‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 38 sur 110 · SEANCE DU 16 MAI · texte numérisé non relu

SEANCE DU 16 MAI

Sur l'éligibilité des députés de l'Assemblée nationale a la première législature

!" intervention

T/houret, au nom du comité de constitution, présente à l'Assemblée un rapport sut l'organisation du corps législatif. Il soumet immédiatement à la discussion deux articles, dont l'art 7 ainsi conçu- «Les membres de la précédente législature pourront être réélus ».

Robespierre prenant aussitôt la parole pour une motion d'ordre, demande que les membres de l'Assemblée nationale ne puissent être réélus à la première législature (1). Garât l'aîné, puis Pétio.a appuient la motion de Robespierre. Une partie de l'Assemblée demande à aller aussitôt aux voix. Un important débat s'instaure cependant.

Journal des Etats Généraux ou Journal Logographique, t. XXVI, p. 45.

« M. Robespierre. Je demande la parole pour une motion d'ordre.

« M. Thovret. Si quelqu'un s'élève contre la proposition que j'ai faite, c'est véritablement là le moment de l'entendre.

« M. Robespierre. Il m'a paru que la question qui devoit être agitée la première dans l'assemblée étoit déterminée par la nature même de la délibération. Il me semble convenable et utile sous tous

(1) E. Hamel signale qu'à la fin de septembre 1789, le vicomte de Mirabeau aurait demandé, à propos d'une motion de Voluey, Qu'aucun membre de l'Assemblée ne pût être réélu à la prochaine législature (Cf. Arch. pari., VIII, 43).

les rapports qu'avant de fixer définitivement les fonctions, les pouvoirs de la législature, le mode d'élection qui devoit y conduire, il m'a paru, dis-je, très convenable et très-utile que le législateur, lui-même se désintéressât dans cette grande question : il m'a paru qu'il étoit beaucoup plus intéressant que nous délibérassions sur le corps législatif, comme des citoyens qui dévoient bientôt rentrer dans la classe commune, plutôt que de délibérer comme des législateurs qui pourroient continuer d'être membres du corps qu'ils alloient organiser.

« En conséquence, je fais la motion dans ces fermes précis : qu'avant de discuter aucune des questions proposées, l'assemblée décrète que les membres de l'assemblée actuelle ne pourront être membres [de la prochaine législature] {très vifs applaudissemens : les deux côt«s de l'assemblée se lèvent et demandent à aller aux voix) » (2).

Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 137, p. 568.

« M. Roberspierre. Je demande la parole pour une motion d'ordre indiquée par la nature même de la délibération, afin que nous puissions voter comme de simples citoyens, et non pas comme des hommes qui pourroient être réélus. Je demande donc que l'Assemblée décète d'abord que les membres de l'Assemblée actuelle ne pourront être élus à la première législature. (On applaudit à plusieurs reprises dans toutes les parties de la salle, et on demande à grands cris à aller aux voix) » (3).

Journal des Débals, t. XX, n° 723, p. 8.

« M. Robespierre a interrompu M. le Rapporteur, pour demander que l'Assemblée Nationale, avant d'entrer dans la discussion du Corps législatif, se désintéressât tout-à-fait sur toutes les questions qu'elle devoit traiter, en considérant déjà chacun de ses Membres comme un Citoyen qui va rentrer dans la foule des Citoyens. 11 a fait la motion expresse que l'Assemblée décidât sur-le-champ que les Membres d une Législature ne seroient point éligibles à la Législature suivante. Cette motion a été aussi-tôt couverte d' applaudissemens. La plupart des Membres du côté gauche, et tous ceux du côté droit se sont levés, et ont crié : aux voix la motion de M. Robespierre ! »

Journal de Paris, 17 mai 1791, p. 544.

« M. Robespierre a demandé la parole : et partant, dirigeait au moins sur le champ la discussion sur le point qui attiroit déjà le regard de tous les esprits; pour opiner, a-t-il dit, avec impartialité sur la réélection des Membres des Législatures, il faut commencer par nous désintéresser entièrement nous-mêmes sur le résultat de la décision:

(2) Texte reproduit dans les Arch. pari., XXVI, 111

(3) Text*~ reproduit dans le Moniteur, VJII. 411; et dans Bûchez et Roux, X, 25.

il faut prononcer avant tout que les Membres de l'Assemblée constituante ne pourront pas être réélus à la Législature qui doit la remplacer. « De nombreux applaudissemens ont éclaté et annoncé de toutes parts qu'un vœu général étoit déjà formé dans l'Assemblée Nationale. On crioit aux voix, et on n'avoit pas besoin de les comDter pour voir qu'elles formoient la majorité pour la motion qui étoit si fortement applaudie. »

Le Point du Jour, t. XXII, p. 211.

« M. Robespierre a pris le premier la parole sur la première question relative à l'élection des députés d'une législature à l'autre.

« Cette question est délicate, a-t-il dit, nous ne pouvons la discuter avec dignité et sur-tout avec impartialité qu'autant que nous serons dépouillés de tout intérêt personnel. Il faut que pour l'examiner de sangfroid nous nous placions à l'instant dans la classe des citoyens privés. Je demande donc qu'à l'instant il soit décrété sans rien préjuger pour les autres législatures que les membres de cella-ci ne seront pas réélus. (Vif enthousiasme dans une partie de l'assemblée). »

Le Législateur français, t. II, 17 mai 1791, p. 3. Courrier d'Avignon, 1791, n° 120, p. 478.

« M. Robertspierre, avant que la discussion fût entamée, a demandé la parole pour une motion d'ordre. Avant de commencer cette délibération, disoit l'honorable membre, il faut écarter de nous tout ce qui pourroit faire croire que nous allons discuter nos intérêts individuels; il faut délibérer ici comme de simples citoyens, n'ayant uniquement en vue que la chose publique; je demande donc qu'il soit décrété avant tout que les membres d'une législature ne pourront être réélus pour cel'e qui la suivra.

« Cette motion a été appuyée par presque toute l'assemblée, à droite et à gauche, dans le milieu de la salle tout le monde s'est levé en criant : aux voix, aux voix. »

Mercure universel, t. III, p. 266.

« M. Robespierre. Avant de fixer les grandes questions de la législature, nous devons nous regarder, non comme législateurs, mais comme citoyens, afin de ne point être juges et parties dans notre propre cause. Il importe de se placer convenablement pour bien juger. En conséquence je fais la motion, qu'avant de discuter sur les articles de l'organisation de la législature, il soit décrété qu'aucun membre de cette assemblée ne sera réélu dans la prochaine législature. (Les plus Vifs applaudissemens de tous les coins de la salle). »

L'Ami du Roi (Royou), 1791, n" 364, p. 2.

« M. de Robespierre, sur-tout, s'est distingué dans cette occasion.

Si l'on veut discuter cette matière, je demande au moins, a-t-il dit, que pour écarter tout soupçon d'intérêt personne^ on commence par statuer que les membres de la législature actuelle ne seront pas éligibles pour la prochaine. Mais malgré les clameurs de haro qui poursuivoient le commentateur normand (4), il s'est présenté fièrement au combat; il a supplié l'assemblée de ne pas livrer le sort des législateurs actuels aux mouvemens impétueux et au cri de l'honneur, de juger leur cause avec le calme et la réflexion qui ont préparé tant d'immortels décrets, et s'est engagé, si on vouloit l'écouter, de dissiper, avec le flambeau de sa métaphysique, ce prestige de l'honneur qui fascine les yeux, e; de confondre ces raisons factices, ennemies de la raison éternelle. a

L'Ami des Patriotes, t. II, n° 26, p. 285.

« C'est M. Robespierre qui a proposé celui-ci; et M. l'abbé Maury, pour témoigner son extrême satisfaction, est monté sur un banc...

« M. Cazalès demandoit la parole pour établir le système de la rééligibilité perpétuelle ; toute la droite s'est levée pour la lui refuser ; toute la gauche la lui a accordée, à la réserve de MM. Pétion. Buzot, Robespierre, et cinq à six personnes qui les entourent et qui se placent ordinairement près du bureau » (5).

Journal de la Noblesse, t. II, n° 22, p. 59.

« MM. Robespierre et Garât l'aîné (6), se sent déclarés pour la non-réélection. « Nous ne devons pas, a dit le premier, voter comme des hommes qui peuvent être réélus, mais bien comme de simples citoyens. Il faut donc décider que les membres, de l'assemblée actuelle ne pourront être réélus à la première législature. »

« Des cris tumultueux se sont élevés à l'instant dans la salle pour que l'on décrétât sur le champ la proposition de M. Robespierre. »

Le Spectateur national, n° 166, p. 719.

« M. Robespierre et plusieurs autres députés du côté gauche ont demandé qu'il fût, sur le champ, décidé qu'aucun membre de l'assemblée nationale actuelle ne pourrait être élu à la prochaine législature. Un mouvement qui s'est fait ensuite remarquer dans toutes les parties

(4) Il s'agit de Thouret.

(5) Le côté droit appuya, en effet, la motion de Robespierre (Cf. Marquis de Ferrières, Mémoires, II, 286). De même, Robespierre écrira plus tard, dans son Défenseur de la Constitution, n° 3 (Edition de G. Laurent, p. 81) : « iCe n'est point les Cazalès et les Maury qui, dans l'Assemblée 'constituante, ont porté des coups mortels à la liberté, ils contribuèrent même quelquefois à son triomphe » (Cité par G. Walter, p. 661, note 72).

(6) Gorsas, dans son Courrier, t. XXIV, n° 17, p. 269. qualifie Garât l'aîné « d'amant de l'abbé Maury ».

LES DISCOURS DEr ROBESPIERRE 381

de la salle, a fait croire qi'e la motion de M. Robespierre alloi* être accueillie par acclamation; mais -M. Garât l'aîné a arrêté cette ardeur naissante. »

L'Ami du Roi (Montjoie), 17 mai 1791, p. 545.

« M. Robespierre qui s'est acquis beaucoup de gloire dans !e cours de cette discussion, a été d'avis qu'il falloit sur-le-champ décréter qu'aucun membre des législateurs ne pourrait être réélu dans la législature suivante.

« Il étoit naturel que M. Robespierre, en dénonçant une telle opinion, parlât du décret déjà rendu, mais il n'a eu garde de le faire, pour ne pas priver ses co-députés du mérite d'un nouveau sacrifice (7).

« On a si bien compris la sagesse de son intention, que par un mouvement subit, toute l'assemblée s'est levée, et on n'a entendu qu'un cri; ce cri, c'étoit de mettre à l'instant aux voix la proposition de M. Roberspierre. »

Journal du Soir (des Frères Ghaignieau), t. II, n° 312, p. 2.

« M. Roberspierre a pris la parole sur la première question de l'aptitude des députés à être réélus: cette question est délicate, nous ne pouvons la discuter avec dignité, qu'autant que nous nous serons dépouillés de tout intérêt personnel. Il faut que pour l'examiner tranquillement, nous nous placions à l'instant dans la classe des citoyens privés. Je demande qu'à l'instant il soit décrété, sans rien préjuger pour les autres législatures, que les membres de celle-ci ne seront point réélus.

« Cette proposition a été saisie avec enthousiasme. Toute la partie gauche et ime section de la droite se sont levées et ont demandé la mise aux voix. »

Mercure de France, 28 mai 1791, p. 274.

« M. Roberspierre a demandé que l'Assemblée, avant de discuter, se désintéressât sur toutes les questions qu'elle alloit traiter; et pour cela, a fait la motion expresse qu'on décrétât sur-le-champ que les membres d'une législature ne seront pas éligibles à la législature suivante. La proposition a été couverte d'applaudissemens. Beaucoup de membres du côté gauche, et tous ceux de la droite se sont levés, en criant : aux voix; en rendant justice à ce que cette motion pouvoit avoir d'honorable. »

(7) Après la motion <le Robespierre (iarat rappela en effet que i- question avait, déjà été tranchée par un décret du 11 septembre 789. Thouret, dans Je discours qu'il prononça ensuite, montra qu'il usait erreur: le 14 septembre, on décida que chaque législatun ?rait renouvelée en totalité, onais sans préciser si aes îru-mb.; es fraient rééligibles ou non.

Mercure national et étranger, 17 mai 1791, p. 494.

« M. Robespierre a fait la motion expresse de décréter qu'aucun membre de l'Assemblée nationale actuelle ne pourra être réélu dans la législature suivante. Je crois, a-t-il dit, que nous discuterons mieux cette importante matière, lorsque nous aurons écarté de nous toute idée d'intérêt personnel, et que nous serons bien convaincus que nous allons rentrer dans la classe des citoyens. Toute l'assemblée s'est levée avec un cri unanime d'approbation, et l'on a demandé les voix avec instance.»

Le Creuset, t. II, n° 41, p. 285.

« Avant de commencer cette délibération, a dit le candide et pur Robespierre, écartons soigneusement de nous tout ce qui pourroit donner lieu de penser que nous allons discuter des intérêts individuels. Nous devons délibérer comme fercient eux-mêmes ceux que nous représentons. Je demande qu'avant tout il soit délibéré que les membres d'une législature ne pourront être réélus pour celle qui la suivra. Un oui, non moins honorable que le non essuyé par l'indigne comité, s'est élevé avec la même presque unanimité; ef il a été suivi du cri, aux voix, aux voix! »

[Brève mention de cette intervention dans Assemblée nationale, Corps administratifs (Perlet), t XI, nu 650, p. 3; Le Journal de Rouen, n° 137, p. 644; Les Révolutions de Paris (Prudhomme), n° 97, p. 308; La Feuille dh Jour, t IV, n° 137, p. 385; Le Courrier des LXXXIII départemens, t. XXIV, n° 17, p. 269; Le Journal général de France, 17 mai 1791, p. 545; Le Journal universel, t. XI, p. 7022; La Correspondance nationale, n" 27, p. 160; Le Patriote jrançois, n° 647, p. 541 ; La Gazette nationale ou Extrait..., t. XVI, p. 370; Le Courrier extraordinaire, 17 mai 1791, p. 3.]

2' intervention

A .la suite de la motion de Robespierre, Thouret, reprenant la parole, défend le projet du comité et l'Assemblée décrète l'impression de son discours. Prugnon se range à l'avis de Robespierre; il propose en outre que les membres d'une législature quelconque ni' puissent être rééligibles qu'après un intervalle de quatre années L'impression de son discours est décrétée. Merlin, par contre, appme l'opinion du comité.

Après une courte interruption, l'Assemblée revient à l'ordre du jour. Robespierre prend la parole pour défendre sa motion. L'Assemblée ordonne à la presque unanimité l'impression de son discours. La discussion est fermée, malgré l'insistance de Briois de Beauniez, de Le Chapelier et de Rcubell qui propose d'ajouter en amendement que les membres *des législatures suivantes pourront être réélus. v L'Assemblée décréta 'à la presque unanimité que ses membres ue pourraient être élus à la première législature.

A L'ASSEMBLEE NATIONALE

Sur la Réélection des Membres de' l'Assemblée Nationale

Imprimé par ordre de l'Assemblée nationale (8)

Messieurs,

Les plus grands législateurs de l'antiquité, après avoir donné une constitution à leur pays, se firent un devoir de rentrer dans la foule des simples citoyens, et de se dérober même quelquefois à l'empressement de la reconnoissance publique. Ils pensoient que le respect des lois nouvelles dépendoit beaucoup de celui qu'inspiroit la personne des législateurs, et que le respect qu'imprime le législateur est attaché en grande partie à l'idée de son caractère et de son désintéressement. Du moins, faut-il convenir que ceux qui fixent la destinée des nations et des races futures, doivent être absolument isolés de leur propre ouvrage; qu'ils doivent être comme la nation entière, et comme la postérité. Il ne suffit pas même qu'ils soient exempts de toute vue personnelle et de toute ambition; il faut encore qu'ils ne puissent pas en être soupçonnés. Pour moi, je l'avoue, je n'ai pas besoin de chercher dans des raiso.nnemens bien subtils la solution de la question qui vous occupe; je la trouve dans les premiers principes de la droiture et dans ma conscience. Nous allons délibérer sur la partie de la constitution qui est la première base de la liberté et du bonheur public, l'organisation du corps législatif; sur les règles constitutionnelles des élections, sur le renouvellement des corps électoraux. Avant de prononcer sur ces questions, faisons qu'elles nous soient parfaitement étrangères: pour moi, du moins, je crois devoir m'appliquer ce principe. En effet, je suppose que je ne fusse pas inaccessible à l'ambition, d'être membre du corps législatif, et certes je déclare avec franchise que c'est peut-être le seul objet qui puisse exciter l'ambition d'un homme libre; je suppose que les chances qui pourroient me porter à cet emploi fussent liées à la manière dont les grandes questions nationales dont j'ai parlé seroient résolues; sero>s-je dans cet état d'impartialité et de désintéressement absolu qu'exige une tâche aussi importante ? Et si un juge se récuse lorsqu'il tient par quelqu'affection, par quelqu'intéret même indirect, à une cause particulière, serois-je moins sévère envers moi-même, lorsqu'il s'agit de la cause des peuples ? Non. Et puisqu'il n'existe pour tous les hommes qu'une même morale, qu'une conscience, je conclus que cette opinion est celle de l'Assemblée nationale toute entière. C'est la nature même des choses

(H) Brochure in-b°, 11 p., Paris, Imprimerie Nationale, s.d. ; B.N. 8'J Le -y/l 506, Le 27/10 <65), Le 27/10' A (55). Ce catalogue la dote par erreur du 17 mai. Arch. .nat., AD XVIII a 60. Biblio. de-la Sorbonne HFr 140. Biblio mazarine, n° 42.734.

qui a élevé une barrière entre les auteurs de la constitution et les assemblées qui doivent venir après eux. En fait de politique, rien n'est utile que ce qui est juste et honnête; et rien ne prouve mieux cette maxime que les avantages attachés au parti que je propose.

Concevez-vous quelle autorité imposante donneroit à votre constitution le sacrifice prononcé par vous-mêmes des plus grands honneurs auxquels vos concitoyens puissent vous appeler ? Combien les efforts de la calomnie seront foibles, lorsqu'elle ne pourra pas reprocher à un seul de ceux qui l'ont élevée, d'avoir voulu mettre à profit le crédit que leur mission même leur donne sur leurs commettans, pour ordonner son pouvoir; lorsqu'elle ne pourra pas même dire que ceux qui passent pour avoir exercé une très-grande influence sur vos délibérations, ont eu la prétention de se faire de leur réputation et de leur popularité un moyen d'étendre leur empire sur une assemblée nouvelle; lorsqu'enfin on ne pourra pas les soupçonner d'avoir plié au désir très-louable en soi de servir la patrie sur un grand théâtre, les principes des importantes délibérations qui nous restent à prendre.

Cependant, si incapables de tout retour personnel sur eux-mêmes, ils étoient attachés au système contraire, par des scrupules purement relatifs à l'intérêt public, il me semble qu'il seroit facile de les dissiper.

Plusieurs semblent croire à la nécessité de conserver dans !a législature prochaine une partie des membres de l'Assemblée actuelle; d'abord, parceque, pleins d'une juste confiance en vous, ils désespèrent que nous puissions être remplacés par des successeurs également dignes de la confiance publique.

En partageant le sentiment honorable pour l'Assemblée actuelle, qui est la base de cette opinon, je crois exprimer le vôtre, en disant que nous n'avons ni le droit, ni la présomption de penser qu'une nation de vingt-cinq millions d'hommes, libre et éclairée, est réduite à l'impuissance de trouver facilement 720 défenseurs qui nous vaillent. Et si, dans un temps où l'esprit public n'étoit point encore né, où !a nation ignoroit ses droits, et ne prévoyoit point encore sa destinée, elle a pu faire des choix dignes de cette révolution, pourquoi n'en feroit-e!le pas de meilleurs encore, lorsque l'opinion publique est éclairée et fortifiée par une expérience de deux années si fécondes en grands évènemens et en grandes leçons.

Les partisans de la réélection disent encore qu'un certain nombre de membres, et même que certains membres de cette Assemblée sont nécessaires pour éclairer, pour guider la législature suivante par les lumières de leur expérience, et par la connoissance plus parfaite des lois qui sont leur ouvrage.

Pour moi, sans m'arrêter à cette idée qui* a peut-être quelque chose de spécieux, je pense d'abord, que ceux qui, hors de cette Assemblée, ont lu, ont suivi nos opérations, qui ont adopté nos décrets, qui les ont défendus, qui ont été chargés par la confiance publique de

les faire exécuter, que cette foule de citoyens dont les lumières et le civisme fixent les regards de leurs compatriotes, connoissent aussi les lois et la constitution, je crois qu'il n'est pas plus difficile de les connoître, qu'il ne l'a été de les faire. Je pourrois même ajouter que ce n'est pas au milieu de ce tourbillon immense d'affaires où nous nous sommes trouvés, qu'on a été le plus à portée de connoître l'ensemble et les détails de toutes nos opérations; je pense d'ailleurs que les principes de cette constitution sont gravés dans le cœur de tous les hommes, et dans 1 esprit de la majorité des François; que ce n'est point de la tête de tels ou tels orateurs qu'elle est sortie, mais du sein même de l'opinion publique qui nous avoit précédés, et qui nous a soutenus. C'est à elle, c'est à la volonté de la nation, qu'il faut confier sa durée et sa perfection, et non à l'influence de quelques-uns de ceux qui la représentent en ce moment. Si elle est votre ouvrage, n'est-elle pas le patrimoine des citoyens qui ont juré de la défendre contre tous ses ennemis ? N'est-elle pas l'ouvrage de la nation qui l'a adoptée ? Pourquoi les assemblées de représentans choisis par elle n'auront-elles pas droit à la même confiance ? Et quelle est celle qui oseroit renverser la constitution contre sa volonté ? Quant aux prétendus guides qu'une assemblée pourroit transmettre à celles qui la suivent, je ne crois point du tout à leur utilité. Ce n'est point dans l'ascendant des orateurs qu'il faut placer l'espoir du bien public, mais dans les lumières et dans le civisme de la masse des assemblées représentatives : l'influence de l'opinion publique et de l'intérêt général diminue en proportion de celle que prennent les orateurs; et quand ceux-ci parviennent à maîtriser les délibérations, il n'y a plus d'assemblées, il n'y a plus qu'un fantôme de représentation. Alors se réalise le mot de Thémistocle, lorsque montrant son enfant, il disoit : voilà celui qui gouverne la Grèce; ce marmot gouverne sa mère, sa mère me gouverne, je gouverne les Athéniens, et les Athéniens gouvernent la Grèce. Ainsi une nation de vingt-cinq millions d'hommes seroit gouvernée par l'Assemblée représentative, celle-ci par un petit nombre d'orateurs adroits, et par qui ces orateurs seroient-ils gouvernés quelquefois?... Je n'ose le dire, mais vous pourrez facilement le deviner. Je n'aime point cette science nouvelle qu'on appelle la tactique des grandes assemblées : elle ressemble trop à l'intrigue : la vérité et la raison doivent seules régner dans les assemblées législatives. Je n'aime pas que des hommes habiles puissent, en dominant une assemblée par ces moyens, préparer, assurer leur domination sur une autre, et perpétuer ainsi un système de coalition qui est le fléau de la liberté. J'ai de la confiance en des représentans qui, ne pouvant étendre au-delà de deux ans les vues de leur ambition, seront forcés de la borner à la gloire de servir leur pays et l'humanité, de mériter l'estime et l'amour des citoyens dans le sein desquels ils sont sûrs de retourner à la fin de leur mission. Deux années de travaux aussi brilïans qu'utiles sur un tel théâtre suffisent à leur gloire. Si la gloire, si* le

bonheur de placer leurs noms parmi ceux des bienfaiteurs de la patrie ne leur suffit pas, ils sont corrompus, ils sont au moins dangereux; il faut bien se garder de leur laisser les moyens d'assouvir un autre genre d'ambition. Je me défierois de ceux qui, pendant quatie ans, resteroient en butte aux caresses, aux séductions royales, à la séduction de leur propre pouvoir, enfin à toutes les tentations de l'orgueil ou de la cupidité. Ceux qui me représentent, ceux dont la volonté est censée la mienne, ne sauroient être trop rapprochés de moi, trop identifiés avec moi, sinon la loi, loin d'être la volonté générale, ne sera plus que l'expression des caprices ou des intérêts particuliers de quelques ambitieux; les représentans, ligués contre le peuple, avec le ministère et la cour, deviendront des souverains, et bientôt des oppresseurs. Ne nous dites donc plus que, s'opposer à la réélection, c'est violer la liberté du peuple. Quoi ! est-ce violer la liberté que d'établir les formes, que de fixer les règles nécessaires pour que les élections soient utiles à la liberté ? Tous les peuples n'ont-ils pas adopté cet usage ? N'ont-ils pas sur-tout proscrit la réélection dans les magistratures importantes, pour empêcher que, sous ce prétexte, les ambitieux ne se perpétuassent par l'intrigue et par la facilité des peuples ? N'avez- vous pas vous-mêmes déterminé des conditions d'éligibilité ? Les partisans de la réélection ont-ils alors réclamé contre ces décrets? Or faut-il que l'on puisse nous accuser de n'avoir cri à la liberté indéfinie en ce genre, que lorsqu'il s'agissoit de nous-mêmes; et de n'avoir montré ce scrupule excessif que lorsque l'intérêt public exigeoit la plus salutaire de toutes les règles qui peuvent en diriger l'exercice ? Oui, sans doute, toute restriction injuste contraire aux droits des hommes, et qui ne tourne point au profit de l'égalité, est une atteinte portée à la liberté du peu pie; mais toute précaution sage et nécessaire, que la nature même des dhoses indique, pour protéger Ja liberté contre la brigue et contre les abus de pouvoir des représentans, n'est-elle pas commandée par l'amour même de la liberté !

Et d'ailleurs, n'est-ce pas au nom du peuple que vous faites ces lois? C'est mal raisonner, que de présenter vos décrets comme des lois dictées par des souverains à des sujets; c'est la nation qui les porte elle-même, par l'organe de ses représentans. Dès qu'ils sont justes et conformes aux droits de tous, ils sont toujours légitimes. Or qui peut douter que la Nation ne puisse convenir des règles qu'elle suivra dans ses élections, pour se défendre elle-même contre l'erreur et contre la surprise.

Au reste, pour ne parler que de ce qui concerne l'Assemblée actuelle, j'ai fait plus que de prouver qu'il étoit utile de ne point permettre la réélection; j'ai fait voir une véritable incompatibilité, fondée sur la nature même de ses devoirs. S'il étoit convenable de paroître avoir besoin d'insister sur une question de cette nature, j'ajouterois encore d'autres raisons.

Je dirois qu'il importe de ne point donner lieu de dire, que ce n'étoit point la peine de tant presser la fin de notre mission, pour la continuer, en quelque sorte, sous une forme nouvelle. Je dirois sur-tout une raison qui est aussi simple que décisive. S'il est une assemblée dans le monde à qui il convienne de donner le grand exemple que je propose, c'est, sans contre-dit, celle qui, durant deux années entières, a supporté des travaux dont l'immensité et la continuité sembîoient être au-dessus des forces humaines.

Il est un moment où la lassitude affoiblit nécessairement les ressorts de l'âme et de la pensée; et lorsque ce moment e?t arrivé, il y auroit au moins de l'imprudence, pour tout le monde, à se charger encore, pour deux ans, du fardeau des destinées d'une Nation. Quand la nature même et la raison nous ordonnent le repos, pour l'intérêt public, autant que pour le nôtre, l'ambition ni même le zèle n'ont point le droit de les contredire. Athlètes victorieux, mais fatigués, laissons la carrière à des successeurs frais et vigoureux, qui s'empresseront de marcher sur nos traces, sous les yeux de la Nation attentive, et que nos regards seuls empêcheront de trahir leur gloire et la patrie Pour nous, hors de l'Assemblée législative, nous servirons mieux notre pays, qu'en restant dans son sein. Répandus sur toutes les parties de cet Empire, nous éclairerons ceux de nos concitoyens qui ont besoin de lumières; nous propagerons par-tout l'esprit public, l'amour de la paix, de l'ordre, des lois et de la liberté. Oui, voilà, dans ce moment, la manière la plus digne de nous et la plus utile à nos concitoyens, de signaler notre zèle pour leurs intérêts. Rien n'élève les âmes des peuples, rien ne forme les mœurs publiques comme les vertus des Législateurs. Donnez à vos concitoyens ce grand exemple d'amour pour l'égalité, d'attachement exclusif au bonheur de la patrie; donnez-le à vos successeurs, à tous ceux qui sont destinés à influer sur le sort des Nations. Que les François comparent le commencement de votre carrière avec la manière dont vous l'aurez terminée, et qu'ils doutent qu'elle est celle de ces deux époques où vous vous serez montrés plus purs, plus grands, plus dignes de leur confiance.

Je souhaite que ce parti soit agréable à ceux mêmes qu> croiroient avoir les prétentions les plus fondées aux honneurs de la législature. S'ils ont toujours marché d'un pas ferme vers le bien public et vers la liberté, il ne leur reste rien de plus à désirer, si quelqu'un a?piroit à d'autres avantages, ce seroit une raison pour lui de fuir une carrière où peut-être l'ambition pourroit à la fin rencontrer des écueils. Au reste, je pense que toutes les ressources de l'éloquence et de la dialectique seroient ici inutiles, pour obscurcir des vérités que le sentiment, autant que le bon sens, découvre à tous les hommes honnêtes; et que s'il est facile en général de tenir l'opinion suspendue par des raisonnemens plus ou moins spécieux, il est au moins dangereux, dans certaines occasions, qu'un œil attentif ne voit l'intérêt personnel percer à travers les

388 Les discours de Robespierre

plus beaux lieux communs sur les droits et sur la liberté du peuple. Je suis loin de prévoir ici de pareils obstacles pour une proposition qui, par sa nature, semble appeler un sentiment aussi prompt que général : mais si elle en éprouvoit, je la crois tellement nécessaire à l'intérêt de la nation et liée à la gloire de ses représentant, que je n'hésiterois pas à leur demander une permission qu'ils n'ont jamais refusée à personne ; celle de dire quelques mots pour répondre aux objections que ma motion pourroit essuier.

Je finis par une déclaration franche : ce qui a achevé de me convaincre de la vérité de l'opinion que je soutiens, ce qui m'y a invariablement attaché, c'est à la fois et la vivacité des efforts et la foiblesse des raisons par lesquels on s'est efforcé de préparer de longue main les esprits au système contraire. CeUe curiosité nquiète avec laquelle on interrogeoit les opinions particulières; ces insinuations adroites, ces propos répétés à l'oreille pour discréditer d'avance ceux à qui l'on croyoit une opinion contraire en assurant qu'il n'y avoit que des ennemis de l'ordre ou de la liberté qui pussent la soutenir; cet art de remplir les esprits de terreur par les mots d'anarchie, d'aristocratie; ces inquiétudes, ces mouvemens, ces coalitions : enfin j'ai vu que ce système se réduisoit tout entier à cette idée pusillanime, fausse et injurieuse à la nation, de regarder le sort de la révolution comme attaché à un certain nombre d'individus; et j'ai dit: la raison eï la vérité ne combattent point avec de pareilles armes, et ne déploient point ce genre d'activité. J'ai cru sentir qu'il importoit infiniment de détruire la cause de toutes ces agitations; il m'a paru que dans un tems où nous devons tous rtunir toutes nos forces pour terminer nos travaux d'une Pianière également prompte et réfléchie, ce seroit un grand malheur que des hommes éclairés fussent en quelque sorte partagés entre les soins qu'ils exigent tt l'attention qu'ils pourroient donner à ce qui se passeroit au dehors, dans le tems des assemblées et des élections dont le moment approche. Quel scandale si ceux qui doivent faire des lois contre la brigue p<<u voient en être eux-mêmes accusés ! Et combien n'importe-t-il pas de faire cesser certains bruits, mal fondés sans doute, qui se sont déjà répandus et mêmes accrédités ! Enfin, et ce seul mot suffiroit peut-être : puisque nous allons fixer définitivement les rapports, le pouvoir des législatures, la manière même d'y être élu, procédons à ce grand travail comme des hommes qui doivent redevenir bientôt de simples citoyens. Pour nous garantir à nous-mêmes, pour garantir à la nation entière que nous serons tous animés d'un tel esprit, le moyen le plus sûr est de nous placer en effet nous-mêmes dans cette condition. Il faut donc avant tout décider la question qui concerne les membres de l'Assemblée actuelle.

Je demande que l'on décrète que les membres de l'Assemblée actuelle ne pourront être réélus à la suivante (9).

(9) Texte reproduit par le Mercure universel, t. HT. p. 300;;

Journal des Etats Généraux ou Journal Logographique, t. XXVI, p. 67.

« M. Robespierre. J'ai senti toute l'importance de la motion que j'ai faite à l'assemblée; ce n'est qu'après un mûr examen de? raisons pour et contre, que je me suis permis de les lui présenter. Je dois dire aussi qu'avant d'être convaincu par des raisons impérieuses de l'utilité de cette motion, de grands exemples m'avoient déterminé en faveur de sa bonté; un trait m'avoit frappé dans l'histoire de tous les législateurs qui ont donné une constitution à leur pays, du moins de tous ceux dont on a conservé le souvenir. Tous se firent un devoir de rentrer dans la foule des citoyens et de se dérober même à (la reconnoissance publique : ils pensoient que le respect des loix nouvelles dépend beaucoup de celui qu'inspire la personne du législateur, et qu'au respect qu'inspire le législateur est attachée 'l'idée de son caractère et de son désintéressement. Du moins faut-il convenir que ceux qui fixent les destinées des nations et çjes races futures doivent être absolument isolés de leur propre ouvrage; ils doivent être à cet égard comme la nation entière est à la postérité. Il ne suffit pas même qu'ils soient exempts de toutes vues personnelles, il faut qu'ils ne puissent pas en être soupçonnés. Pour moi, je l'avoue, messieurs, je n'ai pas eu besoin d'aller chercher dans des raisonnemens bien subtils la solution de la question qui vous occupe; je la trouve dans les premiers principes de ma droiture et de ma conscience.

« Nous allons délibérer sur une partie de la constitution, qui est la base de la liberté et du bonheur public, l'organisation du corps législatif; sur les règles constitutionnelles des élections. Avant de prononcer sur tant de questions importantes, faisons qu'elles me soient étrangères, me suis-je dit; pour moi du moins je crois devoir m'appliquer ce principe. En effet, je suppose que je ne fusse pas insensible à l'ambition d'être membre du corps législatif, et je déclare ici avec franchise que c'est à mes yeux le plus grand de tous les honneurs, le seul objet, peut-être, qui puisse exciter l'ambition d'un homme libre; je suppose que les chances qui pourroient me porter à cet honneur fussent liées, en quelque sorte, à la manière dont les grandes questions dont je parle seront résolues, serois-je dans l'état d'impartialité et de désintéressement absolu qu'exige une cause aussi importante ? Et si un juge se récuse, lorsqu'il tient par quelque affection, par quelque intérêt même indirect, à une cause particulière, serois-je moins sévère envers moi-même lorsqu'il s'agit de la cause des peuples? Non. Et puisqu'il existe dans tous les hommes une même morale, une même conscience, j'ai cru pouvoir conclure que cette opinion seroit celle de l'assemblée

puis par Ch. Vellay, p. A4 à 62 ; et par les Editions du Centaure, p. 29. iLes Arch. pari., t. XXVI, p. 123-126, le font précéder des premières lignes de Le Ho'dey et y ajoutent un certain .nombre de mouvements de séances signalés par le Journal des Etats Généraux et le Moniteur universel; de même que iLaponneraye, I, 97-108.

nationale. C'est la nature même des choses, ce me semble, qui a élevé une barrière entre les auteurs de la constitution, et rassemblée qui doit venir après eux. En fait de politique, rien n'est juste que ce qui est honnête, rien n'est utile que ce qui est juste, et rien ne peut être mieux applicable à la cause que je discute en ce moment, que les avantages attachés au parti que je propose.

« Concevez- vous, en effet, quelle autorité imposante donneroit à votre constitution le sacrifice des plus grands honneurs auxquels un citoyen puisse atteindre ? Combien les efforts de la calomnie seront foibles, lorsqu'elle ne pourra pas même reprocher à un seul de ceux qui l'ont élevé, d'avoir voulu mettre à profit le crédit que leur mission leur donne auprès de leurs commettans, pour prolonger leurs pouvoirs; lorsqu'elle ne pourra pas même dire que ceux qui ont joué un rôle distingué dans cette assemblée, n'ont pas même eu la prétention de faire de leur popularité un moyen d'étendre leur empire sur une assemblée nouvelle; lorsqu'enfin on ne pourra pas les soupçonner du désir, très-louable en soi, de servir la patrie sur un grand théâtre !

« Si, incapables de tout retour personnel sur eux-mêmes, quelquesuns des membres de cette assemblée étoient attachés au système contraire, par des scrupules purement relatifs à l'intérêt public, il me semble qu'il seroit facile de les dissiper. Plusieurs semblent croire à la nécessité de conserver dans la législature prochaine une partie des membres de l'assemblée actuelle; d'abord parce que, pleins de confiance en nous, ils désespèrent que nous puissions être remplacés par des hommes également dignes de la confiance publique (murmures).

« M. de Cazalès. Ah, c'est modeste !

« M. Robespierre J'expose la base de cette opinion; et je crois exprimer votre vœu en disant que nous n'avons ni le droit, ni la prétention de penser qu'une nation de 25 millions d'hommes libres et éclairés soit réduite à l'impuissance de trouver 720 défenseurs. Et si dans om tems où l'esprit public n'étoit pas encore né, où !a nation ignoroit ses droits, et ne prévoyoit pas encore sa destinée, elle a cru faire des choix dignes de la révolution, pourquoi n'en feroit-elle pas d'aussi bons lorsque l'opinion est éclairée et fortifiée par l'expérience de deux années si fécondes en grands événemens et en grandes leçons ? (Applaudi). v

« Les partisans de la réélection disent encore qu'un certain nombre de membres, et même que certains membres de l'assemblée actuelle, sont nécessaires pour éclairer, pour guider les membres de la législature prochaine, par les lumières de leur expérience. Pour moi, sans m'arrêter à ce que cette idée peut présenter de spécieux, je pense d'abord que ceux qui hors de cette assemblée, ont lu ou suivi nos opérations, qui ont été chargés par la confiance publique, de les faire exécuter; que cette foule de citoyens, dont les lumières et le civisme fixent aussi les regards de leurs concitoyens, connoissent les lois et la

constitution (applaudi) : je crois qu'il n'est pas plus difficile de les connoître qu'il ne l'a été de les faire. Je pense d'ailleurs que les principes de cette constitution sont gravés dans le cœur des hommes et dans la majorité de tous les françois; que ce n'est point de la tête de tel ou tel orateur qu'elle est sortie, mais du sein même de l'opinion publique qui nous avoit précédé et qui nous a suivi. Je pourrois même ajouter que ce n'est pas au milieu de ce tourbillon immense d'affaires où nous nous sommes trouvés sans cesse enveloppés, qu'il a été plus facile de saisir, d'embrasser l'ensemble et les détails de toutes nos opérations. Je crois, enfin, que nous-mêmes, étrangers comme nous l'étions à l'étude des principes du droit public, nous étions beaucoup plus neufs pour notre ouvrage, que ne le seront nos successeurs éclairés par nos travaux (applaudi). C'est sur la volonté de la nation, c'est sur son voeu tant de fois répété, qu'il faut nous reposer de la durée de la constitution, et non sur l'influence de quelques-uns de ceux qui la représentent en ce moment. Si elle est votre ouvrage, n'est -elle pas le patrimoine de tous ceux qui ont juré de la défendre contre ses ennemis ? N'est-elle pas l'ouvrage de la nation qui l'a adoptée. Pourquoi toutes les assemblées de représentans choisis par elle n'auroient-iîs pas un droit égal à sa confiance. Et quelle est celle qui oseroit la violer sans sa volonté } Quant aux prétendus guides qu'une assemblée pourroit transmettre à l'assemblée qui lui succède, ce n'est pas dans l'ascendanf des orateurs qu'il faut placer l'espoir du bien public, mais dans les lumières et dans le civisme de la masse des assemblées représentatives. L'influence de l'opinion publique et l'intérêt général diminuent en proportion de celle que prennent les orateurs; et quand ceux-ci parviennent à maîtriser les délibérations, il n'y a plus d'assemblée, il n'y a plus qu'un fantôme -de représentation (applaudi). Alors se réalise le mot de Thémistocle, lorsque tenant son fils entre ses mains, i! disoit : Voici celui qui gouverne la Grèce : celui-ci gouverne sa mère, sa mère me gouverne, je gouverne les Athéniens et les Athéniens gouvernent la Grèce. Ainsi, une nation de 25 millions d'hommes seroit gouvernée par une assemblée, celle-ci par un petit nombre d'orateurs; et par qui ces orateurs seroient-ils gouvernés quelquefois?... Je n'aime point cette science nouvelle qu'on appelle la tactique des grandes assemblées, elle ressemble trop à l'intrigue. La vérité et la raison seules doivent régner dans les assemblées législatives (applaudi). Je n'aime pas que des hommes habiles puissent, en dominant une assemblée par des moyens quelconques, perpétuer ainsi des coalitions de parti qui seroient le fléau de la tranquillité et de la liberté publique. J'ai confiance dans des représentans qui, ne pouvant étendre, au delà de 2 ans, les vues de leur ambition, seront forcés de la borner à la gloire de servir leur pays et l'humanité, de mériter l'estime et l'amour de leurs concitoyens, dans le sein desquels ils sont sûrs de retourner bientôt. J'aurois peu de confiance en des représentans qui, pendant 4 années resteroient en butte

aux caiesses, à la séduction, enfin à toutes les tentations de l'orgueil ou de la cupidité. Ceux qui me représentent, ceux dont la volonté est censée la mienne, ne sauroient trop être rapprochés de moi, trop identifiés avec moi; sinon, loin d'être la volonté générale, la loi ne seroit plus que l'expression des volontés particulières ou des intérêts de quelques ambitieux. Les représentants ligués contre le peuple, deviendroient bientôt des souverains et même des oppresseurs (applaudi).

« Ne nous dites donc plus que s'opposer à la réélection, c'est attaquer les principes, car je crois que ce que je viens de dire, est aussi des principes; ne dites plus que s'opposer à la réélection, c'est violer la liberté du peuple. Eh quoi ? Est-ce violer la liberté du peuple d'établir des formes, de fixer des règles sages et nécessaires pour que les élections soient utiles à la liberté ? Tous les peuples libres n'ont-ils pas adopté ces usages ? N'ont-ils pas sur-tout proscrit la réélection dans les magistratures importantes, pour empêcher que sous ce prétexte, les ambitieux se perpétuassent par d'intrigue, par l'habitude et par l'indolence des peuples? N'avez- vous pas vous-mêmes déterminé des conditions d'éligibilité ? Or, faut-il que l'on puisse vous accuser de n'avoir cru à la liberté indéfinie que lorsqu'il ne s'agissoit que de nous-mêmes ? Et de n'avoir montré de scrupule excessif, que lorsque l'intérêt public, exigeoit la plus salutaire de toutes les règles qui peuvent en diriger l'exercice? (Bravo, bravo!).

« Les partisans de la réélection se sont élevés contre les autres conditions que vous avez exigées. J'adopte la distinction faite par M. Merlin. 11 est des règles, il est des modifications aux principes qui violent les principes, parce qu'ils sont contraires à l'esprit des principes. Il est des règles puisées dans le principe, dans l'esprit de la liberté, qui tendent à la fortifier, à la défendre contre tous les dangers qui la menacent; et ces dernières modifications seulement sont conformes à la liberté des peuples. Oui, sans doute, toute restriction injuste qui ne touche point au principe de l'égalité, est illicite; mais toute précaution sage et nécessaire que la nature même des choses a exigée pour protéger le peuple lui-même contre l'intrigue, contre les abus du pouvoir de ses représentans, n'est-elle pas commandée elle-même par la liberté ? Et d'ailleurs, n'est-ce pas au nom du peuple que vous faites ces loix par l'organe de ses représentans. Dès que vos décrets sont justes, conformes aux droits de tous, ils sont par cela légitimes, et il n'est question que de bien suivre l'esprit de la distinction faite par le préopinant. Au reste pour ne parler que de ce qui concerne l'assemblée actuelle, j'ai fait plus que de prouver qu'il étoit utile de ne point permettre la réélection. J'ai fait voir une véritable incompatibilité fondée sur la nature même de son pouvoir.

« S'il étoit convenable d'insister sur une question de cette nature, j'ajouterois encore qu'il ne faut pas donner lieu à nos concitoyens de

dire que ce n'étoit pas la peine de tant presser la fin de notre mission, de vouloir précipiter le terme expiré de nos travaux, pour les continuer er/ quelque sorte sous une forme nouvelle; je vous dirois, sur-tout, une raison qui est aussi simple qu'elle est légitime : s'il est une assemblée dans le monde, à qui il convient de donner le grand exemple que je propose, c'est sans contredit celle qui a supporté, pendant deux années entières, des travaux dont l'immensité et la continuité sembloient être au-dessus des forces humaines. Il est un moment où la lassitude affoiblit naturellement les ressorts de l'âme et de la pensée, et lorsque ce moment est arrivé, il y auroit au moins de l'imprudence, pour qui que ce soit, à se charger encore pour deux ans du pénible fardeau de la confiance publique (vifs applaudissemens). Quand la nature même et la raison nous ordonnent le repos, l'intérêt public et l'ambition ne peuvent avoir le droit de les démentir. Athlètes vigoureux, mais fatigués, laissons la carrière à des successeurs frais et vigoureux; ils s'empresseront de marcher sur nos traces, sous les yeux de la nation. Que nos regards se portent hors de l'assemblée législative; nous servirons mieux notre pays qu'en restant dans son sein : répandus dans toutes les parties de cet empire, nous éclairerons ceux de nos citoyens qui ont besoin de lumières; nous propagerons par-tout l'esprit public, l'amour de la paix, de l'ordre, des lois et de la liberté. (Bravo! Applaudissemens).

« Oui, messieurs, voilà dans ce moment la manière la plus digne de nous, et la plus utile à nos concitoyens, de signaler notre zèle pour leurs intérêts. Rien n'élève les âmes des peuples, rien ne forme les mœurs publiques comme les vertus des législateurs. Donnez à vos concitoyens ce grand exemple d'amour pour l'égalité, d'attachement exclusif au bonheur de la patrie ; donnez-le à vos successeurs, à tous ceux qui sont destinés à influer sur le sort des nations. Que les François, par la manière dont vous aurez commencé et terminé votre carrière, prononcent quelle est celle de ces deux époques où vous vous serez montrés plus purs, plus grands, plus dignes de leur confiance. (Applaudissemens).

« Je ne crois pas devoir insister plus longtemps sur un objet de « Je ne crois pas devoir insister plus longtems sur un objet de cette nature. J'ai pensé que l'utilité de cette motion, que les principes de l'assemblée tenoient à ce qu'elle ne fût pas même décrétée avec trop de lenteur. Pour moi, je crois qu'elle touche sous plusieurs points à la question générale de la rééligibilité des membres de la législature; mais je crois aussi qu'elle en est indépendante sous d'autres rapports. Je crois que les raisons impérieuses que j'ai déduites l'établissent de la manière la plus démonstrative. J ose donc prier l'assemblée de décréter dès ce moment que les membres de l'assemblée actuelle ne pourront être réélus à la prochaine législature. »

« L'assemblée nationale décrète la motion de M. Robespierre à l'unanimité, et au milieu des plus grands applaudissemens. » (10)

Courier de Provence, t. XIV, n° 291, p. 541-546.

« L'organisation de la législature étoit à l'ordre du jour. On alloit s'occuper de la question de la rééligibilité des membres d'une législature aux suivantes. Mais pour que cette discussion prît un plus grand caractère, il falloit la séparer de tout intérêt personnel; pour que la décision fût plus solennelle, il falloit qu'elle fût prononcée par des hommes qui ne décidassent pas pour eux-mêmes. Il falloit donc commencer par décréter que les membres de l'assemblée actuelle ne pourroient être réélus à la suivante. M. Robespierre a fait sentir cette nécessité dans un discours plein de ia plus vertueuse énergie. Il est possible qu'un génie ardent, qu'une imagination vive fournissent à un homme corrompu une éloquence brillante et passionnée; mais il est une éloquence sublime de la vertu, il est un langage sacré du patriotisme que le vice et la passion ne peuvent emprunter et qui décèle toujours une âme grande et pure, c'est celui que M. Robespierre a fait entendre aujourd'hui. Aussi a-t-il été écouté avec un enthousiasme universel que nous voulons faire partager à nos lecteurs, en leur rapportant les morceaux les plus frappans de ce discours.

[Suivent deux fragments du texte de Le Hodey : 1 ° depuis : « Avant de prononcer... » jusqu'à... « sur un grand théâtre », et 2° depuis: « S'il étoit convenable d'insister... » jusqu'à .. « plus dignes de leur confiance » ; puis le journal ajoute :]

« Ce fut un des beaux momens de l'assemblée nationale, que celui où cédant au mouvement irrésistible de la persuasion, elle se leva toute entière et demanda unanimement à aller aux voix sur cette proposition; si elle a rendu des décrets qui semblent d'une plus grande importance, elle n'en rendit jamais un qui lui fit tant d'honneur. »

Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 138, p. 581.

« M. Roberspierre . Avant d'être convaincu de l'utilité de la motion que j'ai faite, de grands exemples m'avaient frappé. Tous les législateurs dont les hommes ont conservé le souvenir se sont fait un devoir de rentrer dans la foule des citoyens, et de se dérober même à la reconnaissance. Ils pensaient que le respect des lois nouvelles tenait au respect qu'inspirait la personne des législateurs. Ceux qui fixent les destinées des nations doivent s'isoler de leur propre ouvrage. Je n'ai

(10) Cf. E. Hamel, I, 446; et G. Walter, p. 101. A Mathiez (Etudes Robespierristes, Robespierre orateur, p. 310), considère que ce discours est « une des pages les plus parfaites de l'éloquence de tous les temps >>. Aulard reconnaît de même que ce morceau est « d'un orateur consommé ».

pas besoin de me perdre dans des raisonnemens subtils pour trouver la solution de la question qui est soumise. »

[Suit un long compte rendu du discours qui se rapproche du texte de Le Hodey] (11).

Le Législateur Français, t. II, 18 mai 1791, p. 1-3.

Analyse du discours de M. Robertspierre, dont l'assemblée a ordonné l'impression :

« Sans doute, disoit M. Robertspierre, c'est un sacrifice bien précieux que celui qui est offert aujourd'hui à votre vertu; il es* doux de recevoir des preuves renouvelées de la confiance de sa patrie : je déclare que c'est à mes yeux !s plus grand des 'honneurs et la plus grande ambition; mais, messieurs, je me suis supposé revêtu de cette preuve de confiance, et je me suis demandé si, pour combattre ou examiner les principes qui seroient agités [je serais] dans un état d'impartialité assez caractérisé pour me défendre de toute prévention : c'est la nature des choses entre les auteurs d'une constitution et les membres de la législature suivante.

« Concevez- vous, messieurs, combien les efforts de la calomnie seront foibles, lorsqu'on verra chacun de vous sacrifier tous les moyens que sa réputation et sa popularité offroient à son ambition, et venir donner lui-même parmi ses concitoyens l'exemple de l'égalité dont il a été le défenseur dans le sanctuaire des loix }

<( Pouvons-nous douter que nous ne soyons remplacés par des successeurs également dignes de la confiance publique ? Quoi ! si dans un temps où l'esprit public n'existoit pas encore, la nation a pu faire des choix dignes de la révolution, ne peut-elle pas aujourd'hui trouver à choisir parmi tant de citoyens qui se sont distingués par leur sagesse et leur patriotisme, par leur empressement à faire exécuter vos lois, par les écrits qui ont porté la lumière dans cet empire. On cramt leur inexpérience! ...Mais nous-mêmes, n'étions-nous pas beaucoup plus étrangers à ce nouvel ordre de choses, que nous avons créé d'après le voeu de la Nation ? Quel sera donc le fruit de cette attention si générale qui est donnée au cours de nos travaux, si nous seuls nous sommes en état de les diriger encore ? Ne sentez-vous pas tous les progrès que doit faire l'opinion publique, lorsqu'elle ne sera point enchaînée par l'action permanente des orateurs qui maîtrisent une assemblée ? Cet empire ne deviendroit-il pas tous les jours plus fort? Combien, d'ailleurs, de législateurs résisteroient, pendant quatre années, à tant de séductions qui les environnent, et sur-tout à celle du pouvoir ? Les représentant du peuple deviendraient bientôt ses souverains et ses oppresseurs.

« Qu'on ne nous dise pas que ces considérations sont contraires

(11) Texte reproduit dan» le Moniteur, VIII, 418-419.-

aux principes, car elles sont elles-mêmes des principes. Tous les peuples libres n'ont-ils pas empêché la réélection pour les magistratures les plus importantes ? Prenez garde qu'on ne vous accuse d'avoir cru à la liberté illimitée du choix du peuple lorsqu'il s'agissoit de nous-mêmes, et de l'avoir méconnue lorsqu'il s'agissoit des classes indigentes. Toute restriction inutile est sans doute illégitime; mais toute précaution sage est nécessaire. Prenez garde aussi qu'on ne nous dise que ce n'étoit pas la peine de tant presser le terme de nos travaux, pour les continuer dans une autre législature.

« S'il est une assemblée à laquelle toutes ces considérations soient applicables, c'est sans doute celle-ci. Il est des momens où la lassitude affaiblit les ressorts de l'âme et de la pensée. Après deux années du travail le plus continu, le plus important, le plus agité, il y auroit au moins de l'imprudence à nous charger encore d'un fardeau qui déjà accable nos forces. La nature et la raison nous prescrivent à la fois de ne pas compromettre ainsi l'intérêt public et le nôtre.

« Allons donner à nos concitoyens, non pas des leçons, mais un exemple constant de l'attachement à la patrie, à la liberté, aux loix; donnons-leur toute la force qu'elles peuvent recevoir des vertus des législateurs. Que la France entière compare le commencement de nos travaux avec la manière dont nous les avons terminés, et qu'elle doute à laquelle de ces époques nous avons été plus grands, plus justes, plus dévoués à son bonheur ! »

Mercure universel, t. III, p. 269.

« M. Robespierre. Dans l'histoire des législateurs du monde, un trait m'a frappé : j'y ai vu que tous se sont fait un devoir de rentrer dans la classe des citoyens, et de devenir leurs égaux. Il a fallu qu'ils s'éloignassent de leur ouvrage pour le mieux juger. En fait de politique, rien n'est beau que ce qui est juste et honnête; concevez, messieurs, quel caractère vous donneroit le sacrifice, de renoncer aux élections dans la législature prochaine, quand on verroit que vous n'avez pas même songé à vous ? Plusieurs de nous semblent craindre que nous ne puissions avoir des successeurs qui puissent nous remplacer; mais si, déjà étrangère à la liberté, l'opinion publique a pu faire ce choix, que ne fera-t-elle pas, éclairée par une expérience de deux années ? Pour moi, je crois que cette foule de citoyens qui, jusques dans cette assemblée, viennent communiquer des lumières, ces citoyens qui ont fait respecter nos loix, qui les ont fait exécuter, qui ont guidé l'esprit public, qui ont tant concouru à notre ouvrage, connoissent aussi la constitution (applaudi). Ils seront moins étrangers que nous ne l'étions lorsque nousmêmes nous sommes venus (applaudi). On sait ce que disoit Thémistocle : Cet enfant gouverne sa mère, sa mère me gouverne; moi, je gouverne les Grecs; et à mon tour, je dirai l'assemblée nationale gouverne la France, l'orateur l'assemblée, et lui qui le gouverne ? (Applaudi). Me

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parlera-t-on de cette tactique de l'assemblée, science nouvelle, et qui se rapproche un peu trop de l'intrigue; des membres qui seroient élus pendant quatre années, deviendraient bientôt des souverains, ensuite des oppresseurs ! Ne dites donc plus que c'est violer les principes que d'empêcher ces réélections; car mes observations sont aussi des principes! N'aurons-nous cru à la liberté indéfinie que lorsqu'elle aura pu tourner au désavantage du peuple ? N'avez-vous pas déterminé vousmême des conditions d'éligibilité ? Il faut protéger le peuple contre l'enthousiasme, le pouvoir de ses représentans ; dès que vos décrets sont justes, ils sont conformes au vœu du peuple. S'il falloit de nouvelles raisons, je dirois, si une assemblée doit donner au monde un grand exemple, c'est celui de cette renonciation, c'est que la nature met aussi des bornes aux forces morales, quand les liens de la pensée se désunissent, que la nature est épuisée par de longs travaux. Il faut quelque temps au moins de repos, et alors il seroit imprudent de se charger deux années de tels travaux. Laissons à de nouveaux attelettes (sic), le soin de remplir cette carrière et de suivre notre exemple. Pour nous, rentrons dans nos foyers, nous y serons encore utile pour développer l'esprit public; donnez à vos concitoyens ce grand exemple, donnez-le à vos successeurs, et faites douter dans les derniers instans de vos travaux, en comparant ceux où vous les avez commencés, quels sont les momens où vous aurez été plus grands ? Je demande donc que les membres de la législature actuelle, ne puissent être élus dans la prochaine législature. (Vifs applaudissemens, aux voix, aux voix.) »

Journal de la Noblesse, t. II, n° 22, p. 62-64.

« On a repris l'ordre du jour. M. Robespierre a parlé contre le projet de rééligibilité et a obtenu de nombreux applaudissemens ; le public étoit disposé pour tous ceux qui parloient de rééligibilité.

« Ce n'est point dans l'ascendant des orateurs qu'il faut placer l'espoir du bien public, mais dans les lumières et dans le civisme des assemblées représentatives; l'influence de l'opinion publique et de l'intérêt général diminue en proportion de celle que prennent les orateurs; et quand ceux-ci parviennent à maîtriser les délibérations, il n'y a plus d'assemblée, il n'y a plus qu'un fantôme de représentation. A.lors se réalise le mot de Thémistocle qui disoit, en montrant son fils : voilà celui qui gouverne la Grèce; ce marmot gouverne sa mère, sa mère me gouverne, je gouverne les Athéniens, et les Athéniens gouvernent la Grèce.

[Suit un fragment du discours imprimé depuis : « Ainsi une nation de 25 millions d'hommes » jusqu'à « ...par l'amour même d'^ la liberté. »]

« Il ne faut pas donner lieu de dire que ce n'étoit point !a peine de tant presser la fin de notre mission pour la continuer en quelque sorte sous une forme nouvelle... Voilà, dans ce moment, la manière la plus

digne de nous, et la plus utile à nos concitoyens de signaler notre zèle pour leurs intérêts. Rien n'élève l'âme des peuples, rien ne *orme les moeurs publiques comme les vertus des législateurs.

« L'orateur a conclu à ce qu'il fût décrété que les membres de l'assemblée nationale actuelle ne puissent être réélus à la première législature; le décret a été porté en conformité malgré l'opiniâtreté de quelques membres auxquels M. de Custines n'a pu s'empêcher de dire qu'on voyoit bien qu'ils vouloient être réélus. L'impression du discours de M. Roberspierre a été ordonnée. »

Journal de Paris, n° 137, p. 550-552.

« Après tous ces discours, M. Roberspierre en a prononcé un qui a produit dans toute l'Assemblée Nationale, à droite et à gauche, de ces effets qu'on ne produit pas sans un vrai talent, mais que le plus beau talent ne produit jamais que lorsqu'il sert d'organe aux vérités qui élèvent !a raison, et aux sentimens purs, généreux et nobles, qui élèvent l'âme.

« On a bien fait quelques efforts encore pour arrêter le transport dans lequel l'Assemblée, après avoir entendu ce discours, a voulu aller aux voix : mais tous ces efforts ont été inutiles ; et les imaginations toutes remplies du discours de M. Roberspierre, n'ont voulu entendre, n'ont voulu que décréter sa motion. Nous renvoyons tout le reste, pour rapporter de ce discours autant que notre feuille pourra en recevoir. II honore l'esprit de M. Roberspierre, il honore son talent, il honore son caractère, il établit une grande unité dans tous les principes qu'il a professés dans sa carrière politique, il en garantit la sincérité. Le vrai démocrate, le voilà! (12). »

[Suit un fragment du discours imprimé, depuis le début : « Les plus grands législateurs de l'antiquité... » jusqu'à « ...l'ensemble et le détail de toutes nos opérations. »] Courier français, t. XI, n° 137, p. 125.

« M. Robertspierre qui lui a succédé, s est surpassé lui-même, dans un discours plein de chaleur et de véritable éloquence, qu'il a prononcé pour combattre le projet du comité; et nous nous obligeons d'en présenter demain l'extrait, qui ne peut trouver sa place ici » (13).

[Il reproduit un important fragment du discours imprimé depuis : « Les partisans de la réélection... » jusqu'à « ...l'amour de la paix, de l'ordre, des lois et de la liberté. »] Révolutions de France et de Brabant, t. VI, n° 78, p. 599-601.

« L'ordre du jour étoit si les membres de la législature actuelle pourroient être réélus. Robespierre s'est saisi de la parole, il a eu un des plus beaux succès qu'aucun membre ait jamais obtenu dans l'assem-

(12) Texte cité par Laponneraye, I, 108-109.

(13) Ce discours est reproduit à la d»ate du 18 mai.

blée, et j'ai vu ceux qui avoient affecté jusques ici de ne lui reconnoître que des vertus, convenir ce jour-là de son éloquence (14). Il a montré avec une noble énergie, qu'avant de délibérer, si les membres des législatures suivantes pourroient être réélus, l'assemblée nationale ne pouvoit mieux fermer la bouche à ses détracteurs, et donner une preuve plus éclatante de son dépouillement de tout intérêt personnel dans les loix qu'elle établissent qu'en ouvrant la question qu'on alloit discuter, par s'y désintéresser elle-même, en déclarant ses membres non rééligibles à la seconde législature. La générosité de cette proposition fut accueillie par de tels applaudissemens, qu'il ne, se trouva que Thouret, Beaumetz et Chapelier, qui n'eurent pas la force de dissimuler l'opposition de leur amour -propre, et de leurs espérances à la motion du préopinant, et qui firent d'inutiles efforts pour s'opposer au décret que Robespierre emporta d'emblée.

« Je regarde ce décret comme un coup de maître de notre cher Robespierre. On pense bien qu'il ne l'a emporté ainsi de haute lutte, que parce qu'il avoit des intelligences dans l'amour-propre de la grande majorité, qui ne pouvant être réélue, et regardant comme une espèce de tache la réélection des chefs d'opinion et de ceux qui se seroient le plus distingués, a saisi avidement cette occasion de niveller tous les honorables membres. La liberté et le despotisme aiment tous deux le nivellement. Tarquin abat les têtes des pavots, et le peuple Romain ne veut point que la maison de Valerius Publicola soit si haute. Notre féal a donc calculé très-bien que l'amour-propre du comité de constitution et de tous les membres dominateurs, seroit vaincu par tous les amours-propres de l'assemblée nationale, et de ce choc est résulté ce décret qui fait à la fois honneur à la politique, à l'éloquence et au désintéressement de Robespierre. Car bien certainement il devoit s'attendre à être réélu le premier, lui et Péthion, ou bien il nous faudroit mettre la clef sous la porte; mais Robespierre a plus craint pour la chose publique de la réélection des Chapelier, des Desmeuniers, des d'André, des Beaumets, etc., qu'il n'a espéré de la sienne. Voilà le vrai patriote ! »

La Feuille du Jour, t. IV, n° 144, p. 443.

« Un décret emporté d'élan, par M. Robespierre, a déclaré les députés actuels non rééligibles. La joie qui s'est manifestée dans les tribunes et par-tout, doit apprendre au corps législatif qu'il est temps de songer à la retraite, puisque la confiance et l'opinion sont assez fortement ébranlées, pour que des citoyens qui se sont exclus de la prochaine législature, du ministère et des grâces, après deux années de fatigues et d'orages, ne recueillent d'autre prix de leurs sacrifices qu'une ingrate allégresse lorsqu'ils annoncent le terme de leur représentation.

(14) Pihrase citée par L. Jacob, op. cit., p. 77.

« M. Robespierre a mérité beaucoup par cette motion noblement présentée. »

Gazette universelle, t. I, n° 137, p. 548.

<( Il n'est pas plus difficile de connoître la constitution que de la faire, a dit M. Robespierre; elle n'est pas sortie de la tête de te! ou tel orateur; elle est née de l'opinion publique, qui nous a précédés. Plusieurs d'entre nous ont perdu leur activité, et se rendent avec peine aux séances. Bientôt s'échappera le crédit dont nous jouissons; »t quand une assemblée est méprisée, ce n'est plus qu'un vain phantôme de représentation. Après deux ans de lassitude et d'épuisement, après deux ans de travaux au-dessus des forces humaines, il est un moment où il seroit imprudent à chacun de nous de se charger encore des intérêts de la nation. Athlettes (sic) victorieux, mais fatigués, laissons la place à ceux qui auront toute leur énergie. Répandus sur toutes les parties de cet empire, nous éclairerons nos concitoyens, nous porterons partout l'amour de l'ordre et de la liberté. M. Robespierre a conclu en demandant que les membres de la législature actuelle ne pourront être réélus dans la législature suivante. Cette opinion a été généralement applaudie

« Seulement, MM. Chapelier, Beaumetz et quelques autres ont paru vouloir l'attaquer; mais leurs raisons ont été interceptées par les murmures, et la motion de M. Robespierre a été décrétée presque à l'unanimité. »

Mercure de France, 28 mai 1791, p. 279.

« On s'est retrouvé à l'ordre du jour, et M. Roberspierre a pris la parole.

« Tous les législateurs qui ont donné à des nations libres des loix qui firent leur bonheur et leur gloire, sont rentrés dans la foule après avoir consommé leur ouvrage. Plusieurs semblent croire à la nécessité de conserver une partie des membres de l'Assemblée actuelle, parce que pleins de confiance en nous, ils désespèrent que nous puissions être remplacés par des hommes également dignes de la confiance publique. On craint leur inexpérience. Mais nous-mêmes n'étions-nous pas beaucoup plus étrangers à ce nouvel ordre de choses, que nous avons créé d'après le vœu de la nation? Etrangers à l'étude des principes du droit public, nous étions bien plus neufs pour notre ouvrage, que ne le seront nos successeurs éclairés par nos travaux... li est un moment où la lassitude affoiblit les ressorts de l'âme et de la pensée... Athlètes vigoureux mais fatigués, laissons la carrière à nos successeurs frais et vigoureux... Que les François, par la manière dont vous aurez commencé et terminé votre carrière, prononcent quelle est celle de ces deux époques où vous vous serez montrés plus purs, plus grands, plus dignes de leur confiance. »

Les Indépendans, n° 17, p. 1.

Sixième lettre à un étranger sur l'Assemblée Nationale.

« M. Robespierre... est un des hommes qui pouvaient le moins entraîner l'Assemblée Nationale, puisqu'elle est accoutumée de repousser avec tumulte, quelquefois même avec mépris, les dangereuses exagérations qui composent sa théorie politique. Mais il a trouvé l'art de faire impression sur l'Assemblée Nationale, par deux différens motifs : le premier, est l'éclat de ce sacrifice, le second, est le plaisir de déjouer les intrigues soupçonnées et de causer le désespoir de quelques ambitieux. La vengeance de certains Membres, l'envie de quelques autres appuyaient beaucoup cette dernière considération. M. Robespierre a parlé contre la rééligibilité des Membres de la Législature actuelle, avec un talent digne du sentiment qui lui inspirait cette proposition. Cependant, les considérations morales qu'il a présentées ne peuvent être le résultat d'observations bien profondes... L'Assemblée Nationale, convaincue ou décidée d'avance, a donné au discours de M. Robespierre l'assentiment le plus complet et le plus universel. »

Le Spectateur national, n° 166, p. 720.

« M. Robespierre, à qui il arrive si souvent de présenter des opinions exagérées, a prononcé, sur cette matière, un discours où l'on a remarqué, non plus le langage de l'anarchie, mais celui de la liberté, de la générosité, de la raison et de la justice. Cette maxime que,, dans un peuple libre, les législateurs doivent, du sanctuaire de la nation, rentrer dans la foule des citoyens, a été la vérité capitale d'où sont écoulés, comme d'une source, tous les argumens de l'orateur; mais cette vérité, il l'a reproduite sous tant d'aspects différens, l'a développée avec tant de noblesse, de modération et de désintéressement, qu'un petit nombre de contradicteurs ou d'ambitieux ont seuls osé opposer des murmures aux applaudissemens qui, de toutes parts, se faisoient entendre.

« Au nombre de ceux-ci se trouvoient MM. de Beaumetz, Le Chapelier, Rewbell et consorts, qui ont épuisé tous les moyens d'une tactique savante et profonde pour empêcher l'assemblée d'aller aux voix sur la généreuse motion de M. Robespierre. Leurs efforts ont néanmoins été inutiles. »

L'Ami du Roi (Montjoie), 17 mai 1791, p. 547.

« Toutes les raisons produites par M. Thouret ont été passées en revue par M. Robespierre, qui les a combattues avec une telle supériorité que nous pouvons dire, sans exagération, qu'il a étonné l'assemblée entière. Jamais on n'a parlé avec plus de sens, avec plus de sagesse, et il serait difficile d'être plus éloquent que l'a été dans cette occasion M. Robespierre. »

Le Point du Jour, t. XXII, n° 674, p. 222-223.

(( La discussion continue. M. Robespierre reproduit sa motion tendante là ce que les députés actuels ne puissent pas être réélus pour la première législature, sans rien préjuger pour les suivantes. Le discours dans lequel il a développé les considérations puissantes qui doivent interdire généralement la législature suivante aux membres du corps constituant a été plusieurs fois interrompu par les plus vifs applaudissemens.

...« Il n'appartenoit qu'à un patriote pur, ferme et désintéressé, comme M. Robespierre, de défendre et de faire adopter une pareille motion; son avis sage, mesuré et énergique, a produit le plus grand effet. On a vu se réunir les passions les plus nobles et les plus viles pour empêcher ou favoriser la réélection. L'amour de la patrie, le bien et la vertu étoient d'un côté; de l'autre la haine, la vengeance et sans doute le coupable espoir des tentatives nouvelles contre la constitution. Quoiqu'il en soit, l'Assemblée a décrété au milieu des plus vifs et des plus justes applaudissements, çfue lés membres de la législature actuelle ne pourront pas être réélus pour la prochaine législature. m

Mercure national et étranger, p. 496.

« L'on est revenu à la discussion que M. Robespierre a glorieusement terminée par un discours vivement applaudi de toutes parts, où il a fait sentir que les membres de la législature actuelle, répandus désormais sur toute la surface de l'empire, serviraient mieux leurs concitoyens, en les éclairant de leurs conseils, en les échauffant de leur patriotisme, qu'en cherchant à se perpétuer dans les législatures suivantes; qu'il y avoit un terme aux forces humaines, et que quatre ans d'un travail pénible et assidu n'étoit point supportable ; qu'il falloit céder la place à des esprits neufs et vigoureux : qu'il comptoit assez sur le civisme et les lumières de ses concitoyens, pour ne point douter que dans 26 millions d'hommes, il ne fût aisé de trouver sept cent vingt individus dignes de succéder aux travaux de l'assemblée actuelle. Il a persisté dans ses conclusions. »

j [Brève mention de ce discours dans La Correspondance générale ou Journal de la Société des LXXX11I départemens, t. III, n° 41 ; Le Journal de Rouen, n° 138, p. 657; L'Orateur du Peuple, t. III, n° 10, p. 87; La Bouche de Fer, n° 57; La Gazette nationale ou Extrait..., t. XVI, p. 373; Le Journal général de France, n° 137, p. 546; La Correspondance générale des départemens, t. II, n° 40, p. 633; Le Creuset, t. II, n° 41, p. 285; Le Lendemain, t. III, n° 137, p. 437; Le Courrier extraordinaire, 17 mai 1791 , p. 6; Le Journal de la Révolution, n° 278, p. 580; Le Journal des Décrets de l'Assemblée Nationale, J6 mai 1791, p. 248; Le Journal universel, t. XI, p. 7023.]

290. — SEANCE DU 18 MAI 1791 Sur la rééligibilité des députés de l'Assemblée nationale

A LA PREMIÈRE LÉGISLATURE (suite)

1 ' e intervention :

Sur le rapport de Thouret, <au nom du comité de constitution, l'Assemblée revient, le 17 mai, sur l'art. 7 du projet d'organisation du corps législatif : «< Les membres de la précédente législature pourront être réélus ».

Pétion demande qu'on ne puisse être réélu qu'après un intervalle de deux ans. Buzot soutient- le même point de vue Duport prononce un long discours dont l'Assemblée vote l'impression (1).

Le 18 mai, le débat se poursuit sur cette question. Après La Revellière de (Lépeaux qui conclut à la non-rééligibilité des membres du corps législatif, après le duc de Liancourt, qui se prononce en un sens opposé, Robespierre intervient à son tour : il demande que les membres des assemblées législatives ne puissent être réélus qu'après l'intervalle d'une législature, et s'attache à réfuter le discours de Duport (2).

(1) Duport exprime -la crainte que la Révolution ne progresse trop rapidement si les éléments conservateurs de la Constituante ne sont pas réélus. « Ne croyez pas, dit-il, que les idées de liberté et d'égalité rétrogradent jamais; elles s'étendent au contraire de leur nature et se propagent de plus en plus... elles vont toujours nivelant, toujours dissolvant jusqu'au partage des terres ». Il brandit devant l'Assemblée le spectre de la loi agraire et souhaite la formation d'un gouvernement « juste et ferme ».

(2) Dans son discours, Robespierre fait visiblement allusion à la politique des triumvirs : Duport, Lameth et Barnave, qui multiplient leurs efforts pour ^accéder au ministère. O. Desmoulins insiste sur ce point (Révolutions de France et de Brabant, t. VII, n° 86, p. 32): « .Montrons aux Lameth, iaux Duport, aux Barnave. aux Broglie, etc., qu'ils ne seront point réélus, qu'ils ne pourront arriver à aucun poste important avant 4 années; Robespierre, Péthion, Buzot et tous les vrais patriotes veulent la non-rééligibilité aux places de la législature, et la non-rééligibilité aux places du ministère avant 4 ans ; que tout le côté droit les seconde ; par pudeur le côté gauche n'osera paroître moins patriote. Les Lameth, Duport, Barnave, seront furieux, et ils ise retourneront vers nous. Le comité autrichien avoit calculé supérieurement. Robespierre fit les deux motions, et ce sont, je crois, les deux seules de ce citoyen éloquent et incorruptible, ,qui ayent jamais été accueillies. Les deux décrets furent emportés d'emblée, tout le côté droit se leva pour Robespierre, comme le plus fidèle défenseur du peuple, et force fut à 89 et aux faux jacobine de s'incliner ».

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