‹ Œuvres complètesChapitre 54 sur 183 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Qiiel(]iie vaine que soit devant Dieu la différence des fondilions, et qnehine honneur que Dieu se lasse, dans l'Ecritm-e, d'être nn Dion égal h tous, qui n'a égard ni aux qualités ni aux rangs, qui ne fait acception de personne, Non est pcrsonarum acccptor Deiis^ ; il est néanmoins vrai, chrétiens, que, dans l'ordre de la grûce, la prédilection de Dieu, si j'ose me servir de ce terme, a toujours paru être pour les pauvres et pour les petits, préférahlement aux grands et aux riches. N'en cherchons point la raison, et contentons-nous d'adorer en ceci les conseils de Dieu, (lui, selon l'Apùtre, fait miséricorde à qui il lui plaît, et justice à qui il lui plaît. Prédilection de Dieu, que tout l'Evangile nous prêche, mais qui nous est marquée visiblement et authenliquement dans l'auguste mystère que nous célébrons. Car qui sont ceux que Dieu choisit les premiers pour leur révéler la naissance de son Fils? des bergers, c'est-à-dire des pauvres attachés à leur travail, des hommes inconnus au monde, et contents de leur obscurité et de la sunplicité de leur état. Ce sont là ceux, dit excellemment saint Ambroise, dont Jésus-Christ fait les premiers élus, ceux qu'il appelle les premiers à sa connaissance, ceux dont il veut recevoir les premiers hommages , ceux qui paraissent comme les premiers domestiques de ce Dieu naissant, et qui environnent son berceau, pendant que les grands de la Judée, que les riches de Jérusalem, que les savants et les esprits forts de la synagogue, abandonnés, pour ainsi parler, et livrés à eux-mêmes, demeurent dans les ténèbres de leur infidélité, et semblent n'avoir nulle part à la naissance du Sauveur.

Oui, mes frères, disait saint Paul aux Corinthiens, voilà les prémices de votre vocation : des faibles choisis pour confondre les puissants, des simples pour confondre les sages, des sujets vils et méprisables selon le monde, pour confondre dans le monde ce qu'il y a de plus éclatant et déplus élevé. C'est par où le christianisme a commencé : telle fut l'origine de l'Eglise, qui, selon la remarque de saint Chrysostome, était alors toute renfermée dans l'élable de Bethléem, puisque hors de là Jésus-Christ n'était point connu. Et c'est, grands du monde quim'écoutez, ce qui devrait aujourd'hui vous affliger, ou même vous désoler, si Dieu, par son aimable provi-

'Act. X, 34

iKmjcc, n'avait pris soin d'y pourvoir. Mais rassiu'cz-vous, et convaincus comme vous l'alîoz êtn; d(; l'innnensilé de ses miséricordes, malgr(^ les mallieunîux engagements de vos conditions, confiez- vous en lui. Car voici trois grands sujeti (le consolation, q\n\ }(; lire du mystère iu(^me dont nous faisons la solennilé. llendez-vous-y atUMilils, et, après l'avoir médité, cet inellabU mystère, avec tremblement et avec craitd(\ goùlez-en maintenant toute la douceur : Eue enim cvangelizo vobis gaudium magnum.

En effet, quelque exposés que vous soyez à la corruption du siècle, et quelque éloignés que vous paraissiez du royaume de Dieu, Jésus-ChrisL ne vous rebute point ; et, bien loin de vous rejeter, il ne vient au monde que pour vous attirer à lui : grâce inestimable, à laquelle vous devez répondre. Quelque apparente coiitiariété qu'il y ait entre votre état et l'état de Jésus-Chrisl: naissant, sans cesser d'être ce que vous êtes, il ne tient qu'à vous d'avoir avec lui une sainte ressemblance : secret important de votre prédestination que vous ne devez pas ignorer. Quelque danger qu'il y ait dans la grandeur humaine, et de quelque malédiction qu'aient été frappées les richesses du monde, vou5 pouvez vous en servir comme d'autant de moyens propres pour honorer Jésus-Christ, et pour lui rendre le culte parliculier qu'il attend de vous : avantage inflni dont vous devez profiter, et qui doit être comme le fond de vos espérances. Encore un moment de réflexion pour des vérités si touchantes.

Non, mes chers auditeurs, quoique Jésus- Christ, par un choix spécial et divin, ait voulu naître dans la bassesse et dans l'humiliation, il n'a point rejeté pour cela la grandeur du monde ; et je ne crains point de vous scandaliser, en disant que dès sa naissance, bien loin de la dédaigner, il a eu des égards pour elle, jusqu'à la rechercher même et à se l'attirer. L'Evangile qu'on vous a lu en est une preuve bien évidente. Car, en même temps que ce Dieu sauveur appelle des bergers et des pauvres à son berceau, il y appelle aussi des mages, des hommes puissants et opulents, des rois, si nous en croyons la tradition. En môme temps qu'il députe un ango à ceux-là, il fait luire une étoile pour ceux-ci. En même temps que ceux-là, pour venir le reconnaître et l'adorer, quittent leurs troupeaux, ceux-ci abandonnent leur pays, leurs biens, leurs Etats. De savoir qui des uns et des autres l'honorent le plus, ou lui sont plus chers, c'est ce que je n'entreprends pas encore de décider. Mais, sans en faire la comparaison, au moins est-il vrai que les uns et les autres sont reçus dans l'é table

SEUMON SUR LA NATIVITE

de ce Dieu-Homme ; au moins est-il vrai que ce Dieu, caché sous le voile de l'enfance, se manifcs'c aux uns et aux autres, et que la préférence qu'il doune aux petits n'est point une exclusion |)Our les grands.

Or celle pensée seule, hommes du monde, ne doil-ello pas ranimer loule votre confiance, et n*est-clle pas plus que sullisante pour vous lorlifier et pour vous encourager? Mais de là mùme il s'ensuit encore quelque chose de plus consolant pour vous. Et quoi ? c'est qu'il est doue constant que Jésus-Christ, dans le mystère de sa naissance, indépendamment de la prédilection qu'il peut avoir pour les uns, préférablement aux autres, a bien plus fait au fond pour les grands que pour les petits, et que, dans un sens, les grands qu'il a appelés lui sont beaucoup plus redevables : comment cela? C'est, dit saint Cbrysostome, qu'il a fallu une vocation plus forte pour attirer à Jésus-Christ des grands, des puissants du siècle, tels qu'étaient les mages, que pour y attirer des pasteurs, dont l'ignorance et la faiblesse semblaient être déjà comme des dispositions naturelles à l'humilité de la foi. Dans ceux-ci, rien ne résistait à Dieu; mais dans ceux-là, la grâce de Jésus-Christ eut tout à combattre et à vaincre ; c'est-à-dire le monde, avec toutes ses concupiscences. Cependant, c'est le miracle qu'elle a opéré; et voilà l'insigne victoire que la foi de Jésus-Christ naissant a remportée sur le monde : Ilœc est Victoria quœ vincit mundum, fides nostraK Foi triomphante et victorieuse, qui, malgré l'orgueil du monde, a eu assez de pouvoir sur leurs esprits pour leur faire adorer dans un enfant le Verbe de Dieu et sa sagesse; qui, malgré le libertinage du monde, a fait assez d'impression sur leurs cœurs pour en arracher les passions les plus enracinées, a été assez efficace pour les captiver sous le joug de la religion chrétienne.

Après cela, qui que vous soyez, et quelque rang que vous teniez dans le monde, plaignezvous que votre Dieu réprouve votre condilion, ou que votre condilion vous éloigne de Dieu. Non, chrétiens, elle ne vous en éloigne point, ni votre Dieu ne la réprouve point. Elle ne vous en éloigne point, puisque vous voyez que lui-même il la prévient des grâces les plus abondantes ; et il ne la réprouve point, puisqu'un de ses premiers soins, en venant au monde, est de la sanctifier dans les mages et de la réformer en vous. 11 réprouve les abus et les désordres de votre condition; il en réprouve le faste, il en réprouve le luxe, il en réprouve la mollesse, il en réprouve

la dureté et l'impiété; mais sans la réprouver elle-même, puisiiue c'est pour elle cl pour vonsmêmes qu'il ouvre aujourd'hui le trésor de ses iiiisiM-icordes les plus efficaces et les plus p,Tiliculières. Connue il est le Dieu de toutes les conditions, el qu'il vient pour sauver tous les hommes sans nul discernement de conditions, il veut que dès son berceau, où il commence déjà à faire l'office de Sauveur, on voie à sa suite et des grands et des petits, et des riches et des pauvres, et des maîtres et des sujets. Approchons, et approchons tous; allons à sa crèche, et allons-y tous. C'est de sa crèche qu'il nous appelle, de sa crèche qu'il nous tend les bras, de sa crèche qu'il veut répandre sur nous et sur nous tous les mêmes bénédictions.

Mais, après tout, quel rapport peut-il y avoir entre sa pauvreté et l'opulence, entre ses abaissements et la grandeur, entre sa misère et les aises de la vie ? A cela je réponds par une seconde proposition que j'ai avancée, et que je reprends. Je dis qu'il ne tient qu'à vous, sans cesser d'être ce que vous êtes, de vous rendre semblables à Jésus-Christ naissant, et, malgré toute la contrariété qui paraît entre votre état et le sien, d'avoir avec lui celte conformité parfaite sur laquelle est fondée, selon saint Paul, la prédestination de l'homme. Il faut, pour être reconnu de Dieu, et pour avoir part à sa gloire, porter le caractère de cet enfant qui vient de naître, et lui ressembler; et c'est de lui, et de lui seul à la lettre, qu'on peut bien nous dire : Nisi effîciamini sicut parvulus iste, non intrabitis in regnum cœîorum ï. Il y a d'abord de quoi vous troubler, de quoi même vous effrayer : mais écoutez ce que j'ajoute; car je prétends qu'il ne vous est ni impossible, ni même difficile, en demeurant dans votre condition, de parvenir à celte divine ressemblance : pourquoi ? parce que, comme chrétiens, vous pouvez être grands et humbles de cœur, riches et pauvres de cœur, puissants et modestes ou circoncis de cœur : or, du moment que vous joignez l'humililé à la grandeur, la modestie à la puissance, le détachement des richesses aux richesses mêmes, dès là il n'y a plus d'opposition entre l'état de Jésus-Christ et le vôtre; au contraire, c'est justement parla que vous avez l'avantage d'être plus conformes à ce modèle des prédestinés; c'est par là que vous en êtes dans le monde des copies plus achevées; car le caractère de ce Sauveur n'est pas précisément d'être pauvre et humble, mais d'être grand et humble tout à la l'ois, ou plutôt humble et la grandeur

) Matth.. XTiii, 3,

DE JP:SIIS-CIIUIST.

nit^me, puisque son humilité ne renipôcho point (l'ôlre Fils du Très-Haut. Or voilù, mes cliers luditeurs, ce qu'il n'appartient (ju'à vous, dans le rang où Dieu vous a placés, de pouvoir parfaitement imiter. Ceux que l'obscurité de leur naissance ou la médiocrité de leur fortune confond parmi la mulliliide,ne peuvent, ce semtile, arriver là; à quelque degré de sainteté qu'ils s'élèvent, leur humilité ne représente point ni n'exprime point celle d'un Dieu anéanti; il faut pour cela de la dignité et de la distinction selon le monde. Un grand, qui sans rien perdre de tous les avantages de sa condition, sait pratiquer toute l'humilité de sa religion ; un grand, petit à ses yeux, et qui, sans oublier jamais qu'il est pécheur et mortel, se tient devant Dieu dans le respect et dans la crainte ; un grand qui peut dire h Dieu, comme David : Seigneur, mon cœur ne s'est point enflé, et mesyeux ne se sont point élevés : Dominefiion est exaîtatum cor meum, neque elati sunt oculi mei • ; je ne me suis point ébloui de l'éclat du monde qui m'en- Tironne, et jamais l'orgueil ne m'a porté à des entre[U'ise8 ou au-dessus de moi, ou contraires à la charité et à la justice : Neque ambulavi in magnis, nec in mirabUihus super me 2 ; un grand, rempU de ces sentiments, est le parfait imitateur de Dieu dont nous célébrons aujourd'hui les anéantissements adorables; un grand, dans ces dispositions, est ce vrai chrétien qui s'humilie comme le divin Enfant que nous présente retable de Bethléem : Qui se humiliaverit sicut parvulus iste '; et c'est à lui, c'est à ce grand, que j'ose encore appliquer les paroles suivantes : Hic major est in regno cœlorum. Un grand sur la terre, sanctifié de la sorte, est non-seulement grand, mais le plus grand, dans le royaume du ciel.

C'est donc ainsi que le Sauveur du monde attire à son berceau des grands et des riches, aussi bien que des pauvres et des petits : et quels sont-ils, encore une fois, ces grands, ces riches, ou quels doivent-ils être? Jugeons-en toujours par l'exemple des mages, si propre au lieu où je parle, et dont le rapport est si étroit avec le mystère que je prêche. Ah! chrétiens, ce sont des grands qui semblent n'être grands que pour faire paraître dans leur conduite une humilité plus profonde, une obéissance plus prompte, une soumission aux ordres du ciel plus entière, en suivant l'étoile du Dieu humilié qui les appelle à lui ; et voilà les grands à qui le Dieu des humbles se fait connaître aussi bien qu'aux petits; parce qu'ils lui ressemblent aussi bien

f fW«..cxxx, i. - « ûid., a. - » Muu»., iTiu, 4. B. — ToM. I,

el môme encore plus que les petits; ce sont des riches qui, l)ien loin de moltnî loin' cœur dan* Icins richesses, incitent leurs richesses aux piedi de l'Agneau, et se font un mérite d'y renoncer; et voilà les riches que le Dieu des pauvres ne déilaignc pas, parce que souvent, jusqu'au milieu de leurs richesses, il les trouve plus [)auvres de cteur que les pauvres mômes. Or, n'est-ce pas de quoi vous devez bénir mille fois le ciel : je dis vous, qui, dans votre élévation, dans votre fortune, pouvez avoir part aux mômes avantages : et si vous prenez bien l'esprit de votre religion, n'avez-vous pas de quoi rendre à Dieu d'éternelles actions de grâces, lorsqu'il vous donne tant de facilité à vous sanctifier jusque dans les conditions qui, par elles-mêmes, semblent les plus opposées à la sainteté ?

Je vais encore plus loin ; car, quelque dangereuse que soit la grandeur du monde, quelque réprouvées que soient les richesses du monde, j'avance une troisième proposition non moins incontestable : savoir, qu'il ne tient qu'à vous de vous en servir pour rendre à Jésus- Christ naissap.t l'hommage et le culte particulier qu'il attend de vous ; et voici de quelle manière j'entends la chose. C'est qu'en qualité de Dieu humble, il veut être honoré et glorifié ; et qu'en quahté de Dieu pauvre, il veut être assisté et soulagé : voilà le double tribut qu'il exige de vous, et ce qui fait la bénédiction de votre état : pouvoir consacrer à Jésus-Christ ce qui était autrement la cause fatale de votre damnation et de votre perte. Quels trésors de grâces pour vous, si vous les savez recueillir! Je m'explique.

Comme Dieu humble, il veut être honoré et glorifié : c'est pour cela qu'au milieu de la gentilité, il va chercher des adorateurs ; et quels adorateurs? des hommes distingués par leurs dignités, qui, prosternés devant sa crèche et anéantis en sa présence, lui font plus d'honneur et lui procurent plus de gloire que les bergers de la Judée avec toute leur ferveur et tout leur zèle. En effet, rien ne l'honore plus, ni ne lui doit êtreplusglorieux, que les hommages des grands : or, de quel autre que de vous-mêmes dépend-il de lui donner cette gloire dont il est jaloux ? Pourquoi dans le monde avez-vous de l'autorité ? pourquoi Dieu vous a-t-il fait ce que vous êtes? que ne pouvez-vous pas pour lui ? et en comparaison de ce que vous pouvez, que fait le resta du monde? c'est par vous que la religion de ce Dieu-Homme devient vénérable ; c'est par vous que son culte s'établit plus promptement, plus solidement, plus universellement, et c'est votre exemple qui l'autorise. Quel usage pouvez-vous

ICî

SERMON SUR LA NATIVITÉ

faire <le votre puissance, plus digne ou aussi dig»ie de vous que celui-lù? cl que vous encoûlel-^\ poiM" le faire, sinon de le vouloir? C'est par là que vous (levez esliuier vos conditions; c'est (fans celte vue seule qu'il vous est permis de les mrner et de >ous y plaire; hors de là, elles vous limvcnt faire j^érair : mais voire consolation doit Ôtixî de penser que, par elles, il vous est aisé de relever la grandeur, et de porter plus hautement qi:.^ les auties les intérêts d'un Dieu qui s'est tant abaissé.

Achevons. Omme Dieu pauvre, il veut être soulagé et assisté, non plus dans lui-même, iBius dans ses membres, qui sont les f)auvies ; car je ne m'acquitterais pas pleinement de mou ministère, si j'oubliais aujourd'hui des membres de Jésus-Christ. Pour [)eu que vous soyez chiétiens, vous portez une sainte envie à ces bienheureux mages qui, venus des extrémilés de l'Orient, ne parurent point les mains vides devant ce Sauveur, mais lui oflriient desprésejits qu'il accepta et qu'il agréa. Et moi, je vous dis qu'il veut recevoir de votre main les mêmes offrandes ; je vous dis (jue, sans le cherctoxr si loin, vous le trouvez au milieu de vous, parce qu'il y est en effet, et qu'il y est dans des lieux, dans des états où il n'a pas moins à souffrir et où il n'est pas moins abandonné que dans retable de Bethléem : je vous dis que ces pauvres qui vous environnent et que vous voyez, mais encore bien plus ceux que vous ne voyoz pas et qui ne peuvent vous approcher, sont à votre égard ce Jésus-Christ même à qui les mages, h qui les bergers présentèrent, les uns de l'or et de l'encens, et les autres des fruits de leurs campagnes ; qu'il est de la foi que ce que vous donnez aux pauvres, vous le donnez h Jésus-Chrisl, et j'ose dire avec plus de mérite, lorsqu'il passe [>ar les mains des pauvres, que si vous le portiez immédiatenioiit vous-mêmes dans les mains de Jésus- Gnist. Dès là, et quels fonds de confiance ! dès là, dis-je, vos richesses, obstacles si dangereux pour le salut, dans l'ordre même du sahiL n'ont plus rien que d'innocent, que de saûitaii-e pour vous; dès là elles n'ont plus ce tai aclère de réprobation que l'Eailure leur aLiiiiuc ; dès là elles ne choquent plus la pauvaclé de Jésus-Christ, puisqu'elles sout au con- Irairc le supplément et le soutien de la pau- »T.ié que Jésus-Christ a choisie, puis(jue ic^.:s-Christ entre dans une sainte commu- Uu..té avec vous, et qu'il s'enrichit de vos sUciJS, connue il vous fait participer à ses métklê ; dès là, saactiliécs par ce partage, elles

changent pour ainsi dire de nature, et de trésors d uiiquité qu'elles élaiL-iit, elles devienm'.nl la précieuse malicrc de la plus excellente des vciUis, qui est la chaiilé ; dès 15, ces terribli-s arialhèmcs que le l'its de Dieu, dans rK\ai!;4ile, fulminait contre les riches, ne tombent plus sur vous : pourquoi ? parce que Jésus- Christ, dit saint Chrjsostome, est trop juste et trop fidèle pour donner sa malédiction à des richesses qui lui sont consacrées, et qu'il vous demande lui-même. Heureux, s'écriait le Prophète royal, celui qui comprend le mystère de l'indigent et du pauvre ! et je le tlis avec plus de sujet que lui ; car c'est suitout j.OLir un chrétien quele pauvreest un mystère de foi. Mais, remontant au principe, jujuule : Heureux celui (lui comprend le mystère d'un Dieu pauvre et d'un Dieu humilié ! Beatus qui intcUigit • /

Paice qu'il s'est humilié, dit saint Paul, Dieu a voulu, pour l'élever, qu'à son seul nom toute la terre fléchît le gonou ; et c'est dans les cours des princes que la prédiction de saiot Paul se 'érilie plus aulhentiquemenl, puisque les puissances du monde que nous y révérons ont une grâce particulière i)our honorer cet Homme- Dieu, qui s'est anéanti pour nous. C'est par là que ce Dieu Sauveur, comme dit saint Cluysoslome, est dédommagé des humiliations de sa naissance. Je sais, et il est vrai que, dès sa naissance même, il nous est représenté dans l'Evangile, persécuté par Hérode et obéissant à Auguste : voilà par où notre religion a commencé. Mais, grâce à la Providence, le monde a bien changé de face : car, pour ma consolation, je vois aujourd'hui le plus grand des rois obéissant à Jésus-Clu'ist, et empî-^yant tout son pouvoir à faire régner Jésus-ChrUi , et voilà ce que j'appelle , non pas le proôi'cs, mais 1» coui'onnemeut de ia gloire de notre religion.

Pour cela. Sire, il fallait un monarque aussi puissant et aussi absolu que vous. Comme jamais prince n'a eu l'avantage d'être si bien obéi ni si bien servi que Votre Majesté, aussi jamais prince n'a-t-il reçu du ciel tant de talents et tant de grâces pour faire servir et obéir Dieu dans son Etat. Votre bonheur, Sire, est de ne l'avoii' jamais entrepris qu'avec des succès visibles ; et le mien, dans la place que j'occupe depuis si longtemps, est d'avoir toujours eu de nouveaux sujets pour vous en féUciter. C'est ce qui a attiré sur voire personne saciée ces bénédictions abont!antes que nous regardons comme les prodiges de noire siècle Ou nous

DE JÉSUS-CHUIST.

Yanfe le rè^ne liWugnst»,», sons l«*.niel Jésus- Cliiist est né, coiumo iia lè^iie (iorissmit : et moi, (laus le parallèle (jn'il riK.' serait aisù d'en faire ici, je ne trouve lioii (|iio je puisse comparer ail rèj;nc de Votre Majcisté. On attribue les prospc^rilés dont Dieu vous a comble aux vertus royales et aux qualités iiéroiques qui vousout si liuiilenient distingué entre tous les monarques de l'Euiope ; et moi, portant plus loin mes vues, je regarde ces prospérités comme les récompenses éclatanles du zèle de Voire Majesté pour la vraie religion ; de son application constante fi maintenir l'intégrité et la purelé de la foi ; de sa lermelé et de sa force à réprimer l'hérésie, .\ exlernuner l'erreur, à abolir le schisme, à rétablir l'unité du culte de Dieu. Pouvicz-vous, Sire, nous en convaincre, et en convaincre toute l'Kurope par une plus illustre preuve, que i)ar le [)lus solennel de tous les traités, gloriouN: monument de votre piété ? Pour donner la paix au monde chrétien. Votre Majesté a sacrifié sans peine ses intérêts ; mais a-t-elle sacrifié les intérêts de Dieu ? Touché en faveur de son peuple, elle a bien voulu, pour terminer une guerre qai n'était pour elle qu'une suite de conquêtes, se relâcher de ses droits ; mais a-t-on pu obtenir d'elle qu'elle se relâchât en rien de ce que son zèle pour Dieu lui avait fait aussi saintement entreprendre que généreusement exécuter ? Malgré les négociations infinies de tant de nations assemblées, malgré tous les efforts de la politi« que mondaine , votre zèle , Sire , pour la foi catholique, a triomphé ; votre grand ouvrage de l'extinction et de l'abolition du schisme a subsisté, ou plutôt il est affermi. A celte condition. Votre Majesté, sur toute autre chose, s'est rendue facile et traitable : mais sur le point de la religion, elle s'est montrée inflexible ; et par là l'hérésie a désespéré de trouver jamais grâce devant ses jeux. Or, c'est pour cela. Seigneur, puis-je dire à Dieu, que vous ajouterez jour sur jour à la vie de ce grand roi : Dies super clies régis aôjicies i, et que vous prolongerez ses années de génération en génération : Et annos ejus usque in diem generationis et generationis 2. Mais je n'en suis pas réduit. Sire, à former là dessus de simples vœux. Dès maintenant mes "vœux sont accomplis, et la prière que j'en ai faite cent fois à Dieu, sans préjudice de l'avenir, me parait déjà exaucée. Car, depuis rétablissement (le la monarchie, aucun de nos rois a-t-il régné , et si longtemps , et si heureusement, et si glorieusement que Votn Majesté ? Et pour

le b(»nheur de la France, non-seulement Votre Majesté rè^ne encon;, mais nous avons des gages solides, et presque fies assurances, qu'elle régnera jusipi'à raccoiiqîlisscment le plus parfait (m'ait eu jamais pour nu roi cette sainte prièr(; : l)i,'s super dies régis ndjicies. Depuis l'établissement de la monarchie, aucun de nos rois a-t-il vu dans son anirustc famille autant de degiés de générations et d'alliances, que Votre Majesté eu voit aujourd'hui dans la sienne ? Et sans êlie ni oracle, ni prophète, j'ose prédire avec coulimcc à Votre Majesté, du moins j'ose espérer [)ourelle, qu'elle n'en demeurera pas là; mais (lu'u!) jour elle verra les fruits de cet heureux maiiage qu'elle vient de faire, et qui étendra ses aimées à une nouvelle génération : Et annos ejus usque in diem generationis et generationis. Après tant de glorieux travaux, voilà. Sire, les bénédictions de douceur dont vous allez désormais jouir, et que Dieu vous préparait : une profonde paix dans votre Etat, un peuple fidèle et dévoué à toutes vos volontés, une cour tranquille et soumise, attentive à vous rendre ses hommages et à mériter vos grâces ; la famiiie royale dans une union qui n'a peutêtre point d'exemple, et que rien n'est capable d'altérer; un fils, digne héritier de votre trône, et qui n'eut jamais d'autre passion que de vous plaire ; un petit-fds formé par vous, et déjà établi par vous ; une princesse, son épouse, votre consolation et votre joie; de jeunes princes dont vous devez tout vous promettre, et qui déjà répondent parfaitement aux espérances que vous en avez conçues. Voilà, dis-je, les dons de Dieu qui vous étaient réservés : Ecce sic benedicetur homo qui timet Dominum ' ; c'est ainsi, conciuaitDavid, que sera bénil'homme qui craint le Seigneur ; et c'est ainsi qu'est bénie Votre Majesté.

Mais encore une fois, ô mon Dieu, c'est pour cela même que vous multiplierez les jours de cet auguste monarque, et que vous le conserverez, non-seulement pour nous, mais pour vousmême; car, avec une âme aussi grande, avec une religion aussi pure, avec une sagesse aussi éclairée, avec une autorité aussi absolue que la sienne, que ne fera-t-il pas pour vous, après ce que vous avez fait pour lui ; et par quels retours ne reconnaîtra-t-il pas les grâces immenses que vous avez versées, et que vous versez encore tous les jours sur lui? Qu'il me soit donc permis, Siigneur, de finir ici en le félicitant de votre protection divine, et en lui disant à luimême ce qu'un de vos prophètes dit à un prince

l Fsalm., c.txvii, 4.

SERMOiN SUR LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHKIST.

bien moins digne d'un tel souhait : Bex, in œternum vive ' ; Vivez, Sire, vivez sous cette main de Dieu bienfaisante et toute-puissante, qui ne vous a jamais manqué, et qui ne vous manquera jamais. Vivez pour la consolation de vos sujets, et pour mettre le comble à votre gloire : ou plutôt, puisque vous êtes l'homme de la droite de Dieu, vivez, Sire, pour la gloire et pour les inlérêls de

■ Dan., lu, «^

Dieu. Vivez pour faire connaître, adorer et servii Dieu ; vivez pour consommer ce grand dessein de la réunion de l'Eglise de Dieu ; vivez pour la destruction de l'iniquité, de l'erreur, du libertinage, qui sont les ennemis de Dieu ; vivez en roi chrétien, et vous mériterez par là le salut éternel qu'un Dieu Sauveur vient annoncer au monde, et qui est la récompense des élus, que je vous souhaite, etc.

in BE h'àYEJXfè

SERMON POUR LE MERCREDI DES CENDRES. 185

CAREME.

SERMON POUR LE MERCREDI DES CENDRES

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