‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 60 sur 110 · SEANCE DU 18 JUILLET · texte numérisé non relu

SEANCE DU 18 JUILLET

Sur la conduite des Jacobins

Les débats sur l'inviolabilité royale et les événements du Champ de. Mars avaient rendu définitive la scission qui menaçait la Société des Amis de la Constitution. [Le nouveau club qui groupait les modérés siégeant dans l'église de l'ancien couvent des Feuillants, est désormais désigné sous ce nom (1).

(1) Cf. G. Micho'U, Essai sur l'histoire du parti feuillant: Adrien Duport-, Paris:. 192-1, E. Hamel, I, 522, et G. Walter, p. < 182. La lettre de Périsse du Lue à Wuillermoz que nous reproduisons ci-

Le 18, à l'ouverture de la séance des Jacobins, divers membre* proposent de s'occuper de la conduite à tenir vis-à-vis des membres de l'Assemblée nationale qui ont quitté la Société. %Feydel faisant •observer que ces membres sont Les fondateurs de la Société, propose que le local et la correspondance qui sont leur propriété leur .-oient remis. Laclos appuie cette motion, à moins que l'on ne trouve un moyen d'opérer la réunion (2). Après diverses interventions, Feydel

dessous (Bibl. Lyon, ms, Ô430, n° 38) nous paraît éclairer l'état d'esprit des députés modérés:

« A Paris, le 17 juillet 1791 à cinq heures du soir.

« Je profite, très cher ami, d'un instant que me donne le pro chain départ d'un courrier extraordinaire, pour vous dire que nous sommes depuis trois jours dans des convulsions factieuses suscitées par les intrigans qui se sont mis à la tête de quelques clubs et qui sont les plus .grands ennemis de ;la (Constitution. Le Club des Jacobins dont vous avez déjà apperçu la corruption, pendant votre séjour ici, et qui depuis a fait des progrès en anarchie sous la conduite du Sr. Laclos et autres de sa séquelle, délibérant avant-hier soir et fit serment de ne jamais reconnaître Louis XVI pour Roi... Les patriotes de l'assemblée révoltés des excès auxquels ce Club s'est porté, de ses diatribes contre l'Assemblée Nationale dont les folliculaires Brissot et autres ne vous donnent qu'un léger échantillon, et enfin de leur rébellion à la loi prononcée sur l'évasion du Roi, ont décidé que les membres de l'Assemblée Nationale qui sont fondateurs de la Société des Amis de la Constitution et qui l'ont toujours présidée, tiendront désormais leurs séances aux Feuillants, et n'auront rien de commun avec la Société se disant des Amis de la Constitution séante aux Jacobins ; ils ont arrêté de communiquer cette détermination aux clubs patriotiques du Royaume. Les factieux seront vaincus comme les aristocrates, et il y a grande apparence que leurs chefs, qui seuls ont ,1e secret, sont tacitement d'accord. Il y a 'ongtemps que l'écrivis à mon frère que les anarchistes, la plupart soudoyés, et oient plus dangereux que les contre-révolutionnaires, parce qu'ils montrent le masque du patriotisme et l' appas de la licence qu'ils appellent Liberté... Il y a bien de la noirceur dans tout cela, mon ami, que les bons citoyens s'unissent à l'assemblée, et encore un peu, nous jouirons de la Constitution; mais ils ne manqueront pas de faire des efforts pour enflammer les provinces sous les apparences des défenseurs de la Liberté. Ils n'ont pas six partisans dans l'assemblée, et encore n'osent-ils se montrer, et Robespierre, l'atrabiliaire, et le diffus Péthion excepté, les autres sont des imbéciles et des sots. Adieu, on me demande ma lettre... » Voir également sur cette question Aulard III, 33-35.

(2) Un certain nombre de membres de la Société souhaitent aboutir à une entente. Brissot, entre autres, écrit dans son Patriote François <n° 710, p. 84) : « Que les patriotes dans tous les partis cessent donc de s'accuser réciproquement d'être les auteurs de cette affreuse catastrophe. Comment a-t-on eu l'audace de soupçonner jusqu'à la vertu la plus pure? Comment a-t-on eu l'audace de soupçonner et de faire circuler que MM. Buzot, Pétion, Robespierre étoient à la tête de ce soulèvement? Comment a-t-on cherché à soulever contr-eux, et les gardes nationales, et le peuple? Sommesnous donc déjà arrivés aux temps malheureux de la démagogie, où l'on faisoit boire la ciguë aux Socrate et aux Phociens (sic) ? . C'est cet esprit de conciliation qui apparaît dans l' Adresse aux

et Laclos renouvellent leurs motions et proposent qu'une députaMor soit envoyée à l'assemblée des Feuillants. .Robespierre intervient alors (3).

Il fut décidé que l'adresse rédigée par Robespierre et adoptée à l'unanimité, après avoir été présentée au président de l'Assemb'ée nationale, serait imprimée et envoyée aux Sociétés affiliées.

Sociétés affiliées qu'il a composée et dont la rédaction fut approuvée le 17 juillet a la fin de la séance. On en trouvera le texte dans Aulard, III, 31. Il n'apparaît donc pas, ainsi que le suppose Michelet (Histoire de la Révolution française, III, 167) que Brissot l'ait publiée pour la discréditer.

(3) -Son attitude est celle de tous les journalistes « patriotes ». Marat écrit dans l'Ami du peuple (n° 527, p. 4) : « La retraite des conspirateurs qui vous engueusent et qui vous ruinent est aux Feuillants; c'est-là le club des Monarchiens, qui vous préparent des fers, lorsque les Péthion, les Robespierre restent attachés aux patriotes dans la société fraternelle des Jacobins. Les frelons ont abandonné la ruche des abeilles ; ce seroit un bien, si vous étiez capables de les surveiller; mais n'oubliez pas qu'ils ont encore des mouchards, des espions dans nos sociétés, qui parlent divinement du patriotisme, qu'ils servent si mal ». De même on lit dans les Révolutions de Paris (n° 106, p. 130, note I) : « Il est inutile de dire que la société des amis de la constitution tient ses séances aux Jacobins : celle qui siège aux Feuillans est la société des amis de la contre-révolution; Barnave, Duport en sont: Robespierre, Péthion, Buzot et quelques autres n'ont pas quitté les Jacobins. On sait aujourd'hui que c'est le ministre de Lessart qui a envoyé et payé les courriers extraordinaires, porteurs des lettres circulaires des Feuillans aux 83 départemens ». Enfin Ç. Desmoulins écrit dans les Révolutions de France et de Brabant (t. VII, n° 86, p. 27-28) : « L'Assemblée nationale se retire an club aux feuillans, et fait .scission avec les jacobins, afin de leur enlever leur correspondance. Mais Péthion et Robespierre, et le petit nombre des représentans qui sont demeurés fidèles à la nation, restent aux jacobins; et rassemblée nationale est toute où est Péthion et Robespierre. Le reste n'est qu'un amas de nobles, de prêtres, d'intrigans, de ministériels, de contre-révolutionnaires ou dimbéciles; c'est l'assemblée anti-nationale. Je ne conçois pas comment Robespierre, Buzot, Péthion, Rœderer, Prieur, Grégoire, Royer •et une demi-douzaine d'autres, ne donnent pas leur démission, et ne se retirent pas du milieu, non de ce sénat, mais de ce sabat des conjurés contre le peuple, où le bien est impossible à faire. Mais peut-être que les autres craignant .les suites de la retraite de ce petit nombre de justes, chercheraient à les retenir au milieu d'eux, et à plâtrer, par quelques bons décrets, leurs desseins ambitieux et nationicides. Quant à moi, je ne me laisserai point prendre à ces •apparences et je n'attendrai plus à l'autel de la patrie la troisième proclamation de la loi martiale, et la première décharge à poudre, peur racheter le droit de crier dans le désert, de défendre la déclaration des droits, et de montrer les sept rayons primitifs, à un peuple de quinze-vingt. Il me faudroit m'avilir comme mes malheureux •confrères, jusqu'à livrer La Fayette et ces compagnons de tyrannie. Il faudroit pallier la vérité. Mentiri nescio, je ne saurois descendre à cette lâche dissimulation à laquelle les écrivains patriotes sont aujourd'hui contraints devant les sapeurs à u;ros ventre, et les naiub de six pieds, à igros bonnet. »

Journal des Débats de la Société des Amis de la Constitution, n° 29 (4). Mercure universel, t. V, p. 379 (5).

« M. Robespierre. Je ne viens pas, messieurs, m 'opposer à la mesure proposée par les préopinans d'envoyer une dépuration à l'assemblée des Feuillans, si toutefois la société croit devoir l'adopter. Je viens vous soumettre une proposition, elle tend à vous faire adopter le moyen le plus propre à ramener dans cette société les membres de l'assemblée nationale qui sont vraiment patriotes, elle consiste à présenter à l'assemblée nationale une adresse dans laquelle, consacrant les principes qui vous ont toujours animés, vous vous mettiez par là à l'abri des calomnies qui s'attachent à vous dans ce moment. Le grand reproche qu'on fait à cette société est, dit-on, d'avoir proposé une pétition contraire à des décrets rendus; eh bien, messieurs, il me semble que de montrer que vendredi, cette pétition n'était pas contraire aux décrets rendus, démontrer que depuis elle n'a eu aucune suite puisque cette pétition n'a pas eu lieu, est, je crois, le moyen le plus propre à désarmer cette calomnie.

« M. Robespierre fait ensuite lecture de l'adresse qu'il a rédigée dans cette intention et qui, après de légers changemens dans la rédaction est adoptée à l'unanimité » (6).

(4) Texte reproduit dans Aulard, III, 36.

(5) Ce dernier texte comporte quelques variantes de détails par rapport au précédent.

(6) On trouvera cette adresse dans le Courrier de Corsas, n° 26, p. 418-422. et le Mercure Universel, V, 389. Elle est reproduite dans Aulard, III, 38-42.

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