LA BERNE
xcroqueuse de gringuenaude,
Avec ton nez à chiquenaude,
Où pend pour enseigne un morveau.
Que ton gros cocu, Jean le Veau,
Avalle en guise d’huistre verte,
Alors qu’il leche à gueule ouverte Ton chien de groin, qui sent pfus fort Que les xoxnXkzç d’un asne mort,
Il faut enfin que je te tire Les poignants traits d’une satyre Dont le stile goinfre et mocqueur T’aille percer jusques au cœur.
Tu devrois bien chérir ma muse,
Puis qu’à ce coup elle s’amuse,
0 vieille Amelite aux grands yeux!
A te porter dedans les deux ,
Mais j’entens avec une berne :
C’est ainsi quelle s’y gouverne,
Et je t’en dy la vérité Pour rabattre ta vanité.
Chers enfans de la médisance,
Qui jadis par toute la France Fistes valoir mille escus-cars Le moindre de tous vos brocars;
Vous, que Morne en riant advoue Et dont les escrits font la moue A quiconque seroit si sot Que d’en oser reprendre un mot ;
Regnier, Berthelot et Sygongne1 ,
i. Nous ne pouvons rien dire ici sur Regnier qui ne soit connu. Berthelot et Sygogne eurent grande part au Cabinet sa-
La Berne.
Empoignez cette castelongne 1 ;
Tenez bien, roidissez les coings.
Y estes-vous? serrez les poings,
Et faisons sauter jusqu’aux nues,
Par des secousses continues,
Sans crier jamais c’est assez ,
Ny que nos bras en soient lassez, Ceste sorcière à triple estage,
Qui n’est bonne, pour tout potage,
Qu a faire en l’air des entrechats Comme 1 on en voit faire aux chats.
Voilà qui va le mieux du monde ; Bons dieux ! oyez comme elle gronde !
Quelle grimace ! quel portrait !
Un constipé sur un retrait,
Un vieux charlatan qui boufonne,
Un mulet rongneux qu’on bouchonne, Un singe qui croque des pous,
Un mastin assailly des loups, Dom-Quichote dans les escornes , L’Ertya quand on luy fait les cornes,
j’yn^e.ouvrage auqueI contribuèrent aussi Motin, Remuer et Maynard. - Nous trouvons les noms de ces poèleTvZlo! ehes dans ces vers des quatrains de Marolles : PP
Desportes .du Regnier, Sygongne . Oelingendes ,
Touvant, Motin, La Brosse, Hodeï, Monfuron Bertelot, libertin; du Montier, Percheron ,
Unt seu faire des vers Plutôt que des legendes.
nZaiA ™quatraim- Par Michel de Marolles (84 p. in-4 Bibl. de l’Arsenal, i765, in-4. B. L.) 4’
mot* C°UVerture grossière fabriquée en Catalogne; — d’où le
2. Le Herty étoit un fou des Petites Maisons, qui avoit alors g nd renom. Sarrazm, dans son poème de Dulot vaincu , dit :
Quand 1 illustre Herty fut privé de la vie,
Uulot, son fils , pressé d’une plus noble envie
La Berne.
Et Perrette en maschant des nois,
Font moins de mine trente fois.
Voyez, voyez comme elle escume !
Voyez comme sa teste fume !
Je croy qu elle a le diable au corps :
Que jamais n’en soit-il dehors!
Messer Sathan, je vous encharge.
Et bien au long et bien au large,
Qu’elle en puisse crever d’ahan,
Et vomir l’ame avec le bran.
Ha ! la voylà bien attiffée !
Nous allons voir un beau trofée Fait d’une co'éffe de satin,
D’une perruque, d’un patin,
D’un buse, d’un collet, d’une houpe,
D’un manchon tout gasté de soupe,
D’un masque et d’un salle mouchoir Qu’en sautant elle a laissé choir.
0 la plaisante mélodie Dont mon oreille est étourdie!
Chaisne, estuy, clef et peloton Carillonnans à divers ton,
Et se meslans à la rencontre Avec bourse, couteaux et montre,
Que de veiller, oisif, proche de ses tisons ,
Et borner son empire aux Petites-Maisons...
Colletet, dans ses Epigrammes (Paris, i653) , a écrit celle qui suit :
Pour VHerty , fou sérieux des Petites— Maisons.
J’ay connu de grands personnages.
Je me suis trouvé chez les sages ,
Où la philosophie abondoit en raison ;
Mais , ou je sens l’effet de ma raison blessée.
Ou la grande sagesse a quitté le lycée ,
Pour ne plus habiter qu’aux Petites-Maisons.
Voy. E. Fournier, Variétés historiques, 1, i35.
La Berne.
Et mille autres jolivetez,
Luy brimballent aux deux costez.
Mais qu’est-ce cy, mes camarades?
Voicy d’estranges algarades !
On nous en baille, on nous en vent Nous ne bernons plus que du vent,
Et le démon qui la possédé,
Mieux qu’il ne fit jamais Salcede,
La rendant ainsi que vous trois De l’ordre de la Rose-crois,
Droit aux enfers l’a transportée,
Pour estre si bien tourmentée,
Qu’au prix d’elle les Gaufridis 1 Penseront estre en paradis.
De grâce, officieux fantômes,
Si dans l’empire des atomes,
Où la mort veut que vous viviez,
Par hazard vous la retrouviez,
Prenez, au lieu de couverture,
Quelque vieux drap de sépulture,
Et me la bernez en amy,
C’est-à-dire en diable et demy.
Mais d’autant qu’il faut estre quatre Quand vous voudrez vous en esbatt Je brusle d’un si grand désir D’avoir encore un tel plaisir,
i. Salcède, Gaufridis. — Le premier de ces noms nous estinconuu. Le second, qui s’écrit aussi Goffridi et Gauffredy, est celui d’un curé d’une paroisse de Marseille qui fut brûlé vif à Aix, le 3o avril 1611, comme sorcier. M. de Monmerqué, dans ses notes sur 1 allemant , cite à consulter sur lui Y Histoire admirable de \a possession et conversion d'une pénitente séduite par un magicien, par le R. P. Séb. Michaelis (Paris , i6i3). - Un membre de sa famille, Jacques Gauffredy, fut décapité en 1670. Y. Tallemant, éd. in-18, 8 , 27.
La Gazette du Pont-Neuf. t6i
Que pour estre de la partie Sans dire, ô dure départie!
i\1 on esprit, beaucoup plus dispos Qu’un grimaut lors qu’il a campos,
Quittera sa robe charnelle,
Et d’une allégresse eternelle ,
Que rien ne pourra retarder,
S’en ira là-bas vous aider.
Grand-Champ, docteur en bernerie,
Approuve cette raillerie,
Mets-y Nous soussignez au bas,
Et tout le monde en fera cas.