‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 57 sur 110 · SEANCE DU 13 JUILLET 1791 Sur l'inviolabilité royale · texte numérisé non relu

SEANCE DU 13 JUILLET 1791 Sur l'inviolabilité royale

La discussion s'engage sur la «question de l'inviolabilité de la personne du roi. Anthoine rend compte du rapport présenté le matin même à l'Assemblée nationale sur cette question, et qui concluait à 'la unise en accusation de Bouille, « ses fauteurs, complices et adhérents ». Legendre intervient dans le débat, puis Robespierre, Rosderer et Danton. A la fin de la séance, iSigaud (1) communique à la Société une lettre qu'il a rédigée au Palais Royal, au nom de 300 personnes, « pour voter des remerciements à Pétion et Robespierre, qui ont montré le plus grand courage dans la défense du peuple (2) »•

Journal de la Révolution, n° 337, p. 109.

(( M. Robespierre a d'abord fait quelques réflexions sur les moyens de ceux qui opinent aujourd'hui en faveur de Louis, c'est-à-dire sur leurs calomnies quand nous avons demandé, a-t-il dit, un ajournement, afin, soit d'examiner le rapport, soit de consulter la nation, on nous a répondu que nous étions des factieux qui cherchoient à détruire la monarchie. Tel est le langage qu'on a tenu dans tous les tems, lorsque nous nous sommes élevés contre l'insécurité de la liste civile contre quelques autres décrets désastreux : aujourd'hui, on crie que nous sommes des républicains, mot vague, qu'on peut appliquer de mille manières, et dont les vrais factieux abusent... La différence qu'il y a entre nos adversaires et nous, c'est que nous voulons un monarque et une nation libre, et des loix au-dessous. Les ministres doivent répondre de tout ce qu'ils font avec le roi, mais de ce qu'il fait seul, qui répondra ? Tous les crimes seront donc impunis... Celui qui n'est point soumis à la loi est le plus vil et le plus malheureux des hommes; il est exposé à la fureur du premier audacieux... Tarquin étoit inviolable aussi; mais i! se trouva un Brutus. Pourquoi le second des Brutus assassina-t-il César ? Voici comment les conjurés raisonnèrent : « II faut égorger César, parce

(1) « Fils du médecin que l'opération de la section de la symphisc a rendu célèbre » i( Journal des Débats..., n° 26, p. 3).

(2) « On vous menacera, a-t-i'l dit, des poignards, de la mort: ne craignez rien, leurs poignards ne pourront pénétrer jusqu'à vous qu'à travers le rempart de nos corps. Nos bras, nos coeurs, nos vies, tout est à vous. »> (Cf. Aulard, III, 14).

qu aucune loi ne peut l'atteindre; épargnons Antoine, son complice; les loix nous feront justice de ses crimes. »

Journal des Débats des 'Amis de la Constitution, n° 26, p. 2.

« M. Robespierre. L'opinion des amis de la liberté me paraît tellement fixée sur cette question que je me reprocherais de la traiter longuement après les éloquentes opinions qui ont été prononcées à cette tribune.

« Mais autour de cette opinion s'élève un nuage. Un des grands obstacles que l'assemblée nationale rencontre à l'aborder de front, est l'accusation générale de républicanisme.

« On m'a accusé, au sein de l'assemblée, d'être républicain (3), on m'a fait trop d'honneur, je ne le suis pas. Si on m'eût accusé d'être monarchiste, on m'eut déshonoré, je ne le suis pas non plus. J'observerai d'abord que pour beaucoup d'individus les mots de république et de monarchie sont entièrement vides de sens. Le mot république ne signifie aucune forme particulière de gouvernement, il appartient à tout gouvernement d'hommes libres, qui ont une patrie. Or, on peut être libre avec un monarque comme avec un sénat. Qu'est-ce que la constitution française actuelle, c'est une république avec un monarque. Elle n'est donc point monarchie ni république, elle est l'un et l'autre » (4).

(3) A la suite des débats occasionnés par la tfuite^ du roi, les attaques contre Robespierre redoublent. On l'accuse d'être l'un des chefs d'un prétendu parti républicain <cf. G. Walter, p. 613). Depuis plus de deux mois, les (Révolutions de Paris <n° 90, p. 613) s efforcent de démontrer les avantages d'une telle forme de 'gouvernement. Brissot avait contribué, fin juin 1791, avec Condorcet, Thomas Paine et Achille Duchastellet, au lancement du journal « Le Républicain ou le Défenseur du gouvernement représentatif d> qui compte quatre numéros (Cf. Tourneux, II, n° 10.682, p. 619). A ce sujet, Brissol fut violemment pris à partie par le royaliste Dusquesnoy dans son « Ami des Patriotes >, et lui répondit en ces termes : (Patriote François, n° 682, p. 691): «< Que dirai-je encore des liaisons que vous me prêtez avec M. Robespierre, et de cet infernal esprit que Vous nous .attribuez à tous deux, de ce parti auquel vous nous faite présider

« Je me suis toujours plu à rendre hommage au patriotisme inflexible de M. Robespierre, mais je ne partage pas toutes ses opinions ; mais je ne le vois point; plus d'un moi' s'est écoulé depuis le dernier moment où j'ai eu le plaisir" de l'entretenir. Des chefs de parti qui se coalisent, se voyent, je crois, un T>eu plus fréquemment. Quant à mon parti, il est dans la raison et la liberté, et c'est un bonheur pour la France, qu'il est nombreux. »

D'après A. Mathiez, Le Club des Cordeliers..., op. cit., Duchastellet serait un ami de Laifayette.

(4) C. Desmoulins adopte à ce point de Vue une position analogue à celle de Robespierre (Révolutions de France et de Brabant. n° 78): « Par république j'entens mn Etat libre avec un roi ou un Stathouder on un gouverneur général ou un empereur, le nom n'y fait rien » (Cf. E. Hamel, J, 497).

(M. Robespierre est entré dans la discussion du rapport, et a exposé des sentiments dignes de son patriotisme et relevés par l'éloquence qui lui est particulière) (5).

Journal de la Cour et de la Ville, n° 17, p. 133.

« M. Jourdain ne vouloit ni vers ni prose. Le philosophe Roberts... a dit vendredi dernier à la tribune des Jacobins (6), qu'il ne vouloit ni monarchie ni république. L'ignorance faisoit parler Jourdain; mais on peut regarder le discours du neveu de Damien, comme un de ces aveux précieux et maladroits qui échappent quelquefois aux scélérats malgré eux; car il est impossible de supposer que si M. Roberts... avoit eu le tems de la réflexion, il eût la gaucherie de se dévoiler, comme il l'a fait en convenant tout bonnement qu'il préfère l'anarchie à un gouvernement quelconque. »

(5) Texte reproduit dans Aulard, IÏÏ, 12.

<6) Il s'agit du mercredi 13 juillet. Le discours qu'il prononça aux Jacobins le 15, ne comporte pas une semblable profession de 'foi.

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