous n'en profitez pas.

Mais je veux vous le rendre encore plus sensible par une supposition que je vais faire. Peut-être vous suprendra-t-elle; et fasse le ciel qu'elle vous surprenne assez pour vous forcer à reconnaître votre infidélité secrète, et à prendre des sentiments plus chrétiens! Diles-moi, mes chers auditeurs, si Dieu vous avait envoyé un Jésus-Christ tout différent de celui que nous croyons, c'est-h-dire s'il vous était venu du ciel un Sauveur aussi favorable à la cupidité des honmies, que celui que nous adorons y est contraire; si, au lieu de vous annoncer, comme l'ange, que ce Messie est un Sauveur pauvre et humble, né dans l'obscurité d'une étable, je vous assurais aujourd'hui que cela n'est pas, qu'on vous a trompés , que c'est un Sauveur d'un caractère tout opposé ; qu'il est né dans l'éclat et dans la pompe, dans la fortune, dans l'abondance, dans les aises et les plaisirs de la vie, et que ce sont là les moyens à quoi il a attaché votre salut, et sur quoi il a entrepris de fonder sa religion ; si, par un renversement qui ne peut être, mais que nous pouvons nous figurer, la chose se trouvait ainsi, et que ce que j'appelle supposition fût une vérité, marquezmoi ce que vous auriez à corriger dans vos sentiments, et à réformer dans votre conduite, pour vous accommoder à ce nouvel Evangile. Changeant de créance, seriez-vous obligés de changer de mœurs ? Faudrait-il renoncer à ce que vous

êtes, pour être dans l'état de perfection où ce Sauveur vous voudrait alors? ou plutôt, sans rien changer à ce que vous êtes, ne vous trouve» iezvous pas alors de parfaits chrétiens, et n'auriezvous pas de quoi vous féliciter d'un système de religion d'où dépendrait votre salut, et qui s< rapporterait si bien à votre goût, à vos maximes, et à toutes les règles de vie que le monde vous prescrit? N'est-ce pas alors que je devrais vous dire : No craignez-point; car voici au contraire un grand sujet de joie pour vous : Evangelizo vobis gaudium warjnum^. Et quoi? c'est qu'il vous est né un Sauveur, mais un Sauveur h votre gré et selon vos désirs, un Sauveur commode, un Sauveur suivant les principes duquel il vous sera permis de satisfaire vos passions; un Sauveur qui, bien loin de les contredire, les approuvera, les autorisera : or, voyant un tel Sauveur, consoIcz-vous. Ne serais-je pas, disje, bien fondé à vous parler de la sorte, et en m'écoutant ne vous diriez-vous pas à vousmêmes , remplis d'une joie secrète : Voilà le Sauveur et le Dieu qu'il me fa'lait? Ah ! ciirétiens, je le confesse, dans ce nouveau système de religion vous auriez droit de vous réjoiiir : mais vous êtes trop éclairés pour ne pas conclure de là, que ce qui ferait aloi's votre consolation doit aujourd'hui vous saisir de frayeur. Car puisque, supposé cet Evangile prétendu, je pourrais vous dire que je vous apporte une heureuse nouvelle; en vous prêchant un Evangile directement contraire à celui-lù, je suis obligé de vous tenir tout une autre langage. Je dois, au hasard de troubler la joie de l'Eglise, qui est une joie sainte, troubler la vôtre, qui, dans faveuglement où vous vivez, n'est qu'une joie fausse et présomptueuse. Je dois vous dire : Tremblez rpounjuoi? c'est qu'il vous est né un Sauveur, mais un Sauveur qui semble n'être venu au monde que pour votre confusion et pour votre condamnation; un Sauveur opposé à toutes vos inclinations, un Sauveur ennemi du monde et de tous ses biens, un Sauveur pauvre, humilié, souffrant. Vérités aflligeaules ! et pour qui? pour vous, mondains, c'est-à-dire pour vous, riches du monde, possédés de vos richesses et enivrés de votre fortune ; pour vous, ambitieux du monde, éblouis d'un vain éclat, et adorateurs des pompes humaines ; pour vous, sensuels et voluptueux du monde, idolâtres de vous-mêmes et tout occupés de vos plaisirs. Cependant, après avoir considéré ce mystère de crainte, ce mystère de douleur que je découvre d'abord dans la naissance d'un Dieu-Homme,

I Luc, II, 10.

l)K JÉSL'S-CIIIUST.

▼oyons, cliivli('iis It^ iinstc'TO dii coiisolalioii qu'elle reiircniie, et ([iirlle [»arl vous y pouvez uvoir : c*est lu seconde partie.

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