M, XIII
SUR T.ES TENTATIONS
oni, je prétends qu'en parlant de In sorte, vous meniez au Saint-Esprit, et vous faites outrage à sa ^rAce. VouU^z-vonsque je vous en convainque, mais li'une manière sensible, et i^ laquelle vous avouerez que le libertinage n*a rien i\ opposer ? Ce ne sera pas pour vous couibndrc, mais pour vous instruire comme mes frères, et comme des hommes dont le salut doit m'ôtre plus cher que ma vie même : Non ut confundam vos '. La disposition où je vous vois m'est favorable pour cela, et Dieu m'a inspiré d'en profiter. Elle me fournit une démonstration vive, pressante, à quoi vous ne vous attendez pas, et qui sullha pt)ur votre condamnation, si vous n'en faites aujourd'hui le motif de votre conversion. Ecoulez-moi, et jugez-vous.
Il y en a parmi vous (et Dieu veuille que ce ne soit pas le plus grand nombre ! ) qui se trouvent, au mouieut que je parle, dans des engagements de pt'cliés, si étroits, à les en croire, et si forts, qu'ils désespèrent de pouvoir jamais briser leurs liens. Leur tiemander que, pour le salut de leuràme,ilss'éloignent de telle personne, c'est, disenl-ils, leur demanderrimpossible. Mais cette séparation sera-t-elle impossible, dès qu'il faudra marcher pour le service du prince, à qui nous nous faisons tous gloire d'obéir ? Je m'en tiens à leur témoignage : y en a-t-il un d'eux qui, pour donner des preuves de sa fidélité et de son zèle, ne soit déjà disposé à partir, et à quitter ce qu'il aime ? Au premier bruit de la guei're qui commence à se répandre, chacun s'engage, chacun pense à se mettre en roule ; point de liaison qui le retienne, point d'absence qui lui coûte, et dont il ne soit résolu de supporter tout l'ennui. Si j'en doutais pour vous, je vous offenserais ; et quand je le suppose comme indubitable, vous recevez ce que je dis comme un éloge, et vous m'en savez gré. Je ne compare point ce qu'exige de vous la loi du monde, et ce que la loi de Dieu vous commande. Je sais qu'en obéissant à la loi du monde, vous conserverez toujours la même passion dans le cœur, et qu'il faut y renoncer pour Dieu ; et certes il est bien juste qu'il y ait de la diflérence entre l'un et l'autre, et que j'en fasse plus pour le Dieu du ciel que pour les puissances de la terre. Mais je veux seulement conclure de là que vous en imposez donc à Dieu, quand vous prétendez qu'il n'est pas en votre pouvoir de ne plus rechercher le sujet criminel de voh-e désordre, et de vous tenir, au moins pour qu^îlque temps, et pour vous éprouver vous-même, loin de ses yeux et de sa présejice. Gai-, encore une fois, vous re-
n Cor., IV, 14,
tiendra-l-il, quand l'honneur vous appellera ; et avec quelle promptitude vous vcira-t-on courir et voler au pr(Mnier ordre que vous recevrez, et (pi(« vous vous estimerez heureux do recevoir ? Quiconque aurait un moment balancé, serait-il digne de vivre ? oserait-il {)arailre dans le monde ? n'en deviendrait-il pas la fable et le jouet ?
Ah ! chrétiens, disons la vérité, on a trop affaibli, ou même trop avili les droits de Dieiç* S'il s'agit du service des hommes, on ne recon> naît point d'engagement nécessaire ; tout est sacrifié, et tout le doit être ; puisque l'ordre de Dieu le veut ainsi. Mais s'agit-il des intérêts de Dieu même, on se fait un obstacle de tout, on trouve des difficultés partout, et l'on manque de courage pour les surmonter. Ceux môme qui devraient s'opposer à ce relâchement, les prêtres de Jésus-Christ, malgré tout leur zèle, se laissent surprendre à de faux prétextes, et sont euxmêmes ingénieux à en imaginer, pour modérer la rigueur de leurs décisions. On écoute un mondain, on entre dans ses raisons, on les fait valoir, on le ménage, on a des égards pour lui, on lui donne du temps ; on dit que l'occasion, quoique prochaine, ne lui est plus volontaire, quand il ne la peut plus quitter sans intéresser son honneur ; et on lui laisse à décider, tout mondain qu'il est, si son honneur y est en effet intéressé, et intéressé suffisamment pour contre-balancer celui de Dieu : on veut qu'il puisse demeurer dans cette occasion, ou du moins qu'on ne puisse l'obliger à en sortir, s'il n'en peut sortir sans se scandaliser lui-même ; et on s'en rapporte à lui-même , ou plutôt à sa passion eL à son amour-propre, pour juger en effet s'i' le peut. On cherche tout ce qui lui est en quelque sorte favorable, pour ne le pas rebuter ; c'est-à-dire qu'on l'autorise dans son erreur, qu'on l'enireticnt dans son liberliuage, qu'on le damne et qu'on se damne avec lui. Car j'en reviens toujours à ma première proposition. En vain attendops-nous une grûce de combat pour vaincre la tentation, lorsque la tentation est volontaire, et qu'il ne tient qu'à nous de la fuir. En vain même l'aurons-nous, cette giYicc de combat, dans les tentations nécessaires, si nous ne sommes en effet disposés à combattre nousmêmes : comment? surtout comme Jésus-Christ, par la morlilîcation de la chair. Vous l'allez voir dans la seconde partie.