Le fameux siège d’Alesia, sous César
Les derniers cours de sa dure leçon.
On se rossoit , mais sans trop de façon;
L’art de tuer estoit bien plus commode:
Chaque mutin en usoit à sa mode ,
Et la fureur, qui fait arme de tout ,
Prenant tantost des pieux bruslez au bout,
Tantost des fléaux1, des pierres ou des haches , Tantost des plats en guise de rondaches,
Selon l’urgence ou le point debatu,
Mettoit au jour sa guerriere vertu.
Mais aujourd’hui la finesse homicide Fait qu’un pagnotte ose attendre un Alcide,
Qu’il en triomphe , et , d’un rot de mousquet Le terrassant, l’envoye au bourniquet.
Soit à jamais aux fiâmes condamnée L’inique main du second Salmonée ,
Que l’Allemagne en nos siècles porta.
Et dont l'orgueil le tonnerre imita
P>ien mieux que l’autre avec sa poix raisiné ,
Avec le bruit d’une horrible machine ,
D’un char de bronze à deux fois deux chevaux ,
Où , se flattant d’inutiles travaux ,
Il pretendoit en sa folle arrogance ,
En son impie et vaine extravagance,
Jetter ainsi de la poussière aux yeux A l’immortel qui tonne dans les cieux.
0 ! que le monde est une estrange beste !
Que d’arts maudits il tire de sa teste ,
Et qu’à son gré le sage en parle bien !
Pour faire l’homme on ne sçait qu’un moyen ,
Et l’on en sçait mille pour le défaire ,
Tant l’homme mesme est à l’homme contraire ,
i. Régnier a fait aussi le mot fléau monosyllabe. En Anjou, on a conservé cette prononciation.
Epistre.
Tant il s’en veut, et tant l’homme , en un mot,
A son dam propre est un habile sot !
Faloit-il donc qu’un monstre en sa celulle Nous preparast une telle pilulle !
0 ciel ! ô dieux ! ne suffisoit-il pas Qu on eust ouvert le chemin du trespas Avec l’acier qu’en lames on alonge ,
Qu’au sang humain la mort abbreuve et plonge !
Encore un coup, n’estoit-ce pas assez
Que la fureur des hommes insensez
S armast d un fer dont par un soin barbare
Nostre costé s'enrichit et se pare,
bans qu un démon nous vint à mettre en jeu
L’effet cruel de ces tuyaux à feu !
Par ces outils il n est point de campagne Qu en estrillant ou 1 Empire ou l’Espagne ,
Quelque héros , quelque preux résolu N’ait quelque tappe ou ne nous soit tollu 1 2.
Nous pourrions bien t’en nommer plus de quatre Que le destin eut très- grand tort d’abatre,
Si dans ces vers il nous estoit permis D employer 1 encre à pleurer nos amis.
Or, après tout, quelque danger extresme Que je me forme en ta personne mesme,
Quelque hazard que tu puisses courir Autour des murs que tu dois conquérir.
Prince, une gloire en beauté sans pareille,
Un vent d’honneur me sifflant à l’oreille ,
Flatte ma crainte, et me dit toutesfois Qu’un heritier du grand Gaston de Fois,
Qu un digne fils du plus noble monarque
1. Le moine Schwartz ou Le Noir, à qui la tradition attribue 1 invention de la poudre.