‹ Œuvres completesChapitre 8 sur 141 · LE CONTEMPLATEUR · texte numérisé non relu

LE CONTEMPLATEUR

A Messire Philippes Cospkan1, evesque

de Nantes .

ous par qui j’espere estre exemt De choir en l’eternelle fl âme , Apostre du siecle présent,

Cause du salut de mon ame ,

Divin prélat , sainct orateur,

Juste et souverain destructeur Des infernales heresies ;

Grand esprit , de qui tout prend loy, Et dont les paroles choisies Sont autant d’articles de f(

Vous qui gardez d’un soin si dous Le cher troupeau de vostre maistre ,

Luy donnant , en despit des lous ,

Le sacré pain de grâce à paistre ;

Vray ministre d’estat du Ciel ,

Cœur débonnaire , homme sans fiel ,

i. Le vrai nom de l’évêque de Nantes étoit Philippe Cospeau. Voir, sur cet éloquent prélat, le volume que nous avons publié chez Alvarez en i854 • Cospeau , sa vie et ses oeuvres. Nous y avons joint le texte de sa remarquable oraison funèbre de

Henri IV.

Le Contemplateur.

Qui vivez comme font les anges ,

Et méritez qu’en chaque lieu On vous fasse part aux louanges Que vous-mesme rendez à Dieu;

Vous, dis-je , qui, daignant chérir Les nobles travaux de la muse,

Avez voulu vous enquérir A quoy maintenant je m’amuse ;

Je vous le veux dire en ces vers ,

Où d’un art pompeux et divers Je feray briller mes pensées ;

Et croy que les plus grands censeurs Les verront si bien agencées ,

Qu’ils en gousteront les douceurs.

Loin , dans une isle qu'à bon droit On honora du nom de Belle 4,

Où s’eslève un fort qui tiendroit Contre l’Anglois et le rebelle ,

Je contente à plein mon désir De voir mon Duc 1 2 à mon plaisir.

Sans nul object qui m’importune,

Et tasche a le garder d’ennuy,

Sans songer à d’autre fortune Qu’à l’honneur d’estre auprès de luy.

Là, parfois consultant les eaux Du sommet d'une roche nue ,

Où pour voir voler les oyseaux Il faut que je baisse la veue ,

1. Cette île , érigée en marquisat en 1573 , fut donnée par Charles IX au comte de Retz. Elle resta dans sa famille et dans celle de Fouquet, à qui elle avoit été cédée, jusqu’en 1718, qu’elle revint à la couronne par suite d’un échange.

Page 1