SEANCE DU 22 AOUT
Sur la liberté de la presse
Le matin même, à V Assemblée nationale, Robespierre était intervenu sur le projet de décret concernant la répression des délits commis par la voie de presse, en particulier sur l'art. 1 (1). A la séance de la -Société, Rœderer présente quelques observations sur le texte de l'article qui fut a-dopté (2). Anthoine parle sur le même sujet. Robespierre appuie les observations de Rœderer.
(1) Cf. E. Hamel, I, 540.
(2) Cf. ci-dessus, séance précédente.
Journal des Débats de la Société des Amis de la Constitution, n°47, p. 2. Mercure universel, t. VI, p. 426.
« M. Robespierre. J'attache peu d'importance au mot outrage ou avilissement. Il est plus intéressant de s'occuper de l'article qui concerne les calomnies contre les fonctionnaires publics. Je pense bien que les calomniateurs doivent être poursuivis en justice : cependant je crois que les fonctionnaires doivent être soumis à la censure de l'opinion publique qui doit toujours être parfaitement libre. Si le magistrat avait le droit de poursuivre tous ses calomniateurs, l'écrivain patriote qui chercherait à faire observer la conduite du magistrat, serait obligé de lutter inégalement avec le magistrat, toutes les fois qu'il parlerait de lui. Le fonctionnaire public qui sera accusé à tort, saura, par l'exposé de sa conduite irréprochable, faire sortir sa vertu brillante d'un plus bel éclat. Les blessures de la calomnie ne sont dangereuses que sous le despotisme : l'homme vertueux, qui s'est dévoué pour la patrie, est calomnié; mais aussi la liberté de la presse reste entière, et sans elle point de liberté. »
« M. Royer, évêque de l'Ain, appuie les réflexions de M. Robes pierre sur les calomnies dirigées contre les fonctionnaires publics, et cite les apôtres et St. François de Sales », les premiers, dit-il, auxquels l' homme-Dieu déclara qu'ils seraient en but à toutes les calomnies, et l'autre qui fut calomnié toute sa vie malgré sa conduite irréprochable » (3).
(3) Aulard (III, 97), de même que Bûchez et iRoux {XI, 476) donne un bref résumé de cette intervention : « M. Robespierre appuie les observations de M. Rœderer »;.