‹ Œuvres complètesChapitre 87 sur 183 · SUK LA SAGESSE ET LA DOUCEUR DE LA LOI CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SUK LA SAGESSE ET LA DOUCEUR DE LA LOI CHRÉTIENNE

ANALYSE

S0.IKT. Tandis qu'il parlait encore, vue nuée htmineme les enveloppa, et il sortit imé toit de celle nuée qui fit enlen. dre CCS paroles : C'est mon Fils bien aimé, en qui j'ai mis m''s complaisances : é<oute3-le.

Ecoulons-le ce Fils bien-aimé de Dieu, cet ailorable Législateur, et considérons d?n8 ce «iiscours les excellences de sa loi.

Division. Loi chrétienne, loi souver.iinement raisonnable ; première partie : loi souverainement aimable , deuxième partie.

PuKMiÈRE PAnriE. Loi chrétienne, loi souverainement raisonnable. Les païca-iet môme dans le christianisme les libertins l'ont rcprouvée cooioie une loi trop sublime et trop au-dcàsus de l'humanité : et plusieurs au contraire, parmi les hérétiques, l'ont

Si:n }\ SAf.ESSE KT TA nO(!CEUI\ DE LA LOI CimÊTIENNE. «91

«laqy^e comme une loi li()|> niiltiiTlIo tt trop Iwiin-iliic D'où jn coiHtis rt'ébor* ijiift c'est une loi raii'>nniil»le, une loi fontr>rrnft à lu ri>,.;lc uuivcrillfl ili^ l"o-;|iiit <lc Dieu, par.u; (]ii'eli« lieiil !o mil!, u e.itre ces <leux ûxliviiiili-s. Cir, cornuii! li; wraeleré de IVNpiji itH l'I-otniiio osi do ta laiiwer loujoiirs emporter il l'une ou ii l'autre, le caructèrc do l'csiiril tic Dieu c»tun wge temp^ram.nt.

Pour c'iiiir)M.|ie »»« li>;iisf?» r.îp'-offies des lil'crtins et des h(<ri^li(|ues contre la loi ilo JéRUS-Clirist, j'avnnte deux propoiitions : t ' C'asi am- lui s.iinli! tl p.ufiilo, mais daiii sa perlcction elle n'a rien d'outré ; 3" c'est une loi niodéne, mais dans sa niciératiun rllo n'a rien de làclto.

l" (Vcs^ iiuo loi sainie et parfaite ; mais dans sa perrectioii elle n'a rien d'outré : tout y est raisonnable. Venon« au détail. Oui il est rai ounai)le, par oxoinjtlo. que je me renonce moi-mcmL', puisque je ne suis de moi-même que vanité et qui; péch.-. Il ««i raisonnalile que je moililie ma eliïir, puisque autrement elle se révoltera contre ma raison et conirc Dieu mrme.etc.

Mais pouniuoi s'arracher l'œil et se couper le bras ? C'est, répond Jésus-Christ, qu'il vaut mieux entrer dans la vie n'ayant qu'un ivil et (pi un bras, que d'être condamné pour jamais au tourment du feu. Mais pourquoi faire à l'homme un crime de set désirs ? c'est, dit saint Jéiôine, qu'il n'est pas permis de désirer ce qu'il n'est pas permis de rechercher. Mais poiinpioi ériger ta pauvreté en béatitude ? c'est que Icxpéricnce nous apprend assez (pi'il n'y a d'heureux sur la terre que les pauvres de cœur. Mais oiilin pourquoi réduire des hommes faibles à l'aflreuse nécessité, ou d'être apostats et anathèmes, ou d'endurer h certaina temps de perséc'.lion le martyre ? c'est que, comme un sujet doit perdre la vie plutôt que de trahir son prime, à plus forte raison un lion me doit-il sacrifier tout plutôt ([ue d'abandonner son Dieu. Hien donc que de raisonnable dans la loi évangélique.

Je s;)is qu'il y a eu dans tous les temps des esprits singuliers ([ui ont porté la perfection de celte loi bien au-delà <le ses bornes. Mais tout ce ipi'ils en ont pu dire n'est point la perfection évangélique, puisqu'il n'y a rien, en tout ce qu'ils ont faussement i^l:l^'mé , que la loi chrétienne n'ait désavoué, et même censuré. Elle est donc parfaite, mais dune perfection sage* elle est parfaite, niaisioujours dans l'étendue de ces termes : discrétion et vérité.

'i" C". st une loi m deiée, mais dans sa modération elle n'a rien de lâche ; elle n'ôte pas aux pécheurs leur confiance • mais elle sait hi n aussi rabattre leur présomption : elle ne condamne pas tout comme mortel ; mais elle nous donne au mé.ne temps une sainie honeur de tout péché, même du véniel : elle dislingue les préceptes des conseils ; mais d'ailleurs elle nous léclar* que le mépris des con.seils dispose à la transgression des préceptes, Caiactèrede sagesse, qui de tous les motifs est un des plot sensibles et des plus puissants pour m'attacher à ma religion.

Deuxikme i'At>TiK. Loi rhrélienne, loi souverainement aimble. 1" C'est une loi de grflcc ; 2° c'est une loi de charit';.

1° Loi de grâce, où Dieu nous donne de quoi accomplir ce qu'il nous commande. Ainsi nous l'a-t-il promis en mille endroits de l'Kcrlure. Douierons-njus de sa fidélité, ou douterons-nous du pouvoir de sa grlce?

Mais je n ai pas cette gniee Peut-être, Chrélians, ne lavez-vous pas: mais vous mettez-vous en état de l'avoir ? lademandeivous h Dieu'? la recherchez-vous dans l'usage des sacrements? retranchez-vous de votre cœur tous les obstacles qu'il lui oppose? De dire que Dieu vou> la refuse, lorsque vous faites tout ce qu'il faut pour l'obtenir, ce serait un blasphème: mais deuxchoses vous manquent, une oi sincère et une espérance vive.

2" Loi de charité et d'amour. Amour et charité, dont l'effet propre est d'adoucir tout. Dieu, dit saint Bernard, possédait trois qualités, eelle de maître , celle de rémunérateur et celle de pore. Selon ces trois qualités, il a donné aux hommes trois lois: une loi daulorilé, ecmine à des esclaves ; une loi d'espérance, comme à des mercenaires, et une loi d'amour, comme à des enfants. Les deux premières furent des lois de travail et de peine; mais la troisième est une loi de consolation et de dou'-eur qui nous rend s.;s préceptes les plus rigoureux en apparence aisés à pratiquer, parce qu'elle nous conduit, non par la crainte', mais par l'amour.

Voilii ce que les amateurs du monde ne comprennent pas,mai3 ce qu'ils pourraient néanmoins assez comjjrendre par eux-mêmes et i^ar leurs propres sentiments. Parce qu'ils aiment le monde, à quelles lois ne se soumettent-ils pas pour plaire au monde ? <.>u ils aiment Dieu comme ils aiment le monde, ils ne trouveront plus rien d'impraticable dans la loi de Dieu.

Adhueeo inquenit. ,cce nutes lucida obumbravit eos. El tcct vox même, seloH Texpressioii de l'Eci'iture, Ic légîs-

denube, dicens . Hic est FUius meus dilectus, in quo mihi btne . , -.i, •. . .

c<tmpiacui Ipsum nuditf. latcur. Dans la suite des temps, il avait suscite

Tandis «lu il parlait encore, une nuée lumineusa les enveloppa, et dcS prOpllèteS pOUF eXpliqUCr aUX homuiCS CettC il sortit une voix de cette nuée, qui fit entendre ces paroles : C'est }oi^ pOUF IcUF en faire Connaître ICS prCCeoteS. mon Fils bien aime, en qui j'ai mis mes complaisances. Ecoutez-le. , ■ • . . '^

(Sujjk jtfaaAtett, chap. xvu. 5.) pour leup en rcproclier la transgression, pour

les y soumettre et pour les engager, soit par des

^'^^' menaces, soit par des promesses, à l'accomplir.

Voici l'accoiTiplissement de ce grand mystère Mais, du reste, ni Moïse, ni les prophètes ne ftiqu'amionçait l'Apôlre aux Hébreux, lorsqu'il rent que les précurseurs de l'Homme-Dieu ; et la leur disait que Dieu ayant autrefois parlé à nos loiqu'ils publiaient ne fut qu'une disposition à la pères en plusieurs manières différentes par ses sainte et nouvelle loi que Jésus-Christ devait approphètes, il nous a enfin parle dans ces der- porterau monde. C'est pour cela qu'il parait enhe niers temps par son Fils même : MuUifariam^ Moïse et Elie, l'un législateur, l'autre prophète, et muUisque modis olim Deus loquens patribus in qu'il y paraît tout éclatant de lumière; c'est, disprophelis, novissime locutus est nobis in Filio i. je, pour nous apprendre que toutes les ombres de C'est dans la transfiguration de Jésus-Christ, qui l'ancienne loi étant dissipées, que toutes les profait aujourd'hui le sujet de notre Evangile, que phéties ayant reçu un parfait éclaircissement, il cette parole de saiiU Paul s'est pleinement et n'y a plus désormais que lui qui mérite d être sensiblement vérillce. Dieu avait donné aux écouté, ni qui nous doive servir de maître, horamos, sur la montagne de Sinaï, une loi Ecoutons-le donc en effet, chrétiens, ce noudont iMoïse était le ministre, l'interprète et veau législateur, et obéissons à cette voix céleste

' Hebr , i, X, qui iious dit : Ipsum audite. Pour vous inspirer

SERMON l'OUR IX r'lWAN(,KF J>F. ! /-. iF.tlXIK.Mr f.rP.IAîN'R.

ccscnliincnl sijiislcel si ni^ccssaire, jeveiix vou3 entiotciiii'dcla loi clinHienne; el pour Iruiter dignement un si graiulsii|ot, j'ai l)csoin des grAc^sdn Sainl-Espril, cl je les demande, etc. Ave, Maria.

Qnard saint Paul dit qu'il a phi h Dieu de sauver h's hommes par la lolit» de l'Evangile : Plaçait I)eo per stultilidia prœilicationis salvos facere credentcs ', il ne laut ()as se figurer (jue la loi chrétienne ait rien pour cela tle contraire àlavéritahle sagesse et à la raison. Car, selon la remar(juc de saint Jérùme, le môme Apôtre, aprôs avoir parlé de la sorte, iléclare néanmoins que son minislùrc est de [)rôchor la sagesse aux .spirituels et aux partaits : Sapientiam loquimur interperfedos'^.Piihqnc je [\ens, aujourd'hui la raômc place que le Docteur des nations, tout indigne que j'en puis être, el puisque je vous prêche la même loi qu'il prêchait aux gentils , j'ai droit, chrétiens, de vous dire comme lui, et je vous le dis dès l'entrée de ce discours, que la loi évangélique, dont je viens vous pailer, est de toutes les lois la plusraisonnahleclla |,lussage; c'est ma premiêie proposition. Je ne m'en tiens pas là; nuis pour vous y attacher encore plus lortement, j'ajoute que cette loi si sage est au même temps de toutes les lois la plus aimable et la plus douce ; c'est ma seconde proposition. Deux rapports sous lesquels nous devons considérer la loi de Jésus-Christ : rapport h l'esprit, rapport au cœur. Par rapport à l'esprit, elle n'a lien qui ne soit digne de notre estime ; par rapport au cœur, elle n'a rien qui ne soit digne de notre amour. C'est ainsi que je prétends combattre deux faux principes dont les ennemis de la religion chrétienne se sont servis de tout temps pour nous la rendie également méprisahle el odieuse : méprisable, en nous persuadant qu'elle choque le bon sens et les règles de la vraie prudence; odieuse, en nous la représentanl comme une loi trop dure el sans onction. Or, à ces deux erreurs, j'oppose deux caractères de la loi évangélique : caractère de raison et caractère de douceur. Loi souverainement raisonnable ; vous le a errez dans le premier point. Loi souverainement aimable ; je vous le montrerai dans le second point :deux vérités importantes, qui vont taire le sujet de votre attention.

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