DEUXIÈME PARTIE
Pour bien comprendre ma seconde proposition, il faut encore s'il vous plaît, présupposer
SEUMON POUR LE DIMANCHE DE LA PREMIÈRE SEMAINE
ce grand principe, sur quoi roule, pour ainsi dire, tout le mystère de la prédestination des liommes, et que j'ai déjà développé en partie dès rentrée de ce discours, mais qui vous paraîtra bien plus noblement conçu et plus fortement exprimé par ces paroles de saint Cyprien, qui sont remar(iuables : Online suo, non nostro arhitrio, virtiis Spirilus Sancli jninistmtuv. La vertu du Saint-Esprit, c'est-à-dire la grAce, ne nous est pas donnée selon notre choix, beaucoup moins selon potre goût et nos inclinations ; mais dans un C( itain ordre établi de Dieu, suivant lequel elle doit être ménagée, et hors duquel elle demeure inutile et sans effet. Principe admirable, d'où je tire trois conséquences, qui sont d'une étendue presque infinie dans la morale chrétienne, et qui, appliquées h. la conduite de la vie, font le juste tempérament de tous les devoirs ([ua nous avons à remplir, pour correspondre aux desseins de Dieu dans l'importante affaire du salut. Suivez bien ceci, je vous prie.
Première conséquence : dans les tentations et dans les dangers où la misère humaine nous expose, je dis par nécessité et malgré nousmêmes, Dieu, dont la fidélité ne manque jamais, est toujours prêta nous aider de ses grâces ; mais il veut que nous en usions, et conformément à l'état où il nous a appelés, et par rapport h la fin pour laquelle ces mêmes grâces nous sont données. Car c'est proprement ce que saint Cyprien a voulu nous marquer : Ordine suo, non nostro arbitrio. Or vous savez, mes chers auditeurs, qu'en qualité de chrétiens, nous faisons tous profession d'une sainte milice, et qu'il n'y a personne de nous qui n'en porte le caractère. D'où il s'ensuit que notre vie, selon le lémoignage del'Ecriture,nedoit plus être qu'une guerre continuelle de l'esprit contre la chair, de la raison contre les passions, de la foi contre les sens, de l'homme intérieur contre l'homme extérieur, enfin de nous-mêmes contre nous-mêmes. Et si nous prétendons à la véritable gloire du christianisme, qui consiste dans les solides vertus ; saint Paul, ce maître suscité de Dieu pour nous les enseigner et pour nous en donner une juste idée, semble n'en point reconnaître d'autres que de militaires. Car se servant d'une métaphore qui nous doit être vénérable, puisque le Saint-Esprit môme en est l'auteur, il nous fait un bouclier de la foi, une cuirasse de la justice, un casque de l'espérance, nous recommandant en mille endroits de ses épîtres de nous revêtir de ces armes spirituelles : Induite vos armaturamDei^t et
] £pkM., TI, il.
nous faisant entendre que nous en devons user, et que sans cela tout le bien qui est en nous, ou que nous présumons y être, n'est que mensonge et illusions. Voilà noire état.
Que fait Dieu de sa part ? il nous prépare des grâces proportionnées à cet état. Nous avons à soutenir une guerre difficile et dangereuse : il ne nous donne pas des grâces de paix, comme il en donnait au premier homme, car elles ne nous seraient plus propres ; mais des grâces de combat, de défense, d'attaque, de résistance, parce qu'il n'y a que celles-là qui nous conviennent. Les tentations sont des assauts que nous livre notre ennemi, et ces grâces sont des moyens pour les repousser. Par consétfuent faire fond sur la grâce, sans être déterminé à résister et à combattre, c'est oublier ce que nous sommes, c'est nous figurer une grâce imaginaire et chimérique, c'est aller contre toutes les vues de Dieu. Tel est néanmoins le désordre le plus ordinaire, et fasse le Ciel que ce ne soit pas le nôtre I Nous voulons des giâces qui nous garantissent de tous les dangers ; mais nous voulons que ce soient des grâces qui ne nous coûtent rien, qui ne nous incommodent en rien, qui nous laissent dans la possession d'une vie douce et paisible : et Dieu veut que ce soient des grâces qui nous fassent agir, qui nous tiennent dans la sujétion d'un exercice laborieux et sans relâche. Ordine suo, non nostro arbitrio, virtus Spir ritus Sancti ininistratur. Le repos de la vie, voilà ce qu'on cherche, et ce que tant de personnes vertueuses , séduites par leur amourpropre, se proposent jusque dans leur piété même. Et moi, leur dit Jésus-Christ, je ne connais point cette vie sans action, puisque rien n'est plus contraire à mon esprit, et que le royaume du ciel ne peut être emporté que par violence. Car c'est pour cela que je suis entré, comme votre chef, dans le champ de bataille , et qu'au Ueu de vous apporter la paix, je vous ai apporté l'épée : Non veni pacem mittere, sed gladiumK Témoignage sensible et convaincant qu'il ne veut à sa suite que des âmes généreuses, que des hommes infatigables, et touj.our9 en état de remporter de nouvelles victoires. Le repos est pour le ciel,et le combat pour la terre. Non veni pacem mittere, sed yladium.
Seconde conséquence : la première maxime en matière de guerre est d'affaiblir son ennemi et de le fatiguer. Car de vouloir l'épargner et le traiter avec douceur, d'avoir pour lui de l'indulgence, ce serait se perdre et se détruire soimême. Or quel est notre euuemi, chrétiens, j«
SUR LES TENTATIONS
dis l'ennemi le plus puissant que la grAce ait t\ coinballrc en nous ? Ueconnaissons-ic devant Dieu, et ne nous aveuglons pas : c'est noire chair, celte chair de péché qui ne conçoit (juc des di^sirs criuiiitels, celle chair esclave de lu concupiscence, celte chair toujours rebelle ?i la loi de Dieu. Voilù, dil un apôtre, l'ennemi le plus i\ ciaindre, et par qui nous sommes plus communément tentés : Uuusquisque vero tenlatur a concupiscentia sua *. Ennemi d'autant pUi s dangereux qu'il nous est plus intime, ou plutôt qu'il fait une partie de nous-mômcs; ennemi irautanl plus redoutable que naturellement nous l'aimons; ennemi d'autant plus invincible qu'il ne nous attaque qu'en nous llatlant : c'est cet ennemi, reprend saint Chrysostome, qu'il tant soumettre, qu'il faut dompter : par où? par la mortification chrétienne, si nous voulons que la gr;\ce triomphe de la tentation.
Car je dis qu'un chrétien qui n'a aucun usage de celle mortification évangélique, qui nourrit sa chair dans la mollesse, qui l'entretient dans le plaisir, qui lui donne toutes les commodités de la vie; qui, toujours d'intelligence avec elle, la ménage en tout, la choie en tout, et cependant se confie dans la grâce de Dieu, et se persuade qu'elle suffira pour le sauver, ne la connaît pas celle grâce, et n'a pas les premiers principes de la religion qu'il professe : pourquoi ? voici la preuve qu'en donne saint Bernard : parce que la première action de la grâce qui le doit soutenir et assurer son salut, est d eleindre '.i CGiicupiscence en mortifiant la chair. Vous, au contraire, mon cher auditeur, vous, chrétien sensuel et délicat, au heu de l'affaiblir, vous la fortifiez; au heu de lui retrancher ce qui lui donne l'avantage sur vous, vous la secondez; c'est-à-dire qu'au lieu d'aider la grâce contre la tenlalion, vous aidez la tentation contre la grâce même, et que vous détruisez celle-ci par l'autre. Jamais donc vous ne devez attendre que la grâce ait son effet, h moins que vous ne demandiez deux choses contradictoires : savoir, que la grâce et la concupiscence vous dominent tout à la fois, ou que Dieu, par un miracle singulier, crée pour vous des grâces nouvelles, qui, sans assujettir la chair, fassent triompher l'esprit. Mais ne vous y trompez pas, et souvenez-vous toujours que ce n'est point au gré de l'homme que Dieu dispense ses grâces, mais selon la sage et invariable disposition de sa providence : Ordine suo, non nostro arbitriOy virtus Spiritus Sancti mitmtratur.
Et en effet, comment est-ce que tous les saints
) Jw., 1, u.
ont comballu la tenlalion, et de quel stratagéma se sont-ils servis, quel moyen ont-ils employé contre elle? la morlilication do la chair. N'est-ce pas ainsi (jue David, au milieu des pompes et des plaisirs de la cour, se couvrait d'un rude cilice, lorsqu'il se sentait troublé parses[)roi)rca pensées, et que les désirs de son cœur le portaient au mal et le tentaient ? iLgo autem cum mihi violesli essent, induehar cilicio *. N'est-ce pas pour cela que saint Paul traitait rigoureusement son corps, et qu'il le réduisait en servitude ? Castigo corpus meum, et in servilutem redigo 2, Quoi donc I la grâce est-elle d'une autre trempe dans nos mains que dans celles de cet apôtre? avons-nous, ou un esprit plus fervent, ou une chair plus soumise que David ? l'ennemi nous livre-t-il d'autres combats, ou sommesnous plus forts que tant de religieux et tant de solitaires, les élus et les amis de Dieu ? Pas un d'eux qui ait compté sur la grâce séparée de la mortification des sens : et sans la mortification des sens, que dis-je ? dans une vie douce, aisée, commode, dans une vie même voluptueuse et molle, nous osons tout espérer de la grâce ! Un saint Jérôme comblé de mérite ne crut pas, avec la grâce même, pouvoir résister, s'il ne faisait de son corps une victime de pénitence ; et nous prétendons tenir contre tous les charmes du monde et les plus violents efforts de l'enfer, en faisant de nos corps des idoles de l'araour-propre ! Les Hilarion elles Antoine, ces hommes tout célestes et comme les anges de la terre, se sont condamnés aux veilles, aux abstinences, à toutes les rigueurs d'une vie pénible et austère : pourquoi? parce qu'ils ne savaient point d'autre secret pour amortir le feu de la cupidité et pour repousser ses traits, et nous nous flattons de la faire mourir, en lui fournissant tout ce qui peut plus contribuer à la faire vivre! Un saint Jean-Baptisle, sanctifié presque dès sa conception, et qui pouvaitdire que la grâce était née avec lui, n'a fait fond sur cette grâce qu'autant qu'il l'a exercée, ou, pour parler plus correctement, qu'autant qu'il s'est exercé lui-même par elle et avec elle dans la pratique de la plus parfaite abnégation ; et nous, conçus dans le péché, nous, après avoir vécu dans le péché, nous nous promettonsde la grâce des victoires sans combats, ou des combats sans violence; une sainteté sans pénitence, ou une pénitence sans austérité ! Mais si cela était, conclut saint Jérôme, la vie de ce glorieux Précurseur et deceuxqui l'ont suivi,bien loin d'être un sujet d'admiration et d'éloge, ne devrait-elle pas être regardée comme une illusion
Vttàa., uiaw, 18. — > 1 Cor., a, il.
SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA PREMIÈRE SEMAINE
et une folie ? Si ita esset, annon ridenda potius^ quam prœdicanda esset vita Joannis ?
C'est ainsi qu'ont raisonné les Pères que Dieu nous a donnés pour maîtres, et qui doivent être nos guides dans la voie du salut. Ne vous étonnez donc pas si des mondains, marchant, comme dit l'Apôtre, selon la chair, et ennemis de la croix et de la mortification de Jésus-Christ, se trouvent si faibles dans la tentation. Ne me demandez pas d'où vient qu'ils y résistent si rarement, qu'ils y succombent si aisément, qu'ils se relèvent si difficilement ; ce sont les suites naturelles de leur délicatesse et de leur sensualité : et si des âmes idolâtres de leur corps ne se laissaient pas entraîner par la concupiscence, ce serait dans l'ordre de la grâce un des plus grands miracles. Non, non, disait Tertullien, parlant aux premiers fidèles dans les persécutions de l'Eglise, je ne me persuaderai jamais qu'une chair nourrie dans le plaisir puisse entrer en lice avec les tourments et avec la mort. Quelque ardeur qu'un chrétien fasse paraître pour la cause de son Dieu et pour la défense de sa foi, je me défierai toujours ou plutôt je désespérerai toujours que de la délicatesse des repas, des habits, de l'équipage et du train, il accepte de passer à la rigueur des prisons, des roues et des chevalets. Il faut qu'un athlète, pour combattre, se soit auparavant formé par une abstinence régulière de toutes les voluptés des sens, et par une épreuve constante des plus rudes fatigues de la vie : car c'est par là qu'il acquiert des forces. De même, il faut qu'un homme, pour entrer dans le champ de bataille .où sa religion l'appelle, ait fait l'essai de soimême par une dure mortification qui l'ait disposé à supporter tout, et à n'être étonné de rien. Or, ce que Tertullien disait des persécutions, qui furent comme les tentations publiques et extérieures du christianisme, je le dis avec autant de sujet des tentations intérieures et particuHères de chaque fidèle : c'est la grâce qui les doit vaincre ; mais en vain présumons-nous que la grâce, toute puissante qu'elle est, les surmontera, si nous ne domptons nous-mêmes la chair qui en est le principe; et quiconque en juge autrement est dans l'erreur et s'égare.
Mais en quoi consiste cette mortification de la chair, et, dans la pratique du monde, à quoi se réduit cet exercice ? troisième et dernière conséquence. Ah ! mes chers auditeurs, dispensezmoi de vous dire ce que c'est dans la pratique du monde que cette vertu, puisque à peine y estelle connue, puisqu'elle y est méprisée, puisqu'elle y est même en horreur. Mais quelque idée
que le monde en puisse avoir, l'oracle de l'Apôtre ne laisse pas de subsister : que pour être à Jésus-Christ, et pour lui garder une fidélité inviolable, il faut crucifier sa chair et mourir à ses passions et h ses désirs déréglés : Qui Christi suntycamem suam crucifixei'unt cum vitiis et concupiscenliis i. Mais de quelque manière que le monde en puisse penser, il sera toujours vrai qu'il n'y a point de condition parmi les hommes où ce crucifiement de la chair ne soit d'une absolue nécessité, parce qu'il n'y en a pas une qui ne soit exposée à la tentation. Mais quelque peine que puisse avoir le monde â en convenir, la seule expérience de ses désordres lui fera reconnaître malgré lui-même, que la condition des grands, des riches, des puissants du siècle, est celle, entre toutes les autres, où cette mortification des sens devrait être plus ordinaire, parce que c'est celle où les tentations sont plus communes et plus violentes. Mais, de quelque opinion que le monde puisse être prévenu, du moins avouera-t-il que plus un pécheur est sujet à la tentation, plus cette loi de mortifier son corps est-elle d'une obligation étroite et rigoureuse pour lui. Si nous étions aussi chrétiens qu'il faudrait l'être, ces règles de l'Evangile, quoique générales, seraient plus que suffisantes pour nous faire comprendre nos devoirs. Mais parce que l'amour-propre nous domine, et que, dans 1 excès d'indulgence que nous avons pour nous-mêmes, à peine prenons-nous le parti de nous imposer la plus légère pénitence, qu'a fait l'Eglise ? Elle a déterminé ce commandement général à un commandement particulier, qui est le jeûne du carême : se fondant- en cela sur notre infirmité d'une part, et de l'autre sur notre besoin ; se réglant sur l'exemple des anciens patriarches, et beaucoup plus sur celui de Jésus-Christ; s'autorisanl du pouvoir que Dieu lui a donné de faire des lois pour la ccnduite de ses enfants, et se promettant de notre fidélité qfue, si nous avons un désir sincère de mortifier notre chair autant qu'il est nécessaire pour vaincre la tentation, non-seulement nous ne trouverons rien de trop rigoureux dans ce préi eple, mais nous ferons bien plus qu'il ne nous prescrit, parce qu'en mille rencontres nous éprouverons qu'il ne suffit pas encore pour réprimer notre cupidité et pour éteindre le feu de nos passions.
Voilà, chrétiens, le dessein que s'est proposé l'Eglise dans l'institution de ce saint jeûne. Mais dans la suite des temps qu'est-il arrivé? nous ne le déplorerons jamais assez, puisque c'est un
I Galat.,T, 34.
SUR LES TENTATIONS
désordre qui cause tant de scandale. Le démon et la chair, se sentant aflail)lis par une si salutaire observance, ont employé tontes leurs forces pour l'aliolir. Les hérélifpies se sont déclarés contre ce commandement. Les uns ont contesté le droit, et les autres le fait. Ccwx-lh ont prétendu que l'Efïlise, en nous imposant un tel précepte, passait les bornes d'un pouvoir légilime, comme si ce n'était pas .^ elle ii qui le Sauveur du monde a dit, en la faisant l'héritière et la dépositaire de son autorité : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel. Ceux-ci ont reconnu le pouvoir de l'Eglise, mais n'ont point voulu convenir qu'elle ait jamais porté celle loi, et qu'elle nous y ail assujettis; connue si la tradition n'était pas évidente sur ce point, et que saint Augustin, il y a déjà plus de douze siècles, n'en eût pas parlé loi-squ'il disait (|ue de jeûner dans les autres temps de l'année, c'était un conseil, mais que de jeûner pendant le carême, c'était un précepte : In aliis temporibusjejunare consilium est ; in quadragesima jejuuare prœceptum. Combien même de catholiques libertins et sans conscience se sont élevés contre une pratique si utile et si solidement établie, non pas en formant des difficultés ou sur le droit ou sur le tait, mais en méprisant l'un et l'autre, mais en violant le précepte par profession et avec la plus scandaleuse impunité, mais ne cherchant pas même des prétextes pour colorer en quelque sorte leur désobéissance, et pour sauver certains dehors. Que dis-je ! et devrais-je les com[)ter parmi les catholiques, et leur donner un nom qu'ils déshonorent et dont ils se rendent indignes, puisque Jésus-Christ veut que nous les regardions comme des païens et des idolâtres ? Si Eccîesiam non audierit , sit tibi siciit ethnicus et publicanus '.
Enfin, jusque dans ce petit nombre de fidèles qui respectent l'Eglise et qui semblent soumis à ses ordrcs, combien en altèrent le commandement ? et par où ? par de fausses interprétations qu'ils lui donnent en faveur de la nature corroB \pue , par de prétendues raisons de nécessité tji'ils imaginent, et que la seule délicatesse leur suggère ; par de vaines dispenses qu'ils obtiennent ou qu'ils s'accordent à euxmêmes. Je dis vaines dispenses ; et pour vous en convaincre, remarquez ceci : il n'y a qu'à considérer trois grands désordres qui s'y glissent, et dont je veux que vous conveniez avec moi. Car en premier lieu, c'est communément à certains états que ces sortes de dispenses semblent être attachées, et non point aux personnes
> Matth. xnu, 17.
mêmes : marque infaillible que la nécessité n'eu est pas la règle. Et en effet, n'est-il pas surprenant, chrétiens, que dès qu'un homme aujourd'hui se trouve dans la Ibriunc el dans un rang honorable, il n'y ail plus de jeûne pour lui, que dès lors il soit si fécond en excuses [)our s'en exempter ; que dès lors les forces lui manquent, et que son tempérameni, que sa sanlé ne lui permettent plus ce qu'il pouvait cl ce qu'il faisait dans un étal médiocre, dans une maison religieuse, dans une vie plus réglée el plus chrétienne ? En second lieu, ceux qui se croient plus dispensés du jeûne, ce sont ceux mêmes à qui le jeûne doit être plus facile, ce sont ces riches du siècle chez qui tout abonde, et qui jouissent de toutes les commodités de la vie. Je dis plus, el en troisième lieu, ceux qui font plus valoir une faiblesse imaginaire, pour se dégager de l'obligation du jeûne, ce sont ceux qui devraient se faire plus de violence pour l'observer, parce que ce sont ceux h qui le jeûne est plus nécessaire. Car qui sont-ils ? Ce sont des pécheurs non-seulement responsables à la justice divine de mille dettes contractées dans le passé, et dont il faut s'acquiller ; mais encore liés par de longues habitudes qui les rendent plus sujets à de fréquentes rechutes dans l'avenir, dont il faut se préserver. Ce sont des mondains, engagés par leur condition en mille affaires, ayant sans cesse devant les yeux mille objets qui sont pour eux autant de tentations. Ce sont des courtisans que le bruit de la cour et ses divers mouvements, que ses coutumesel ses maximes, que ses intrigues et ses soins, que sa mollesse, ses plaisirs, ses pompes exposent aux occasions les plus dangereuses. Ce sont dejeunespersonnes, ce sont des femmes obsédées de tant d'adorateurs qui les flaltent, qui les idolâtrent, qui leur prodiguent l'encens, qui leur tiennent des discours, qui leur rendent des assiduités, c'est-à-dire qui leur livrent des attaques et qui leur tendent des pièges à quoi elles ne se laissent prendre que tropaisémenL Ce sont ceuxlà pourqui le jeûne est d'une obhgalion particulière ;et néanmoins ce sont particulièrementceuxlà qui se croient plus privilégiés contre le jeûne. Us le renvoient aux monastères et aux cloîtres ; mais, répond saint Bernard, si danslecloilre elle monastère le jeûne est mieux pratiqué, ce n'est pas là toutefois qu'il est d'une nécessité plus près, santé ; pourquoi ? parce que d'ailleurs par la retraite, par tous les exercices de la profession religieuse, on y est plus à couvert du danger.
Ah ! mes chers auditeurs, souvenez-vous que vous ne surmonterez jamais les tentations, tandis que vous obéirez à la chair, et que vous en
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suivrez les appétits sensuels. Souvenez-vous que en ce saint temps que les ministres de Jésus-Christ
Dieu dans sa loi ne dislingue ni qualités ni la dispensent avec plus de zèle, celte divine
rangs ; ou que s'il les distingue, ce n'est point [)arole, qui doit vous éclairer et vous fortifier ;
par rapport à vous et b votre état, pour élargir les hoimes œuvres, puisque c'est en ce saint
le précepte ; mais au contraire pour le rendre temps que l'Eglise redouble toute sa ferveur, ou
encore plus étroit et plus rigoureux. Souvenez- plutôt qu'elle travaille à réveiller toute la fer-
vous que vous êtes chrétiens comme les autres, veur des fidèles. Munis de ces armes de la foi,
et que plus vous êtes élevés au-dessus des autres, vous marcherez en assurance. Malgré les arlifi-
plus vous avez d'ennemis à combattre et d'é- ces et la subtilité de la tentation, malgré les
cueils à éviter; par conséquent, que plus vous fréquents retours et l'importunité de la tentation,
êtes dans l'opulence et dans la grandeur, plus malgré les plus violents assauts et toute la force
vous devez craindre pour votre àmc et faire d'ef- de la tentation, vous vous maintiendrez dans les
forts pour la conserver. Employez-y, outre le voies de Dieu, et vous arriverez ù la gloire que
jeûne et la pénitence, la parole de Dieu et les je vous souhaite, etc. bonnes œuvres ; la parole de Dieu, puisq,ue W
SERMON POUR LE LUNDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE
SUR LE JUGEMENT DERNIER
ANALYSE
Sujet. Quand le Fils de l'Homme viendra dans l'éclat de sa majesté, et tous les anges avec lui, alofs il s'assiéra sur ton trône, et toutes les nations se rassembleront devant lui.
Nous reconnaissons deux avènements de Jésus-Clirist ; car il est déjà venu, ce Dieu-Homme, dans le mystère de son incarnation, et il doit encore venir au jour terrible de son jugement universel, dont j'ai à vous parler dans ce discours, et dont je veux vous faire connaître la rigueur par la rigueur même de certains jugements que vous craignez tant sur la terre, et que vous avez dès mt.fttenant à subir dans la vie.
Division. Nous avons dès maintenant dans la vie deux sortes de jugements à subir : ceux que les hommes font de nous, et celui que nous faisons de nous-mêmes. De 15 je tire deux conjectures delà rigueur du jugement de Dieu. En deux mots, le monde nous juge, et combien craignons-nous les jugements du monde ? premier préjugé de la rigueur du jugeinent de Dieu : première partie. Nous nous jugeons nous-mêmes, et rien ne nous trouble davantage que ce jugement de notre conscience : second préjugé de la rigueur du jugement de Dieu : deuxième partie.
Première partie. Nous craignons les jugenienis du monde, et nous en craignons surtout : 1" la vérité ; 2° la liberté ; 3° la sincérité ; 4° la sévérité ; 5° l'uniformité. Tout cela, autant de conjectures de l'extrême rigueur du jugement de Dieu, et autant d'épreuves sensibles par où Dieu semble déjà nous y disposer.
Quelque force d'esprit que nous affcclions, nons craignons les jugements du monde. De là vient que nous sommes si mortifiés quand la censure du monde nous att.ique personnellement ; et si nous savions en bien des rencontres ce qu'on pense tt ce qu'on dit de nous, nousen serions outrés de douleur. Or, cette crainte des jugements des hommes doit nous élever à la craintedu jugement de Dieu. Car nous devons nous dire à nous-mêmes : Si je crains tant d'être censuré par des hommes faibles comme moi, que sera-ce d'être condamné par un Dieu infiniment au-dessus de moi ?I1 est vrai que saint Paul disait: Peu m'importe que le monde me juge ; mais il n'appartenait qu'à saint Paul de parler ainsi. Pour moi je dis : il m'importe de me souvenir combien la censure du monde m'alarme et me déconcerte, afin d'apprendre avec quel soin je dois donc me préserver du jugement d'un Dieu, dont je révère la sainteté et dont je redoute la puissance.
1° Mais que craignons-nous surtout dans les jugements des hommes ? la vérité. Des calomnies qu'on invente contre nous nom touchent moins, parce que nous avons de quoi les confondre ; mais ce qui nous pique le plus vivement, c'est que souvent nous sommes obliges de reconnaître dans le fond du cœur que les jugements désavantageux qu'on fait de nous ne sont que trop équitables et trop bien fondés. Triste image du jugement de Dieu : car ce qu'il y aura de plus à craindre pour nous, c'est sa vérité, cette vérité qui nous convaincra, en sorte que nous n'aurons rien à répondre.
2" Comme nous craignons la vérité des jugements du monde, i!0 is n'en pouvons souflrir la liberté. Nous voudrions du moins qu'on fût plus discret et plus réservé à parler; nous voudrions qu'on nous res|)ectât dans le rang oii nous sommes : mais fussions-nous encore plus grands, on ne nous épargnera pas; et plus même nous serons grands, moins on nous épargnera. Or, qu'estce que cela, sinon le jugement de Dieu en figure ? Pour vous en donner une idée sensible, rendez-vous attentifs à la supposition que je vais faire. Si par l'ordre de Dieu, et usant des connaissances et de la liberté ([u'il nie donnerait, je venais à révéler ici les consciences : si j'entreprenais sans égard certains de mes auditeurs, et que je leur fisse essuyer l'opprobre de jcne sais combien de crimes qu'ils tiennent cachés dans les ténèbres, ils en mourraient de dépit et de chagrin. Telle est l'absolue et impérieuse liberté avec laquelle Dieu condamnera ce qu'il y a de plus grand dans le monde ; et c'est à vous, puissants du siècle, à y penser.
3° Non-seulement nous craignons la vérité et la liberté des jugements du monde, mais nou* n'en pouvons pas plus supporter la •Incérité. Un ami sincère et ûdèle, à force d'être fidèle et sincère, nous devient odieux. Appliquons ceci au jugement de Di9U,
SUR LE JUGEMENT DEUNIER. 237
Nou» voulons qu'un «mi, lorsqu'il s'agit «le certaines vérité» Hcheuse», ait soin, en nou« les disant, de le* adoucir et de nous y prt'parer. M;iis Dieu, sans adoucissomeiit, snns dé'ifuisement, nous fera voir la vt-riti! toute nue. Vu*; nflliKcintc, pir où il punira DOS délicatesses ou nos houleuses faiblesses h ne la pouvoir écouter. Vuo par où il confondra l'uveuf/hTiient où nous aurons véco etc« profond oubli de nous-mi!ines où le mi^nsonj^o et la flattonc nous auront entretenus; Exitlimaui imV/ue, f/wod ero tui titnilis; arguamte et statuam contra faciem tuam.
V Ce qui nous fait encore tant craindre les ju}:;eraents des hommes, c'est leur si-vérité. Car nous savons que le monde ne [ordonne rien. Nous ne pardonnons rien nous-mêmes aux autres; et, par une i>izarre conlradiclion, nous voulons qu'ils aient pour nousuncertiiii fonds de bénignité, tandis que nous les jugeons !t la rij^ueur, et souvent plus qu'à la rif,'ueur. Or, si les juK<;mr;rit« des hommes sont si sévères, apprenons quel sera ce jugement s;ins miséricorde dont Dieu nous menace. Vocanomen ejus absnue misericordia. Pendant la vie, Dieu fait justice el miséricorde tout ensemble: mais dans sonjugemenl, il exercera sa justice toute pure, à peu près comme nous l'exerçons envers nos plus déclarés ennemis.
5° Ce qu'il y a d'insoutenable dans la censure du monde, c'est qu'elle soit générale, et que par son uniformité elle devienne contre nous un jugement public. Il est vrai qu'il y a des Ames sans pudeur: mais ce sont des monstres qui ne peuvent servir d'exemple. Du reste dans quelque décri que nous soyons maintenant, il n'est presque jamais complet ni universel : mais le pécheur, au jui'ementde Dieu, se verra condamné de tout l'univers: Et pugnabit cum illoorbis lerrarum contra insensalos.
Conclusion. Pour nous préparer au jugement de Dieu, profitons des jugements du monde lors(iue le monde condamne nos désordres. Aimons dans les jugements du monde la vérité qui nous corrige. Regardons-en la liberté comme un moyen que Dieu nous fournit pour nous maintenir dans l'ordre. Ayons dans le monde un ami iirudenl et fidèle, qui nous parle avec sincérité. Si le monde est un censeur sévère, bénissons la Providence de ce que le vice n'a pas encore prévalu jusqu'à obtenir du monde qu'il lui fît grSce. Si le monde est un censeur p ublic, et si nous avons tant de peine h porter cette censure publique du monde, jugeons quelle sera cette confusion universelle des réprouvés devant le tribunal de Dieu ; et, sans différer, effaçons dans le tribunal de la pénitence ce qui ferait notre honte dans l'assemblée générale de tous les hommes.
Deuxième rvuriK. Nous nous jugeons nous-mêmes, et rien ne nous trouble davantage que ce jugement secret el domestique de notre âmscience. Nous avons chacun une conscience: dans les uns conscience droite, que Dieu nous a donnée; dans les autre» fausse conscience, dont nous sommes nous-mêmes les auteurs. Or, de l'une et de l'autre, ou plutôt des reproches et des anxiétés de l'une et de l'autre, tirons un nouveau préjugé, mais sûr et infaillible, du jugement de Dieu.
1* Conscience droite, qui sans autre loi sulfit pour nous tenir lieu de loi. Qu'est-ce que celte conscience ? un jugen[ient que nous faisons de nous-mêmes, et que nous en faisons malgré nous. Exem;iiede Caïn déchiré des remords de sa conscience après son péché. Or, que nous présagent ces agitations, ce saisissement, ce désespoir du pécheur à la vue de ses crimes, sinon le jugement de Dieu ? Jugement redoutable, qui dés maintenant et en partie s'exécute dans nous-mêmes. Oui, c'est par nos propres consciences que Dieu déjà nous fait notre procès: De are tiio te judico: et dans un sens on peut dire, avec saint Augustin, que le jugement de Dieu à notre égard est déjà fait, et que le dernier jugement n'ajoutera rien à ce jugement intérieur que l'appareil et la solennité. C'est pourquoi l'Apôtre appelle si souvent le jugement universel le jour de la manifestation, comme si tout le jugement de Dieu devait consister alors à ouvrir le livre de nos consciences, et à faire voir que nous sommes déjà jugés par nous-mêmes et dans nous-mêmes. Cependant si celte voix secrète que Dieu nous fait entendre au fond de nous-mêmes nous cause tant de frayeur et d'épouvante, que sera-ce quand il éclatera?
Conscience droite, dont nous ne pouvons, dè> cette vie même, ni toujours, ni entièrement, nous défaire. C'est un censeur qui nous suit partout, qui nous condamne partout, et qui répand l'amertume et le trouble jusques au milieu de nos plaisirs. Mais, mon Dieu, disait sur cela saint Augustin, si je puis me garantir du jugement de mi conscience, comment me défendrai-je de votre jugement ; de ce jugement inévitable , de ce jugement irrévocable, de ce jugement éternel ?
2° Conscience fausse : il est vrai que l'on se fait tous les jours de fausses consciences; mais ces fausses consciences, reprend saint .Augustin, sont elles-mêmes les plus sensibles et les plus tristes préjugés du jugement de Dieu : pourquoi ? parce que ce ne sont jamais ou presque jamais des consciences tranquilles. Car s'il n'y avait point de jugement à craindre, ou que l'idée de ce jugement put être absolument effacée de notre esprit, il nous serait aisé de trouver dans la fausse conscience la tranquillité et la paix. Pourquoi donc ne l'y trouvons-nous pas, si ce n'est parce que la conscience aveugle et corrompue ne l'emporte jamais tellement sur la conscience saine et droite, que celle-ci, quoique d'une voix faible, ne réclame toujours contre le mal, et qu'elle ne nous fasse sentir qu'il y a un jugement de Dieu, oii nos erreurs doivent être confondues ? C'est pour cela même remarque saint Grégoire pape, que plus le jugement de Dieu est proche, plus la fausse conscience devient chancelante, et qu'aux approches de la mort toute sa fermeté se dément, parce qu'on a l'idée plus présente d'un juge souverain, d'un juge équitable, d'un juge éclairé, d'un juge tout-puissant, d'un juge inflexible, devant qui il faut nécessairement paraître.
Craignons donc le jugement de Dieu, et demandons tous les jours à Dieu cette crainte. Craignons le jugement de Dieu, et craignons-le en quelque état de perfection que nous puissions être, puisque les saints le craignaient tant eux-mêmes. Craignons le jugement de Dieu, et craignons-le souverainement et par-dessus tout, comme nous devons aimer Dieu par préférence k tout. Craignons le jugement de Dieu, et craignons encore plus le péché, puisque c'est le péché qui le doit rendre si formidable. Craignons le jugement de Dieu, et servons-nous de cette crainte pour corriger nos erreurs et pour réprimer nos passions. Craignons le jugement de Dieu, et que celte crainte de Dieu nous excite à la lléchir et à l'apaiser. Enfin craignons le jugement de Dieu, et craignons surtout de perdre celte crainte, qui est une ressource pour nous dans nos désordres, et comme un port de salut.
Cum ve>ieril Filiut hominii in majestata sva, et omnes angeli cum pelif^ioil chrétienne Car il est VenU Cet HommO-
eum omnei génies. Dicu, (laiis Ic mystcre adorablc de son incarna-
Quandle Fils de l'homme viendra dans l'éclat de sa majesté, et tion; Ct 11 dûit BnCOre Venil* aU JOUF terrible de
Il^oS::V'^:;ilt';tt?ant M^'â^^r" c^^^^^^ sonjagement universel. Dans le premier avéne-
ment, il a pris la qualité de Sauveur ; mais dans Nous reconnaissons, mes frères, deux avéne- le second, il prendra la qualité de juge. Dans ments de Jésus-Christ, que l'fîgUse nous pro- l'un, il s'est revêtu d'une chair passible et supose comme deux grands objets de notre foi, et jette à la mort; mais dans l'autre, il paraîtra sur lesquels on peut dire que roule toute la sur le trône, et revêtu de tout l'éclat d'un corps
SERMON POUR LE LUNDI DE LA PREMIERE SEMALVE
glorieux. Quand il commença à se faire voir au morille, ce fut sous un visage aimable et plein de douceur : Ecce vex tuus venit tibi mamuetus * ; mais quand il se montrera pour la seconde fois au monde, ce sera sous le visage le plus effrayant, et la foudre à la main : Ecce (lies Domini teiTtbilis 2. Enfin, dit saint Chrysostome, dans son incarnation, il senihlo que son humanité efd comme anéanti loule la ploire de sa divinité; et dans son jugement dernier, il semble que sa divinité doive comme absorber toutes les faibles^es de son humanité. Cum veuerit inmajestate ma, Unie sedebit super sedem majestatis suœ. C'est, chréliens, de cet avènement de terreur, de ce jugement de Dieu, que je viens aujourd'hui vous entretenir. Mais pour vous apprendre à le craindre, je ne vous parlerai ni de la chute des étoiles, ni des écHpses du soleil et de la lune, ni de cet incendie général qui embrasera toute la terre, ni de celte confusion de tous les éléments, qui fera retomber le monde dans un nouveau chaos. Au lieu de ces phénomènes prodigieux et de ces signes éclatants, qui surprendront toute la nature, mais qui ne doivent arriver qu'à la fin des siècles, je veux vous en donner de plus simples, de plus présents, de plus naturels, et par là môme de plus propres à faire impression sur vos cœurs. Je veux vous faire connaître la rigueur du jugement de Dieu, par la rigueur de certains jugements que vous craignez tant sur la terre, et que vous avez dès maintenant à subir dans la vie. Je veux vous convaincre par vous-mêmes, et n'employer ici point d'autres preuves que vos sentiments les plus ordinaires. Ce dessein est particulier ; mais il aura de quoi vous édifier et vous toucher. Vierge sainte, il ne sera plus temps à ce dernier jour, à ce jour des vengeances divines, d'implorer votre secours ; mais vous êtes présentement encore le refuge et l'asile des pécheurs. C'est pour cela que nous nous adressons à vous, et que nous vous disons : Ave, Maria.
Quelque disproportion qu'il y ait entre Dieu et la créature, c'est par les créatures, dit le grand Apôtre, et par les choses visibles, que nous apprenons à connaître ce qu'il y a d'invisible en Dieu : Invisibilia enivi ipsius per ea qnœ fada sunt intdlecta conspiciuntur 3. Et moi je dis, chréliens, appliquant à mon sujet cet excellent principe de saint Paul : Quelque disproportion qu'il y ait entre le jugement de Dieu et le jugement des hommes, c'est par les jugements des hommes que nous devons mesu.
Matih-, XXI, 6. — 3 Joël., 11, 11. — ^ £om., i, 20.
rer, sonder, pénétrer, et non-seulement apprendre à connaître, mais à craindre le jugement de Dieu. Vous me demande/, comme les apôtres à Jésus-Christ, des présages et des .signes de ce jugement redoutable, dont le Fils de Dieu nous parle dans notre Evangile : Et quod signum adventus lui 1 ? En voici deux, mes chers auditeurs, que je vous propose d'abord, et où je renferme tout ce que j'ai à vous dire dans ce discours. La censure du monde, dont nous ne pouvons nous paier; et la censure de nos propres consciences, que nous ne pouvons éviter : les jugements que l'on fait de nous, et celui que nous en faisons nous-mêmes. Les jugements que l'on fait de nous, et que j'appelle la censure du monde ; le jugement que nous faisons nousmêmes, et que j'appelle la censure de notre propre conscience. Je m'explique. Il est certain que Dieu nous jugera ; c'est ce que nous attendons, et ce qui doit être la fin du second avènement de Jésus-Christ : mais sans attendre que Jésus- Christ vienne pour nous juger, dès maintenant le monde nous juge, et dès maintenant nous nous jugeons nous-mêmes. Le monde nous juge, et combien craignons-nous ce jugement du monde ? premier préjugé de la rigueur du jugement de Dieu, et le sujet de la première partie. Nous nous jugeons nous-mêmes, et rien ne nous trouble davantage que ce jugement de noti*e conscience : second préjugé de la rigueur du jugement de Dieu, et le sujet de la seconde partie. Tirons donc, chrétiens, de ce double jugement, de celui que le monde fait de nous, et de celui que nous faisons nous-mêmes de nous mômes, une double conjecture de l'extrême sévérité du jugement de Dieu, ou plutôt apprenons à craindre le jugement de Dieu , et par la crainte que nous avons des jugements du monde, et par les peines que nous cause le jugement de nos propres consciences. Tout ceci donnera lieu à des réilexious bien sensibles et bien solides.