‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 50 sur 110 · SEANCE DU 20 JUIN · texte numérisé non relu

SEANCE DU 20 JUIN

Sur l'anniversaire du serment du Jeu de Paume

Le 17 juin, la iSociété des Ami§ de la Constitution de Versailles avait arrêté de célébrer l'anniversaire du serment du Jeu de Paume, dans la salle même où les députés aux Etats généraux s'étaient réunis le 20 juin 1789.

Robespierre, présent à la séance, y prit la parole.

Journal des Amis de la Constitution de Versailles, n° 9, p. 10-11 et 15.

« ...La séance s'ouvrit à sept heures en présence et au milieu d'un concours nombreux de citoyens de tout âge et de tout sexe. Une foule immense occupait les rues adjacentes, la vaste salle du Jeu de Paume était pleine jusqu'à la voûte : tout présentait l'image de la journée du 20 juin 1789.

« La présence d'un des plus intéressans acteurs de cette sainte conjuration ajoutait encore à la majesté de la scène. M. Robespierre, comme il l'avait annoncé dans la* lettre que nous avons rapportée dans notre dernier numéro, se rendit ce jour-là à la société; non pas sans doute pour la convaincre de la pureté de ses motifs en acceptant la place d'accusateur public à Paris, de préférence à celle de juge au tribunal de Versailles, il ne devait pas être inquiet de l'opinion des amis de la constitution à son sujet ; il venait plutôt s'attendrir avec ses frères sur cette dure séparation, et se consoler avec eux, en vue du bien général, des sacrifices que la patrie commande impérieusement à ceux qui la servent. Il a traité d'une manière plus développée et plus étendue les raisons qu'il avait indiquées dans sa lettre : il a témoigné les regrets les plus sincères et les moins équivoques de quitter une ville où [en blanc dans le texte] fixer son séjour. Il a rappelle tous les liens qui l'y attachaient, et n'a point oublié l'époque célèbre dont les circonstances lui retraçaient le souvenir et l'image (1).

a C'est ainsi, disait-il, que nous étions pressés par cette foule de généreux citoyens qui excitaient notre courage et soutenaient notre fermeté. Les accens de son éloquence vive et touchante remuaient tout le coeur; mais, bientôt passant de l'attendrissement à l'enthousiasme, le salut de la patrie l'a emporté sur toutes les autres considérations, et l'assemblée a vivement applaudi celui qu'elle craignait si fort de perdre. Tout le monde a été convaincu que ce vertueux et intrépide défenseur des droits du peuple était le plus propre à remplir les nouvelles et importantes fonctions auxquelles il était appelle. En effet, quel

(1) Ilobcspierre avait dû, le 13 juin, après son élection au poste d'accusateur public près le tribunal criminel de Paris, donner sa démission de juge du tribunal du district de Versailles. (Cf. G. Michon, I, 110-113; et E. Hamel, I, 477).

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est l'homme (ce sont les expressions de M. Couturier) (2), quel est 1 homme qui oserait jetter la première pierre à ses concitoyens égarés ou coupables, si ce n'est l'homme vierge, l'homme incorruptible, qui ne s'est jamais écarté du sentier du patriotisme et de la vertu. »

« ...La séance a été levée, après neuf heures, au jeu de paume, et de suite les membres de la société, ayant M. Roberspierre au milieu d'eux, se sont rendus au lieu ordinaire de leurs séances. Pendant tout le trajet, des battemens de mains sans fin, des cris multipliés de vive Roberspierre, vive la nation, vive les amis de la constitution, donnaient à cette marche l'air d'un triomphe. Jamais accueil ne fut plus flatteur ni mieux mérité que celui que reçut M. Robespierre de tous les citoyens de Versailles. »

(2) Président de la Société.

307. — SEANCE PERMANENTE DU 21 JUIN 1791 (1) Sur la fuite du Roi

lrc intervention (21 juin au matin): Sur les mesures à prendre

Au début de la séance, le président annonce à l'Assemblée que m le roi et une partie de sa famille ont été enlevés cette nuit par les ennemis de la chose publique » (2). L'Assemblée donne aussitôt ordre à tous les fonctionnaires publics et à tous les représentants de la force armée, de prendre toutes les mesures nécessaires « pour arrêter ledit enlèvement ». Elle décide ensuite d'adresser une proclamation aux citoyens de Paris, pour les inviter à se tenir « prêts à agir, pour le maintien de l'ordre public et la défense de la patrie, suivant les ordres qui leur seront donnés d'après les décrets de l'Assemblée nationale ». La séance se poursuit dans la plus grande agitation; les motions se multiplient. Il est donné lecture de la Proclamation du iroi à tous les Français, à <sa sortie de Paris: Barnave demande qu'avant toute chose ce mémoire soit paraphé par Laporte, intendant de la liste civile, qui l'a remis sur le bureau de' l'Assemblée, et par le président. 11 propose en outre que les commandants des troupes .actuellement à Paris, soient mandé? à la barre, pour y prêter leur serment d'obéissance à l'Assemblée et y recevoir ses ordres. Robespierre intervient alors pour la première fois.

Journal des Etats Généraux ou Journal Logographique , t. XXVIII, p. 194.

«, M. Robespierre Je ne puis que m'étonner que dans de pareilles

circonstances, on ne propose que des mesures aussi insignifiantes et

(1) La nouvelle d'un prochain départ du roi circulait dans Paris depuis plusieurs jours. >(Cf. la lettre attribuée à Marie-Antoinette et publiée par l'Orateur du Peuple, n° 49).' Voir également a ce sujet Bûchez et Roux, X, 213; E. Hamel, I, 483; et Seligman, II. 24-26.

aussi illusoires, et qu'on n'offre à la nation, pour garant unique, qu'un nouveau serment après tant d'autres. Les autres mesures déjà prises par l'assemblée nationale me paraissent également foibles et insuffisantes; mais je crois en même tems que ce moment-ci n'est pas propice à préparer les hommes; qu'il faut connoître plus particulièrement les circonstances qui tiennent au grand événement qui nous occupe, avant de vous proposer d'autres mesures; et qu'il faut d'abord méditer profondément. Ce que l'assemblée nationale doit faire pour ne point tromper la nation, c'est d'avertir tous les bons citoyens de veiller sur les traîtres, et au salut de la chose publique » (3).

Le Point du Jour, t. XXIII, p. 332.

« M. Robespierre trouvoit étonnant que dans des circonstances aussi importantes, on ne proposât d'autres mesures qu'un serment. L'assemblée nationale, disoit-il, doit inviter tous les citoyens à veiller sur les traîtres. »

Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 174, p. 719.

« M. Robespierre. Je ne puis que m'étonner de ce que l'on propose des mesures aussi molles; je crois que celles déjà adoptées sont également faibles, mais il faut connaître plus particulièrement les circonstances, et en attendant, il faut veiller sur les traîtres et sur le salut de la chose publique » (4).

[Brève mention de cette intervention dans Le Creuset, t. II, n° 51, p. 487; Le Journal de la Noblesse, t. II, n° 26 B, p. 207; Le Journal de Rouen, n° 174, p. 840.]

2e intervention (21 juin au soir) :

La séance suspendue un moment, reprend à cinq heures du soir. Regnaud de Saint-Jean-d'Angély propose de donner une garde d'honneur aux ministres ou ambassadeurs étrangers résidant à P«aris, dont quelques-uns témoignent de l'inquiétude. Un député s'élève contre cette proposition que la tranquillité du peuple de Paris rend absolument inutile. Regnaud retire sa motion et demande que les ambassadeurs actuellement en France soient .avertis qu'ils peuvent continuer leurs relations avec le ministre des affaires étrangères. Il propose en second lieu que les ministres et ambassadeurs de France près les cours étrangères reçoivent l'ordre de continuer leurs travaux, leurs négociations et leurs correspondances, comme à l'ordinaire.

Mialgré les observations de Robespierre, l'Assemblée décréta ces deux propositions.

(•1) Sur l;i fuit!' du roi et son arrestation à Varennes, voir aux Aich. nat. clans la série D XXIX bis, les cartons «'55. 36, 37, 38.

('■',) Texte reproduit dans les Arch. pari., XXVII, 3b4.

(4) Texte reproduit dans le Moniteur, VIII, 7-23; et Bûchez et Roux, X, 275.

Journal des Etats Généraux ou Journal Logographique , t. XXVIII, p. 194.

« M. Robespierre. Il me semble que les mesures partielles, proposées par les deux préopinans, sont absolument étrangères à l'objet de votre délibération actuelle. Je ne vois pas pourquoi vous rendriez .in décret particulier et formel pour M. de Montmorin. Jusqu'à présent, vous n avez pas renvoyé les ministres actuels; vous avez même rendu un décret, ce matin,' qui semble confirmer les ministres dans leurs fonctions (5). Ainsi nul besoin d'un décret particulier, pour attirer sur lui, d'une manière spéciale, la confiance de la nation, et pour dire aux nations étrangères qui sont accoutumées à correspondre avec le ministre, qu'elles doivent particulièrement correspondre avec lui. Il est inutile de vous occuper actuellement, et de M. de Montmorin qui est dans la classe des autres ministres, et de ce qui peut concerne; bs ambassadeurs étrangers qu'aucun citoyen françois n'a voulu ni ne \ ut attaquer. Je demande donc que vous passiez à l'ordre du jour sur une telle motion (murmures), et que vous vous occupiez des mesures qu'exigent de vous les circonstances actuelles. (Murmures) » (6).

3e intervention (21 juin au soir) :

Fréteau demande qu'il soit dépêché des courriers aux puissances étrangères, peur leur témoigner que la nation française restera fidèle à ses traités. Démeunier, Robespierre, Charles Lameth s'élèvent -contre cette proposition.

Fréteau retira sa motion.

Journal général de France, 23 juin 1791, p. 699.

« M. Fréteau, qui bientôt a retiré sa motion, demandait qu'il fût expédié des Couriers extraordinaires à toutes les Cours pour leur assurer que la Nation Française resteroit toujours fidelle aux traités; mais M. Desmeuniers, M. Robertspierre et M. Charles Lameth se sont élevés contre sa proposition, n

« Ces idées [de M. Desmeuniers] ont été combattues par M. Robespierre; elles ont été soutenues par M. Charles Lameth, qui a caractérisé l'absence du roi, non pas un enlèvement, mais une fuite, une désertion, et qui la croit appuyée de quelque complot. M. Fréteau a retiré sa motion. »

(5) >Sur la proposition de Dandré, l'Assemblée avait autorisé les ministres à se réunir dans l'hôtel du Sceau de l'Etat, en vertu de l'article de la Constitution qui porte qu'en l'absence du roi, les ûunistres se réuniront en conseil et seront .autorisés à délibérer et à signer des proclamations et autres actes d'administration.

(6) Texte reproduit dans les Arch. pari., XXVII, 386.

4e Intervention (21 juin au soir)

Le président demande à l'Assemblée si elle autorise la lecture druue adresse de la, section de la Croix-Houge, qui proteste de son respect pour l'Assemblée et de son obéissance pour tous les décrets sanctionnés ou non (7). Thuault, député du tiers état de la sénéchaussée de Ploërmel, proteste et demande le renvoi de cette adresse au département. Robespierre insiste pour qu'elle soit lue à l'Assemblée.

L'Assemblée décida d'entendre la lecture de l'adresse de la section de la Croix^Rouge. Elle reprit ensuite son ordre du jour.

Journal des Etats Généraux ou Journal Logographique, t. XXVIII, p. 205.

« M Robespierre. Je demande que la section soit entendue.

Plusieurs voix. Non, non...

M. Robespierre. Lorsqu'il s'agit du salut public, le peuple seul peut y pourvoir (quelques applaudissemens).

M. Thuault. Le département est là, et c'est par lui que la section peut se faire entendre.

M. Robespierre. C'est parce que le département est là que je demande que la section soit entendue.

M. le Président. J'observe que la Section ne demande pas à être entendue. C'est un arrêté qu'elle a pris, et qu'elle envoyé à l'assemblée nationale, et duquel elle désire que l'assemblée prenne connoissance.

M. Robespierre. Il est indécent qu'un membre de cette assemblée refuse d'entendre une section, le peuple peut être trahi. (Murmures) » (8).

Le Point du Jour, t. XXIII, p. 337.

« M. Robespierre soutient que la Section doit être entendue, parce (que) lorsqu'il s'agit du salut public, le peuple seul doit y pourvoir. »

(7) L'Assemblée xavait, le matin même, ordonné « que les décrets rendus ou à rendre, non sanctionnés par le roi, à raison de son absence, auront néanmoins provisoirement force de loi dans toute l'étendue du royaume ».

(8) Texte reproduit dans les Arch. pari., XXVII, 389.

Société des Amis de la Conetitution

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