‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 40 sur 110 · ET DE PRÉSENTATION DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

ET DE PRÉSENTATION DE LA SOCIÉTÉ

Les sociétés patriotiques de Marseille et de Toulon s'étant plaintes de la tiédeur des opinions des membres composant les comités de correspondance et de présentation de la société, un membre propose leur renouvellement total. Barnave s'y oppose (2). Pour maintenir une certaine continuité dans l'esprit de ces comités, il souhaite qu'on ne remplace à la fois que le tiers de leurs membres.

Robespierre appuie le renouvellement total, malgré les vives répliques des membres de ces comités dont Bonnecarère. Barnave intervient à nouveau pour les justifier, mais la société se langea à l'avis de Robespierre.

Mercure universel, t. III, p. 486.

« M. Robespierre. Tout comité doit être renouvelle le plus tôt possible, et ce ne peut être par tiers, ni par moitié, de crainte des habitudes involontaires qui s'y perpétuent. Cependant, ignorez-vous que votre comité de correspondance a excité quelquefois, je ne dirai pas des mécontentemens, ni des plaintes, mais qu'il a été taxé d'une sorte de modération, d'une sorte de froideur qui, si j'ose le dire, ne convient pas à votre patriotisme : ignorez-vous qu'à Marseille, à Toulon, et tout ce qu'il y a de fervens patriotes dans le département des Bouches-du-Rhône, tout ce qu'il y a de plus patriotique en France, n'a pas trouvé dans votre comité ce dévouement, cet appui qu'il avoit droit d'en attendre; et ces lettres ne contenoient pas le voeu des amis de la Constitution ! Quand les Sociétés du département des Bouchesdu-Rhône se sont plaintes à vous des attaques dangereuses de leurs ennemis, elles n'ont reçu au lieu de consolation, de moyens sages et fermes, elles n'ont reçu que des lettres foibles : cela n'a pas, je l'avoue, découragé les amis de la liberté, mais cela a donné de l'audace à leurs ennemis, et certes, messieurs, il ne vous appartenoit pas d'émettre un voeu tel : et moi, qui suis l'ami le plus vrai des patriotes, je ne puis

<1) Rien dans Aulard (II, 453) à propos de cette question. Par contre, G. Walter, Histoire des Jacobins, p. 141-143, signale ïe discours de Robespierre d'après le Mercure universel.

(2) On trouvera la liste des membres de ces comités, au 1er mai 1791, dans Aulard, I, LXXVII-LXXV1II.

voir tout cela sans en être vivement ému. Les commissaires envoyés aux Bouches-du-Rhône ont calomnié le département; ils ont calomnié ces patriotes marseillois, si fiers, si énergiques (3).

« Eh bien, si vous aimez la liberté, vous ne devez pas le souffrir; vous ne devez pas souffrir que des particuliers émettent des vœux en votre nom, qui ne soient pas les vôtres; vous ne devez pas souffrir que l'esprit d'orgueil, le désir de dominer se manifeste au nom de votre patriotisme, que je suis bien loin de ne pas croire infiniment audessus de celui que l'on voudroit vous prêter ! Ce motif me détermine à vous demander le renouvellement en entier de votre comité de correspondance. (Applaudissemens). »

[Interventions de Bonnecarère et de Barnave]

« M. Robespierre. Je déclare que mon opinion n'a pas eu d'objet personnel; je déclare qu'il n'y aura jamais de dissention entre moi et les vrais patriotes; par-tout où je les trouverai sur la ligne des principes, je les embrasserai. (Vifs applaudissemens). »

Le Courrier des LXXXIII d épar terriens , t. XXIV, n° 31, p. 487.

« Cette séance sur laquelle nous reviendrons a été remarquable par le renouvellement du comité de correspondance qui avoit été dénoncé par M. Robertspierre. »

(3) En décembre- 1790, à Aix, des officiers du régiment de Lyonnais sortirent d'un café pour attaquer un cortège de patriotes qui passait. Il en résulta des troubles violents au cours desquels Pasealis, avocat célèbre, devenu l'un des chefs de la contre-révolution, fut pendu par la foule avec deux de ses amis. Le 20 décembre, l'Assemblée pria le roi d'envoyer des troupes dans les Bouches-du-Rhône, ainsi que trois commissaires civils autorisés à requérir la 'orée armée avec l'avis des administrations. Ils eurent ensuite à s'occuper de troubles à Toulon et à Marseille qui ne sont pas sans rapport avec l'échec du complot de Lyon en décembre. Ces commissaires furent pris à partie par les patriotes et demandèrent leur rappel, ne pouvant obtenir l'appui des corps administratifs. Le 2 avril 1791, l'Assemblée les autorisa à requérir seuls la force armée (Cf. A. Chabaud, art. cit., Ann. révol., 1923, p. 113-125).

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