SÉANCE DU 5 AOUT 1793 Contre Jacques Roux et Leclerc
Revenant sur la proposition de Danton à la Convention, le 1" août, d'ériger le Comité de salut public en gouvernement provisoire (1), Vincent, secrétaire général du ministère de la Guerre, la considère « comme attentatoire à la souveraineté du peuple, comme émanée de conspirateurs » (2). La vivacité de ces attaques amena une riposte immédiate de Robespierre. Délaissant Vincent dont il sait la forte position au ministère de la Guerre, mais l'audience bien moindre auprès des sans-culottes, Robespierre attaque Jacques Roux et Leclerc, adversaires plus redoutables par le rayonnement de leurs journaux dans les sections et dont les attaques systématiques contre la politique gouvernementale risquaient d'entraîner la sans-culotterie.
Leclerc répliqua le 8 août, dans son Ami du peuple, en dénonçant le « système de calomnie dirigé contre les vrais amis de la liberté » ; les hommes nouveaux ne paraissent trop exaltés que « parce que les vieux s'usent ». Dans son numéro suivant, il mettait Robespierre au défi de prouver ses accusations. Quant à Jacques Roux, il ne daigna pas répondre et poursuivit avec une vigueur accrue sa campagne contre les agioteurs et les accapareurs (3).
Journal des Jacobins, n° 465, p. 1-2 (4); Journal de la Montagne, t. I, n9 67 (texte très proche).
« Robespierre dit que des hommes nouveaux, des patriotes d'un jour veulent perdre dans le peuple ses plus anciens amis.
Il cite pour exemple Danton, qu'on calomnie; Danton, sur lequel personne n'a le droit d'élever le plus léger reproche; Danton, qu'on ne discréditera qu'après avoir prouvé qu'on a plus d'énergie, de talens ou d'amour de la patrie. Je ne prétends pas ici m'identifier avec lui pour nous faire valoir tous deux, je le cite seulement comme exemple.
Deux hommes salariés par les ennemis du peuple, deux hommes que Marat dénonça, ont succédé, ou cru succéder à cet écrivain patriote. C'est par leurs moyens que les ennemis de l'État se sont persuadés qu'ils nous entameraient encore; l'acharnement avec lequel ils distillent le venin de leur calomnie, au moment oii les fédérés nous arrivent de toutes parts, d'autres rapprochemens que l'on pourrait faire encore, démontrent leur complicité.
Il faut vous les nommer; le premier est un prêtre, homme seulement
(1) Voir ci-dessus, séance du 1"" août.
(2) Journal de la Montagne, 7 août 1793.
(3) Cf. A. Mathiez, La vie chère..., p. 279 et A. Soboul, Les sans-culotte» parisiens en Van II, p. 141.
(4) Reproduit dans Aulard, V, 330. Mention dans G. Walteb, p. 785. Cf. E. Hamel, III, 84, qui commet encore une erreur de date en plaçant ce discours au 5; et Bûchez et Roux, XXVIII, 410.
connu par deux actions horribles. La première, d'avoir voulu faire assassiner les marchands, les boutiquiers, parce que, disait-il, ils vendaient trop cher; l'autre, d'avoir voulu faire rejeter au peuple la Constitution, sous prétexte qu'elle était défectueuse.
Le second est un jeune homme qui prouve que la corruption peut entrer dans un jeune cœur. 11 a des apparences séduisantes, un talent séducteur, c'est Lederc, un ci-devant, le fils d'un noble. Il était à Lyon où il jouait le patriote, lorsqu'on y égorgea l'infortuné Chalier. Il fut en grande partie cause de sa mort. Parti de là, où sa conduite l'avait rendu exécrable à tous les patriotes, il vint à Paris, intriguer, mentir à la Convention; il vint ici suivi de quelques hommes imposteurs comme lui, qu'il sut rendre intéressans et qui sont maintenant dispersés; il est associé à Jacques Roux; et ces deux hommes, dénoncés par Marat, comme deux intrigants, deux émissaires de Cobourg ou de Pitt qui, pour mieux empoisonner les sources de la crédulité populaire, ont pris, pour le séduire le nom de Marat. Ils ne manquent jamais de dénoncer un ennemi bien reconnu du peuple, ainsi Custine a été dénoncé par eux. Avec des phrases bien patriotiques, bien fort et énergiquement prononcées, ils parviennent à faire croire au peuple que ses nouveaux amis sont plus zélés que les autres. De grandes louanges à Marat pour pouvoir tomber sur les patriotes actuels. Qu'importe de louer un mort pourvu qu'on puisse calomnier les vivans. »
Courrier unwrrael, 7 août, p. 2; Journal de SabUer, n9 759, p. 3.
« Robespierre a demandé la j)arole pour se plaindre de ce procédé (1) : il a profité ensuite de l'occasion qui se présentoit pour développer quelques idées sur des mesures de salut public. Il a commencé par inviter fortement les patriotes à se défier des ennemis cachés de la liberté; parmi ceux-là il place particulièrement ceux qui parlent le langage du plus ardent patriotisme, mais qui dans le fond, ne sont rien moins que patriotes, tels que deux individus qui semblent survivre à Marat dans une feuille mercenaire, mais qui déshonorent selon lui sa mémoire; il nomme ces deux journalistes, l'un est Jacques Roux, dont la Société des Cordeliers a immortalisé le patriotisme par une expulsion solennelle; l'autre est le nommé Leclerc, Lyonnais, fils d'un ci-devant noble; il regarde ce dernier comme un des grands ennemis de la liberté. Ce jeune homme ne s'est, dit-il, popularisé en apparence que pour faire répandre le sang des patriotes.
Il cite plusieurs passages où ces journalistes engagent le peuple.
(1) Vincent avait signalé que les ministres éprouvaient des difficultés pour le recrutement de leurs employés et demandait à la Société de leur désigner des candidats.
au nom de Marat, à égorger les boutiquiers et les marchands, et présagent que le 10 août sera ensanglanté.
Robespierre croit qu'il est nécessaire de faire connoître aux citoyens qui viennent des départemens le mépris qui est attaché à ces feuilles, afin qu'ils n'appréhendent rien sur les principes qu'elles manifestent. »
Mention dan* Abréoiateur universel, n" 220, p. 879 ; Feuille de Pari», n° 353, p. 2 : Joamalet Affiche» de Hie-Caronne, n» 65, p. 264.
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité 10. — SÉANCE DU 7 AOUT 1793
K^ intervention : Sur une adresse des envoyés des assemblées primaires
Royer, curé de Chalon-sur-Saône, envoyé de l'vine des sections de cette ville, donne lecture d'une adresse des commissaires des assemblées primaires. Après divers orateurs, Robespierre intervient à son tour. Ses propositions furent adoptées à l'unanimité. Cette adresse fut présentée à la Convention, le lendemain 8 août 1793 (1).
Journal de la Montagne, t. I, n" 69, p. 449 (2); Journal des Jacobins, 9 août, p. 2; Batave, np 177, p. 710; Républicain français, nP 268 (3).
« Robespierre, au bruit des applaudissemens, monte à la tribune et dit :
« Les envoyés de la République française viennent de sauver la patrie : l'acte qu'ils viennent de faire est le garant immortel de la liberté; il est la réponse à quatre ans de calomnies qui ont manqué perdre sans retour la République. C'est le quatrième démenti qu'ils donnent aux espérances coupables des ennemis du peuple.
Le premier est lorsqu'en 1789, ils se rangèrent, malgré les intrigues des ordres privilégiés et des volontés impérieuses d'un despote, sous l'étendard de la liberté naissante.
Le second, lorsqu'au 10 août, malgré les menées des traîtres qui croyoient avoir séduit la majorité des sans-culottes, ils surent déjouer leurs combinaisons astucieuses, et marchèrent en masse pour écraser le tyran.
Le troisième, lorsqu'à la voix des législateurs, ils repoussèrent le fédéralisme que leur insinuoient adroitement les plus perfides et les plus scélérats de tous les hommes.
(1) Mon., XVII, 848. Adresse imprimée par ordre de la Convention {B. N., 40 Lb*i 8224). Elle est reproduite dans le Mon., XVII, 374. Voir ci-après, séance du 12 août (no 13).
(2) Reproduit dans Aulahd, V, 334. Mention dans G. Walteb, p. 735. Voir E. Ham£l, III, 94 et 100.
(3) Reproduit dans Bûchez et Roux, XXVIII, 415, et Laponneraye, III, 891 .
Le quatrième, enfin, est en venant aujourd'hui confondre avec nous, leurs vœux pour la patrie, et ajouter leurs efforts à ceux que nous déployons sans cesse pour le maintien de la République et l'anéantissement des conspirateurs.
L'orateur applaudissant ensuite à l'adresse présentée par Royer, invite les envoyés de la République à venir en faire hommage à la Convention, et leur promet qu'elle en ordonnera l'insertion dans son bulletin et l'envoi dans tous les départements.
Il se résume en demandant que l'on mette aux voix les deux propositions suivantes :
1°. Que pour donner à l'adresse tout le poids et l'authenticité possibles, elle soit présentée à la Convention pour être distribuée au peuple sous ses auspices.
2** Que, négligeant désormais la correspondance et tous les objets les moins intéressans, on ne s'occupe que du salut public, qui ne peut être trciité plus dignement que par les envoyés réunis de la République entière. »
Texte très proche <ians Coarrier unioeiiel, 9 moût, p. 2; Joamal de SMier, n" 763, p. 2. Mentîoii dans TépaUicmnes, a' 250. p. 3: Amala de la RipMiqae fTonçmte. v? 224. p. 1105:
2® intervention : Contre les agitateurs suspects
Un envoyé des assemblées primaires demande qu'on n'accorde la parole qu'aux envoyés et qu'on en prive les Parisiens. Un long tumulte s'élève ; on réclame la |îarole pour Robespierre. On notera en particulier, dans son intervention, l'allusion aux Enragés : « les ennemis du peuple n'ont jamais pris de mesure plus adroite [...] que d'attribuer aux plus chauds amis de la Liberté leurs propres crimes ». C'était dénoncer les agitateurs qui s'abritaient derrière le grand nom de VAmi du peuple (1).
Dans la suite de cette séance, Robespierre fut porté à la présidence de la Société.
Journal des Jacobins, n" 467, p. 2 (2); Républicain français, n" 268.
« Robespierre dit : C'est avec regret que je me vois forcé de prendre aujourd'hui la î>arole; mon devoir était de me taire et de Imsser parler les citoyens qui, avec moins d'habitude de la parole, ont apporté ici l'intention et les moyens de sauver la chose publique, mais j'atteste les citoyens qui me connaiissent que la nécessité seule de vous entretenir du salut public a su m'y engager en cet instant.
Il établit que les ennemis du peuple n'ont jamais pris de mesure plus adroite pour perdre la patrie, que d'attribuer aux plus chauds amis de la liberté leurs propres crimes.
(1) Voir ci-dessus, n° 9, et ci-après, n° 11 (2* inter\'ention).
(2) Reproduit dans Aulard, V, 336. Meation dans G. Wai.ter, p. 735. Cf. Bûchez et Roux, XXVm, 417.
Il prouve que le cabinet de Saint-James, qui a des agents dans toute la République, et spécialement dans tous les ports de mer, a la plus grande part dans tous ces complots.
Il annonce des nouvelles désastreuses, qui, dit-il, ne doivent pas effrayer les républicains, parce qu'ils ne doivent s'effrayer de rien, parce qu'un malheur de plus n'est que l'assurance réitérée d'un succès plus constant.
A Huningue (1) et dans quelques autres villes, des magasins ont été incendiés, et l'on ignore encore, peut-être parce qu'on veut ignorer, si ce malheur est dû au hasard ou à la malveillance.
Tous les moyens sont employés pour occasionner un mouvement en amenant une disette factice. Depuis une quinzaine de jours, il est entré à Paris, en subsistances seulement, au moins de quoi nourrir cent mille hommes. On fomente encore des troubles, et c'est particulièrement vers trois objets que paraissent se diriger les mouvements qu'on provoque. Le premier est de faire piller les magasins par le peuple ou plutôt par des scélérats déguisés sous l'habit que porte le peuple, sous l'habit respectable de la pauvreté.
Le second, de porter le peuple vers les prisons et d'y renouveler les horreurs de septembre!... Il s'étend sur les maux qu'un tel événement entraînerait sur Paris.
Le troisième est de se porter sur l'Arsenal et s'emparer des munitions de toute espèce.
Il prouve, par des rapprochements qu'il fait de semblables accidents arrivés et manifestés dans certaines villes de la République, que les idées qu'il présente ne sont pas dénuées de probabilité.
Il finit par engager ses frères des départements à inviter le peuple au courage, à la persévérance, par l'aspect du bonheur que lui procureraient son obéissance aux lois, sa confiance dans ses législateurs, son union et son dévouement au maintien de la République.
Il observe au surplus que les complots qu'il vient de dénoncer auront la même destinée que tous les autres, si tous les citoyens secondent les mesures prises par le maire et le commandant-général de la garde nationale parisienne, qui ont pris dans les circonstances toutes les mesures que devaient prendre deux véritables amis du peuple pour le mettre à l'abri de l'attaque des ennemis. »
Journal de Sablier, n" 768, p. 8.
« Robespierre propose plusieurs observations sur le salut public; il déclare que le plus grand danger de la patrie est dans les manœuvres perfides des agents des cours étrangères qui mettent à exécution des plans fondés sur l'incendie, l'assassinat et la disette.
(1) Voir sur Fincendie de Tarsenal d'Huningue, séance de la Convention du 9 août (Journal des Débats et Décréta, n» 826, p. 125).
Quant à l'incendie, il prouve que ce plan infernal a été exécuté par l'exemple de l'incendie des magasins de Douai et de la Vendée; il annonce que le Comité de salut public a reçu la nouvelle que ceux de Huningue venaient d'éprouver le même sort.
Quant à l'assassinat, il déclare qu'il a des preuves convaincantes, que le fer et le poison sont mis en usage par un grand nombre d'individus stipendiés par le royalisme.
Il passe au troisième plan qui est la disette. Ce plan s'exécute particulièrement pour la ville de Paris : depuis deux jours il est sorti de la ville une quantité de pains suffisante pour nourrir cent mille hommes.
Il pense que les malveillants ont trois objets en vue. Le premier est de faire piller les magasins par des contre-révolutionnaires déguisés sous l'habit de la pauvreté. Le deuxième est de renouveler le massacre des prisons afin de calomnier Paris et de recommencer la guerre civile. Le troisième enfin est de faire piller l'Arsenal.
Robespierre termine son discours par inviter les patriotes des départements à se réunir aux patriotes de Paris pour déjouer toutes ces perfidies par leur douceur et par leur union (Vifs applaudissements).»
Journal historique et politique, dP 39, p. 1-2.
« A ce propos malhonnête, d'autres ont dit incivique, une indignation générale se manifeste; on veut connoître son auteur; on murmure, on crie de tous les côtés, mais encore une fois il était réservé à Robespierre de calmer les flots de la multitude, en obtenant un silence religieux. Nos ennemis, s*écrie-t-il, sont dans nos murs, nos ennemis sont jusques dans cette enceinte; ils ne veulent que nous diviser, mais ils n'y parviendront pas, car nous les enchaînerons d'abord, et nous nous livrerons ensuite aux transports de la joie, en célébrant la fête de la réunion que nous désirons avec tant d'ardeur. Après une nouvelle peinture des manœuvres du cabinet de Londres, de Berlin et de Vienne, une nouvelle crise, continue l'orateur, nous agite dans ce moment-ci, les scélérats ne négligent rien pour nous conduire à la mort; les magasins d'Huningue, de Douai, et une partie de ceux de la Vendée, viennent d'être incendiés. Le Comité de salut public a cru que nous apprendrions cette nouvelle de sang froid. Nous avons les preuves de ce vaste plan de conjuration qui s'étend sur toutes les parties de la République. Une liste de scélérats payés par le ministre anglais a été trouvée. Ses projets heureusement sont avortés, et le génie de la liberté a ouvert les yeux du peuple sur le bord de l'abîme où il étoit prêt de tomber. Je vais vous le découvrir ce vaste plan de conjuration des brigands soudoyés, affamant Paris pour exciter un mouvement, et nous occasionner une disette réelle, tandis que celle que nous éprouvons, n'est et ne peut être que factice; oui, on veut faire de Paris un monceau de
ruines et de cendres. On veut faire piller les magasins par des hommes inconnus et payés pour imputer au peuple innocent le brigandage de quelques individus qui ne travaillent qu'à nous égorger. On veut avoir encore un prétexte de se porter aux prisons, de répandre le sang; et de rejetter sur nous seuls tout l'odieux d'un crime aussi atroce qu'inutile; et pourquoi précipiter le jugement des individus sur lesquels la justice seule a des droits; oui, quiconque assassine un malheureux prisonnier, est coupable du plus grand des forfaits envers la société : il compromet le peuple qu'il rend odieux à tout l'univers. Et de quoi peut nous servir la mort de mille individus qui sont enchaînés? De pareils excès sont horribles au-delà de ce que l'on peut dire; disons plus, les auteurs de ces crimes volent leurs concitoyens : ils ôtent aux hommes paisibles le sentiment nécessaire de détester le crime et de craindre le châtiment, quand même les victimes désignées par la justice échapperoient par une mort prématurée au supplice qui devoit faire trembler les coupables et réjouir les hommes vertueux. L'orateur termine par engager le peuple à la patience, car il n'y a suivant lui, que des scélérats qui soufflent le feu de la discorde à la porte des boulangers. »
Mention ou extraits dans Courrier uniœnel, 9 août, p. 2 ; Journal de Sablier, n" 763. p. 3 ; Aimalet de la RépMi^ut française, n" 224, p. 1105.
1 '® intervention : Sur une adresse des envoyés des assemblées primaires
Une députation des envoyés des assemblées primaires est admise à la barre. Son doyen d'âge présente l'adresse lue la veille à la tribune des Jacobins (1). Il est très applaudi. Robespierre intervient. Ses propositions furent décrétées « à l'imanimité ».
Journal des Débats et Décrets, n° 325, p. 104 (2); Gazette nationale, ouïe Moniteur universel, n° 222, p. 914 (texte très proche).
« Robespierre monte à la tribune; les citoyens l'applaudissent. Il faut mériter d'être témoin de ce touchant spectacle, dit-il; il faut mériter d'être l'objet des sentimens que viennent d'exprimer les commissaires des départemens, et nous ne le pouvons qu'en portant le dernier coup à la tyrannie; il faut proclamer l'arrêt de mort de tous les conspirateurs, en proclamant devant l'Europe ce manifeste de la
(1) Voir ci-dessus n° 10, l""» intervention.
(2) Mon., XVII, 348; Arch. pari., LXX, 519. Mention dans G. Walter, p. 735. Voir E. Hamel, III, 96, et Buchkz et Roux, XXVIII, 420.
liberté et de la vertu; il faut présenter cet acte sublime dont on vient de vous faire lecture, aux amis et aux ennemis de la République; il faut le présenter à ses amis, afin qu'ils relèvent une tête triomphante; il faut le présenter aux patriotes opprimés, afin qu'ils essuient leurs pleurs (De vifs applaudissements éclatent). 11 faut le présenter aux tyrans, afin qu'ils reculent d'épouvante en voyant ce faisceau contre lequel va se briser leur puissance. Je demande que l'adresse soit insérée au Bulletin, et que le gouvernement la fasse répandre dans toutes les parties de l'Europe (L'Assemblée applaudit). »
Journal de la Montagne, t, I, n° 69, p. 451 ; Annales de la République, n° 224, p. 1108.
« Robespierre. Il faut mériter d'être les témoins du spectacle que les envoyés du peuple français viennent de nous donner; il faut mériter la reconnoissance qu'ils viennent de vous exprimer, et nous ne pouvons le mériter qu'en travaillant au bonheur de la nation magnanime et généreuse que nous représentons. Il faut frapper le dernier coup : il faut présenter l'adresse sublime qu'on vient de nous lire, à tous les tyrans coalisés contre la France; ils reculeront d'effroi en voyant le faisceau national qui se forme pour les écraser; il faut la présenter aux rebelles qui se sont joints à eux pour nous faire la guerre, ils y verront l'arrêt que prononce contre eux le peuple français; il faut enfin la présenter à tous les départements, aux patriotes persécutés, aux amis de la France, pour les consoler et essuyer leurs larmes.
Je demande que vous fassiez insérer au Bulletin l'adresse qui a été lue, que le gouvernement la fasse imprimer avec profusion, et la répande dans toutes les parties de l'Europe. »
Mention ou extraits dans CaarrieT tmiotrsel, 9 août, p. 3; Mtrcare anioentl. XXX. 144; Feuille de Paris, a" 355 p. 4 : Joamal de Perlel, n" 322. p. 67 ; Gazette de France, a." 222. p. 960 ; Feuille du salut public, n» 40. p. 2 ; Journal historique et politique, 10 août, p. 4; Courrier de la Conoention, n" 305, p. 2; Annales patriotiques, n" 220, p. 1015; Chronique de Paris, n° 141, p. \ ; Journal de Paris, a" 22\, p. S88; Joamal de France,9 tout, p. 2; Joanud de SMier,
2® intervention : Contre Jacques Roux et Leclerc
L'offensive déclenchée par Robespierre aux Jacobins, le 5 août, contre les Enragés (1) se développa le 8 à la Convention. Ce jour-là, à la barre, Simone Evrard, « la veuve de Marat » (2), s'éleva contre des « écrivains scélérats » qui usurpaient le nom de VAmi du peuple, mais défigiu-aient ses principes et prêchaient des maximes extravagantes. « Je vous dénonce en particulier deux hommes, Jacques Roux et le nommé Leclerc qui prétendent
(1) Voir ci-dessus, n° 9.
(2) D'après Buchkz et Roïjx (XXVIII, 421), une promesse de mariage à Simone Evrard fut retrouvée dans les papiers de Marat {P.V. Commune, 27 juillet). Les quittances de loyer étaient d'autre part établies au nom de la f« Evrard {Journal de la Montagne, n9 53).
continuer ses feuilles patriotiques et faire parler son ombre pour outrager sa mémoire et tromper le peuple » (1). Depuis l'assassinat de Marat, Jacques Roux publiait le Puhliciste de la République française, par V Ombre de Marat, VAmi du peuple, et Leclerc, VAmi du peuple par Leclerc. Simone Evrard reprenait les griefs déjà énoncés par Robespierre, le 7 aux Jacobins. Sans doute instigateur de la démarche de Simone Evrard, Robespierre intervient. En adoptant ses propositions, la Convention plaçait Jacques Roux et Leclerc sous la menace de poursuites (2).
Gazette nationale ou le Moniteur universel, n» 222, p, 915 (8); Mercure universel, XXX, 150; Thermomètre du jour, 10 août, p. 835 (texte très proche).
« Robespierre. Je demande rinsertion au Bulletin de cette pétition, et que le Comité de sûreté générale soit tenu d'examiner la conduite des deux écrivains mercenaires qui lui sont dénoncés; la mémoire de Marat doit être défendue par la Convention et par tous les patriotes (Applaudissements). »
Mention dans Journal de la Montagne, n" 69, p. 452; Journal de Sablier, n° 764, p. 4; Journal de Perlet, n" 322, p. 67; Chronique de Paris, n" 141, p. I ; Courrier unioeriel, 9 août, p. 4; Gazette de France, n" 222, p. 961 ; Auditear national, n° 322, p. 5; Armales de la République française, n° 224, p. I ]08; Journal de France, 9 août, p. 3.
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
12. - SÉANCE DU 11 AOUT 1793 (4) Sur la situation générale de la République
Après que Simond eût dénoncé l'agiotage et exigé des mesures propres à faire baisser le prix des subsistances, Tallien demanda que la Société s'occupât des « Autrichiens et des autres ennemis extérieurs ». Robespierre prononce alors un long discours sur la situation générale de la République, dénonçant la trahison des généraux, les lenteurs dans l'instruction du procès de Custine. En venant au problème politique, il s'élève contre la proposition de Delacroix. Ce dernier, représentant d'Eure-et-Loir, avait le jour-même, à la Convention, fait rendre un décret invitant chaque commune à établir la liste des citoyens ayant droit de voter. Cette mesure était présentée comme le prélude à des élections générales : la Constitution promulguée, la tâche de la Convention était remplie et déjà on l'accusait de vouloir
(1) Voir son discours dans Journal des Débats et Décrets, n9 825, p. 106-107. E. Hamel (III, 85) semble reconnaître dans cette adresse « les idées et même le style » de Robespierre. La « veuve de Marat » et les citoyennes qui l'accompagnaient, furent invitées aux honneurs de la séance.
(2) Arch. nat., C 267, pi. 631, p. 9; Mon., XVII, 848; Arch. pari, LXXII, 527. Voir A. Mathiez, La vie chère..., p. 281 ; et A. Soboul, Les sans-culottes parisiens..., p. 141.
(3) Mon., XVII, 349; Arch. pari., LXX, 528. Mention dans G. Waltkk. Voir E. Hamel, III, 85-86 et Bûchez et Roux, XXVIII, 421-24.
(4) Et non le 10, puis le 9, ainsi que l'indique E. Hamel, III, 78 et 92.
se perpétuer (1). Mais Robespierre et le Comité de salut public entendaient que la Convention, épurée le 2 juin et qui consentait à laisser gouverner le Comité, demeurât en fonctions. Xavier Audouin, intervenant après Robespierre, l'appuya. La Société arrêta de nonuner une commission poux demander à l'Assemblée de décréter les propositions présentées par Robespierre et Audouin.
Journal des Jacobins, n9 470, p. 2-4 (2).
« Robespierre. Amis de la liberté, je viens vous avertir que le moment est arrivé de connaître la vérité toute entière, de sauver la patrie par tous les moyens qui nous restent. Des circonstances particulières m'ont mis à même de connaître des vérités terribles que ceux qui ne sont pas dans la même position ne peuvent deviner. Quelque mesure que vous preniez, si elle n'est que partielle, elle n'est qu'un palliatif dangereux. Vos armées ont éprouvé de nouveaux revers; vos ennemis reprennent une nouvelle audace; tout cela tient à la même cause, à la scélératesse, à la trahison d'une part, à la faiblesse, à la crédulité de l'autre. La trahison, la scélératesse est chez vos ennemis, et vous, patriotes, trop de faiblesse et de crédulité vous perdra. Les ennemis extérieurs n'auraient jamais entamé votre territoire, je dis plus, ils n'auraient jamais pensé à y porter les armes, s'ils n'eussent compté sur les traîtres que vous nourrissez. Ce qui doit nous ranimer, c'est que le succès de nul d'entre eux n'est dû à son courage ou à ses talens, toujours la trahison les leur fit obtenir; c'est elle qui leur fit occuper nos villes. Toutes nos places fortes, toutes, ont été livrées. (Murmures, cris d'indignation).
Il me paraît qu'on ne m'a pas compris; je n'ai pas voulu dire que toutes fussent au pouvoir de l'ennemi, mais que toutes celles qui furent prises depuis Longwy, ne sont passées sous sa domination que par la plus noire et la plus incroyable perfidie. De toutes parts nous avons été trahis, livrés par ceux qui avaient envahi notre confiance. Ce qui doit nous étonner, c'est qu'après tant d'échecs, c'est qu'avec tant d'ennemis conjurés contre elle, la République subsiste encore, et puisqu'elle existe, j'en conclus qu'elle est immortelle (Applaudissements}/ Elle est dans des circonstances bien difficiles, il ne faut pas que vous l'ignoriez. Le mal en est venu à un grand point de gravité; il s'empire tous les jours et sera bientôt peut-être incurable; cependant fixons aussi nos regards sur le remède.
Il en est un, mais pour l'employer d'abord il faut connaître notre véritable situation, elle ne peut effrayer que des lâches, et ceux-là doivent être relégués parmi les aristocrates (Applaudi). Ce que la
(1) Mon., XVII, 366.
(2) Extraits dans Aulard, V, 341 et 343. Mention dans G. Waxter, p. 381-382, et 735. Cf. Bûchez et Roux, XXVIII, 453, Lapoî^neraye, III, 394.
Société doit savoir, c'est que les traîtres, en partant, nous ont laissé leur esprit. Dumouriez a commandé nos armées jusqu'à ce jour, et toujours ses plans, ses projets ont été exécutés à la lettre, on s'est bien gardé d'en changer même la marche, cela aurait pu dérouter les Autrichiens; il a livré les millions, les armes et les hommes, les plus zélés défenseurs de la République, tout est devenu la proye de l'ennemi. Il a disparu; les hommes superficiels ont cru que la trahison était déconcertée. Non, il avait des successeurs. Voyons s'ils ont profité de son exemple. Custine a amoncelé les canons dans Mayence, les munitions de toute espèce, et tout a été donné aux Autrichiens. Sa trahison est la même; elle ne diffère que par le nom des villes qui ont été prises et pillées. Dumouriez, Custine, sont tous deux des agens de la faction anglaise; mais ils ont bien des complices parmi nous. Le camp de César, aussi fortifié que celui de Famars, dans une situation des plus formidables, propre à se défendre des années entières, vient d'être livré presque sans combat. Il vient d'être livré par le général Kilmaine (I), et déjà Cambrai est menacé ou plutôt il est cerné.
Vous connaissez tous nos maux, ils ne doivent point vous effrayer, vous en devez connaître le remède, il est dans vous-mêmes. Oui, il est en vous. Républicains, et vous l'indiquer, c'est en assurer le succès. La faction anglaise qui a dominé jusqu'à ce moment notre Révolution, qui a répandu avec tant de prodigalité des richesses pour corrompre des républicains; qui, en certaines rencontres, a dirigé nos opérations, avait pour but de nous donner ou Brunswick ou le duc d'York pour roi, et c'eût donc été le fruit de quatre années de combats, de revers, de malheurs et de quelques victoires. Non. Voyons comment ils comptaient nous y conduire; leurs mesures étaient bien prises. Dumouriez fugitif commande encore nos armées. Un Anglais comme lui, Custine, suivit ses plans, ses conseils, tout ce qu'il en savait, et se fit un devoir religieux de ne s'en écarter en rien; delà, la trahison de Mayence. Un autre Anglais, Kilmaine en fit autant à Paillencourt, et bientôt il en fera de même à Cambrai, qui court déjà à plusieurs égards les plus gros risques. Kilmaine est remplacé en ce moment par un général que je crois pur (2). Cependant nous avons tant de raisons de nous défier de tous. Je suspends mon jugement jusqu'à ce que l'événement l'ait justifié.
Mais fixons seulement nos regards sur les moyens de sauver la patrie, et c'est d'elle seulement que je vais vous entretenir. Ce qui a si longtemps causé nos malheurs, c'est l'impunité. Si Louis XVI
(1) Kilmaine, né à Dublin, avait été nommé le 4 juillet 1793 commandant en chef des armées du Nord et des Ardennes. II fut suspendu le 4 août.
(2) Il s'agit de Houchard qui fut victorieux à Hondschoote. Mais, accusé de molesse, il fut arrêté le 24 septembre 1793 et condanmé à mort le 26, puis exécuté le 17 novembre 1798.
eut été puni dès le premier crime qu'il osa commettre contre la nation, la Révolution plus avancée, daterait sans doute de plus loin l'ère de la République. Qui ne frémit pas lorsqu'il pense que l'assassin de tant de nos frères, de tant de milliers de patriotes, de tant de femmes, d'enfans, de vieillards, vit encore. Quel est le scélérat qui, voyant son impunité, ne briguera pas l'honneur de servir la royauté contre les pauvres sans-culottes qui n'ont point d'assassins à payer, de coupejarrets à soutenir; et que ne sera-t-il pas permis de penser lorsque vous saurez qu'un tribunal que le peuple avait investi de sa confiance, a trompé son espoir, et ce, malgré que nous ayons déposé sur le bureau des pièces à sa charge qui prouvaient ses crimes évidemment. Eh bien, sa tête est plus ferme sur ses épaules que la mienne. A peine les renseignemens nécessaires pour l'instruction de son procès sont-ils pris encore. On presse, on veut montrer à nos frères la justice et l'équité d'une nation qui punit comme elle récompense. Au bout d'un mois, un jugement interlocutoire survient qui renvoie à Cambrai pour chercher une correspondance dans laquelle il y aura, dit-on, les preuves nécessaires pour le sauver. C'est ainsi, dans une ville qu'il allait livrer, qu'on va chercher la preuve de son innocence.
C'est avec cette lenteur des anciens Parlemens que procède maintenant le Tribunal révolutionnéiire; c'est avec ces formes chicanières et insidieuses qui distinguèrent toujours notre barreau; encore le Parlement jugeait-il en quatre jours un homme convaincu d'un meurtre. Et cet homme qui, depuis quatre ans, asscissina trois cent mille Français ne trouvera pas de preuves qui le condamnent. Il est innocenté, l'assassin de nos frères. Il assassinera toute la race humeiine (Non, non, sécrie-t-on de toutes parts).
Savez-vous quel moyen employent nos ennemis pour l'arracher à la juste vengeance du peuple? On veut l'intéresser à son existence en surprenant sa compassion. On ne résiste point aux pleurs d'une femme intéressante; des femmes se jettent aux pieds du premier venu pour implorer sa grâce. Et nous autres, sans-culottes, n'avons point de femmes qui nous arrachent à la mort, lorsque les conspirateurs de Lyon nous poussent par centaines sous le couteau de l'assassin. Voilà l'homme qu'épargnera votre Tribunal révolutionnaire. Tous les chefs des conspirations, Stengel (I), Miranda (2), plusieurs autres, excepté Miaczinsky (3), le moins coupable de tous, et celui peut-être à qui l'on aurait dû pardonner après avoir immolé les autres à la justice vengeresse des lois; tous ont échappé.»
Des interruptions fréquentes avaient fatigué l'orateur et révolté
(1) Stengel. Voir Discoitrs..., 4« partie, ii° 71, p. 307, note 3.
(2) Miranda. Voir Discours..., 4« partie, n" 85, p. 365, note 15.
(3) Miaczinsky (Joseph, comte) fut arrêté à Lille le 3 avril 1793, renvoyé au Tribunal révolutionnaire le 11 avril, condamné à mort le 17 mai et guillotiné le 22.
l'assemblée; ici elles deviennent si fortes que Hébert, président, ne pouvant obtenir le silence et l'ordre, élève la voix et dit : « Robespierre, rappelle-toi que, lorsqu'on dénonça Dumouriez ici pour la première fois, des poignards furent tirés, et peut-être il a des amis encore aujourd'hui parmi nous. On soutiendra son digne émule par les mêmes moyens, mais ils n'intimideront pas les patriotes. »
« Robespierre. Je n ai aucune raison pour éterniser la législature actuelle; tous ceux qui me connaissent savent que je ne désire qu'à rentrer dans la classe de simple citoyen, et que le fardeau d'une administration consécutive de cinq ans est trop pesant pour un seul homme. Mais la proposition insidieuse qu'on vous a faite ne tend qu'à substituer aux membres épurés de la Convention actuelle, les envoyés de Pitt et de Cobourg. »
Il finit par faire le tableau des dangers que ferait courir à la République une séparation aussi contraire à l'intérêt du peuple. »
Journal de la Montagne, n° 72, p. 471-472.
[Texte très proche du précédent, jusqu'à la reprise du discours. Après l'intervention d'Hébert, Robespierre continue ainsi :]
« Il faut que le peuple, ranimant son énergie au souvenir du dévouement généreux de Lacédémone et d'Athènes, jure de s'ensevelir sous les ruines de la République, si elle couroit le danger d'être anéantie. Il faut que ces journalistes, qui sont si évidemment les complices de Londres et de Berlin, ces hommes stipendiés par nos ennemis, qui cachent l'art d'épouvanter le peuple sous l'air de soigner plus ses intérêts; qui trouvent le moyen par des prétendues vérités, de porter dans son sein la défiance, la terreur et la consternation; il faut, dis-je, que ces hommes soient punis. Il faut qu'on les enchaîne.
Qu'ils le soient aussi, ces conspirateurs, qui voyent avec une horrible satisfaction arriver le moment où le peuple, obligé de se répandre sur une grande surface, leur permettra de se réunir et de conspirer ouvertement! Que pas un d'eux n'échappe, et si les patriotes doivent marcher tous, que les aristocrates soient tenus dans les chaînes. Il est une classe d'hommes, d'autant plus dangereux qu'ils sollicitent la pitié. Il faut enfermer cette foule de gens qui parcourent les rues de la ville, offrent par-tout l'image de la famine, de l'indigence et de l'aristocratie, car ces hommes sont payés pour séduire le peuple et le rendre dupe de sa crédulité et de sa compassion.
La plus importante de toutes mes réflexions allait m'échapper. Je ne crains pas de le dire : si la Convention nationale existait telle qu'elle était il y a quelques mois, la République serait perdue.
(1) Interventions diverses traduisant l'opposition de la Société à toutes nouvelles élections ayant pour objet de remplacer la Convention actuelle.
Appelé, contre mon inclination, au Comité de salut public, j'y ai vu des choses que je n'aurais jamais osé soupçonner. J'y ai vu d'un côté des membres patriotes qui cherchoient en vain le bien de leur pays, et de l'autre, des traîtres qui tramaient au sein même du Comité contre les intérêts du peuple.
Depuis que j'ai vu de plus près le gouvernement, j'ai pu m'appercevoir des crimes qui s'y commettent tous les jours. Il n'est plus qu'un moyen de rendre nul leur effet. Il faut que la Convention appelle autour d'elle tout le peuple français; il faut qu'elle réunisse tous nos frères de la République. Il faut que nous fassions un feu roulant sur nos ennemis extérieurs, et que nous écrasions tous ceux du dedans.
J'ai entendu une proposition qui a été faite ce matin, et j'avoue que je ne suis pas encore revenu de l'étonnement qu'elle m'inspire. Je ne croupireii pomt membre inutile d'un Comité ou d'une assemblée qui va disparoître. Je saurai me sacrifier au bien de mon pays. Si ce que je prévois arrive, je déclare que je me sépare du Comité, que nulle puissance humaine ne peut m'emp>êcher de dire à la Convention toute la vérité, de lui montrer les dangers du peuple, de lui proposer les mesures qui seules peuvent les prévenir ou en empêcher l'effet.
Je déclare que rien ne peut sauver la République si la proposition qui a été faite ce matin est adoptée, qui est que la Convention nationale se sépare, et qu'on lui substitue une Assemblée législative (1). (Non ! non ! s'écrie toute V assemblée) Nous avons juré, dit un envoyé des départements, de ne nous séparer que quand la Convention aura décrété des mesures de salut public. Elle ne l'a point fait, il faut donc qu'elle le fasse avant de se séparer. — Un autre membre demande qu'elle ne se sépare point avant la fin de la guerre.
L'orateur continue : je n'ai aucune raison pour éterniser l'Assemblée actuelle. Ceux qui me connoissent savent que je désire ardemment de déposer le fardeau d'une admmistration qui depuis cinq ans pèse sur mes épaules : or, je l'avouercii franchement, il dépasse toutes les forces humaines. Mais la proposition insidieuse que je combats, ne tend qu'à faire succéder à une assemblée régénérée, une assemblée pure dans sa plus grande partie, les envoyés de Pitt et de Cobourg.
L'orateur finit par exposer le tableau des dangers que feroit courir à la République une séparation aussi contraire aux intérêts du peuple. »
Mention ou extraits dms Joamal hiitorique et politiqae, n" 43, p. 1-2; FeaiUe ia talat fitMie, a" 46, p. 3: Noaodle* pùlitiqaa, p. 898; Coarrier aniotrsel, 13 août, p. 1-2: Joamal de SMier, n° 769, p. 3; AimJea de la RépMiqae /rançaite, n° 226, p. 1 1 14-15; RéUahlicain français, a" 271.
(1) Interprétatioa de la proposition de Delacroix.
13. - SÉANCE DU 12 AOUT 1793 Pour des mesures de sûreté générale
Royer, orateur des envoyés des assemblées primaires, demande à la Convention que le peuple se lève en masse : « N'accordez aucune amnistie aux coupables, et ne transigez point avec les despotes. » Danton, reprenant l'idée de Royer, propose que les envoyés des assemblées primaires soient chargés de recenser les armes, de recruter les hommes. Robespierre, tout en appuyant Danton, se montra réticent : il posa le problème dans son cadre politique, et traça par avance les lignes générales d'un plan d'organisation de la Terreur (1). La Convention décréta le principe des propositions de Royer et de Danton, le Comité de salut public étant chargé de préparer le décret d'exécution. Legendre fit alors remarquer qu'une autre proposition avait été omise : que tous les gens suspects soient mis en état d'arrestation. Cette proposition est décrétée.
Gazette nationale ou le Moniteur universel, n» 226, p. 964 (2).
« Robespierre. La victoire est certaine, puisqu'enfin nous sommes déterminés à vaincre. Le terme des coupables victoires de la tyrannie est passée, puisqu'enfin nous allons déployer contr'elle les seules armes qui puissent la terrasser, le courage invincible et la sagesse qui doit le diriger. Ne nous le dissimulons point, c'est moins à leurs forces et même à leur perfidie, qu'à notre insouciance que nos ennemis doivent leurs succès. Nous avons trop facilement cru que le génie du peuple suffisait pour rompre les entraves de la trahison. Nous avons été trop indulgens envers les traîtres.
C'est à l'impunité de Dumouriez, de Lafayette, de Custine, et de leurs complices, que les tyrans doivent leurs triomphes, et nous nos alarmes. La seule mesure à prendre est de balayer rapidement de nos armées les aristocrates, les hommes notoirement suspects qui les déshonorent. Ne craignez pas de ne pouvoir les remplacer. Il suffit de trois héros pour sauver la République; ils sont cachés dans les rangs : ayez la volonté de les découvrir, et vous trouverez des généraux vraiment dignes de la confiance nationale. Quoi! les lâches et les traîtres qui, après avoir livré Verdun, Longwy, la Belgique, viennent d'introduire les satellites des tyrans dans Condé et dans Valenciennes, ces lâches respirent encore; le glaive de la loi, n'a pas frappé leurs têtes coupables, et cependant les preuves de leurs crimes sont entre les mains des juges!
Comment déjouer les conspirateurs, s'ils sont sûrs de l'impunité, et s'il faut des mois entiers pour prononcer leur condamnation? Que
(1) Voir ci-après, p. 79.
(2) Reproduit dans Mon., XVII, 888, Arch. pari., LXXII, 108. Mention dans Walter, p. 785. Voir E. Hamex, III, 98, et Bûchez et Roxjx, XXVIII, 462.
la tête de Custine tombant sous le glaive de la loi soit le garant de la victoire! Que le glaive de la loi, planant avec une rapidité terrible sur la tête des conspirateurs, frappe de terreur leurs complices! Que le peuple lève enfin sa tête triomphante, et les tyrans ne sont plus! Il faut donc stimuler le zèle du Tribunal révolutionnaire; il faut lui ordonner de juger les coupables qui lui sont dénoncés, 24 heures après la remise des preuves; il faut plus, c'est de multiplier son action; car nous sommes infestés des agens de l'Angleterre ; il faut que nous soyons contr'eux aussi terribles qu'ils sont perfides et barbares. A Toulon, chaque heure voit tomber sous la hache des tyrans la tête d'un héros du patriotisme : ces scènes d'horreur épouvantent la Méditerranée dems une autre ville non moins coupable, à Marseille. Que les scélérats, en tombant sous le glaive de la loi, appaisent les mânes de tant d'innocentes victimes! Que ces grands exemples anéantissent les séditions par la terreur qu'ils inspireront à tous les ennemis de la patrie! Que les patriotes, en voyant votre énergie, retrouvent la leur, et les tyrans sont veuncus! Car, quand un grand peuple est maître chez lui, qu'il jouit de la paix et de l'union au-dedans, il a bientôt dissipé les ennemis extérieurs qui le menacent.
Je demande qu'on poursuive avec la plus grande activité l'exécution des mesures pour s'assurer des conspirations fomentées et des trames ourdies par le gouvernement anglais; qu'on apporte dans cette grande opération plus de zèle, d'intelligence et de loyauté que jusqu'à ce jour; que lorsqu'on a arrêté un homme prévenu de conspiration, on ne le relâche pas le lendemain sur de lâches prétextes et de frivoles considérations; que lorsqu'un Comité a décerné un mandat d'arrêt, une autre autorité ne puisse en annuler l'effet.
Je n'ai rien à dire sur les autres mesures. Quant à ce qui regarde la défense de la République, les unes sont secrettes par leur nature; l'exécution des autres nous est garantie par l'énergie et le caractère sublime des envoyés du peuple qui sont ici présens.
Je demande que la France, les administrations, le gouvernement, les armées soient purgés des traîtres; que l'on s'occupe de punir les administrateurs rebelles, que le Tribunal révolutionnaire soit chargé de juger Custine sous 24 heures; qu'ensuite 11 poursuive sans relâche le procès des conspirateurs qui ont été mis en état d'accusation par un décret. Je demande que les commissaires dont le patriotisme est connu, soient chargés de remplacer les administrateurs contre-révolutionnaires par les martyrs des arrêtés llberticides de ces tréiîtres, par des patriotes sûrs, actifs et énergiques, par ceux qui, par leur fermeté au milieu des persécutions, ont mérité la confiance publique. Je demande qu en excitant l'énergie du peuple pour le recrutement, ils soient chargés de cette autre mission non moins importante, de désigner les citoyens qui seront dignes de tenir provisoirement les rênes de l'administration. »
Journal des Débats et Décrets, n<* 829, p. 175.
« Notre victoire est certaine, puisque nous sommes déterminés à vaincre ou à mourir, dit Robespierre. Le terme des victoires de nos ennemis est arrivé. Trop longtemps nous avons cru que le génie de la liberté suffiroit pour briser les indignes entraves que ne cessent de lui opposer ses ennemis. Nous avons été trop indulgens; c'est à l'impunité des Lafayette, des Dumouriez et de Custine que nous devons les maux dont nous sommes menacés. Notre première mesure est donc de chasser de nos armées les aristocrates dont elles sont infectées. Des héros, croyez-moi, sont cachés dans les rangs de nos soldats : ces héros vraiment républicains les remplaceront utilement; ayez seulement l'intention de les découvrir et le courage de les protéger. La seconde mesure est de stimuler l'ardeur du tribunal révolutionnaire de Paris. Il faut lui ordonner de juger dans 24 heures, après la remise des pièces, les coupables qui lui seront envoyés : il faut presser, multiplier même, s'il est nécessaire, l'action de ce Tribunal. Troisième mesure : il faut s'occuper d'accélérer les moyens de s'assurer des agens des gouvernemens corrupteurs qui nous font la guerre. Quatrième mesure : il faut fixer dès demain la peine que doivent subir les administrateurs rebelles, juger Custine dans 24 heures, redoubler de surveillance et de sévérité, et la chose publique est sauvée.
Je prie la Convention de prendre mes propositions en considération, et de les joindre à celles non moins importantes des préopinans. »
Le Batave, suppl* au n° 179, p. 722.
Robespierre. « Chassons de nos armées tous les nobles et leurs complices; ordonnons au Tribunal révolutionnaire de juger dans les 24 heures tous les coupables dénoncés par l'Assemblée; que les scélérats tombant sous le glaive des loix, apaisent les mânes des patriotes massacrés à Marseille, à Toulon, dans la Vendée. Arrêtons tous les gens suspects, mais qu'un Comité, sur de légers indices, ne relâche pas un conspirateur mis en état d'arrestation par un autre Comité. Je demande que dès demain une loi sévère soit portée contre toutes les administrations rebelles, que dès demain Custine soit jugé, que le procès de ses complices et de tous les chefs de conspiration soit vivement poursuivi, enfin que les commissaires du peuple revenus dans leurs départemens soient chargés de faire remplacer au plutôt les administrations perfides. »
Mention ou extraits dans Journal des Dibat$ et Diereti, n" 328, p. 153; Journal de Sablier, n" 772, p. 2; Annale» patriotiques, n" 225, p. 1036; Mercure universel, XXX, 192; Auditeur national, n" 325, p. 7; Journal du soir, n" 324, p. 3; Feuille du Salut public, n" 45, p. 3; Courrier universel, 14 août, p. 4; Journal historique et politique, 14 août p. 4; Joumalde Perlel, n" 325, p. 95; Gazette de France, n' 226, p. 982; Gazette ginirale del'Europe, n" 361, p. 2; Journal de France, 13 août, p. 4.
séance du 12 aout 1793 69
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité