SEANCE DU 11 AVRIL
Sur l'aliénation des moulins de Corbeil (1)
Après diverses interventions, une délégation du Club des Cordeliers est introduite. Son orateur, Rutledge (2) annonce à la {Société que les moulins de Oorbeil devenus biens nationaux, sont sur le point d'être aliénés; des démarches ont été faites auprès du Comité d'aliénation et du /Directoire du département, pour faire suspendre l'adjudication. Rutledge fait part à la Société de ses craintes de voir les moulins de Corbeil tomber aux mains d'une compagnie financière : ainsi se préciseraient les moyens sourdement préparés pour affamer Paris. Kersaint et Prieur estiment que les moulins de Corbeil peuvent s'aliéner, sans que les acquéreurs deviennent les maîtres des subsistances de Paris. Rutledge insiste pour que la iSociété 'nomme des commissaires qui fassent. en sorte que les moulins de Corbeil ne soient pas vendus.
Grâce à l'intervention de Robespierre, cinq commissaires furent nommés pour suivre cette affaire.
Mercure universel, t. II, p. 233.
« M. Robespierre. Sur une dénonciation faite par un club populaire, j'ai vu l'effervescence à la place de la raison. Je ne me crois plus dans la société des amis de la Constitution; et moi aussi j'ai confiance dans les magistrats nommés par le peuple, et moi aussi je crois qu'il n'y a pas ici un seul membre qui osât proposer que la société se mêlât d'administration; mais a-t-elle donc pour cela renoncé à une sage surveillance ? (On applaudit). Quand ce ne seroit pas pour un club patriote, en devriez- vous moins pour l'intérêt de la Capitale peser soigneusement les raisons. Il faut des éclaircissements, et vous le devez pour la tranquillité publique; vous le devez à vos frères, à vos amis, et la demande de l'ordre du jour ne peut convenir à vos principes : je demande des commissaires. »
(1) Cf. Arch. nat. D XXIX bis, dossier 258, pièces 8, 9, 12, 13.
(2) Cf. B. Las Vergnas: Le Chevalier Rutledge, gentilhomme anglais, in-8°, 238 p. (1935). Rutledge s'était chargé de protester au nom des boulangers parisiens, en 1789, contre la politique de Xecker en ce qui concernait le ravitaillement en farine à l'aide d'achats à l'étranger.
Le Creuset, t. II, n° 30, p. 80.
« M. Robespierre est enfin venu à bout de fixer les esprits sur ce qu'il y avoit de simple et de vrai dans la motion de l'orateur des Cordehers : elle a été adoptée à une énorme majorité. )i
Journal de la Révolution, 13 avril 1791.
« M. Robespierre était d'avis de ne pouvoir pas repousser la réclamation, sans l'avoir scrupuleusement examinée » (3).
(3) Cf. Aulard, II. 313, qui ne cite pas les extraits précédents.