‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 32 sur 110 · SEANCE DU 2 MAI 1791 Sur l'affaire d'Avignon {suite · texte numérisé non relu

SEANCE DU 2 MAI 1791 Sur l'affaire d'Avignon {suite

Les débats reprennent, sur le rapport de Menou, le lundi 2 mai. La .Rochefoucauld, duc de Liancourt, propose au nom du Comité diplomatique « qu'il soit déclaré au pape les titres en vertu desquels la nation française fonde ses droits sur Avignon; en retour, le pape ferait connaître les siens ». La discussion rebondit. Après Goupil de Préfeln et Malouet, Robespierre intervient à nouveau, demandant que La réunion soit décrétée, comme conforme au vœu des habitants, .et que le projet du comité soit adopté (1).

Le déba<t continue les 4 et ô naai.

Journal des Etats Généraux ou Journal Logographique , t. XXV, p. 133.

« M. Robespierre. S'il est prouvé que sous le rapport des droits des nations, Avignon n'a jamais, pu être valablement aliéné, qu'il na jamais été possédé par les papes qu'à titre précaire et d'engagement, 'a

(1) Cf. E. Hamel, I, 420-21. La Correspondance des envoyés extraordinaires d'Avignon ne relate pas cette séance (P. Vaillandet, op. cit., 3e partie, p. 104).

nation françoise a toujours été et est encore souveraine. Les avignonois, les comtadins ont toujours été et sont encorf françois. Pour qu'ils soient françois, pour qu'ils soient réunis à la France, il suffit de ne point les repousser; il suffit de ne point les retrancher de l'empire françois; il suffit, non pas de décréter un droit souverain, mais de déclarer celui qui existe; c'est-à-dire que les avignonois, les comtadins font partie de la nation françoise; e* vous voyez, messieurs, que si vous adoptez. ce principe, toutes les objections par lesquelles on semble vouloir obscurcir cette grande affaire tombent d'elles-mêmes. Dès qu'une fois les avignonois et les comtadins sont françois, et que vous n'avez plus qu'à les déclarer tels, il est absolument inutile de chicaner sur la forme des délibérations, d'exiger que l'on vous prouve qu'un à un tous les habitans du Comtat et d'Avignon ont voulu la Révolution françoise ; cet examen est absolument inutile. Mais, messieurs, quand même on pourroit me contester le principe fondé sur notre histoire, et développé d'une manière sans réplique par M. de Montclair (2), et par M. Goupil qui vous a présenté son opinion; quand bien même on voudroit prétendre encore, en dépit des faits et de l'évidence, que les avignonois et les Comtadins ne sont pas françois, il en résulteroit qu'il seroit un peuple séparé de la France, et sous ce nouveau titre, il pourroit encore demander à être réuni à la nation françoise, et dans les circonstances, vous ne pourriez pas rejeter une pareille pétition.

« Ici, certes, il n'est pas possible d'adopter les prinapes du préopinant sur les droits des peuples et des rois, ni sur les moyens par lesquels les peuples peuvent ressaisir leurs droits; car si les peuples ne sont pas des troupeaux, si les rois n'en sont pas les propriétaires, certes on ne pourra contester qu'un peuple, quand il le veut, au moment où il le veut, puisse changer la forme de son gouvernement, et à plus forte raison, changer l'individu à qui il confie ses droits, de tenir luimême les rênes de ce gouvernement; et si le pape pouvoit ici réclamer des droits, s'il pouvoit dire aux Avignonois, aux Comtadins : Vous ne vous réunirez point à !a France, vous ne changerez point la forme de votre gouvernement ; vous ne vous déroberez point à ma domination ; le gouvernement des Avignonois et des Comtadins seroit fait pour le peuple; les Avignonois et les comtadins seroient la propriété du pape; certes, il n'est pas possible de réfuter sérieusement un pareil système. Or si les comtadins, si les Avignonois nous ont réellement adressé ce vœu, s'ils nous ont réellement renouvelle cette pétition avec une ardeur qui ne s'est jamais démentie, qui pourra leur contester le droit de nous la présenter ? qui pourra contester qu'ils n'ont pas le droif de se sous-

(2) .Montclair, magistrat célèbre, avait écrit en 1769 un important ouvrage prouvant la légitimité des droits de la France sur Avignon et le Comtat... Le volume avait été saisi chez l'imprimeur, sur l'ordre de Choiseul, obéissant aux sollicitations du pape. Goupil de Préfeln l'a utilisé dans son discours.

traire à !a domination du pape pour se réunir à la France ? Or, peut-on le contester, ce voeu > Je parle d'abord d'Avignon, qui est un état séparé du Comtat, et je remarque que, sous ce premier point de vue, il n est pas un homme, si disposé qu'il soit à s'opposer à la réunion et à favoriser la cause des ennemis des Avignonois, qui ose dire que le vœu de ce peuple est douteux. Il n'y a pas de difficultés d'abord sur ce vœu, où il est prouvé que, par les faits historiques qui vous ont été développés, le peuple avignonois formait un état séparé de l'état Venaissin; il est donc évident qu'il a eu le droit de demander seul la réunion h la France. Passons au Comtat. Nous avons encore la majorité du Comtat, majorité incontestable, si on veut écouter la vérité et ne point poursuivre le svstême d'embarrasser l'assemblée nationale par des doutes que les faits ont démentis. M. le Rapporteur vous a attesté qu'il étoit porteur des déclarations de 51 communautés du comtat qui demandent formellement leur réunion à la France; ces 51 communautés forment évidemment la majorité sur 95 : aucun de nous ne peut douter du vœu des comtadins. Si vous réunissez le Comtat avec Avignon, pouvez-vous désirer une majorité plus complette ?

(( On a voulu encore opposer des présomptions : ils payent beaucoup moins d'impôts qu'ils n'en payeroient sous la domination de la France : Est-il possible qu'ils veulent leur réunion à la France ? Cette objection s'applique aussi comme vous le voyez, au peuple Avignonois : vous voyez que ce prétendu avantage ne l'a pas arrêté. En Turquie, on paie beaucoup moins d'impôt qu'en Angleterre : s'en suit-il que le gouvernement turc soit préférable a celui d'Angleterre. Eh ! quoi I n'existe-t-il pour les peuples d'autre bonheur que celui de payer plus ou moins d'impôts ? comptez-vous pour rien les abus, les vexations ?

« Ne croiriez-vous pas que le désir de se soustraire à tous ses malheurs ne soit point gravé dans le cœur de tous les peuples ? Oui, les Avignonois, en dépit de Ja modicité de l'impôt, et les comtadins ont voulu se soustraire à la domination du pape, parce que, chez eux, comme chez nous, il y a voit des tyrans subalternes qui opprimoient leurs concitoyens; parce que la justice y étoit vénale et arbitraire; parce que des ordres arbitraires attentoient aux libertés individuelles ; parce que tous les fléaux, qui sont la suite inséparable du gouvernement absolu, désoloient la majorité des citoyens; et certes ce seroit un phénomène bien étrange dans le monde, qu'il y eût une contrée où le despotisme régnât, et où cependant, le peuple fût heureux; c'est par la force, vous a-t-on dit, qu'on a subjugué le vœu du peuple avignonois et du peuple comtadin, c'est au milieu des troubles ef des insurrections que le vœu du peuple d'Avignon s'est fait entendre; c'est dans cette guerre civile que la majorité du Comtat a fait entendre le sien. C'est ici que revient le principe du préopinant sur la théorie des insurrections : il vous a dit qu'aucun vœu n étoit légitime qu autant qu'il étoit émis paisiblement; que lorsqu'il étoit la suite d'une insur-

rection, il étoit illégitime ou coupable. Que le préopinant apprenne donc aux peuples le moyen de ressaisir leurs droits sans insurrection; ou bien qu'il apprenne aux despotes à se dépouiller eux-mêmes du pouvoir absolu, à rendre aux peuples leur liberté et leurs droits : alors je conviendrai facilement que l'insurrection est un crime, puisqu'elle sera une violence inutile (applaudi). Ainsi, tant que ceux qui sont investis du pouvoir le croiront toujours légitime, et croiront, qu'il ne peut jamais être trop étendu pour le bonheur du peuple et pour leur propre satisfaction; je dis qu'il ne restera jamais au peuple d'autre moyen de recouvrer la liberté qu'en secouant le joug du despotisme, et qu'ils ne secoueront jamais le joug du despotisme sans insurrection : c'est une vérité incontestable.

« Est-il bien convenable de se montrer difficile, quand il est évident que la majorité a dû nécessairement exister par la nature des choses ? Le vœu de tous les peuples n'est-il pas de reconquérir la liberté, et quand ils ne parviennent à la liberté, n'est-ce pas parce qu'ils sont toujours retenus par la crainte sous le joug de la tyrannie. Le peuple Avignonois, le peuple Comtadin devoit vouloir la liberté. Il vous dit qu'il l'a voulu, les faits l'attestent, comment en douteriez-vous. Je dis qu'on ne peut pas en douter, avec quelque bonne foi; qu'on ne peut feindre d'en douter que pour prolonger la crise funeste qui désole le pays, que pour y faire triompher la cause des ennemis de la révolution. Je dis que la cause de tant d'intérêt, de tant de combat, ne peut être que l'extrême importance du décret que vous allez rendre, que l'influence infiniment étendue qu'il doit avoir sur la tranquillité de vos pays méridionaux, sur le sort de la révolution françoise en général. Ainsi je conclus à adopter le plan du comité » (3).

Le Législateur français, t. II, 3 mai 1791, p. 7.

a M. Robertspierre s'est attaché à prouver d'abord que le vœu du Comtat et d'Avignon n'étoit pas manifesté dans le cahier déposé sur le bureau par M. l'abbé Maury (4). Ce vœu, suivant M. Robertspierre, n'est que celui des anciennes municipalités, c'est-à-dire, des officiers du pape, des aristocrates enfin, ennemis naturels du peuple. Ainsi la pièce sur laquelle s'appuient les adversaires du rapport n'est d'aucun poids.

« Je vois, disoit M. Robertpierre, dans la révolution Avignonaise et Comtadine le caractère qui signale la révolution Française; j'y vois

<3) Les A-rch. pari. (XXV, 500-501) reproduisent d'subord le texte •du Moniteur jusqu'à « des principes », puis le texte de Le Hoidey, et terminent par la dernière phrase du (Moniteur.

(4) Il s'agit d'un procès-verbal dans lequel les paroisses du Comtat renouvellent leur serment de fidélité au pape. L'abbé Maury dépose ce document sur le bureau de l'Assemblée au cours du discours de Malouet, afin de renforcer les arguments présentés par l'orateur de la droite.

une insurrection contre les abus par les mêmes hommes; j'y vois les mêmes individus protégeant ces abus par tous les moyens qui sont en eux, et je pense que ceux qui ont fait la révolution Française ne peuvent voir avec indifférence celle qui vient de s'opérer à Avignon et dans le Comtat.

« S'il s'agissoit de la propriété d'une métairie, continuoit l'orateur, il me seroit facile de prouver que le pape n'y auroit pas plus de droit que sur les peuples dont il s'agit ; je parcourrois avec vous les fastes de l'histoire; je vous rappellerais la donation de la princesse Napolitaine; je vous montrerais que la possession d'Avignon et du Comtat n'a été acquise au pape que par la mauvaise foi.

« L'orateur prouve ensuite facilement que, s'agissant de la cession d'un peuple, la cause est bien plus favorable; et il a reproduit, à cet égard, tout ce qui avoit déjà été dit par lui, et par plusieurs autres opinans.

« En dernière analyse, M. Robertspierre observe que cette révolution étant positivement la même que celle de France, il est impossible que les amis et ennemis de la constitution française n'y prennent pas part; et il est bien à craindre que la guerre Avignonaise ne s'étende dans toute la partie méridionale de la France.

« Par ces considérations puissantes, M. Robertspierre pense que l'assemblée, pour l'intérêt de l'humanité, pour celui de toute la France, de sa constitution, ne peut se dispenser d'opérer la réunion proposée par le comité diplomatique. »

Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 123, p. 504.

« M. Roberspierre. E,n nous parlant du procès-verbs! qui constate le vœu des avignonais, M. l'abbé Maury aurait dû ajouter que c'était le résultat d'une délibération des anciennes communautés du Comtat, qui, loin d'être l'expression du peuple, n'était que celle des anciens officiers municipaux maîtrisés par l'influence du pape. Là, comme en France, il y avait un parti contre le voeu du peuple, la noblesse et le clergé se sont armés, on en est venu aux mains, le parti populaire a vaincu la ligue des aristocrates, a été victime de son opposition, et on appelle cela du brigandage; cette cause est la même que la nôtre, les mêmes intérêts et les mêmes passions sont en mouvement. C'est peutêtre à cela qu'est dû le grand acharnement qu'on met à cette cause.

« J'entre en peu de mots dans l'examen des principes. Avignon et le Comtat n'ont jamais été aliénés qu'à titre d'engagement; ainsi ces habitans sont toujours français; il ne s'agit là de rien innover, mais de déclarer un droit existant. Si les peuples ne sont pas des troupeaux, ils peuvent changer la forme de leur gouvernement. Si les Comtadins vous ont adressé leur voeu de réunion, il n'y a pas de doute ils de, vent vous être réunis. M. Malouet vous a dit que !em vœu n'avait pas é^c libre, qu'il avait été énoncé au milieu des désordres et des vexations

de tout genre; qu'il apprenne donc au peuple le moyen de se ressaisir de ses droits sans insurrection. (La partie gauche applaudit). On ne peut affecter de douter du vœu des habitans du Comtat, que pour prolonger leur crise funeste. On connaît toute son inffuence sur la tranquillité des départements méridionaux et sur toute la révolution française. Sans la réunion, vous avez au milieu de vos départemens une province qui sera sans cesse un foyer d'anarchie et de guerre civile. Je demande que le projet du Comité soit adopté. »

« On demande que la discussion soit fermée » (5).

Mercure universel, t. III, p. 73.

« Le cahier présenté par l'abbé Maury n'a rien de relatif à la révolution d'Avignon; il ne renferme, dit M. Robespierre, que des délibérations des anciennes municipalités qui n'étoient que les créatures du pape.

.« L'orateur rappelle les faits qui ont précédé l'insurrection de ce pays-là. Dans Carpentras s'est formé une ligue des aristocrates d'Avignon et du comtat. Les prêtres, les jurisconsultes regardoient Avignon comme à eux seuls. S'il est prouvé aujourd'hui, sous le rapport du droit national, qu'Avignon et le comtat n'ont jamais pu être ahénés, il faut en conclure qu'ils font encore partie de la France: voulût-on même contester les principes développés par M. Goupil, d'après M. de Montclar, un peuple peut, dès l'instant qu'il le veut, changer la forme de son gouvernement, ef à bien plus forte raison changer l'individu qui le gouverne. Or, qiu pourroit méconnoître le vœu des Comtadins, lorsqu'ils ont cassé leurs anciens officiers municipaux, lorsqu'ils ont envoyé des députés à l'assemblée nationale, lorsqu'ils en ont envoyé à la fédération, pour renouveler leur serment, lorsqu 'enfin des combats. des victoires ont attesté et couronné leurs vœux.

« Cinquante-une communautés forment une majorité bien marquante sur 84, et encore celles qui n'adhèrent pas en apparence, le font en esprit, et n'ont plus, pour émettre leur vœu, qu'à vaincre la ligue aristocratique qui les entoure et les presse... On objecte pour elles que les Comtadins paient beaucoup moins de droits qu'en France; mais les Avignono's ne sont-ils pas dans le même cas... En Turquie, on en paie bien moins qu'en Angleterre. L'unique bonheur d'un peuple est-il donc de payer plus ou moins d'impôts ? Quelle peut donc être la vraie cause de l'insurrection des Avignonois ? C'est que chez eux comme chez nous la justice étoit vénale, qu'il y avoit des tyrans subalternes, et que chaque minute de leur règne étoit marqué' par des attentats arbitraires contre la liberté; que le préopinant apprenne donc au peuple un moyen calme de reprendre ses droits, de secouer le joug de l'esclavage, et alors je conviendrai que l'insurrection est un crime; et quel combat

(5) Texte reproduit dans le Moniteur, VIII, 281.

les Comtadins n'ont-ils pas eu à soutenir pour faire triompher les grands principes de la raison?... Si vous ne vous prêtez à eux, si vous dédaignez leur vœu de se réunir à la France, cet endroit va devenir le foyer d'une guerre civile pour vous-même, qu'alimenteront sans cesse vos aristocrates. M. Robespierre entre ensuite dans le projet du comité, en démontre la supériorité sur toutes autres mesures, et finit par demander qu'il soit décrété. »

Gazette nationale ou Extrait..., t. XVI, p. 236.

« M. Robespierre. M. l'abbé Maury a déposé sur le bureau ce qu'il appelle le véritable vœu des habitans du Comtat; je lui observe que les comtadins n'ont point rédigé ce vœu, mais bien les municipalités qui existoient en 1790, et qui vivoient sous le régime papal. Ainsi donc je ne crois pas que cette pièce, que les adversaires de la réunion regardent comme d'un grand poids, doive avoir le même mérite à nos yeux.

« Je vois dans la révolution avignonoise et comtadine, le même caractère que portoit la révolution françoise; j'y vois d'un coté des hommes las et victimes des abus, et c'est le plus grand nombre, se livrer à une insurrection pour les détruire; de l'autre côté, je vois ceux qui vivoient des abus, s'efforcer d'en prolonger le règne, et tout tenter pour parer le coup qui les menace. Cette comparaison est juste, et j'en conclus que les françois, amis de leur propre révolution, ne doivent pas être indifférents sur celle d'Avignon et du Comtat; ils prendront nécessairement parti dans la querelle, si vous en- laissez subsister les motifs; et alors, un peuple qu'on appelloit étranger, aura amené en France ce que nous avons su en éloigner nous-mêmes pendant le cours de notre révolution, la guerre civile et ses horreurs.

« Prévenons ces maux, tel est l'ordre que doit nous prescrire notre conscience Je demande, pour l'intérêt de l'humanité, pour celui de notre constitution, que l'assemblée adopte le projet de décret présenté par M. le rapporteur. »

L'Ami du Roi (Royou), 1791, n° 350, p. 3.

« Après un aussi éloquent interprète de la raison, de la justice et de l'honneur (6), il est triste d'être obligé d'entendre l'organe impur de la calomnie et du fanatisme. M. Robespierre tire ses argumens de

(<0 II s'agit de Malouet : Voici en quels termes C. Desmoulins parle de ce dernier, dans ses Kévolutions de France et de Brabant, p 416: ...« Je ne saurois m'einpêcher de regarder ici Malouet comme <cs possédés des démons qui rendoieut gloire au fils de Dieu. Et déjà dans son journal, car Malouet qui a tant insulté les folliculaires, s'est fait folliculaire du club monarchique, j'avois entendu notre démoniaque au milieu de ses blasphèmes, crier hosanna à la» révolution ».

l'esprit de parti, de la logique des factions; il ne voit, dans l'observation des règles, de la justice, que la victoire du parti aristocratique sur le parti populaire. Dans un contrat solemnel, dans les traités les plus sacrés, il ne voit que des peuples vendus comme de vils troupeaux ; les adhésions des communes, tracées avec la pointe des bayonnettes, lui paroissent les titres les plus légitimes; les impôts dont la constitution française menace les Comtadins, ne sont, à ses yeux, qu'un foible prix de la liberté qu'elle leur procure. On paye moins d'impôts en Turquie qu'en Angleterre; quel est l'Anglais qui voulut être Turc? Que M. Robespierre ne s'y trompe pas; les révolutionnaires Français ne se sont point arrangés pour payer, sous l'empire de la liberté, plus que sous le despotisme, et je ne lui réponds pas de leur patriotisme, s'ils se trouvent si loin de leur compte. 11 a couronné ces violentes déclamations par une sentence qui tend à établir un peu trop cruement le droit du plus fort, et, par conséquent, la tyrannie. Selon lui, l'insurrection est un crime, quand elle ne réussit pas; elle n'est pas un devoir que lorsqu'elle est appuyée de la force; l'obéissance est le devoir du foible. C'est une de ces vérités affligeantes et atroces, que l'expérience confirme assez, mais qui ne devroient jamais échapper à un législateur honnête et prudent. »

Courier de Provence, t. XIV, p. 487.

« M. Goupil a conclu à l'exécution d'un arrêt du parlement d'Aix, portant réunion d'Avignon et du Comtat à la France. M. Robespierre, sans s'arrêter longtemps à ces chicanes diplomatiques, à ces droits ensevelis dans des parchemins poudreux, a développé avec chaleur les véritables droits des peuples, écrits par la nature elle-même. « Certes, a-t-il dit, si les peuples ne sont pas des troupeaux, si les rois n'en sont pas les propriétaires, on ne pourra contester qu'un peuple, quand il le veut, et au moment qu'il le veut, puisse changer îa forme de son gouvernement, et à plus forte raison, changer l'individu à qui il en confie les rênes. » 11 a ensuite pulvérisé les chicanes élevées par M. Malouet, sur la validité du voeu du peuple comtadin. Il a conclu par demander l'adoption du projet du comité. Rien n'a été décidé. »

Mercure de France, 14 mai 1791, p. 127.

« A M. Malouet a succédé M. Roberspierre qui, pour diminuer l'effet de la délibération des communes du Comtat, n'y a vu que le voeu des municipaux fidèles au Pape, et conséqtiemment suspects, du clergé, de la noblesse. Selon lui, les nobles et les prêtres se sont armés; on en est venu aux mains; le parti populaire a vaincu; la ligue des aristocrates a été victime de son opposition, et on appelle cela du brigandage. » M- Roberspierre n'a pas hésité d'ajouter: « Cette cause est la même que la nôtre ». Rentré dans ce qu'il nomme les principes, il a ressassé les phrases de MM. Goupil, Péthion, etc., et a répondu

à M. Malouet et à tous les honnêtes gens qui supposent que le vœu d'un peuple n'est pas libre au milieu des massacres : « Qu'on apprenne donc au peuple de se ressaisir de ses droits sans insurrection ! » . Ses conclusions ont été celles du rapporteur. On à demandé que la discussion fût fermée. »

« Cependant, MM. Robespierre et Goupil ont pris la peine de réfuter sérieusement tous ces champions de l'aristocratie papale, et ils n'ont pas eu de peine. Les parchemins, le droit naturel, le droit social, les circonstances du dehors, les convenances du dedans, tout nous commande de hâter cette réunion. Devons-nous balancer un seul instant à exterminer ce fléau de l'aristocratie, lorsque de tous côtés on nous menace, et lorsque ce repaire de brigands sert de point de ralliement aux aristocrates les plus déterminés, qui seront toujours prêts à venir, le brandon à la main, mettre le feu aux départemens voisins? »

Le Point du Jour, t. XXII, n° 661, p. 14.

« M. Robespierre a commencé par détruire l'effet que M. l'abbé Mauri avoit voulu retirer de la remise sur le bureau des procès-verbaux des délibérations des municipalités du Comtat. Il a observé que ce n'étoient !à que des délibérations des municipalités et non pas des communes; qu'elles ont d'ailleurs une époque reculée de 1789, et que le vœu exprimé par le peuple depuis le mois de mai 1790, est plus certain, plus prononcé et plus légal. Il a ajouté ensuite : Cette révolution ayant pour objet, chez une partie des habitans, d'adopter !a constitution française qu'un parti aristocratique repousse, il faut s'arrêter au vœu du peuple et à votre propre sûreté. Ne craignez- vous pas d'ouvrir une voie aux ennemis de la Révolution dans les départemens méridionaux, et de se procurer un moyen de résistance et de complot qui pourroit nuire à la France.

(( M. Robespierre a voté pour l'adoption du projet de décret du comité. »

Le Spectateur national, 3 mai 1791.

« Dire que M. Robespierre a parlé sur cette question, c'est dire assez quel avis il a manifesté. Pendant tout le tems qu'a duré son très-ennuyeux discours, l'honorable membre a donné le nom d aristocrates aux comtadins fidèles au pape, et celui de patriotes aux brigands qui, dans cette contrée, égorgent leurs concitoyens. »

L'Ami du Peuple (Marat), n° 448, p. 2.

« A tant d'impudens clabaudeurs qui devenoient successivement agneaux timides, tigres altérés de sang et serpens tortueux, deux ..seuls orateurs patriotes ont fait face, MM. Goupil et Roberspierre ; tous

deux ont combattu avec les armes de la justice et de la raison, mais maniées d'une manière différente. »

[Brève mention de cette intervention dans Le Courier français, t. XI, n° 123, p. 14; Le Journal de Normandie, n° 124, p. 599; Assemblée nationale, Corps administratifs (Perlet), t. XI, n° 636, p. 5; Le Courrier extraordinaire, 3 mai 1791, p. 5; L'Ami du Roi (Monljoie), 3 mai 1791, p. 490; Le Journal du Soir (des Frères Chaignieau), t. II, n° 298, p. 3; La Correspondance nationale, n° 23, p. 32; Le Creuset, t. II, n° 37; Le Mercure national et étranger, 2 mai 1791, p. 270; Les Annales patriotiques et littéraires, n° 578, p. 1366; Le Journal universel, t. XI, p. 6010; Les Révolutions de France et de Brabant, t. VI, n° 76, p. 416; Le Courrier d'Avignon, n° 112, p. 448.]

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