SUR UN DEPART
A la mcsme Dame.
e dois-je préparer à ce funeste jour Où, malgré mon ardeur fidelle ,
Le destin me contraigne, à la honte d’amour , A trahir ma déesse et me séparer d’elle? Helas! je n’y puis consentir,
Et toutesfois il faut partir.
Beaux yeux, que direz-vous de tant de faux sermens?
Que diray-je pour ma deffence?
Croira-t’on aujourd’huy qu’à force de tourmens Je puisse désormais en esteindre l’offence ,
Et pourrez-vous bien consentir A me laisser vivre et partir ?
Ouy, vous le permettrez, ô beaux yeux, je le croy, Puis que la gloire vous sert d'ame ,
Et que vous voyez bien, au milieu de ma foy,
Qu’à suivre le dieu Mars c’est elle qui m’enflame.
Ainsi vous devez consentir A me laisser vivre et partir.
Là, dedans les périls , j’espère en la valeur,
Que par quelque victoire insigne Me faisant couronner, en dépit du malheur,
De servir vos beautez je me rendray plus digne ;
Si bien qu’il vous faut consentir A me laisser vivre et partir.