SEANCE DU 10 JUIN
Sur un projet d'adresse aux assemblées primaires
Après diverses affaires et après que la Société eût abordé une nouvelle fois la question du licenciement des officiers de l'armée (1), un membre du comité de correspondance donne lecture de l'adressa destinée à être envoyée par la Société, aux assemblées primaires, qui venaient de se réunir dans les départements, pour éclairer .leur choix dans la nomination des électeurs. Robespierre prend la parole et conclut à l'ajournement de l'adresse.
La Société se 'rangea à cet avis.
Mercure universel, t. IV, p. 246.
« M. Robespierre, Il ne suffit pas qu'un citoyen ait montré du patriotisme avant les élections pour mériter le choix du peuple; il faut avoir prouvé des vertus publiques, avant que la révolution ait été consommée; avant qu'on ait pu savoir quel seroit le sort des défenseurs du peuple, avant que le patriotisme ait pu faire espérer d'obtenir des places.
« Qu'est-ce donc que ces prétendus patriotes d'aujourd'hui, ces égoïstes qui se jettent avec fureur dans nos assemblées, dans les assemblées primaires, et qui eussent été nos lâches persécuteurs et les suppôts du despotisme si nous eussions succombé ? Le peuple a maintenant des places à donner, et des hommes prennent le masque du patriotisme; dans une autre circonstance, ces mêmes hommes eussent été les valets de ses tyrans !
« Je ne reconnois pas dans cette adresse les caractères importans qu'il convient d'y trouver : apparemment que son auteur a jugé que le nombre des vrais patriotes n'étoit point assez considérable pour qu'il
(1) Le Journal des Mécontent <n° 109, p. 3) signale « qu'un soldat d'infanterie, secondé de M. Robertspierre, avoit prouvé incontestablement que la seule manière de rajeunir ce vieux corps, étoit d'en chasser civiqucment tous les officiers, et de les remplacer par des soldats élus au sciïutin i». Il s'agit de .l'intervention d'un certain Meissard, mais on ne trouve nulle part tra.ee de paroles qu'aurait pu prononcer Robespierre.
fût déjà temps de prendre de sages mesures contre les individus qui s'enveloppent du manteau du despotisme : je demande l'ajournement de cette adresse. (Applaudi). »
Journal des Débats de la Société des Amis de la Constitution, n° 7, p. 4 « M. de Robespierre, en approuvant la plupart des maximes contenues dans cette adresse, s'élève contre le ton général dont elle est rédigée. Il se plaint avec l'éloquence de la vertu et de la vérité qui lui est propre, de ce qu'on affecte de recommander au choix des électeurs des personnes amies de la paix. Il démontre que ces prétendus amis de la paix et de l'ordre ne sont rien moins que les véritables amis des intérêts du peuple; il conclut à l'ajournement de l'adresse; ce qui est adopté » (2).
(2) Extrait reproduit dans Aulard, II, 493; mais il ne donne pas le texte de l'adresse. Of. ci-dessous séance des Jacobins du 19 juin 1791. Voir également <G. Walter, Histoire des Jacobins, p. 144.