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Saint Cosme étoit le patron des chirurgiens et barbiers

DU DÉBAUCHÉ

Comme une Parque de village , Dulcinée , au cœur trop humain Pour refuser un pucelage;

Icy mouvant le xpoûwwv Repaire de maint p.ôp7rtov Vv\- Ses bras font un mestier pénible,

Où , par un juste contrepoids ,

Elle s’exerce avec un crible A passer le temps et des pois.

Là , Rocinante, tout gaillard , S’émancipe à courre la bague ,

Et , piqué d’un désir paillard ,

Veut desrouiller sa vieille dague.

Quelqu’un parmy cette rumeur L’accoste en fort mauvaise humeur.

Qui vous luy taille des croupières ,

Et qui, pour en faire un jouet , Croyant qu’il n’ait point d’estrivieres , Vous l’en fournit à coups de fouet.

Mais e’est assez Quichotisé ,

Et si quelque bourru critique Ne dit aussi-tost sottisé Je n’entens rien à la pratique.

Cependant un tel repreneur Dans la lice du point d’honneur Pour roi t bien gister sans litiere (

Et sentir sur son hocqueton Que je suis en cette matière Très asseuré de mon baston.

Laissant donc peter le renard Au nez de la hargneuse envie , Fust-elle chez ce vieux pénard Qui blasme nostre douce vie,

0 La Chambre

Je veux , comme je l’ai pensé,

De l’inventaire commencé T’envoyer la piece complette ,

Et la jouant sur mon rebec ,

N’y laisser rien digne d’emplette Qui ne reçoive un coup de bec.

Nostre amy, propre en escholier, Quoy qu’il n’enfra jamais en classe , Fait d’un flacon un chandelier ,

Et d un pot de chambre une tasse ;

Sa longue rapiere au vieux clou , Terreur de maint et maint filou ,

Luy sert le plus souvent de broche, Et parfois dessus le treteau Elle joue aussi sans reproche Le personnage du couteau.

Sa cheminée a sur les bords Quantité d assez belles nippes Qui feroient bien toutes en corps Fagot de bouts de vieilles pippes ; L’odeur du tabac allumé Y passe en l’air tout enfumé Pour cassolette et pour pastille ,

Si bien que dans les salles troux Des noirs cachots de la Bastille Le nez ne sent rien de plus doux.

Quant à la vertu , trois beaux dez Sont ses livres d’arithmetique ,

Par lesquels maints points sont vuidez Touchant le nombre d’or mystique.

Il est plein de dévotion,

Dont la bonne application Se fait voir en cette maniéré

DU DÉBAUCHÉ

C’est qu’il a dans son cabinet Des heures de Robert Beiniere A l’usage du lansquenet1.

Quant à du linge, en cet endroit La toille n’est point espargnée :

11 en a plus qu’il n’en voudroit ,

Mais cela s’entend d’araignée.

Et quant à l’attirail de nuit ,

Sa nonchalance le réduit Au vray deshabiller d’un page,

Où le luxe , mis hors d’arçon ,

Ne monstre pour tout esquipage Qu’un peigne dedans un chausson.

Encore ce peigne est-il fait D’un areste de solle fritte Qu’il trouva dessous un buffet,

• Monstrant les dents à la marmitte.

Cendre luy vaut poudre d’iris2,

Dont , pour ragouster sa Cloris ,

Le goinfre s’espice la hure ;

Sa Cloris , s’entend sa Margot ,

1, C’étoit alors un jeu de valets. Il passa de l’antichambre à la salle. Le curieux manuel de jeux intitulé la Maison académique (Paris, i654) n’en daigne pas parler ; mais les chansons de Coulanges, achevées d'imprimer pour la première fois le i5 novembre 1694» disent (t. a, p. 4) :

Le lansquenet n’étoit connu Jadis que des laquais et pages;

Maintenant il est devenu Le jeu des folles et sages.

On y querelle, on parle haut.

Et c’est la cour du roi Pétaut.

2. La poudre d’iris, le musc, la civette et l’eau d’ange étoient les parfums à la mode. (V. Rec. de Sercy , t. 3, p. 28.)

52 La Chambre du débauché.

Où , quand Priape l’en conjure ,

Il s’en va dauber du gigot.

Il se sert aussi quelquefois De decrotoire au lieu de brosse ;

Ses ongles, plus longs que ses doits ,

Luy sont des curedents d’Escosse.

Pour chenet il n’a qu’un pavé ,

D’une botte il fait un privé ,

D’un boussin1 d’ail une pistache,

D’une seringue un pistolet,

D un compas un fer à moustache ,

Et d’une rotonde un collet.

Puis quand , pour prendre son repos , Las , et non soûl de la débauché ,

Il donne le bon soir aux pots En faisant demy-tour à gauche ,

De sa nappe il fait son linceul Un aix qui se plaint d’estre seul Luy fournit de couche et de table ,

La muraille y sert de rideau ,

Bref, cette chambre est une estable Où la peste a tenu bordeau.

Toutesfois, nous ne laissons pas, Trinquans et briffans comme drôles.

D’y faire un aussi bon repas Qu’on puisse faire entre deux pôles ;

Nous y beuvons à ta santé Du meilleur qu’ait jamais vanté François Paumier, ce grand y vrongne ,

Sans nul soucy de l’advenir,

Si ce n’est de revoir ta trongne Et de vivre en ton souvenir.

i. Mot gascon; un morceau.

Le Fromage.

le fromage.

, ssis sur le bord d un chantier )Avec des gens de mon mestier, IC’est-à-dire avec une trouppe Qui ne jure que par la couppe ,

Je m’escrie , en laschant un rot.

Beny soit l’excellent Bilot !

Il nous a donné d’un fromage A qui l’on doit bien rendre hommage.

0 Dieu! quel manger précieux .

Quel goust rare et délicieux !

Qu’au prix de luy ma fantaisie Incague la saincte ambroisie !

0 doux cottignac de Baccus !

Fromage , que tu vaux d’escus Je veux que ta seule mémoire Me provoque à jamais à boire.

A genoux , enfans débauchez ,

Chers confidents de mes pechez ,

Sus ! qu’à plein gosier on s’escne :

Beny soit le terroir de Brie 1 !

Beny soit son plaisant aspect !

Qu’on n’en parle qu’avec respect .

Que ses fertiles pasturages Soient à jamais exempts d’orages .

Que Flore , avec ses beaux atours ,

Exerçant mille amoureux tours

. Le fromage de Brie , comme le fromage de Pont-l’Evêque, Ü sec , dur et de garde, dit Furetière. Le Dict. de Trévoux mne une liste curieuse de fromages.

I 4 Le Fromage.

Sur une immortelle verdure ,

Malgré la barbare froidure Au visage morne et glacé,

Y tienne à jamais enlacé Entre ses bras plus blancs qu’albastre Ee gay Printemps, qui l’idolastre !

Que, comme autrefois, Apollon ■Délaissé torche et violon ,

Et s’en vienne dans ces prairies ,

Dans ces grandes plaines fleuries , Garder, en guise de vacher,

Un troupeau qui nous est si cher,

Et dont la mamelle fécondé Fournit de laict a tout le monde.

Mais je veux l’encharger aussi Qu’il en prenne plus de soucy,

S il faut qu’un jour il s’y remette Qu il ne fil de celuy d’Admette ,

Lors que le patron des mattois , Portant cinq crocs au lieu de dofls Qui faisoient le saut de la carpe ,

Joua sur ses bœufs de la harpe Et le laissa sous un ormeau Fluster son soûl d’un chalumeau ,

Que jadis l’amoureux martyre Fit entonner au grand satyre .

On dit que, quand il fut duppé,

II estoit si fort occuppé Dans une douce reverie ,

Qu’il n’en vit point la tromperie.

Chose estrange ! à mon jugement ,

De convaincre d’aveuglement Celuy dont la vertu première Ne consiste qu’en la lumière !

Tout beau, Muse, tu vas trop haut,

Le Fromage.

Ce n’est pas là ce qu’il nous faut :

Je veux que ton stile se change Pour achever cette louange.

Encore un coup donc , compagnons , Du beau Denys les vrais mignons ,

Sus ! qu’à plein gosier on s’escrie :

Beny soit le terroir de Brie !

Pont-l’Evesque , arriéré de nous !

Auvergne et Milan , cachez-vous !

C’est luy seulement qui mérité Qu’en or sa gloire soit escrite ;

Je dis en or avec raison ,

Puis qu’il feroit comparaison De ce fromage que j’honore A ce métal que l’homme adore :

11 est aussi jaune que luy ;

Toutefois, ce n’est pas d’ennuy ,

Car, si tost que le doigt le presse ,

Il rit et se creve de grosse.

0 ! combien sa propriété Est necessaire à la santé !

Et qu’il a de vertus puissantes Pour les personnes languissantes !

Rien n’est de si confortatif ;

C’est le meilleur préservatif Qu’en ce temps malade et funeste On puisse avoir contre la peste.

Mais cependant que je discours,..

Ces goinfres-ci briffent tousjours , Et voudroient qu'il me prist envie De babiller toute ma vie.

Holà ! gourmands , attendez-moy !

Pensez-vous qu’un manger de roy Se doive traitter de la sorte ?

Que vostre appétit vous emporte !

Le Fromage.

Chaque morceau vaut un ducat , Voire six verres de muscat ,

Et vos dents n’auront point de honte ü en avoir fait si peu de conte.

Pilot, qui m’en avois muny,

Hé ! pourquoy n’est il infîny Tout aussi bien en sa matière Qu il 1 estoit en sa forme entière ?

Pourquoy, tousjours s’apetissant ,

Ue lune devient-il croissant?

Et pourquoy, si bas sous la nue, b eclipse-t-il à nostre veue ?

Respons, toy qui fais le devin, Crois-tu qu’un manger si divin.

Vienne d’une vache ordinaire?

1 on, non, c’est chose imaginaire.

Quant à moy, je croy qu’il soit fait Ue la quintessence du lait Qu’on tira d’Yo transformée,

Qui fut d'un dieu la bien-aymée.

Garçons, pour vous en assurer Je ne craindray pas d’en jurer,’

1 uis que sans contredit je trouve Que sa vieillesse me le prouve.

0 doux cotignac de Baccusl* Fromage, que tu vaux d'escus !

Je veux que ta seule mémoire Me provoque à jamais à boire.

Verse, laquais.

La Berne.

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