‹ Œuvres complètesChapitre 65 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C'est une illusion dont l'esprit du monde, cet esprit de mollesse, a voulu de tout temps se prévaloir, de croire que la pénitence soit une vertu purement intéiieure, et qu'elle n'exerce son empire que sur les puissances spirituelles de notre âme ; qu'elle se contente de changer le cœur, qu'elle n'en veuille qu'à nos vices et h nos passions, et qu'elle puisse être solidement pratiquée, sans que la chair s'en ressente, ni qu'il en coûte rien à cet homme extérieur et terrestre qui fait partie de nous-mêmes. Si cela était, dit saint Chrysostome, il faudrait retrancher de l'Ecriture des livres entiers, où l'Esprit de Dieu a confondu sur ce point la prudence charnelle, par des témoignages aussi contraires à notre amour-propre, que la vérité est opposée à l'erreur. Il faudrait dire que saint Paul ne l'entendait pas, et qu'il concevait mal la pénitence chrétienne, quand il enseignait qu'elle doit faire de nos corps des hosties vivantes : Exhibeatis corpora vestra hostiam viventem -i ; quand il voulait que cette vertu môme allât jusqu'au crucifiement de la chair : Qui sunt Christi, carnem suam crucifixerunt cum vitiis et

J I Petr., v,6.- ' Joël., », 13.- 3 eç^j.^ ^i^^ 33 . , j^^* ^ ^^^^ ^

eoncupicentijs • ; quand il recommandait aux fidèles, ou plut<M (|uand il leur faisait une loi de porter sensiblement et récllem<;nt dans leurs corps la morlilicalion de Jésus Christ : Semper morlificalionem Jesu in corpore veslro circumfereiites 2 ; enfin quand, pour leur donner l'exemple, il matait lui-môme son corps, et le réduisait en servitude ; craignant, ajoutait-il, qu'après avoir prêché aux autres la pénitence et ne la prati(piant pas, il ne devînt un réprouvé : Castigo corpus meum, et in servilutem redigo ; ne forte cum aliis prœdicaverim, ipse repruhus efficiar 3.

Je sais que l'hérésie, avec sa prétendue réforme, n'a pu s'accommoder de ces pratiques extérieures ; et qu'après avoir anéanti la pénitence dans ses parties les plus essentielles, en lui ôtant et la confession et la contrition même du péché, au moins ne les admettant pas comme nécessaires, elle a encore trouve moyen de l'adoucir, en rejetant comme inulilos les œuvres satisfactoires, en abolissant le pr;':ceptc du jeûne, et en traitant de faiblesses ot de folies toutes les austérités des saints. Mais il suffit que ce soient les ennemis de l'Eglise (jui en aient jugé de la sorte, pour ne pas suivre l'attrait pernicieux d'une doctrine aus?i capable que ccllc-là, de séduire les âmes et de les corrompre. Non, chrétiens, de quelque manière que nous prenions la chose, il n'y a point de véritable pénitence sans la mortification du corps; et tandis que nos corps, après le péché, demeurent impunis, tandis qu'ils ne subiront pas les châtiments qu'un saint zèle de venger Dieu nous oblige à leur imposer, jamais nos cœurs no seront bien convertis, ni jamais Dieu ne se tiendra pleinement satisfait. Depuis que le Sauveur du monde a fait pénitence pour nous aux dépens de sa chair adorable, il est impossible, dit saint Augustin, que nous la fassions autrement nousmêmes. Il faut que nous accomplissions dans notre chair ce qui manque, par un admiiable secret de la sagesse de Dieu, aux satisfactions et aux souffrances de notre divin Médiateur. Puisque c'est dans notre chair que le péché règne, comme parle saint Paul, c'est dans notre chair que doit régner la pénilence ; car elle doit régner partout où règne le péché. Nos corps, par une malheureuse contagion, et par l'intime liai.'-on qu'ils ont avec nos âmes, deviennent les comphces du péché, servent d'instrument au péché, sont souvent l'origine et la source du péché, jusque-là que le même apôtre ne craint point de les appeler des corps de péché : Corpus pec-

! Galat , t, 2-1. — » II Cor., iv, 10. — » 1 Cor., ix, 27»

SECOND SERMON POUR LE MERCREDI DES CENDRES

cati 1 ; comme si le péché était en effet incorporé dans nous, et que nos corps fussent par eux-mômesdcs substances de péché : expression dont abusaient autrefois les niaiiichrens, mais qni, dans le sons orthodoxe, ne signitie rien davantage que des corps sujets au pi'ché, des corps par où subsiste le péché, des corps où iiabite le / péché. Nos corps, dis-je, ont part au péché; il est doncjusle qu'ils participent î\ l'expiation et à la réparation du péché, qui se doit faire par la pénitence. Quoiipie la \cv\n elle mérite de la pénitence soit dans la volonté, l'exercice et l'usage de la pénitence doit consister en partie dans la morlificaiiou du corps; et quiconque raisonne autrement, est dans l'erreur et s'égare. Voilà, mes chers auditeurs, la disposition où nous devons entrer aujourd'iiui, si nous voulons profiter de la grAce que Dieu nous offi-e pendant ce saint temps d'abslincnceetde jeune. Or, à cette loi de pénitence ainsi élabUe, s'oppose une autre loi que nous portons dans nousmêmes, et qui est l'amour déréglé de nos corps. Amour (concevez-en bien le progrès, pour en éviter le désordre et la corruption), amour de tout ce qui nous paraît nécessaire, ou plutôt de tout ce qu'une aveugle cupidité nous représente comme nécessaire pour l'entretien de nos corps; amour de toutes les commodités que nous recherchons avec tant de soin, et qui flattent nos corps; amour des 'dcUces de la vie, qui, par leur superfluité et leurs excès, affaiblissent souvent, ou même détruisent nos corps; amour des plaisirs défendus et des voluptés illicites, qui souillent nos corps. Car ce sont là (confessonsle devant Dieu, chrétiens, et apprenons au moins à nous connaître par ce qu'il y a dans nous de plus grossier), ce sont là les démarches d'une âme qui se dérègle, en se rendant esclave de son corps. Elle ne va pas d'abord au crime ; mais sous ombre d'entretenir ce corps et de pourvoir à ses besoins, du nécessaire elle passe au commode, du commode au superflu, et du superflu au criminel ; au lieu, dit saint Grégoire, pape, que la pénitence, qui a pour but d'assujettir et de mortifier le corps, par une conduite toute contraire, nous fait d'abord renoncer au criminel que nous avouons nous-mêmes criminel, ensuite, à mesure que nous avançons dans ses voies, nous retranche le superflu, que nous prétendions innocent; de là nous prive même du commode, dont nous avions cru ne nous pouvoir passer; enfin nousôte, non pas le nécessaire, mais l'attachement et l'attention trop grande au nécessaire : excelleiilc idée de la pé-

' Rom., T^ 6.

nitence et de ses divers degrés. S'il y en a oilk notre faiblesse n'ose encore espérer (l'alleindre, du moins ne les ignorons pas, et désirons d'y parvenir. Klle nous fait renoncer au criminel, c'est-à-dire aux plaisirs impurs que la loi de Dieu nous défend, parce qu'il n'y a point de péché plus opposé à la sainteté de Dieu, ni plus incompatible avec son esprit, que l'impureté : Non penuanebit Siiirilus meus in homxne, quia caro est '. Elle nous retranche le superflu, c'està-dire les délices de la vie, parce qu'il n'y a rien de plus difficile à accorder ensemble qu'une vie molle et l'innocence des mœui*s, et que cette innocence, dit Job, ne se trouve point parmi ceux qni ne pensent qu'à satisfaire leurs sens : Non invenitur in terra snnviter vive}ttium 2. Elle nous prive du commode, c'est-à-dire des aises de la vie, qni, quoique absolument permises, n laissent pas de fomenter la rébellion de la chair et elle nous ôte même une trop grande atten-| tion au nécessaire, parce que c'est un point d morale inconnu aux saints, de prétendre ne' soutTrir rien, ne se refuser rien, ne manquer de rien, et faire néanmoins pénitence. Mais ce que les saints ne comprenaient pas, est devenu un des secrets de la dévotion du siècle. Car on peut dire que jamais siècle n'a parlé avec plus d'ostentation que le nôtre de la pénitence sévère, ni n'a porté plus loin dans la pratique le raffinement sur tout ce qui s'appelle vie douce. Ne s'aveugle-t-on pas môme quelquefois jusqu'à se faire un devoir de ménager son corps? ne va-ton pas jusqu'à se persuader qu'on est nécessaire au monde, et que c'est une raison supérieure pour se dispenser des lois les plus communes de la mortification chrétienne? Cependant l'Apôtre l'a dit, et il est vrai : la pénitence, pour être parfaite, doit s'étendre jusqu'à la haine de soi-même : et l'on ne peut bien réparer le péché qu'en crucifiant celte chair de péché, q est l'ennemie de Dieu : Qui sunt Chrisli, carnem suam crucifîxerunt ^.

Or, le moyen d'arriver là? souvenons-nous de la mort, et considérons les cendres qu'on répand aujourd'hui sur nos têtes ; c'est assez : Mémento. Occupons-nous de la pensée qu'i! faut mourir, et rendons-nous-la familière : Mémento. Entrons, par de sérieuses et de solides réflexions, dans le mystère de ces cendres : Mémento : et jamais l'esprit de mollesse ne l'emportera sur l'esprit de mortilication.

Oui, chrétiens, le souvenir de la mort vousdétachera peu à peu et |)resque malgré vous-mônios de r^Miour de votre corps : comment cela? en

> Gènes., Ti, 3. — ' Job, xxvui, 13 ' Gai., t, 24,

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OÊHÉMONIK ni:S CKNDIIES.

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vous faisanf ronnnîliT li^-tîpssiis votrft avcnplciiuMit cl votre iiijiislice. Votre avougloiiicnt : ear diles-inoi s'il en fut jamais un plus déploralile, que (l'iclol;\trer un corps qui n'est que ponssiC'rc et (|ue corruption; un corps dcsliné ?i servir de pâture aux vers, et qui l)icntôl sera, dans le tond)eau, riioircur de toute la nature! Or \oiL\ le terme de tous les plaisirs des sens ; c'est là que se réduisent toutes ces grâces extcMieurcs de beauté, de santé, de teint, d'embonpoint, (jui vous lonl négliger les plus précieuses grâces du salut; c'est h\ qu'elles vont aboutir : à un corps qui commence déjà à se détruire, et qui, après un certain nombre de jours, ne sera plus qu'un affreux cadavre dont on ne pourra pas môme supporter la vue. Ah I mes chers auditeurs, quelle indignité, qu'une âme chrétienne capable de posséder Dieu s'attache h un sujet si méprisable ! Vous surtout, Mesdames, à qui je parle, et qui avez de la piété, ne devez- vous pas gémir pour ces personnes de votre sexe, qui semblent n'être sur la terre et n'avoir une àme que pour servir leurs corps? Combien en voit-on dans le christianisme uniquement appliquées à le parer, à le nourrir, à l'embellir, à le plâtrer ? Combien en feraient, s'il leur était possible, l'idole du monde, et en font, sans y penser, une victime de l'enfer? Puisque ce corps est quelque chose de si vil et de si abject, n'est-on pas bien plus sensé de le mépriser, de le dompter, de l'assujettir et de lui faire porter le joug de la pénitence! Pour peu que nous consultions et la raison et la foi, ne doit-on pas rougir de se rendre si attentif à étudier ses goûts, de s'asservir à ses appétits, et de lui donner honteusement tout ce qu'il demande, et souvent plus qu'il ne demande?

Mais d'ailleurs quelle injustice dans cet amour immodéré de notre corps, si nous envisageons la mort ? Prenez garde à ces trois pensées -. Quelle injustice envers Dieu, ce Dieu éternel, d'aimer plus que lui un corps sujet à la pourriture, et de l'aimer, comme dit saint Paul, jusqu'à s'en faire une divinité ! Qu'elle injustice envers notre âme, cette âme immortelle, de lui préférer un corps qui doit mourir ; et, tout immortelle qu'elle est, d'abandonner sa félicité et sa gloire aux sales désirs d'une chair corruptible! Quelle injustice envers ce corps même, de l'exposer pour des voluptés passagères à des souffrances qui ne finiront jamais, et de lui faire acheter un moment de plaisir par une éternité de supplices ! Ah ! mes frères, s'écrie saint Chrysostome, faisant une supposition qui vous surprendra, mais qui n'a rieii dans le fond que

de chriMîen et de soli.le ; si le corps d'un r«5prouvé, maintenant enseveli dans le sein de la terre, mais pour être im jour enseveli dans l'enfer, pouvait, au jugement de Dieu, s'élever contre son âme et l'accuser, (piel repioche n'auiailil pas à lui faire sur la cruelle indulgence (tant elle a usé à son égard? Kt si cellcâme , qui .'(îsI perdue parce qu'elle a trop aimé son corps, pouvait, au moment que je parle, revenir du lieu de son tourment, pour voir ce corps dans le tombeau, quels reproches ne se ferait-elle pas à ellemême du criminel attachement qu'elle a eu pour lui? Disons mieux, que ne se reprocheraient-ils pas l'un à l'autre, si Dieu venait à !cs confronter? Permettez -moi de pousser cc\ie tlgure, qui, tout irrégulière et tout outrée qu'elle peut païaître, vous fera plus vivement sentir la vérité que je vous prêche. Ame infidèle, dirait l'un, deviDz-vous me trahir de la sorte? fallaitil, pour me rendre un moment heureux, i:)e précipiter avec vous dans l'abîme d'une él'^rnelle damnation ? fallait- il avoir pour moi ur's si funeste condescendance? fallait-il déférer !fichement à mes inclinations ? ne les deviez-vous pas réprimer ? ne devicz-vous pas prendre 1'.; cendant sur moi ? que nem'avez-vous condamué aux salutaires rigueurs de la pénitence? pourquoi ne m'avez-vous pas forcé à vivre selon les règles que Dieu vous obligeait à me prescrire ? n'était-ce pas pour cela qu'il m'avait soumis à vous ? Mais, corps rebelle et sensuel, répondrait l'âme, à qui dois-je imputer ma perte, qu'à toi-même? je ne te connaissais pas; je me laissais séduire à tes charmes, parce que je ne pensais ni à ce que tu avais été, ni à ce que tu devais être. Si j'avais toujours eu en vue l'affreux état où la mort devait te réduire, je n'aurais eu pour toi que du mépris ; et dans la société qui nous unissait, je ne t'aurais regardé que comme le compagnon de mes misères, ou plutôt comme le complice de mes crimes, obligé par là même à en partager avec moi les châtiments et les peines.

En effet, chrétiens, c'est de tout temps ce qui a produit dans les âmes bien converties, nonseulement ce mépris héroïque, mais cette sainte haine de leur corps : c'est ce qui a tant de luis opéré dans le christianisme des miracles de conversion. Il n'en fallut pas davantage à un François de Borgia, pour le déterminer à qi.ilter le monde : la vue du cadavre d'une reine et d'une impératrice, qu'il eut ordre de faiie solennellement inhumer, et qu'il ne reconnut presque plus lorsqu'il fallut attester que c'était elle, même, tant elle lui parut hideuse et déligiu-ée.

SECOND SERMON POUR LE MERCREDI DES CENDRES

te sppcfaclc acheva de le persuader. Il ne put \oir celte beauté que la mort, par un changement si soudain et si prodigieux, avait détruite, sans former la résolution de mourir luimême Ji tontes les vanités du siècle. L'image de la mort, en frappant ses yeux, lit naître dans son cœur tous les sentiments de la pénitence. Car pourquoi, se dit-il à lui-môme et se sont dit comme lui les saints, pourquoi traiter mollement un cor[)s condamné à la mort ? Quand on a prononcé l'arrêt h un criminel, on ne se met plus en peine de le bien nourrir : s'il faut encore le soutenir pendant quelques heures, on se contente de lui donner le nécessaire, et l'on ne pense à lui conserver la vie, que pour lui faire mieux sentir les douleurs de la mort. Or, telle est la condition de nos corps : ce sont des criminels que la justice divine a condamnés. L'arrôt en est porté, et l'on ne diffère l'exécution que de quelques jours; mais ce sera bientôt. Il ne s'agit donc plus de leur procurer des douceurs et de les flatter ; il s'agit de les maintenir dans l'ordre de cette justice rigoureuse h laquelle Dieu les a livrés : il s'agit de leur faire déjà goûter la mort par la pratique de la pénitence, afin de les préserver de cette seconde et dernière mort, bien plus terrible que la première, puisque c'est une mort éternelle. Ainsi raisonne un pécheur pénitent. Mémento, homo, quiapulvis es, et in pulverem reverteris.

Mais celte haine de son corps est encore bien plus vive, quand il vient à pénétrer dans le mystère des cendres que l'Eglise lui présente : quand, remontant plus haut et jusques aux sources mêmes de sa religion, il cherche l'origine d'une si sainte pratique, et qu'il pense que ces cendres, qui dans l'une et dans l'autre loi ont toujours été le symbole de la pénitence, n'étaient pas un symbole vide, ni une pure cérémonie : quand il se représente les austérités et les macérations dont elles devaient être accompagnées, suivant les règles de l'ancienne discipline : quand, instruit par les prophètes, il apprend que le ciliée et le jeûne, dans l'observance commune des fidèles, étaient inséparables de la cendre : Accingere cilicio, et conspergere cinere, (ilia populi mei i : quand il remarque dans les conciles avec quelle sévérité l'on condamnait à des œuvres pénibles et laborieuses ces sorles de pénitents que Tertullien appelait conciliati et concinerati ,cou\cvls de cendres, quoique déjà réconcihés. Car enfin, doit dire aujourd'hui dans l'amertume de son àme un homme touché de la vue de ses désordres cl

) Jerew., ti, 26,

de l'esprit de componction, ces pénitents de la primitive Eglise n'étaient pas plus chargés de crimes, ni plus coupables que je le suis, et ces cendres qu'on leur imposait ne devaient pas être pour eux un engagement plus étroit à la pénitence, qu'elles le doivent être pour moi. Il serait donc bien étrange que j'en fisse un usa.xe tout différent ; et que cette cérémonie ayant été à leur égard un exercice de mortification, et de la plus réelle, de la plus dure mortification, elle n'en fût pour moi que l'apparence et que l'ombre. Il serait bien indigne, après avoir reçu cescendres, de penser encore aux divertissements et aux joies profanes du monde ; et, comme parlait un solitaire, de chercher jusque "dans la cendre de la pénitence les délices de la vie.

Car quoique nous ne soyons plus 5 ces premiers siècles, où les pécheurs achetaient si cher la grâce de leur absolution et de leur réconciliation, nous n'en devons pas moins satisfaire à Dieu. L'Eglise a pu adoucir les peines qu'elle avait ordonnées pour chaque espèce de péché : mais elle n'a rien relâché des peines prescrites par le droit divin, et Dieu lui-même nous assure qu'il ne s'en relâchera jamais qu'en faveur de la pénitence. Il faut donc que ce soit la pénitence qui m'acquitte auprès de lui. Et comme il s'agit de son intérêt, qui maintenant ou après la mort doit être pleinement réparé, il faut que je prenne le bon parti, et que par la pénitence de cette vie je m'épargne la pénitence de l'autre. Il faut qu'en m'imposant des peines volontaires, qu'en me privant de certains plaisirs, même permis, qu'en me faisant quelques violences, qu'en me réduisant à une vie plus exacte et plus réglée, et qu'unissant enfin ma pénitence à la pénitence de Jésus-Christ, je prévienne les affreux châtiments que Dieu réserve à ceux qui refusent de se punir eux-mêmes. Ah ! mon Dieu, que votre miséricorde est adorable, de nous en quitter à ce piix, de vouloir bien accepter l'un en échange de l'autre, et de nous remettre ainsi pour une pénitence temporelle une pénitence éternelle !

Prenons, mes chers auditeurs, des sentiments si raisonnatles : ce sont ceux que nous doit inspirer la cérémonie des cendres. Si nous entrons dans ce carême bien pénétrés de ces vérités, le jeûne ne sera plus un joug trop pesant pour nous, comme il l'est i)0ur les chrétiens lâches ; beaucoup moins un sujet de scandale et de péché, comme il l'est pour les libertins. Nous l'entreprendrons avec joie, nous le continuerons avec ferveur, et nous l'achèverons avec constance. Heureux de nous trouver engagés par

SERMON POPR Î.K PREMIER JEUDI DE CARflME.

•D précepte k ce qui nous est d'ailleurs si utile et si nécessaire, nous ne ferons point tant les délicats ; mais pour peu que nous soyons disposés j\ nous faire justice, nous avouerons que si le jeûne nous paraît impossible, coXlc impossibilité prétendue n'est qu'un pur dôlaut de notre volonté. Nous ne raisonnerons point tant sur notre santé ni sur notre tempérament ; mais nous nous souviendrons que nous sommes enfants de l'Eglise et pécheurs devant Dieu ; enfants de l'Eglise, et par conséquent que nous devons lui obéir ; pécheurs devant Dieu, et par conséquent que nous devons l'apaiser. Car c'est là de quoi nous rendrons compte à Dieu, dit saint Bernard, ou de quoi nous devons nous rendre compte à nous-mêmes ; ayant plus d'égard à notre état et h notre profession, qu'à nos forces et à notre complexion : Non de complexione judicandum, Si'd de professione K Nous ne nous prévaudrons point, pour rompre le jeune, d'une indisposition légère, puisque suivant cette règle la loi du jeune deviendrait une loi chimérique, et qu'il n'y aurait plus personne dans le christianisme qui n'en fût exempt. Nous ne craindrons pas même en l'observant de nous iticommoder,

' Bernard.

puisqu'il est vrai que, si le jeûne ne nous incommodait en rien, il ne serait plus ce qu'il doit être. Nous ne d«MManderons plus de fausses dispenses, persuadés qu'on ne trompe point Dieu, et (pie toutes les dispenses des hommes ne sont rien, si elles ne sont reçues et autorisées de Dieu. Bien loin de nous plaindre que l'Eglise.en étabUssant le jeûne du carême, ou, comme il est plus vraisemblable, en nous le proposant et nous l'expliquant, ait trop exigé de nous; nous serons surpris qu'elle nous ait tant ménagés, et nous aurons honte que ce soit notre lAcheté qui l'ait en quelque sorte réduite à nous traiter avec tant d'indulgence. Ce n'est pas assez ; et après avoir rempli ce que l'Eglise nous ordonne dans le commandement du jeûne, nous ne croirons pas avoir pour cela satisfait au précepte naturel de la pénitence. Nous ferons état que ce qu'elle a réglé, ne nous exempte pas de ce qu'elle a du reste abandonné à notre prudence et à notre zèle. Et c'est ainsi que la pensée de la mort et la vue des cendres servira à humilier notre orgueil, à mortifier notre délicatesse ; et que rhuniiUté nous conduira à la vraie gloire, et la pénitence au souverain bonheur, que je vous souhaite, etc

SERMON POUR LE PREMIER JEUDI DE CARÊME

SUR LA COMMUNION

ANALYSE

SvjET. Jésus-Christ dit au centenier : J'irai moi-même, et je le guérirai. Mais le centenier lui répondit : Seigneur, JB ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison.

Ce qui se passa entre Jésus-Christ et le centenier, c'est ce qui se renouvelle encore entre Jésus-Christ et nous toutes les fois que nous approchons de la sainte table. Jésus-Christ nous dit : J'irai, et je vous guérirai de vos infirmités spirituelles : Ego veniam,et curàbo. Et nous répondons à Jésus-Christ : Seigneur, je ne suis pas digne : Domine, non sum dignus. Paroles efficaces, qui opèrent dans nous un effet tout opposé à ce qu'elles signifient, et qui font cesser par notre humilité même l'indignité que nous nous attribuons; mais quarrive-t-il souvent ? c'est que nous nous appliquons ces paroles : Domine, non sum dignus, au delà des intentions de Jésus-Christ ; et que, par une humilité mal entendue, nous nous servons de notre indignité pour nous éloigner trop aisément et trop longtemps de la communion. Excuse ordinaire qu'il faut examiner dans ce discours.

Divisioîc. Sans parler ici des justes, qui par un vrai sentiment d'humilité se reconnaissent indignes de recevoir Jésus-Christ, et sans examiner jusqu'oii cette humilité doit être portée, et s'il est raisonnable qu'elle aille jusqu'à les éloigner de la communion, parlons précisément des pécheurs qui peuvent dire et qui disent en effet au Sauveur du monde, avec plus de sujet que saint Pierre : Retirez-vous de moi, parce que je suis un pécheur. Il y en a de trois sortes : pécheurs sincères, qui agissent de bonne foi et qui ne sont pas trompés ; pécheurs aveugles, qui ne se connaissent pas et qui se trompent eux-mêmes ; pécheurs hypocrites et dissimulés, qui couvrent leur libertinage d'un voile de piété, et qui trompent les autres. Or, dans les pécheurs sincères, cette excuse : Je ne suis pas digne, est une raison ; mais il faut éclaircir cette raison : première partie- Dans les pécheurs aveugles, c'est un prétexte, et il est important de leur ôter ce prétexta : deuxième partie. Dans les pécheurs hypocrites et dissimulés, c'est un abus et même un scandale, et il est nécessaire de combattre ce scandale et cet abus :troisièm partie.

Première pautie. Dire : Je ne communie pas, parce que je m'en crois indigne, c'est une raison dans un pécheur sincère, qu ne laisse pas au milieu de ses désordres de conserver le fond île sa religion, et qui traite avec Dieu de bonne foi : c'est, dis-^e une raison, puisqu'en effet le pécheur, tandis que son péché subsiste, ne peut approcher du sacrement de Jéjus-Cbrist sans s rendre coupable d'un sacrilège. Mais cette raison a besoin d'èlre éclaircie, et cet éclaircissement consiste à faire voir que le p6

B. — ToM. I. 13

494 SKRMON POim tF PREMIKn JEUDI DE rARl<;ME.

ebeur, i^nnscn demeurer Ih, rloit se aouvcnir d'ailleim (1« l'oblif^nlkm oii il Mt de «ortir nu plut U)t de fon 6taX pourpouvitr être ailinish In tiihle du Soignoiir, en sorte que i;i conninuiiio!i soit un raolif (juile n'-'iiii n m la m'-cesMU- de s,- con\Lriir,

En ffTet, il ne doit jamais st'-paipr co*: jftix vrriirs : Vunc, que Ji'mi^; ('h'i^l nous rnmmmle de m.mcji^r ri chair ; et l'antre, qu'il nous dél'cnd de la man;jor linliKticment. Si le pi'-chour saltaiheà luna de ce» vénlJ-. stui j- join Ire luiiiru, il s'«^ff«re et il 80 perd ; mais s'il les embrasse toulvs deux, il corarococe à entrer dans la voie de Dicn. Cir voici roromenl il rai<^oniie : Je na puis rommniiiiT aven mon in-rbé ; jL";iis-r,liri>t niMnniuiiis rn'onlonnc iK- communier : il rml donc que je quille mon péché, alla de satisf.iire tout enscmliie et ii i"o':iIiR.)lion de communier el ii rohli|.'alion de bien communier.

Or, comme le pécheur doit se parler de la sorte i> lui-même, c'est ninsj que doivent lui parler les m'ni-lrcs de l'Evanpile. Si \ous ne vous appliqueztiu'à lui remontrer le ilan;^er d'une communion in ligne, il ne cominnniera pis. Si vous ne lui repréMailei que la nécessité de communier, il communiera in.lit,'neMunt. Kl voilà (jnelle a été la source de tous les maux qu'a produits la diversité des ojunions touchant l'usaLTe d' la divine Eueha'i'Jtie. Les uns n'avaient dans la bouche que des anatln ni- s contre let profanateurs de ce socrement, poar les eo éloi|;ner; et les autres ne pensaient qu'à donm-r aux peuples une ha^to idée dM fruits de ce s;icrcraent, pour les y attirer. Mais que fallait-il ? joindre les menaces de c^tix-lh cl les invitations de ceux-ci.

C'est le l:in!^agc qu'ont tenu les l'eres, ^urtoul saint Chrysostome et saint Augustin. Ils inspiraient tout ii la fois de la crainte et de la confiance: et ce qu'ils disaient en général, est encore plus vrai par rap;)ort ù ce saint temps de la PAque.II faut diio à ni pécheur: Ne communiez pas dans votre péché; anlremenl vous serez un profanateur du corps de Jésus-Christ. Mai» au>.si faut-il ajouter : Ne manquez luis ii communier ; nuiremenl vous serez un déserteur du sacrement de Jésus-Christ, et vous violerez le précepte de l'Eglise. Par ce précepte, l'Eglise n'a point prétendu dresser un piège aux pécheurs, ni les exposer k commettre des sarrléf^cs; irais elle a voulu les obliger, au contraire, et les forcer en «piclque sorte à se purifier au moin'N de temps en temps pnr la |>énilence. C'est pour cela qu'elle punissait autrefois sf sévèrement ces chrétiens scandaleux, qui laissaient p.isserla Pâque sojis ï'auquiUer de leur devoir ;el c'est par là même quelle engageait tant de pécheurs à rompre leurs engagements eriminelf et h se réciincilier avec Dieu.

Cependant, pour avoir séparé deux vérités qu'on ne devrait jamais proposer l'une sans l'autre, voici toujours les deux écueils où l'esprit du siècle a conduit. Pourvu qu'on persuade à un pécheur d'approcher des autels, on croit avoir beaucoup pagné; et d'ailleurs, pourvu qu'on fasse entendre à un pécheur qTi'il n'y a i^oint de communion pour lui tandis qu'il est dans l'habitude de son péclié, on penic avoir tout fait. De là les uas abuseni de la communion, et les autres l'abanlonneut. C'est pour les pi'cheurs, ô mcfi^Dicu, comme pour les justes, que votre sacrement est institué: mais du reste pour quels pécheurs 7 pour les pécbeurt pénilcM^

hKttBÎtiàE PARTIE. Dire : Je ne e ,amunic pas parce que je m'en crois indigne, c'est un prétexte dans les pécheurs aveugles, qui, /e AaUunl d'avoir de la religion, se trompent eux-raèa^es; et il est imiiorlant de leurotcr ce prétexte. Pit-texle d'un prétc'U.ia respect, h quoi j'oi»pose trois rc'flexicns : 1° c'est un vain respect; 2° c'est im faux respect; 15° c'est un respect qui n'« nulle conformité avec celui qu'ont fait paraître It '.-ais chiétiens, quiind ils se sont séparés du sacrement de Jésus-Christ selon les rùgUs ut t'ospritdo l'Bglise.

l" Vain res;<cct, pourquoi? parce qu'il n'opère rien. Si c'était un respect solide et chrétien, on travaillerait donc k se mienx disposer, et à se rendre moins indigne de Jésus-Christ. Mais on con.scrve toujours le même attachement au monde, et sous cette n^pirence de respect, on couvre un amour du monde dont on ne veut point se déprendre, et qui fait renoncer au sacrement.

Du moins les conviés de 1 Evangile qui s'excuse ent, dirent les vraies raisons qui les arrêtaient ; mais les mondains dont il est ici qiiotlion aU'ectent de ne se pas connaître, et se cachent à eux-mûmes la cause de leur désordre. Zt ce qui doit les convaincre que, par rapport à eux, ce respect dont ils se prévalent n'est qu'un prétexte, c'est que, pour communier rarement, ils n'en communient pas plus rlgnement. Or leur ôtcr ce prétexte, ce n'est pas les porter à la communion tandis quiU mènent une vie toute mondaine, mais c'est les (d)liger à parler juste, et à convenir qu'ils s'éloignent de Jésus-Christ, non parce qu'ils respectent son sacrement, inais parce qu'ils ne veulent pas s'assujettir aux saintes lois que la religion leur pre.«crit pour en approcher.

i« Faux respect, parce qu'il n'est pas accompagné de deux condilious essentielles qu'il doit avoir ; l'une est la douleur, l'autre le désir. Dmileur d'être séparé du corps de Jésus-Christ : car si j'honore Jésus-Christ autant que je dois l'honorer, jedois regarder comme mon souverain mal dans cette vie d'en être séparé, suitout si j'ai encore îi me repiocber que c'est moi-même qui m'en sépare par mon infidélité, et si je comprends tout le malheur d'une si triste séparation. Mais avec quelle insensiblilé les mondains se voient-ils séparés du Dieu de leur salut'/ Désir de recevoir Jésus-Christ; car le respect peut bien in'engager quelquefois à me retirer de la communion ; mais il ne Joit jamais éteindre en moi, ni mémo diminuer le di'sir de la communion. Ainsi le romprenaient les piemiers fidèles. Que fait le mondain ? Confondant avec la communion le désir de la communion, il renonce également à l'un el ii l'autre, et n'a plus pour le ;,acrement de Jésus-Christ qu'une indifférence de cœur dont il devrait être effrayé. Et voilà ce que saint Chrysostome repiochait au penple d'.\ntioche avec tant de force.

3" Roè-pcct qui n'a nulle conformité avec celui dei premiers siècle-; de l'Eglise : car dans ces siècles florissants du christianisme, tandis qa'un pécheur demeurait séparé du corps de Jésus-Cbrisi, il éUiit dans los exercices d'une pénitence laborieuse à laqiclle il se condamnait ; mais toute la pénitence d'un mondain se termine à ne plus communier.

Tuoii-iÈME l'AHTiE. Dire : Je ne communie p. s, parce que je m'en crois indigne, c'est dans les pécheurs hypocrites et dissimulés un abus, et mime un scanrJale. Dans toutes les contestations qui se sont élevées sur le relâchement ou la :év('rité de la discipline, certains libertins du monden'onl presque jamais inanquéà se déclarer pour le parti sévère, non pa< afin de l'embraïkser et de le suivre dans la pratique, mais communément par un intérêt secret, et pour couvrir leurs desseins. Ainsi, |»our ne parler que de la communion, n'est-il pas étrange que tant de gens engagés dans les plus honteux désordres aient paru les plus zélés h déch^mer contre la fréquentation du sacrcmeul de nos autels ? Ce zèle peut partir d'un bon prini ipe dans de vrais fidèles : maisdoi) peni-il venir dans des libertins, si ce n'e.st de quelque int'rct particulier qu'ils y envis^^i'înt? Que irétenJentils floue ? S*^ mettra en possession d'être libertins et d'abandonntr les sacrements avec impunité, et même en quoique manière avec honneur; tellement qu'on ne puisse plus les distinguer des chréUeoi les plus réguliers et les plus exacts, puisqu'ils agissent et qu'ils parlent comme eux.

Or, je prétends que ce langage qu'ils tiennent est un scandale, puisqu'il va à deux choses également pernicieuses : 1° b décrier indi.Tércmmcnt les bonnes et les mauvaises communions 1" ^ détourner lésâmes, non-seulement de la communion, mai» uoiversellement de tout ce qu'il y a de saint dans la religion.

1" Je dis h décrier indifféremment les bonnes et les mauvaises communions : car s'il est toujours dangereux, en blâmant la fausse piêié, de décréoltcr la vr..ie,bcaucoup plus l'ist-il de la pari d'un libertin qui se soucie peu de coafondie l'une avec l'autre, et qai n'attaque l'une que parce, qu'il est secrèteineit ennemi de l'autre. Cjmme donc les enfants d'IIéli é'oignaienl les hoinroés du sacrifice ; comme Ks pharisiens n'entraieal pa* dans le royaume de Dieu, et empêchaient encore les autres d'y entrer, anui **''ire-t-on des autels une infiniié do Juste».

SUR LA COMMUNION

V Je dis h <l(!tourner les âmes, non-ïoiilem«nt de la communion, miis do (ont co q'i'il y « de «aint din-> h r.-ii -ion, Tir, dit Hint Chrysostomii, Riipiiosci ce principe d'iniK liiiiiiili((^ mil c-inçiift, il fauilri toit (|iiillt;r. Vous n'fttps pris di'^ne d- coinTiiinier, Jit«H-voui ; et étcs-voiis digne d'entrer dans le temple de Uicu ? Etcs-vous diqne de prhtr et d'invo<|tier Uicu ? Kleti-vuiis digne d'entendre la parole de Dieu ?

Appli(|uon4-nous, ministres de Jésus-r.hrist, et travailloii!) de concert à convertir les pdclicurs, el b perrcctionner les Smes fidèles, pour préparer au Soigneur un peuple pirfait. L'E^'lise ne sera jamiis bien sanctifiée que par lo bi)n usage de la communion.

Ait illi Jésus : Bgo veniam , «l eurabo eunt- El respondens centurio, ait : Domine, non sum diynua ul inlres sub teclum meum,

Jésus-ChrKt dit au centenier : J'irai moi même, etjo le guérirai. Mais le coiuenior lui r poiulit : Seigneur, )o ne suis pas digne que Vous entriez dans ma maison. (Saint MuUhieu, chap. viii, l.J

VoilJi, cluélicns, cnlrc Jrsus-Christ et le ceiileniLM- une espèce de combat ; mais dans ce combat (jiradmircions-nous davantage, ou la cbaiilé d'im Lloii, ou l'hiimililé d'im païen ? Je puis liuc qu'il n'y eut jamais de contestation plus sainte, ni plus pro|)ie tout ensemble, elà nous iuslruifc, et î\ nous édiiier. Le Sauveur du monde, par un mouvement de sa charité bien taisante, veut aller en personne dans la maison du centenier, et le centenier ne croit pas pouvoir accepter cet honneur. Le Fils unique de Dieu, dont la miséricorde n'a point de bornes, lui dit qu'il ira, et que par sa présence il guérira son serviteur paralytique : Ego veuiain, et eurabo eum : mais le centenier, confus d'une si insigne laveur, proteste hautement qu'il ne la mérite pas, et s'en reconnaît indigne : Domine, non sum dignus. Prenez garde, s'il vous plaît, C'estun gentil à qui Jésus- Christ, en qualité de Messie, n'a point été encore annonça ni révélé comme aux juiis ; et cependant , tout gentil qu'il est, il se sent déjà prévetui pour ce Messie qui lui parle d'une idée si haute et d'un respect si piolonJ, qu'il ne peut même consentir à recevoir sa visite. Humilité, s'écrie saint Augustin, qui procéda d'une toi vive et ardeide, et qui, par un clïet sensible de la grâce du Rédempicur, forma dès lors dans ce gentil, non-seilfinent un véritable Israélite, mais un pariait elaétien. Humilité que Jésus-Christ agréa, que Jésus-Ciu'ist admira, dont Jésus-Christ tît l'éloge ; mais à laquelle il est pourtant vrai qui ne déféra pas, puisque ce fut au contraire pour cela même qu'il persista à vouloir entrer chez le centenier.

Arrêtons-nous là, mes chers auditeurs; et pour profiter selon le dessein de Dieu d'un si grand exemple, appliquons-nous tout le mystère de cet Evangile. Car, comme dit saint Chrysostome, ce qui se passa entre Jésus-Christ et le coiileuier, se renouvelle encore aujourd'hui entre Jésus-Christ et nous. Je m'explique -.

ce même Sauveur, instituant la divine Kiicliaristic, nous a laissé un sacrement par o'i il [)rélend se coiiiinuin([uer à nous, et hahilcr, tuut Dieu (ju'il est, corporelleineni en nous ; un .sacrement par où il vient en personne nous visiter, et gtiéiir nos hifninités spirituelles i:l nos faiblessi's. Quand donc nous nous ()iép;ii ons à le recevoir dans ce mystère adorable, il nous dit encore, avec autant de vérité qu'il le dit alors ; £170 veniam, et CAirabo : J'irai ; et en qu'dquc étatdc la!i;rueur que vous soyez, si do bo.mc foi vous voiiloz être guéris, je vous guérirai. Et nous, par un sincère aveu de notre laiblessc cl de notre néant, nous lui répondons comme le centenier : Non, Seigneur, je ne suis pas digtie que vous veniez à moi et dans moi. Car ce sont les paroles vénérables que l'Eglise nous met dans la bouche, lorsque ce Dieu de gloire, caché sous les sacrés symboles, est sur le point d'entrer dans nous : Domine, non sum dignus : paroles eflicaccs, qui, selon l'ingénieuse lemaïqje de saiiit Augiistiii, ont la vertu d'opéier dans l'àme chrétienne un miracle tout opposé à ce qu'elles signifient; puisque en mèmele.ups que nous les proférons, elles font cesser l'indignité que nous nous attribuons, et nous donneijlà l'égard de Jésus-Christ et de son sacreniîiit un fonds de mérite que sans elles nous n'aurions pas. Paroles qui, par un secret merveilleiix de la grâce, nous conduisent au terme même dont elles semblent nous cioigiier ; puisque, dans la doctrine de tous les Pèics, la premièie et l'essentielle disposition pour approcher digneiuent du corps de Jésus-Christ, est de nous en croire et de nous en confesser indignes. Paroles enfin qui marquent au Fils de Dieu notre huaiilitiv sans mettre nu obstacle à sa charité, et qui, loin de le détourner de nous, lui servent d'attrait pour venir à nous.

Mais qu'arrive-t-il, chrétiens ? suivez ma pensée. Nous nous appliquons ces paroles, souvent au delà des intentions mêmes de Jésus- Christ ; et pour en user trop selon nos vues, nous nous niettons en danger d'aller dh'ectement contre los vues de ce Dieu Sauveur. Comment cela ? le voici. Jésus Christ nous recherche dans ce sacrCii^ent, et nous nous eu retirons ; il veut pur un excès de son auiour nous

SERMON POUR LE PREMIER JEUDI DE CAREME

honorer de ses saintes visites, et nous nous y opposons ; il nous deuiande l'entrée dans noire cœiu-, et, sous des prétextes non-seulement S|u'cieux, mais religieux, nous la lui refusons ; car, pour nous disculper de ce refus, nous nous reUanchons sur notre indignité; et nous disons, mais par un esprit peut-être bien dilTérent de celui du centeuier : Seigneur, je ne suis pas digne : Domine, non sum dignus. Comme celte excuse est la plus apparente et la plus commune, j'ai cru devoir m'y attacher, non pas absolument pour la combattre, non pasaussi pourl'autoriser , mais pour l'examiner dans ce discours, et pour avoir lieu de vous instruire des plus solidcsctilcs plus importantes vérités qui regardent la pratique et l'usage de la communion. Quel besoin i)Our cela n'aurai-je pas des lumières du ciel ? Demandons-les par l'intercession de la Mère de Dieu. Ave, Maria.

S'éloigner de la communion dans la vue de son indignité, c'est une excuse, chrétiens, quif selon la qualité et les dispositions de ceux qui s'en servent, peut avoir des caractères bien différents; et mon dessein, dont voici d'abord l'idée, est de vous représenter aujourd'hui la différence de ces caractères, pour vous faire juger de la nature de cette excuse, et des bonnes ou des mauvaises conséquences qu'on en peut tirer. Car il y a dans le christianisme deiix sortes de personnes qui se fondent sur ce principe, et qui peuvent dire avec le centenier : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez chez moi : les justes qui vivent dans la pratique de la loi de Dieu, et les pécheurs qui sont engagés dans les désordres d'une vie criminelle. Pour les justes, on ne peut guère douter que ce ne soit un sentiment d'humilité qui les fait parler de la sorte ; mais de savoir jusqu'à quel point cette humilité doit être portée, et s'il est raisonnable qu'elle aille jusqu'à les éloigner en effet de Jésus-Christ et de son sacrement ; de savoir si la privation de la divine Eucharistie peut être censée pour une âme juste un exercice ordinaire de pénitence, et si cette espèce de pénitence, est conforme aux intentions d(i Fils de Dieu ; si elle s'accorde avec la (ni et l'institution de ce mystère, si elle répond à l'usage de la primitive Eglise, si elle est reçue ou approuvée par l'Eglise des derniers siècles, si les Pères l'autorisent, et si elle peut être utile : en un mot, de savoir si Jésus-Christ, en tant qu'il est contenu dans le sacrement de son corps, se tient honoré que les •ustes, au lieu d'aller à lui, se retirent de lui; 3t si c'est lui rendre un vrai respect, en tant

qu'il est le pain de vie, que de se contenter scu- Icnient de le révérer et de l'adorer, sans le manger ; ce sont des questions, mes cliers auditeurs, où bien des raisons particulières et générales m'empêchent d'entrer, et que je vous laisse à examiner vous-mêmes. Outre qu'il serait assez diflicile de vous rien dire de nouveau sur cette matière, peut être le fruit en serait-il moindre que je ne le dois prétendre d'un discours uniquement consacré à l'édification de vos âmes.

Parlons donc précisément des pécheurs qui, bien plus que saint Pierre, ont droit de dire à Jésus-Christ : Retirez-vous de moi, parce que je suis un pécheur : Exi a me, quia homo peccator sum *. Je les divise comme en trois espèces. J'appelle les premiers, pécheurs sincères les seconds, pécheurs aveugles ; et les derniers, pécheurs hypocrites etdissimulés : pécheurs sincères, qui traitent avec Dieu de bonne foi, et qui ne sont pas trompés ; pécheurs aveugles, qui ne se connaissent pas, et qui se trompent eujt-mêmes ; enfin, pécheurs hypocrites etdissimulés, qui couvrent leur libertinage d'un voile de piété et affectent de tromper les autres. Les premiers ont de la religion, et agissent par esprit de religion. Les seconds, quoiqu'ils aient de la religion, se flattent et sont dans l'erreur de croire qu'ils agissent par religion ; elles derniers, quoiqu'ils veuillent paraître agir par religion, n'ont dans le fond nulle religion. Or ces trois sortes de pécheurs peuvent tenir le langage de ce centenier de notre Evangile : Domine, non sum dignus ; et s'excuser de communier sur ce qu'ils s'en jugent indignes. Mais, quoiqu'ils le dsent également, ils n'en doivent pas être également crus. Car, pour continuer à vous développer mon dessein, dans les premiers, c'est-à-dire dans les pécheurs sincères, cette excuse est une raison ; dans les seconds, c'est-à-dire dans les pécheurs aveugles, cette excuse est un prétexte; et dans les derniers, c'est-à-dire dans les pécheurs hypocrites et libertins, cette excuse est un abus et même un scandale ; voilà ce que j'ai à vous montrer. Mais ce n'est pas assez, car à cela j'ajoute trois choses qui vous feront connaître ces trois caractères de pécheurs, et qui doivent être pour vous d'une grande instruction. Dire: Je ne communie pas parce que j'en suis indigne, c'est une raison dans un pécheur sincère ; mais moi je dis que cette raison a besoin d'être éclaircie. C'est un prétexte dans un pécheur aveugle qui se flatte ; et il est important de lui ôter ce prétexte. C'est

• Matlh,, TUi, 7.

SUR LA COMMUNION

un ftbus el un srandalc dans un p(^clioin- liypocrite ; et il est «le mon devoir do comi» illic ce ti;candule et cet abus : voilà tout le sujet de votre attention.

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