‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 7 sur 72 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

Une effervescence avait grandi autour de cette idée de guerre. Robespierre ne l'envisage pas sans angoisse. Résistant courageusement à l'entraînement général, il met en garde, ce même jour, 28 novembre 1791 (12), le peuple, les démocrates, les patriotes contre ce frémissement belliqueux qu'ils éprouvent, contre cet élan guerrier qui les entraîne dans une aventure dangereuse pour la Révolution et pour le développement de ses institutions et de ses principes. Cette guerre, si elle est décidée, serait dirigée par une Cour qui cherche à l'étranger un appui pour enrayer la Révolution; la conduite des opérations serait confiée à des généraux suspects comme La Fayette qui s'apprête à jouer le rôle de Monck ; l'armée elle-même n'est pas prête à entrer en campagne ; et les intrigues des ennemis de l'intérieur sont bien plus redoutables, bien plus à craindre que les menées sourdes des émigrés du dehors ou les menaces de quelques petits princes allemands, leur complices.

Cette attitude de Robespierre déplut aux partisans de la guerre. Une réponse cependant modérée à Brissot qui, dans son journal Le Patriote français avait poussé le cri de guerre, est le prétexte de la rupture (discours du 18 décembre); et pendant plus de trois mois, Robespierre et Brissot se livrent à la tribune du club et dans les journaux à une lutte ardente, passionnée, qui divise à jamais le parti révolutionnaire. Du côté de Robespierre, se rangent tous les futurs Montagnards; et ceux qui désormais allaient constituer le parti, dit de la Gironde, soutiennent la politique de Brissot.

Et plus Robespierre souligne les dangers que cette guerre ferait courir à la liberté naissante, plus la campagne devient violente, furieuse, et elle redouble d'intensité lorsqu'en mars 1792, les Girondins arrivent au pouvoir avec Dumouriez, Roland et Clavière. Leurs journaux, la Chronique de Paris de Condorcet et de Charles Villette, les Annales patriotiques de Carra, le Courrier des Quatrevingt-trois départements de Gorsas, le Thermomètre du jour de Dulaure,, le Patriote français de Brissot, et même

(12) Discours de Robespierre à la séance des Jacobins du 28 novembre

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