‹ Œuvres complètesChapitre 8 sur 183 · CE'Jvres diverses de P. Bayle, tome IV, p · texte numérisé non relu

CE'Jvres diverses de P. Bayle, tome IV, p

2. Ménrtgiana, édition de 1715, tome HT, p. 101. — Il est si peu vrai que le chevalier de Rohan a ne voulait rien moins faire que mourir » qu'on lui appliqua ce que Tacite a dit d'Othon : Alii vitam (il y a iwpenum daus l'hisiorien romain) dimius le^

lionrdaloue avait beaucoup f\o prudence et do pénétration dans les alFaiie.^ : mais il cherchait à se rendre utile et non à se faire valoir, à serNir et non à dominer. H était ennemi de tout artifice et de tout déguisement ; c'est ce qui a fait dire encore à Boileau :

Ma franchise surtout gagna ^a bienveillance.

Il y avait dans ses manières de l'aisance, mais de la gravité. Sa conversation était agréable. Vif par tempérament, doux par l'habitude de ses devoirs, il ne laissait jamais échapper la moindre impatience ; il vivait sans art et sans étude avec des hommes d'un caractère opposé au sien.

Il était modeste, fuyait les éloges, élevait volontiers le mérite des autres ', et ne parlait jamais de lui-même. On l'accueillait partout avec empressement. Il jouissait de la faveur des grands sans la rechercher ni la fuir. Et de même qu'il prêchait aussi volontiers dans un hôpital qu'à la cour, dans un village qu'à Paris, de même il voyait aussi volontiers les hommes élevés aux premiers rangs de la société, et ceux qui étaient placés dans des conditions inférieures. Respectueux envers les uns, mais sans rien perdre de la dignité de son ministère; facile et affable envers les autres, ferme et sûr avec tous, il inspirait la confiance en commandant le respect; et après l'avoir admiré dans la chaire, il fallait encore l'admirer dans la société : mais les succès qu'il y obtenait sans les poursuivre, n'altéraient point sa vertu ; il restait indifférent pour tout ce qui devait être étranger à ses devoirs, et, sans intérêt dans le monde, il y était aussi sans attachement.

Sa piété était aussi éminente que son talent. Il avait commencé à réciter régulièrement l'Office longtemps avant que soq admission aux ordres sacrés lui en eût imposé l'obligation. Il consacrait à la retraite la première semaine de l'année. Il donnait chaque jour un temps considérable à la prière. Chaque jour il célébrait le saint sacrifice. C'est une règle qu'il s'était ftiite ; et dont, malgré les devoirs multipliés de son ministère, il ne s'écarta jamais. Les moindres cérémonies de l'Eglise n'avaient

nuerimt, nemo tam fortiter relxquit.

3. Il disait de l'abbé Boileau « qu'il avait la mni- « tié plus d^esont qu'il n'en fallait pour bien prê- « cher. » 11 avait une estime singulière pour le P. Hubert, Je l'Oratoire, et il allait souvent cri;eadr» les meilleurs prédicateurs de son temiis.

NOTICE SUR DOURD.VLOUE.

pour lui rion que de grand. Il prenait un soin particulier de la décoration des temples du Seigneur ; il attachait un vif intôrôt à tout ce qui concernait le culte divin. « Sur combien d'autres choses, dit le P. Martic neau, son confesseur, la modestie du P. « Bourdaloue a-t-elle jet6 un voile qu'il <r n'est plus possible de lever ! » Il cachait aux yeux des hommes « tout ce que la loi de 0 l'édification ne l'obligeait pas de faire « paraître. Une dévotion d'appareil n'était « pas de son goût, et l'on ne pouvait être « plus ennemi de l'ostentation. »

Dans les dernières années de sa vie, en 1700, lorsque sa réputation ne pouvait plus monter, et que ses contemporains parlaient d'avance pour lui le langage de la postérité ; lorsqu'on le proclamait le chef et le maître de l'éloquence chrétienne, il n'était ébloui ni de la considération dont il jouissait, ni des suffrages de Louis XIV et de sa cour, ni de l'éclat attaché à son nom. Il rapportait tout h Dieu. Le P. Martineau S nous apprend qu'il disait un jour : cr Dieu m'a <r fait la grâce de connaître le néant de ce « qui brille le plus aux yeux des hommes, « et il me fait encore celle de n'en être « point touché. » Il disait encore dans une autre circonstance, être « si parfaitement « convaincu de son incapacité pour tout ce bien, que, malgré tous ses succès, il avait c beaucoup plus à se défendre du découra- « gement que de la présomption ; » en sorte que rien n'était plus remarquable, au milieu de tant de gloire, que tant d'humilité.

Il soupirait après la solitude. Courbé depuis un demi siècle sous le noble fardeau du ministère, il voulut quitter Paris, se retirer, à la Flèche, et se préparer, dans la retraite, à la mort. Mais cette résolution qu'il avait prise devait rencontrer bien des obstacles. Les jésuites, dont il était le plus bel ornement, ne pouvaient consentir à sa demande, et le Père provincial refusa de l'accueillii', Bourdaloue sentit lui-même qu'elle

serait toujours rejetée en France par ses supérieurs, et il s'adressa directement à Rome, au général de la Société. Mais à Rome on savait aussi quelle illustration Bourdaloue prêchant conservait à son ordre. Le général le remit à une autre année, en l'invitant à réfléchir encore sur le parti qu'il voulait prendre. Bourdaloue attendit : mais l'année suivante il redoubla ses instances auprès de son général, et il lui écri\it en latin une lettre dont le P. Bretonneau * a donné la traduction. Bourdaloue supplie le général de lui accorder ce qu'il n'a pu, dit-il, malgré tous ses efforts, obtenir du Père provincial. Il rappelle que, depuis cinquantedeux ans, il vit dans la société des jésuites, non pour lui, mais pour les autres ; du moins, plus pour les autres que pour lui. c Je sens, ajoute-t-il, que mon corps s'affai- » blit et tend vers sa fin. J'ai achevé ma c course. . . je suis dans un âge où je ne « me trouve plus guère en état de prêcher. » Et il demande qu'il lui soit permis de se retirer à la Flèche ou dans toute autre maison, pourvu qu'il soit éloigné de Paris : là, dit-il en finissant, « sera le lieu de mon repos... « voilà le sujet de tous mes vœux. »

Le général se rendit enfin à ses instantes prières. Bourdaloue obtint la permission qu'il demandait depuis si longtemps. Il lui fut libre de se choisir une retraite ; et, dès qu'il eut reçu la réponse de Rome, il disposa tout pour son départ de Paris. Le jour même fut fixé. Mais ses supérieurs crurent pouvoir interposer encore leur autorité. Ils exigèrent que le départ fût différé jusqu'à ce qu'ils eussent pu faire à Rome de nouvelles représentations. La permission fut suspendue, et bientôt après révoquée. Les jésuites firent valoir sans doute des considérations tirées de l'intérêt de la religion, de la France, de la Société ; et il fut décidé à Rome que Bourdaloue resterait à Paris, et qu'il continuerait de remplir les fonctions de son ministère.

Il n'insista plus, et crut obéir à l'ordre du

1. Isaac Martineatj, jésuite, né à Angers en 1640, mourut en 1720. Il professa dans son ordre, et y occupa 103 premières places. Il fut choisi pour être le confesseur <lo l'illustre élève de Fénrlon. On a du P. Martineau les Psaumes de la pénitence, avec des réflrxiiins ; des Méditations pour une retraite ; et le RtcueU def vertus de Louis de France, duc de Bourgogne, Pa.r\s, 1712, ia-4. Ce dernier ouvrage fut aussi imprimé iri-12 la môoie année.

2. François Bretonnbau, jésuite, mort h Paris le 2Ô mai 1741, ôgô do quatre-vingt-un ans, enj con-

sacra trente-quatre au ministère de la chaire. Le P. Berruyer fut l'éditeur de ses sermons, imprimés à Paris en 1743, 7 vol. in-12. Le P. Bretonneau traite ses sujets avec méthode et exactitude. Il va toujours directement au but Son style est clair pur et simple, sans être négligé. On estime surtout son sermon sur r Etablissement de la religion. Il ne fut peut-être inférieur à La Rue, à Cheminais et à, Giroust, dont il publia les sermons, que parce qu'il n'avait pas, comme eux, les talents et les grâces de TactiOD.

NOTICE SUR BOURDALOUE

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cîel môme en se soumottant à la volonté do ses supérieurs. Ainsi il eut, sans l'exécuter, le mérite du sacrilice qu'il voulait taire à Dieu. 11 n'en parla qu'à ses amis les plus intimes, et le public n'en fut instruit qu'après sa mort.

Il reprit ses fonctions avec un nouveau zèle. Son activité parut plus grande, son ardeur augmentée. Depuis quelque temps il était atteint d'un rhume opiniâtre et dangereux, lorsqu'une abbesse illustre lui demanda un sermon pour une prise d'habit.

Il prêcha avec la même chaleur, le même succès, que lorsqu'il était dans toute la force de son âge et de son talent. Le mal augmenta sans qu'il cessât d'aller visiter les malades et de se rendre à son confessional.

Le dimanche delà Pentecôte, li mai 1704, il dit la messe avec beaucoup de peine. Une fièvre interne et maligne se déclarait avec les symptômes les plus alarmants. Quoiqu'il connût la gravité du mal dont il était subitement frappé, il voulut qu'on lui parlât sans déguisement de son état. On le fit ; et, sans attendre qu'on eût fini : C'est assez, dit-il, je vous entends. Il faut maintenant que je fasse ce que j'ai tant de fois prêché et conseillé aux autres. Celui qui avait exhorté tant de grands personnages dans leurs derniers moments, montra, lorsque son heure fut arrivée, combien il était animé lui-même par ces grandes pensées dont il consolait les mourants, par cette foi salutaire qui est le courage du chrétien, quand tout ce qui attache l'homme à la terre va disparaître et déjà s'efface devant lui : a Je c vois bien que je ne puis guérir sans mice racle, dit-il à ceux qui l'entouraient. Mais « qui suis-je, pour que Dieu daigne faire a un miracle en ma faveur? Que sa sainte a volonté s'accomplisse aux dépens de ma c vie, s'il l'ordonne ainsi ; qu'il me sépare c de ce monde où je n'ai été que trop longc temps, ot qu'il m'unisse pour jamais à «( lui. »

Le lundi matin, il Ht la confession de

1. Maacaron était mort cinq «ois avant Bourdaloue, le 16 <lôceial;>re 1703. MassUloa parut pour

toute sa vie, et reçut les derniers sacrements avec ce recueillement intérieur, cette vive pensée de l'élernité, qui soutient Tâme prête à rompre ses derniers liens.

Il mit ordre ensuite à divers papiers dont il était dépositaire, avec la présence et la tranquillité d'esprit d'un homme qui croit avoir encore de longs jours devant lui. Il n'oublia point les illustres amis que son mérite lui avait faits dans les premiers rangs de la société et parmi les gens de lettres qui honoraient le siècle de Louis XIV par leur génie et par leurs vertus. Il désira qu'on leur apprît qu'il regardait sa séparation d'avec eux sur la terre comme une partie du sacrifice qu'il faisaità Dieu de sa vie. Il s'entretint ensuite en particulier sur quelques affaires avec son directeur, et voulut recevoir sa bénédiction.

Il se sentait moins souffrant; il donnait même quelque' espérance deguérison : mais ce ne fut qu'une lueur bientôt évanouie. Le soir du même jour, il fut saisi par un accès violent; il tomba dans le délire, et expira le mardi 13 mai, sur les cinq heures du matin,

Bourdaloueétaitdansla soixante-douzième année de son âge. Il avait passé cinquantesix ans dans son ordre. Il avait brillé dans la chaire, au premier rang des orateurs, pendant trente-quatre ans. Il mourut, pour ainsi dire , au champ d'honneur : il avait prêché dix jours avant sa mort ; et, dans l'exercice des fonctions de son ministère, il n'y eut d'autre intervalle que celui de deux jours de maladie.

Vingt-neuf jours auparavant (le 4 2 avril 4704) était mort Bossuet*. Ainsi la France, la Religion et les lettres perdirent à la même époque, la même année, et presque le môme mois, les deux plus grands orateurs de la chaire chrétienne, qui n'avaient point eu de modèles, et qui sont destinés h en servir toujours.

fii. - G* - T. ViujKivi,

la seconde fois dans la cbaire de VarsalUw» TiKSid^ qui vit mourir Bourdaloue et Bossuet.

VIE DE BOURDÂLOUE

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