CÉRI^MOME DES CENDRES
pulvis e^, et in jmlverem reverteris. Excclloiile (!ov(^li()H pour los firaiids du luorule, ([iii, dans IVclal de leur coiidilion, éliloiiis (uix-iiK^mes de la pompe (lui les environne, ne peuvent presque devenir liiunl)les que par la pensée et le souvenir de la mort.
Or, soil pour les grands, soit pour les petits, quand une lois rhuuuliléa pris possession d'un cœur, il est aisé d'y laire entrer la eomponction et la pénitence. Pourquoi ? non-seulement parce que le firand obstacle de la iiénitencc est levé, j'entends ce tonds de présomption et d'orgueil avec lecpu'l nous naissons; mais parce qu'à l)icn examiner les choses, l'humilité est en effet la partie la plus essentielle de la conversion du pécheur. Car du moment que je suis disposé h m'humilier, dès là je le suis à m'accuser, à me condaumer, à me punir moi-môme ; dès là je suis dans la voie de chercher Dieu, d'implorer la miséricorde de Dieu, de satisfaire à la jiîstice de Dieu, île me remettre sous roI)éissance de la loi d'^ Dieu : dispositions les plus nécessaires à la pénitence chrétienne. Et voilà pourquoi l'Eglise, après nous avoir fait considérer deux sortes de cendres, celle de noire origine, Mémento qiiiapidvis es, et celle de notre corruption future, et in pulverem reverteris : la première, qui nous apprend que nous ne sommes que néant ; et la seconde, qui nous dit que nous sommes encore quelque chose de moins, ou plutôt quelque chose de plus mauvais, puisque nous ne sommes que péché : après, dis-je, nous avoir mis devant les yeux cette double cendre, nous en impose une troisième, qui se rapporte parfaitement à l'une et à l'autre, savoir, la cendre de la pénitence.
Car que fait le pécheur quand il reçoit aujourd'hui, par les mains du prêtre, la cendre qui lui est présentée (apprenez, mes chers auditeurs, à vous acquitter en chrétiens de ce devoir chrétien), que fait le pécheur converti, quand il reçoit cette cendre consacrée à la pénitence ? C'est comme s'il disait à Dieu : Oui, je veux. Seigneur, accomplir dès à présent en esprit ce que vous achèverez bientôt d'accomplir réellement et en effet. Vous avez résolu, pour la punition de mon péché, de me réduire un jour en cendres, et j'en viens faire dès aujourd'hui moimême l'essai. Je préviens l'arrêt de votre justice, et je l'exécute déjà. Ces cendres, dans l'ordre de vos divins décrets, doivent être une partie de la satisfaction et de la vengeance que vous voulez tirer de moi : commencez, sans attendre davantage, h vous satisfaire, Seigneur, et à vous venger; car me voilà couvert de cendres. Il est
vrai (pie ce ne sont pas encore les cendres de la mort; mais au moins sont-ce les cendres de la pénitence, (jtii est ime espèce de mort, bien plus pinpre à vous tléchir et à vous apaiser (jue la mort môme. Apaisez-vous donc, A mon Dieu, en voyant ces cendres, qui ne sont que les si;iues extérieurs de l'humiliation et de la contrition de mon Ame; et faites que la pénitence me rende auprès de vous ce bon ollice de prévenir dans moi l'effet de la mort, c'est-à-dire de me soumettre volontairement et librement à votre justice adorable, avant que la mort m'y soumette par cette inévitable nécessité dont le souvenir, quoique amer, m'est si salutaire : Me. mento, homo, quia jmlvis eSy et in pulverem reverteris.
Voilà, chrétiens, les sentiments qu'une ftme vraiment touchée conçoit en ce jour au pied des autels ; et il faut toujours reconnaître que ce souvenir de la mort est un admirable moyen pour préparer à la pénitence les pécheurs les plus orgueilleux. En effet, nous voyons que ce moyen, en certaines occasions, ménagé avec prudence et avec vigueur, a opéré des changements qui parurent comme des miracles de la grâce. Et ne fut-ce pas ainsi que saint Ambroise dompta, si j'ose me servir de ce terme, la fierté de Théodose, et qu'après la sanglante journée de Thessalonique, il le rangea à l'ordre de la pénitence, et de la rigoureuse discipline qui s'observait alors dans l'Eglise ? « Peut-être, lui dit-il, ô empereur ! (car c'est la remontrance qu'il lui fit, rapportée par Thcodorct; je n'y ajouterai rien, et je n'en fais qu'une traduction simple et fidèle ; ) peut-être, ô empereur ! cette souveraine puissance que vous exercez dans le monde est-elle comme un nuage épais qui obscurcit votre raison, et qui vous empêche de voir l'énormité de votre péché. 3Iais pour dissiper ce nuage, considérez le commencement et la fin de toute votre grandeur, c'est-à-dire considérez cette cendre dont vous avez été formé, et où vous êtes prêt à retourner ; et alors je me promets tout de votre religion. Avouez qu'assis sur le trône, vous ne laissez pas d'èlre homme, un homme rempli de misères et sujet à la mort. Avouez que ces hommes qui vous révèrent et qui tremblent devant vous,sont de même nature que vous ; et puisque vous êtes mortel et pécheur comme eux, pensez comme eux à vous humilier devant ce Dieu de majesté, auprès de qui vous ne devez point espérer grâce, si vous ne vous hâtez de détourner son courroux par votre pénitence et par vos larmes » Ces paroles émurent Théodose : il se prosterna aux
SECOND SERMON POUR LE MERCREDI DES CENDRES
pieds (le saint Ambroisc ; il pleura son crime, il le délesta ; et tout empereur qu'il était, il en fil la pénitence la plus exemplaire et la plus édiliaute. Pourquoi ? parce qu'on lui lit connaître ce qu'il était et ce qu'il devait être un jour : Mémento, quia pulvis es,et in pulverem reverteris. Or, si l'on en usait ainsi avec tous les grands du siècle qui vivent dans le dérèglement des mœurs, et qu'on leur répcU\t souvent qu'ils doivent mourir, que l'arrôt (jui les y condamne est sans appel, que pendant qu'ils abusent des biens de la \ie et qu'ils se laissent emporter au torrent de leurs passions , la mort s'avance à grands pas ; qu'elle n'aura nul égard h tout ce lasle qui les accompagne ; mais que la dernière de toutes les bumiliations, qui consiste à devenir poussière et cendre, est le sort infaillible qui les attend ; et qu'au môme temps que la mort leur fera subir toute la rigueur de sa loi, elle les conduira devant ce Juge redoutable qui doit rendre à chacun selon ses œuvres : si ceux qui les approchent leur tenaient souvent ce langage, quelque endurcis dans le péché que nous nous les figurions, ils penseraient à se convertir. Ce qui les entretient dans l'impéiiitcnce, c'est un profond oubli de cette grande et incontestable vérité : c'est qu'au lieu de leur parler de leur misère et de leur faiblesse, on ne leur parle que de leur grandeur et de leur pouvoir ; c'est qu'au lieu de les faire souvenir de la mort, on les flatte sans cesse d'une piétendue immortalité de gloire ; c'est qu'au lieu de leur dire qu'ils sont hommes, on voudiait presque leur faire accroire qu'ils sont des dieux.
Mais il ne s'agit pas seulement ici de la conversion des grands ; il s'agit, mes chers auditeurs, de la vôtre et de la mienne, qui n'est peut-être ni moins difficile ni moins éloignée. Car, pour êlrc peu de chose dans le inonde, on n'est pas exempt de la corruption de l'orgueil ; et l'orgueil, dans une condition médiocre, est encore , selon l'Ecriture , plus réprouvé de Dieu. Cependant, chrétiens, tel est souvent notre caractère, et voilà le désordre affreux qui doit être aujourd'hui le sujet de notre confusion. Malgré l'anéanlisscment où nous réduit la mort, malgré l'aveu solennel que nous en faisons dans la cérémonie des cendres, nous ne laissons pas d'être pleius d'estime pour nousmêmes, et, par une funeste conséquence, d'être entêtés, d'être infatués, d'être enivrés de l'amour de nous-mêmes. Malgré le soin que prend l'Eglise de nous retracer et de nous imprimer vivement ces vérités mortifiantes et tout ensemble vivifiantes : mortifiantes selon l'homme»
vivifiantes selon Dieu, nous n'en sommes ni plus morts à nous-mêmes, ni plus détachés de nous-mêmes. Dieu, dit le Prophète royal, nous humilie dans ce jour d'affliclion, en nous couvrant de l'ombre de la mort : Iluinilinsti nos in loco alJliclionis, et coopérait nos umbra moT' lis ' : mais renversant les desseins de Dieu, |)lus nous paraissons humiliés , moins nous sommes humbles; plus l'ombre de la mort nous couvre, moins le souvenir de la mort nous convertit. Combien de chrétiens hypocrites (car pouivpioicraindrais-je de les qualifier de la sorte, lorsque je vois une si monslriicuse opposition entre ce qu'ils professent au dehors et ce qu'ils cachent dans l'ûme ? ) , combien de chrétiens, et peut-être de ceux qui m'écoutent, ont reçu la cendre de la pénitence avec des cœurs pleins-U'ambition, avec des cœurs vains, avec des cœurs durs et incirconcis, avec des cœurs rebelles au Saint- Esprit ! Or, cela même, n'est-ce pas une hypocrisie grossière? Combien de femmes mondaines et criminelles ont paru devant les autels pour y recevoir cette cendre, muisy ont paru avec toutes les marques de leur vanité, avec tout l'étalage de leur luxe, et, ce qui en est comme inséparable, avec toute l'enflure de leur orgueil ! Or, en de telles dispositions, ont-elles eu l'esprit de la pénitence; et n'ayant eu que l'extérieur de la pénitence, sans en avoir resprit,ne sont-elles pas du nombre des liypocrites que condamne aujourd'hui le Fils de Dieu d.ms l'Evangile ? Ce sont néanmoins, me direz-vous, des femmes réglées, et du reste, hors la vanité qui les possède, irréprochables dans leur conduite : mais, chrétiens, jugerons-nous toujours des choses selon les fausses idées du monde, et jamais selon les pures maximes de la loi de Dieu ? Appelez-vous femmes réglées celles qui n'ont pour principe de toutes leurs actions que l'amour d'elles-mêmes? appelez-vous femmes irréprochables celles qui voudraient n'être au monde que pour y être adorées et idolâtrées ? appelez-vous simple vanité celle qui exclut et qui bannit d'une ûme deux vertus les plus nécessaires au salut, savoir, l'humililé et la pénitence? Terre, terre, disait le Prophète, écoutez la voix du Seigneur : Terra, terra, audi vocem Domini ; c'est-à-dire : Pécheurs, qui, formés de la terre, devez bientôt retourner dans le sein de la terre ; vous cependant qui oubliez ce que vous êtes, et qui vivez tranquilles dans l'état de votre péché, écoutez Dieu qui vous parle par ma bouche, et ne méprisez pas sa voix. Pour faire de dignes fruits de pénitence, humiliez-vous sous sa toute-pui^
> Psalm., xuli, 20,
nr.nfMONiF, nrs rr.Nnnrs.
santc main : [Tumiliamvn suh potenli mniin Dfi 1 ; et que celte hiiiniliation ne soit pas seuloinenl exléiieiire et suporUciollo, mais qu'elle pénètre jusque dans l'intérieur de vos Aines. Déchirez vos cœurs, et non point vos vêtements : Scindite corda vestra, et uon veatimcnta vcatra'^-, et ne ressemblez pas ;\ celui que le Saint-Ks[)rit réprouve dans ces paroles ; Eut qui nequiter se humiliât, et interiora ejiui plena sunt dolo ' . Tel s'humilie en apparence, dont le cœur est rempli de mensonge et d'artifice ; tel prend la cendre de la pénitence, qui, sous celte cendre et sous un visage de pénitent, entretient un orgueil de démon ; tel dit : Je suis poudre et je serai poudre, qui voudrait, s'il était possible , s'élever comme Lucifer au-dessus descieux. Préservonsnous de cette malédiction par l'humilité et la sincérité de notre conversion. C'est ce que la voix du Seigneur vous fait entendre. Ecoutezla , et respectez-la: Terra, terra, andi vocem Domini. Mais elle vous dit encore qu'outre le sacrifice de vos esprits par riminililé, la pénitence demande le sacrifice de vos corps par la mortification ; et j'ajoute que rien ne doit plus vous faciliter ce second sacrifice que le souvenir de la mort et la vue des cendres : c'est la seconde partie.