‹ Œuvres completesChapitre 110 sur 141 · Enlevé. — Du latin tollere · texte numérisé non relu

Enlevé. — Du latin tollere

Epistre.

Qui de la France ait gouverné la barque ,

Pour luire au monde et se rendre fameux , Est obligé de chamailler comme eux.

Ensuy-les donc, frotte nos adversaires; Ruïne-moy ce grand nid de corsaires ,

Ce vain Donquerque, et ne t’arreste pas Aux simples mets de cet autre repas :

Car ayant pris Gravelines la belle ,

Qu’on vante tant et qui fait la rebelle ,

Il ne peut estre à ton auguste faim Qu’un desjeuner de raves et de pain.

Desjà je voy cette ville rendue ,

Desjà je tiens la Flandre pour perdue ;

Et les Melos, les Picolominis ,

Disent desjà: Ha ! nous voilà honnis !

Tout l’univers ne parle d’autre chose Que des exploits où ton bras se dispose.

Tes soins , ton cœur, ta générosité ,

Ta table, où luit la somptuosité ,

Table splendide à tout venant ouverte ,

Ton ordre exact, ton œil tousjours alerte,

Ta diligence aux desseins courageux ,

A se saisir d’un poste avantageux ,

A prendre un fort , à construire une ligne,

A faire tant que pas un ne rechigne Quand on dit marche, ou qu’il est question De se loger au haut d’un bastion ;

Tes mœurs enfin , tes fatigues , tes veilles. Ton doux accueil , et mille autres merveilles Qu’on sçait de toy, font icy tant de bruit, Que quand desjà, dans la plus calme nuit , Tous les canons que l’arsenac t’appreste Celebreroient ta divine conqueste ,

Et de trois pas nous viendroient esblouir, Au diable l’un qui les pourroit ouir !

Epi st re.

Nostre Pont-Neuf, qui pourtant a de Page, Et sous qui gronde, au détriment du Tage,

La riche Seine, agréable en son cours,

De tes vertus s’entretient tous les jours ;

Là, son aveugle, à gueule ouverte et torse ,

A voix hautaine et de toute sa force ,

Se gorgiase à dire des chansons Où ton bon-heur trotte en mille façons ;

Là, sa moitié, qui n’est pas mieux pourveue D’habits , d’attraits, de grâce ny de veue ,

Le secondant, plantée auprès de luy,

Verse au badaut de la joie à plein muy ;

Bref , ce beau couple , en rimant saincte Barbe , Dit que dans peu tu prendras à la barbe De l’Espagnol et du brave Sienois Ce qui t’oblige à porter le harnois.

Le grand portrait de ton auguste pere , Sçachant par là comme tout te prospéré ,

Et que son fils est son imitateur,

N’est point lassé d’estre leur auditeur;

A ins au contraire , à ce qu’on en raconte , Souventesfois Sa Majesté de fonte 1 S’en emeut d’aise , en sousrit doucement ,

Et semble dire en ce ravissement :

« Voylà, GASTON, voylà, ma geniture,

Le noble estât , la superbe posture Où de long-temps je desirois te voir.

Ce que tu fais s’accorde à ton devoir,

Et bien qu’un sort, bien qu’une noire envie Ait presque esteint la splendeur de ta vie ,

J ay tousjours creu que tu luirois un jour Comme un flambeau digne de mon amour.

i. Le roi de bronze Henri IV.

Epistre.

Mon esperance enfin n'est point trompée ;

Aux hauts projets ton ame est occupée;

Ton sang bouillonne et ton bras vigoureux Va foudroyer l’ennemy malheureux.

C’est là, c’est là le degré légitimé Par où l’on monte au faiste de l’estime ;

C’est le chemin qu’autresfois j’ay tenu Pour parvenir où je suis parvenu.

Les durs combats, d’eternelle mémoire ,

Qui dans ce lieu font revivre ma gloire ;

Les chefs dontez , l’orgueil que sans mercy D’un pied vainqueur je foule encor icy,

Et tant d’exploits , tant d’illustres exemples , Sont à tes yeux des preuves assez amples De cette belle et claire vérité Que je consacre à ma postérité.

a Ha ! qu’à mon goust un prince de ta taille A bonne grâce au front d'une bataille !

Qu’un fer brillant luy sied bien à la main Contre l’Ibere ou contre le Germain !

11 m’est advis que je m’y trouve encore;

Il m’est advis que le soleil redore Mon noble glaive au milieu des dangers,

Et qu’à l’aspect d’un fier gros d’estrangers Qui m’ose attendre, et qu’à la mort je voue , Un gay zephire à mes plumes se joue ;

Que mon coursier aux trompettes respont ,

Et que la charge on sonne sur ce pont.

« Sus donc avant ! pousse ton entreprise; Fay qu’en l’ardeur dont ton ame est esprise Tout corresponde au rang d’un fils de roy. Estre à cheval jour et nuit comme moy, Coucher armé , tenir un si bel ordre Que les jaloux n’y treuvent rien à mordre ,

364 Epistre.

Gagner les cœurs , secourir les blessez ,

Voir par ton soin les bons recompensez , Prendre conseil , executer toy-mesme ,

Avoir recours à l’arbitre supresme ,

Et de 1 honneur suivre le beau sentier,

En peu de mots , c’est faire son mestier.

« Quand au surplus, puisque le ciel ordonne Que du beau chef qui porte ma couronne ,

Et dont l’esclat est si tendre et si fort ,

Ton cœur loyal soit le ferme support ,

Sers-luy de pere , embrasse sa deffance ,

Ayde si bien à son aymabie enfance

Qu’il brille un jour sur les roys les meilleurs ,

Comme ses lys font sur les autres fleurs.

Aide à sa mere, à cette auguste reine,

A soustenir la charge souveraine;

Seconde-la dans ses nobles projets ;

Que ses vertus te soient autant d’objets A t’enflamer au bien de cet empire ;

Jamais ton ame autre ardeur ne respire ,

Jamais soucy, jamais autre dessein N’entre en ta teste et ne vive en ton sein.

Tu sçais assez ce que peut la concorde ,

Sans qu’en ce lieu je touche cette corde;

Tu sçais assez qu’elle est dans les estats Le seul bouclier contre les attentats :

Voilà pourquoy je te la recommande.

C’est un sujet digne de ma demande ,

Et qui fera que, comblé de bonheur,

Du cher LOUIS tu maintiendras l’honneur.

Dieu ! qu’il me plaist ! que son front a de grâce ! Jamais icy ce bel astre ne passe Suivy d’un autre admirable en clarté ,

Que de douceur je ne sois transporté.

Epi stre.

Aux beaux rayons de ses yeux pleins de charmes Souvent les miens d’aise jettent des larmes 5 Je m’en esbranle , et, tout tel que je suis,

Pour le flatter je fais ce que je puis. »

Ainsi par fois semble en sa grande image Parler ce prince à qui tout fit hommage ,

Et son Bayard , quand il vient à finir.

Semble se mettre en humeur de hanir.

En fin , Gaston , pour reprendre mon theme , Je te diray que tout Paris, qui t’ayme Plus qu’un friand un bon melon d’Anjou,

Ou qu’une belle un précieux bijou ,

Ne songe plus qu’à trouver quelque voye De tesmoigner son excessive joye ,

Lors qu’un courrier crotté jusques au eu Fera sçavoir que ton bras a vaincu,

Que tout est pris , que cette demoiselle

Qui maint brave homme a fait mourir pour elle

Est renversée , ouvre enfin les genous ,

Bref chantera que la beste est à nous.

Déjà l’on tient l’affaire si certaine Que l’on ne voit coureur de prétantaine Piquer mazette, en tourmenter le flanc D’un esperon yvre et rouge de sang ,

Que le bourgeois tout aussi tost ne die,

Heures au poing : Viste, qu’on psalmodie ! Gaston . sans doute , est maistre du rempart ,

Et ce nazin vient icy de sa part.

Je le croy mesme, et le terme s’approche De brimbaler la venerable cloche De Nostre-Dame , appellant d’un haut ton Toute la ville à l’honneur de Gaston.

En ce dessein elle promet merveille :

Il ne sera sourdaut qu elle n’esveille

Epistre.

Nipié tortu qui sous son grand batail1 N aille tout droit vers le sacré portail.

Le roy , la reyne et le sénat auguste Rendront pompeux un Te Deum si juste,

Et chaque temple, en son particulier,

Dira le sien d’un plaisir singulier.

Mais entre tous desjà je m’imagine 0 noble Duc de celeste origine!

Que ton soucy, ta princesse , ton cœur,

Ravie en soy de ton destin vainqueur,

Ayant changé la priere en louange,

Bénit le ciel avec une voix d’ange ,

Et que desjà, consolant Luxambourg ,

Fleur des palais et de nostre fauxbourg,

Elle fait voir dans ce bel édifice Sa vraye amour par un feu d’artifice ,

Qui, bien que rare et montant jusqu’aux cieux ,

Ne luira point au prix de ses beaux yeux.

Ton autre bien, la royalle pucelle2,

Ce cher trésor dont la moindre estincelle Vaut plus que l’astre au beau front argentin Qui fait l’honneur du soir et du matin ;

Ta fille, dis-je, en vertus sans seconde,

Comme en attraits incomparable au monde ,

Fera briller, ainsi que ta moitié ,

Nostre heur, ta gloire et sa vive amitié.

Qui depeindroit combien tes aventures Leur font souffrir de cruelles tortures ?

Qui pourroit dire avec combien d’ennuits En ton absence elles passent les nuits?

Tout les émeut, et ton propre courage

1. Pièce de fer suspendue au milieu d’une cloche pour faire sonner. (Furetière.)

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