‹ Œuvres complètesChapitre 66 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

I^our bien explicuier ma prcmirrc pensée, je parle, cbrétiens, (l'un pécheur qui ne laisse pas, au milieu de ses désordres, de conserver le fonds de sa religion ; qui traite au moins de bonne foi et sincèrement avec Dieu ; qui reconnaît le malheureux état de sa conscience ; qui confesse son péché, qui en gémit et qui le déplore, mais qui ne se sent pas néanmoins encore parfaitement disposé i\ le quitter. S'éloigner alors de la conununion, parce que l'on s'en trouve indigne, j'avoue que c'est une raisou, et une raison très-bien fondée, puisqu'il est évident, et de la foi même, que le péciiour, tandis que son péché subsiste, ne peut approcher de ce sacrement sans se rendre coupable d'un sacrilège. Mais je dis, mes chers auditeurs, que cette raison a besoin d'être éclaircie, et cet éclaircissement consiste à vous faire voir que le pécheur n'en doit pas demeurer là, c'està-dire qu'il ne doit pas tellement s'éloigner de la communion pour son indignité, qu'il croie, en s'abstenant de participer au divin mystère, avoir satisfait pleinement à son devoir; mais qu'il doit être persuadé d'un autre principe non moins essentiel ni moins incontestable, je veux dire de l'obligation où il est de sortir au plus tôt et incessamment de l'état de son indignité, pour pouvoir être admis à la table du Seigneur; en sorte que la communion même lui soit un motif, mais un motif pressant, qui le réduise à la nécessité de se convertir ; et que, dans la vue de l'adorable sacrement dont son péché le tient éloigné, il fasse les derniers efforts pour mériter, par une véritable et prompte pénitence, de s'en approcher. Voilà, s'il connaît bien ses devoirs, la disposition où il doit être, et sans laquelle je prétends qu'il n'y arien de solide dans sa conduite.

Car la grande maxime, chrétiens, sur laquelle doit rouler toute la conduite d'un pécheur, en ce qui regarde l'usage de la communion, est de ne séparer jamais ces deux vérités, qui sont deux règles inviolables dans le christianisme : l'une, que Jésus-Christ nous commande de manger sa chair ; l'autre, qu'il nous défend de la manger indignement ; l'une, que la chair de cet Homme-Dieu doit être la nourriture de nos âmes ; et l'autre, que celte nourjiture, quoique par elle-même salutaire, de-

vient un poison pour quiconque en use 'lans l'élut du péché ; l'une, que comme il est impossible d'entretenir la vie naturelle sans le secours des aliments, aussi esl-il impossible d'eutretenir, sans la saiule Eucharistie, la vie de la grûce ; et l'autre, queconune les aliments dans un corps malade, bien b^iu de le fortifier et de le nourrir, l'affaiblissent et se tournent en corruptiou, jusqu'à détruire le principe de la vie, ainsi la divine Eucharistie cause- l-elle la mort à tout homme qui, sans avoir purilié son cœur, est assez téméraire pour la recevoir. Si le pécheur, s'attache à l'une de ces vériir-s sans y joindre l'autre, il s'égare et il se perd ; mais s'il les embrasse toutes deux, il commence à entrer dans la voie de Dieu. Car écoutez comment il raisonne. Jésus-Christ me défend de manger sa chair, et me sépare de lui, taudis que le péché règne en moi ; il ne faut donc pas que je la mange dans l'état présent où je suis. Mais il m'avertit d'ailleurs que si je ne la mange pas, je n'ai pas en moi, ni ne puis avoir cette vie surnaturelle qui fait la sanctification et le bonheur des justes; il faut donc, quoi qu'il m'en coûte, que je sorte de l'état où je suis, pour me rendre capable de la manger. Je ne puis me dispenser d'obéir à l'un et à l'autre de ces deux commandements : au premier, pour l'intérêt de Jésus-Christ ; au second, pour mon intérêt propre. Si je communie indignement, je profane le corps du Seigneur ; voilà l'intérêt de Jésus-Christ, à quoi je dois pourvoir. Si je ne communie pas, je suis homicide de mon âme, en la privant de ce qui seul peut la nourrir et la faire vivre ; voilà mon intérêt propre que je dois sauver. Si je mange ce pain des anges, moi pécheur et demeurant pécheur, je le mange à ma condamnation. Mais d'ailleurs si je ne le mange pas, il est sur que je périrai. 11 ne me reste donc qu'un parti à prendre, et qu'il faut que je prenne nécessairement, savoir, de changer de vie, de renoncer à mon péché, de rentrer en grâce avec Dieu, et de me mettre en état de manger ce pain vivant, afin qu'il puisse être pour moi un pain vivifiant ; car je satisferai par là à ce qui regarde l'honneur de Jésus- Christ, et je satisferai par là même à ce qui regarde mon avantage particulier. Ainsi j'accomplirai tout ce que Dieu exige de moi, qui est que je mange et que je vive de ce pain en le mangeant utilement. Voilà, dis-je, comment il raisonnera ; et ce raisonnement, encore une lois, sera la cause déterminante et infaillible de sa conversion ; au lieu que s'il s'arrête uni-

SERMON POUR LE PREMIER JEUDI DE CARÊME

qiienïcnt à son indignitc*, il en demeurera toiijoiiis au terme d'une \ic criniijielle, sans rien résoudre pour son salut, et sans faire aucune démarclic pour retourner promptemeut à Dieu.

Or, ce principe, chrétiens, que le pécheur lui-même doit s'appliquer, est encore celui dont les ministres de Jésus-Christ doivent se servir en travaillant ;\son instruction. De ces deux préceptes que je viens de vous expliquer, ils ne doivent jamais lui représenter l'un sans le luire au même temps souvenir de l'auti'e. Pounjuoi ? parce que l'un ;sans l'autre lui peut être qu'inutile, ou même préjuu. ciahle. Car si vous remontrez sans cesse à un pécheur l'affreux danger d'une communion indi^;ne, sans jamais lui parler de la nécessité indispensable d'une bonne connnunion, vous le portez à ne communier jamais, contre le commandement du Fils de Dieu : Nisi munducaveritis carnem Filii Ilominis^ non liabehitis vitam in vobis i. Au contraire, si vous lui parlez seulement de la nécessité de communier, sans jamais lui faire craindre le danger d'une connnunion indigne, vous lui donnez lieu de faire bien des communions imparfaites et même sacrilèges, contre le commandement de saint Paul : Probet autem seipsum homo 2. Et voilà, mes cbers auditeurs ( permettez -moi de faire ici une réflexion dont je suis certain que vous conviendrez avec moi), voilà quelle a été la source de tous les maux qu'a produits la diversité des opinions qu'on a vue de tout temps dans l'Eglise, et qui si souvent a partagé les esprits louchant l'usage du sacrement de nos autels. Les uns bornant leur zèle à intimider les pécheurs, pour les éloigner des saints mystères; et les autres à leur donner de la confiance pour les en approcher ; ceux-ci leur répétant mille fois ces paroles terribles: Qui manducul indigne^ judicium sibi manducal et bibil 3 ; et ceux-là les invitant toujours par ces paroles consolantes : Qui manducal hune panera, vioet in œtenmtn * : les prenuers réduisant toute leur conduite h donner horreur des comnumions indignes; et les seconds semblant la rapporter toute à exciter dans les cœurs le désir d'une sainte communion, ni les uns ni les autres ne s'unissaient parfaitement pour l'exécution des desseins de Jésus-Christ. S'ils étaient convenus ensemble, on aurait fait de leurs divers sentiments un tempérament admirable, dont l'Eglise aurait profité, et qui était le grand moyen de sanctifier les pécheurs.

} Jo«D,. VI. 64. — il Cor.. XI. 28. — > Ibid. — « /oan„ vi, 29.

Mais parce qu'ils ne s'entendaient pas, et que chacun d'eux peut-être abondait en son sens» ni les péchejus, ni l'Kglise n'en tiraient l'avantage que Dieu prétendait. Car reu\ qui n'avaient dans la bouche que les aniithêmes delà parole de Dieu contre les abus de la communion, sans jamais rien dire qui pftt servir d'attrait 5 ce sacrement, allaient peu à peu à en abolir l'usage, et à faire disparaître de la table de ré[)oux tous les conviés ; mais ceux aussi qui ne pensaient qu'à donner une haute • idée des fruits de la comumnion, et qui se proposaient d'attirer à. la table du Sauveur un grand nond)re de conviés, se mettaient au hasard, comme les servilei.'rs de la parabole, d'y attijer indifféremment les bons et les mauvais. Ce qu'ils disaient de part ot d'autre po-uvait être vrai, et cependant ils ne disaient, ni de part ni d'autre, ce qui devait produire l'entier efTet du sacrement de Jésus- Christ parce que chacun n'en disait qu'une parlie. Que fallait-il donc ? c'est la judicieuse remarque du saint évêque de Genève : Il fallait dire tout et joindre aux menaces de ceux-ci les invitations de ceux-là; dire aux pécheurs . Craignez d'a[)procher de cette sainte table, et craignez de n'en approcher pas. Craignez d'en approcher, si vous n'avez pas la robe de noces, qui est la grAce ; et craignez de n'en approcher pas, parce qu'il n'y a que les ennemis de Dieu qui en soient exclus. La viande qui vous est présentée est mortelle pour vous, si vous n'en faites pas un juste discernement par l'esprit de la foi ; mais comprenez aussi que c'est une viande salutaire, sans laquelle le Fils de Di(Mi ne demeurera point en vous, ni vous en lui. Ainsi, tremblez en recevant cette viande ; car trembler respectueusement, c'est même une des dispositions nécessiiires pour la recevoir ; mais tremblez encore davantage si vous lie la recevez pas, parce que vous ne voulez pas y apporter la préparation nécessaire. Voilà cft.^mcnt il fallait parler.

Et c'est, chrétiens, le langage qu'ont tenu tous les Pères de l'Eglise, quand ils se sont expliqués sur cette matière. Comme ces grands hommes étaient conduits par l'esprit de Dieu, ils n'ont eu garde de séparer ces deux choses, qu'ils savaient bien n'avoir jamais été séparées dans l'intenliou du Sauveur du monde. Eprouvons-nous, disait saint Chrysostome, et jugeons-nous, de peur qu'en participant au corps de Jésus-Christ, nous n'attirions sur nos tètes des charbons de feu, c'est-à-dire l'indignation de Dieu et scs^ vengeances. Car ainsi ce Père

SUR LA COMIHJNION.

g'exprlmail il, ei ces paroles ëlaicnt capable ; d'inspirer aux (idi^les qui l'écoulaieiil île la fiajeur. Mais au ruruie temps il y ajotit.iit le coireclil : Or, je ne vous dis point ceci alin que vous n'y participiez pas ; à L)ieu ne plaise Iniais pour vous enf^iij^er à y participer avec les dispositions et selon les rôties (|ue la loi de Dieu vous prescrit : Hoc autem non dico ut non accedatis, sed ut teniere non acceduiis. Car de munie, poursui\ail-il, que d'y [larticiper indiscrètement, c'est s'exposer h. se perdre, aussi n'y point |)articiper, c'est la ruine et la mort de l'homme cinélien : Nam skiU temere accedere periculum est, ita omnino non accedere famés est et mors. J'en vois parmi vous, disait saint Aujcuslin, qui se retirent de la communion, parce qu'ils se sentent coupables : Adverto nonnuUos ex vobis communionem declinare, idque ex conscientia gravium delictorum. Et moi, reprenait-il ( décision importante de ce saint docteur ), je leur déclare que, s'ils s'en tiennent précisément là, ils ne font qu'augmenter le poids et le nombre de leurs péchés, en commettant encore un nouveau péché, et se privant du plus nécessaire et du plus souverain remède : Hoc est enim reatum con^ gregare, et remedium declinare. Je vous conjure donc, mes frères, concluait-il, que si quelqu'un de vous se juge indigne de la communion, il travaille à s'en rendre digne, parce que quiconque n'est pas digne de ce sacrement, n'est pas digne de Dieu : Quapropter hortor vos, fratres, ut si quis ex vobis indignumse communione ecclesiastiea putat, dignitm se faciat. Voilà comment parlaient les Pères. Or, ce qu'ils disaient généralement et absolument, est encore plus vrai par rapport à ce saint temps où le précepte de Jésus-Christ, déterminé par celai de l'Eglise, impose aux fidèles une obligation expresse et particulière de communier. Telle est la solennité de Pâques, à laquelle nous devons nous préparer chaque jour de ce carême, et qui ne peut être célébi-ée dans le christianisme que par la manducation de l'agneau, qui est Jésus-Christ. Car se contenter alors de menacer un pécheur de la colère de Dieu, s'il est assez té'iiéraire pour communier dans l'état de son péché, et ne le pas menacer de la colère du même Dieu, s'il ne quitte son péché, et s'il ne communie pour satisfaire à ce commandement : Nisi manducaveritis, c'est ne l'instruire qu'à demi, et lui donner lieu de fomenter par là son impénilence. Il faut lui signifier l'ordre du Maître , j'entends du grand Maître, en lui disant ce que le Sauveur,

par deux de ses disciples, envoya dire à cet honnne dont il avait choisi la maison pour y f.dre la Pà(pie : Mn'jhter dicil : Apud te fndo Pascha ». C'est chez vous, mon frère (ainsi doiton parler à un pécheur), c'est chez vous, ou pliittUdans vous, que le mystère de la PAque doit être acoomjtli, puisiiue le temps appiochc où Jésus-Christ, (jui est la véritable Pàque des chrétiens, veut et doit être reçu de vous dans l'adorable Eucharistie. Vous n'y êtes pas disposé; mais c'est pour cela même qu'on vous l'annonce de bonne heure, alin que vous vous y disposiez, et que vous vous y disposiez sérieusement, promi)lcincnt , ellicaceinent. Car il n'y a point ici de milieu pour vous. Demeurant dans votre i)éché, et ne vous disposant pas, vous ne pouvez éviter d'être ou un profanateur, ou un déserteur du sacrement de Jésus-Christ : un profanateur, si vous mangez cette Pilque sans vous y être préparé par une conversion sincère ; un déserteur, si.Tautede préparation et de conversion, vous vous trouvez hors d'état de la manger. De prétendre qu'on a eu tort de vous réduire à celte extrémité, c'est vouloir contrôler la conduite, et de l'Eglise qui est votre mère, et de Jésus- Christ qui est votre Dieu. De dire que cette extrémité peut vous porter à des abus, c'est vouloir vous justifier par voire propre désoidre, qui consiste à abuser de tout, même des choses les plus saintes. Quoi qu'il en soit, voici la peiiie dont l'Eglise, en vertu du pouvoir qu'elle a de lier et de délier, est en droit, selon les canons, de punir votre désobéissance : savoir, de vous retrancher de sa communion, comme un membre scandaleux, quand par l'endurcissement de votre cœru', ou par un attachement opiniâtre à l'objet de votre passion, vous venez à vous séparer vous-même de la connnunion du corps de Jésus-Christ. Elle n'a point prétendu par là vous dresser un piège, ni vous exposer au péril d'ajouter péché sur péché ; mais comme une mère zélée, elle a piétendu vous faire un devoir nécessaire, un devoir indispensable de ce qu'il y a dans le christianisme que vous professez, de plus salutaire pour vous et de plus sacré. Pour cela il faut rompre vos liens, et sortir des engagements criminels où vous êtes; mais c'est justement àquoi tend le précepte de la communion. Pour cela il faut arracher l'œU qui vous scandalise, c'est-à-dh*e renoncer à ce commerce, qui est le scandale de votre vie ; c'est en quoi vous devez admirer le précepte de la communion, qui vous force, pour amsi dire , à ce qui doit fau'e, selon Dieu, tout votre bonheur.

1 Matth., XXVI. la.

SERMON POUR LE PREMIER JEUDI DE CARÊME

Et, en effet, quel a été le dessein de l'Ki^lise quand elle a élabli ces lois rigoureuses coiilre les pécheurs endurcis qui désobéissent à ses ordres, et qui négligent de célébrer la Pâ(iuc ? Elle a voulu les obliger, les nécessiter, et, puisque le Saint-Esprit même s'en explique ainsi, les contraindre en quelque manièr^à sepuiilier par la pénitence, pour mériter d'élre admis à la table de Jésus Christ : Compelle iiitrare *, Voilà l'utile contrainte dont elle usait autrefois, et la sainte violence qu'elle faisait»^ ces sortes de pécheurs. Car, tout pécheurs qu'ils étaient, ne cessant pas d'être chrétiens et ses enfants, elle se promettait de leur religion et de leur foi qu'ils ne seraient jamais assez endurcis pour se présenter à cette table sans s'être auparavant bien (^prouvés. Aussi, touchés eux-mêmes, quoique pécheurs, d'un respect religieux et d'une profonde vénération pour ce sacrement, ils faisaient, dans la vue de le recevoir , ce que jamais sans cela ils n'auraient fait ; je veux dire qu'on voyait en eux des changements et des réformes à quoi tout autre motif ne les aurait jamais engagés. Cette obligation de manger la chair d'un Dieu, et d'ailleurs cette horreur de la manger indignement, voilà ce qui les convertissait; voilà ce qui leur faisait prendre toutes les mesures nécessaires pour rentrer en grâce avec Dieu, voilà ce qui arrachait de leurs cœurs les passions les plus dominantes. Vous me direz, encore une fois, que de là venaient aussi les sacrilèges : et moi je réponds qu'il n'y a rien en effet de si sacré que l'homme ne puisse profaner; mais qu'il est toujours vrai que le danger de cette profanation n'a point empêché le Sauveur du monde d'obliger tous les fidèles à manger sa chair, sous peine d'une éternelle mort ; et que l'Eglise son épouse n'aurait pas agi conformément à ses intentions, si, dans le môme temps qu'elle publie aux fidèles l'anathème de saint Paul contre les communions indignes, elle ne les réduisait par ses censures à l'heureuse nécessité d'en faire des saintes et de profitables.

Cependant, pour ne pas joindre ces deux vérités, voici, mes chers auditeurs, les deux écueils où conduit aujourd'hui l'esprit du siècle. Pourvu qu'on persuade à un pécheur, et qu'on obtienne de lui qu'il fasse au dehors son devoir de chré tien, et qu'il s'approche des autels, on croit avoir beaucoup gagné. Avec cela, et cela seul, on loue sa rehgion, on ne doute point de sa conversion, on se promet tout de sa persévérance : c'est le premier écueil. Mais d'ailleurs aussi, pourvu qu'on lasse entendre à un pécheur

<Uc, XI , 33,

qu'il n'y a point ;dc communion pour lui tandis qu'il est dans l'habitude de son péché, on croit avoir tout fait ; et si ce pécheur, confessant son indignité, se lient éloigné des autels, on en est content, comme s'il avait accompli toute la justice : avec cela, qu'il persévère dans son libertinage, on le tolère, on le souffre. Vous diriez que l'éloignement de la communion mette tout le reste à couvert, et qu il lui soit permis alors de vivre avec impunité, et selon tous les désirs de son cœur. Du premier de ces deux abus que s'ensuit-il? que paimi ceux qui communient, il y en a tant de faibles, tant d'assoupis et de languissants, et, pour user du ternie de saint Paul, tant qui dorment du sommeil de la mort : Ideo inter vos mulli infirmi et imbecilles, et dormiunt multi ^ Et qu'arrive-t-il du second? que parmi ceux qui ne communient pas, il y en a tant de scandaleux, qui sont aujourd'hui comme en possessioii de ne donner plus à l'Eglise nulle marque de christianisme, puisque la plus essentielle marque qui nous distingue en quaUté de chrétiens, est, selon l'Apùtre, la participation du corps de Jésus-Christ. De là vient que par un excès de relâchement, et môme par une malheureuse prescription, on ne s'étonne presque plus de voir des mondains et des mondaines qui, de notoriété publique, semblent depuis plusieurs années s'être eux-mêmes librement et volontairement excommuniés; et qu'au mépris de la religion, ces canons et ces lois si saintes, qui punissaient un tel désordre, ne sont ou paraissent n'être plus de nul usage. Décadence qui plonge dans l'amertume les vrais pasteurs, etqui les jette dans le trouble lorsqu'ils sont témoins de la perte de tant d'âmes. Et tout cola, je le répète, parce qu'on n'instruit pas assez les pécheurs de leurs devoirs, parce qu'on ne leur en fait pas connaître toute l'étendue, parce qu'on leur fait seulement éviter un scandale par un autre scandale : le scandale de la mauvaise communion par le scandale de l'impénitence et de l'irréligion, ou le scandale de l'irréligion et de l'impénitence par le scandale de la mauvaise communion : au lieu de leur faire bien entendre qu'il ne suffit pas de retrancher l'un ou l'autre scandale, mais qu'il faut tout à la fois se préserver de l'un et de l'autre. Car c'est pour les pécheurs, ô mon Dieu, comme pour les justes que votre sacrement est institué : je ne dis pas pour les pécheurs impénitents, mais pour les pécheurs convertis, pour les pécheurs changés et sanctifiés. Tandis que vous étiez sur la terre, adorable Sauveur, vous n'avez pas dédaigné de manger à la

• 1 Cor., ». M.

SUR LA COMMUNION

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lable des pt^chours ; maiiilenant, par une coiiihiite bien tlilTércnte, mais toujours par le nu^m.: esprit, vous admettez les pi'clieurs pénileiils à votre table : et comme autrefois vous manyic/. à la lablcdeces pécheurs que votre grAcc couv( i tissait, bien plus volonliers qu'à la table (i'S pharisiens orgueilleux et superbes ; aussi puisjc dire pour la consolation de mes auditeurs et pour la mienne, qu'il n'y a point de chrétiens plus favorablement reçus de vous que les pécheurs qui se convertissent, et qui renoncent ;\ leur péché pour se rapprochei* de vous. Mitis cela, comme j'ai dit, suppose que ce sont des pécheurs sincères, et qui agissent de bonne foi ; car si ce sont des mondains qui s'aveuglent et qui se flattent, le respect prétendu qu'ils allèguent pour s'éloigner du sacrement de Jésus- Christ n'est plus une raison à éclaircir, mais un prétexte que je dois lever dans la seconde partie.

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