‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 59 sur 110 · SEANCE DU 16 JUILLET · texte numérisé non relu

SEANCE DU 16 JUILLET

Sur les menées contre-révolutionnaires

iLa pétition dont la rédaction avait été décidée la veille, est présentée, vers onze heures, à la iSociété qui avise de son projet la municipalité parisienne. Aussitôt, <c plus de 4.U00 citoyens assemblés au Champ de Mars commencent à y opposer leur signature » (2). Mais les membres du Club des Cordeliers ayant protesté contre un passage du texte (3), on décide de remettre au lendemain 17 la continuation des opérations.

À six heures du soir, la Société reprend s>es séances et l'un de ^as membres, Chépy fils, peut annoncer que tout s'est déroulé dans Tordre et le calme. Mais en même temps, il fait part de ses craintes et des bruits qui circulent. On s'efforce d'égarer le peuple et de rendre les Jacobins responsables des désordres qui pourraient se produire (4). Corroller (5) intervient dans le même sens, pui? Robespierre prend la parole.

Pour éviter les représailles que l'attitude de la Constituante laissait prévoir, la Société décida de retirer sa pétition.

(1) Rien dans Aulard (III, 24) à propos de cette séance. Il se borne à reproduire deux extraits de journaux concernant Ja signature de la pétition au Champ de Mars.

(2) Of. Mercure universel, t. V, p. 296. D'après le Babillard (n° du 18 juillet 1791), « le sieur Danton, monté sur l'un des angles de l'autel, a fait une lecture très animée; la foule qui s'est pressée autour de son vertueux tribun, ne nous a pas permis de l'entendre ».

(3) Il s'agit du passage dans lequel on engage l'Assemblée nationale à « pourvoir au remplacement de Louis XVI par tous les moyens constitutionnels ».

"(4) D'après A. Mathiez, Le Club des Cordeliers..., op. cit., p. 125, des délégués du Club, dont Momoro, se seraient rendus aux Jacobins dans la soirée du 16 pour obtenir la suppression de la phrase de l'adresse citée plus haut. Malgré 4 heures de discussion, ils n'auraient pas eu gain die cause, et le texte primitif maintenu aurait été envoyé à l'imprimeur Baudouin. 'Mais ce dernier refuse de le composer, et il est aussitôt porté au Cercle social qui s'en charge.

(5) Corroller du Moustoir, député du tiers état de la sénéchaussée de Hennebcwat.

Mercure universel, t. V, p. 297-309.

(( M Robespierre. Le moment du danger n'est pas celui de la pusillanimité : je ne m'arrête point aux calomnies répandues à dessein contre cette société; quand des hommes libres parlent, leurs œuvres et leur conscience suffisent ; mais quand on vous harcelle par des perfidies, devez- vous vous détourner de la route du bien public pour repousser de vaines accusations ? Messieurs, lorsqu'une infernale coalition de ces hommes à privilèges, de ces hommes qui ont juré de les recouvrer, lorsqu'ils ont droit au despotisme, lorsque l'on compte sur des espérances, sur des projets d'ambition, lorsque la majorité des représentans du peuple sont corrompus, gangrenés, il ne faut rien attendre d'eux pour le salut de la nation.

« Messieurs, lorsque les grandes assemblées veulent se prolonger au-delà du terme marqué par la nature, elles doivent comme les individus se ressentir de leur foiblesse : ce n'est pas que la majorité de vos représentans ne se soient jusqu'à ce moment refusés à la corruption, ce n'est pas que la plupart ne soient restés purs; mais à la suite de leurs travaux, la calomnie, les haines, les intrigues les ont détournés de leur but, les ont rendu l'objet, je ne dirai pas de l'indifférence, mais d'un sentiment moins estimable pour l'homme sage et le bon citoyen : cependant les représentans qui sont les vrais représentans du peuple des communes devroient se ressouvenir de leur caractère (applaudi). N'est-il pas vrai qu'ils devroient se respecter ? que des hommes qui ont passé les deux tiers de leur vie à cajoler les despotes, à ramper à leurs pieds ou devant ceux qu'ils avoient choisi pour leurs premiers esclaves, devroient compter un peu moins sur une sorte de succès qui s'éclipsera comme leurs intrigues ?

« N 'est-il pas vrai que l'ouvrage des factieux disparoîtra de la constitution comme l'ombre s'éclipse devant la lumière ? Vrais représentans du peuple, c'est à vous que je m'adresse; osez me dire- qu'il n'est pas certain que lorsqu'une grande nation a remis ses pouvoirs à une assemblée d'hommes, dont le plus grand nombre sont les ennemis de la majorité de cette même nation, et si cette assemblée est malheureusement conduite par les Comités, osez me dire qu'il n'est pas vrai que ce soit l'esprit de ces comités qui la dominent ?

« Eh bien, jettez les yeux sur ces Comités, et voyez si ceux qui les composent ne sont pas les députés des ci-devant ordres privilégiés. i^Applaudi) (6). Daignez donc considérer avec moi le précipice où l'on vous conduit !

(6) L'Assemblée constituante se composait des députés des trois ordres, en sorte que oaux du 'Clergé 'et de la noblesse en formaient la moitié. En outre, nombre da députés du Tiers avaient détenu des charges vénales et privilégiées. Il est vrai que les ci-devant privilégiés figuraient dans les comités, mais non pas exclusivement.

« Ce n'est pas pour vous diviser que je propose cet examen : mais considérez si la majeure partie de ces nommes qui vous gouvernent, n'a pas été mue plutôt par son intérêt personnel que par l'intérêt du peuple ?

« Si, dans le tems, ils eurent l'air de se prêter à un nouvel ordre de choses, c'est qu'ils espéroient se perpétuer dans de nouveaux avantages. Des hommes ambitieux, élevés pour la plupart dans les cours, attendoient de réunir dans leurs mains le ministère et les pouvoirs du peuple : des décrets de l'assemblée nationale leur enlevèrent tout espoir; dès ce moment, ils changèrent de patriotisme; ils se dirigèrent dans une autre route (7).

« Quelque tems après, le roi partit et les voilà qui furent aux nues; alors ils concentrèrent les pouvoirs dans leurs mains, alors ils suspendirent les élections; ensuite ils ont prononcé des décrets inconstitutionnels; tel est l'état où ils nous réduisent (8).

« Quand je considère que la fuite du roi était sue de l'étranger, que parmi nous plusieurs membres le sa voient, je ne puis me persuader que de grands desseins, que de prétendues transactions, qu'un lâche et vil agiotage des droits, de la propriété des peuples, n'aient pas existé ! Je dis que, contre leur attente, l'individu royal étant arrêté, les mêmes vues se perpétuent encore, et ces vues ne peuvent être que la coalition des privilégiés de l'aristocratie qui se reproduit sous de nouvelles formes, et cette coalition se fait avec les membres mêmes connus du côté droit, cette coalition... (9).

« M. Corroler. Mon cher collègue, écoutez-moi, si les moyens de conciliation peuvent sauver la chose publique, sans compromettre la dignité de l'assemblée (violens murmures). M. Corroler sort brusquement.

« M. Roberspierre. Je dis que je suis allarmé de la guerre civile, de toutes les causes qu'elle nous présente; je dis que mépriser, écarter la calomnie, montrer par tous les moyens la vérité, ce sont les points où il faut nous attacher pour prévenir tous les troubles.

« La cause des troubles, c'est la lutte des amis de la liberté contre quelques individus qui ne sont pas représentans du peuple, qui se coalisent pour s'opposer par la force, par la violence, à des vues de justice pour remettre la Nation sous le joug de l'esclavage; la cause des troubles est d'appliquer aux plus fiers défenseurs de la patrie les mots de factieux, de séditieux; la cause des troubles, c'est d'un côté l'énergie des vrais citoyens, de l'autre, l'intrigue, la scélératesse des hommes

(7) Il vise le triumvirat qui voulait le ministère et soutenait le principe de La réélection des députés.

(8) 'Suspension des élections: 24 juin 1791. Les « débat? inconstitutionnels '» peuvent être ceux qui innocentèrent le roi.

(9) Il vis'8, et ne cessera plus de viser,, le projet de ramener les cointre-révolutionnaires à la conciliation en révisant l'œuvre de ia Révolution.

faux et perfides qui veulent soumettre le peuple pour régner, si ce n'est en apparence, c'est du moins en réalité; et je leur dis, à ces hommes qui veulent mettre la Patrie aux fers, à ces hommes qui entourent le sanctuaire de la nation de milliers de bayonnettes parce qu'ils redoutent les haines équitables du peuple, je leur dis: Soyez justes, soyez vrais, et vous n'aurez pas besoin de vous environner de tous les appareils du despotisme.

« Quand je vois leurs tribunes fermées, désertes, pour se dérober à l'opinion publique, à la juste indignation des citoyens, quand je vois le temple de la législature environné de cet appareil formidable de guerre, pour se préserver, dit-on, des factieux que soi-même on soudoit pour se préserver des troubles que soi-même on fait naître, à cette abominable conduite je m'indigne et m'écrie : Ecartez, écartez de vos tribunes, et sur-tout de vos comités, les citoyens qui vous surveillent : s'ils la voyaient cette conduite vous leur feriez horreur. Vous vous entourez d'armes et de bayonnettes; sommes-nous donc dans ces jours d'alarmes où le despotisme mettrait nos jours en danger ? Craignez- vous les troubles du Champ de Mars ? Ne les connoissez-vous pas mieux que nous ? Mais la calomnie est aujourd'hui le grand moyen, l'édifiant mobile de la révolution; par la calomnie, on soulève la garde nationale, on fait arriver des émeutes, on se venge de ceux dont on croit avoir à se venger.

« Ce matin, Messieurs, le croiriez- vous, un député qui sait fort bien ce qui se passe à l'assemblée nationale, a fait imprimer une pétition supposée et qui vous est attribuée, avec une prétendue réponse du président, qu'il sait très bien être fausse : cette pétition est conçue en des termes odieux pour inspirer le soulèvement, pour inviter le peup'e et toutes vos sociétés affiliées à s'élever contre vous; et ces actes de bassesse, dont des laquais rougiroient, ce sont des législateurs qui les commettent, et ils supposent de prétendus étrangers qui sèment des troubles, et l'on paie des gens pour répandre à de certaines heures du jour des bruits que l'on croit nécessaires! (10).

« Mais, Messieurs, c'est ici, au milieu de vous, que réside l'étendart de la liberté; il est au milieu de ses plus fermes appuis, et rien ne pourra l'en arracher.

« Le croiriez-vous, comme tous les bons citoyens qui, dans cette cause, ont montré quelqu'énergie, j'ai été dénoncé au comité des recherches (11) et l'on me veut rendre responsable des faits que l'on sait bien ne me pas concerner : on m'accuse d'avoir défendu des citoyens insultés :

(10) Sans doute allusion à 1' « Adresse à l'Assemblée nationale désavouant la pétition publiée par les journaux comme émanant de la (Société ». 18 juillet 1791 (B.N. iLb40 620). Ce texte est signalé par Tou mieux, II, u° 9178.

(11) Nous n'avon-s pas trouvé traoe de cette dénonciation, mais « Ilobertspierre est regardé comme l'âme des projets tendant à

mais peu m'importe que ce soit mes persécuteurs qui veullent me juger, si en effet, ils doivent être les maîtres des peuples, que m'importe quel sera mon sort ! Ce ne sera pas comme les Brutus, les Catons que je périrai, ce ne sera pas pour sauver la liberté expirante, non; ce sera pour le salut d'un peuple sensible et généreux (très-applaudi) » (12). Journal général du Pas-de-Calais, 1791, n° 8, p. 95.

« Le 16, on rédigea la pétition, et il est décidé qu'elle sera signée sur l'autel de la patrie : le choix du local étoit une imprudence, paice que ce rassemblement pouvoit donner lieu à des troubles. Le soir, M. Robespierre, au lieu de remplir son poste de représentant à l'assemblée nationale, vint aux jacobins dénoncer ses collègues, comme corrompus, gangrenés, et les lâches esclaves des sept comités qu'il osa représenter, contre la vérité, comme composés principalement des députés des ci-devant ordres privilégiés : il prétendit même que la majorité des patriotes s'étoit coalisée avec le côté droit, quoique ce côté là n'ait voulu prendre aucune part à ce décret, le regardant comme attentatoire à la prérogative royale, à cause de l'amendement de M. Salle. Ce fut alors que M. Coroller, indigné de cette attaque, abandonna les jacobins; mais M. Robespierre, bien loin d'être étonné de la fermentation qui se manifestoit, parla en faveur des rassemblemens au champ-de-mars; il prétendit qu'on en vouloit à sa vie, mais qu'il périroit pour le salut du peuple, quoiqu'il n'y ait assurément aucun parti qui ait intérêt à se défaire de M. Robespierre, et que sa conduite ne puisse qu'être infiniement utile à la cause des aristocrates et des royalistes. » La Bouche de Fer, n° 96, p. 6.

« Nous ne parlerons donc ici que du vertueux Robespierre, qui a peint avec tant d'énergie la conspiration des comités, tous composés de ci-devant privilégiés. »

« Nous allions peindre le vertueux Robespierre à la tribune des Jacobins, qui a montré la perte inévitable de la patrie, si l'on ne détruit à l'instant, par une nouvelle législature, les conjurations des ci-devants nobles et prêtres, qui viennent de se coaliser dans les comités de l'assemblée nationale, mais les persécutions qu'on fait éprouver à toutes les sociétés patriotiques nous forcent d'insérer à l'instant la lettre suivante. »

« Voilà un honnête homme !

mettre le trouble et la division » (Lettre de Maupetit du 18 juillet 1791, oubliée dans le Bulletin de la Comuns--sion historique de la Mayenne, t. XXII, p. 482). Cf. également A. Mathiez. Le Club des Cordeliers..., op. cit.

(12) Texte reproduit par G. Walter, Histoire des Jacobins, p. 201-205.

<( Demandons une autre législature, mais obéissons à la loi, disoit Robespierre à la tribune, le 16 vers les 7 heures du soir. J'obéirai à la loi, mais je vous dois la vérité — terrible ! et il fit un tableau précis et épouvantable de la conduite actuelle des anciennes classes privilégiées, coalisées dans les comités de l'assemblée nationale. — « Lisez leurs noms sur la liste qui compose ces comités ». Il a fait voir qu'ils avoient déjà commencé des atrocités qui annonçoient des atrocités nouvelles.

« Adressons-nous à nos frères, aux gardes nationales qu'on pourroit égarer, ne permettons pas que l'on sème la division entre les citoyens,

— c'est là où ils tendent. — Je sais tout ce qu'ils me préparent, a-t-il ajouté, d'une voix attendrie, mais je tiendrai ferme, toujours inébranlable sur les principes. Il a répété vingt fois en faisant l'énumération de tous les attentats préparés contre sa personne. Je verrai sans m'élvnner.

— Cela, cela, encore — tous leurs crimes. On croyoit entendre l'infortuné Rowley, dire à ses bourreaux : — Frappez quand vous voudrez, et de quelle manière vous voudrez, quand le cœur est droit qu'importe où va la tête.

« Quelle différence, a-t-il dit, entre nos devoirs et ceux des premiers citoyens de Rome et de la Grèce. Il s'agit ici de la liberté de toutes les nations, c'est la cause de l'humanité toute entière, c'est le triomphe de la vérité persécutée depuis des milliers de siècles. Encore un peu de courage et tout sera consommé. Les députés des communes se rappelleront la sainteté de leur mission ! Les peuples rentreront dans leurs droits imprescriptibles, les tyrans seront confondus, leurs infâmes calomnies n'auront que des succès passagers. Nous avons la vérité et la justice. Nous serons invincibles. Mais détruisons la coalition perfide de ces anciens despotes héréditaires qui foulent sous leurs pieds l'espèce humaine avilie et dégradée » (13).

(13) Cité par E. Hamel, I, 511.

Société* des Amis de la Constitution 3Z3. — SEANCE DU 17 JUILLET 1791 Sur les événements du Champ de Mars (1)

1 " intervention :

Dès l'ouverture <le la séance, le 17 juillet, les membre, de la Société qui. vers midi, distribuais L au .Champ de Mars des avis conformas à la décision prise, la veille au 901T, aux Jacobins, et

(1) Cf. à ce sujet les « Révolutions de Paris », n° 106; la « Gazette nationale ou le Moniteur universel », et aux Areh. nat. lïXXIX bis, 31, dossier 325, p. 49: Lettre du comité des recherches

invitant les citoyens réunis devant l'Autel de la patrie à se retirer, la signature de la pétition étant arrêtée, rendent compte de leur mission. Les députés, dont Rcederer et Robespierre, pénètrent alors dans la salle des -séances, et ce dernier prend la parole

Journal des Débats de la Société des Amis de la Constitution, n° 28. Mercure universel, t. V, p. 327.

<( M. Robespierre. Des bruits extraordinaires ont été répandus, dont il est difficile de démêler la vérité et la cause. Je fais la motion expresse de nommer à l'instant des commissaires qui s'informent de ce qui se passe à Paris dans ce moment, et viennent nous en rendre compte.

« Quant aux effets de la calomnie acharnée plus que jamais contre cette société, j'ai des moyens simples à vous proposer pour la repousser et rétablir la paix. J'ai en outre à vous dire des choses trop intéressantes pour ne pas attendre pour vous en faire part que l'assemblée soit plus nombreuse » (2).

2e intervention

La séance de la Société se poursuit, marquée en particulier par un discours de Pétion. La Société 'ordonne l'impression et l'envoi aux Sociétés affiliées, d'un arrêté par lequel elle déclare que «es membres jurent de nouveau de maintenir la (Constitution de tout leur pouvoir, et d'être, ainsi qu'ils l'ont toujours été, soumis aux décrets de l' Assemblée nationale (3). Plusieurs membres de la Société interviennent encore sur les événements de la journée, en particulier Robespierre.

aux administrateurs de la Commune de Paris (27 juillet 1791). Cf. également E. Hamel. I, 512 ; et A. Mathiez, (Le Club des Cordeliers..., op. cit., p. 130 à 135. Il apparaît que l'on avait adroitement attiré l'attention sur Robespierre, ainsi que le souligne avec un malin plaisir le '■'. Journal général du Pas-de-Calais » (n° 8, p. 95) : « Le lendemain dimanche, dès le matin, l'affluence fut plus grande au Champ de Mars. Le premier exploit de ceux qui s'y rendirent fut l'assassinat des deux malheureux invalides, sous le prétexte absurde qu'ils vouloient faire sauter l'autel de la patrie.^ Le rassemblement fut encore plus considérable sur le soir. La pétition se signoit toujours sur l'autel; on la faisoit .signer à tout oe qui se présentait, hommes, femmes et même à des enfans de douze à treize ans. Il y avoit un tableau avec cette inscription, « à celui qui a bien mérité de la patrie », au-dessous le nom de M. Robespierre. Son buste même étoit porté en triomphe dans quelques endroits de la capitale. »

Mais Robespierre flétrit dans son « Adresse aux Français » (p. 28) <( cette viole.nce criminelle ».

(2) Cf. Aulard, III, 25.

(3) Aulard (III, 29) reproduit le texte de cet arrêté, qui a été publié dans les « Annales patriotiques et littéraires » (21 juillet 1791), la « Chronique de Paris » {21 juillet 1791), le ce Patriote François <» (22 juillet 1791).

Mercure universel, t. V, p. 361 (4).

« M. Robespierre. Je suis effrayé des maux qu'on nous prépaie : on veut se perpétuer, on veut régner : depuis deux ans, vous voyez les ambitieux sacrifier tout à leurs vues. Le peuple conservoit une sorte d'énergie; il falloit déployer un moyen qui le soumît, afin de l'empêcher de rester dans cette attitude fière qui effraye ses oppresseurs. Ce peuple croyoit avoir le droit de présenter une pétition à ses représentai : eh bien, on a fait couler son sang sur l'autel de la patrie : on a choisi des foules de stipendiés, des bouches mercenaires, qui de tous côtés répandoient la calomnie. Déjà toutes les batteries sont dirigées, déjà ceux qui avoient proposé des mesures de justice sont dénoncés de toutes parts comme de mauvais citoyens; moi, je ne puis paroître dans l'assemblée nationale; on m'y attribue toutes les horreurs que l'on commet ou que l'on invente (5). A l'instant encore, aux Champs Elysées,

(4) Aulard (III, 30) ne cite que le passage suivant du u Journal des Débats de la Société »> : « MM. iRoyer, éivêque constitutionnel, et Robespierre occupant la tribune et versent dans le sein de la Société lès chagrins que leur inspirent ces malheureux événements, et les maux dont ils craignent qu'ils ne soient les précurseurs ».

(5) A partir de cette époque, Robespierre, mis dangereusement eu vedette, fut violemment attaqué dans les milieux contre révolutionnaires. Dès. le 26 juin, la Société des Amis de la Constitution souhaitait qu'il fût choisi comme gouverneur du Dauphin, en même temps que Pétion (Cf. Journal des Débâts de la Société, n° 17; l'Ami des Patriotes, t. III, n° 33, p. 26; l'Ami du Peuple, t. IX, ii° 510). Il faut remarquer à ce propos qu'il ne figura pas sur la liste des candidats dressée le 2 juillet par la Constituante pour remplir ces fonctions. D'autre part, le bruit courait que Robespierre serait nommé dictateur et une perquisition effectuée au domicile de Fréron, après le 17 juillet, aurait permis de découvrir une note dans ce sens <Cf G. Walter, p. 176). Le Babillard (26 juillet 1791) signale même que Robespierre aurait été demandé « pour roi par la nation souveraine assemblée au Champ de Mars (cf. Mémoires de Ferrières, H, 465; cit. par E. Hamel, I, 509, note 2). Selon l'Ami du Roi (18 juillet 1791, p. 2), il aurait été désigné pour la régence: « Ce n'est pas une plaisanterie imaginée pour le couvrir de ridicule; c'est un fait qu'on donne comme incontestable, et qui, au reste, ne m'étonne que médiocrement ». Même écho dans la Rocambole (ai0 9, p. 157) qui ajoute (p. 167) : « (Les Jacobites Robespierites, Péthionnites, Antonnistes, Rœderistes et consorts étoient seuls les moteurs de l'insurrection ; leur projet étoit de dissoudre l'Assemblée nationale, d'investir le Club des Cordeliers du pouvoir législatif... d'ériger la France en république, dont le digne neveu du régicide Damiens de voit être le Doge ».

IL' Argus patriote, rédigé par le royaliste Théveneau de Morande, résume toutes ces attaques en ces termes <n° 13, p. 335) : « On parlait aussi de choisir des Tribuns du Peuple, et parmi les absurdités qui étaient à l'ordre du jour, on a entendu proférer le nom de Robespierre par des malheureux qui le demandaient les uns pour Maire, les autres pour Gouverneur de M. le Dauphin, les autres pour Roi. Cotte mauvaise plaisanterie a été, dit-on, prise très sérièu-

ftom* nu,»' TA

on publioit sous mon nom un discours séditieux dont il n'est jamais sorti un mot de ma bouche (6), on veut lier les événemens d'aujourd'hui à des faits qui vous regardent, on veut vous les attribuer et vous charger de toutes ces abominations; on Irémiroit si je rapporto'.s toutes les expressions qu'un membre de l'assemblée nationale qui jouit d'une certaine réputation de patriotisme proféroit dernièrement sur cette assemblée; si je disois... (7).

« Nous tairons la suite de cette séance. Elle fut levée à onze heures et demie, les portes étant entourées de bayonnettes » (8).

sèment par M. Robespierre, qui a modestement répondu aux personnes qui lui décernaient la couronne, qu'il n'en était pas digne ! Cette réponse est juste, et elle fait d'autant plus d'honneur à M. Robespierre, que le bruit s'était répandu quelques jours auparavant, qu'en parlant aux Jacobins sur l'inviolabilité, et voulant en faire sentir lés dangers, il ne trouva pas d'argument plus fort que celui-ci: César, Messieurs, ne fut poignardé que parce qu'on l'avait déclaré inviolable ».

(6) Cf. ci-dessus, Dernier discours de Robespierre sur la fuite du Roi (n° 318).

(7) Texte reproduit par G. Walter, Histoire des Jacobins, p 206-207.

(8) En passant devant le Club, la Garde nationale manifeste violemment son hostilité contre les Jacobins. Robespierre aurait alors accepté l'hospitalité que .lui offrait, pour la nuit, le menuisier Duplay qui habitait près de là, rue Saint-Honoré. (Cf. E. Hamel. I, 514 ; et G. Walter, p. 180). A. Mathiez place au milieu du mois d'août 1791 l'installation de Robespierre chez Duplay (Ann. révol., 1910,

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