ROBESPIERRE JOURNALISTE III
colporteurs patriotiques dont la voix stentorée l'avait souvent tiré de cette stupeur dont il est habituellement frappé, avait imaginé qu'une entreprise de feuilles de ce genre serait infiniment plus avantageuse qu'un magasin dont la gestion lui pesait pour plusieurs motifs ». Il s'était, à cet effet, adressé à deux écrivains qu'on ne nommait pas, et qui avaient dressé un plan, et en avaient poursuivi simultanément l'exécution, l'une en France, l'autre en Angleterre. De ces efforts, était né Y Union qui, malgré son format, sa composition, qui s'élevaient au-dessus du niveau ordinaire, et le soin avec lequel elle était rédigée, paraît n'avoir eu que peu de succès. Elle tomba par suite d'une brouille entre le bailleur de fonds et les rédacteurs, comme on le verra plus loin (5).
Si les Actes des Apôtres attribuent la rédaction de ce journal à Robespierre, Deschiens (6) prétend que Montjoie (7) en aurait été le fondateur « ce qui, dit Hatin, semble encore plus problématique » (8). La première supposition est, en effet, beaucoup plus vraisemblable que la seconde; mais jusqu'à ce jour, la « preuve n'en a pas été faite », les articles n'étant pas signés.
Ernest Hamel (9), qui donne à Y Union 69 numéros seulement, dit avoir eu, entre les mains, une lettre écrite de Londres à Robespierre par' un certain P. de Cugnières, en novembre 1790, et relative au fâcheux effet produit en Angleterre par les menées de la Cour de France. Hamel suppose que l'auteur de cette lettre était à Londres, le correspondant de Y Union. D'ailleurs, ce citoyen anglais paraît avoir été en correspondance suivie avec Robespierre. Dans le volume de notre Collection consacrée à la
(5) Introduction du n° i du Journal de la Liberté du 12 mai 1790: lettre circulaire aux souscripteurs en réponse aux prétentions que le bailleur de fonds Marshall avait formulées dans une lettre imprimée et diffusée.
(6) Collection de matériaux pour l'Histoire de la Révolution Française depuis 1787 jusqu'à ce jour: Bibliographie des journaux. (Paris, Barrois l'aîné, 1829, in-8°). Biblio. de Reims. M. 8519.
(7) Félix Christophe Louis Ventre de La Touloubre, connu sous le nom de Galart de Monjoie, journaliste et écrivain royaliste, auteur de nombreux pamphets contre-révolutionnaires (1746-1816).
(8) Eugène Hatin : Bibliographique historique et critique de la presse périodique française. (Paris, Firmin Didot, 1866, gr. in-8a, p. 152).
(9) Histoire de Robespierre, t. I, p. 218.