C’est sur la Grève que se faisoient les exécutions
A la fin, tous ces jeux que l’athéiFine élève Conduisent tristement le (liai iant à la Grève, [Boileau,)
Le Poëte
Helas ! de te quitter je creve; J’esperois qu’un jour à venir,
Puis qu’aussi bien tout doit finir,
Apres avoir fait à l’extresme Un tour de pays de moy-mesme , J’aurois l’honneur, sur vostre bort ,
De voir force gens à ma mort;
Au lieu qu au sentier que j’empoigne Devant que de r estre en Gascongne,
Je cours l’hazard d’au coing d’un bois Jetter seul des ultim’ abbois , Accravanté de lassitude,
De trop jeusner, de marritude ,
Et qui plus est, loing des beaux yeux Où logent mon pis et mon mieux.
Ha! beaux yeux ! ha! docte maistresse ! Pour qui mon pié marche en detresse , Gente Perrette *, mon soucy,
A qui, jeunet, d’amour transy, J’abandonnois moy-mesme en proye Mon cœur, mon poulmon et mon foye , Mon corps de l’un à l’autre bout, Trippes, boudins, et merde et tout :
Helas ! faut-il que je te quitte !
Ouy, l’ordonnance en est prescrite.
Je voudrois bien que non, mais quoy !
Nécessité n’a point de loy.
L’horrible misere , laquelle
.. Tallemant prétend que Saint-Amant, dans ce passaee eu en vue Mlle de Gournay, que son amour ^ ^
langage faisoit tourner alors en ridicule. — Son livre Des ad a une véritable valeur dans toute la partie purement gramm
ticale , ses traductions de Virgile sont tiraillées et pénibles ■ (Voy. Tallemant.)
CROTTÉ
Oncques ne va sans sa sequelle,
Dueil, dam, dol, peur, mort, froid, soif, faim, Honte, chagrin, rancœur, mes-haing, Paresse, desespoir, envie,
Et de tous les maux de ja vie,
Malgré moy me contraignent à Laisser ton œil, qui m’empesta.
Au moins, ô machere Sybile !
N’aye la mémoire labile :
Remembre-toy de ton costé De ton pauvre rimeur crotté ,
Et du mien j’auray pour hostesse Dans le chief ma haute poetesse ,
Dont les escrits, comme mes vers,
Sont les torches de l’univers;
Remembre-toy des serenades Qu’en mes nocturnes promenades , Accompagné d’un lûeUeur Aveugle , afin que deceleur De nos amours il ne pust estre ,
Discrétion (qui reconnestre Se doibt bien) je t’ay si souvent Donnée à la pluye et au vent; Rememore-toy davantage,
Que quoy qu’en un douziesme estage Tu te gistes proche du ciel ,
Et c’est pourquoy, mon tout , mon miel , Cy-devant haute t’ay nommée,
Toutesfois , d’une ame charmée N’ay pas laissé , grimpant en ours,
De te visiter tous les jours.
Item , recorde-toy qu’en somme ,
Malgré ce que ce diable d’homme ,
Cette bedaine d’Allemand,
Ce fin railleur, ce faux Normand,
Le Poète
Ce vray démon de la satyre ,
Né pour nostre commun martyre,
A dit de bouche ou par escrit De ton corps et de ton esprit,
Tantost accomparant ta mine A quelque vache qui niinirie,
Tantost chantant qu’un siecle entier Ajgreslé dessus ton quartier;
Tantost, t’appelant vieille chatte,
Poil de gorret , caboche piatte ,
Nez roupieux , œil esraillé,
Bec de pivert, teint escaillé,
Menton velu , cou de bellette ,
Sein de drappeau , corps de squelette , Bras d’oziersec, main de guenon, Jambe de grue et pié d’asnon ;
Tantost, disant que de Virgile Tu honnis l’adorable stile ,
Que son beau sens perverty as Avec ton galimathias;
Que tu apte n’es ny idoine Qu’à servir de folle à laroine ,
Et qu’en un estât bien réglé Ton cher ponant seroit sanglé l.
Recorde-toy, dis-je, ô ma rose !
Que , quoy qu’en creusse quelque chose, Je t ay obstant moult bien servy,
Et serviray, si plus je vy.
Je te le jure par ta garbe2,
Par ton bon demy-pié de barbe ,
i. Les huit vers qui précèdent ne se trouvent pas dans l’édit, de 1649.
a. De l’Espagn. garbo , air galant. Ce mot se prenoit pour visage au commencement du i7e siècle. 1
Parle grand diable de Vauvert1,
Par ta teste à chapperon vert,
Par la mienne à porter marotte ,
Par les guenilles de ta cotte ,
Par ton mary, qui fut pendu2,
Par ta sœur au groin morfondu,
Par le gousset de ton haleine,
Par le nabotin3 qui te meine,
Par ta guenuche qui le suit,
Par ton bel attiffet de nuit ,
Par le grenier où tu demeures ,
Far tes dents de couleur de meures, Par ton vieux chiffon de collet,
Par ta coiffe d’un bioulet ,
Par tes souliers d’une coudée,
Par tes grimaces d’obsedée ,
Par tes gands fourrez de blaireau ,
Par ta simarre de bureau,
Par les vitres de tes lunettes ,
Par le tintin de mes sonnettes ,
Par ton masque de camelot ,
Par ma taille de Sibilot,
Par ta chaise à jambe demise ,
Par la foire de ta chemise ,
Et par tout ce qu'avons nous deux De ridicule et de hideux.
Bref, souviens-toy qu’à ton exemple4,
i. Yoy. Œuvres de Roger de Collerye , p. n4, note 3 ( Bibliothèque elzevirienne).
a. Ce vers est mis pour dépayser le lecteur.— Mlle de Gournay ne fut jamais mariée.
3. C’étoit une fille d’Amadis Jamyn , le poète, page de Ronsard.
4. Les seize vers qui suivent ne figurent pas dans l’édit, de
Le Poète
Monté sur l’eschelle du temple1 ,
J’ay publiquement défendu Ains pieça, los , jaçoit, ardu,
Soûlas , opter, blandice , encombre 2 ; Et, m’escrimant, ainsi qu’une ombre, Dans mes discours superlatifs ,
Pour les mignards diminutifs,
Ay prouvé par raisons notoires A tous les porteurs d’escritoires ,
Que , comme de mil vient millet,
Ainsi de mail vient ton Maillet,
Nom dont, par une prévoyance De nos amours , c’est ma croyance ,
Le fatum exprès m’a pourveu ,
Pour que de toy mieux fusse veu.
Ha! ma vieillottine Perrette !
i. Cette échelle, placée au coin de la rue du Temple et de la rue des Vieilles-Audriettes , étoit, comme plusieurs autres qu’on voyoit dans divers endroits de Paris , des marques de haute justice. Elle fut brûlée un jour d’orgie par plusieurs gentilshommes dont une chanson mss. nous a conservé les noms : de Rouville, Candale, Brissac, Coulon et le marquis de Ville.
a. On lit, au sujet de ces mots, dans la Requête des dictionnaires de Ménage :
Ces nobles mots : moult, ains, jaçoit ,
Ores, adonc, maint, ainsi-soit,
A-tant, si-que, piteux, icelle.
Trop-plus, trop-mieux, blandice, isnelle,
Pieça, tollir, illec, ainçois...
sont défendus par
.... de Gournay la pucelle.
Ajoutons que Fénelon et La Bruyère les regrettent; que plusieurs des mots protégés par la Fille d'alliance de Montaigne sont parvenus jusqu’à nous avec honneur.
Que ne te tiens-je ores seulette Près de quelque flot argentin ,
Or’ que l’archerot enfantin ,
De ses vo-volantes flammèches1,
R’innove 2 en mon sang mille breches ,
Et qu’en despit du froid, du temps,
En songeant à toy je m’estends !
Je sçaurois si hermaphrodite Avec vérité tu es ditte ,
Obtenant de ta grâce ainsy Ce don d’amoureuse mercy,
Guerdonbien deu aux maux prolixes,
Que tes yeux , mes planettes fixes ,
Depuis vingt ans fait souffrir m’ont,
Assez pour escacher un mont.
Helas ! il me souvient encore,
0 douce lampe que j’adore !
D’une chanson dont vis à-vis De ton guichet, à mon advis,
Je te gringotay mon martyre;
La voicy , je la veux redire ,
Tant afin de ne l’oublier
Que pour aux champs la publier :
Belle, qui dans un grabat Sans rabat,
Toute seule eT toute nue ,
Estens à présent ton corps ,
Si ne dors ,
Las ! oy ma desconvenue.
Oy le triste ver-coquin D’un mesquin
i. Archaïsme imité de Ronsard et de Du Bartas. a. Renouvelle; de l’it. rimovare.
Le Poëte
Sur qui Cupido s’acharne ,
Et pour obliger son feu Tant soit peu ,
Mets le chief à la lanterne.
C’est un pauvre adolescent Innocent,
Féru droit à la poictrine ,
Lequel, sous ton bon plaisir,
N’a désir
Que d’embrasser ta doctrine.
Les garrots de tes regards , Doux-hagars,
Dans son cœur leurs pointes fichent Plus avant, las! que dans ton Pelotton
Tes espingles ne se nichent.
Les cottrets qu’à la Sainct-Jean , D'an en an ,
Dedans la Greve on allume,
Ne bruslent pas mieux que luy, Qu’aujourd’huy
Ton œil ard , grille et consume.
Et combien qu’il pleuve à flots Sur son dos,
Qui n en est pas beaucoup aise ,
Cet orage dégoûtant,
Nonobstant,
Ne peut esteindre sa braise.
Combien, dis-je, que la nuit,
Sans nul bruit,
De noires ombres le cerne ,
Ce feu fait que pour ses pas ,
CROTTÉ
Il n’a pas
Ores besoin de lanterne.
Il est pourtant si secret ,
Si discret,
Que la clarté l’importune ,
Craignant d’estre reconnu Et tenu
Pour homme à bonne fortune.
Si dessus le lac amer De la mer
Il estoit dans un navire ;
Les rots qu’il lâche pour toy,
Que je croy,
Luy serviroient de zephire.
Aussi les moulins à vent Bien souvent
En ont mis le grain en poudre ,
Et l’eau que pissent ses yeux En mainis lieux ,
D’autres moulins a fait moudre.
Moins de poils a ton matou1.
Qui dort où
Tu te reposes la teste ,
Qu’il n’a d’ennuis au cerveau,
Le bon veau ,
Tant ta beauté le tempeste.
Las ! helas ! ô dur esmoy !
C’est de moy.
C’est de moy de qui je parle ;
i. C’est ma mie Piaillon , a qui le card. de Richelieu faisoit 20 livres de pension. — Y. Tallemant, III, 121, édit, in-18.
Le Poëte crotté.
Si tu veux sçavoir mon nom ;
Ma guenon ,
Je ne m’appelle point Charle.
Comme il alloit hurlant ces rimes , Ces beaux adieux farcis de crimes Contre la langue et le mestier.
Un puissant ribaud de chartier,
Qui retournôïTau Bourg-la-Reine Charrette vuide et pance pleine ,
Ce rencontrant dans son chemin ,
En bourdican de Saint-Fremin, * Termina ses sottes merveilles D’un coup de fouet par les oreilles ,
Et luy fist changer de discours Pour crier: A l’ayde! au secours!
Si quelqu’un icy veut entendre Par quel moyen j’ay peu l’apprendre, Puis que je ne m’y treufay pas ,
Je n’ay qu’à luy dire en ce cas,
Afin de Poster de cervelle ,
En chantant la chanson nouvelle Qui maintenant est en crédit ,
Mon petit doigt me l’a dit K
i. Refrain d une chanson en vogue :
Les Ponts-Bretons charmèrent Autrefois nos esprits.
Les Petits-Doigts gagnèrent Bientôt après le prix.
Maintenant on les blâme De nôtre pas curieux...
(Le Nouveau entretien des bonnes compagnies. i635, p. 64.)
1 vol. in-ia,