SEANCE DU 11 MARS
Sur une adresse aux sociétés affiliées,
rédigée par barnave (i)
Le président de la société, Biauzat, avait donné lecture dans la séance du 2 mars, d'une lettre d'Adrien Duquesnoy (2) qui se plaignait d'avoir été dénoncé par Alexandre Lameth comme un ennemi de la liberté et protestait de ses sentiments patriotiques. Barnave, soutenu par Danton et Clhepy fils, avait défendu les Lameth et vivement critiqué le contenu de cette lettre. La société avait alors décidé de nommer des commissaires, dont Barnave, pour rédiger une adresse qui ferait connaître les vrais principes (3).
Le 11 mars, malgré l'opposition de Robespierre, on arrêta l'impresion de l'adresse rédigée par Barnave, et son envoi aux sociétés affiliées (4).
Le Patriote françois, n° 586, p. 285 (5).
« M. Robespierre a en vain élevé la voix pour demander !a discussion; M. Barnave a enlevé d'assaut la publication de la lettre, comme il a enlevé les décrets des colonies. Si M. Robespierre eut pu obtenir la parole, il auroit sans doute combattu une erreur qui renverse la déclaration des droits, et qu'on est surpris de retrouver dans le journal de M. Desmoulins, qui porte encore bien plus loin la souveraineté du peuple, puisqu'il veut lui faire ratifier tous les actes du pouvoir législatif. Cet oubli est probablement l'effet de ces distractions bachiques dont il parle dans ce numéro.
« M. Robespierre auroit encore fait disparoître cette expression d'amis du peuple, dont M. Barnave ne peut se déshabituer, et qui n'est que le langage d'une aristocratie déguisée.
« Il auroit fait retrancher cette phrase, qui n'offre que de l'adulation en pathos :
« Dites au peuple que ses représentans poursuivent sans interruption (c'est un mensonge, ils sont interrompus, et ils s'interrompent tous les jours) leur vaste entreprise, et que leurs efforts sont secondés par un roi dont les vertus impriment le véritable caractère à la royauté constitutionnelle, instituée pour le bien du peuple et !a stabilité du gouvernement » (6).
(1) Adresse reproduite dans Auiard, IT, 185-189.
(2) Le texte de cette lettre est reproduit dans Auiard, TI, 152- 153. Duquesnoy, député du tiers état du bailliage de Barde-Duc, siégea en 1739 parmi les patriotes avancés, puis en 1791, il se rapprocha de la Cour et rédigea pour le compta de la liste civile, avec Regnaud da Saint-Jean-d'Angély, le journaJ : L'Ami des Patriotes.
(3) Cf. Mercure universel, t. I, p. 71-72.
(4) Cf. Mercure universel, t. I, p. 212.
(5) Il s'agit du n° du 17 mars.
(6) Texte reproduit dans Auiard, II, 189-192.