‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 58 sur 72 · GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL

Lorsque, du fond de votre camp, vous me déclariez la guerre, que vous n'aviez point faite jusqu'ici aux ennemis de l'Etat, lorsque, dans une lettre publiée par tous les papiers qui sont à votre solde, vous me dénonciez à l'ar-

(1) Dès le 23 avril, Robespierre avait demandé la destitution du général La Fayette, Celui-ci, depuis quelque temps, bien qu'aux armées, intervenait, sans cesse, dans les affaires publiques, conseillait la Cour, poussant la témérité jusqu'à parler en maître aux ministres et aux représentants du peuple. Il paraissait tout puissant, à la tête d'une armée considérable. Il dénonça Robespierre et les sociétés populaires, par une lettre insérée dans La Chronique de Paris, du 14 juin, et par une protestation, datée du 16 du camp de Maubeuge, adressée à l'Assemblée législative et communiquée à la séance du 18; le ton de cette protestation choqua les députés (Tourneux, ibid., t. IV, n° 23.224). Par cette attitude, La Fayette, selon l'expression de Robespierre, venait de lever l'étendard de la révolte contre l'Assemblée nationale et contre le peuple français. Toutes les fractions du parti révolutionnaire furent d'accord pour flétrir la conduite du général. Aux yeux de Robespierre, comme il le fera ressortir dans un article suivant, il existait une analogie entre La

l66 LE DÉFENSEUR DE LA CONSTITUTION

mée, aux gardes nationales et à la nation, comme un ennemi de la liberté, je croyois n'avoir affaire qu'à un général, au chef d'une grande faction, mais non encore au dictateur de la France, à l'arbitre de l'Etat; j'ignorois que, quelques jours après, vous parleriez en maître aux représentais de la nation; j'étois loin de prévoir, que vous étiez assez puissant pour vous déclarer ouvertement le législateur des législateurs même, le protecteur des rois, l'adversaire de tous les bons citoyens,

Général, je m'abaisse devant tant de grandeur: mais je ne me sens intimidé ni par votre puissance, ni par vos menaces. Seulement, la réponse que je me proposois de vous faire, embrassera des objets plus importans et plus étendus. J'aurai moins à m'occuper de vos calomnies que de votre rébellion; et même, si je dis un mot de la lettre que vous avez dirigée contre moi, ce sera uniquement parce que cette démarche est liée à votre système de conspiration et de tyrannie. Je vous montrerai à la France, à l'univers, tel que je vous ai vu, tel que vous êtes; la postérité vous connoîtra, et peut-être la nation apprendra-t-elle à rougir à la fois et de ce que vous avez été et de ce que vous voulez devenir (2).

Scrupuleux zélateur des lois, illustre défenseur de la constitution, que diriez-vous d'un corps armé qui, pour

Fayette attaquant les sociétés populaires et Léopold d'Autriche lançant son fameux manifeste contre les Jacobins.

Laponneraye a publié la réponse ci-dessus de Robespierre (t. I, pp. 416 à 442). — Bûchez et Roux (t. XV, p. 69) donne in-extenso la lettre de La Fayette à l'Assemblée que le Moniteur du 19 ne reproduit qu'en extrait. L'Histoire parlementaire publie ensuite l'article de Robespierre (t. XV, pp. 78 à 98). — Léonard Gallois cite quelques passages de cet article (pp. 126-127), qu'Ernest Hamel étudie et analyse (t. II, pp. 291 à 297).

(2) Comme l'a dit Jaurès, « La Fayette apparaissait, aux yeux de Robespierre, comme le principal obstacle à l'élan de la démocratie révolutionnaire > (Histoire socialiste, p. 1166).

« Par une merveille de clairvoyance, dit G. Michon (ibid., p. 122), Robespierre avait perçu les desseins de La Fayette, de Duport et des Lameth. Ceux-ci étaient effectivement partisans d'un coup de force militaire. A la veille de la déclaration de guerre, La Fayette, d'accord avec les généraux Luckner et Rochambeau, avait envoyé à Dumouriez une sorte de manifeste où il promettait de marcher avec les ministres girondins, à la condition que ceux-ci s'engagent à faire respecter la dignité royale, les autorités constituées, la liberté religieuse... » (Lettre de Dumouriez à Biron du 27 avril 1792. Annales Historiques de la Révolution française, nov. déc. 1924. — Mémoires de La Fayette, t. III, p. 307).

votre cause, adresseroit une lettre injurieuse à un simple citoyen pour avoir dit son opinion sur M. Lafayette? Que diriez-vous de deux individus qui oseroient faire cette menace au nom d'un bataillon de gardes nationales? Que diriez-vous encore, grand général, si M. Lafayette avoit lui-même suggéré cette démarche, au moins anti-constitutionnelle, s'il l'avoit ensuite approuvée solennellement, et si long-tems après la date de cette diatribe, il s'avisoit de répondre à ceux qui l'ont signée, par une lettre calomnieuse, dirigée contre ce même citoyen, objet de cette ridicule persécution ?

Eh bien! général, tels sont précisément les procédés de M. Lafayette à mon égard; tel est l'unique objet de la courte réponse que je lui dois sur ce point.

Vers la fin d'avril, je reçois une lettre, au nom du bataillon du Gros-Cailloux, où l'on m'apprend que les vertus de M. Lafayette sont connues dans les deux mondes ; que M. Lafayette est le fondateur de la liberté américaine, celui de la liberté française; d'où l'on conclut que je suis un vil calomniateur, puisque j'ai révoqué en doute l'héroïsme civique de ce grand homme. Je cherche à m'assurer, s'il est possible, que les citoyens armés d'une section de la capitale, aient pu descendre à cet excès d'avilissement ; et je me rassure en voyant que cette lettre n'est signée que d'un sieur Hollier, commandant, et d'un sieur Giraud qui se qualifie de fusilier, secrétaire du conseil de discipline, qui disent parler au nom du bataillon; je vois la preuve écrite que les citoyens armés du Gros-Cailloux, dont j'avois vu moi-même, peu de jours auparavant, éclater le civisme dans une circonstance décisive, n'avoient eu aucune part à cette démarche servile et illégale. Cependant l'ouvrage de ces deux individus est publié, au même instant, comme délibération du bataillon du Gros-Cailloux, dans toutes les espèces de journaux possibles (3).

(3) Vers la fin du mois d'avril, en effet, Robespierre avait reçu une lettre, rédigée au nom du bataillon du Gros-Caillou, où on lui reprochait amèrement de révoquer en doute les vertus civiques de La Fayette et où on le sommait, sous peine de passer pour un calomniateur, de produire devant les tribunaux les preuves de ses dénonciations. Cette lettre était signée : Hollier commandant et Giraud, se qualifiant fusilier, secrétaire du Conseil de discipline du bataillon, l'un et l'autre sans mandat spécial dudit bataillon connu pour son civisme ardent. (Hamel, t. II, p. 290).

l68 ' LE DÉFENSEUR DE LA CONSTITUTION

Peut-être un général d'armée, un dictateur présomptif, a-t-il une manière d'interpréter la constitution, différente de celle des simples citoyens: pour moi, général, je vous avoue, qu'à mon sens, la constitution défend aux corps armés de délibérer, et comme un bataillon de gardes nationales ne peut prendre la résolution de se déclarer le champion de M. Lafayette contre un individu, sans une délibération préalable sur ce point, je conclus que le bataillon du Gros-Cailloux auroit violé la constitution en votre faveur, si c'étoit lui qui eût fait la démarche dont je parle; mais, comme il est prouvé qu'elle est uniquement le fait de deux de vos créatures qui vous flagornent avec une liberté dont votre modestie doit être offensée, il s'ensuit que la violation de la loi est encore plus criminelle; et que l'on pourroit soupçonner même qu'elle ne vous est point tout à fait étrangère .. Remarquez bien, général, que je ne parle point ici de la liberté civile, de la probité, de l'honneur, qui ne permet point de menacer un individu de la vengeance d'une corporation armée, mais de la loi, mais de la constitution, dont le nom est sans cesse dans votre bouche.

Pour moi, général protecteur, j'ai dédaigné de répondre à cette insulte de vos deux protecteurs et de vos deux protégés, les sieurs Hollier et Giraud; mais vous n'avez pas dédaigné de vous approprier leur ouvrage. La lettre qu'ils m'avoient adressée, malgré tous les journaux qui l'avoient publiée, dormoit, depuis deux mois, ensevelie dans les ténèbres, lorsque vous avez cru devoir la remettre sous les yeux du public, en vous faisant écrire, par les mêmes hommes, une lettre d'envoi de cette missive, pour y répondre dans les papiers publics, à la face de la France entière (4). Cette lettre d'envoi est digne des plus stupides de vos adulateurs ; mais combien l'extrême platitude de votre réponse contraste avec la grandeur du rôle que vous affectez! Vous saisissez cette occasion, pour justifier l'étrange inaction dont la France entière vous accuse, en la rejetant sur le défaut des préparatifs de guerre (5), en faisant

(4) Chronique de Paris, 14 juin 1792.

(5) Mais comment osez-vous prétendre que les mesures qui auraient dû être prises à l'instant même de la déclaration de la guerre, ont été omises; lorsque, même avant la déclaration, N. Narbonne qui la provoquoit, assuroit

SIXIÈME NUMÉRO IÔQ

l'éloge des travaux auxquels vous vous livriez, pour réparer cette omission, en expliquant pourquoi vous avez laissé jusqu'ici à nos ennemis le tems de se fortifier. Pendant que je me livrois à ces soins, dite s- vous, les ennemis rassemblaient leurs forces... Ainsi donc vous voulez nous disposer d'avance à voir de nouveaux ennemis se liguer contre nous, sans qu'on vous en impute la faute ! Mais il faut embrasser votre pensée toute entière.

Tandis que je me livrois à ces soins, les ennemis intérieurs se rassemblaient, et M. Robespierre me calomnioit à la tribune des Jacobins. Heureux rapprochement ' des armées étrangères que rassemblent les tyrans, et des discours où je rappelois toutes les atteintes que vous avez portées à la constitution, et qui rendoient suspecte la dictature militaire dont vous vous êtes fait revêtir! Admirable ma: nière de vous justifier, en mettant sur la même ligne, le roi de Hongrie, le roi de Prusse et un de vos anciens collègues, aujourd'hui simple citoyen, par sa volonté (6), à qui vos pareils n'ont jamais reproché qu'un trop grand amour pour le bien public, et une antipathie invincible pour toutes les factions! Combien cet excès d'ineptie décèle d'embarras, et comme il annonce la crainte de voir une grande conspiration apperçue, au moment même où elle doit éclater !

Mais c'en est assez sur ce qui peut avoir quelque relation avec moi, et je ne regarde cette partie de ma réponse que comme une introduction à l'histoire de vos attentats contre la patrie, et au développement de vos trames ambitieuses. Je vais les suivre depuis votre début dans la carrière de la révolution, jusqu'au dernier acte par lequel vous venez de lever l'étendard de la révolte contre l'Assemblée nationale et contre le peuple français.

solennellement l'Assemblée nationale, que tous les préparatifs étoient faits pour l'entreprendre avec le plus grand succès; et que M. Lafayette a écrit lui-même une lettre publique, où il se déclaroit l'ami de M. Narbonne luimême, et présentoit ce dernier comme un ministre aussi éclairé que patriote, comme un des héros et des libérateurs de son pays? Pour avoir le privilège de se contredire ainsi, il faut sans doute, comme le général dictateur, être également au-dessus des lois et de la raison. (.Note de Robespierre).

(6) La Fayette, député de la noblesse de Riom aux Etats généraux avait été le collègue de Robespierre à l'Assemblée constituante.

Celui qui s'étonneroit de votre importance, en la comparant avec vos qualités personnelles, prouveroit qu'il vous apprécie mieux qu'il ne juge les véritables causes des événemens. Tel homme occupe un si grand espace dans le monde politique, qui n'est souvent qu'un atome dans le monde moral; et celui qui paroît un colosse aux yeux de la postérité, n'étoit quelquefois aux yeux de ceux qui l'ont vu de près, qu'un méprisable intrigant, mieux servi par les circonstances et par les vices mêmes, que par son propre génie. S'il est vrai que les grandes vertus et les talens sublimes peuvent seuls exercer une grande influence chez un peuple libre, l'intrigue et la finesse peuvent souvent l'usurper, chez une nation qui passe subitement de l'esclavage à la liberté, et dont les mœurs sont encore en contradiction avec les principes de son nouveau gouvernement. Aussi, l'espèce de célébrité qui, jusqu'ici a accompagné Lafayette, est due, toute entière aux défauts de notre nation; et les préjugés même de l'ancien régime ont assuré ses succès, dans la révolution qui devoit les détruire. D'ailleurs, s'il faut du génie pour fonder la liberté, il ne faut que des talens médiocres et vils pour la détruire, et le talent de Lafayette ne fut que celui de la destruction.

Vous aviez assisté à la révolution d'Amérique : c'en étoit assez à vos yeux et à ceux de vos partisans, pour associer votre nom à celui de Washington, et pour vous désigner comme le héros de la liberté française. Mais c'est le caractère, c'est la nature des talens d'un homme qui détermine le genre de son ambition.

Lié à nos anciens oppresseurs, allié à une famille célèbre dans les fastes des cours, par la science héréditaire de l'intrigue et de l'adulation (7), dénué des vertus mâles qui caractérisent les hommes libres, votre âme ne pouvoit être sensible à la gloire de relever la dignité humaine et la puissance du peuple français, sur les principes régénérateurs de la justice et de l'égalité ; vous ne vouliez qu'une révolution mesurée sur vos préjugés aristocratiques et sur votre

(7) La Fayette avait épousé, le n avril 1774, la fille du duc d'Ayen, de la famille de Noailles qui brilla constamment à la cour de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI ; elle descendait du maréchal de Noailles et d'une nièce de Madame de Maintenon.

intérêt personnel. Vos moyens furent dignes de votre but, de l'éducation que vous aviez reçue, dans la plus corrompue de toutes les cours, des passions viles et de la fausseté native dont vous aviez déjà donné des preuves.

Appelé à l'Assemblée constituante par le choix de votre caste, quavez-vous fait pour mériter le titre de représentant de la nation et pour soutenir le rôle de législateur ? Ici, vous êtes bien facile à apprécier, par vos discours et par vos actes publics.

Vous avez proposé, il est vrai, sous le nom de déclaration des droits, deux ou trois adages assez banaux (8) infiniment au-dessous de tous les autres projets présentés par

(8) Ceci me rappelé un trait de la politique de M. Lafayette, qui me paroit en même tems une preuve de la défiance avec laquelle il faut lire l'histoire. M. Lafayette a trouvé le moyen de se faire célébrer par l'un des plus éloquens défenseurs des droits de l'humanité. M. Penne (sic), dans sa réponse à à M. Burck, se livre à de longs épisodes sur M. Lafayette, qu'il semble regarder de bonne foi, comme l'un des fondateurs de la liberté française. Il a commis particulièrement deux erreurs de fait, contre lesquelles il faut prévenir le public, et dont il est bon de le détromper lui-même. Il suppose que M. Lafayette fut élu vice-président de l'Assemblée constituante, parce que dans les premiers jours de la révolution, on avoit besoin d'un homme plus ferme que le président qui étoit alors en fonction, pour lutter contre la puissance de la cour; et il observe que c'est la seule fois qu'on nomma un vice-président. Il dit encore, que M. Lafayette s'est hâté de proposer sa déclaration des droits, toute mesquine qu'elle étoit, afin que dans le cas où l'Assemblée seroit dissoute, il restât un monument de ce qu'elle vouloit faire pour le bonheur public. Il est vrai que M. Penne cite pour garant de ces faits, M. Lafayette lui-même, avec lequel il avoue qu'il est lié depuis plusieurs années.

Comme témoin oculaire de ces événemens, j'atteste que l'Assemblée nomma un vice-président dans l'occasion dont je parle, non par le motif extraordinaire que suppose M. Penne, mais uniquement parce que l'Assemblée s'étant déclarée permanente, et l'archevêque de Vienne, alors président, étant d'un âge trop avancé pour présider la nuit et le jour, on sentoit la nécessité de lui donner un suppléant. J'atteste, au surplus, qu'il n'y avoit point alors dans l'Assemblée un membre dont le courage ne fût au dessus des menaces de la cour, comme l'a prouvé le serment unanime du jeu de paume et tous les événemens qui ont signalé cette première époque de la liberté. Quant à la déclaration des droits de M. Lafayette, et au motif héroïque que M. Penne lui prête, d'après M. Lafayette lui-même, je m'en rapporte à la conduite de ce dernier et à tous les faits développés dans cet écrit. (Note de Robespierre).

— Thomas Paine (1737- 1809), écrivain anglais, partisan de la Révolution française, entama, en 1790, avec Burke, une polémique célèbre concrétisée dans son ouvrage sur les Droits de l'Homme (The Rigts of Man) qui lui valut des poursuites et une condamnation. Réfugié en France, il fut élu député à la Convention par quatre départements: l'Aisne, l'Oise, le Puy-de-

plusieurs membres, et qui, pour cette même raison, furent préférés au vôtre par la majorité de l'Assemblée nationale. Ensuite, content d'avoir posé cette base de votre réputation civique, vous n'avez plus rien dit, ni fait, qui ne démentit ces principes sacrés, que vous aviez vous-même reconnus. Mes preuves sont vos propres œuvres, que je vais rapidement passer en revue.

Dès les premiers jours de la révolution, vous avez provoqué les anathèmes de l'Assemblée nationale contre les Marseillois, parce qu'à l'exemple des destructeurs de la Bastille, ils démolissoient une odieuse forteresse, où Louis XIV avoit mis cette inscription injurieuse: « cette citadelle a été élevée pour contenir Marseille trop éprise de la liberté » (9).

Vous vous êtes opposé à ce que l'Assemblée constituante lût l'adresse qui lui étoit présentée par les Brabançons, au moment où ils venoient de secouer le joug autrichien (10).

Vous avez combattu le principe fondamental du projet de décret sur le droit de paix et de guerre qui a prévalu, pour faire remettre entre les mains du roi le pouvoir de faire l'une et l'autre, sans l'aveu de l'Assemblée nationale (11).

Dôme et le Pas-de-Calais; il opta pour ce dernier. T. Paine soutint la politique des Girondins.

La Fayette a, en effet, présenté, le n juillet 1789, la première déclaration « européenne » des droits de l'homme et du citoyen (E. Charavay : Le général La Fayette, p. 173 et pièces justificatives n° XV). — Il fut élu le 13 du même mois, président de l'Assemblée dont il dirigea les débats, le lendemain 14, le jour de l'insurrection parisienne et de la prise de la Bastille {Ibid., p. 174).

L'archevêque de Vienne, président de l'Assemblée, dont Robespierre parle dans sa note ci-dessus, est Le Franc de Pompignan (Jean-Georges), député du clergé des Etats du Dauphiné qui était âgé de près de 80 ans; il avait été nommé par le roi ministre d'Etat sans portefeuille, le 5 août 1789; il mourut le 30 décembre 1790.

(9) Le 12 mai 1790, il avait approuvé les mesures prises par le Ministère contre les troubles de Marseille. (Cf. Charavay, ibid., p. 219).

(10) En octobre 1789, une révolution avait éclatée dans le Brabant contre la maison d'Autriche. Le Ministère français, pour éviter une guerre avec cette puissance avait refusé, en mars 1790, d'ouvrir les lettres que le Congrès belge lui écrivait et dans la séance de l'assemblée du 17 de ce mois, La Fayette < avait approuvé l'attitude du comte de Montmorin >. (Cf. Charavay, ibid., p. 215).

(11) Séance du 22 mai 1790, au cours de laquelle Lafayette soutint la rédaction de Mirabeau qui fut adoptée. (Cf. Charavay, ibid., p. 220).

A cette occasion, La Fayette écrivait à son cousin, le marquis de Bouilli,

Vous avez précipité le décret inique et sanguinaire qui a immolé les soldats de Nancy, par les mains du perfide Bouille; vous vous êtes opposé de tout votre pouvoir aux délais nécessaires demandés, pour éclairer l'Assemblée nationale sur la vérité des faits ; vous avez fait décerner à ce même Bouille, une couronne civique, pour les avoir égorgés; vous avez fait perpétuer par des fêtes funèbres le souvenir de cette horrible événement (12).

Vous avez provoqué l'amnistie qui a effacé et encouragé tous les complots des ennemis de la révolution (13).

C'est vous aussi qui, à force d'importunités, et par des moyens plus criminels encore, avez arraché à l'Assemblée nationale cette loi martiale dont l'idée seule lui avoit fait horreur (14).

Telles sont les lois que la France et l'humanité doivent à votre patriotisme et à votre génie. Devenu presque étranger aux séances du corps législatif, vous ne reparoissiez dans son sein que dans les occasions où il s'agissoit d'assurer un grand avantage à la cour, ou de porter un grand coup aux droits du peuple. Votre présence seule avertissoit les bons citoyens qu'un projet perfide contre la liberté étoit à l'ordre du jour; et pleins d'une sainte frayeur à votre aspect, ils vous comparoient à ces astres irréguliers dont l'apparition ne présage que des calamités.

Voilà Lafayette comme législateur et comme représentant de la nation; mais il a lui-même abandonné, en quelque sorte ses fonctions ; ce n'est point sous ce rapport qu'il est connu du public ; c'est comme intrigant et comme chef de parti qu'il a joué un rôle dans la révolution. Egalement dépourvu des lumières du philosophe et des qualités de

que la question sur la paix et la guerre avait séparé son parti en monarchiques et en républicains... (Lettre du 20 mai. Cf. Charavay, ibid., p. 221).

(12) La répression violente de l'insurrection militaire des troupes de Nancy par le marquis de Bouille obtint l'approbation enthousiaste de La Fayette. (Séance du 31 août 1790). Il repoussa la demande d'enquête réclamée par Robespierre et exigea l'application immédiate du décret rendu contre les soldats rebelles. Il écrivit à son cousin pour le féliciter. Cette attitude provoqua à Paris une émotion populaire; la foule vint manifester, le 2 septembre, devant l'Assemblée nationale. (Cf. Charavay, ibid., pp. 243, 244).

(13) Le 13 septembre 1791, La Favette fit décréter l'amnistie générale proposée par le roi. (Cf. Charavay, ibid., p. 276).

(14^ La loi martiale contre les attroupements fut votée le 21 octobre 1789, malgré l'opposition de Robespierre.

l'orateur, réduit au mince talent de réciter par cœur quelques phrases banales, avec le ton froid et monotone d'un écolier embarrassé, la nature même l'avertissoit de fuir la tribune de la liberté; il se réfugia dans les conciliabules mystérieux et dans les ténèbres de l'intrigue. Dès qu'il vit la révolution prendre un cours rapide, qui pouvoit déranger les combinaisons de sa petite ambition, il se réunit à la cour et à tous les ennemis de l'égalité nolitique, pour l'arrêter. Le poste le plus important à l'exécution de ce projet étoit celui de chef de la force armée de la capitale, centre de tous les mouvemens politiques : il s'en empara. Le peuple entier avoit renversé la Bastille, et tout, au même instant, étoit rentré dans un calme maiestueux. Lafayette vient à Paris ; il se rend à l'hôtel de ville ; quelques-uns de ses affidés proposent de le nommer commandant-général de la garde nationale parisienne; cette proposition n'est point combattue, et le voilà commandant-général (15).

Dès ce moment il commence à jeter les fondemens du gouvernement militaire. La garde nationale, que la liberté avoit enfantée, étoit le peuple entier qui avoit abattu le despotisme; Lafayette met tout en œuvre pour la réduire à une corporation particulière; il cherche à lui donner l'esprit et les usages des corps militaires que le despotisme avoit institués, à la séparer du reste des citoyens par des distinctions extérieures; il la surcharge de décorations, multiplie à l'infini le nombre des officiers, crée un état-major nombreux, brillant d'épaulettes, composé tout entier de ses créatures, d'hommes attachés, pour la plupart, aux abus de l'ancien régime, dévoués à ses volontés ; il s'environne d'une légion d'aides-de-camp; il appelé cette garde nationale, l'armée parisienne; il cherche à l'attacher à sa personne par tous les petits moyens qu'un intrigant adroit sait employer. Tandis que ses partisans vantent ses exploits héroïques dans la révolution américaine, et le proclament

(15) Le 15 juillet 1789, l'Assemblée des électeurs et des citoyens de Paris avait proclamé La Fayette commandant général de la milice parisienne, en même temps que Bailly, maire de Paris. Le lendemain 16, La Fayette fit décider que le corps militaire auquel seraient confiées la garde et la tranquillité de la ville, recevrait le nom de « Garde nationale de Paris » (S. Lacroix, Actes de la Commune de Paris, xn série, t. I, pp. 69-70. - Cf. Charavay, ibid, pp. 175 à 178).

déjà le Washington français, il achève de conquérir les cœurs faciles par l'usage des caresses, qu'il pousse jusqu'à la coquetterie, par ce sourire méchanique (sic) qui lui est propre, et par le maniement du chapeau, que l'on peut compter parmi ses plus grands moyens de popularité.

Pour mieux cimenter son empire, il introduit dans la garde nationale une discipline militaire, semblable à celle des troupes de ligne (16) ; il se comporte en tout, non comme le commandant des citoyens d'une ville libre, mais comme le général d'une armée toujours en présence de l'ennemi. Pour augmenter son crédit et son importance, il sème de tems en tems des terreurs paniques, présage des émeutes, fait retentir tour-à-tour aux oreilles des citoyens crédules les mots de brigands et d'aristocrates ; il donne souvent la garde nationale en spectacle, dans des exercices militaires, et se plaît à déployer aux yeux du peuple tout l'appareil de la force armée. Les brigands alors n'étoient qu'un épouvantail; les aristocrates étoient réduits à fuir ou à se cacher; la liberté et la tranquillité publique reposoient à la fois sur la volonté générale et sur la force invincible des citoyens de la capitale ; et cependant une multitude d'hommes abusés croyaient stupidement devoir à Lafayette la liberté de l'empire et la paix de leurs foyers. Lafayette devint l'idole des accapareurs, des financiers, des agioteurs, de tous les bourgeois orgueilleux et égoïstes.

En captivant l'armée parisienne, il vouloit régner dans Paris. Investi de ce pouvoir, il le tourna bientôt contre les citoyens dont les lumières et l'énergie lui faisoient ombrage ; il ne pardonna à aucun de ceux qui avoient montré un caractère de patriotisme décidé. Il persécuta les vainqueurs de la Bastille, et les écarta de toutes les places ; il poursuivit avec le même acharnement les gardes-françaises. Dès les premiers tems de la révolution, il osa, sans aucune forme de procès, faire environner d'une multitude d'hommes et de canons un grand nombre de soldats de cette légion immortelle dans les fastes de la liberté, les désarma, et les

(16) Règlement de l'organisation de la Garde nationale, rédigé par Mathieu Dumas et présenté à l'Assemblée par La Fayette le 31 juillet 178g. (S. Laceoix, ibid., ir« série, t. I, p. 64. - Cf. Charavay, ibid., p. 183).

expulsa avec ignominie (17); il destitua despotiquement les grenadiers de l'Oratoire, pour punir leur attachement à la cause du peuple (18); il exerça la même tyrannie contre tous les citoyens de la garde nationale qui refusèrent de lui sacrifier leurs principes ou leur civisme ; il poussa le mépris des lois au point de nommer de son autorité privée des conseils de guerre pour juger les officiers qui lui déplurent. Son despotisme s'étendoit sur tous les citoyens. A peine avoit-il été nommé commandant de la garde nationale, qu'il avoit fait dissiper, par violence, tous ceux qui se réunissoient paisiblement dans les lieux publics, pour s'entretenir de l'intérêt commun. On pouvoit parler librement du roi, de l'Assemblée nationale même; mais c'étoit un crime de médire de Lafayette. Ses partisans fanatiques, les mouchards de l'ancienne police qu'il soudoyoit, renouvelèrent bientôt toutes les horreurs de l'espionnage sous le règne de la liberté naissante. Déjà les signes du ressentiment de Lafayette, ou les caprices de ses satellites, remplaçoient les lettres de cachet ; et les premiers attentats contre la liberté individuelle, furent commis ou nom de celui qui avoit proposé une déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Les aristocrates absolus se rapprochèrent de vous, dès qu'ils vous virent adopter un système favorable à leurs vues; la cour crut trouver en vous un appui nécessaire; vous l'aidiez de tout votre crédit pour accroître, chaque jour, sa puissance et ses trésors ; vous vous serviez vousmême du nom du (sic) et de l'autorité du roi, pour cimen-

(17) Le 22 octobre 1789, après le meurtre du boulanger François, La Fayette fit arrêter et traduire devant un Conseil de guerre les gardes françaises coupables de n'avoir pas su protéger ce malheureux. (Cf. S. Lacroix, ibid., 1™ série, t. II, p. 382).

Le Ier janvier 1790, il réprima une rébellion des soldats grenadiers de la Garde nationale, en les faisant arrêter au nombre de 234, dépouiller de leurs habits et de leurs armes, et conduire à la prison du dépôt de Saint-Denis. (Cf. S. Lacroix, ibid., i1* série, t. III, p. 429-435. - Tourneux, Bibliographie, etc., t. I, n° 1662).

(18) Le 18 avril 1791, au moment du projet de départ du roi pour Saint- Cloud, dont il sera parlé ci-après, la compagnie des grenadiers soldés de la VI* division, dite de l'Oratoire, fut dissoute pour avoir fraternisé avec le peuple, lors de l'émeute qui voulait empêcher le départ du roi. (Cf. S. Lacroix, ibid., 2* série, t. III, p. 784. — Tourneux, Bibliographie, t. II, n08 8-559 et 8.560).

ter votre pouvoir. Dès le moment où vous aviez été appelé à la place de commandant de la garde nationale, vous aviez déclaré que vous ne l'accepteriez qu'avec le consentement du roi. Le peuple ne pouvoit sentir encore combien cette démarche étoit attentatoire à ses droits et aux principes de la liberté. Louis XVI crut, sans doute, sur votre parole, que vous n'aviez accepté cet emploi que pour le servir. Vous aviez, en même temps (19), dans l'Assemblée nationale, un parti considérable composé de patriotes foibles et ignorans, sans compter la faction aristocratique, toujours disposé à seconder la vôtre contre les véritables défenseurs de la liberté. Vous étiez devenu une espèce de médiateur entre la cour et le corps- législatif, l'arbitre de tous les partis ; votre table étoit le point de réunion de toutes les dupes et de tous les frippons politiques; et votre cabinet, le centre de toutes les négociations contre la liberté. Les membres mêmes du comité de constitution le fréquentoient assez assidûment; car, si vos connoissances en législation étoient bornées, vous étiez assez habile en intrigues, et si vous ignoriez comment on fait de bonnes lois, vous saviez asez bien l'art d'en faire adopter de mauvaises. Au défaut des lumières de la philosophie, vous pouviez répandre les largesses de la cour et verser des pluies d'or ou d'assignats (20).

Faire reculer la révolution étoit l'expression favorite de Laf ayette, et l'objet de tous ses vœux ; et soit qu'il faille en faire honneur à son propre génie ou à celui de ses conseils, il faut convenir qu'il employa des moyens très ingénieux pour parvenir à ce but. C'est lui qui forma le premier schisme entre les patriotes, en instituant le club de 1789 (21), pour l'opposer à celui des amis de la constitution; c'est lui qui fonda ces sociétés anti-populaires, où l'intrigue et la machiavélisme s'exerçoient dans l'art de

(19) Contrairement à son habitude, Robespierre écrit ici : « temps ».

(20) E. Charava, dans son ouvrage sur La Fayette (Chap. X à XVI), donne des détails sur la nature de ses relations avec la Cour, avec Mirabeau, avec le marquis de Bouille, son cousin, et avec le parti monarchiste, relations que Robespierre lui reproche dans le passage ci-dessus.

(21) Le 12 avril 1790, La Fayette fonde, avec Bailly, la Société de 1789, les Feuillants, afin de faire prévaloir une politique modérée. (Cf. Charavay, ibid., p. 218).

préparer le poison de la calomnie, d'altérer les principes, d'armer les préjugés et les vices de l'ancien régime contre la liberté naissante, et de faire redescendre l'opinion publique de la hauteur des principes de la révolution à la bassesse des idées et des habitudes aristocratiques. C'est lui et ses partisans qui introduisirent ce système perfide de décréditer la liberté par le nom de la licence, la raison et la vérité par le reproche d'exagération et de folie, le patriotisme par celui de turbulence et de sédition. Il est vrai que plusieurs de ses adversaires prêtoient un peu à ses inculpations, comme les Lameth, qui défendoient la cause du peuple contre lui, avec des vues aussi intéressées que les siennes; mais il sut en profiter habilement, pour décréditer et pour calomnier le patriotisme et le peuple lui-même.

Le plan de Lafayette étoit de former dans l'état un troisième parti mitoyen, entre ce qu'on appeloit les francs aristocrates et les patriotes; c'est-à-dire ceux qui, étrangers à toutes les factions, ne vouloient que le bien public et l'égalité constitutionnelle! Il grossit ce parti de tous ceux qui aiment la liberté pour eux-mêmes, qui voient avec plaisir abbaisser tout ce qui étoit au-dessus de leurs têtes ; mais qui ne peuvent souffrir que le peuple s'élève de l'oppression à la dignité d'homme ; c'est dire assez qu'il devoit être nombreux et puissant. Lafayette mit donc tout en œuvre pour avilir le peuple; il ne cessa de rendre les citoyens laborieux et maltraités de la fortune odieux et suspects aux autres, en les présentant comme le fléau des propriétés et de la tranquilité publique; il excita même au besoin quelques mouvemens partiels, pour accréditer ces calomnies. Convaincu d'ailleurs qu'il devoit regarder comme ses adversaires naturels tous les amis de la liberté et de la constitution, il déchaîna contre eux une armée de libellistes qu'il tint toujours à sa solde; il les peignit comme des novateurs ennemis de la constitution, comme des sectaires politiques ; il les désigna sous des dénominations odieuses, dans son idiome, telles que celles de jacobites, de républicains.

Il avoit appris dans les cours la puissance de la calomnie et dans l'histoire des conspirateurs, ses devanciers, l'art de violer les lois et d'anéantir les droits du peuple, en les

invoquant sans cesse. Il connoissoit d'autant mieux cette partie de l'histoire, qu'elle étoit la seule qu'il eut étudiée.

Il invoquoit les lois, lorsque, de son autorité privée, il envoyoit à Vernon des détachemens de gardes nationales, avec une artillerie nombreuse, pour casser les officiers municipaux nommés par le peuple, pour faire nommer les partisans de l'aristocratie, pour emprisonner, pour outrager les patriotes (22). Il invoquait les lois, lorsqu'il faisoit massacrer les citoyens désarmés ; il invoquoit les lois lorsqu'il attentoit, tous les jours, à la liberté individuelle; il invoquoit les lois, lorsque, pour venger sa querelle, ses satellites empêchoient les officiers municipaux de délibérer sur la suppression des bustes que l'adulation avoit érigés dans la maison commune, à lui et à ses amis ; les menaçoient sur leurs sièges, et les maltraitoient dans l'exercice de leurs fonctions (23). Il invoquoit les lois dans la journée des poignards, où il favorisa l'audace des conjurés, et conduisit à Vincennes une partie de l'armée parisienne, pour protéger une seconde Bastille (24), menacée du sort de la pre-

(22) En octobre 1789, des troubles éclatèrent à Vernon motivés par des accaparements de grains dans cette commune. Une enquête fut ordonnée et des troupes furent envoyées par le roi pour réprimer ces mouvements. Plus tard, le 14 janvier 1790, les habitants de Vernon attaquèrent La Fayette et le rendirent responsable de cette intervention armée. (Tourneux. Biblio., etc., t. II, nos 5.656, 5.660 à 5.678. - Cf. S. Lacroix, ire série, t. III, p. 451 à 454).

(23) Le buste de La Fayette, en marbre, par Houdon, avait été offert à la Ville de Paris, par les Etats-Unis, le 28 septembre 1789. Il avait été inauguré, le 22 février 1790, à l'Hôtel de Ville, au cours d'une réunion de l'assemblée des électeurs. Le 8 avril suivant, celui de Bailly, sculpté par De Senne, avait été installé en face de celui de La Fayette, lequel assista aux deux cérémonies. (Cf. S. Lacroix, ibid., ire série, t. IV, pp. 637-643). - Le 24 mars 1792, la proposition fut faite, par Manuel, au conseil de la Commune, pour enlever ces deux bustes, proposition appuyée par la section du Théâtre français, et combattu par celles de l'Ile Saint-Louis, des Lombards, des Postes et des Thermes-Saint-Julien. Mais Sergent fit décider, le 19 avril, qu'il n'y avait pas lieu de délibérer. Le lendemain, aux Jacobins, Robespierre critiqua cette décision. (Aulard, t. III, p. 514. — Tourneux, ibid., t. II, n09 8.288, 8.362, 8.743, 8.91 1, 8.965).

(24) Le 28 février 1791, un certain nombre de gardes nationaux, conduits par le commandant Santerre, s'étaient portés sur Vincennes, pour démolir l'antique donjon. La Fayette fit arrêter ceux qui commençaient l'œuvre de destruction et conduire 64 prisonniers à l'Hôtel de VilK Au retour de cette expédition, il apprit qu'un certain nombre de gentilshommes, armés de poignards, profitant de ces troubles, occupaient les appartements des Tuileries pour enlever la famille rovale. Il se rendit aussitôt au château et fit désarmer et chasser ces « chevaliers du poignards >.

Adrien Du Port, à la tribune des Jacobins, accusa La Fayette, comme le

l80 LE DÉFENSEUR DE LA CONSTITUTION

mière, pour faire prisonniers un bataillon et un commandant de bataillon connus par leur patriotisme ; il invoquoit les lois, lorsqu'à La Chapelle, il faisoit couler le sang des citoyens (25).

Il devoit entrer dans son plan de purger l'armée de tous les soldats patriotes qui avoient commencé la révolution, et qui étoient les plus fermes appuis de la cause du peuple. Il se chargeoit de faire emprisonner arbitrairement ceux même qui, avec des congés en bonne forme, venoient à Paris invoquer la justice de l'Assemblée nationale; c'est lui encore qui, ligué contre eux avec les ministres de la guerre et le comité militaire du corps constituant, favorisa de tout son pouvoir cet affreux système, inventé par le génie du despotisme, de les chasser, de les proscrire par des ordres arbitraires, par des cartouches infamantes, par des jugemens monstrueux, que réprouvoit la tyrannie même de l'ancien régime (26).

Charmés, de ces exploits, les ennemis de la révolution reprirent bientôt leur audace, et ranimèrent leurs espérances. Ils apprirent de lui à cacher leurs intentions perfides sous le voile d'un civisme hypocrite. Fier de leur appui, il osa braver ouvertement l'opinion publique. Au mois de février 1790, il veut favoriser le départ du roi, dont le motif alarmoit tout Paris. La garde nationale elle-même crut remplir un devoir de civisme, en refusant de le protéger. M. Lafayette saisit cette occasion de faire sa cour au mo-

dit Robespierre, « de tenir sans cesse sur pied toute l'armée parisienne à la poursuite d'ennemis invisibles et de créer ainsi de véritables périls en en supposant d'imaginaires ». (F. Robiquet: Le personnel municipal de Paris sous la Révolution, p. 568. — Aulard: La Société des Jacobins, t. II, pages 96 et suivantes. — Cf. Charavay, ibid., p. 261.)

(25) Le 24 janvier 1791, des troubles, provoqués par les chasseurs soldés, avaient éclaté à La Chapelle-lès-Saint-Denis et ces soldats avaient tiré sur le peuple et même sur le maire et les officiers municipaux qui voulaient prévenir ces désordres. Deux gardes nationaux du pays qui protégeaient la municipalité avaient été tués. On rendit Bailly et La Fayette responsables de ces faits qui furent évoqués, d'abord par Elie Lacoste, à l'Assemblée législative le 11 mai I792; puis plus tard, par Sergent à la Convention en prairial en II.

(26) Le projet de réorganisation de l'armée, présenté par le Ministre de la Guerre, La Tour du Pin, prévoyait la remise de cartouches jaunes ou infamantes, aux soldats coupables d'insubordination. Un décret, rendu le 6 août 1790. sur la proposition du comité mi'itaire de l'Assemblée, projet rapporté par Emmery, réglementa cette pénalité et en atténua la rigueur.

SIXIÈME NUMÉRO l8l

narque, et de prendre un empire despotique sur la garde nationale parisienne. Il affecte un grand courroux contre cette prétendue désobéissance aux ordres du général; il le manifeste par un écrit où il proclame des principes dignes du chef d'une garde prétorienne, il feint de donner sa démission; cependant l'état-major et tous ses partisans intriguent dans les bataillons, pour les déterminer à le conjurer de reprendre le commandement; sa retraite est présentée comme une calamité publique; une multitude de bourgeois imbécilles pensent que c'en est fait de la sûreté publique et de la capitale, si M. Lafayette se retire. Les officiers de chaque bataillon, à la tête d'une partie des fusilliers, se rendent chez lui, avec les drapeaux, pour lui demander pardon de l'acte civique qui avoit provoqué sa colère. Ce nouvel Achille se refuse à leurs instances, jusqu'à ce qu'ils aient consigné leur repentir dans un acte solennel; que dis-je! jusqu'à ce que la garde nationale ait prêté à la personne de Lafayette un serment particulier de fidélité. Cet acte anti-constitutionnel, séditieux de la part de celui qui le provoqua, qui le souffrit, qui l'adopta; cet acte, qui déclaroit Lafayette, chef de faction, eût été puni de mort chez un peuple libre et sous le règne des loix : parmi nous (27), il fut dénoncé à l'opinion publique: mais les lois restèrent muettes. Déjà le parti de Lafayette dominoit dans l'Assemblée nationale, et les tribunaux étoient peuplés de ses créatures (28). Aussi, peu de tems après, il osa commettre un nouvel attentat du même genre contre la constitution, en adressant, en son nom, à la ga :de nationale

(27) En février 1791 (et non 1790, comme l'écrit Robe erre par erreur), des bruits avaient déjà couru concernant l'enlèvement du oi, et des attroupements sous les fenêtres des Tuileries avaient dû être dispersés. On a vu, ci-dessus, la tentative des « Chevaliers du poignard » du 28 de ce mois; le 18 avril, le roi ayant voulu se rendre à Saint-Cloud, une émeute l'empêcha de sortir du palais. La Fayette, impuissant, remit sa démission le 21. Des démarches furent faites pour le faire revenir sur sa décision. « Sa maison, dit E. Charavay, était remplie de gardes nationaux qui lui prodiguaient les marques les plus serviles de vénération et s'agenouillaient devant lui ». Enfin, le 26, il revint sur sa décision, sous condition qu'un serment de fidélité serait prêté à sa personne. (Cf. Charavay, p. 264). — (Tourneux, ibid., t. I, n° 2.154. - Histoire parlementaire, t. IX, pp. 414, 419 à 431).

(28) Dubois-Crancé et quelques autres, écœurés, donnèrent leur démission de gardes nationaux, par une lettre qui fut imprimée par la Société des Amis de la Constitution. (Cf. Aulard, ibid., p. 353).

l82 LE DÉFENSEUR DE LA CONSTITUTION

parisienne, une proclamation où il cherchoit à la flagorner, en la distinguant des citoyens, en lui persuadant que la destinée de l'empire reposoit uniquement sur son zèle; où il provoquoit son animadversion contre les patriotes, ses adversaires, qu'il désignoit sous la dénomination de factieux (29).

Ce n'étoit point assez de vouloir attacher à son parti l'armée parisienne, il falloit encore étendre sa domination sur toutes les gardes nationales de France. Il avoit fait proposer, par quelques-uns de ses amis, à l'Hôtel-de- Ville de Paris, de lui décerner le titre de généralissime de toutes les gardes nationales de l'empire; en même tems qu'on offroit le titre de municipe général à M. Bailli, qu'il gouvernoit avec un empire absolu. Il repoussa ce titre avec les armes de la constitution, et comme César repoussait le diadème; content des avantages que lui donnoit cette seule proposition, il s'appliqua à exercer de fait la dictature, qui ne pouvoit lui être conférée formellement.

On sait comment il fit servir à ce projet la fédération même du 14 juillet 1790. Il s'empara des fonctions de chef des représentans armés et de président de cette cérémonie nationale. Aux démonstrations inconcevables d'idolâtrie que les fédérés lui prodiguèrent, et qu'il savoit si bien provoquer par les petites minauderies auxquelles il étoit exercé, on eût dit que la nation ne s'étoit assemblée que pour lui rendre hommage; jamais ni les bottes de Charles XII, ni le cheval de Caligula, ne jouèrent un rôle aussi important que le cheval et les bottes de Lafayette dans cette immense Assemblée (30).

Cette fête, où devoit se déployer la majesté du peuple, fut indigne de lui ; Lafayette sut la faire tourner au détriment de l'esprit public qu'elle devoit élever; il en avilit le caractère auguste, il la ravala jusqu'à lui. Il envoya dans leurs provinces les députés fédérés remplis de fausses idées, de préjugés ser viles et surtout d'un engouement

(29) Plusieurs procès le concernant furent étouffés. Il fut défendu par Brissot, et devant la justice, par l'avocat rémois, Tronson Du Coudray. {Histoire parlementaire, t. X, p. 142. Cf. Charavay, ibid., p. 267).

(30) Le 10 juillet, La Fayette avait été proclamé président de l'Assemblée des fédérés, dont il présenta une députation le 13 à l'Assemblée nationale. (Cf. Charavay, ibid., p. 233, et pièces justificatives, n° XVIII).

honteux et ridicule pour la plus méprisable idole. Il ne manqua pas d'entretenir ces dispositions par sa correspondance et par ses émissaires dans toutes les parties de l'empire. Il retint à Paris les députés de la fédération, qui formèrent alors ce fameux club des fédérés, connu par les principes anti-civiques qu'il afficha aux dépens de la tranquillité publique, et qui devint un des principaux instrumens de ses pernicieux desseins. Il envoyoit ses aides-decamp dans les départemens, comme un souverain envoie des ambassadeurs ; c'est ainsi qu'il concertoit à Nancy, avec Bouille, le massacre des régimens en garnison dans cette ville (31), et les désastres de tant d'autres corps, victimes de leur amour pour la patrie. Il tramoit aussi contre la souveraineté des peuples étrangers; il étoit un des agens principaux des perfides négociations qui, en 1789, remirent les Brabançons sous le joug autrichien; aucun attentat contre la liberté ne fut commis sans son intervention (32).

Mais ce n'étoit point assez pour lui de l'assassiner en détail, il vouloit lui porter un coup décisif. Au mois de juin 1791, le roi fuit. Cet événement étoit connu d'avance à Paris, et même dans les pays étrangers. Ce complot avoit été tramé par Lafayette, à qui la garde du roi étoit spécialement confiée, avec des hommes dont il s'étoit déclaré l'adversaire, dans le tems où leur ambition les portoit à défendre la cause publique (33). Le roi fut arrêté; j'ignore si ce fut par les soins de cette faction ou à son insçu (sic); mais voici le résultat de cet événement, et le fond de tout ce mystère d'iniquité.

Lafayette redoutoit la colère du peuple, qui étoit disposé à lui imputer cette trahison. Sa réunion avec la faction rivale étoit pour elle et pour lui une sauve garde nécessaire.

(31) Les troubles de Nancy d'août 1790, dont il est question plus haut (p- 173).

(32) On a vu, ci-dessus (p. 172^, la réserve que le ministère observait vis-àvis des révolutionnaires de Belgique. Camille Desmoulins, dans ses Révolution de France et de Brabant, tenait sur cette révolution, l'esprit public en éveil. La Fayette avait, le 9 juillet 1790, chargé Dumouriez d'une mission à Bruxelles ; mais il ne tarda pas à se désintéresser du sort des patriotes brabançons. (Cf. Charavay, ibid., p. 240. - Chuquet: Jemmapes, p. 51. - A. Sorel: l'Europe et la Révolution, t. I).

(33) Les Lameth, Duport, Barnave et toute leur faction. (Note de Robespierre).

Les Lameth se hâtèrent de faire décréter par l'Assemblée nationale, que Lafayette avoit la confiance de la nation, qu'il n'avoit pas, et que le salut public lui étoit confié. Le même jour ce commandant de la garde nationale se rend à la société des amis de la constitution, dont il s'étoit jusqueslà déclaré l'ennemi, avec les Lameth, qui depuis long-tems l'avoient abandonnés; ils déclarent cette monstrueuse réunion, que les sots regardèrent, sur leur parole, comme un acte de vertu et qui, aux yeux des citoyens éclairés, ne paroissoit qu'une conspiration redoutable contre la liberté. Là, on lui reproche publiquement divers actes dont il s'est rendu coupable. On articule contre lui des faits importants dont on le somme de se justifier; il parle et ne répond rien, sinon que c'est lui qui a le premier énoncé cette maxime: « un peuple est libre toutes les fois qu'il veut l'être ».

A l'Assemblée nationale, la coalition faisoit rendre les décrets que le public trouvoit vigoureux, foudroyans même pour le roi et pour la royauté. On décrétoit des levées de troupes, on créoit des officiers, des généraux, comme si l'on avoit eu à repousser les puissances de l'Europe conjurées ; la France entière étoit à genoux devant la sagesse et devant l'énergie de l'Assemblée constituante. Dans le même tems, Lafayette captoit la bienveillance du peuple de Paris, en exaltant lui-même l'indignation que la fuite de Louis XVI avoit excitée; il arboroit les emblèmes de la liberté; il en parloit le langage, il se montroit à la tête des citoyens armés de piques, mêlés aux gardes nationales en uniforme; les habitans des fauxbourgs, couduits par lui, défiloient devant l'Assemblée nationale, en criant: « Vive la nation ». Le roi étoit suspendu de ses fonctions, il avoit été ramené dans son palais avec un appareil humiliant, au milieu d'une armée de gardes nationales, à la vue d'un peu-

(34) La fuite de la famille royale, partie le 20 juin 1791, ne fut connue que le 21 au matin. Sentant la terrible responsabilité qui pesait sur lui, La Fayette se rendit à l'Assemblée en costume militaire, ce qui souleva un premier sentiment de colère, un décret défendant à toute personne de délibérer en uniforme ; attaqué par Reubell, il fut défendu par Barnave et Lameth. Le soir, il se rendit, avec ceux-ci, à la Société des Jacobins qu'il avait désertée depuis longtemps. Il fut violemment pris à partie par Danton. (Cf. Aulard, ibid., t. II, pp. 534 à 537). •

pie immense; il étoit confié par un décret à la garde de Lafayette. Tous les citoyens se livroient librement à des sentimens énergiques, dont il sembloit lui-même solliciter l'exploision (sic); les pétitions des directoires, provoquées alors par la coalition, étoient toutes dirigées contre le roi. Lafayette avoit garanti sa protection à ce prince, depuis long-tems le jouet de son ambition ; d'un autre côté, il excitoit les espris ardens et peu éclairés aux partis extrêmes; il faisoit prêcher la république par des patriotes imprudens; des écrivains connus prouvaient, par ses ordres, que le gouvernement républicain convenait seul à la France ; ils affichoient même cette opinion sur les murs de Paris. Attendez le dénouement de toute cette trame (35).

C'est dans ces circonstances que la coalition dominante propose à la discussion de l'Assemblée nationale le parti à prendre à l'égard du roi. Tandis que les membres étrangers à toutes factions demandeent qu'il soit jugé suivant les lois, Lafayette et ses partisans épuisent toutes les ressources de la calomnie, pour les peindre comme des factieux et comme les chefs d'un prétendu parti républicain, qui cherchent à renverser la constitution (36).

Le peuple attachoit à cette délibération le sort de la révolution. Lafayette avoit encore échauffé les esprits, en lui fermant les tuileries, et en hérissant de baïonnettes toutes les avenues de l'Assemblée nationale.

Peu de jours avant celui où cette question devoit être

(35) Le marquis de Bouille revendiqua l'honneur d'avoir conseillé la fuite du roi, écartant ainsi de toute complicité, son cousin La Fayette qu'il accusait même, comme Robespierre, de faire prêcher la République; il menaçait la France d'une invasion étrangère. (Séance de l'Assemblée nationale du 20 juin). Le 2 juillet, La Fayette protesta contre les accusations de son cousin. (Moniteur, t. IX, pp. 7 et 35. - Tourneux, t. I, n° 2.302.

(36) Les Feuillants et les modérés, Le Chapelier, Muguet de Nanthou, d'André, La Rochefoucault-Liancourt, Prugnon, etc., défendant le principe de l'inviolabilité royale, avaient demandé la mise hors de cause du roi et des siens qui auraient, d'après eux, cédé à la contrainte, et de ne poursuivre que les complices ; tandis que Robespierre démontrait, en un discours qui fit sensation, qu'il ne pouvait y avoir de complices, là où il n'y avait pas de coupables : < Qu'on m'accuse, si l'on veut, dit à cette occasion Robespierre, de républicanisme; je déclare que j'abhorre toute espèce de gouvernement où les factieux régnent >. (Séances des 13, 14 et 15 juillet 1791. - Discours reproduit in-extenso dans l'Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, t. XI, p. 24 et suivantes. - Point du Jour, de Barêre, n08 736 et suivants. - Courrier de Provence, n° 317. - Adresse de Maximilien Robespierre aux français, p. 18).

l86 LE DÉFENSEUR DE LA CONSTITUTION

décidée, on avoit proposé dans la société des amis de la constitution, une pétition dont l'objet étoit de déterminer les représentans à consulter la nation, avant de prononcer sur le sort du monarque, et qui devoit être signée par les citoyens rassemblés paisiblement et sans armes. Lafayette avoit lui-même provoqué cette démarche par ses émissaires secrets ; en même tems, il cherchoit à la rendre odieuse et suspecte, en faisant circuler dans le public d'autres pétitions, tendantes directement à l'abolition de la royauté. Dès long- tems, la plus atroce politique avoit marqué le jour où elle devoit être signée, pour exécuter le plus funeste de tous les complots. Ce jour éclaira tous les crimes que le plus lâche des tyrans peut inventer. Ce. jour vit égorger, sur l'autel de la patrie, 1500 citoyens paisibles, préparant une pétition légitime qui devoit être soumise aux représentans du peuple ; des citoyens même qui ne prennoient (sic) aucune part à cet acte, des femmes,, des en fans, des vieillards, tous périrent sous les coups de leurs frères, sous les coups des gardes nationales armées pour la défense de la liberté. Oui pourroit dire par combien de forfaits ce dernier forfait fut préparé ! Quelles calomnies répandues, pour précipiter dans le cœur des citoyens, le fer des citoyens égarés ! Les liqueurs enivrantes prodiguées! un coup de pistolet innocent, dirigé tout exprès contre Lafayette ; la fastueuse clémence affectée par ce dernier envers cet assassin officieux ; tous ces infâmes artifices ne sont rien encore auprès d'un autre crime que ma plume refuse de retracer. Rappelerai-je à mes concitoyens, que, pour irriter le zèle des gardes nationales, pour pallier, aux yeux du public la cause du massacre projette, et pour trouver des bras qui pussent l'exécuter, on avoit eu l'horrible précaution de faire pendre à six heures du matin deux hommes inconnus, près du même lieu où les pétitionnaires ne se rassemblèrent que long-tems après. Qui pourroit croire à cet attentat, si l'on ne rappeloit que la même perversité avoit sacrifié le boulanger François, pour trouver, dans cet événement, un prétextte de provoquer la loi martiale (37).

(37) Sur la journée du dimanche, 17 juillet 17QI, la proclamation de la loi martiale, et le massacre qui eut lieu au Champ de Mars, voir la revue La

Le but de toutes ces horreurs étoit digne des hommes qui les combinèrent de sens froid (sic). On vouloit jeter un voile sur les infâmes manœuvres des conspirateurs; on vouloit anéantir les sociétés patriotiques, et épouvanter tous les amis de la liberté, pour immoler impunément la constitution au despotisme de la cour, ou plutôt à l'ambition scélérate des factieux qui se jouaient à la fois, et du peuple et du monarque. Tous ces attentats furent exécutés à-la-fois; le roi fut déclaré au-dessus des lois, les défenseurs des droits de la nation calomniés avec une impudence inouïe par la coalition dont Lafavette était le chef; les sociétés patriotiques divisées; la société des amis de la constitution près d'être dissoute par la violence, et l'Assemblée nationale environnée de baïonnettes, retranchée comme dans une forteresse inaccessible, égarée par les intrigans qui s'étoient ligués pour la maîtriser, ébranla son propre ouvrage, sous prétexte de le perfectionner.

Cependant les coups funestes portés à la constitution, par ces dernières manœuvres, ne suffisoient point pour remplir leurs vues coupables. Ils avoient été obligés de s'arrêter, parce que l'opinion publique fatiguée n'auroit pu souffrir alors de plus grands attentats contre la liberté ; mais la constitution, telle qu'ils l'avoient laissée, étoit encore trop favorable à l'égalité, pour convenir à leur ambition. Elle écartoit, pour plusieurs années, les membres de l'Assemblée constituante de la législature et du ministère; elle leur donnoit pour concurrens, dans la carrière politique, des millions de Français qui pouvoient aisément les surpasser en vertus; la paix et le prompt affermissement du nouveau régime les replongeoient dans le néant, avec leurs titres, dont il les avoit dépouillés, et les préjugés aristocratiques qu'il avoit détruits. Pour modifier la constitution au gré de leurs intérêts particuliers, et pour prolonger leur scandaleuse existence politique, ils avoient besoin à la fois des troubles intérieurs et de la guerre étrangère. Ils n'épargnèrent rien pour fomenter les uns

Révolution française, t. XXIV, pp. 316 à 319. - Histoire générale de Lavisse et Rambaud, t. VIII, pp. 100 et 101.

La popularité de La Fayette sombra définitivement dans ce sang inutilement répandu.

l88 LE DÉFENSEUR DE LA CONSTITUTION

et pour allumer l'autre. On a vu que Lafayette avoit déjà beaucoup contribué à semer partout les germes de la division et de la tyrannie ; il avoit de tout tems protégé la sédition des prêtres, au nom de la tolérance et de la liberté des cultes; il avoit favorisé, autant qu'il étoit en lui, particulièrement par l'amnistie (38) qu'il avoit provoquée, et les émigrations et les rassemblemens des rebelles sur nos frontières ; ensuite, il excita les orateurs de son parti à provoquer la guerre contre cette même maison d'Autriche, dont il avoit défendu le despotisme contre le peuple branbançon (sic). Tout en affectant sur ce point une indifférence suspecte, il sut mettre à profit l'impatience de la nation et son penchant à l'enthousiasme guerrier. Tous les calculs de son ambition portoient sur cet événement. Après la fin de la législature, il avoit feint, comme un autre Washington, de se retirer dans ses terres (39), et prit peu de jours après le commandemant d'une armée qui lui étoit destinée dès long-tems (40). On se rappelé qu'à la même époque, il adressa à l'armée parisienne des adieux où il exhortoit toutes les gardes nationales de l'empire à le regarder comme leur chef et comme leur héros, dans le cas où la patrie seroit menacée (41). On ne peut douter qu'il ait employé, auprès de son armée, tous les moyens qu'il avoit mis en usage pour exciter l'idolâtrie des gardes nationales; pour s'en convaincre, il suffit de lire la proclamation du général La Fayette à son armée en marche (42).

(38) L'amnistie, votée par l'Assemblée nationale en fin de session, le 13 septembre 1791, sur la proposition de La Fayette.

(39) Le 18 octobre, après la séparation de l'Assemblée constituante (30 septembre), La Fayette se retira, dans sa famille, à Chavaniac, en Auvergne.

(40) Les bruits de guerre et l'organisation de l'armée française firent sortir La Fayette de sa retraite. Louis XVI, pour répondre aux provocations des émigrés et de l'électeur de Trêves, forma trois armées dont il confia le commandement aux généraux Rochambeau, Luckner et La Fayette (ce dernier, en dépit de la Constitution, ijui défendait aux membres de l'Assemblée Constituante d'accepter toute place ou fonction du pouvoir royal). Le ministre de la guerre Narbonne annonça ces choix à l'Assemblée législative le 14 décembre 1791.

(41) Proclamation de La Fayette à la garde nationale. (Journal de Paris, du 19, décembre 1791, p. 1439).

(42) Arch. htst. de la Guerre, armée du Centre. Cette proclamation est datée du i*T mai ; elle a été publiée in-extenso par le Moniteur du 9. (Réimp. t- XII, p. 331).

SIXIÈME NUMÉRO l8û

Le persécuteur implacable des soldats patriotes et du peuple, a décoré sa tente de tous les emblèmes de la liberté, et ne parle à ses troupes que de la déclaration des droits dont il ose se dire le père. L'Assemblée nationale, trompée par ses nombreux partisans, a secondé elle-même ses funestes projets, en investissant les généraux d'une dictature contraire à tous les principes de la liberté, en lui prodiguant à lui-même des hommages indignes d'elle, démentis par le sang innocent qu'il a versé, et par la juste indignation de tous les citoyens éclairés (43).

Cependant, qu'a fait jusqu'ici ce grand général? Il a enchaîné le courage de nos troupes, tandis que les ennemis rassembloient de nouvelles forces; et déjà, oubliant les Autrichiens, c'est aux patriotes français qu'il déclare la guerre, à l'exemple de Léopold. Loin d'ébranler le trône des despotes, il prétend défendre en France même le despotisme autrichien contre l'Assemblée nationale; déjà, il faudroit croire qu'il aspire à l'honneur de jouer parmi nous le rôle de Monk, si l'on ne savoit que tous les rôles qui peuvent convenir à son ambition, lui son indififérens, et qu'il ne lui en coûteroit pas plus pour immoler le roi qu'il a avili, que pour écraser le peuple dont il a versé le sang. Tel étoit le but secret de la guerre où nous sommes engagés ! C'est en vain que je l'avois cent fois annoncé, en prouvant l'absurde inconséquence de confier la défense de l'Etat au plus dangereux ennemi de la liberté; les manœuvres de l'intrigue et les cris de l'enthousiasme ont étouffé la voix de la vérité (44). Il vient enfin de lever le masque : sa lettre

(43) Le quartier général de l'armée de La Fayette était d'abord à Metz. Il occupa ensuite le camp de Maubeuge.

(44) < Dans une conférence tenue à Valenciennes, le 18 mai, les généraux (présidés par La Fayette), refusèrent de reprendre l'offensive et en avisèrent le gouvernement. La Fayette ne s'en tint pas là. Après s'être rapproché des Lameth et de Duport, il se décida à une démarche d'une exceptionnelle gravité. Il fit savoir à l'ambassadeur d'Autriche, à Bruxelles, que si l'intention du roi de Hongrie n'était pas de se mêler de la Constitution française et de dicter la loi à la France en ce qui concernait la politique intérieure, lui-même était décidé, d'accord avec Rochambeau, à marcher avec son armée sur Paris pour anéantir les Jacobins, rétablir le pouvoir royal dans toute son étendue constitutionnelle, rappeler les émigrés, rétablir la noblesse sans prérogatives, supprimer la garde nationale et établir une seconde Chambre. A cet effet, il demandait une armistice. Mercy répondit que la négociation devait être menée avec Vienne et Berlin ». (G. Michon, ibid., p. 123). — Lettre de Mercy à

à l'Assemblée nationale et celle qu'il a adressée au roi, le montrent tout entier. Mais cet acte séditieux doit être l'objet d'une discussion particulière; il doit être surtout l'objet d'un décret aussi prompt que sévère du corps législatif. Il n'est pour l'Assemblée nationale, que deux alternatives : il faut ou qu'elle déploie contre Lafayette une énergie digne de cet attentat ; ou qu'elle descende au dernier degré de f oiblesse et de l'avilissement.

Lettre écrite à un député de l'Assemblée Nationale de France à Paris (45)

Trêves, le 14 juin 1792.

Monsieur,

Le désir d'être utile à ma patrie, m'a conduit en Allemagne, depuis le mois de janvier dernier; j'ai voulu la servir, non pas comme les émigrés, dont je porte la cocarde, et dont je sais assez bien contre-faire le langage; mais comme il appartient à un vrai patriote, et comme le doit faire un français régénéré par la constitution J'ai été assez heureux, pour réussir à rassembler des notes assez précieuses, pour être communiquées au comité de surveillance ; j'espère les porter moi-même à Paris, où je serai rendu vers le tems de la Fédération; mais je crois devoir, avant mon arrivée, vous faire parvenir celles que vous trouverez ici; elles viendront à l'appui de la plus juste dénonciation

Kaunitz, du 16 mai, dans Glagau, op. cit., p. 318-320. — La Fayette avait avoué, peu après, à Jaucourt qu'il aspirait à la dictature. Cf. A. Maihiez: L'intrigue de La Fayette et des généraux au début de la guerre de 17Ç2 dans les « Annales révolutionnaires » de mars-avril 1921).

(45) Les deux lettres qui suivent ont rapport aux intrigues et aux menées de la contre-révolution. La première émane d'un espion français, entré dans les bureaux de Calonne, à Coblentz et qui signale une démarche faite par un envoyé de La Fayette.

Vers la même époque, La Fayette fit faire également, par l'abbé Lambinet, des propositions aux Autrichiens, si nous en croyons une dépêche adressée le 26 mai 1792, par Kaunitz à Mercy-Argenteau et publiée dans un ouvrage contenant des documents sur La Fayette empruntés aux Archives impériales d'Autriche: Vivenot, Quellen sur Politik der deutschen Kaiser politik œsterreichs (1873, t. I et II). Cette dépêche a été reproduite dans la biographie de La Fayette par E. Charavay, p. 299).

que Ton ait jamais faite à la tribune de l'assemblée nationale; j'espère, avec les vrais français, que vous la reprendrez, Monsieur, et que vous ferez valoir par-tout les moyens que votre patriotisme vous fournira la nécessité

qu'il y a de faire quitter le commandement à M.L (46).

Voici ce que je sais de certain sur son compte, et les indices que j'ai de sa perfidie. Je suis entré, comme secrétaire en second, dans les bureaux du sieur de Calonne (47) le 18 février; j'ai obtenu cette place à la recommandation d'un ci-devant seigneur, dont mon père étoit procureur-fiscal, sous le règne des tyrans ; je n'ai rien vu, dans ce tems, qui méritât sérieusement d'être communiqué; ce n'est que depuis environ quinze jours, que je me suis apperçu que l'aigreur que les gens instruits de Coblentz avoient contre celui qu'ils appelent, par dérision, le général Morphée, étoit bien diminuée : il est vrai qu'auparavant, on se cachoit soigneusement de moi, et je n'écrivois dans mon bureau, que des ordonnances de payemens, de registres de ces mêmes ordonnances, quelques lettres de détails, quelqu'état de situation de caisse et de comptabilité, en un mot, des choses peu intéressantes; enfin, soit que l'espérance rende plus confiant, soit que l'on se soit moins méfié de moi, on ne s'en est pas caché, pour me montrer un officier de génie, dont je n'ai pu savoir que le nom de Coblentz, qui est du Rivier (je crois être sûr qu'il en a un autre), envoyé de la part de M. Lafayette; c'est un homme de cinq pieds cinq à six pouces, fort brun, assez bien fait, les yeux noirs et enfoncés, bouche et le nez grands ; il a été introduit chez le

(46) La Fayette.

(47) L'ancien ministre des finances de Louis XVI, Charles-Alexandre de Calonne (1734-1802) était émigré, avec les princes à Coblentz. Il dirigeait le bureau de la contre-révolution et s'occupait des affaires intéressant plus particulièrement la politique personnelle des frères de Louis XVI. Son parent, Charles-François Riffardeau de Rivière (1763-1828), aide de camp du comte d'Artois, réfugié alors à Turin, lui servait d'intermédiaire, et autant dire d'espion; il fut chargé de diverses missions. C'est peut-être lui dont il s'agit, dans la lettre ci-dessus où il est question d'un certain « Du Rivier >.

Il devint gouverneur de la 8e division militaire sous la Restauration (ancienne Provence). Ses mémoires furent publiés après sa mort : Mémoires posthumes, lettres et pièces authentiques touchant la me et la mort de Charles- François, Duc de Rivière. Paris, Ladvocat, libraire de S. A. R. M. le duc de Chartres, quai Voltaire et Palais-Royal; Dufey, éditeur, rue des Beaux- Arts, 14, près celle des Petits-Augustins (1829).

sieur Calonne, à neuf heures du soir, le 3 de ce mois, et le lendemain matin, à dix heures, il est revenu en uniforme d'Ath, c'est-à-dire, gris de fer, et a été conduit par le sieur Calonne, chez les princes français; celui-ci, le sieur Calonne, affectoit de l'appeler mon cousin, quoiqu'il soit certain qu'il n'en a pas de ce nom. Je ne l'ai revu que pour le souper, après lequel j'ai été appelé, pour mettre sous enveloppe un gros paquet d'assignats, dont j'ignore le montant, mais ils étoient tous de cinquante livres; il m'a paru y en avoir deux cents, en deux cahiers de cent chacun, plies sous bandes de papier cacheté. Cela fait, j'ai compté cinq mille louis d'or, que le sieur Calonne a remis lui-même, en un sac de cuir, audit sieur du Rivier, qui les a emportés ; en le conduisant, je lui ai entendu dire, à demi-voix : diteslui, mon cher cousin, que l'homme de Bruxelles a certainement reçu les ordres du roi de Hongrie, pour les quinze cents mille guinées. A quoi l'autre a répondu: êtes-vous sûr d'Ostende pour le partisan ? Oui. a dit le sieur Calonne, j'en suis assuré; adieu. Ils se sont séparés, et il est parti à onze heures du soir en poste; je l'ai vu monter en voiture, avec un espèce de valet, qu'il a appelé Joseph.

Le 5, à neuf heures du matin, étant à mon bureau, j'ai été appelé dans le cabinet où j'ai écrit une lettre sous-dictée, pour le général Schroëder, commandant-royal à Luxembourg, afin de le prier de faire bien recevoir dans sa forteresse, un officier-général français, fort connu par le rôle qu'il a joué dans la révolution; on ne le nomme pas, mais tout de suite j'en ai écrit trois autres, une à Bruxelles, une à Trêves, et la dernière à Mayence. aux officiersgénéraux commandant les émigrés, par lesquelles on les prévient qu'il est possible que, sous peu de jours, il arrive dans les villes où ils sont établis, un ou même deux officiers-généraux constituttionnels (c'est ainsi qu'on les appelé ici) ; et que l'intention des princes étoit qu'ils fussent bien reçus, non seulement par les chefs, mais encore par les subordonnés ; à l'effet de quoi, il leur est enjoint d'aller audevant de ces mêmes officiers-généraux, s'ils le trouvent nécessaire.

Voici, Monsieur, ce qui est arrivé depuis; le 10, il est arrivé une lettre de Flandres, par laquelle un sieur Beau-

SIXIEME NUMERO IÇ3

rain écrit, sous double enveloppe, au sieur Calonne; je l'ai remise moi-même, et j'ai vu celui qui la lisoit, laisser échapper des marques de joie; j'ai cherché à me la procurer et le même jour, vers cinq heures, j'ai pu la prendre dans le carton; je commençois à lire, lorsque le sieur Calonne est entré, il n'a pas fait semblant de le remarquer ; mais le n, j'ai reçu, à six heures du matin une somme de 600 livres et mon congé; tout ce que je puis dire de cette lettre, c'est qu'elle commence par ces mots: (Tout va toujours pour le mieux du monde pour nous, les chefs sont d'accord sur les moyens). Elle est timbrée au bas de la première page. J'ai profité de mon congé, pour venir faire l'aristocrate ici, et retirer vingt louis que j'ai eu la foiblesse de prêter à un de ces houbéraux (sic), dont les trois quarts meurent de faim; j'espère cependant être payé, et pouvoir repartir, le 25 ou 26 d'ici, pour me rendre à Paris, par la Flandre française: mon premier soin, Monsieur, sera d'aller vous voir ; comme je ne puis y aller en poste, je ne suis pas sûr d'y être avant le 8 ou le 10 juillet; je vous porterai des notes sur la farce de Coblentz, et j'irai admirer, avec le plus grand plaisir, l'assemblé (sic) nationale, et entendre encore les airs chéris de la liberté.

Lettre de Metz (48)

Les patriotes voient, avec douleur, que M. Belmont est trop vieux et trop peu actif, pour commander à Metz; il ne voit rien par lui-même, il est obligé de s'en rapporter à des sous-ordres suspects, et, pour comble de malheurs, on nous annonce pour commandant temporaire, un homme sans moyens, et dont les sentimens sont équivoques, tels que Senazaront, Jobat, ci-devant commandant de la citadelle, dont le fils, capitaine dans Lauzun, vient d'émigrer avec Dutertre qui en étoit lieutenant-colonel. Nous apprenons que Luxembourg est à présent dans l'état de défense le plus formidable, que tout est palissade, les parapets, banquettes relevées, les fortifications en état, les munitions

(48) Voir ci-dessus, p. 101.

de guerre et de bouche pour trois ans; et qu'il n'y a que quatre mille hommes de garnison, tandis que les préparatifs, en tout genre, se font dans nos villes de guerre, avec la lenteur la plus criminelle; rien n'est poussé, rien n'est surveillé ; on ignore si l'on est approvisionné suffisamment ; c'est ce qui a déterminé les citoyens à faire cette adresse à M. Belmont, pour lui demander l'état des magasins de vivres et de fourrages, des munitions de guerre, etc. Je doute s'il répondra à toutes ces questions.

On dit qu'un camp autrichien, composé en grande partie, de nos émigrés, se forme près de Virton, en face de Montmédy. L'escadron de dépôt du troisième régiment des chasseurs à cheval, (ci-devant Flandres), envoyé à Verdun, pendant trois semaines, est revenu, lundi n, à Metz, pour y tenir garnison : depuis le départ des hussards du colonel-général pour les gorges de Fontay (49), il ne nous restoit plus en cavalerie, que quatre-vingt hussards ou recrues de Lauzun, qui ne peuvent point faire de service. Le général Lafayette vient de renvoyer à Metz une charretée de filles publiques qui avoient suivi la garnison, et qui gâtoient son armée : on les a mises à la renf ermerie. On cherche à sacrifier un sous officier de Castella, qui a dit, dans son corps de garde, pourquoi les suisses ne planteroient-ils pas l'arbre de la liberté, comme les autres régimens? Ce sont des soldats du poste, qui l'ont dénoncé à leurs officiers, qui sont à ses trousses, et qui disent qu'il faut cette permission des cantons, pour cette plantation. L'aumônier de l'hôpital militaire, ex-capucin, qui a quitté son habit, sans vouloir jurer, a été condamné hier à trois mois de prison et à 23 liv. d'amende, pour avoir enterré précipitamment, par esprit d'intérêt, et jalousie de métier, un volontaire qu'il savoit devoir lui être enlevé par le curé St-Vincent qui devoit faire la cérémonie à meilleur compte.

(49) Mis pour « Fontoy » à l'ouest de Thionville.

Articles contenus dans ce numéro 50 pages (305 à 374) (1)

Pages du document

Page 1