SEANCE DU 11 JUIN
SUR LE LICENCIEMENT DES OFFICIERS DE L'ARMÉE (suite)
Fréteau présente un rapport sur les mesures générales à prendre, pour la sûreté du royaume (1), et donne lecture d'un projet de décret. Le duc de Liancourt propose alors que ,1a discussion s'engage sur" la question du licenciement des officiers de l'armée. D'André demande lui aussi l'ouverture du débat, tandis que Cazalès s'oppose à toute discussion. iL' Assemblée décide que la discussion est fermée.
Robespierre demande la parole pour une onction d'ordre. Le président consulte l'Assemblée qui décide que /Robespierre ne sera pas entendu.
Le président met alors aux voix la question préalable sur la proposition de licencier les officiers de l'armée. L'Assemblée décida qu'il n'y (avait pas lieu à délibérer sur le projet de licencier les officiers.
Journal des Etats Généraux ou Journal Logographique , t. XXVII, p. 337.
« M. Cazalès. Je demande que la question préalable, sur le licenciement, soit mise aux voix sans discussion et que cette motion horrible ne soit jamais discutée dans cette assemblée...
« M. le Président...
(L'Assemblée ferme la discussion.)
« M. Robespierre. Je demande à faire une motion d'ordre (Aux voix, aux voix, grand bruit) » (2).
(1) On trouvera le rapport de Fréteau dans le Moniteur. VOL 643-646.
(2) Texte reproduit dans les Arch. pari., XXVII, 124. L'attitude do Robespierre au cours de cette séance, inspira >à Pio de vifs
Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 164, p. 680.
« M. le Président. L'Assemblée a fermé la discussion. M. Robespierre me demande la parole pour une question d'ordre. (On entend dans toutes les parties de la salle ces mots: Non, non ! Aux voix ! Aux voix !).
« M. le Président. Que ceux qui veulent que M. Robespierre soit bntendu se lèvent.
« L'Assemblée décide que M. Robesoierre ne sera pas entendu » (3).
Journal des Mécontens, n° 105, p. 3.
« Après ce rapport [de M. Fréteau] , on a ouvert et fermé en même tems la discussion sur le licenciement du corps des officiers et malgré les hurlemens de MM. Robertspierre et Prieur, qui vouloient absolument chasser les officiers, l'Assemblée s'est contentée, pour cette fois, de déshonorer ceux qui seraient assez lâches pour trahir leurs premiers sermens, leur patrie et leur Roi, en souscrivant l'infamant formulaire que voici. »
[Brève mention de cette tentative dans Le Mercure de France, 18 juin 1791, p. 219; Le Courrier extraordinaire, 12 juin 1791, p. 4; Le Courrier des LXXXIII départemens, t. XXV, n° 13^ p. 206; La Gazette de Paris, 15 juin 1791, p. 1.]
éloges du député d'Arras, da.ns une « Lettre à l'auteur » des Révolutions de France et de Brabant, que Desmoulins publia (t. VII, n° 81, p. 130-132) et que reproduit .E. .Hamel, I, 472.
(3) Texte reproduit dans le Moniteur, VIII, 646. Seuls Rœderer et Prieur soutinrent .Robespierre.
304. — SEANCE DU 18 JUIN 1791 (soir) Sur les troubles de Brie-Comte-Robert
Merlin donne lecture du procès-verbal dressé par la municipalité de Cambrai des troubles survenus dans cette ville le 13 juin. L'As semblée renvoie l'affairé à son comité des rapports pour qu'il lui en soit rendu compte le lendemain. Robespierre intervient alors pour dénoncer les troubles suscités à Brie-Comte-Robert, par les chasseurs de Hainault qui y tiennent garnison. Sur sa demande, l'Assemblée ordonne le renvoi de cette affaire au comité des rapports.
Un député ayant précisé que c'est en vertu des décrets de l'Assemblée que les chasseurs de Hainault avaient été envoyés a Brie-Comte-Robert et qu'ils n'avaient fait qu'exécuter des décrets de prise de corps, pris par le tribunal de Melun (1), Regnaud de
(1) SLe 17 janvier 17!»], sur le rapport de .Muguet, l'Assemblée avait décrété de demander au roi ae faire passer à Brie-dmitr- Ruber-t « une force publique capable d'y procurer l'exécution des
Saint-Jean-d'Angély demande que cette affaire ne soit, renvoyée an comité des rapports que si des pièces justificatives et signées sont déposées sur le buream de l'Assemblée, soit par les plaignants, soit par Robespierre. Robespierre reprend la parole pour se justifier. Cette affaire devait revenir devant l'Assemblée le 12 juillet et les 2 et 6 août (2).
Journal des Etais Généraux ou Journal Logographique, t. XXVIII, p. 69.
« M. de Robespierre. Je ne puis me dispenser de demander à l'assemblée nationale le renvoi au comité des rapports, avec l'ordre très exprès de lui rendre le compte le plus prompt, d'une affaire infiniment urgente, dont je vais vous apprendre l'objet en deux mots.
« Vous ne croiriez pas, messieurs, que dans un temps où on ne parle que de justice et de liberté, il existe à très peu de distance de cette capitale, presque sous les yeux de l'assemblée nationale, une ville dont les citoyens sont exposés depuis longtems à toutes les insultes; où tout récemment, au milieu de la nuit, une troupe de ce corps a enfoncé les portes de plusieurs maisons, a arraché de leurs lits plusieurs citoyens, tant hommes que femmes, les a garottés et traînés impitoyablement dans des cachots; que dans cette même ville, plusieurs autres citoyens ont été insultés avec violence, blessés et mutilés; que d'autres ont été forcés de prendre la fuite; et que tout ce qu'il y a de patriotes dans cette ville est plongé dans le désespoir et la consternation. Les auteurs de ces désordres, messieurs, sont les chasseurs du Hainault, égarés par des suggestions perfides, favorisés même par un maire et des officiers municipaux dont l'élection, si les loix étoient observées avec sévérité, vous eût été déjà dénoncée comme l'effet de la violence la plus coupable et l'infraction de toutes les formes constitutionnelles. Le théâtre de ces scènes horribles, c'est la ville de Brie-Comte-Robert.
« Je ne crois pas qu'il soit dans les intentions de l'assemblée de souffrir que le désordre dure plus long-tems, ni de réduire les patriotes, opprimés d'une manière aussi cruelle, à la nécessité de repousser l'oppression par la force. Je demande en conséquence que cette affaire soit renvoyée au comité des rapports, et qu'il en soit rendu compte à la séance de mardi soir.
lois, faire respecter l'autorité des corps administratifs, et assurer le retour et la tranquillité des citoyens qui ont été forcés de s'éloigner de la dite ville ». Elle décidait en outre, qu'une procédure serait ouverte 'devant le tribunal du district de Melun « contre les auteurs des troubles qui ont eu lieu dans le cours de janvier, dans la ville de Brie-Comte-Robert ». (Cf. Moniteur, VII, 338, correspondance de MeLun relative à ces troubles suscités par le conflit d'une compagnie dite du Bon Dieu avec la Garde nationale). Cf. également: Arch. nat., D XXIX bis, 19, dossier 208, p. 19 et 20. Lettre de Bailly transmettant une lettre de la municipalité de Brie-Comte- Bobert, où sont dénoncées les (manœuvres séditieuses de certains habitants, dirigés par le sieur Cousin, ancien maire. (2) Cf. ci-dessous, séances, aux dates indiquées.
« Plusieurs voix. Avez-vous lu les pièces ?
« M. Robespierre. Oui, messieurs.
« M. Regnault. Je demande donc que l'on remette sur le bureau la dénonciation des citoyens de la ville de Brie-Comte-Robert, et que celui qui l'a faite, la signe (applaudi à droite).
« M. de Murinais. C'est l'apprentissage de M. Robespierre : il vient d'être nommé accusateur public (3).
(3) Le 10 juin 1791, Je corps électoral du département de Paris avait élu Robespierre accusateur public près le tribunal criminel, à la suite d'un scrutin mouvementé. Au premier tour, sur 235 votants, Robespierre obtient la .majorité absolue, soit 118 voix, mais 2 électeurs ayant omis de faire suivre son nom de sa qualité de député, le comte de Lacépède, président, décide de procéder à un nouveau tour qui donne les résultats suivants, sur 372 votants: Robespierre, député : 220 voix. Robespierre : 5 voix ; Dandré : 99 ; Martineau : 24. (Cf. E. Charavay, Les Assemblées électorales de Paris, 1790-91, p. 558, 590; cité par .G. Walter, p. 673, note 1). D'après E Hamel, I, 474-476, Duport aurait fait l'impossible pour s'opposer à l'élection de Robespierre ; il aurait été aidé par Lafayette et Bailly (cf. Montlosier, Mémoires, II, livre 15, p. 124). -Duport devait en effet donner aussitôt sa démission de président du même tribunal, ainsi que Bigot de Préaraeneu vice-président et Dandré substitut, Ils furent remplacés par Pétion, Buzot et Faure. De nombreux journaux se font les échos de ces nominations (cf. Correspondance nationale, n° 34; Gazette de Berne, .22 juin ,1791, p. 2; Le Creuset, t. II, n° 48; la Vedette ou Précis de toutes les nouvelles du jour, 13 juin 1791, p. 4; l'Ami de la Révolution, p. 208). Tandis que les feuilles patriotes se réjouissent (Journal universel, t. XII, p. 9022 ; Orateur du Peuple, vol. III, t. II, n° 35, p. 081 ; le Père Duchesne, p. 5; le Courrier de Gorsas, XXV, 172; les Révolutions de France et de Brabant, VII, n° 81, p. 97) ; les journaux contre-révolution naires fulminent, tels le Babillard qui écrit (n° 7, p. 52) : « Robertspierre est donc nommé accusateur public... (il) donne toujours raison aux uns et tort aux autres sans consulter la loi, la justice ni les vrais principes de la constitution... on lisait ces jours derniers, au Palais Royal, ces vers, pour être mis au bas de son portrait : « Médiocre orateur, (absurde démagogue, En voulant le servir, il nuit à son parti, Tout en justifiant le sens de l'apologue; Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami; Mieux vaudrait un sage ennemi. »
et le Journal de la Cour et de la Ville (n° <52, p. 405 et 445):
« Damien-Robertsp... vient d'être nommé accusateur public au tribunal criminel suprême. Quand on se rappelle que c'est un Joli de Fleury qui poursuivit, il y a 84 ans, le patriote Damien, comme criminel de lèze-majesté, et que l'on pense que le neveu de ce grand homme poursuivra dans quelques mois des Bourbons, des Condé, des Joli de Fleury, etc., etc., comme criminels de lèze-natiorV, peut-on ne pas admirer les beautés de la {révolution1? Ah! Hobertsp..., c'est bien de toi qne le srrand (St. Mirabeau pouvoit dire: tu es petra. et super petram oedifioabo ecclesiam meam. »
« N'est-il pas à craindre que M. Robertspierre, dans une de
« M. Robespierre. M. le président, c'est en qualité de membre de l'assemblée nationale, que je viens de rendre compte de faits qui intéressent essentiellement la constitution, la liberté et l'ordre public. Je ne l'ai pas fait sans des indices détermmans. Si, pour subjuguer la confiance, il suffisoit d'avoir entendu après moi un député qui, pour toute réponse à la prière que je faisois à l'assemblée nationale de s occuper d'un objet aussi Important, a allégué qu'il étoit présumable que
ses premières fonctions d'accusateur public ne soit accusé luimême... presque d'étourderie? Quant à moi, .j'en tremble pour lui, pour le bien des nouvelles loix, pour la prospérité de la constitution... D'ailleurs chacun ne pourra-t-il pas faire cette effrayante réflexion1?... Quel homme peut se croire infaillible, si M. Robertsr.ierre ne l'est pas ! »
(Le Colonel SEGUR.
Voici comment Brissot, dans son Patriote françois, commente ces différents choix (n° 676, p. 665) et les réactions des éLus :
« -Si l'on ne veille pas sur les principes, les détails les tueront. M. Duport est nommé président du tribunal criminel ; il refuse, parce que M. Robespierre est nommé accusateur public. On peut examiner son motif, puisqu'il le dit ouvertement. M. Robespierre est, suivant M. Duport, un homme sans mesure. Raison de rester, pour un président qui croit en avoir beaucoup, et qui sera à portée de tempérer la chaleur de l'accusateur. Il accusera sans raison, vous le condamnerez. Il accusera en flattant le peuple, et en mettant ses juges dans l'embarras de décider contre le peuple ou contre la loi. Celui qui croit à cet embarras n'est pas digne d'être juge. Il faut, quand on monte sur le siège, être décidé à condamner le peuple, s'il a tort, à braver la mort s'il le faut. Le juge qui, ayant la justice pour lui. craint le peuple, le connoît peu, ou connoît trop sa propre foiblesse.
« M. Robespierre est bon patriote, ferme dans les principes, sourd aux considérations. Voilà ce que M. Duport devoit voir et respecter, et qui devoit excuser à ses yeux l'excès de patriotisme de M. Robespierre.
« Je ne vois point dans l'Histoire Romaine que Cicéron ait quitté le consulat, parce qu'il avoit un collègue très-foible, et d'un parti différent. Si le collègue est pour, tant mieux ; s'il est contre, il faut rester, on l'en combattra d'autant mieux.
« Les hommes ■ appelles aux places se laissent trop entraîner par de petits calculs. Par exemple, M. D and ré quitte, parce qu'il •regarde comme une plaisanterie d'être accollé avec M. Robespierre. Eh, quoi ! Démosthène, dans son ambassade vers Philippe, n'étoit-il pas accollé avec le bavard et vil Demade, avec l'ivrogne Policrate ? Et! de quel côté est ici le désavantage? Un patriote ardent ne vaut-il pas bien un modéré?
(( J'.ai admiré la combinaison de ces choix. M. Duport président, il est criminaliste. M. Robespierre accusateur, c'est l'ennemi le plus implacable dos aristocrates. M. Dan d ré substitut de M. Robespierre, il calmera sa fougue. De petites vanités ont dérangé tous ces calculs; et on se vante d'être libres! La liberté veut bien d'autres sacrifices! Jn le vois, on n'y cherche que î'égoïsme. »
les violences continuelles que j'ai dénoncées étoient l'exécution d'un autre jugement présumé, s'il suffisoit qu'un autre membre après lui eût dit qu'il y avoit de l'audace, de la part d'un représentant de la nation à présenter à l'assemblée nationale de pareils faits (il n'a pas dit cela), pour faire pencher avant l'examen la balance en faveur de ceux qui sont dénoncés, alors ma tâche seroit finie : je me trouverois heureux personnellement d'être déchargé d'un devoir trop pénible que beaucoup d'hommes ne seroient pas tentés de remplir à ma place (à droite : Oh! non).
« Mais si l'assemblée veut être juste, je lui rappelleroi que rien n'est plus futile que ce qui a été opposé à ce que j'ai dit, que rien n'est plus indigne du caractère d'un représentant de la nation que cette défaveur que l'on a voulu répandre sur le parti que j'ai pris, à la prière de plusieurs centaines de citoyens opprimés, de dénoncer le fait à l'assemblée nationale (murmures); et rien ne prouve mieux la justesse des observations que je viens de faire, rien ne prouve mieux la difficulté que l'on trouve maintenant à défendre les opprimés, que la malveillance continuelle que je n'ai cessé d'éprouver depuis que j'ai pris la parole (applaudi).
« M. Robespierre. Je méprise ce système de persécution et les inculpations continuelles, que ces mêmes personnes s'occupent sans cesse à prodiguer contre ma conduite et mes principes (Longs murmures à gauche). J'en appelle au tribunal de l'opinion publique, qui jugera entre nous et ces lâches détracteurs de la loi.
« Pour revenir à l'affaire de Brie-Comte-Robert, je n'ai voulu demander autre chose que la vérification des faits le plus promptement possible. Je suis fondé sur un mémoire signé par les citoyens reconnus les plus patriotes dans la ville de Brie-Comte-Robert. Si on m'en demande davantage, on n'a qu'à chercher des principes plus satisfaisans dans la bouche de mes adversaires.
« Plusieurs voix. A l'ordre du jour » (4).
Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 171, p. 708.
« M. Robespierre. Je demande le renvoi au Comité des rapports d'une autre affaire (5) également importante. Vous ne croiriez pas que dans un tems où l'on parle de justice et de liberté, on exerce, à peu de distance de la capitale, presque sous nos yeux, les plus horribles vexations contre les citoyens. Les habitans de Brie-Comte-Robert sont exposés depuis lon-tems aux insultes d'un corps de troupes qui y est en garnison. Récemment encore, au milieu de la nuit, on a arraché de leurs lits plusieurs citoyens, hommes et femmes, on les a garrottés, mutilés, traînés en prison. Les auteurs de ces violences sont les chasseurs d'Hai-
(4) Texte reproduit dans les Arch. pari., XXVII, 318. <5) Merlin de Douai était en effet venu rendre compte auparavant des événements de Cambrai.
nault, égarés par des suggestions perfides, favorisés même par les officiers municipaux, dont l'élection, si les lois eussent été observées avec sévérité, vous eût déjà été dénoncée, comme l'ouvrage de la violence. Il n'est pas possible de souffrir que de tels désordres subsistent plus lon-tems et il serait malheureux de réduire les patriotes à la nécessité de repousser l'oppression par la force. Je demande le renvoi de cette affaire au Comité des rapports.
« M. Murinais. Je demande à M. Roberspierre s'il fait l'apprentissage de son emploi d'accusateur public.
« M Roberspierre. C'est en qualité de membre de l'Assemblée nationale que je lui expose des faits qui intéressent essentiellement le maintien de ra constitution et de la liberté publique; je n'ai pas parlé sur cet objet sans avoir entre mes mains des pièces propres à déterminer l'homme le plus prudent. S'il suffisait d'entendre après moi un membre de l'Assemblée, donner pour toute réponse qu'il est probable que les violences dont j'ai parlé ont été commises en vertu d'un jugement; s'il suffisait, pour vous empêcher d'examiner cette affaire, qu'un autre après lui, vint nous dire qu'il y a de l'audace à défendre des opprimés; qu'il vint pour jeter de la défaveur sur l'homme qui n'a fait que remplir un devoir rigoureux, alléguer les mots d'ordre public et d'insurrection; si l'Assemblée, enfin, applaudissant à ces déclamations, faisait pencher la balance en faveur des oppresseurs contre les opprimés, je serais du moins heureux d'être déchargé d'une tâche pénible que beaucoup d'autres n'eussent pas osé entreprendre. Mais j'espère que l'Assemblée sentira combien il serait indigne de son caractère de refuser avec une si révoltante partialité, d'examiner les plaintes des opprimés. Je lui fais observer que je tiens à la main des plaintes signées par des centaines de citoyens; et qv.e rien ne prouve mieux la nécessité de vous faire présenter les détails de cette affaire, par l'organe du Comité des rapports, que la malveillance dont je ne cesse d'éprouver les témoignages. Mais je méprise ce système d'oppression, et les inculpations continuelles qu'on cherche à répandre contre ma conduite et mes principes. J'en appelle au tribunal de l'opinion publique; il jugera entre mes détracteurs et moi. Pour revenir à l'affaire dont il s'agit, je dis que je ne demande rien autre chose, sinon que rassemblée vérifie les faits; et que, pour s'y opposer, il faudrait prouver qu'ils sont faux » (6).
L'Ami du Roi (Royou), 21 juin 1791, p. 2.
« M. Robespierre, ensuite, a paru sur la scène, et a fait la première répétition du rôle d'accusateur public, dont les bons parisiens, amis de la justice, viennent de le charger. Des insurrections, mais tr>«-
(6) Texte reproduit dans le Moniteur, VIII, 700; et Bûchez et Roux, X, 210.
populaires, et point du tout aristocratiques, se sont manifestées à Brie- Comte-Robert. Par ordre de rassemblée, le tribunal de Melun a informé et lancé des décrets. La municipalité de Brie a requis les chasseurs de Hainault de saisir les coupables. Les soldats, aussi prudens que dociles, ont choisi la nuit, afin d'éviter le scandale et la résistance. Voilà encore, au jugement de M. Robespierre, un autre projet de contrerévolution en l'air. C'est un acte de tyrannie de la part des soldats. Avocat né de tous les scélérats, il dépeint les coupables arrêtés à Brie, comme des victimes du despotisme militaire; les chasseurs de Hainault, comme des tyrans subalternes, soudoyés; la municipalité, comme complice de ces noirs attentats contre la liberté des plus vertueux patriotes. On lui demande la preuve de si graves accusations. Il n'a ni pièces, ni témoins à produire. C'est dans son cerveau malade seul, que se broyent les noires couleurs avec lesquelles il peint les personnages qu'il met sur la scène. Une indignation presque générale venge cependant, cette fois, la justice des outrages de son ministre. Mais il s'en console par l'espoir que l'opinion publique le vengera, à son tour, du système de persécution intenté contre lui, par les lâches détracteurs de la loi. C'est ainsi qu'il qualifie les membres même du côté gauche. Quels exploits ne promet pas un accusateur public de cette trempe ? Faut-il s'étonner que MM. d'André, Duport, etc., aient rougi de s'associer à ses travaux, et mieux aimé abdiquer leur nouvelle dignité, que d'avoir à lutter contre sa fougue, ou de paroître complices de ses iniquités? »
Le Point du Jour, t. XXIII, n° 708, p. 278.
« M. Robespierre a dénoncé des attentats, qu'il a dit avoir été commis contre la liberté civile à Brie-Comte-Robert, par les chasseurs de Hainaut, à la réquisition de la municipalité.
« Il existe donc, disoit-il, presque sous ses yeux, une ville livrée au despotisme militaire. Au milieu de la nuit, des portes ont été brisées, des femmes cruellement traitées, des citoyens traînés en pnson. Je demande que l'assemblée se fasse rendre compte de cette affaire.
« ...M. Regnaud demande que les pièces qui prouvoient les délits commis à Brie fussent déposées sur le bureau, ou que M. Robespierre signât sa dénonciation.
« M. Robespierre s'est fortement récrié contre cette demande. Quand un représentant, a-t-il dit, dénonce un fait ou un délit, sa dénonciation seule suffit, et ouand il s'agit de la liberté individuelle, l'assemblée qui a établi la liberté des citoyens doit s'occuper de la recherche d'un tel délit et le punir s'il existe. Au surplus, a-t-il ajoufé, je déposerai sur le bureau une pièce signée d'un grand nombre de citoyens de Brie » (7).
(7) Utilisé par E. Hameî, I, 479.
L'Ami du Peuple (Marat), n° 499, p. 2.
<( Dans la séance du 17 (8), M. Robespierre a instruit l'assemblée que dans une ville très-peu éloignée de Paris, les citoyens en butte à des persécutions et des vexations attroces, étaient réduits au désespoir le plus affreux. Les chasseurs de Hainaut, en quartier à Brie-Comte-Robert, se sont portés et se portent tous les jours à de nouveaux actes de violence contre les habitans. Dernièrement encore, pendant la nuit, ils sont entrés par force dans plusieurs maisons, et après avoir arraché de leurs lits plusieurs citoyens et citoyennes, les avoir garottés et maltraitée horriblement, ils les ont traînés dans des cachots; a demandé que les opprimés obtinssent enfin justice, et que l'affaire fût renvoyée au comité des rapports, pour en rendre compte à l'assemblée à la séance du mardi soir. Ce qui a été arrêté. »
Journal de Paris, 21 juin 1791, p. 689.
u Tandis que nous faisons ici des loix, a dit M. Roberspierre, tandis que nous faisons retentir incessamment ces vérités des mots de liberté, d'humanité, non loir, de nous, dans une ville de la France, de cette terre régénérée, une soldatesque effrénée foule aux pieds les droits sacrés des hommes, elle arrache de leurs lits les citoyens signalés par leur civisme, elle les entraîne dans des cachots ouverts par un pouvoir arbitraire. Cette ville malheureuse est Brie-Comte-Robert; cette soldatesque, ce sont les chasseurs de Hainault; Tels sont, messieurs, a ajouté M. Roberspierre, les attentats que je vous dénonce : j'ai rempli mon devoir, remplissez le vôtre. »
La Feuille du Jour, t. IV, n° 172, p. 698-9. L'Ami du Roi (Montjoie), 2 juillet 1791, p. 731. Journal de la Cour et de la Ville, n° 56, p. 144 (9).
« Je dénonce, dit M. Robespierre à l'assemblée nationale dans la séance du 18, les chasseurs du Hainaut, pour avoir commis des attentats contre la liberté individuelle... pour avoir, presque sous les yeux de l'assemblée nationale, livré la ville de Brie-Comte-Robert à l'esclavage militaire; pour avoir enfoncé des portes au milieu de la nuit, traité cruellement des femmes, des citoyens, etc., etc., etc. .
« Telles sont les paroles du nouvel accusateur public : mais si par hasard les chasseurs du Hainaut n'avoient marché à Brie-Comte-Robert que pour donner main forte à la gendarmerie nationale requise, ainsi que le détachement de ce corps, par le tribunal criminel de Melun... ce qui est une vérité que j'atteste;
« Si de plus les chasseurs du Hainaut n'avoient arrêté des citoyens et citoyennes de Brie qu'en vertu d'un décret de prise-de-corps lancé
(8) Il s'agit de la séance du 18.
(9) Le journal ne reproduit que le premier alinéa.
contr'eux par le susdit tribunal... ce qui est une autre vérité que j'atteste;
« Si la réquisition du tribunal pour donner main-forte à la gendarmerie nationale est déposée en forme légale à l' état-major des chasseurs du Hainaut que je commande... ce qui est encore une autre vérité que j'affirme... »
« Signé: Le Colonel SEGUR. »
Journal des Débats, n° 759, p. 2-3.
« M. Robespierre a demandé la parole pour dénoncer les violences atroces qu'il prétend avoir été commises par les chasseurs du Régiment de Hainaut, contre des Citoyens patriotes de la ville de Brie-Comte- Robert. Il a demandé le renvoi de cette affaire au Comité des Rapports.
(( M. Buzot a appuyé la motion de M. Robespierre.
« M. Murinais a demandé si M. Robespierre faisoit ainsi son apprentissage d'accusateur public à Paris.
« S'il suffisoit, a dit M. Robespierre, d'avoir entendu un Membre de cette Assemblée, qui allègue d'autres faits que ceux que j'ai dénoncés; s'il suffisoit d'avoir entendu un autre Membre qui a saisi cette occasion pour se livrer à une violente sortie, ma tâche seroit finie, et je me hâterois d'abdiquer un devoir trop pénible, que peu d'hommes peut-être seroient tentés de remplir. Quoiqu'il devienne chaque jour plus difficile de faire entendre la vérité, je m'opposerai constamment à ce système de persécution. »
Mercure de France, 25 juin 1791, p. 285. *
« Dans un temps, a dit M. Roberspierre, où l'on ne parle que de justice et de liberté, on exerce les plus horribles vexations contre les citoyens. Ce préambule l'a conduit à dénoncer les chasseurs de Hainault, comme ayant arraché de leur lit plusieurs hommes et femmes de Brie-Comte-Robert, de les avoir garrottés, mutilés, traînés en prison. Il a demandé le renvoi de sa dénonciation au comité des rapports; ce qui a été décrété.
« ...Traitant ces débats de déclamations, et s'autorisant de tout ce qu'il y a de sacré dans la défense des opprimés, M. Roberspierre a répondu que s'il dénonçoit les chasseurs de Hainault, c'étoit en ayant en main des plaintes signées de plusieurs centaines de citoyens. Rien ne prouve mieux, a-t-il ajouté, la nécessité de vous faire présenter les détails de cette affaire par l'organe du comité des rapports, que la malveillance dont je ne cesse d'éprouver les témoignages. Mais. Je méprise ce système d'oppression et les inculpations continuelles qu'on cherche à répandre sur ma conduite et mes principes. J'en appelle au tribunal de l'opinion publique. Il jugera entre mes détracteurs et moi. »
Journal des Décrets de l'Assemblée nationale, 19 juin 1791, p. 462.
« L'Assemblée a encore renvoyé au Comité des Rapports la dénonciation faite par M. Roberspierre, des attentats commis contre !a liberté individuelle, par les Chasseurs de Hainault, à la réquisition de !a Municipalité de Brie-Comte-Robert. Un Membre ayant soutenu que ces arrestations avoient été faites, en exécution de décrets de prise-de-corps décernés par le Tribunal de Melun, M. Regnault de Saint-Jean-d'Angely, s'est fortement élevé contre M. Roberspierre, qui, affecté du ton et des réflexions de son antagoniste, a déposé, pour justifier sa dénonciation, un Mémoire signé d'un grand nombre d'habitans de Brie. »
[Brève mention de cette intervention dans La Feuille du Jour, t. IV, n° 171, p. 689-90; Le Courrier extraordinaire, 20 juin 1791, p. 2; Le Patriote jrançois, n° 681, p. 685; Les Révolutions de Paris (Prudhomme), n° 102, p. 572; Le Journal général, n° 140, p. 585; Le Courrier d'Avignon, n° 149, p. 596; La Correspondance nationale, n° 37, p. 190.]
Société des Amis de la Constitution
305. — SEANCE DU 19 JUIN 1791 Sur l'adresse AUX ASSEMBLÉES PRIMAIRES (suite)
La Société, (après diverses interventions, ouvre la discussion sur un écrit de 'Sieyes, dont Goupil de Préfeln signale l'importance (1). Laclos demande que ce débat soit renvoyé au lendemain, pour que la Société puisse discuter des diverses motions qui s'agitent au même moment dans les sections. (Robespierre intervient pour demander à donner lecture d'un projet d'adresse aux Assemblées primaires (2).
L'impression de l'adresse fut arrêtée, 'au nombre de trois mille exemplaires, ainsi que l'envoi aux (Sociétés affiliées et aux quarantehuit sections.
Journal des Débats des Amis de la Constitution, n° 12, p. 2.
« M. Robespierre, Messieurs, je vous demanderai la priorité pour M. Goupil, après que vous aurez entendu la lecture de l'adresse que vous avez ordonnée à votre comité de correspondance de rédiger, pour être envoyée aux assemblées primaires.
O) 11 s'agit de la « Déclaration proposée par l'abbé Sieyès aux patriotes des 83 départements n (Cf. Aulard, II, 516 et 523.) On en trouvera le texte dans les Révolutions de Paris, n° 102, p. 554.
(2) Cf. ci-dessus séance des Jacobins du 10 juin 1791. D'après G W al ter (Histoire des Jacobins, p. 146), Robeftpiérrê aurait accepté rie rédiger cette adresse le 19 au matin et aurait le soir même présenté son projet. Il était, ainsi admis dans le Comité de Côrreep >0 danee par cooptation et en signait les pièces.
« M. Goupil a motivé sa motion, sur ce que l'écrit de M. Syeies contenait des principes contraires à la liberté (3). M. la Clos n'a pas motivé les sujets des motions à discuter, j'ignore donc s'ils sont bons ou mauvais.
« Il existe dans les départemens, un parti d'autant plus dangereux, qu'il se pare de l'amour de la liberté et de l'attachement à la constitution, le but de ce parti est, à l'aide de la précipitation des élections, de porter dans la prochaine législature une grande quantité de gens de ce parti.
« J'ai demandé la discussion après la lecture de l'adresse aux assemblées primaires, qui quoique tardive peut encore être d'une grande utilité. Je vous prie donc d'accorder quelques instans à la lecture de cette adresse, que le comité de correspondance m'a chargé de rédiger.
« M. Moreton. Je demande qu'avant d'entamer cette lecture, M. Robespierre veuille bien nous dire s'il a fait part de sa rédaction au comité qui l'en a chargé.
« M. Robespierre. Je n'ai reçu que ce matin en rentrant de l'assemblée nationale, la lettre par laquelle le comité me chargeait de cette rédaction, je n'ai pu y donner d'autre tems que le court intervalle qui se trouve entre ce moment et notre séance, il m'a donc été impossible de la porter au comité. Obligé à faire un petit voyage demain soir (4), il m'eut été impossible de vous la lire demain, je vous prie d'excuser les fautes de rédaction qui pourront s'y trouver en faveur de la précipitation avec laquelle elle a été faite.
« Citoyens, ce serait perdre un tems précieux que de vous parler de l'importance des élections dont vous allez vous occuper. Vous savez que les électeurs que vous allez choisir, nommeront à leur tour les députés dont dépendent, ou votre bonheur ou votre misère. Vous vous rendrez donc exactement aux assemblées primaires, vous sur-tou*, qui par vos faibles moyens pourriez craindre l'oppression, songez que c'est vous qu'il importe d'être éclairés sur ces choix puisqu'il est question de discuter vos plus chers intérêts. Si vous êtes obligés par là à des sacrifices, la raison, la justice et l'intérêt public vous assurent des indemnités.
« Dans les choix que vous ferez, songez que la vertu et les talens sont nécessaires, mais que des deux, la vertu est la plus nécessa'ie encore. La vertu sans talens peut être moins utile, les talens sans vertu ne peuvent être qu'un fléau. (On applaudit). Et en effet la vertu suppose ou donne assez souvent les talens nécessaires aux représentans du peuple. Quand on aime la justice et la vérité, on aime les droits des citoyens, on les défend avec chaleur.
(3) La Déclaration de iSieyès contenait en particulier une acceptation de principe du bicamérisme et imposait la soumission aux lois.
(4) Il se rendait le lendemain à Versailles pour la commémoration du Serment du Jeu de Paume {cf. ci-dessous, n° 306).
(( Tenez-vous en garde contre les apparences trompeuses. Les amis et les ennemis de la liberté se présenteront à vous, avec les mêmes dehors et le même langage. Si vous voulez vous assurer des sentimens de quelques citoyens, remontez au de-là de l'époque où vous êtes aujourd'hui. L'homme ne se détache pas tout-à-coup de tous les préjugés qui ont formé ses sentimens.
« Si une fois dans la vie, un homme s'est montré vil, ou impitoyable, rejettez-Ie.
« Rejettez ces hommes qu'on a vu ramper dans les cours et s'humilier heureusement, aux pieds d'un ministre ou d'une femme.
« Leur manière est changée, leur cœur est resté le même. (On applaudit) .
« Ils flattent aujourd'hui leurs concitoyens, comme ils flattaient les tyrans subalternes. On ne devient pas subitement, d'un vil adulateur, d'un lâche courtisan, un héros de la liberté. (On applaudit).
« Mais si vous connaissiez des hommes qui ayent consacré leurs vies à venger l'innocence, si vous connaissiez quelqu'un d'un caractère ferme et prompt dont les entrailles se soient toujours émues au récit des malheurs de quelques-uns de ses concitoyens, allez le chercher au fond de sa retraite, priez-le d'accepter la charge honorable et pénible de défendre la cause du peuple, contre les ennemis déclarés de sa liberté, contre ses ennemis, bien plus perfides encore, qui se couvrent du voile de l'ordre et de la paix. Ils appellent ordre, tout système qui convient à leurs arrangemens, ils décorent du nom de paix, la tranquillité des cadavres, et le silence des tombeaux.
« Ce sont ces personnages, cruellement modérés, dont il faut vous défier le plus. Les ennemis déclarés de la révolution, sont bien moins dangereux. Ce sont ceux-là qui assiègent les assemblées primaires pour obtenir du peuple, qu'ils flattent, le droit de l'opprimer constitutionnellement. Evitez leurs pièges, et la patrie est sauvée. S'ils viennent à bout de vous tromper, il ne nous reste plus que de réaliser la devise qui nous rallie sous les drapeaux de la liberté : Vivre libre ou mourir.
(On demande l'impression sur le champ, et l'envoi aux sections assemblées) (5).
[Interventions de Laclos et d'Anthoine.]
« M. Robespierre. Je ne m'oppose pas à la motion de M. Antoine
(5) Texte reproduit par Bûchez et 'Roux, X, 230-233, depuis: a Je n'ai reçu que ce matin... '» jusqu'à « auix sections assemblées ». Aulard (II, 518) se .contente de résumer brièvement cette partie de l'intervention de Robespierre. Par contre, il reproduit le texte de l'adresse (p. 620-523) d'après la brochure de la B.iN. Lb10 603, qui est identique à celui que publie le (Moniteur universel (t. IV, 20 juin 1791).
(6), mais je crois devoir répondre à M. de la Clos (7). Il croit qu'il est dangereux de manifester l'opinion de la société sur le payement des électeurs, pour moi, je crois que s'il est un moyen de dégoûter les citoyens peu aisés, de la chose publique, c'est de les placer entre cet intérêt et leur intérêt particulier.
« Tel est l'effet de l'opinion de ceux qui, sous l'apparence de désintéressement, veulent éloigner des élections, la partie peu fortunée du peuple. Il ne doit pas être douteux que les électeurs soient payés, afin que la classe nombreuse et intéressante pour qui je parle, soit dédommagée des sacrifices qu'elle est forcée de faire à la chose publique. Et lorsqu'on assure des traitemens aux représentans du peuple, aux juges, à des places de finances, lorsqu'on donne vingt-cinq millions au chef du pouvoir exécutif, pourquoi n'en donnerait-on pas à la partie intéressante des citoyens, lorsqu'elle sacrifie son tems et ses travaux. (On applaudit) (8).
[Intervention de Rcederer] (9).
« M. Robespierre. L'observation de M. Rœderer porte sur un fait qui n'est pas exact. Il suppose qu'il était décidé que les électeurs ne seraient pas payés cette année, et cela n'est pas décidé. La motion en fut faite il y a quelques jours à l'Assemblée nationale. M. Démeunier, rapporteur, n'a pas du tout éloigné cette idée, et l'avis des membres de l'Assemblée m'a paru y être favorable. J'ai donc cru pouvoir annoncer cet avis dans un moment où il s'agit de porter un plus grand nombre de citoyens dans les assemblées primaires, qui en général sont peu nombreuses » (10).
(6) Anthoine demandait le renvoi de l',adresse au Comité de Correspondance.
(7) Laclos s'élevait contre le passage dans lequel Robespierre donnait aux électeurs l'espoir qu'ils seraient payés.
(8) La question ifut posée dans la séance du 3 décembre 1790 et renvoyée aux Comités. Elle ne fut résolue par La négative que le 7 septembre 1791.
(9) Hoederer fait à nouveau remarquer qu'il n'y a pas de fonds prévus pour rémunérer les électeurs cette année.
(10) Après rectification de la phrase visée qui devient: « La raison, la justice et l'intérêt public sollicitent pour vous », l'impression est arrêtée. Le 20 juin, plusieurs citoyens de diverses sections viennent remercier la Société de l'envoi de l'Adres'se (Journal des Débats de la Société..., n° 13).
les discours de robespierre 513
Société des Amis de la Constitution de Versailles