‹ Œuvres completesChapitre 39 sur 141 · LÀ VIGNE · texte numérisé non relu

LÀ VIGNE

A Monsieur de Pont menard*.

ontmenard, que mon ame estime D'une passion légitimé ,

Et qui mérité d’estre mis Au rang des plus parfaits amis ,

Depuis le jour qu’en la Bretagne,

J’erre de vallon en montagne,

Je n’ai rien trouvé de si beau Comme ta maison de Coybeau.

Non pas pour cette belle veue Dont le ciel l’a si bien pourveue ,

Qu’on diroit qu’il a fait ces lieux Pour le souverain bien des yeux ;

1. La plupart des noms cités dans cette pièce nous sont inconnus. Nous avons parlé ailleurs de Marigny, de Cormier, de Faret, de Molière. Nous ne savons rien de Belot, de Brun , de Grandchamp , de La Motte , de Lâtre , Chateaupers , Bilot. Bardin étoit de l’ Académie françoise. Né à Rouen en 1 5 90, il mourut à Paris en 1637. Aucun membre de l’Académie n’étoit mort avant lui. — Son principal ouvrage est intitulé le Lycée. — Bilot étoit sans doute de la suite du duc de Retz. Dans le sonnet : Yoicy le rendez-vous..., etc., p. 182, Saint-Amant le cite parmi les buveurs qui fréquentoient avec lui le cabaret de La Plante, à Belle-Ile. Pour Chassaingrimont, voy. p. 181.

La Vigne.

Non pas pour la frescheur de l’ombre De ce bois venerable et sombre Où les bergers les plus discrets Chantent leurs amoureux secrets ; Non pas pour ces larges campagnes Où Cerès , avec ses compagnes,

Seme et recueille tant de blez ,

Que tes greniers en sont comblez ; Non pas pour ces grandes prairies Que la saison qu’aux Canaries Mes yeux ont veu regner jadis Comme en un second paradis En janvier mesme rend si vertes Et de tant de troupeaux couvertes , Qu’on n’y sçauroit lequel choisir,

Ou du profit, ou du plaisir ;

Non pas pour ces claires fontaines , Qui , par des routes incertaines ,

Se fuyant et se poursuivant Sous l’ombrage frais et mouvant De mille arbres qu’elles font croistre , Et qu’en elles on voit paroistre, Accordent au chant des oyseaux Le doux murmure de leurs eaux ;

Non pas pour ces longues allées Où de branches entremeslêes De lauriers , de charmes , de buis *

De cyprès , de fleurs et de fruits*

Se forment des murailles vives,

Qui, par leurs distances captives * Font des chemins plus gracieux Que n’est celuy qu’on voit aux cieux ; Non pas pour ce divin parterre Où le soing de nature enserre Cent mille fleurs, qu'à voir briller

Quand elle veut s en habiller On prendroit pour des pierreries ,

Qui des drogues les plus cheries ,

Dont lodorat est amateur ,

Auroient l’agreable senteur ,

Mais bien pour ce costeau de vigne Qui seul est de ma muse digne,

Et que je veux si bien louer,

Que Bacchus le puisse advouer.

Ha ! brave baron de Sainct-Brice ,

Pour honorer un tel caprice Qui m’esveille la verve ainsi ,

Que n’es-tu maintenant icy !

Nous boirions dedans ta calotte,

Et par quelque chanson falolte Nous célébrerions la vertu Qu’on tire de ce bois tortu.

Yray Gilot, roy de la débauché ,

Mon cher amy, mon xoviBov gauche , Si tu te trouvois en ce lieu ,

0 ! comme, à l’honneur de ce dieu Que l’on vit naistre d'une cuisse ,

Tu chanterois en ton de Suisse , Faisant d’une nape un turban ,

Ton mélodieux Pireban !

Toy de qui le nom effroyable Feroit chier de peur le diable ,

Grand et hardy Chassaingrimont , Dont le seul regard nous semont A l’agreable excès de boire ;

Toy qui, non sans cause, fais gloire, Et crois en payer ton escot,

D’estre de la maison de Pot ,

Belot, puissant démon de joye ,

Qui par une secrette voye

*7° La Vigne.

Nous inspires la volupté Le la bacchique liberté ,

Lors qu autour d’une table ronde , faisant raison à tout le monde ,

La tienne abandonne tes sens A mille plaisirs innocens ;

Marigny, rond en toutes sortes,

Qui parmy les brocs te transportes ,

Lt dont l’humeur que je chéris Ma pu faire quitter Paris ;

Franc Picard à la rouge trongne , brave Maricourt , noble yvrongne,

Qui crois estre sur ton fumier "

Quand tu présidés chez Cormier ;

Jeune portrait du vieux Silene ,

Grand beuveur à perte d’halene,

Chère rime de cabaret ,

Mon cœur, mon aymable Faret ;

Brun, qui dans la cité de Dole , ’

Chez toy de raisons tiens escole Pour les plus sçavans, quand tu bois De ton exquis vin blanc d’Arbois ;

Bardin, dont la saine doctrine ,

Incaguant Aristote et Pline ,

Prouve que le vin seulement Mérité le nom d’element ;

Grand-Champ, qui vuides mieux les verres Que dans les chiquaneuses guerres ,

Avec les plus heureux succès ,

Tu ne vuiderois les procès ;

Butte, qui d’un cœur de Pompée,

Ne fait pas mieux à coups d’espée Que dedans maint repas divin Je t ai veu faire à coups de vin ;

La Motte, qui parmi les tasses *

La Vigne. i71

As mille fois plus fait de masses 1 Que ton père , en son plus grand feu ,

N’en a jamais fait dans le jeu ;

Chasteaupers, gardien des treilles,

Au nez à crocheter bouteilles ,

De qui l’aspect est aussi bon Pour faire chifler qu’un jambon;

Cher compatriote de Lâtre,

Humeur que mon ame idolâtre,

Homme à tout faire , esprit charmant,

Pour qui j’avoue estre Normant,

Théophile, Bilot, Moliere,

Qui dedans une triste biere Faites encore vos efforts De trinquer avecques les morts;

Fameux beuveurs, troupe fidelle,

Tous ensemble je vous appelle Dans ces lieux de pampre couvers ,

Pour m’aider à chanter ces vers .

Que sous les climats froïdureux Les peuples sont bien malheureux De n’avoir aucun sep de vigne 1 Tout plaisir leur est interdit ;

Le ciel en tout temps leur rechigne,

Et la nature les maudit.

Ils profanent le cabaret,

De l’eau bouillie au vin clairet Le fade goust on y préféré ;

Quand on y boit on est transy ,

Et l’on n’y sçauroit jamais faire Rubis sur l’ongle, comme icy.

Terme emprunté au jeu de dés. — Masse ! disoit 1 un. o 5 répondoit l’autre. Et de même en leuverie. (V. I uretiere. j

La Vigne.-

Alexandre, le grand beuveur, Bacchus, eust-il sans ta faveur Peu mériter quelque louange ,

Et l’eust-on jamais veu regner Sui tant de terres que le Gange Pi end tant de plaisir à baigner ?

Jamais habillemens de Mars, Glaives, boucliers, lances ny dars, N esclatterent dans son armée,

Et jamais mousquets ny canons ,

^ omissans fer, flamme et fumée,

N y firent abhorrer leurs noms.

r L esclat des verres seulement, Plus brillans que le firmament ,

Y rendoit la veue esblouye ;

On n’y vomissoit que du vin,

Et rien n’y possedoit l’ouye Qu’un chant bacchique et tout divin.

Quand ces pyrates impudents, Bacchus, te monstrerent les dents,

N est-il pas vray que ta vengeance Oi donna, pour son plus grand fléau, Que cette misérable engeance Ne boiroit jamais que de l’eau ?

0 quel severe chastiment!

Boire de l’eau, Dieu, quel tourment !

Quelle ire n’en seroit foulée !

C est bien pour en desesperer !

Mais encore de l’eau salée,

Qui ne sert qu à les altérer!

Ces maraus furent bien surpris En leur audacieux mespris !

Cassation de Sou drille s.

Ils y perdirent leur escrime,

Et dedans ces flots tous esmus De l'enormité de leur crime Ils demeurèrent bien camus !

Pere, aussi tant que je vivray,

De tout mon cœur je te suivray,

Je t en fais icy la promesse,

Et jure par ces cervelas

Que, pour mon baston de vieillesse ,

Je ne veux rien qu’un eschalas.

CASSATION DE SOU DIW LC CS.

orteurs de seringues à feu,

Petits bastards de Salmonée,

Pour Dieu ! retirez-vous un peu, Puis que la guerre est terminée.

Valets de pique, faites flus :

La France, qui vous congédié,

Veut que vous ne luy serviez plus Qu'à vendanger en Normandie.

Sergents, qui sous un atteliei Aviez levé tant de pagnottes ,

Pendez le glaive au râtelier.

Et chiez dans vos bourguignottes.

Enseignes, pliez vos drapeaux Sous qui la valeur se gouverne,

Et vous rengez à grands troupeaux Sous celuy de quelque taverne.

Lieutenans qui craignez le chocq Plus qu’un muguet ne craint la foule,

*74 Cassation

Mettez bas vos plumes de coq,

Dont vous avez mangé la poule.

Capitaines, mauvais garçons,

Si l’on en croit vos cadenettes ,

Allez sur quelques limaçons Dépuceler vos daguenettes.

Tambours, les violons de Mars,

Qu on batte aux champs de mains legeres, Pour mener tous ces beaux soudars En garnison droit à Fougères !

Là, chargez d’un pesant mousquet ,

Qu ils fassent bien soigneuse garde, Chantans auprès d’un tourniquet La robinette et la guimbarde.

Là, d un ventre-bieu ! qui va là?

Dit d’une trongne furibonde,

Sans voir ny cecy, ny cela,

Qu ils fassent trembler tout le monde.

La, pour faire les vieux routiers,

Et qu’avec crainte on les entende,

Qu’en bons termes de savetiers Ils parlent du siégé d'Ostende *.

i. « Ce nestoit, avant les troubles, qu’une meschante viltette, la retraite des pescheurs, mais depuis bien connue par plus mémorable et fameux siège qui fut jamais. Elle fut investie, autant que faire se pouvoit, l’an 1601 , le 5 juillet parle comte Frideric Vandemberghe (,fc). ,, Parival, que nous vons cite d abord {Abrégé de l'hist. de ce siècle de fer 1654) est. moins complet sur ce point que le sieur de Saint-Lazare dans ses Remarques d'histoire, Paris, i63a. Il faut lire dans celui-ci le récit des prodiges accomplis à ce siège , encore fameux au temps où Saint-Amant écrivoit.

DE &OUDRI

Là, de maint fascheux horion,

Qu’un caporal nommé la Cocque Vous leur sangle le morion Jusques à la nique et la noque.

Là, que d’un maintien importun,

Sur leurs murailles esbrechées,

Ils soufflent au lieu de petun Des feuilles de choux mal sechées.

Là, dans les affaires d’estat,

Plus avant que porcs dans la boue,

Qu’ils dépeignent comme Alberstat Déconfit le brave Cordoue 1 .

Là, qu’un gascon, en exaltant Son excelence, ou son altesse,

Baille pour bel argent contant Ses hauts exploits à son hostesse.

Et concluant par un : Et donc !

Ses beaux discours tous pleins d’emphaze , Qu’il luy montre qu’un pied de long Le peut faire passer pour aze.

Mais encor, Muse , en nous gaussant D’une si leste infanterie ,

Faut-il dire un mot en passant A la pauvre gendarmerie.

i. Le contraire est vrai. «Le 20 juin 1622, le duc Christian de Brunswick-Alberstadt sortit de Westphalie , venant pour passer la rivière du Mein au dessous de Francfort, pour joindre le Palatin et Mansfeld. Mais Tilly, Cordoüa et d’Anhalt, s’estant joints, l’attendent... Le 27 juin, il est deffait par les Impériaux... Alberstadt se sauva à guay avec cinq cornettes. » {Remarques d'hist. du sieur de Saint-Lazare.)

f7^ ï "û ? K Ë C AT ION.

Chevaliers , l’effroy des poulets , Faites des broches de vos lames ,

Et ne bandez vos pistolets

Que pour descharger sur les dames.

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