SEANCE DU 25 AVRIL
Sur l'affaire d'Avignon
L'Assemblée nationale avait décrété, le 21 avril, que l'affaire ■d'Avignon serait mise à 'l'ordre du jour de la séance du 26. Le 25, à la Société des Jacobins, divers orateurs, dont Goupil, Carra (1), Labre d'Eglantine et Robespierre, interviennent sur ce même sujet.
Mercure universel, t. II, p. 474.
« M. Robespierre. Il ne faut pas compromettre l'intérêt des peuples par des questions problématiques. Le principe de la question des Avignonois a été décidé par des hommes étrangers aux droits des hommes; nous ne devons pas être plus délicats que ceux qui se disoient les maîtres de la France ; nous ne devons pas être plus difficiles que la reine Jeanne, qui écouta la séduction du pape Clément (2). Les états généraux de ce tems ont déclaré que c'étoit à titre précaire que les papes possédo:ent Avignon ; je ne crois donc pas qu'il fut seulement décent d'opposer dans l'assemblée nationale, un droit reconnu par les
(1) Carra, rédacteur des Annales patriotiques et littéraires, futur député à la Convention.
(2) Cf. Discours..., lre partie, p. 587.
parlemens, par nos rois, par les états-généraux de la nation. On ne peut mettre en question si un peuple souverain peut s'unir à un autre peuple ? Il n'y a qu'un tyran ou un esclave qui puisse trouver là une ques'ion. Cette affaire fut traitée à l'assemblée nationale il y a six mois, et sans une circonstance étrangère, la réunion eut eu lieu : alors, on tenoit à des considérations particulières, on regardoit Avignon comme un foyer d'aristocratie, on a prédit les désastres présens; ils sont arrivés: l'on a voulu alors ajourner la question et éluder les droits des peuples; on a depuis affermi, renforcé un parti contre-révolutionnaire qui pourroit attenter à notre liberté; ce parti caché dans les ténèbres s'est montré tout à coup; des communes entières ont été ravagées et des maires égorgés, leurs entrailles déchirées ont été promenées aux regards des peuples ! Depuis deux armées sont en présence : qu'arrivera-t-il ? Déjà les généreux Avignonnois ont été victimes de la liberté; mais voyons les confédérations des départemens voisins réunis à Avignon; d'un autre côté sont les aristocrates de ces mêmes départemens liés, coalisés avec les rebelles comtadins; il faut se transporter hors de l'enceinte de l'assemblée nationale, il faut se transporter sur le champ de bataJle, jonché de morts, il faut voir les entrailles des patriotes portées au bout des bayonnettes : quiconque ne les voit pas ne peut délibérer sur cette affaire ! Qui osera me parler ici des droits des papes ? Il faut que ces peuples soient libres ou il faut déchirer notre déclaration des droits; quand on outrage les tyrans, il faut mourir plutôt que de rentrer sous leur obéissance. (Applaudi).
« Il ne faut pas juger de ceux qui détestent la tyrannie, par le nombre de ceux qui la blâment, mais par le sentiment intérieur de chaque homme. La partie du peuple du comtat qui n'a pas prononcé son adhésion, doit être regardée comme opprimée; tout peuple veut être libre, et il y a longtemps qu'il n'y auroit plus de despotes au monde, si les peuples avoient pu prononcer leur vœu ! Ce seroit une chose injuste et scandaleuse de croire qu'un peuple qui n'a pu secouer le joug, voulût payer une indemnité à un despote : ainsi parce que les Avignonnois ne voudroient plus obéir au pape, ils lui voudroient accorder une indemnité; ce seroit reconnaître qu'il avoit droit à la souveraineté ; cela détruit les principes !
« Quant aux craintes que l'on voudroit nous inspirer, elles sont ridicules : on voudroit nous faire croire que les comtadins pèsent quelque peu dans la balance politique de l'Europe ! Si l'on disoit cela, ce ne seroit qu'un prétexte, et les despotes sauroient bien se passer de celui-là, s'ils en vouloient à notre liberté. Au surplus, la liberté ne considère que la justice; les peuples libres n'ont opposé aucune feinte politique aux puissans rois; avec une poignée d'hommes libres, leurs nations ont renversé des armées formidables : ces systèmes de crainte sont le poison de la liberté; ce n'est pas ainsi que se comportent les hommes libres. 11 faut mettre les Avignonnois sous la protection de la
nation françoise; c'est parce qu'on a dit que nous les abandonnerions, que l'aristocratie fomente ces horribles troubles. Je demande que l'assemblée nationale prononce la réunion des Comtadins à la France. (Applaudi) » (3).
Le Lendemain, t. III, n° 117, p. 251.
« Goupil, Carra, Robertpierre, Chépy (4), Alexandre Lameth, parlent sur cette affaire; et, après avoir débité, les uns des sottises, les autres des sophismes, ils concluent à la réunion de cet état à la France. »
Journal de la Révolution, 27 avril 1791.
« MM. Carra, Fabre d'Eglantine, Robespierre, Charles 1 .ameth, et quelques autres membres ont parlé alternativement sur le même objet et à peu près dans le même sens et d'après ces principes : qu'un peuple entier et souverain s'appartient à lui-même, et non à un individu quelconque, et qu'il peut s'incorporer à un autre peuple souverain lorsque celui-ci veut le recevoir.
« M. Robespierre a fait le tableau des horreurs dont ce pays est le théâtre » (5).
{3) 'La Correspondance des envoyés extraordinaires d'Avignon m fait pas allusion à cette .séance ni à cette intervention (Cf. P. Vaillandet, op. cit., 3e partie).
(4) Il s'agit de Pierre iC'hépy qui sera, en 1792, secrétaire de légation à Liège et .à Lisbonne, puis commissaire nation ni en Belgique.
(5) Texte reproduit dans Aulard, II, 351, qui donne aussi l'extrait du Lendemain, mais il omet celui du Mercure Universel.
274. — SEANCE DU 27 AVRIL 1791 Sur l'organisation des gardes nationales
1 ,c intervention : Sur la méthode de discussion
Rabaut de Saint-Etienne, après avoir rappelé les principes constitutionnels déjà établis sur l'organisation des gardes nationales, expose le projet du comité militaire. Certains députés ayant demandé la discussion article par article, Durand de Maillane, «député du tiers état de la sénéchaussée d'Arles, demande une discussion générale. Démeunier, lui répondant, pose la question en ces termes: « la discussion sera-t-elle ouverte sur les divers plans qui pourraient être présentés, ou bien s'ouvrira-t-elle seulement sur les détails du plan présenté par le comité ». Robespierre intervient une première fois, en faveur d'une discussion générale de tous les projets et non pas du seul plan du Comité.
L'Assemblée décida que la discussion s'ouvrirait non pas article par article, mais sur l'ensemble du plan du comité»
LES DISCOURS DE ROBESPIERRE x.59
Journal des Etats Généraux ou Journal Logographique, t. XXIV, p. 491
« M. Robespierre. Ce n'est point pour justifier le plan de M. Durand (I) que je prends la -parole, mais reprenant la discussion au point où M, Desmeuniers J'avoit mise : je dis que s'il est vrai que l'organisation des gardes nationales paroisse à l'assemblée une entreprise à la fois difficile et importante, d'où dépend en dernière analyse le succès de vos travaux, et la stabilité de la liberté, chacun de nous doit s'étonner qu'en paroissant convenir que la liberté d'une telle discussion doit être entière, on parle cependant si long-temps pour la circonscrire, suivant le système que l'on s'est fait, en suivant le but que l'on se propose. Pour moi, effrayé de l'importance et des dangers de cette organisation, je le suis infiniment de voir deux orateurs du comité de constitution, qui ont eu tout le loisir nécessaire pour méditer, pour préparer à leur gré le système qu'ils veulent faire adopter à l'assemblée nationale, paroître à la tribune pour circonscrire à leur manière les termes de la délibération ; j'ai été infiniment étonné sur-tout de voir M. Démeunier, tout en protégeant la liberté de la discussion, ne faire autre chose que nous assurer que le plan du comité de constitution étoit si évidemment conforme aux principes adoptés par rassemblée nationale, qu'il n'offroit que des conséquences toutes naturelles et toutes simples : que toute discussion à cet égard lui paroissoit inutile, et devant entraîner une perte de tems.
« M. Démeunier. Je n'ai pas dit cela. M. Robespierre voudra bien ne pas altérer les faits; c'est son habitude lorsqu'il répond à quelqu'un
« M. Robespierre. Vous ne devez pas m interrompre. J'ai été étonné de le voir ensuite passer en revue tous les plans contraires à celui du comité (Murmures. Discutez, on vous laissera parler).
« S'il n'est permis de faire naître aucun préjugé contre aucun système, sous tel prétexte que ce soit, je dis que ce n'est point la peine pour nous d'engager une si grande, et j'ose le dire, une si dangereuse discussion : car chacun de nous individuellement n'a plus le droit de suffrage avec un comité... (Murmures: applaudi à gauche) ...avec un comité qui après avoir préparé les délibérations préparc encore les moyens nécessaires pour faire adopter presque de confiance toutes ses dispositions, toutes ses idées de réglemens.
« Plusieurs voix. Allez donc au fait.
« M. d'André. Vous allongez la discussion.
« M. Robespierre. Il est temps de ressaisir la liberté des suffrages.
« Ce projet des comités ne sauroit être adopté dans son ensemble. Je demande donc qu'on ouvre la discussion sur le plan en général » (2).
(!) Durand de Maillane devait lui-même être l'auteur d'un pfon. (2) Texte reproduit dans les Aroh. pari., XXV, 3Q0.
Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 118, p. 485.
« M Robespierre Je reprends la discussion au point où M. Desmeuniers l'a laissée. J'ai été étonné de voir qu'en faisan* semblant de protéger la liberté de la discussion, on ne faisait autre chose que nous assurer que le plan du Comité était tellement conforme aux principes que toute discussion paraissait inutile, et devait au moins entraîner une perte de tems.
a M. Desmeuniers. M. Robespierre devrait bien ne pas altérer les faits.
« M. Robespierre. J'ai été étonné de voir M. Desmeuniers passant légèrement en revue tous les plans présentés, conclure avec la même légèreté qu'il fallait passer à la discussion de son plan. Chacun de nous n'a donc plus ici la liberté des suffrages ? (Cinq à six personnes applaudissent dans l'extrémité droite de la partie gauche.) Bien loin de regarder le plan du Comité comme une conséquence très-simple des principes déjà décrétés, je pense au contraire qu'il faut l'examiner avec la plus scrupuleuse attention, parce que, après l'avoir examiné il sera évident pour tout le monde qu'il ne tend à lien moins qu'à anéantir les gardes nationales et la liberté. Je demande en conséquence que la parole soit accordée sans restriction » (3).
Journal des Débats, t. XIX, n° 701, p. 4.
« M. Robespierre n'a vu, dans ces différentes observations, qu'une manière d'étouffer la discussion, et de jeter d'avance une grande défaveur sur le plan qu'on avoit à proposer. On veut réduire, a-t-il dit, les Membres de l'Assemblée Nationale à n'avoir plus que le droit de suffrage, et à concentrer toute la délibération dans les Comités. Des murmures continuels ont interrompu M. Robespierre. Le résulta* du Projet de Décret du Comité, a-t-il dit, est d'anéantir les Gardes Nationales et la liberté. »
L'Ami du Roi (Royou), 1791, n° 345, p. 1.
« Mais M. de Robespierre, qui a tout prêt un beau discours sur l'ensemble du plan des comités, ne veut pas en perdre le fruit et la gloire. Après avoir secoué, terrassé le despotisme des ministres et des Rois, courberons-nous, dit-il, servilement la tête sous le despotisme des comités. Il est tems de conquérir la liberté des suffrages. L'orgueil de M. Rabaud est obligé de plier sous les terribles coups du conquérant Robespierre, et la discussion générale est permise. »
L'Ami du Roi (Montjoie), 28 avril 1791, p. 470.
« M. Robespierre s'est déclaré pour l'affirmative; et tout en disant
(3) Texte reproduit dans les Arch. pari., XXV, 366, à partir de « Bien loin de regarder... », et dans le Moniteur, VIII, S38.
qu'il falloit examiner le plan avec attention, il s'est perdu dans une dissertation si vague et si diffuse, qu'il a empêché pendant plus d'une demi-heure, qu'on -fit l'examen qu'il sollicitoit. »
[Brève mention de cette intervention dans Le Journal du Soir (Beaulieu), n° I 16, p. 2; Le Législateur français, 28 avril 1791, p. 14; Le Mercure de France, 7 mai 1791, p. 26; La Gazette nationale ou Extrait..., t XVI, p. 181; Le Point du Jour, t. XXI, p. 409; Le Courrier des LXXXIII départemens, t. XXIII, n° 280, p. 446; Le Lendemain, t. III, n° 118, p. 258; Le Courrier extraordinaire, 25 avril 1791, p. 4; Le Journal de Normandie, n° 118, p. 573; Le Journal général, n° 87, p. 348; Le Mercure national et étranger, 28 avril 1791, p. 204; Le Journal général de France, 28 avril 1791, p. 470.]
2° intervention : Sur l'admission dans la garde nationale des citoyens domiciliés
iLa discussion s'engage sur l'ensemble du plan du comité. Robespierre intervient après Lanjuinais et ,Custine. La suite de son discours est renvoyée au lendemain.
Journal des Etats Généraux, ou Journal Logographique , t. XXIV, p 495.
« M. Robespierre. Messieurs, l'organisation de la force d'une grande nation est sans contredit la plus périlleuse opération que puissent faire des législateurs Une telle institution ne souffre ni de médiocres avantages ni de médiocres inconvéniens; et si elle n'est pas le plus ferme appui de la liberté, elle est le plus terrible instrument du despotisme : elle mérite donc votre attention.
« Pour prouver quelles sont les bases d'une véritable organisation des gardes nationales, il faut avant tout faire ce que votre comité n'a pas même soupçonné, c'est-à-dire rechercher quel est le véritable objet de l'institution des gardes nationales. Pourquoi voulez-vous les organiser ? Est-ce pour augmenter vos forces militaires et vo? moyens de conquête ou de défense contre les ennemis extérieurs 7 Non, vous avez une armée formidable proportionnée à la population de l'état; vous avez doublé celle que la nation avoit auparavant; et ce n'est pas lorsque vous avez renoncé solemnellement à tout projet de conquête et présenté à toutes les nations le signe de la concorde universelle (4) qu'il vous appartient de trouver ces mesures insuffisantes ? Je parle du moins pour tous les tems que vous voulez organiser vos gardes nationales. Peutêtre même sous ce rapport, conviendroit-il de vous rappeller que cet usage d'entretenir de grands corps armés, au sein même de la paix, a toujours effrayé les peuples libres et qu'il a enchaîné l'Europe. Est-ce pour le maintien du bon ordre et de la paix publique intérieure ? Ce
(4) Cf. séance du 15 mai 1790 (sur le droit de guerre et de paix), Discours..., lre partie, p. -356.
n est point principalement pour cela. Je n'ai jamais vu que pour maintenir la police, il fallût qu'une nation entière se constituât militairement; et si l'on trouvoit que toutes les forces que vous avez déjà créées, que l'établissement de votre gendarmerie nationale, double de l'ancienne maréchaussée, fussent au-dessous de ce qu'exige la prévoyance des législateurs, il faudroit croire que vous faites des loix bien foibles, ou que vous feriez des loix pour un peuple bien indigne d'elles; il faudroit ignorer qu'en Angleterre la police est confiée à une poignée d'hommes sans armes, et que la moitié des précautions que vous avez, adoptées à cet égard auroit épouvanté la nation angloise ; il faudroit enfin calomnier les loix, les hommes et la liberté.
« Quel est donc le véritable objet de la garde nationale ? Rappellez-vous le moment où elle est née, et vous ne pourrez le méconnoître. C'est la liberté qui l'enfanta pour sa propre défense, quand le despotisme rassembloit ses forces contre elle.
« Des voix se sont élevées du sein de cette assemblée pour appeller les gardes nationales : et la nation s'est présentée, pour ainsi dire toute armée. Il n'y a pas pour elle d'autre cause de rester armée, que celle pour laquelle elle a pris les armes; elle a pris les armes pour conquérir la liberté, elle les conserve pour la défendre.
« Les loix constitutionnelles tracent les règles qu'il faut observer pour être libres; mais c'est la force publique qui nous rend libres de fait, en assurant l'exécution des loix. La plus inévitabje de toutes les loix, la seule qui soit toujours sûre d'être obéie, c'est la loi de la force. L'homme armé est le maître de celui qui ne l'est pas; un grand corps armé, toujours subsistant au milieu d'un peuple sans armes, est nécessairement l'arbitre de sa destinée; celui qui commande à ce corps, qui le fait mouvoir à son gré, pourra bientôt tout asservir. Plus la discipline sera sévère, plus le principe de l'obéissance passive et de la subordination absolue sera rigoureusement maintenu; plus le pouvoir de ce chef sera terrible; car la mesure de sa force sera la force de tout le grand corps dont il est l'âme; et fût-il vrai qu'il ne voulût pas en abuser actuellement, ou que des circonstances extraordinaires empêchassent qu'il pût le vouloir impunément, il n'en est pas moins certain que, partout où une semblable puissance existe, sans contrepoids, le peuple n'est pas libre, en dépit de toutes les loix constitutionnelles du monde; car l'homme libre n'est pas celui qui n'est point actuellement opprimé; c'est celui qui est garanti de l'oppression par une force constante et suffisante.
a Ainsi, toute nation qui voit dans son sein une armée nombreuse et disciplinée aux ordres d'un monarque, et qui se croit libre, est insensée, si elle ne s'est environnée d'une sauve-garde puissante. Elle ne seroit pas justifiée par la prétendue nécessité d'opposer une force militaire égale à ceîle des nations esclaves qui l'entourent. Qu'importe à des hommes généreux à quels tyrans ils sont soumis ? Et vaut-il la
peine de se donner tant de soins et de prodiguer tant de sang pour conserver à un despote un immense domaine où il puisse paisiblement fouler aux pieds plusieurs millions d'esclaves ?
« Je n'ai pas besoin d'observer que le patriotisme généreux des soldats françois, que les droits qu'ils ont acquis dans cette révolution, à la reconnoissance de la nation et de l'humanité entière, ne changent rien à la vérité du principe que les gardes nationales sont le contrepoids de la force armée; car on ne fait point une constitution pour une circonstance; la pensée du législateur doit embrasser l'avenir comme le présent.
« Posons donc pour premier principe qu'elles doivent être organisées de manière qu'elles mettent le pouvoir exécutif dans l'impuissance de tourner, contre la liberté publique, les forces immenses dont il est armé par la constitution même, mais ce ne sera point assez; il faudra encore qu'elles ne puissent jamais opprimer la liberté ni le pouvoir exécutif, puisque tant qu'il se renferme dans les bornes que la constitution lui prescrit, il est lui-même une portion des droits de la nation. Tel est le double objet que doit remplir la constitution des gardes nationales; tel est le double point de vue sous lequel je veux l'examiner.
« Le premier ne nous présente que des idées innnimfr.it simples. S'il est vrai que cette institution soit une espèce de remède contre le pouvoir exorbitant qu'une force armée donne à celui qui la commande, il s'ensuit qu'elles ne doivent point être organisées comme les troupes de ligne; qu'elles ne doivent point être aux ordres de celui qui dispose des troupes de ligne; qu'il faut bannir de leur organisation tout ce qui pourroit les soummettre tôt ou tard à son influence, puisqu'alors, loin de diminuer les dangers de sa puissance, cette institution les augmenterait ; et qu'au lieu de créer des soldats à la liberté, elle ne feroit que donner de nouveaux auxiliaires à l'ambition d'un prince.
« De ce principe simple, je tire les conséquences suivantes qui ne le sont pas moins : 1 ° que le prince ni aucune personne sur laquelle le prince a une influence spéciale, ne doit nommer les chefs, ni les officiers des gardes nationales; 2" que les chefs et les officiers des troupes de ligne ne peuvent être chefs ni officiers des gardes nationales; 3° que le prince ne doit ni avancer ni récompenser, ni punir les gardes nationales. Enfin, messieurs, évitez soigneusement tout ce qui pourroit allumer dans l'âme des citoyens-soldats cet esprit militaire qui isole les soldats des citoyens, et qui attache sa gloire et son intérêt personnel à des objets différens qui font 1p. ruine des citoyens. Ce n'est point là le courage qui consiste à défendre la patrie. L'évidente simplicité de ces idées me dispense de tout développement ; et je passe au second et au plus important des objets que j'ai annoncés; je veux dire à l'examen des moyens à employer pour que les gardes nationales ne puissent pas elles-mêmes opprimer la liberté des citoyens. Tous ces moyens me
semblent se rapporter à un principe général; c'est d'empêcher qu'elles forment un corps et qu'elles adoptent un esprit particulier qui ressemble à l'esprit de corps.
« Il est dedans la nature des choses que tout corps comme tout individu ait une volonté différente de la volonté générale. Plus i! est puissant, plus il a le sentiment de ses forces, plus cette volonté est active et impérieuse. Songez combien l'esprit de despotisme e! de domination est naturel aux militaires de tous les tems et de tous les pays, avec quelles facilités ils placent la qualité de citoyen au-dessous de celle de soldat. Redoutez sur-tout ce funeste penchant chez une nation dont les préjugés ont attaché long-tems une considération presque exclusive à la profession des armes, puisque les peuples les plus graves n ont pu s'en défendre. Voyez les citoyens romains commandés par César : si, dans un mécontentement réciproque, il cherche à les humilier, au lieu du nom de soldats, il leur donne celui de citoyens quirites, et à ce mot, ils rougissent et s'indignent.
« Il sera facile parmi nous de prévenir toutes ces espèces d'inconvéniens. Rappelions-nous la distance énorme qui doit exister entre l'organisation d'un corps d'armée destiné à faire la guerre au dehors (5) et celle de citoyens armés pour être prêts à défendre au besoin leurs droits et leur liberté contre les usurpations du despotisme : rappelions-nous que la continuité d'un service dangereux, que la loi de l'obéissance aveugle et passive qui change des soldats en des automates, est incompatible avec la nature même de leurs devoirs, avec le patriotisme généreux et éclairé qui doit être leur premier mobile. Ne cherchez pas à les animer par le même esprit, à les émouvoir par les mêmes ressorts que les troupes de ligne. Il faut sur-tout se garder de confondre chez nous la qualité de soldat dans celle de citoyen ; les distinctions militaires les séparent. Prenez toutes précautions contre l'influence des chefs; que tous les officiers soient nommés pour un tems très limité; que les commandans ne réunissent jamais plusieurs districts sous leur autorité; détruisez ces marques distinctives, toujours déplacées lorsqu'on les porte hors de ses fonctions. A qui cette vanité puérile convient-elle moins qu'aux chefs des citoyens-soldats? Défenseurs de la patrie, vous
{5) Robespierre distingue donc formellement la garde nationale et l'armée. (L'opinion des révolutionnaires même modérés est longtemps restée d'accord sur ce point. Quand Narbonne, au début de 1792, a parlé de puiser dans la garde nationale pour compléter l'effectif de la ligne, la Législative n'a pas retenu sa suggestion. Encore en février 1793, l'amalgame n'a été admis en principe qu'avec peu d'enthousiasme On peut d'autre part rappeler <que les volontaires ne se regardèrent pas comme des militaires. Les Mémoires de Tihiébaut, à propos de sa campagne à l'automne de 1792, sont à cet égard très significatifs. Ce ne fut qu'après 1793 que la continuation de la lutte contribua à transformer les citoyens volontaires en militaires.
ne regretterez pas ces hochets dont les monarques paient le dévouement aveugle de leurs courtisans; le courage, les vertus des hommes libres, la cause sacrée pour laquelle vous êtes armés; voilà votre gloire; voilà vos ornemens. (Applaudissemens).
« Etre armé pour sa défense personnelle, est le droit de tout homme indistinctement; être armé pour la défense de la patrie, est le droit de tout citoyen. Ceux qui sont pauvres deviennent-ils par là des étrangers, des esclaves? Il faut le déclarer avec franchise; mais non: ils sont en effet citoyens. Les représentais du peuple françois n'ont pas dépouillé de ce titre la plus grande majorité de leurs commettans. Car on sait que tous les françois sans aucune distinction ont concouru à l'élection des députés à l'assemblée nationale. Ceux-ci n'ont pas pu tourner contre eux le même pouvoir qu'ils en avoient reçu, leur ravir les droits qu'ils étoient chargés de maintenir et d'affermir, et par cela même anéantir leur propre autorité; ils ne l'ont pas pu; ils ne l'ont pas voulu; ils ne l'ont pas fait. (Applaudi) (6).
« Mais si ceux dont je parle sont en effet citoyens, il leur reste donc des droits de cité, à moins que cette qualité ne soit un vain titre et une dérision. Or, parmi tous les droits dont elle rappelle l'idée, trouvez-m'en, si vous le pouvez, un seul qui soit plus essentiellement attaché, qui soit plus nécessairement fondé sur les principes les plus inviolables de toute société humaine. Si vous le leur ôtez, trouvez-moi une seule raison de leur en conserver aucun autre. H n'y en a aucune. Reconnoissez donc, comme le principe fondamental de l'organisation des gardes nationales, que tous les citoyens domiciliés ont le droit d'être admis au nombre des gardes nationales; et décrétez qu'ils pourront se faire inscrire comme tels dans les registres de la commune où ils demeurent.
« A ces droits inviolables on ne peut opposer que préjugés, intrigues, calomnies, mauvaise foi. Partisans de ces funestes systèmes, cessez de calomnier le peuple et de blasphémer contre votre souverain, en le représentant sans cesse en grande partie, indigne de jouir de ses droits. C'est le peuple qui est bon, patient, généreux. Le peuple ne demande que tranquillité, que justice, que droit de vivre. L'intérêt, le vœu du peuple est celui de la nature de l'humanité; c'est l'intérêt général. L'intérêt de ce qui n'est pas peuple, de ce qui peut se séparer du peuple, est celui de l'ambition de l'orgueil. (Applaudi).
« M. Lucas (7). Je demande ce que ce monsieur entend par le mot peuple. Par ce mot, j'entends, moi, l'universalité des citovens.
« M. Robespierre, Je réclame moi-même contre toute manière de parler qui prend le mot peuple dans une acception limitée; et si je Fai
(6) Robespierre attaque indirectement le cens.
(7) Lucas, procureur du roi à ,Gannat, député-tftrppléani <lu tiers état de la iSénéchaussée de Moulins, remplaçant le baron de Breuil de iCoiffier, démissionnaire.
employé dans ce dicours, c'est que d'après nos anciennes habitudes, d'après notre langue actuelle, il étoit impossible de caractériser, par un seul mot, les personnes à qui on interdit le port d'armes, sans se servir de cette expression.
« Supposons qu'à la place de cet injuste système, on adopte les principes que j'ai établis; et nous voyons d'abord l'organisation des gardes nationales en sortir, pour ainsi dire, naturellement, avec tous ses avantages; sans aucune espèce d'inconvéniens. D'un côté, il est impossible que le pouvoir exécutif, et la force dont il est armé, puissent renverser la constitution, puisqu'il n'est pas de puissance capable de balancer celle des citoyens armés; d'un autre côté, il est également impossible que les gardes nationales deviennent d'elles-mêmes dangereuses pour la liberté, puisqu'il est contradictoire que la nation veuille s opprimer elle-même. Voyez comme par-tout, à la place de domination et de servitude, naissent les sentiments d'égalité, de fraternité, de confiance et toutes ces vertus douces et généreuses qu'ils doivent nécessairement enfanter; voyez encore combien dans ce système les moyens d'exécution sont simples et faciles.
(( On sent assez que pour être en état d'en imposer aux ennemis de 1 intérieur, tant de millions de citoyens armés répandus sur toute la surface de l'empire, n'ont pas besoin d'être soumis au service assidu, à la discipline savante d'un corps d'armée destiné à porter au loin la guerre. Qu'ils se rassemblent et s'arment à certaines époques sur la réquisition des corps administratifs, qu'ils volent à la défense de la liberté lorsqu'elle est menacée, voilà ce qu'exige l'objet de leur institution.
« Les cantons libres de la Suisse nous offrent des exemples de ce genre, quoique leurs milices ayent une destination plus étendue que vos gardes nationales et qu'ils n'ayent point d'autres troupes pour combattre les ennemis du dehors. Là tout habitant est soldat, mais seulement quand il faut l'être, pour me servir de l'expression de J.-J. Rousseau. Les jours de dimanche et de fêtes, on exerce les milices selon l'ordre de leurs rôles. Quand ils ne sortent poiïit de leurs demeures, ils n'ont aucune paie, mais si-tôt qu'ils marchent en campagne, ils sont à la solde de l'état. Mais objecte-t-on, cet homme n'est pas assez riche pour sacrifier une partie de son tems aux devoirs de citoyen. Au lieu de condamner ainsi une grande partie des citoyens à cette espèce d'esclavage politique, il faudroit au contraire lever les obstacles qui pourroient les éloigner des fonctions publiques. Payez ceux qui les remplissent, indemnisez ceux que l'intérêt public appelle aux assemblées, équipez, armez les citoyens-soldats: pour établir la liberté, ce n'est pas assez que les citoyens puissent s'occuper de la chose publique ; il faut encore qu'ils puissent "l'exercer en effet. Au reste, pour me renfermer dans l'objet de la discussion, je conclus que l'état doit faire les dépenses nécessaires pour mettre les citoyens en état de remplir les
fonctions de gardes nationales; qu'il doit les armer; qu'il doit comme en Suisse les salarier lorsqu'ils abandonnent leurs foyers pour le défendre. Eh ! quelle dépense publique fut jamais plus sacrée ? Quelle sero't cette étrange économie qui, prodiguant tout au luxe funeste et corrupteur des coeurs, ou au faste des suppôts du despotisme, refuseroit tout aux besoins des fonctionnaires publics et des défenseurs de la liberté ! Que pourroit-elle annoncer, si ce n'est qu'on préfère le despotisme à l'argent et l'argent à la vertu et à la liberté » (8). Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 118, p. 485.
« M. Robespierre. Une constitution militaire et nationale est la plus difficile de toutes les entreprises, car si elle n'est le plus ferme appui de la liberté, elle devient le plus dangereux instrument du despotisme. Avant tout, il faut rechercher le véritable objet de l'organisation de la garde nationale : est-elle établie pour repousser les ennemis du dehors? Non, vous avez pour cela une armée formidable... Il est certain que partout où la puissance du chef d'une force militaire considérable existe sans contrepoids, le peuple n'est pas libre. Ce contrepoids quel est-il ? Les gardes nationales. D'après ce principe fondamental il faut organiser la garde nationale de manière que le pouvoir exécutif ne puisse abuser de la force immense qui lui est confiée, ni la garde nationale opprimer la liberté publique et ie pouvoir exécutif. Ces deux points de vue doivent nous servir de guide dans !a quesfion qui nous occupe. Sous ce premier point de vue il faut organiser îa garde nationale de sorte qu'aucune de ses parties ne puisse dépendre du pouvoir exécutif. Le prince et les agens ne doivent donc pas nommer les chefs. Les chefs des troupes de ligne ne doivent donc pas devenir chefs des gardes nationales, le roi ne doit donc ni récompenser ni punir les gardes nationales.
(8) Voir le discours imprimé .sur l'organisation des gardes nationales {Discours de..., lre partie, p. 614 à 643). On verra que Robes pierre utilise ce texte, mais qu'il l'adapte aux nécessités de la discussion, car il s'agit en effet non seulement d'exposer son plan personnel, mais encore de faire la critique de celui du comité. ("est ce que remarquent Rutledge, rédacteur du Creuset (II, n° 36, j» 11)0) et Brissôt (Patriote François, n° 629). Par contre, un certain nombre de journaux reproduisent in extenso à cette date, comme s'il avait été prononcé, la première partie du discours imprimé jusqu'à: « ...qu'ils doivent nécessairement enfanter »>. C'est le cas du Point du Jour (t. XXI, p. 409 à 416 et 425 à 433). De même, à cette date, le Mercure Universel, reproduit la totalité du discours imprimé (t. III, p. 63, 92, 141. 156. 264). D'autres enfin se contentent d'analyser alors le discours publié en décembre 1790 (Cf. Le Défenseur des Opprimés, n° 74, p. 8 à 11). D'ailleurs, les sociétés patriotiques recommandèrent parfois le plan de Robespierre à l'Assemblée, entre autres celles de Nantes (Of. le Patriote François, n" 629, p. 465). Rabaut de iSaint-Etienne dut donc en tenir compte, et se gardant de heurter Robespierre de front, il se retrancha derrière le décret qui fixait les conditions de cens électoral. *
« Sous le second point de vue il faut reconnaître comme principe général, la nécessité d'empêcher que les gardes nationales ne forment un corps et n'adoptent un esprit particulier qui serait un esprit de corps, et qui menacerait bientôt, soit la liberté publique, soit les autorités constitutionnelles Pour y parvenir, on doit adopter toutes les mesures qui tendront à confondre la fonction de soldat avec celle de citoyen, diminuer autant qu'il sera possible le nombre des officiers, ne les nommer que pour un tems très-limité, ne pas étendre le commandeme it à plus d un dis'.nct, et établir que la marque extérieure des grades ne sera portée que pendant le tems du service. CiiS décorations ne sont accordées que peur le service public, et non pour satisfaire un ridicule orgueil. Ces distinctions extérieures, qui autrefois poursuivaient partout les fonctionnaires publics excitaient la vanité des uns, produisaient l'humiliation des autres, avilissaient le peuple, enhardissaient les tyrans, détruisaient ainsi l'énergie publique, et corrompaient le caractère national. Défendeurs de la liberté ! vous ne regretterez pas ces hochets du des-potisme ; votre dévouemen\ votre courage, vos succès, la cause sacrée pour laquelle vous êtes armés, voilà votre gloire, voilà vos ornemens (On applaudit). Pour parvenir à confondre le citoyen et le soldat, il reste encore une disposition à prendre. Elle est une obligation réelle, l'équité, l'égalité la réclament... (On entend un peu de bruit dans quelques parties de la salle).
« M. Monlozier Ce que dit M. Robespierre vaut sans doute la peine d'être écouté, ainsi, Messieurs qui causez, silence. (On applaudit).
« M. Robespierre. Tous les citoyens doivent être admis à remplir les fonctions de garde nationale. Ceux qui n'ont pas de facultés déterminées : ceux qui ne paient pas de certaines contributions, sont-ils esclaves ? Sont-ils étrangers aux autres citoyens? Sont-ils sans intérêts dans la chose publique ? Tous ils ont contribué à l'élection des membres de l'Assemblée nationale; ils vous ont donné des droits à exercer pour eux; vous en ont-ils donné contre eux ? Ils ne l'ont pas vouiu; ils ne l'ont pas pU; ils ne l'ont pas fait. Sont-ils citoyens ? Je rougis d'avoir à faire cette question. Ils jouissent du droit de cité. Voulez- vous jouir seuls du droit de vous défendre et de les défendre. Reconnaissez donc et décrétez que tous les citoyens domicil'és ont le droit d'être instruits sur le registre des gardes nationales. Ne calomniez pas le peuple en élevant contre lui d'injustes craintes. Le peuple est bon, il est courageux. Vous connaissez les vertus du peuple par ce qu'il a fait pour la liberté, après avoir travaillé avec tant de courage à la conquérir. Il demande le droit de remplir les devoirs qui seront imposés à tous les citoyens pour la conserver. . .
« M. Lucas. J'entends par peuple tous les citoyens.
« M. Robespierre. J'entends par peuple la généralité des individus qui composent la société, et si je me suis un moment servi de cette expression dans un sens moins étendu, c'est que je croyais avoir besoin
de parler le langage de ceux que j'avais à combattre. Répondrai- je à une observation bien utile ? On a dit que la partie du peuple qui ne jouit pas de l'activité ne pourra supporter ni les dépense?, ni la perte de tems qu'entraînerait le service; mais l'Etat doit fournir aux frais nécessaires pour mettre les citoyens à même de servir; il doit les armer, et les solder, comme on fait en Suisse, quand ils quittent leurs foyers... Après avoir établi ces principes constitutionnels, il resterait à déterminer les fonctions des gardes nationales...
« Plusieurs personnes demandent que la suite du discours de M. Roberspierre soit renvoyée à demain » (9).
L'Ami du Roi (Royou), 1791, n° 345, p. 3-4.
« Dans le plan du comité, M. de Robespierre voit la destruction de la liberté, l'anéantissement de la constitution, une contre-révolution, méditée par des hypocrites, traîtres à la patrie, et, sous le manteau de la démagogie, vendus au despotisme. Mais dans les trésors de son génie et de son imagination, le même Robespierre a des ressources assurées, il a des secrets pour déjouer toutes les manœuvres de ces perfides comités, et il va, par une merveilleuse organisation de la garde nationale, ôter au despotisme tous ses appuis, établir la constitution sur des bases inébranlables.
« Mais pour bien organiser la garde nationale, il faut, ce à quoi personne avant lui n'avoit songé, bien examiner le but, la destination, la nature, et, pour ne pas se tromper dans cette recherche, remonter à l'origine de la garde nationale, qui, heureusement, ne se perd pas dans la nuit des tems, comme le berceau de la monarchie. Pourquoi, dit-il, tous les amis de la liberté, dans les premiers jours de la révolution, ont-ils pris les armes. Est-ce pour repousser les ennemis du dehors ? Il n'en existoit pas. Et qui auroit osé attaquer vingt-quatre millions d'hommes dans les premiers bouillons de leur fureur patriotique, et dans le fort de leurs convulsions? Est-ce pour protéger les loix, pour mainîenir l'ordre et la tranquillité publique? Non, pas encore; il ne falloit^ pas, dit-il, un si grand appareil pour un objet si léger. Ce seroit d'ailleurs calomnier les loix, les hommes, la liberté, que de croire qu'il faut employer tant de forces pour le maintien de la tranquillité. Quel fut donc le but unique de l'établissement des gardes nationales? Ce fut d'opposer une force irrésistible à l'armée, qui étoit aux ordres du pouvoir exécutif, et qu'on lui croyoit soumise; ce fut pour résister aux agens
(9) Texte reproduit dans le Moniteur, VIII, 239; Bûchez et Poux, IX, 338-341, et Laponneraye, 1, 80-83. Par contre, les Aren. pari (XXV, 3S8-373) publient le discours imprimé depuis le début Jusqu'à: « d'une manière plus précise ». (Cf. Discours..., lro partie, p. 616 à 628). Elles le coupent des mouvements de séances signale* dans Le Hodey et îé Moniteur.
au despotisme que la France entière se mit sous les armes; c'est pour les contenir encore qu'elle doit rester armée. Elle n'endossa le harnois et la cuirasse que pour conquérir la liberté, elle ne doit les conserver que pour !a défendre.
« Ainsi, ce profond législateur, ce grand politique, veut faire de la France un état toujours en guerre contre lui-même. Il veut avoir deux armées toujours en présence. Ce n'est pas par la sagesse des loix, par une juste distribution des pouvoirs, qu'il veut en maintenir l'équilibre, c'est par des forces opposées et égales. Ce n'est pas en liant le monarque à la constitution, par les nœuds de l'amour, de l'intérêt, de !a reconnoissance, de son propre bonheur, c'est par la terreur seule, qu'il prétend enchaîner le pouvoir exécutif : c'est en fomentant toujours d'injustes défiances; c'est en entretenant une lutte, une rivalité continuelle entre les deux forces armées, qu'il s'imagine établir la paix et l'union; c'est d'après cette origine sublime, qu'il a conçu le plan et l'organisation de la garde nationale.
« D'abord, il veut que tous les citoyens, tous absolument, sans aucune distinction, soient reçus dans le corps des défenseurs de la patrie. Il ne voit pas qu'il est injuste d'imposer le fardeau de la garde publique, à ceux qui n'ont pas le nécessaire; qu'il est dangereux de le confier à ceux qui n'ont rien à perdre; qu'il est affreux de livrer les possessions des riches à la discrétion des malheureux dont l'extrême misère peut exciter la cupidité. La grande âme de M. Robespierre n'est pas effrayée de ces inconvéniens : il a des remèdes à tout.
« D'abord pour obvier à la détresse qui rendrait le service impossible, aux indigens, M. Robespierre propose l'expédient tout simple, d'armer, d'équiper, de soudoyer, aux frais de la nation, tous ces défenseurs volontaires de la liberté. Ce seroi^ un grand trait de génie de pouvoir faire coucher sur les états de la nation, cette armée qui commence à devenir une charge insupportable au club des Jacobins : ce seroit d'ailleurs un moyen infaillible d'avoir une garde nombreuse, une armée de patriotes capable de suppléer, par le nombre, au courage, à la discipline des troupes de ligne ; car ces milliers de vagabonds, dont on est obligé de payer même l'oisiveté, aimeroient encore mieux un bel habit d'uniforme que leurs haillons; préféreraient de porter un mousquet, ?. traîner la brouette; aimeroient mieux figurer dans un corps-de-garde que de végéter aux barrières, exposés à l'inclémence des saisons.
« Il est vrai que ce seroit une dépense énorme pour la nation. Mais peut-on acheter trop cher de si fidèles, de si généreux défenseurs ? Et quand on prodigue l'or aux suppôts du despotisme, peut-on regretter quelques sommes consacrées aux besoins des fonctionnaires publics, défenseurs de la liberté.
«Il y aurait un autre inconvénient à craindre dans ce projet, et c'est M. Robespierre lui-même, chose étonnante, qui nous l'indique. L'homme armé, dit il, est toujours maître de celui qui ne l'est pas. Un
grand corps armé, toujours subsistant au milieu d'un peuple sans armes, est nécessairement t'arbitre de sa destinée. D'après cette maxime incontestable, on cxoiroit que M. Robespierre seroit effraie de voir !a force publique entre les mains d'une multitude sans mœurs, sans éducalion, sans discipline, sans subordination, en proie à tous les vices de l'indigence, à tous les tourmens de l'envie. Point du tout; c'est calomnier ce bon peuple, qui n'aime que la justice et la tranquillité, que de croire qu'il veuille jamais abuser de sa force; c'est calomnier la liberté, que de penser qu'elle puisse jamais dégénérer en licence; c'est calomnier les loix, que de voulon suppléer à leur impuissance par une garde chargée de veiller à leur exécution.
« Cependant, malgré la confiance de M. Robespierre dans l'empire des !ojx. et la sagesse des soutiens de la liberté. ?! convient, par la plus étrange contradiction, que c'est la force publique qui nous fait libres de fait, en assurant l'exécution des loix Comment donc ose-t-il nous bercer de l'espoir d'une liberté réelle, quand elle ne sera défendue que par ceux qui, par leur caractère et leurs mœurs, sont les perturbateurs naturels du repos public; quand la garde de nos biens et de nos personnes sera confiée à ceux contre lesquels seuls nous avons besoin de sentinelles vigilantes et de courageux défenseurs; quand, en un mot, l'on établira pour réprimer les désordres et les violences, ceux mêmes qui en sont, ou les auteurs ou les agens ? Comment, d un autre coté, peut-il proposer d'ôter au pouvoir exécutif suprême toute influence, toute inspection sur la garde nationale, puisqu'elle seule peut assurer l'exécution des loix.
« Je ne sais ce qu'on doit admirer le plus, ou la terreur qu'inspire ce pouvoir exécutif, qui n'est plus qu'un fantôme, ou la nullité où l'on réduit l'autorité sur laquelle doit reposer la tranquillité publique. L'armée, ou les troupes de ligne, sont essentiellement destinées contre les ennemis du dehors; ou si, contre leur destination naturelle, essentielle, elles sont quelquefois appellées contre les ennemis du dedans, ce n'est qu'à la réquisition des corps administratifs qu'elles peuvent marcher. Si donc le roi n'a aucune autorité sur les gardes nationales, quels seront ses moyens pour assurer l'exécution des loix, et par conséquent notre liberté ? N'est-ce pas un démenti formel donné à la lettre, par laquelle M. de Montmorin atteste à l'Europe que le pouvoir exécutif suprême a été conféré au monarque, qu'il a le droit et le pouvoir exclusif de veiller à l'exécution des loix? (10).
« Le but unique que M. Robespierre se propose dans l'organisation de la garde nationale, étant d'y trouver un contre-poids et une puissance rivale de l'armée, si jamais elle reprenoit toute entière les sentimens de respect, d'amour, d'obéissance qu'elle a voués au monarque, tous les soins de ce grand politique ont été de composer cette garde pro-
(10) Cf. séance du 23 avril 1791.
tectrice de la liberté, de manière qu'elle ne pût jamais devenir l'instrument du despotisme, et il faut convenir qu'il y a réussi, excepté dans un point cependant. Il ne veut, dans son armée patriote, ni discipline, ni obéissance. Il ne sait pas, cet apprenti législateur, que sans une discipline sévère, sans une obéissance aveugle, une troupe armée n'est qu'un poids inutile et dangereux dans un état; il ne voit pas que si cette malheureuse rivalité qu'il excite par ses absurdes défiances, s'élevoit jamais entre les troupes de ligne et les gardes nationales, malheur dont le ciel nous préserve à jamais, une poignée de soldats expérimentés et bien disciplinés, détruirait des légions d'hommes armés, mais dénués de la science militaire, et livrés au caprice de leurs passions Il ne sait pas que toute force armée doit être essentiellement obéissante, ou devient nécessairement oppressive. Il veut faire de ses gardes nationales, au heu de soldats soumis, des raisonneurs politiques; il veut qu'ils calculent les degrés de l'obéissance, qu'ils discutent les ordres de leur chef, c'est-à-dire qu'il veut les laisser jouets de leurs propres passions, ou de celles des factieux; c'est le moyen infaillible d'exciter, dans la garde nationale des divisions, peut-être une guerre civile.
« Cependant ces extravagances de M. Robespierre ont reçu les plus vifs applaudissemens de la part des démagogues. N'est-il pas bien affligeant de voir les destins de l'empire confiés à ces déclamateurs, qui n'ont pas la plus légère connoissance du cœur humain, qui ne se doutent pas des premiers élémens de la sociabilité, qui se croient doués d'un génie supérieur, parce qu'ils bouleversent tous les principes de l'ordre social, qui, dans le délire de leur imagination, prennent tous leurs rêves politiques pour des inspirations célestes.
« Quelle plus grande extravagance, que de constituer à la garde des citoyens ceux qui en sont les fléaux; de proposer à la tranquillité publique, ceux qui sont la terreur de la société ! Quelle alliance monstrueuse ils veulent faire de la bravoure et de la lâcheté, de !a vertu et du crime ! Comment ne voient-ils pas que vouloir introduire dans la garde nationale des hommes indignes de la confiance publique, ce seroit forcer à quitter ce poste honorable les citoyens zélés qui ont fait à la sûreté publique le sacrifice de leur tranquillité personnelle, et qui rougiraient de porter un habit que leurs nouveaux camarades ne manqueraient pas de déshonorer. »
Le Creuset, t. II, n° 36, p. 188-9.
« Nous ne ferons point aux adhérans et fauteurs de l'apôtre des comités, l'honneur de répéter leurs ineptes criailleries en cette occasion; nous aimons mieux répéter les principes puisés par M. Roberspierre, dans son propre discours sur cette importante matière, publié il y a environ quatre mois, discours dont nous recommandons la lecture et la méditation approfondie, à tous les amis de la patrie. L'institution des
gardes nationales, a justement dit l'opinant, doit avoir pour but essentiel et unique d'empêcher le pouvoir exécutif de pouvoir jamais opprimer la liberté : il faut éviter, dans cette organisation, que jamais les milices citoyennes ne puissent faire usage de leurs forces pour devenir les oppresseurs de la patrie.
« Ces principes, tellement vrais, qu'assurément aucun Desmeuniers n'eut osé les contredire ailleurs que dans les ténèbres d'un comité vénal, ont conduit l'orateur à une foule de conséquences indéniables. Le chef du pouvoir exécutif, a-t-il dit, ne peut pas être celui des gardes nationales, parce que ce pouvoir ne doit point commander à une force spécialement destinée à combattre sa tendance à l'autorité despotique.
« M. Roberspierre a d'avance déclaré dangereux toute espèce de décret tendant à inspirer aux gardes nationales cet esprit militaire, le plus funeste de tous à la liberté individuelle.
« N'en faites point, a-t-il poursuivi, des automates homicides, obéissant aveuglément à la volonté d'un chef ambitieux; qu'elles ne soient point revêtues de ces distinctions frivoles, dont l'effet est d'établir une ligne de démarcation entre elles et les autres citoyens : distinctions funestes, qui sont le signe de l'oppression, et qui ne peuvent qu'en maintenir l'esprit.
« Déplorables badauds! Et toi, colofichet (11), leur commandant inepte et artificieux ! vous, poupées de la capitale, qui applaudissez de vos croisées à ce politique baladin, escorté de ses marmots bleus (12), allez aux tribunes, et écoutez Roberspierre ! Descendez ensuite, et blasphémez, si vous l'osez, contre l'opinion des généreux citoyens qu: ont fait rete»tir, de la salle des Cordehers, ce cri légitime de la liberté, qu'un directoire équivoque, qu'une municipalité stupide et servile ont osé menacer d'arrêter dans son explosion !
« Accordez, a dit M. Roberspierre, à tous les individus du corps social, le droit de se faire inscrire sur les registres des gardes nationales; nous avons été députés ici par tous les françois qui ne connoissent pas ces distinctions que nous avons établies, nous ne devons pas faire usage des droits qu'ils nous ont donné, pour anéantir les leurs.
« L'heure étoit avancée, il a été remis au lendemain à entendre le patriote. »
Journal du Soir (Beaulieu), 1791, n° 116, p. 3. Le Législateur Français, 28 avril 1791, p. 5.
« M. Custines a demandé que la discussion s'établit sur le plan
(11) 'Colofichet vise "Lafayette ; c'est un jeu de mot sur colifichet et colonel.
(12) Marmots bleus : la (garde nationale était habillée en bleu (bleu de roi), tandis que les soldats de ligne avaient un uniforme blanc. Nombre d'entre eux se moquaient par suite « de la faïence bleue qui ne va pas tau feu ».
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du comité; mais M. Robertspierre s'y est encore opposé, et a demandé d'être entendu : l'assemblée y a consenti.
« L'opinant a posé en principes que l'unique but de l'institution des gardes nationales devoit être d'empêcher que le pouvoir exécutif pût jamais opprimer la liberté; voilà l'objet qui rend pour nous cette institution indispensable; mais un écueil qu'il faut éviter dans cette organisation, c'est que ces milices citoyennes ne puissent jamais faire usage de leurs forces pour être les oppresseurs de la patrie.
« Ces premiers principes ont conduit M. Robertspierre à une foule de conséquences. D'abord il ne voudroit pas que le chef du pouvoir exécutif pût être celui des gardes nationales, parce que ce pouvoir ne doit pas obéir à une force spécialement destinée à combattre sa tendance naturelle à l'autorité arbitraire. En second lieu, M. Robertspierre trouve très-dangereux toute espèce de décret, tendant à donner aux gardes nationales un esprit militaire le plus funeste de tous à !a liberté individuelle.
« Il ne veut pas qu'on en fasse des automates dangereux, obéissant aveuglément à la volonté d'un chef ambitieux; il ne veut pas qu'elles soient revêtues de ces distinctions frivoles, qui tendent à établir une ligne de démarcation entr'elles et les autres citoyens; distinctions funest?s qui sont le signe de l'oppression, et qui en maintient l'esprit.
« Mais un point sur lequel M. Robertspierre a particulièrement insisté, c'est à faire accorder à tous les individus du corps social le droit de se faire inscrire sur le registre des gardes nationales. Nous avons été députés ici, disoit-il, par tous les Français qui ne conno'Ssoient pas ces distinctions que nous avons établies, et nous ne pouvons faire usage des droits qu'ils nous ont donné pour anéantir les leurs.
« M. Robertspierre a été très-favorablement écouté, mais comme l'heure étoit très-avancée, il n'a pu terminer son opinion, qu'il reprendra demain. »
Mercure national et étranger, 28 avril 1791, p. 206.
« L'essentiel étoit de rechercher les vraies bases sur lesquelles devait être établie l'organisation des gardes nationales; et M. Robespierre s'est chargé de ce soin. Il l'a fait dans un discours noble, énergique et véhément, dont on a demandé l'impression. Il a regardé les gardes nationales comme un contrepoids nécessaire à la force qui est entre les mains du pouvoir exécutif, et en conséquence il voudroit que celui qui commande à la troupe de ligne, ne pût commander à !a garde nationale; que le prince n'eût aucune influence sur sa composition; et ne pût ni la punir ni la récompenser ; il voudroit surtout que tous les citoyens actifs ou non, pourvu qu'ils eussent un domicile en France, fussent inscrits pour servir la patrie, sur un registre déposé dans chaque
commune, que la nation s'occupât spécialement de les armer, et enfin que leurs jours de service fussent payés » (13).
Annales patriotiques et littéraires, n01 573, p. 1344.
« M. Robertspierre s'est levé pour se plaindre de ce que l'opinion des comités sembloit exercer une sorte de tyrannie sur la liberté des suffrages, et obtenir, comme un droit la priorité, qui est un don.
« Dans un discours fort étendu, mais dont personne n'a accusé la longueur, il a posé en principes que l'unique but de l'institution des gardes nationales devoit être d'empêcher que le pouvoir exécutif pût jamais opprimer la liberté; voilà l'objet qui rend pour nous cette institution indispensable. Mais l'écueil qu'il faut éviter dans cette organisation, c'est que ces milliers de citoyens ne puissent jamais faire usage de leurs forces pour être les oppresseurs de la patrie.
« De ces principes l'opinant tire quatre conséquences importantes : 1° dit-il, il ne faudrait pas que le chef du pouvoir exécutif pût être celui des gardes nationales, parce que ce pouvoir ne doit pas obéir à une force spécialement destinée à combattre sa tendance naturelle à l'autorité arbitraire.
« 2° Rien ne seroit plus dangereux qu'un décret qui tendrait à donner aux gardes nationales un esprit militaire, le plus funeste de tous à la liberté individuelle.
(13) À propos de l'attitude de Robespierre dans le débat -ur l'organisation des gardes nationales, le même journal (p. 369) publie les appréciations suivantes (Morceau communiqué) :
<( AvanS' d'entrer en discussion sur cette imatière, il iaut que je roulage mon cœur, et que Maxitmilie'n Robespierre reçoivie le tribut do mon estime et de mon amitié.
« Depuis que l'assemblée nationale existe, je n'ai cessé de suivre tes dift'érens députés dans leur opinion et leur conduite, et la presque totalité arrivée au poste périlleux de législateurs, sans plan de conduite, sans connoissances, sans génie ou sans vertu, a flotté dans son opinion, échoué contre les écueils parsemés à dessein, et trahi indignement la chose publique; j'en .ai <vu un trèvpetifc Nombre inaccessibles à la corruption, inébranlables dans son opinion, et toujours fidèles aux principes qui avoient été la base de leur conduite. Péthion, Grégoire, Dubois (de Çrancé), Reubel, à la tête desquels je place Robespierre, comme le plus invariable, et uent, constamment l'apôtre et le défenseur de cette maxime sacrée, « libertas et salus populi »: reçois donc, Aristide moderne, nage du pur amour, de la haute vénération que tu m'as inspirés, et qui ne peuvent changer qu'avec tes sentimens et ta conduite: sois toujours austère dans tes mœurs, sévère dans ta con- 'iiiil.e, rude dan opinions; ne sacrifie pas, ainsi qu'e te le
lient quelques amis qui méconnoissent les vrais simptômes de rté, cette énergie qui te caractérise, à cette politesse, cause en effet fie; la corruption, qui fait le succès de tes adversaires : un joui' viendra que ce langage sera celui de tous les vrais amis de la liberté. »
(( 3° Il ne faut pas non plus qu'on en fasse des automates dangereux, obéissant aveuglément à la volonté d'un chef ambitieux; il ne faut pas qu'elles soient revêtues de ces distinctions frivoles, qui tendent à établir une ligne de démarcation entr 'elles et les autres citoyens; distinctions funestes qui sont le signe de l'oppression et qui en maifîtiennent l'esprit.
« 4° Enfin, il est absolument essentiel à la chose publique d'accorder à tous les individus du corps social le droit de se faire inscrire sur le registre des gardes nationales.
« Ce discours a obtenu le plus grand succès; mais l'heure étant trop avancée, la discussion est continuée à demain. »
Journal de la Noblesse, t. I, n° 18, p. 558-9.
« M. Robespierre, au contraire, ne veut voir qu'un peuple de soldats. Il a parlé de manière à échauffer les esprits; mais le résultat de son système seroit une anarchie perpétuelle.
[Suit une brève analyse du discours.]
L'Ami du Roi (Montjoie), 28 avril 1791, p. 470
« Enfin, le vœu de la majorité a été pour une discussion générale; M. Lanjuinais, qui l'a commencé, a approuvé l'ensemble du plan, et s'est borné à une minutieuse critique de quelques dispositions. M. Robespierre, après lui, a repris la parole, et pérorant plus longuement encore que la première fois, il a complètement ennuyé son auditoire. Son vœu est que nous devons avoir tous indistinctement, un fusil, une baïonnette, un sabre et une suffisante provision de munitions de guerre. Que M. Robespierre nous dise donc où sera la force publique, lorsque tous les citoyens seront indistinctement armés ? »
Courier français, t. X, n° 118, p. 460. Journal de Normandie, 1791, n° 119, p. 575.
« M. Robertspierre posoit comme le principe fondamental de l'organisation des gardes nationales, que tous les citoyens domiciliés ont le droit d'être admis au nombre des gardes nationales, et qu'ils pourront se faire inscrire comme tels dans les registres de la commune où ils demeurent. »
[Suit un fragment du discours imprimé, depuis: « L'humanité, la justice, la morale... » jusqu'à « ils furent toujours les fléaux du peupie. »] (14).
Le Courrier extraordinaire, 29 avril 1791, p. 4.
[A la suite d'un résumé du discours, il ajoute :]
« Il alloit entrer dans la discussion d'autres objets, lorsque 3 heures
ayant sonné, l'assemblée s'est levée, et M. Rabaud a terminé en disant,
(14) Cf. Discours..., 11V partie, p. 624 625.
qu'à l'exception de l'admission des citoyens non actifs vers laquelle il avoit du penchant, le comité étoit d'accord avec M. Robespierre, et que ce qu'il avoit dit, le comité l'avoit fait. »
[Brève mention de cette intervention dans Le Patriote françois, n° 628, p. 459; Le Journal général, n° 87, p. 348; Le Journal de la Révolution, n° 259, p. 427; Assemblée nationale, Corps administratifs (Perlet), t. XIII, n° 631, p. 4; La Gazette nationale ou Extrait..., t. XVI, p. 181 ; Le Mercure universel, t. II, p. 144; Le Courier de Provence, t. XIV, n° 452; La Gazette universelle, n° 118, p. 467.]