DÉCRET
La Convention nationale décrète que le rapport du Comité de salut public sera imprimé, envoyé à toutes les autorités constituées, aux sociétés populaires et aux armées, et traduit dans toutes les langues.»
Publié in-extenso dans Mercure universel, XXXVI. 399-400, 412-416, 430-432. 446-448, 474-479; Journal universel t. XXXI. n» 1535, p. 6858; n» 1537. p. 6876-6880; n" 1538, p. 6883-6888; n» 1539, p. 6900-6904; Courrier historique et politique des 86 dipariemens, n" 136, p. 560, n» 137, p. 564, n» 138, p. 568, n" 139, p. 572. n" 143, p. 587-588; Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 139; Journal des Débats et Décrets, n" 510, p. 330-340 ;n'' 511, 355-360; Auditeur national, n" 508, 509, 5 1 0, 5 1 1 , 5 1 3, 5 1 4. Extraits dans Gazette de France, n" 40. p. 1 58- 1 60. n" 4 1 . p. 1 62- 163; Feuille du salut public, n" 221. p. 1-4; Gazette française, n» 768. p. 1898. n» 769. p. 1900-1901 ; Batave, n» 356,
(1) Voir ci-dessus, Discours non prononcé..., n" 89.
(2) Voir ci-dessus, p. 226.
*L 1431-1432: NomdUtpelitiqœs. p. 316: Joamml de France, o? 500, p. 2-3: JoamalJumr. a' 500. p. 2-3: Afiches J^Angers. n» 23. p. 93-94; Joamal de Paris, n» 402, p. 1625-1627; Abréoiatem tmivenel. n" 409, p. 1635; n» 413. p. 1630-1651: a* 416. p. 1663-1664; Amaltt patriotiaaes, n» 401. p. 1795-1796: n» 413, p. 1846; Joamid de Perltt. a" 502. p. 43-45: Joamal de Sablier, a° 1 121 : Mexsager du soir, n° 537. Bref résumé dans Les Trois décades, a' 108. p. 412: Sans-ealatU titeromtemr, 17 pinviÔM. p. 4; Cesaner de rÉgoliU. n" 537. p. 292-293; JoamJ dt la Montagrte, n° 85. p. 679; Jemrmal det Hmmn Uires, 18 pinyiÔM. p. 3.
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
93. - SÉANCE DU 18 PLUVIOSE AN II (6 FÉVRIER 1794) Sur la conduite des représentants en mission a Marseille
Loys, membre d'une députation marseillaise, se plaint de la conduite des représentants envoyés en mission dans cette ville, et notanunent d'Albitte ( 1 ) qui refusa de sévir contre les fédéralistes et attendit l'arrivée de ses collègues Romme (2) et Charbonnier (3). Lorsque Barras et Fréron s'y rendirent à leur tour (4) une rivalité naquit qui provoqua l'arrestation de nombreux patriotes. Loys accuse ces représentants d'avoir aussi voulu se venger de l'accueil que leur a réservé la ville et considère que les patriotes marseillais pourront aisément se justifier.
Les représentants ayant été rappelés par le Comité de salut public, Robespierre estime qu'on doit laisser ce dernier décider sur lem- conduite.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel, nP 143, p. 579 (5); Journal de la Montagne, n" 87, p. 694-95; Journal de Sablier, n° 1126, p. 8.
« Robespierre. La Société doit attendre, pour prononcer sur l'affaire qui lui est présentée, qu'elle ait été discutée sans précipitation; en ce moment l'erreur serait très dangereuse. Il y a des nuages épais répandus sur l'ensemble des événemens; il est difficile d'en donner une juste idée, avant d'avoir sagement réfléchi : je crois que l'affaire n'est pas suffisamment éclaircie.
J'ai connu l'orateur pour un patriote. Je séiis que les Marseillms ont combattu le fédéralisme; mais ce qui s'est passé depuis peut présenter un autre caractère. Je ne sais si l'orateur parle au nom des patriotes de Marseille, ou au nom de la ville même. Si c'est au nom
(1) Albitte (Antoine Louis), député de la Seine-Inférieure, était en mission à l'armée d'Italie.
(2) Romme (Gilbert), député du Puy-de-Dôme. Voir A. Galante-Gakrontk, Gilbert Romme, Turin 1959, 1 vol. in-S»; et Actes du Colloque de Riom, 1966 (Paris, P.U.F., 1 vol. in-8<>).
(3) Charbonnier (Joseph), député du Var, adjoint le 7 sept. 1793, aux représentants Gasparin et Escudier, avait été rappelé le 1 1 octobre.
(4) Barras (Paul), député du Var, avait été adjoint, le 8 brumaire, aux représentants à l'armée devant Toulon, avec Fréron (Stanislas Louis Marie), député de Paris. Voir E. Hamel, III, 399-401.
(5) Mon., XIX, 437. Extrait dans Attlabd, V, 641. Mention dans G. Watter.
des patriotes, je lui demanderai quels sont ces patriotes? Si c'est au nom de la ville, je lui demanderai comment il se fait que cette cité, qui a donné naissance au fédéralisme du Midi, soit devenue tout-à-coup si patriote.
Ce qu'il y a de certain, c'est que les citoyens de Marseille accusent les représentans de rigueur; et que d'un autre côté, les représentans assurent que l'esprit public n'est pas changé dans Marseille, que l'indulgence a encouragé les fédéralistes et a engendré un orgueil, qui n'est certainement pas celui des hommes libres. Les représentans prétendent que ceux qui se disent les patriotes de Marseille, après avoir culbuté les fédéralistes, ont voulu se mettre à leur place, et qu'ils n'ont vu dans la révolution salutaire qui s'est opérée à Marseille, qu'un moyen de s'élever sur les ruines du parti opposé. La nouvelle municipalité est accusée de désobéissance envers les représentans; elle est accusée d'avoir donné ordre de rester à plusieurs Marseillais, que les représentans requéraient de marcher à Toulon; on a été réduit, pour empêcher le désordre, à mettre la ville en état de siège. Voilà des prétentions des deux côtés : voilà ce qui servira de base à l'examen du Comité.
Si les Marseillais sont opprimés, ils auront justice; l'esprit de la Convention et du gouvernement est de faire justice à l'innocence, et de faire planer le glaive de la loi sur toutes les têtes coupables; mais la Convention est bien déterminée à soumettre les modérés et tous ceux qui, comme eux, travaillent au renversement de la liberté. S'il est vrai que les Marseillais aient tort, vous sentez qu'alors le fédéralisme reprendrait son empire, et que l'autorité nationale serait méconnue; cette raison doit engager la Société à suspendre son jugement, et à ne prendre aucune impression pour un parti plutôt que pour l'autre. Que les députés de Marseille attendent avec confiance le résultat de la discussion et des éclaircissemens que le Comité va se procurer {Applaudissemens). »
Mention ou extraits dans Gazette historique, n" 40, p. 3; Feuille du salut public, n° 220, p. 3; Journal des Hommes libres, 21 pluviôse, p. 4; Gazette française, n° 772, p. 1913.
séance du 19 pluviôse an ii 369
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
94. - SÉANCE DU 19 PLUVIOSE AN II (7 FÉVRIER 1794) Pour l'exclusion de Brichet (1) et de Sentex
A la suite du discours de Voiron sur la Constitution et le gouvernement anglais (2) Brichet estime que « cent bouches à feu sur les bords de la Tamise » y établiraient plus aisément la liberté, et demande que la Société présente à la Convention une pétition qu'il a rédigée pour obtenir le jugement des derniers Brissotins et l'épuration de la Convention en éliminant notamment le Marais. Robespierre attaque violemment cette suggestion et son auteur. Sentex (ou Saintex) ayant souhaité un complément d'information, il est aussi dénoncé par Robespierre. La Société arrêta, en fin de séance, l'expulsion de Brichet et de Sentex.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 144, p. 582 (3) ; Journal de la Montagne, n° 89, p. 707 (4) ; Mercure universel, XXXVI, 358-61 ; Messager du soir, nP 541 , p. 3; Gazette française, n° 772, p. 1914 (5); Mercure français, n» 7, p. 309-12; Journal universel, n° 1542, p. 6918.
« Robespierre. Quoique les propositions du préopinant soient extraordinairement populaires, quoique elles soient révolutionnaires au dixième degré, j'avoue que je suis décidé à les combattre. Je dois vous faire observer qu'après avoir conquis l'égalité dans un tems où beaucoup de nouveaux champions aussi brillans aujourd'hui que Monsieur Brichet, n'étaient pas encore connus, il n'est rien de si facile que de la détruire, en paraissant la défendre, soit par la négligeance des mesures qui peuvent la consolider, soit en proposant des mesures outrées. Il faut toujours dans ce dernier cas, qu'un champion sorti de l'obscurité se mette en avant pour faire adopter une proposition dangereuse, que l'on a soin de couvrir d'un vernis de popularité.
C'est avec une extrême répugnance que je désigne le préopinant; ce n'est pas lui dont je veux m'occuper, mais plutôt du complot que nous avons découvert, et qui est si bien développé, que dans peu de jours, les conséquences s'appliqueront aux individus.
Brichet semble s'apitoyer sur le sort des patriotes, comme s'il n'y avait que les patriotes qui fussent persécutés. Si le préopinant a voulu le dire, il n'a pas dit la vérité, car les aristocrates tremblent depuis que tous les jours on les conduit à l'échafaud. Ceux qui se
(1) Sur ce personnage, voir Discours..., 4« partie, p. 632, note 14.
(2) Broch. in-80, 24 pages {B.N., 8° Lb *»782).
(3) Mon., XIX, 443, sauf les deux dernières interventions de Robespierre. Copie manuscrite de ce texte (Arch. nat., F' 4617, doss. 1 Brichet) signalée par A. SoBOUL, Les sans culottes parisiens, p. 356, note 104. Mais il ne s'agit pas là d'un brouiUon de la main de Robespierre. Extraits dans Bûchez et RoxJX, XXXI, 294.
(4) AuLARD, V, 644-646. Mention dans G. Walter. Voir E. Hamel, III, 392-393.
(5) A partir de « Son opinion est très belle ».
plaignent du sort qu'éprouvent les patriotes, ne sont pas ceux qui leur donneraient des secours dans le besoin, ni qui s'exposeraient pour les défendre. Je regrette beaucoup de n'avoir pas vu Brichet donner ses soins aux patriotes opprimés dans des momens critiques; et je suis étonné de le voir maintenant dans une posture où il paraît être le fondateur de la liberté, et nous des modérés et des Feuillans.
Je vais raisonner sur l'opinion de Brichet, et l'inviter à me répondre; je vous ferai observer une seconde fois qu'il s'agit aujourd'hui, non de proclamer les droits du Peuple, mais de choisir les moyens les plus propres pour les défendre. Brichet et quelques autres pourront bien les proclamer; mais ils auront le soin de ne vous proposer aucune mesure pour les faire triompher; ou s'ils en proposent, elles seront au moins imprudentes.
Il m'a paru que son opinion avait deux objets. Le premier, contenu dans une seule phrase, est la descente en Angleterre. Je suis éloigné de contester la nécessité de cette grande mesure; mais je lui dirai que ce n'est pas lui qui nous donnera toutes les facilités pour l'exécuter; que ce n'est pas lui qui pourra concourir à la diriger. Brichet nous exprime la proposition imposante d'une descente en Angleterre avec beaucoup de brièveté; mais il développe très au long celle qui a pour but d'attaquer les représentans du peuple. Que devons-nous en conclure, sinon que Brichet en veut plus à la représentation nationale qu'à l'Angleterre?
Son opinion est très belle; il vous parle de punir les traîtres, et de les envoyer en masse à la guillotine. C'est aujourd'hui un très-beau rôle de déclamer contre le Marais et contre une nouvelle faction; il serait bien facile avec cela de se faire applaudir, si l'on ne parlait pas devant des hommes qui sont au fait de tout ce qui se passe.
Le premier principe des hommes libres est d'exterminer tous les traîtres; mais il faut employer tous les moyens convenables. Personne n'ignore qu'il y a beaucoup d'intrigans et de scélérats qui veulent compromettre la Convention par de fausses démarches, l'avilir et la dissoudre ensuite. Ces hommes infâmes, qui reçoivent de grosses sommes pour une petite motion, savent bien que leur seule ressource est de couvrir leurs exécrables projets d'une teinte de patriotisme.
En frappant à la fois et le Marais et la faction nouvelle, c'est donner à celle-ci l'appui du Marais, qui, se croyant tout entier menacé de l'échafaud, se rallierait aux chefs de la faction que Monsieur Brichet dénonce, pour détruire, de concert avec elle, la Montagne de la Convention. Si la représentation nationale gémissait sous l'oppression, j'applaudirais au zèle du préopinant; mais je suis obligé de dire que l'orateur était muet dans le tems où la Convention était opprimée par Brissot et ses complices. Si la Convention était composée de contrerévolutionnaires, je bénirais la vigilance d'un homme quel qu'il fût; mais si la Convention est composée de représentans dignes de l'être.
si c'est elle qui a écrasé nos ennemis, qui a dissous dans l'intérieur la coalition de tous les fédéralistes des 83 départemens; si elle a étouffé la rébellion dans Toulon, dans Lyon, etc. ; si elle a repoussé les Allemands au Rhin, et les a tenus en échec au Nord; si elle a donné au Monde un exemple frappant de fermeté; il est étonnant de voir un homme méprisable, élever la voix contre quelques représentans, comme si la Convention n'était pas assez forte pour punir les traîtres qui se trouveraient dans son sein. Je suis indigné d'entendre déclamer un Brichet dont nous n'avions pas entendu parler, et qui n'aimerait pas qu'on recherchât sa vie passée dans les boudoirs de la Polignac.
S'il existait autrefois un Marais égaré par les chefs d'une faction infâme dont la plupart ont péri sur l'échafaud, il est constant que depuis ce moment, la Convention a sauvé la Patrie, et que ceux qui composaient autrefois le Marais se liguent avec la Montagne pour prendre les décisions vigoureuses et salutaires. Ce qui prouve que des scélérats avaient corrompu quelques individus faibles et dont la masse était bien intentionnée.
Je reconnais avec Monsieur Brichet, qu'il y a une faction nouvelle; elle se divise en deux partis, dont l'un est composé d'agens de puissances étrangères, qui travaillent pour la tyrannie, pour la dissolution de la Convention et le déchirement de la France en lambeaux; l'autre est composé de factieux qui se sont introduits jusques dans la Convention. Sans doute les émissaires des tyrans ne pourraient exécuter leurs projets, s'ils n'étaient pas secondés par des hypocrites qui se sont glissés dans la Convention.
Brichet vous parle bien de cette faction, mais il ne nomme pas les individus, il ne désigne pas les traîtres qu'il faut punir. Quand on demande vengeance contre des représentans que l'on ne désigne pas, toute la Convention se croit menacée et exposée à de grands malheurs. Alors les véritables traîtres sont ceux qui mettent en avant de pareilles motions.
Robespierre après s'être résumé, termine par demander :
1° Que la Société ouvre une discussion solennelle sur le double système d'intrigues qu'il a dénoncé;
2° Que l'on passe à l'ordre du jour sur la motion de Brichet;
3° Que cet individu soit chassé de la Société. »
[Intervention de Brichet]
Robespierre persiste dans la motion qu'il a faite, de chasser Brichet; il annonce qu'il découvrira bientôt d'autres intrigans tels que Brichet.
[Intervention de Saintex]
Robespierre instruit la Société qu'il regarde Saintex comme un intrigant. Après avoir fait quelques réflexions sur les principes énoncés par lui, il répond au reproche que Saintex a dirigé contre lui, en parlant du despotisme d'opinion. Il fait remarquer que tous les ennemis de la liberté ont tenu ce langage, parce qu'ils préfèrent le despotisme
de la force à celui de l'opinion. Après avoir cité un trait de patriotisme d'un lord anglais, qui a déclaré dans la Chambre haute, qu'il donnerait sa vie pour sa patrie, il annonce qu'il n'est pas moins généreux que ce lord, et qu'il est prêt de donner sa tête pour sauver son pays. Il déclare que tous les reproches qui lui seront faits, ne seront pas capables de le détacher du projet qu'il a conçu de donner tous ses soins à l'affermissement de la liberté. Il termine en reprochant à Saintex d'avoir donné sa voix pour sauver Miranda, l'un des plus fermes soutiens de la clique brissotine, et demande son expulsion. »
Correspondance politique, n° 55, p. 229.
« L'observateur a été témoin d'une scène intéressante, l'avant veille de son départ... Deux Jacobins sectionnaires vinrent proposer deux mesures révolutionnaires... 1^ De mettre à mort les 60 députés détenus... 2° De lever la seconde réquisition afin qu'elle put s'exercer pour faire la campagne prochaine. Tout cela fut bien soutenu, mais Robespierre monta à la tribune et dit qu'il n'y a que les agens de Pitt qui puissent faire de semblables propositions; que cette mesure tuerait l'agriculture; que l'on manque de fusils pour armer la seconde réquisition; que jamais la France n'a été plus triomphante; que l'on vient ainsi faire des motions meurtrières et ourdies dans des repaires sectionnaires pour semer la terreur... Robespierre demanda que les motionnaires soient rayés des Jacobins; ceux-ci demandent à parler, il s'y oppose, ils sont chassés, mais le lendemain Paris est plein de placards où l'on exhortait le peuple à se soustraire à ce despotisme. »
Extr^ita d^n» Journal de Sablier, n" 1128. p. 3; Journal dei Hommei libres, 22 pluviôse, p. 207 et 23 pluviôse, p. 21 1 ; Annales de la République française, n° 72, p. 2, et n" 73, p. 1; Courrier universel, 22 pluv.,p. 1-2 et 23 pluviôse, p. 2; Correspondance politique de Paris et des départemens, n" 236, p. 3-4; Gazette historique et politique..., n" 42, p. 2, Feuille du salut public, n» 223. p. 3 ; Journal de Perlet, n" 506, p. 80 et n» 507, p. 85-86 ; Us Trois décades, n» 1 12. p. 427; Courrier républicain, n° 103, p. 308.
95. - SÉANCE DU 22 PLUVIOSE AN II (10 FÉVRIER 1794) \ Pour que la procédure contre Armand du Couedic (1),
ACCUSÉ d'émigration, SOIT SUSPENDUE
Au nom du Comité de Législation, Merlin (de Douai) expose la conduite d'Armand du Couédic qui, depuis le début de la Révolution, a révélé son patriotisme. Obligé de se rendre à Londres en mai 1792 pour rechercher les pièces nécessaires à un procès que lui intentait im banquier anglais, il fut dénoncé comme émigré et renvoyé au Tribunal révolutionnaire.
(1) Ancien conseiller au Parlement de Rennes. Voir sa défense dans Arch. pari., LXXXrV, 553-55.
Merlin (de Thionville), Charlier puis Danton demandent que cette affaire soit réexaminée soit par la Convention, soit par le Comité de Législation. Sur la proposition de Robespierre, elle fut renvoyée au Comité de sûreté générale.
GazetU nationale, ou le Moniteur univenel, d9 143, p. 580 (1).
« Robespierre. Il résulte de la discussion qui vient d'avoir lieu, qu'on ne peut pas faire une loi générale d'exception; n'examinons donc que le fait particulier. Il pareiît qu'il y a de fortes raisons pour que la personne dont il s'agit ne soit pas la victime de la loi contre les émigrés. Eh bien! puisque dans ces circonstances particulières, puisque dans l'individu même on trouve des motifs d'exception, il faut renvoyer au Comité de sûreté générale et suspendre la procédure. »
Mendoo <kns Joamal de Pertet, n" 507, p. 83; MeuageT ia toir, a* 542. p. 4; Correspondance politiqae it Ptris et des d^poTiemem, n' 238. p. 4; Annales patriotiqaes, a' 406, p. 1816; Mercart anioenel. XXXVI, 376; Joamal de la Montagne, n" 90, p. 720; Bataoe, n" 362, p. 1453; Joamal de Paris, n" 407, p. 1647; AaditeuT national, a" 506, p. 3.
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
%. - SÉANCE DU 23 VENTOSE AN II (13 MARS 1794) Pour s'unir contre les nouveaux dangers qui menacent la Patrie
Robespierre et Couthon malades, n'avaient pu paraître à la Société pendant près d'un mois (2). Au début de cette séance, lorsqu'ils entrent dans la salle, « tous les membres et les citoyens des tribunes témoignent par leurs applaudissements la satisfaction de revoir ces deux patriotes ». Robespierre dénonce le complot des Hébertistes (3) et, sur sa proposition.
(1) Mon., XrX, 439. Arch. pari., LXXXIV, 540. Mentioa dans G. Walteb. Voir E. Hamel, m, 413.
(2) Dès le début de pluviôse la santé de Robespierre avait inspiré des inquiétudes. Le 6, les Jacobins s'en émurent et un citoyen les rassura (Journal de Perlet, t. VIII, p. 470; Mon., XIX, 314). Le 28 pluviôse une citoyenne des tribimes demanda de ses nouvelles et de celles de Couthon; des conunissaires furent nonunés f)our se rendre chez eux (J"' de Perlet, t. IX, p. 151). La section de l'Unité, l'assemblée des Jeunes républicains de la section des Piques et la S*® populaire du Temple suivirent cet exemple (Arch. nat., F '4436*, pi. 4, p. 141 à 144). Le l«r ventôse, les envoyés Jacobins rapix)rtent que » Couthon se porte mieux et que l'indisposition de Robespierre s'est aggravée, sans cependant aucun danger pour sa vie » {Gazette française, n» 782, p. 1953). Voir aussi Feuille du salut public, 1«' vent, (n» 231, p. 3), Annales patriotiques, 2 vent, (np 415, p. 1856), Feuille du salut public, 3 vent. (n° 233, p. 4), Id., 8 vent, (n» 238, p. 3), Mercure universel, 10 vent. (XXXVII, 153). Voir E. Hamel, m, 414, et Bûchez et Roux, XXXI, 323.
(3) Voir les discours de Saint -Just à la Convention des 8 et 23 ventôse; E. Hamel, III, 425 (séance des Cordeliers du 14 ventôse) et A. SoBotiL, Les sansculottes parisiens..., p. 752.
une séance extraordinaire sera consacrée le lendemain à cette discussion. La Société « l'engagea à redoubler de zèle et de persévérance pour aider la Convention à sauver le peuple et à terrasser ses ennemis » (1).
Journal de la Montagne, n9 122, p. 978 (2) ; Journal de Perlet, n" 539, p. 342; Courrier républicain, n° 136, p. 114; Journal de Sablier, n» 1196, p. 4; Messager du soir, n" 574, p. 2; Mercure universel, XXXVII, 406.
« Robespierre. Il m'est impossible de ne pas désirer d'avoir les forces nécessaires pour témoigner ma reconnoissance des marques d'attachement que vous m'avez données dans ces derniers momens. Je tâcherai de m'en rendre digne en continuant de servir la patrie. Jamais il n'y a eu de circonstance où l'énergie des défenseurs de la liberté ait été plus nécessaire que maintenant; jamais la liberté ne fut exposée à tant d'outrages, à des conspirations aussi viles et aussi dangereuses. Plût à Dieu que mes forces physiques fussent égales à mes forces morales; je pourrois aujourd'hui confondre les traîtres, et appeller sur toutes les têtes coupables la vengeance nationale; mais ce que je ne puis faire d'une manière satisfaisante, les autres patriotes le feront à ma place. Un complot affreux a été ourdi contre la Convention et contre les Jacobins qui sont, après elle, les premiers objets de la haine de nos ennemis. Je demande qu'il y ait demain une séance extraordinaire pour discuter ce complot odieux (Applaudi). »
Annales de la République française, n° 106, p. 2; Correspondance politique de Paris et des départemens, n° 270, p. 1.
« Robespierre. Citoyens, les marques d'estime et d'attachement que vous me prodiguez, sont pour moi un témoignage bien flatteur ; de vos sentimens à mon égard. Oui, j'aime ma patrie, et je veux lui consacrer toute mon existence. Si jamais la présence des patriotes fut nécessaire, c'est sur-tout dans les momens critiques où la liberté menacée de toutes parts, court de plus grands dangers que jamais. Heureux si les forces physiques de mon corps, peuvent répondre à l'ardeur dont mon âme est embrasée! Une faction criminelle a voulu renverser la Convention et les Jacobins eux-mêmes. Les ramifications de ce nouveau système sont étendues et propagées beaucoup plus loin qu'on ne le croiroit. Je demande que toute autre affaire cessante, la Société ne s'occupe plus désormais que de cette nouvelle conspiration, qu'il y ait des séances extraordinaires tous les jours. »
Mention dans Journal mioertel, W 1573. p. 7162; Feuille du lalut ptMic, n' 255. p. 2; Gazette hiitoriqae. n' 170. p. 2 : Joamal des Hommetlibres, 25 ventd$e. p. 339; Ahrioiateot mioenel, n' 440, p. 1757; Gazette française, n' 805. p. 2045-2046.
(1) Journal des Hommes libres, 25 vent., p. 340.
(2) Rien au Moniteur. Reproduit dans Aulard, V, 681. Mention dans G. Walter.
séance du 24 ventôse an ii 375
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
97. - SÉANCE DU 24 VENTOSE AN II (14 MARS 1794) Prend la défense de Boulanger
La Société avait entendu, la veille, le long rapjKnt contre les Hébertistes que Saint-Just avait présenté le matin même à la Convention et qui provoqua l'arrestation de Hébert, Chaumette, Vincent, Ronsin et autres (1). Billaud- Varenne insiste, dans la séance du 24, sur la gravité de la situation et € l'infamie des conspirateurs ». Il est soutenu par Loys, envoyé de la \ille de Marseille (2) qui retrace la séance des CordeÛers où j>arut une députation jacobine conduite par Collot d'Herbois (3), et dont il fut le témoin. Il s'en prend notamment à Momoro et à Boulanger qui réjwnd. Robespierre mtervient, mais doit quitter la tribime, ses forces physiques le trahissant. Après que Tallien eût demandé qu'on recherchât attentivement les complices des traîtres, on s'efforça de faire dévier la discussion.
Courrier républicain, n° 138, p. 132 (4); Correspondance politique de Pari» et de» département, n» 272, p. 3; Journal de Sablier, nP 1200, p. 3.
« Robespierre prend la parole. Il fait sentir le danger qu'il y a d'accoler des patriotes à des intrigans et à des traîtres, et la facilité de donner aux expressions les plus patriotiques une tournure aristocratique, en forçant le véritable sens.
Quand un homme se montre partisan de la sédition, dit-il, je ne balance pas à le condamner; mais quand un homme a toujours agi avec courage et désintéressement, j'exige des preuves convaincantes, pour croire qu'il est un traître. J'ai vu dans Boulanger un patriote pur; je l'éii entendu, dès le commencement de la conspiration, tenir le langage le plus patriotique et le plus satisfaisant, celui d'un citoyen qui aime la liberté et n'a pas de plus grand désir que de la voir triompher. Jusqu'à présent tous les individus l'annoncent pour un patriote, et le plus grand de tous les dangers, seroit de rapprocher les patriotes de la cause des conspirateurs. On veut détourner l'attention publique de dessus la conjuration, en chargeant les véritables patriotes, des inculpations les plus chimériques. Les coupables qui se sont dévoilés eux-mêmes, ne sont peut-être pas les principaux agens de la contre-révolution; il faut les chercher parmi les aristocrates, parmi les étrangers, et non jeter le soupçon sur les patriotes. Je ials cette
(1) Voir ce discours dans Mon., XIX, 686-692 et Arch. pari, LXXXVI,434- 441. Le 25 ventôse, Saint Just annonça à la Convention rarrestation de Ronsin, Vincent, Hébert, Momoro, Ducroquet et du général Laumur (Arch. pari., LXXXVI, 400).
(2) Voir ci-dessus, séance du 18 plu\iôse, n° 93.
(3) Séance du 18 ventôse. Voir Aulahd, V, 676.
(4) Reproduit par Aui^ahd, V, 686, jusqu'à : « cause des conspirateurs ». Rien dans le Journal de la Montagne. Mention dans G. Walter. Voir E. Hamel, III, 432.
réflexion, parce que les modérés et les royalistes n'attendent que le moment de sacrifier les patriotes pour se venger de leur surveillance continuelle.
J'ai vu insinuer les soupçons les plus atroces contre ceux qui ont contribué le plus efficacement à étouffer la conspiration. On veut faire un crime aux patriotes énergiques, et leur caractère ardent sert de prétexte aux malveillans, qui les supposent toujours disposés à prendre parti dans des conspirations violentes. »
Extrait» dans Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 178, p. 719 (I); Journal de Perlet, n" 542, p. 366-367; Mercure universel, XXXVII. 439; Feuille du salut public, n° 257, p. 2. Résumé dans Courrier universel, 26 ventôse p. 2 ; Journal des Hommes libres, 26 ventôse, p. 343 ; Messager du soir, n° 576, p. 3 ; Gazette française, n" 808, p. 2057.
98. - SÉANCE DU 25 VENTOSE AN II (15 MARS 1794) Sur la conspiration qui vient d'être découverte
Tandis qu'à la barre, l'orateur d'une députation de la Section de Bonne-Nouvelle demande que tous les marchands soient exclus des fonctions publiques (2), Robespierre, Billaud-Varenne, Barère et Saint-Just viennent prendre séance. Robespierre interrompt les pétitionnaires « pour inviter tous les citoyens à ne pas fomenter de nouvelles haines dans ces temps de crise, et à se réunir pour frapper les conspirateurs » (3). Il demande qu'on écoute la lecture des lettres saisies par le Comité de salut public qui démontrent que la conspiration découverte est dirigée par l'étranger. Après cette lecture faite par Couthon, et une intervention de Barère, l'Assemblée décréta que les lettres seraient insérées en entier au Bulletin (4).
Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 176, p. 711 (5).
« Robespierre. Il est un objet qui dans ce moment doit occuper tous les bons citoyens, c'est la conspiration nouvellement découverte qui devait anéantir la liberté. Que tous les bons patriotes, que tous ceux qui portent dans leur cœur le germe du patriotisme, prouvent qu'ils aiment la liberté en se réunissant à nous pour la sauver (Oui, oui, s écrie-t'on de toutes parts, nous serons unis, nous sauverons le peuple — La salle retentit des plus vifs applaudissemens). Toutes les factions doivent périr du même coup {Nouveaux applaudissemens); mais ceux qui sont les ennemis de toutes les factions ne peuvent être reconnus que par la sagesse de leurs conseils et la justesse des mesures nécessaires
(1) Mon., XIX, 721.
(2) Voir Arch. pari., LXXXVI, 498 (n° 74). L'instigateur de cette pétition serait Maurin, employé aux Affaires étrangères. E. Hahel (III, 429) fait erreur lorsqu'il date cette intervention du 24 ventôse.
(3) Voir A. SoBOUL, Les sans-culottes parisiens..., p. 757 et s.
(4) Voir Arch. pari., LXXXVI, 501-502.
(5) Mon., XIX, 706. Reproduit dans Bûchez et Roux, XXXII, 13. Mention dans G. Walter.
pour étouffer les ennemis de la République. Parmi les factions il en était une qui serrait de plus près la liberté, qui enveloppciit la Convention nationale toute entière; elle vient d'éclater, et les convulsions de son agonie prouvent combien elle était redoutable; elle ose encore braver le Peuple en prêchant la sédition et le massacre des députés. Des complices des scélérats que la mam de la justice a commencé à frapper, donnent une preuve authentique de leur révolte, en voulant se soustraire au jugement du Peuple qui va prononcer.
La justice du Tribunal révolutionnaire, de ce tribunal qui jusqu'à ce jour a été aussi inexorable qu'impartial, qui a su distinguer les coupables et ne punir que les coupables, épouvante ces conspirateurs qui appellent le Peuple contre la Convention.
Ils avaient ramassé dans Paris une armée d'émigrés, une nuée de déserteurs et d'étrangers, et des hordes de scélérats. Le moment était marqué pour renverser la liberté, l'instant où devaiit éclater la conspiration étant annoncé d'avance dans les cours des tyrans armés contre la République française, par les émissaires qu'ils entretiennent au milieu de nous. Le Comité de salut public a entre ses mains les preuves de cette horrible conspiration. Des lettres ont été interceptées par la poste; elles tracent en peu de mots la trame ourdie pour perdre la liberté; un membre du Comité est chargé de vous les lire.
Je finis en disant au peuple qu'il doit surveiller ses ennemis, les découvrir sous les dehors imposteurs sous lesquels ils se cachent, et marquer du sceau de la réprobation ceux qui pour éviter le supplice dû à leur crime, veulent bouleverser la République et anéantir la hberté. Je l'adjure de s'unir à la représentation nationale, qui va se lever encore pour sauver la liberté. Je l'adjure de se rendre dans ses sections pour étouffer la voix des orateurs mercenaires, des agens des puissances coalisées contre la Nation française, qui ne manqueront pas d'y semer des divisions, de s'y former des partis {Vifs applaudissemens).)^
Journal des Débais et Décrets, n° 542, p. 329 (1).
« Robespierre. Il y a un objet important qui doit uniquement fixer toute l'attention des bons citoyens; c'est la conspiration qui avoit été ourdie contre la liberté. Que ceux qui sont animés d'un patriotisme pur et vrai, le prouvent en se réunissant aujourd'hui pour terrasser les conspirateurs et pour défendre la liberté! (Oui, oui, sécrie-t-on de toutes parts dans la salle et dans les tribunes : Vive la République!) Toutes les factions doivent périr du même coup sans doute; mais ceux qui sont ennemis de toutes les factions, ne peuvent être reconnus qu'à la sagesse de leurs conseils, à la justesse des mesures qu'ils proposent, et à la fermeté d'exécution que l'on a droit d'attendre d'eux.
(1) Reproduit dans Arch. pari, LXXXVI, 500-501.
Parmi les factions qui assiègent la liberté, il en est une qui la serroit de plus près, qui investissoit la Convention, et dont le foyer vient d'éclater. Les convulsions de son agonie prouvent combien elle étoit redoutable. Dans le moment actuel, on la voit encore oser braver le peuple français, en prêchant la sédition contre sa représentation, et le massacre de ses mandataires. Quand bien même il manqueroit d'autres preuves (ce qui n'est pas), les complots des scélérats que la justice nationale fait arrêter, se prouveroient par les efforts qu'ils font pour se soustraire par la révolte au jugement du peuple, qui est près de se prononcer sur eux. La justice du tribunal incorruptible, remarquable par l'appui qu'il accorde à l'innocent et par l'inflexibilité avec laquelle il frappe le coupable, loin de les rassurer, les épouvante. Ils conspirent encore par des déclamations; ils excitent le peuple contre ses représentans, contre lui-même ; on les voit fomenter la guerre civile, parce qu'ils n'ont pu parvenir à renverser la liberté. Ils avoient dans Paris des rassemblemens de déserteurs étrangers à leurs ordres; ils avoient une armée d'émigrés, qu'ils y avoient appelée, et dont ils se ménageoient les services criminels. Ce moment enfin étoit marqué pour la ruine de la liberté.
Ce n'est pas tout : cette conspiration, le moment où elle devoit éclater, les causes qu'on lui donnoit, les effets qu'on en attendoit, tout étoit annoncé d'avance à tous les tyrans coalisés contre la République française, par des émissaires de la conjuration.
Nous ne pouvons vous faire actuellement un rapport détaillé de cette trame immense; mais on va vous donner lecture de deux lettres précieuses qui sont tombées entre nos mains, et qui, en peu de mots, tracent le plan de la conspiration. Ces lettres ont été interceptées, et nous ont été remises.
Je finis en adjurant le peuple de tenir les yeux ouverts sur ses ennemis, de les découvrir sous les dehors imposteurs qu'ils empruntent, et de marquer du sceau de la réprobation universelle tous ceux qui veulent se soustraire à l'action de la justice nationale. Je l'adjure de s'unir étroitement à ses représentans qui vont se lever de nouveau pour le sauver. (Oui, oui, s écrie-i-on, au milieu des plus vifs applaudissemens.) Je demande en particulier à tous les citoyens de se rendre aujourd'hui dans leurs sections pour y déjouer les manœuvres de tous les intrigans, et pour y confondre les orateurs des cours étrangères, qui ne manqueront pas de s'y rendre et d'y essayer leur criminelle influence. C'est là qu'est aujourd'hui le poste de tout bon citoyen. Je finis en concluant à la lecture des lettres.»
Correspondance politique de Paris et des départemens, n" 271, p. 8-4.
« Robespierre, Billaud-Varenne, Barère, Saint-Just entrent dans l'assemblée. Aussitôt Robespierre interrompt les pétitionnaires qui sont à la barre. Un seul et unique objet, dit-il, doit fixer l'attention
de l'Assemblée, de tous les patriotes, de toute la France : la conjuration que le Comité de salut public vous a dévoilée, cette horrible conjuration qui devoit faire couler des flots de sang, et relever sur nos cadavres, le trône de la tyrannie. Oui le massacre de tous les patriotes étoit le but de ces infâmes conspirateurs! {Les plus violens murmures, les cris de la plus profonde indignation s'élèvent du sein de V Assemblée et des tribunes.)
Quel est, dans ces pénibles circonstances, le devoir de tout bon citoyen? c'est de seconder par ses conseils, par ses réflexions la marche de la justice dont la main a déjà saisi les chefs du complot. La plus active surveillance est imposée à tous les patriotes, car tous les complices ne sont pas encore connus. Il est un point bien connu, c'est que tous les tyrans étoient avertis par leurs émissaires du moment où devoit éclater la conspiration, c'est qu'il y avoit à Paris une armée d'émigrés toute prête, des rassemblemens de déserteurs étrangers qui dévoient favoriser les projets liberticides des conspirateurs. Le Comité de salut public sans cesse attentif à poursuivre toutes les ramifications de cette ténébreuse manœuvre, va vous communiquer deux lettres précieuses, interceptées à la poste. Ces deux lettres vous prouveront clairement que le fil de la conspiration est entre les mains des puissances étrangères.
Robespierre termine ce discours en apostrophant le peuple d'un ton qui retentit dans tous les cœurs. J'adjure, dit-il, tous les citoyens qui m'entendent, j'adjure le peuple français de se sauver lui-même. Citoyens présens dans cette enceinte, rendez-vous tous ce soir dans vos sections, occupez-vous y de la conspiration qui devoit creuser le tombeau de la liberté, aidez vos représentans à anéantir du même coup tous les factieux!»
Extrait» dans Baiaot, n" 394, p. 1583; Joamal du mit, n" 539, p. ! ; CoarritT de l'Égalité, n» 575, p. 5%; Jomnd de France, n» 539, p. I ; Gazette françaite, a' 806, p. 2050; Joamal de Paris, n» 440, p. 1779; Coarrier idgiqme, n" 35, p. 170; NoacelUi politiqaes, p. 468; Joamal de la Montagite, n" 123. p. 1000; Joamal wùvertel. n» 1574. p. 7169; Joamal de Perlet, n" 540, p. 348; Coarrier tmioersel, 26 ventôïe, p. 4; Messager du soir, u° 574, p. 4; Coarrier historique et polUiqae..^ n° 170, p. 694; Mercure tmioersel, XXXVl 1,424; Cadette de France, n" 75, p. 304; Coarrier répabliasin, t. III, n° 137, p. 123. Bref résumé dans Correspondance politique, n" 64, p. 265; Auditear naiional, n" 539, p. 4; Joamal des Hommes libres, 27 ventôse, p. 346; Joamal de France, 26 rentôse. p. 3; Femlle du salut public, n" 256, p. I ; Gazette historique, a" 76, p. 4; Abréoiaiear anicersel, n' 440, p. 1760.
Pour que soit revu le rapport d'Amar SUR la conspiration de l'étranger
Au nom des Comités de sûreté générale et de salut public, Amar présente un rapport et demande le décret d'accusation contre Delaunay (d'Angers), Julien (de Toulouse), Chabot et Fabre d'Églantine ainsi que
Basire, convaincus d'avoir favorisé l'agiotage et falsifié le décret concernant la liquidation de la Compagnie des Indes (1). Billaud-Varenne demande qu'on ajoute au projet de décret le motif d'accusation suivant : « avoir conspiré contre la Nation en cherchant à avilir la représentation nationale ». Il est soutenu par Robespierre (2).
La Convention vota le décret d'accusation et renvoya le rapport à ses Comités pour qu'on y insérât les modifications proposées (3).
Courrier de V Egalité, nP 577, p. 610-611 ; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, nP 178 (4) ; Journal des Débats et Décrets, nP 543, p. 347 (5) ; Journal de Pari», n* 442, p. 1785 (Textes très proches).
« Robespierre. Je dois manifester aussi ma surprise de ce que le rapporteur n'a pas mieux saisi l'esprit dans lequel il devoit faire son rapport, de ce qu'il a oublié l'objet le plus important, celui de dénoncer à l'univers le système de diffamation adopté par la tyrannie contre la liberté, par le crime contre la vertu.
Il faut le dire hautement ici : les crimes de quelques-uns de nos collègues sont l'ouvrage de l'étranger; et le principal fruit qu'il se proposoit d'en recueillir, n'étoit pas la perte de ces individus, mais celle de la République française, qui devoit s'opérer en ôtant au peuple la confiance dont il investit ses représentans.
Il y a, sur-tout ce qui vient de se passer, une observation péremptoire à faire, et je vais vous la soumettre.
J'appelle les tyrans de la terre à se mesurer avec les représentans du peuple français; j'appelle à ce rapprochement un homme dont le nom a trop souvent souillé cette enceinte, et que je m'abstiendrai de nommer; j'y appelle ce parlement d'Angleterre, associé aux crimes liberticides du ministre que je viens de vous indiquer, et qui a dans ce moment, avec tous nos ennemis, les yeux ouverts sur la France, pour voir quels seront les résultats du système affreux que l'on dirige contre nous.
Savez-vous quelle différence il y a entre eux et les représentans du peuple français? c'est que cet illustre parlement est entièrement corrompu, et que nous ne comptons dans la Convention nationale que quelques individus atteints de corruption : c'est qu'à la face de la nation britannique, les membres du parlement se vantent du trafic de leur opinion et la donnent au plus offrant ; et que parmi nous, quand nous découvrons un traître ou un homme corrompu, nous l'envoyons à l'échafaud {Vifs applaudissemens).
(1) Voir ci-dessus, séance du 8 octobre (n° 47), 1'^ intervent.
(2) Voir sur cette séance, Arch. pari., LXXXVI, 553-557; A. Mathibz, Un procès de corruption sous la Terreur. L'affaire de la C^^ des Indes, et E. Hamel, III, 369-72 ; Laponneraye, III, 567 ; Bûchez et Roux, XXXII, 16.
(3) A notre connaissance, le rapport d'Amar n'a pas été imprimé.
(4) Mon., XIX, 723. Mention dans G. Walter.
(5) Reproduit dans Arch. pari., LXXXVI, 557.
Je soutiens, moi, et tout homme raisonnable et juste le soutiendra de même, quelque pays qu'il habite, eût-il le malheur de vivre sous le joug des tyrans coalisés contre nous, que cette affaire même est un nouveau titre de gloire pour la Convention nationale. Oui, elle prouve qu'à notre existence est attachée la destinée des peuples, puisque les tyrans réunissent tous leurs efforts pour nous accabler; puisque nous les soutenons avec la dignité qui convient aux mandataires d'un grand peuple; puisque enfin notre existence est le prix du courage héroïque avec lequel nous les repoussons. La corruption de quelques individus fait ressortir, par un contraste glorieux, la vertu publique de cette auguste assemblée {Vifs applaudissemens).
Peuple, dans quel pays a-t-on vu encore celui qui étoit investi de la souveraine puissance, tourner contre lui-même le glaive de la loi? Dans quel pays a-t-on vu encore un sénat puissant, chercher dans son sein ceux qui auroient trahi la cause commune, et les envoyer sous le glaive de la loi? Qui donc encore a donné ce spectacle au monde? Vous citoyens! {La salle retentit d' applaudissemens).
Voilà citoyens, la réponse que je fais, en votre nom, à tous les tyrans de la terre; elle s'oppose également au manifeste des hommes couverts de crimes, qui oseroient chercher la destruction de la Convention nationale dans l'avilissement de quelques hommes pervers.
Je suis obligé de le dire avec douleur : le rapport que l'on vous a fait, auroit dû renfermer les observations que je viens de vous présenter; et peut-être sa rédaction dans ce système, eût-elle été mieux conçue. Comme nous devons faire, dans toutes les circonstances, le sacrifice de ce qui est personnel à la chose publique, je demande, en appuyant l'amendement de Billaud-Varenne, que le rapport d'Amar ne soit pas livré à l'impression avant d'avoir été revu {Applaudi).»
Journal de la Montagne, t. Il, a° 124, p. 1007; Courrier unicersel, 27 ventôse, p. 3.
« Robespierre forme les mêmes regrets. Oui, dit-il, le principal fruit que les tyrans de l'Europe attendoient de la diffamation de ces malheureux, n'étoit pas leur perte, mais celle de la République. Qu'ils apprennent la différence qu'il y a entre nous et le parlement britannique. Cet illustre sénat est corrompu presqu'en entier : dans la Convention, il ne se trouve que quelques individus d'impurs. En Angleterre on se vante hautement de la fortune qu'on a faite en vendant les droits du peuple. Parmi nous, dès que nous découvrons un traître, nous l'envoyons à l'échafaud. Je soutiens que cette affaire est pour nous un nouveau titre de gloire; la corruption de quelques individus fait ressortir par un contraste glorieux, la vertu publique. Dans quel pays a-t-on vu un sénat puissant tourner contre lui-même le glaive des lois? Dans quel pays a-t-on vu un corps investi de la suprême puissance, chercher dans son sein, ceux qui ont trahi les intérêts du peuple, et les livrer à la justice? Qui a donné cet exemple à l'univers? Vous,
citoyens, vous, contre qui presque tous les despotes de l'Europe réunissent leurs efforts. Voilà la réponse que je leur fais en votre nom et à tous ceux qui trouveroient dans cette épuration le sujet d'une maligne joie. »
Batave, n» 396, p. 1592,
« Robespierre. Et moi aussi je pense que le rapporteur n'a point assez saisi l'esprit du rapport, et qu'il a passé trop légèrement sur l'objet le plus essentiel, celui de dénoncer à l'univers le projet de diffamation conçu par la tyrannie contre la liberté, par le crime contre la vertu. Les forfaits de quelques hommes qui furent nos collègues, sont l'ouvrage de l'étranger. Le principal fruit qu'il espéroit en recueillir n'étoit pas leur perte, mais celle de la liberté, celle de la République en ôtant au peuple la confiance dont il a investi ses représentans. Il y a une réponse péremptoire à faire à tous les tyrans. Je les appelle en lutte avec les représentans du peuple; j'appelle aussi cet homme à qui nous faisons trop d'honneur en le nommant si souvent dans cette enceinte. J'appelle sur-tout le parlement d'Angleterre de concert avec Pitt. Savez-vous quelle différence il y a entre lui et la Convention nationale? c'est que cet illustre parlement anglais est corrompu tout entier, et que chez vous il n'y a que quelques membres corrompus. Au parlement d'Angleterre, on se vend impunément à la face du peuple; on trafique en public de son opinion; et parmi nous, quand nous découvrons des hommes corrompus, nous les envoyons à l'échafaud. Je soutiens et tout homme raisonnable dans quelque pays qu'il habite, eut-il le malheur de vivre sous la tyrannie, soutiendra avec moi, que cette affaire-là même est un nouveau titre de gloire pour la Convention nationale.
Elle prouve que notre existence est attachée à celle des peuples, puisque tous les tyrans de la terre réunissent en vain tous leurs efforts pour nous accabler. Notre existence est le prix du courage avec lequel nous repoussons à chaque instant leurs attaques multipliées. La corruption des individus fait ressortir par un contraste glorieux, la vertu publique. Dans quel pays a-t-on vu faire justice au peuple de ses oppresseurs? Dans quel pays a-t-on vu un sénat puissant chercher dans son sein les coupables et les envoyer sous le glaive des loix? qui a donné ce spectacle au monde? vous, oui vous seuls (Applaudissemens universels). Voilà la réponse que je fais en votre nom à tous les tyrans de la terre. Voilà la réponse aux manifestes de ces hommes couverts de crimes, qui osent chercher le sujet d'une maligne joye dans l'avilissement de quelques scélérats trouvés parmi nous. J'appuye l'amendement de Billaud- Varenne ; je demande en outre que le rapport d'Amar reçoive des additions, rédigées dans les principes que nous venons d'exposer. »
Correspondance politique, nP 64, p. 266.
« Robespierre et Billaud-Varenne trouvèrent que le rapporteur n'avait pas assez insisté dans son rapport sur le crime d'avilir la Convention par la réputation d'immoralité dont quelques-uns de ses membres se chargeaient, comme au tems des Mirabeau et des Montesquiou (1). La diatribe de Robespierre sur le déficit de vertu qui se trouvait dans le rapport, fut si violente qu'Amar en fut épouvanté lui-même, et qu'il consentit à ne point le faire imprimer sans changemens. »
Mention oa attraits dans Correspondance l>olitigae de Paris et des dipariemens, v? 275. p. 3: Meratre wùceitd, XXXVH. 432: Abréciatem aniversel, n» 442. p. 1768; Joamal de France, a* 540. p. 2; Joamal de Petkt, W 541. p. 357; Coarrier deV ÉgaliU, a" 577. p. 609; Noaoelles politigaes, 18 mars 1794. p. 4; Mercnre franfois.v? 12, p. 186^ Gmzelte de France, n° 76. p. 308; Joamal du soir, n° 540, p. 2; Feaille du salai pahlic, n" 257, p. 2.
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
100. - SÉANCE DU 26 VENTOSE AN II (16 MARS 1794) Contre la motion de Léonard Bourdon
DEMANDANT l'ÉPURATION DES FONCTIONNAIRES PUBLICS
Après avoir rendu compte de la séance de la Convention et du décret d'accusation contre Chabot, Basire, Fabre d'Églantine et autres, Couthon propose d'inviter la Conmiune de Paris à désigner dans une proclamation les vrais ennemis du peuple, et à engager les Comités révolutionnaires des sections à \Tsiter les hôtels garnis (2). Léonard Bourdon ajoute qu'il conviendrait de procéder à l'épiu-ation de tous les fonctionnaires publics. Il est combattu par Renaudin (3), puis par Robespierre et la Société opjxjse à cette motion la question préalable.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n9 180, p. 726 (4); Journal de la Montagne, n» 126, p. 1022 (5); Courrier républicain, n» 140, p. 149; Journal de Sablier, n» 1204, p. 3; Courrier de V Egalité, nP 579, p. 632; Mercure universel, XXXVH, 454; Messager du soir, np 578, p. 2 (Texte très proche).
« Robespierre. La motion qui est faite est du nombre de ces propositions insidieuses, déguisées sous une fausse apparence de patriotisme
(1) Montesquiou-Fézensac (Anne Pierre de), général de division, fut destitué le 23 septembre 1792, et demanda à se justifier à propos de l'invasion de la Savoie. Décrété d'accusation le 9 nov. 1792, il parvint à s'enfuir et se réfugia en Suisse. (Voir Dorette Berthoud, Le Général et la romancière, Genève, 1960).
(2) Voir AuLARD, V, 692-693.
(3) Renaudin, juré au Tribunal révolutionnaire.
(4) Mon., XrX, 734. Reproduit dans Aulakd, V, 693-695. Mention dans G. Walter. Voir E. Hamel, III, 444-45 ; Bûchez et Roux, XXXII, 31.
(5) Manque l'avant-demier §.
pour perdre la liberté. Elle tend visiblement à la ruine des sociétés populaires; car jeter au milieu des sociétés, des semences d'ambition et d'intrigue, c'est créer en elles le germe de leur destruction. Confier aux sociétés populaires le soin d'épurer les fonctionnaires publics, ce serait vouloir que les places fussent réservées exclusivement aux membres de ces sociétés; ce serait inviter les ambitieux à dénoncer les fonctionnaires, et à les faire destituer pour prendre ensuite leur place. Vous ne verriez alors la tribune occupée que par des intrigans, qui vous entretiendraient continuellement de leurs projets ambitieux. Cette proposition tend aussi à la ruine du gouvernement; car vous le mettriez dans l'impossibilité d'exercer une surveillance active sur les fonctionnaires publics; vous anéantiriez l'unité des opérations, vous entraveriez l'exécution des ordres du gouvernement, etc. Le système de Pitt et du parlement d'Angleterre, est de dépouiller le gouvernement républicain de toute l'influence qu'il a acquise, en établissant autant d'autorités constituées qu'il y a de sociétés populaires, ou d'intrigans qui veulent les troubler. La motion de Léonard Bourdon tient à ce système contre lequel le peuple s'est élevé; Pitt ne demande pas autre chose que les abus que je viens de combattre.
Je ne m'étonne pas de la proposition qui vous est faite aujourd'hui, et qui a été présentée assez souvent. Je ne m'en étonne pas, parce qu'au pied de l'échafaud où l'on punit les fripons, d'autres fripons osent encore commettre des crimes. Je vous avertis que, malgré la punition des traîtres, nos ennemis n'ont pas abandonné leur système, que jamais ils ne l'abandonneront. Il est tems de redoubler de surveillance et d'énergie.
Ce n'est pas le seul trait par lequel l'intrigue a été dévoilée; hier on est venu à la barre de la Convention reproduire ce système de perfidie. La section de Bonne-Nouvelle, égarée par des scélérats, a été l'organe de l'intrigue (1). Hébert disait, il y a quelque tems, que tout commerce était un despotisme; qu'où il y a un commerce il ne peut y avoir en même tems de liberté, d'où il résultait que le commerce était un crime, et que par conséquent il était impossible d'approvisionner Paris et les grandes communes. Si le marchand est nécessairement un mauvais citoyen, il est évident que personne ne peut plus vendre ; ainsi cet échange mutuel qui fait vivre les membres de la société, est anéanti, et par conséquent la société est dissoute. Voilà quel était le but de nos ennemis; en détruisant le commerce ils voulaient affamer le Peuple, et le ramener à la servitude par la faim.
(1) Voir ci-dessus, séance du 25 ventôse. D'après la Gazette française, (n"> 810, p. 2064), le citoyen qui aurait proposé cette motion (Maurin) aurait été rayé des Jacobins sur la proposition de Robespierre.
SÉANCE DU 27 VENTÔSE AN II 3fô
Les intrigans (1) voulaient qu'on ne pût ni vendre ni acheter, et que la famine s'introduisit par ce moyen dans la République. Les conjurés profanant le patriotisme, par un abus criminel de son langage et de ses principes, ont mis en avant les propositions les plus propres à susciter un mécontentement général, à empêcher que la liberté ne puisse s'asseoir sur des bases inébranlables, pour opérer ensuite la subversion du gouvernement.
J'ai attaqué Léonard Bourdon sans scrupule parce que, quoique \ je ne veuille pas attaquer les innocens, ni dénoncer les individus pour malveillans, sans avoir les preuves, il n'est pas encore prouvé à mes yeux que Léonard Bourdon n'appeirtient pas à la conjuration; au reste, c'est au tribunal de l'opinion publique que je parle, c'est à lui de prononcer : sans vouloir m'appesantir sur l'individu, je demande la question préalable sur la motion. »
Mentioa dans Coarritr répablicain, n" 139. p. 142; Gazette fjtBttmit, a" 808. p. 2057; Correspoodance politique.^ u'ZTi, p. 3; Masagerétt soir, n" 577, v.2,CoaTTief iel'ÉgÂiié.v!' b7^,p.fî23; Abrioiataamùotnd.vP 447, p. 1787; Joamel <U Palet, n" 542. p. 368; FetnUe da tabd pMic. n» 258. p. 3; Joanud de SMier. n" IZOZ. p. 3; AmaUê de la RépaUiqae françaite, W 102. p. 2; Joamal des HamuRes libres, 28 Tcntôte, p. 352.
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
101. - SÉANCE DU 27 VENTOSE AN II (17 MARS 1794) K® intervention : Pour V ajournement de la réception de Hion (2)
Après l'admission de Laignelot, représentant de Paris, Hion se présente pour subir le scrutin épuratoire. Ayant été dénoncé par un membre des Jacobins : Deschamps (3), une discussion s'engage à son Sujet. Malgré l'intervention de TaUien qui demande un prompt examen des motifs lorsqu'il s'agit de « vieux patriotes », la Société prononce l'ajournement de Hion jusqu'au rapport que lui soumettra son comité de présentation.
Journal de la Montagne, t. II, n° 126, p. 1023; Feuille du salut public, u° 259,
« Robespierre demande l'exécution de l'article du règlement que nous avons cité tout-à-l'heure, et de l'arrêté qui ordonne que l'on ne recevra point de candidat, que l'épurement ne soit fini. »
Texte tri* proche du» Merasre wàoend, XXXVII. 471; Canttpaitdmtee peliti^m de Pmis-^ a* 275. p. 2.
(1) Les journaux, autres que le Moniteur, écrivent ici : «Hier, des intrigans, fidèles imitateurs d'Hébert, sont venus demander que les marchands fussent exclus des emplois; ils... >.
(2) Sur Hion, voir AtrukKD, 1. 1, p. LV et LXXIX.
(3) Voir ci-dessus, séance du 24 frimaire, n° 73.
(4) Résumé dans Aulahd, V, 696. Rien dans G. WAtTsau
2® intervention : Contre le discours de Rousselin de Saint-Albin (1) sur la nouvelle conspiration
La Société passant à l'ordre du jour : la dernière conspiration, entend un discours de Rousselin dont l'impression est adoptée ainsi que sa distribution aux membres et aux citoyens des tribunes. Robespierre demande qu'on y apporte quelques modifications; puis, le lendemain, il fait rapporter la décision d'impression motivée sur le fait que ce discours « dénature la conjuration nouvelle » (2).
Journal de la Montagne, t. II, n» 126, p. 1023; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 181, p. 730 (3).
« Robespierre demande, puisque ce discours est destiné à l'impression, qu'on en retranche deux idées qui lui paroissent fausses et dangereuses. La première « que deux individus furent chassés de la Société pour avoir demandé le jugement des 62 députés détenus ». Ce n'est pas là le vrai motif de l'exclusion des deux individus (4). La seconde « que les conjurés avoient calculé qu'en faisant exclure de la Convention, ou massacrant une partie de ses membres, il ne se trouveroit plus assez de suppléans pour en completter le nombre.
Robespierre fait sentir que ce calcul est faux et frivole, que les conjurés, qu'au reste il reconnoit pour de grands scélérats, combinoient plus profondément leurs moyens. Il demande en conséquence que l'auteur, aux intentions duquel il se plait à rendre justice, en reconnoissant que son discours est rempli de vérités, fasse disparoître ces deux allégations. »
Journal de Sablier, n° 1208, p. 2; Journal de Perlet, t. IX, n° 545, p. 889.
« Robespierre relève deux observations de Rousselin. 11 rappelle que les deux membres dont il a parlé, n'ont pas été chassés simplement pour avoir demandé le jugement des 61 détenus, mais pour avoir voulu porter la terreur dans le cœur des membres de la Convention, en demandant l'expulsion du Marais, et d'une faction nouvelle qu'on avoit grand soin de ne pas désigner, pour laisser sur cette matière une incertitude alarmante.
(1) Voir D' Lepart, « Alexandre Rousselin Corbeau de Saint- Albin (1773- 1847) », tiré à part de Province du Maine, 1964-65. La S'e populaire régénérée de Troyes était venue exprimer le 23 pluviôse à la Convention, sa reconnaissance pour lui avoir envoyé Rousselin (Aulard, V, 652). Rousselin fut le secrétaire de Barras (A. MATmEz, « Robespierre à la Conunune le 9 theTmidoT » {A.H.R,F., 1924, p. 291, note).
(2) AtJLARD, V, 702.
(8) Mon., XX, 3. Reproduit dans Aulard, V, 696. Mention dans G. Walter. (4) Voir ci-dessus, séance du 19 pluviôse (n° 94).
Il désapprouve aussi le calcul du nombre des suppléans, et déclare que quelque grand que fût le nombre des députés que la Convention puniroit, elle resteroit toujours entière. Il demande que l'on réforme dans le discours les deux inexactitudes qu'il a feiit remarquer. »
Menbon dans Comsitcaiamx poUti^me it Pmris.-, n* 275. p. 2; Ftmilk ia amttd pMk, n* 259. i». 3: Mtxtmn mivenel. XXXVII. 471.
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité 102. - SÉANCE DU 28 VENTOSE AN II (18 MARS 1794)
1^ intervention : Contre V utilisation (Tun tachygraphe pour /e« Journal de la Montagne >^.
Au cours de la séance de la veille, Dufoumy avait dénoncé les lacunes et les inexactitudes du t Journal de la Montagne » (1). Tallien avait alors envisagé sa suppression, considérant que le compte rendu de toutes les séances était inutile et que seules les plus intéressantes jxjuvaient justifier vm envoi aux Sociétés affiliées. Ehifoumy reprend la discussion le 28 ventôse demandant, non la suppression du journal (2) mais l'engagement d'un tachygraphe qui pourrait fournir aux rédacteurs le texte complet des débats de la Société. Sur les observations de Robespierre appuyées par Dufoumy, on passa à l'ordre du jour.
Journal de la Montagne, t. II, p. 1029; Mercure universel, XXXVIII, 21; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, nP 182, p. 733 (3); Messager du soir, o9 581, p. 8.
« Robespierre demande l'ajoumement de cette motion; il déclare qu'il faut avant tout, connoître les rédacteurs auxquels on auroit à faire; qu'on est exposé à se tromper dans le choix, et que par conséquent il ne faut encore rien innover, afin de ne pas se mettre dans le cas de changer un mal pour un autre; il fait observer en finissant, que les abus dont s'est plaint Dufoumy, viennent de ce que ceux qui s'occupent de la rédaction d'un journal travaillent moins pour la vérité, que pour des spéculations d'intérêt particulier; il demande que la Société s'occupe du grand ordre du jour, qui est la discussion sur la conjuration nouvellement découverte. »
(1) Voir AuLARD, V, 696-97. Ce journal « ne rend pas textuellement tout ce qui se dit à la séance >.
(2) A cette occasion un Jacobin de Villefranche-sur-Sa&ie se plaignit de la disparition du Journal des Débats des Jacobins.
(3) Mon., XX, 9. Reproduit dans Aulakd, V, 698. Mention dans G. Waltkr.
Correspondance politique de Paria et des départemens, n" 275, p. 2.
« Robespierre observe que malgré tout Tavantage que le public doit retirer d'un journal bien rédigé, ce n'est pas là le moment de traiter cette question. Une plus importante est à l'ordre du jour. Tous les fils de la nouvelle conspiration ne sont point encore découverts. D'ailleurs, la grande difficulté quand il s'agit de faire un journal, consiste moins dans la matière, que dans le choix d'hommes assez intègres, assez désintéressés pour ne pas faire de ces sortes d'entreprises un objet de spéculation mercantille. »
Analyse ou mention dans Journal det Hommeî librei, I" germinal, p. 363, Courrier universel, 30 rentôse, p. 3; Feuille du talut public. n° 261, p. 3.
2® intervention : Contre Vutilisation d*un tachygraphe pendant le procès des Hébertistes.
Dufoumy, ayant obtenu la parole sur l'ordre du jour, renouvelle sa motion en l'appuyant sur la nécessité de connaître les détails de la conspiration pour s'en protéger à l'avenir. Robespierre s'y oppose. Dufoumy insiste pour connaître ses raisons. Couthon lui répond qu'on doit craindre la vengeance des conspirateurs sous des formes multiples, dont celle qui consiste à faire suspecter les patriotes les plus purs.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel, np 182, p. 788; Journal de la Montagne, t. II, no 127, p. 1029(1).
« Robespierre. Je demande la question préalable sur cette nouvelle motion, pour les mêmes raisons qui m'ont paru mériter qu'on ajournât la première. »
Correspondance politique de Paris et des départemens, np 275, p. 2.
« Cette motion paroît à Robespierre offrir les mêmes inconvéniens que la précédente; il invoque l'ordre du jour. »
Texte très proche dans Feuille da salut public, a° 261, p. 3.
3® intervention : Contre une entente avec le club des Cordeliers.
Une députation des Cordeliers vient inviter ses membres qui siègent aux Jacobins à se joindre à elle pour démasquer les intrigants et les traîtres. Legendre rappelle alors la position des Cordeliers lors de l'arrestation des Hébertistes (2) et demande l'ordre du jour sur le vœu exprimé par la députation. DufoiuTiy insiste en montrant que ce club est divisé ; il sera impossible
(1) Mon., XX, 9 reproduit dans Aulard, V, 699,
(2) Voir A. SoBOUL, Les sans-culottes parisiens..., p. 776-77.
de le reconnaître tant que le groujje d'intrigants qu'il contient ne sera pas détruit. Robespierre intervient dans le même sens et la Société décide que les Jacobins ne correspondront qu'avec un club régénéré.
Journal de la Montagne, t. II, n» 128, p. 1036; Mercure universel, XXXVIII, 36-38; Journal de Sablier, n° 1209, p. 3-4; Courrier républicain, t. III, txP 143, p. 172; Feuille du salut public, n9 262, p. 2 (jusqu'à : « dans l'erreur ») ; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n» 182, p. 784 ; Sentinelle du Nord, n» 162, p. 1 (1).
« Robespierre. Vous souvient-il que lorsque vous envoyâtes une députation aux Cordeliers pour les éclairer sur la fausse démarche dans laquelle ils avoient été entraînés par des intrigans et des scélérats (2), on feignit, lorsque la députation fut arrivée, d'adopter les sentimens civiques qu'elle avoit professés? Vous rappellez-vous que le lendemain les Cordeliers vous envoyèrent une députation dont l'orateur osa supposer que les Jacobins avoient reconnu que c'étoit aux Cordeliers qu'il appartenoit de sauver encore une fois la patrie? Vous rappellezvous que le gage de la conciliation étoit d'unir les Jacobins aux Cordeliers, pour consommer l'œuvre commencée. Les intrigans ont fait imprimer cette séance, dans le dessein de tromper l'opinion publique, et de persuader au peuple que les Jacobins adoptoient leurs principes; mais ils ont eu beau faire : la foudre est tombée sur le lieu oii les conjurés étoient rassemblés. C'est la foudre du peuple qui les a écrasés, et qui a jette la consternation dans l'âme des scélérats. Ceux qui sont dignes d'être Cordeliers, ceux qui ont les vertus civiques imprimées dans le cœur ont dû gémir de l'abus qu'on a fait du nom des Cordeliers. Ils ont dû être profondément indignés de la scélératesse des monstres qui ont voulu perdre la liberté. Il y a parmi les Cordeliers des hommes vertueux et probes, qui ne manqueront pas de s'affliger et de désavouer les honteuses manœuvres des conspirateurs. Tous les vrais Cordeliers gémissent; ils ont déclaré une guerre immortelle aux intrigans et aux traiîtres. Ceux qui viennent ici ne sont pas de vrais Cordeliers, puisqu'ils menacent les patriotes.
Pourrions-nous reconnoître un Cordelier dans cet homme qui a tenu les propos dont vous a parlé Legendre, dans ce Dubois, administrateur du département de Paris? N'est-ce pas ce même homme qui se montra partisan du scélérat Jacques Roux, quand il voulut exciter des troubles funestes? N'est-ce pas ce même homme qui fut chassé avec Jacques Roux de la Société des Cordeliers, sur la proposition qui en fut faite par les Jacobins? Reconnoîtrai-je des Cordeliers dans ceux qui défendent les conjurés traduits au Tribunal révolutionnaire? Comment! la Société des Cordeliers seroit composée de défenseurs officieux des conspirateurs, des hommes qui vendent leurs voix
(1) Mon., XX, 9-10. Reproduit dans AmLARD, V, 701-702. Mention dans Walter.
(2) Séance du 18 ventôse.
et leurs consciences aux contre-révolutionnaires?... Ceux qui tiennent une conduite marquée au coin de cet incivisme ne sont pas Cordeliers. Ils ne méritent aucune considération, et leur ignominie me donne occasion de dire aux Cordeliers qu'ils ont besoin d'une grande épuration. Mais jusqu'à ce moment les Cordeliers ne veilleront pas au salut de la République, par ce que nous les surveillerons eux-mêmes. Ils ne démasqueront pas les intrigans, parce qu'ils en sont les protecteurs. Ils ne déjoueront pas les conspirateurs, parce qu'ils ont euxmêmes conspiré. Ce sont ceux qu'ils ont voulu égorger, ce sont les représentans du peuple qui feront disparoître tous les conspirateurs et tous les aristocrates. Eux qu'ils ont voulu immoler à la vengeance des scélérats, sauveront seuls la chose publique. Ils feront plus, ils défendront le club des Cordeliers, c'est-à-dire, les hommes simples qui ont été entraînés dans l'erreur.
Ils les arracheront des mains des intrigans et des conspirateurs dont j'ai entendu la voix. Ils les éclaireront sur les intérêts de la patrie, sur les abus dans lesquels on les a entraînés, sur le caractère des scélérats. Ils ne souffriront pas que la bonne foi soit victime de l'intrigue, et qu'elle partage la punition des scélérats. Non, les conspirateurs ne s'uniront pas avec les hommes probes : ils seront toujours isolés par le crime. S'ils croient que l'audace peut suppléer à la vertu, ils se trompent. Qu'ils se renferment dans leur club, et qu'ils ne comptent pas agiter le peuple. Ils ne peuvent ébranler que le glaive de la justice qui doit les frapper.
On veut envelopper les meilleurs patriotes dans les mesures rigoureuses; on veut supposer que tous subiront le même sort que les conjurés, parce que ces monstres avoient pris le masque du patriotisme. De-là, tous les bruits que la malveillance se plaît à faire courir que tels et tels sont en état d'arrestation. Les traîtres n'ont pas un seul ami parmi les personnes vertueuses. Nous ne souffrirons pas que le glaive de la loi effleure un seul honnête homme. S'il est des hommes qui ne soient que trompés, nous leur tiendrons compte de leur patriotisme : mais les hommes corrompus, les hommes au langage versatile qui désavouent le lendemain ce qu'ils avoient dit la veille, les hommes qui marchent par des chemins obscurs à la racine de la liberté, ceux-là n'ont aucune grâce à espérer; le glaive de la justice les frappera tous.
Il demande que le président réponde à la députation que les Jacobins ne correspondront avec les Cordeliers que quand ceux-ci seront régénérés. »
Extraits dans Abrioiatear anioersel, t. IV, n° 448, p. 1 790; Journal des Hommes libres, I " germinal, p. 363 ; Analyse dans Gazette historique et politique..., n° 80, p. 2. Mention dans CorrespondarKe politique de Paris.... n" 273, p. 3. Courrier républicain, t. III, n" 141, p. 158; Courrier unioersel, 30 ventôse, p. 3; Gazette française, n" 810, p. 206S.
séance du 29 ventôse an ii 391
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
103. - SÉANCE DU 29 VENTOSE AN II (19 MARS 1794) Pour la reprise de l'ordre du jour : la nouvelle conspiration
La partie de l'année révolutionnaire demeurée à Paris (1) vient témoigner sa satisiaction de la découverte de la conspiration récente. Boulanger (2) lui propose de jurer fidélité à la Convention et aux Comités. Tous les membres de la Société prononcent en même temps ce serment. Puis Mercier, commissaire de la Commime pour rechercher les signataires des pétitions des 8 000 et des 20 000 (3), demande la parole. Robespierre s'y oppose et réclame l'ordre du jour, ce qui est adopté.
Journal de la Montagne, t. II, n» 129, p. 1043-44; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, nP 184, p. 741 (4); Journal de Sablier, n» 1211, p. 4.
« Robespierre. Relativement aux sentimens que viennent d'exprimer les soldats de l'armée révolutionnaire, on ne doit pas en être étonné. Les défenseurs de la patrie, sortis du sein du peuple, seront éternellement des modèles de patriotisme. On a dû reconnoître dans les nuages qui se sont élevés sur leur compte, l'ouvrage d'une faction qui vouloit les perdre. C'est assez parler de nos défenseurs, leur vertu est au-dessus de tout éloge.
Je vais vous présenter une motion d'ordre.
Il est singulier que nous ayons toujours dans les questions importantes des incidens à écarter. On a toujours parlé des pétitions des 8 000 et des 20 000 quand nous nous sommes trouvés dans des circonstances difficiles. C'étoit le manège de Chaumette dans les instans dorages et lorsque des troubles se préparoient. Je demande que la société, au lieu de s'occuper d'un objet particulier, s'occupe au contraire d'étouffer toutes les factions et particulièrement celle de l'étranger. »
Correspondance politique, n° 67, p. 275; Courrier unixxrsel, l^^ germ., p. 3; Journal de Perlet, t. IX, n° 546, p. 396; Correspondance politique de Paris et des départemens, n» 276, p. 3.
« Robespierre qui voulait profiter de cette occasion pour augmenter sa popularité aux dépens de la frayeur des bourgeois, prit aussitôt la parole, et dit :
« Le dévouement de l'armée révolutionnaire à la chose publique est au-dessus de tous les éloges. Je m'abstiendrai d'en parler plus
(1) Voir R. CoBB, Les armées récolutionrunres, p. 829
(2) Voir ci-dessus, séance du 18 nivôse (n9 85), 2« intervent.
(3) Voir sur ces pétitions, E. Hasiel, III, 447.
(4) Mon., XX, 26. Résumé dans Aulabd, VI, 1-2. Mention dans G. Walteh. Voir E. Hamel, III, 446.
au long; chaque citoyen est pénétré de la reconnaissance que nous lui devons pour les services qu'elle a rendus à la patrie.
« Il ne doit point être question dans ce moment de la pétition des vingt mille et des huit mille : de plus grands intérêts doivent fixer notre attention. Je ne sais si, comme moi, citoyens, vous l'avez bien observé, mais j'ai toujours remarqué que dans des momens pénibles, dans des momens de trouble, on reproduisait sans cesse ces fameuses pétitions pour détourner l'attention générale du véritable point où elle devait se fixer, pour jetter l'effroi dans l'âme d'un grand nombre de personnes. C'était-là le cheval de bataille du procureur de la commune, Chaumette, quand on traitait au conseil-général des questions qui ne lui plaisaient pas. Nous connaissons maintenant ces moyens astucieux; occupons-nous de l'objet qui nous rassemble dans ce moment. Je demande l'ordre du jour {On applaudit) ».
Résumé dans Feuille du salut public, n° 262, p. 3; Mercure universel, XXXVIII, 52; Annales de la République française, t. III, n° 1 13, p. I ; Abréoiateur universel, t. IV, n° 448, p. 1791 ; Messager du soir, t. II, n" 581, p. 3.
104. - SÉANCE DU 30 VENTOSE AN II (20 MARS 1794) Pour le rapport du décret d'arrestation contre Héron (l)
Une députation du Conseil général de la commune de Versailles venant réclamer la liberté de patriotes détenus, Bassal, représentant de Seineet-Oise, demande qu'un rapport soit établi sur ces arrestations par le Comité de sûreté générale. Puis Charles Delacroix met en cause Hébert, et Tallien insiste sur la nécessité d'étendre ce rapport à toute la République, ce qui est décrété. Bourdon (de l'Oise) précisant que l'instigateur des détentions arbitraires à Versailles n'est autre que Héron, son arrestation est décidée. Le Comité de sûreté générale proteste du patriotisme de son agent auprès du Comité de salut public qui, par la voix de Couthon, informe la Convention d'un prochain rapport sur les modérés « qui veulent tourner à leur profit le mouvement actuel ». Plusieurs membres témoignent en faveur d'Héron dont le décret d'arrestation est rapporté après l'intervention de Robespierre (2).
Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n9 181 ; Journal universel, n° 1579, p. 7210-7212 (à partir de « Quand les Coïmté8...r>); Journal des Débats et Décrets, nP 547, p. 385 (Texte très proche) (3).
« Robespierre. Je ne vous parlerai pas d'Héron personnellement. Vous venez de voir que ce qui avait été allégué contre lui a été démenti par des témoignages imposants et des faits certains. Je me contenterai
(1) Voir ci-dessus, n» 89, p. 336, note 4.
(2) Arch. pari., LXXXVI, 720-21.
(3) Mon., XX., 6. LAPO>fNERAYE, III, 586; Buchkz et Roux, XXXII, 42. Mention dans G. Walter. Voir E. Hamel, III, 437-38.
d'ajouter à ce qui en a été dit que, les comités de salut public et de sûreté générale s'étant informés auprès de l'accusateur public pour savoir s'il y avait quelque renseignement contre Héron, il a répondu qu'il ne lui était rien parvenu contre lui.
Vous voyez donc dans ce qui vient de se passer un exemple déplorable des efforts que la malveillance ne cesse de faire pour induire la Convention en erreur, et c'est sur cela principalement que je me propose de fixer votre attention.
Quand les Comités découvrirent, dénoncèrent et confondirent, avec l'appui de votre puissance, la faction qui menaçait la liberté, ils ne se dissimulèrent point que les formes dont la faction s'était couverte exposaient la liberté à de grands dangers. Ils avaient bien prévu que l'aristocratie et les autres factions, car il serait absurde de croire qu'il n'y en eût qu'une dans une République en temps de révolution; ils avîiient prévu, dis-je, qu'elles se prévaudraient des coups que nous portions sur une d'elles, pour exterminer les patriotes qui refusaient de se ranger sous leur bannière, pour suivre l'étendart de la République et de la Convention. Ils ont promis en votre nom au peuple de frapper tous les conspirateurs, ils ne souffriront pas que le glaive de la tyrannie effleure un seul patriote. Ils ont promis de conserver les amis de la liberté, ils ont promis que nul ne serait alarmé que ceux dont les desseins criminels auraient servi les factions, quelque nom qu'ils portent, de quelque forme qu'ils s'enveloppent. On a porté mille obstacles au zèle des Comités; on a voulu donner au cours de la justice une impulsion fausse et précipitée; on a osé former le coupable projet d'envelopper dans la procédure tous les patriotes, dont une faction, maintenant bien connue du peuple et de vous tous, redoute la pureté et l'énergie.
Pour consommer ce crime, il fallait dépouiller peu à peu les Comités et le Tribunal révolutionnaire de la connaissance de la conspiration. Pour cela, il fallait répandre dans la Convention nationale des insinuations perfides et de fausses idées, pour lui donner le change sur la nature et les auteurs de la conspiration. On a voulu établir deux espèces de puissances pour suivre un plan dont les succès tiennent à l'unité de conduite. Pour cela, on s'est flatté qu'on calomnierait les hommes les plus purs, qu'on les rendrait suspects à la confiance publique, qu on surprendrait à la Convention des décrets, parce que, ne pouvant pas elle-même connaître les faits, elle les adopteréiit sur-le-champ, sur la motion d'un membre qui l'alarmerciit sur des dangers chimériques. Par-là la procédure ne devait pas avoir le cours certain et uniforme qui lui appartient. Comme les conspirateurs s'étaient cachés sous le masque du patriotisme, on croyait facile de ranger dans la classe de ces faux patriotes, et de perdre ainsi les sincères amis de la liberté. Hier encore, un membre fit une irruption au Comité de salut public, et, avec une fureur qu'il est impossible de rendre, demanda trois têtes.
Ce système de calomnie est suivi d'une manière effrayante, et porte jusqu'à l'atrocité; il est vrai que nous sommes, comme on la dit, pressés entre deux crimes; il est vrai qu'une faction qui voulait déchirer la patrie est près d'expirer; mais l'autre n'est point abattue; elle veut trouver dans la chute de la première une espèce de triomphe, et dans tout cela on ne compte pour rien la République. Il semblerait que le sang du peuple ne coule que pour quelques conspirateurs; que les prodiges de la vertu n'éclatent que pour le triomphe de quelques fripons. Non, ce n'est ni pour assurer l'impunité aux coupables, ni pour servir les projets de quelques ambitieux, soudoyés par l'étranger, ni pour laisser au crime le patrimoine de la vertu, que nous nous sommes dévoués à la fureur des factions les plus dangereuses, que nous avons bravé les périls qui nous étaient offerts. En combattant la folie, armée du glaive du patriotisme, nous avons consenti à mourir s'il le fallait pour la patrie, pourvu que nous eussions soulevé un coin du voile qui couvrait l'abîme où l'on voulait l'entraîner. Eh bien! ce courage, nous l'avons montré contre toutes les factions de la République, et nous ne prendrons point de repos qu'elle ne soit affermie.
Si l'influence de l'amour de la patrie, si les droits du peuple français ne triomphaient pas en ce moment de toutes les factions, vous manqueriez la plus belle occasion que la Providence vous ait présentée pour consolider la liberté. La faction qui survivrait, rallierait tous ceux de l'autre qui auraient échappé au glaive de la loi. Pressés comme vous, entre deux crimes, je ne sais si nous serons étouffés; mais si cela arrive, si la vertu de la Convention n'est pas assez forte pour triompher de ses ennemis, ce qui sera le plus heureux pour nous, c'est de mourir, c'est d'être enfin délivrés du spectacle trop long et trop douloureux de la bassesse et du crime, qui ont passé depuis trois ans sur la scène de la Révolution, et qui se sont efforcés de ternir l'éclat des vertus républicaines; mais si la Convention est demain, si elle est aprèsdemain ce qu'elle est depuis quelques mois, si elle est décidée à faire triompher le peuple, la justice et la raison... (Oui, oui s écrie-t-on de toutes parts). Si telle est la disposition constante de la Convention; si elle veut atteindre la palme de la gloire qui lui est offerte; si nous voulons tous, au sortir de notre mission, goûter le bonheur des âmes sensibles qui consiste dans la jouissance du bien qu'on a fait, à voir un peuple grand s'élever à ses hautes destinées et jouir du bonheur que nous lui aurons préparé, je dis que si la Convention, exempte de prévention et de faiblesse, veut terrasser d'un bras vigoureux une faction, après avoir écrasé l'autre, la patrie est sauvée. {Nouveaux applaudissements) (1).
(1) Le Journal de Perlet (n" 545, p. 388) souligne l'enthousiasme de l'Assemblée: « La Convention nationale se lève tout entière, et les voûtes du sanctuaire des loia retentissent de ces mots mille fois répétés, au milieu des plus vifs applaudissemens : Oui ! nou^ la sauverons ! ».
Le résultat de ce que je viens de dire est le rapport du décret illégalement surpris à la Convention».
Bataoe, n» 400, p. 1607-1608.
« Robespierre, après avoir parlé avec éloquence des factions nouvelles qui tentent de s'élever sur les débris de celle qui vient d'être détruite, détaille les moyens qu'elles employent pour ï)arvenir à leur but.w II est des hommes, dit-il, qui veulent donner à la justice une impulsion fausse, envelopper dans son cours des patriotes ardens, détourner l'attention des Comités de salut public, de sûreté générale et du TribuneJ révolutionnaire de la poursuite des coupables; répandre de fausses insinuations sur les véritables auteurs du complot. Il est un certain nombre d'orateurs qui calomnient les patriotes, surprennent à la Convention des décrets précipités. Par toutes ces menées, la procédure ne pouvant pas prendre un cours uniforme, frapperoit également l'innocent et le coupable, le bon citoyen et le conspirateur. Hier, dans le Comité de salut public, un membre vint féiire un discours emporté, et avec une fureur qu'il est impossible de rendre, il nous demanda deux ou trois têtes. Les manœuvres de la calomnie sont atroces. Ne semble-t-il pas que le sang ne coule que pour assurer à quelques nommes les richesses et la puissance? sera-ce donc pour eux seuls que nos braves soldats combattront les tyrans de l'Europe? et nous, n'avons-nous donc eu le courage de nous dévouer à la mort, de braver les reproches qui nous accusoient d'un patriotisme faux et modéré, reproches plus affreux que la mort même? n'avons-nous donc eu ce courage que pour servir la cause de ces nouveaux conspirateurs? mais non; tous les complots seront déjoués. Point de repos pour nous que la République ne soit affermie sur des bases inébranlables, que toutes les factions ne soient anéanties. Si elles ne périssent pas toutes, vous manquez tous les moyens que la Providence vous a donnés pour faire triompher la justice. La faction qui restera, fière de la destruction des autres, s'emparera de tous les débris de leur puissance. Je ne sais SI nous serons étouffés dans ce conflit de crimes, mais si la vertu de la Convention n'est pas la plus forte, le plus grand bonheur qui puisse nous arriver, c'est de mourir, c'est d'être délivrés du spectacle odieux de tant de forfaits qui depuis cinq ans souillent la scène de la Révolution. Si la Convention nationale est encore aujourd'hui ce qu'elle est depuis hier, depuis avant-hier, depuis quelques mois, si elle est décidée à faire triompher le peuple (A ces mots tous les membres de la Convention se lèvent par un mouvement spontané; Oui, oui, nous le ferons triompher) ; si elle veut goûter le bonheur le plus pur que la nature aye destiné à l'homme, celui de jouir du spectacle du bien qu'il a fait, celui de voir un peuple immense s'élever à des destinées qu'aucun peuple n'a jamais remplies; si elle est décidée à frapper d'un bras vigoureux une faction après avoir terrassé l'autre, la patrie est sauvée.
(Applaudissemens universels). A la suite de ce discours, Robespierre a fait rapporter le décret d'arrestation lancé contre le citoyen Héron. »
Mercure universel, t. XXXVIII, p. 24-25.
« Vous avez juré, dit Robespierre, qu'aucun patriote ne seroit atteint par le glaive de la justice, s'il n'étoit coupable; que nul ne devoit s'alarmer dans la République que ceux qui avoient des desseins criminels. L'on a bien senti que puisque tant de fripons avoient pris le masque du patriotisme, il étoit possible de faire comprendre les vrais patriotes dans les mesures lancées contre une faction criminelle. Hier, un membre au Comité de salut public a demandé avec un acharnement qu'il est impossible de rendre, trois têtes. Il est incroyable de voir comme les passions s'agitent : à peine avons-nous frappé une faction, que des individus, qu'une autre faction veut en profiter, et pense que c'est pour elle que nous agissons : la République, la patrie, le sang du peuple, selon eux, n'est rien.
La Convention, pressée entre deux factions opposées, semble devoir, à chaque instant, en être renversée : est-ce donc pour des fripons que nous avons bravé la plus dangereuse des factions, celle masquée de l'apparence du patriotisme. Si au milieu de tant de dangers, il nous falloit succomber, ce qui pourroit nous arriver de mieux, c'est de mourir. Si nous ne réussissons pas, nous perdons la plus belle circonstance qui se soit offerte, pour régénérer un grand peuple, et le conduire à la prospérité. Mais si la Convention met la justice et la vertu à l'ordre du jour, si nous frappons toutes les factions, nous aurons remporté la jouissance du plus beau des biens, celui d'avoir fait le bonheur d'un grand peuple.
Je demande le rapport du décret d'arrestation lancé contre Héron. »
Extraits dans Correspondance politique de Paris..., n° 277, p. 4; Annales patriotiques, n° 444, p. 1978; Journal de Paris, n" 445, p. 1798; Abréviateur universel, n" 446, p. 1784; Journal du soir, n° 543, p. 2; Courrier de rÉgaliti, n» 580, p. 636; Journal de France, n» 543, p. 2; Journal de Perlet, n" 545, p. 387; Auditeur national, n' 544. p. 3 ; Journal des Hommeslibres, \" germinal, p. 362; Affiches d'Angers, n° 44, p. 280. Mention dans Gazette de France, n" 80, p. 324; Journal universel, n° 1578, p. 7503; Annales de la République française, n" 1 12, p. 4; Journal de la Montagne, t. II, p. 1040; Courrier historique et politique..., n° 174, p. 708; Gazette française, n" 8\\, p. 2010 ; Courrier républicain, t. III, n° 142, p. 156; Feuille du salut public, n° 262, p. 1 ; Courrier universel, 1" serminal, p. 4; Journal de Sablier, n" 1209, p. 2; Batave, n" 399, p. 1604; Nouvelles politiques, p. 488.
105. — FIN VENTOSE AN II Discours non prononcé sur les factions
Ce discours, retrouvé après Thermidor par la Commission chargée d'examiner les papiers de Robespierre, et qu'elle omit de pubUer (1), n'a pas été prononcé. Toutefois il semble concerner la séance de la Convention du 26 ventôse an II (2). L'intervention de Robespierre à la suite du rapport d'Amar procède de la même idée essentielle : « dénoncer à l'Univers le système de diffamation adopté par la tyrannie contre la liberté, par le crime contre la vertu ». Quant aux preuves qu'il a réunies ci-après, elles reprennent et complètent celles qu'Amar avait déjà dénoncées dans son rapport. En fait, Robespierre semble avoir écrit cet ouvrage entre le 10 et le 20 ventôse, pendant le temps où l'on attendait le rapport d'Amar.
Brouillon de discours, s. d.
« Citoyens représentans du peuple, vous attendez de nous la révélation d'une grande conspiration; nous allons vous la donner; nous allons, surtout, en fixer le véritable caractère; nous allons remonter à ses véritables chefs, et saisir la main invisible qui en a ourdi les fils dans d'affreuses ténèbres. Quel autre guide peut nous diriger, dans de telles recherches, que les grands principes de la liberté publique? Quel autre motif peut nous y forcer, sinon la nécessité de sauver la patrie? Les représentans du peuple sont-ils des inquisiteurs minutieux, chargés de fouiller dans la vie privée des hommes, et de porter la terreur dans toutes les âmes faibles? Sont-ils des hommes avides de sang, comme la plus lâche hypocrisie a osé nous en accuser? Non; s'ils demandent, au nom des lois, le sang des tyrans, c'est pour épargner celui du peuple; s'ils foudroient les palais, c'est pour protéger les chaumières; s'ils frappent les méchans, s'ils punissent les coupables puissans, c'est pour sauver les bons et soulager les malheureux; ils sont sévères par sensibilité, et inexorables par humanité.
Sommes-nous appelés à respecter le crime, parce qu'il est entouré d'un grand titre et de devoirs plus grands encore? Non.
Sommes-nous appelés aussi à persécuter gratuitement les représentans du peuple français ; à verser le mépris sur ceux qui défendirent courageusement la cause de la liberté; à exagérer leurs crimes; à nous réjouir de leurs faiblesses ou de leurs humiliations ; à préparer le triomphe des tyrans par une espèce de suicide nationîJ ? Non. En poursuivant
(1) Reproduit dans Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just... supprimés ou omis par Courtois, Paris 1828, 3 vol. in-8°, (t. II, n° XXXVIII, p. 51- 69). Nous l'avons publié dans les Arch. pari., LXXXVI, 561-565. Voir aussi BibL Ch. des Députés, coll. Portiez de l'Oise, t. 396, n° 9 et Bûchez et Roux, XXXII, 18. L'original n'a pas été retrouvé. Voir G. Walteb éd. définitive, II, 493 ; et E. Hamel, m, 304-306.
(2) Voir ci-dessus, n° 99. D'après Laponneraye qui le reproduit (t. m, p.569) il n'aurait pas été accepté par les collègues de Robespierre. Cest une supposition qu'il ne fonde sur aucun témoignage.
les traîtres, nous saurons venger l'honneur du patriotisme, sauver la majesté du peuple. En dépit des espérances de Londres et de Vienne, cette grande affaire ne sera point le procès de la représentation nationale, mais celui des tyrans qui ont conspiré sa ruine. Loin de nous attacher à une faible ramification du complot, nous en embrasserons, nous en déracinerons le tronc tout entier.
Nous ne voulons point immoler les victimes à la place des oppresseurs, et frapper le peuple lui-même du glaive qui doit exterminer ses ennemis. Nous sommes moins jaloux de briser l'instrument, que la main coupable qui le dirigea, et de trouver des conspirateurs, que d'étouffer la conspiration. A travers les passions et les intérêts individuels de tous les partis, à travers les préventions, les erreurs et les intrigues, nous irons au but, la justice; à cette justice nationale, la seule que nous devions exercer; à cette justice qui n'est autre chose que le salut du peuple et la mort des tyrans.
Quelle est la première époque de cette conspiration? l'origine même de la Révolution. Quels en sont les premiers moteurs? toutes les cours liguées contre nous. Le but? la ruine de la France. Les victimes? le peuple et vous. Les moyens? tous les crimes.
Les moyens ont varié suivant les différentes circonstances : l'esprit et la main qui la dirigeaient furent toujours les mêmes.
Nous ne vous retracerons pas ici les innombrables forfaits d'une cour impie, et surtout les manœuvres ourdies par tous les ennemis de notre liberté, depuis les premiers jours de la Révolution, pour corrompre, avilir et détruire la représentation nationale dans sa naissance.
Je n'ai pas besoin de vous dire que c'est principalement contre vous qu'elles furent dirigées. Vous avez décrété la République, nulle trêve n'était possible entre vous et la tyrannie.
La Convention nationale naquit au milieu des conspirations, et c'est dans son berceau qu'étaient placés les serpens qui devaient l'étouffer : semblable à ce dieu qui devait purger la terre des monstres qui l'infestaient.
Vous rappellerai-je les moyens odieux et multipliés qu'elle employait pour perdre toute la portion de la représentation nationale qui ne voulait être ni sa dupe ni sa complice? On se plaignait de votre inaction, et on vous paralysait; on disait que vous n'étiez pas libres, et on vous tyrannisait; on invoquait votre dignité, et on vous outrageait avec insolence; on réclamait votre sûreté, et on ne cherchait qu'à vous anéantir; tantôt on appelait contre vous, sous le nom de gardes, les phalanges exterminatrices; tantôt on vous déclarait que vous n'étiez pas dignes de sauver la patrie; tantôt on voulait vous traîner à Versailles; tantôt on vous proposait Bourges; tantôt on voulait convoquer une autre assemblée nationale dans un autre lieu (1); tantôt on voulait réunir les assemblées primaires pour vous renouveler; enfin, on tenta
(1) Voir Discours..., 4* partie, p. 85, note 18.
plusieurs fols d'exterminer la Montagne. Deux de vos collègues ont péri martyrs de la cause que nous défendons (1); nous étions tous voués au même couteau; ne pouvant vous égorger par leurs satellites, les scélérats avaient agité la République entière, comme pour vous ensevelir sous ses ruines.
Enfin, le temps était arrivé où les tyrans, fatigués de la résistance, et le peuple, de la tyrannie, provoquaient, à l'envi, une crise qui devait perdre ou sauver la patrie. Les jours qui viennent de luire sont gros des destinées de l'univers ; les deux génies qui s'en disputaient l'empire sont en présence : la servitude ou la liberté du genre humain sont le prix du combat. La faction criminelle croit toucher au moment de se baigner dans le sang des fidèles représentans du peuple; tous les agens et tous les sicaires des rois étrangers veillent et s'agitent pour les seconder ou pour anéantir du même coup la représentation nationale toute entière; mais le peuple est présent; il entoure la Convention de son bras puissant, il protège même ses lâches ennemis. La Convention, d'une main, remet les traîtres entre les mains de la loi; de l'autre, elle montre à l'univers le pacte social des Français; et, pure, libre enfin, elle s'avance majestueusement dans son immense carrière (2).
Mais les ennemis de la patrie lui permettront-ils de la parcourir en paix? Non! les fondateurs de la République ne peuvent trouver le repos que dans le tombeau : les trjiîtres meurent, mais la trahison survit à leurs châtimens. Les tyrans coalisés vivent encore, et tant qu'ils vivront ils conspireront contre l'existence du peuple français; ils verseront sur nous tous les maux dont la corruption des cœurs est la source inépuisable. Ils ont à leur solde des armées subsidiaires d'espions et de traîtres qui se succèdent sans cesse; ils ont à leur solde toutes les passions et tous les vices, et ils poursuivent, avec une activité nouvelle, le projet savant de détruire la Convention nationale. Et quelle autre ressource peut leur rester? Sont-ce leurs armées? elles fuient devant les défenseurs de la République, dès qu'ils cessent un moment d'être guidés par la perfidie. Est-ce la perfidie de vos généraux? vous en avez cherché, vous en avez trouvé de fidèles : vous punissez les traîtres, vous les arrachez de votre propre sein, pour les livrer au glaive des lois; il ne leur reste que de vous détruire vous-mêmes, pour anéantir le point central auquel se rallient toutes les portions de cette immense République, et partager entre eux les lambeaux épars de ce vaste empire. Si vous étiez des traîtres et des lâches, tous les ennemis de la liberté, tous les hommes corrompus se seraient ligués avec vous contre le peuple : vous vous êtes montrés fidèles, ils se sont réunis pour vous déclarer la guerre.
(1) Sans doute Le Peletier de Saint Fargeau, le 20 janvier 1793, et Marat, le 13 juiUet 1793.
(2) Allusion à rinsurrection du 81 inai-2 juin.
Ce qui prouve que ce n'était point la faction criminelle que certaines gens voulaient détruire, mais les représentans républicains, c'est que les premiers jours qui suivirent le triomphe de la Montagne, vous fûtes insultés dans cette enceinte par un prêtre méprisable, qui vint vous dénoncer à vous-mêmes, comme auteurs de la disette publique (1). Ce fut à cette époque que l'on provoqua les rassemblemens qui s'étaient formés dans toutes les grandes crises de la Révolution; c'est alors que, sous le nom de Marat, des écrivains mercenaires cherchaient sans cesse à exciter le peuple et blasphémaient contre vous; c'est alors que vous fûtes sans cesse assaillis par des pétitions qui tendaient à vous rendre responsables de la disette factice causée par les conspirateurs. Ces manœuvres perfides ne furent déconcertées que par la vertu de ce même peuple qui vous avait fait triompher le 31 mai.
Dans le même temps, des écrivains mercenaires, osant usurper le nom de Marat, pour le profaner (2), cherchaient à exciter le peuple aux mêmes désordres que la faction girondine lui avait imputés lâchement : elle cherchait à avilir la Convention nationale. On distinguait parmi ces libellistes le prêtre sacrilège, auteur de la pétition dont je vous ai déjà parlé, émigré, qui avait conduit les patriotes de Lyon sous le couteau de leurs assassins, et ouvert la contre-révolution qui a livré cette ville au pouvoir des rebelles. Ces misérables, et d'autres agens des puissances étrangères, agitaient les clubs populaires et les assemblées sectionnaires, dont les intrigans s'étaient emparés à la faveur de la permanence qui en bannissait le peuple et les patriotes. Plus le peuple vous prodiguait de preuves de sa confiance, plus on s'efforçait de la détruire; tandis que, de toutes les parties de la République, on vous conjurait de ne point abandonner le gouvernail de l'Etat au milieu de la tempête, de prétendus patriotes vous sommaient ici de leur céder vos places ; des intrigans faisaient adopter cette motion par un club célèbre (3), l'affichaient sur les murs de Paris, et la publiaient.
Les lâches! ils se mêlent avec les défenseurs de la patrie; ils imitent notre langage; ils flattent notre amour pour la liberté; ils ont l'air quelquefois de le surpasser; ils se parent de tous les signes extérieurs de la Révolution, ils en imaginent même de nouveaux; ils ne siègent pas dans les Sociétés populaires, ils les président, ils les dirigent. Une fois munis de ces brevets de patriotisme, qui les associent à notre cause, ils s'efforcent de la rendre ridicule à force d'exagération et d'extravagances ; ils la chargent de toute leur infamie ; ils entraînent le zèle ardent et irréfléchi dans leurs perfides systèmes. Les Français applau-
(1) Il s'agit de Jacques Roux. Voir ci-dessus, séances du 8 août 1793 (n" 11), 2* intervent, ; et des 4 et 5 septembre.
(2) Jacques Roux et Leclerc.
(8) Par les Cordeliers.
dissent quelquefois à des motions arrêtées dans les cabinets de Londres ou de Vienne; quelque temps après on découvre tous les maux qu'elles ont entraînés, et le sang de cent mille Français coule pour expier l'erreur d'un moment. Malheur à quiconque oserait parler alors le langage de la raison! ils le proscrivent comme un lâche modéré ou comme un ennemi de la liberté. A quels dangers la République ne sera-t-elle pas exposée, si le législateur n'est pas assez éclairé pour les démasquer!
[Ici manque quelque chose.] (1)
A la tête de ce complot était le baron de Batz (2).
Nous allons vous dire ce que nous pensons sur les chefs de cette dénonciation; nous les jugerons, non pas précisément par ce qu'en ont dit ou connu les dénonciateurs, mais par tout ce que nous connaissons nous-mêmes, et par l'ensemble des preuves qui nous sont parvenues d'autres parts.
D'abord, l'existence du complot de diffamer et de dissoudre la Convention; il est impossible d'en douter. Nous l'avons déjà prouvé par des faits indépendans de la dénonciation ; il est attesté par la conduite et par les écrits de tous les ennemis de la France; il est aussi certain que l'existence des rebelles et des rois conjurés contre la République.
Les hommes dénoncés par Basire et Chabot, en sont-ils coupables ? Nous allons le discuter.
Le premier qui se présente est Delaunay (3). Le caractère et la conduite de ce citoyen démentent-ils ou confirment-ils le double témoignage porté contre lui? Delaunay est du nombre de ceux qui semblent avoir joué un rôle équivoque aux yeux du public; mais tous les membres de l'Assemblée législative et de la Convention qui l'ont connu, tous les citoyens initiés dans les événements de la Révolution, savent que Delaunay était un agent hypocrite de la faction girondme, le confident et le valet de ce lâche Caritat (4), qui, à l'exemple de son ami Brissot, a fui la justice nationale, et qui ne l'a pas moins méritée. En continuant de conspirer contre l'honneur de la Convention nationale, aurait-il fait autre chose que de continuer son ancien métier? Delaunay était un des faiseurs de cet exécrable libelle, nommé la Chronique (5), où la faction girondine déposait ses poisons les plus subtils. Pendant plus d'un an, il appela, à ce titre, l'opprobre et les poignards sur les républicains et sur la Montagne; lorsqu'à l'approche
(1) Mention indiquée par les premiers éditeurs.
(2) Voir A. DE Lestapis, « Batz et la liquidation de la créance Guichon » (A.H.R.F., 1952, p. 377),
(3) Delaunay (Joseph), dit d'Angers, député du Maine-et-Loire comme son frère Pierre Marie. Il fut décrété d'accusation le 26 ventôse.
(4) Marquis de Condorcet.
(5) Il s'agit de la « Chronique de Paris ».
de la lumière, le lâche Condorcet commença à redouter la responsabilité de ses impostures liberticides, Delaunay les signa conjointement avec lui ; et ces deux hommes donnèrent alors la mesure de leur courage et de leur bonne foi. Quand les patriotes indignés leur demandaient compte de leurs calomnies, Condorcet rejetait la faute sur Delaunay, et Delaunay renvoyait les plaignans à Condorcet.
Delaunay était, comme Ducos (1) et Fonfrède (2), un émissaire de la faction fédéraliste, siégeant à la Montagne pour la profaner et pour la trahir; il était aux chefs de la faction ce qu'est un espion aux généraux ennemis qui le soudoient. Son silence et ses discours, ses intrigues sourdes et ses actes publics le décèlent également. Ce député n'était point sans talent, et ne rompit le silence que lorsqu'il fut question de finances. Muet sur les crimes des traîtres et des tyrans, il s'échauffa tout à coup contre les manœuvres de l'agiotage (3); il épouvantait les agioteurs pour partager leur proie, comme les Condorcet et les Brissot, et tous les fripons girondins, menaçaient quelquefois la cour, pour partager ses brigandages et son pouvoir.
Le second personnage est Julien (4). Julien était déjà jugé par l'opinion publique, par des faits antérieurs, devenus trop publics; Julien, flottant sans cesse entre tous les partis, avait paru se fixer sur la Montagne, pour cacher ses vues cupides et ambitieuses sous le masque du patriotisme; mais il s'était trahi dès le moment où il était entré au Comité de sûreté générale (5); il ne s'était emparé du soin de faire les rapports des administrations coupables, que pour trahir la cause de la liberté, du peuple et de la vérité. Là, les crimes des conspirateurs furent palliés, les vertus des républicains calomniées, la mémoire même des martyrs de la liberté fut outragée : cette municipalité de Lyon, assassinée par ce royaliste, et son digne chef le magnanime Chalier, furent lâchement outragés. Cet ouvrage excita les réclamations de tous les amis de la patrie. Son auteur, redoutant la censure de la Convention nationale, s'efforça de la prévenir, en le mettant sous la sauvegarde des Jacobins qui le rejetèrent, et en le présentant à la municipalité de Paris qui rétracta, sur la pétition des Jacobins, l'acceptation qu'on lui avait surprise (6). Enfin, Julien, qui s'était
(1) Jean Ducos, député de la Gironde, condamné à mort le 9 brum. II.
(2) Boyer-Fonfrède, — id. — , ibid.
(8) Voir son discours à la Convention, le 9 juillet 1793. Il fut nommé, le 24 août, vérificateur de la Caisse d'Escompte, et adjoint le 26 au Comité des finances.
(4) Julien (Jean), dit de Toulouse, député de la H^* Garonne, décrété d'accusation le 29 ventôse.
(5) Le 11 sept. 1793. Le 14, furent nommés : Amar, Panis, Boucher-Saint- Sauveur, David, Lavicomterie, Gufîroy, Riihl, Moïse Bayle, Voulland, Le Bon, Vadier et Le Bas (Voir E. Hamel, III, 167; et J. Guillaume, Le personnel du Comité de sûreté générale).
(6) Voir à ce propos, séance du 14 octobre, ci-dessus (n" 51) et compte rendu de la séance du 15 à la Commune (Mon., XVIII, 180).
obstiné à faire ce rapport, après le renouvellement du Comité de sûreté générale, déconcerté par la force de l'opinion publique, avoua luimême l'infidélité de son rapport (l), demanda que le nouveau Comité de sûreté en présentât un nouveau à la Convention nationale.
La résolution vigoureuse et sage que prirent les membres du nouveau Comité de sûreté générale, en commençant leur carrière, de mettre les scellés sur ses papiers (2), lui procura de nouvelles preuves de ses prévarications. Julien entretenait la correspondance la plus intime, et même la plus tendre, avec l'abbé d'Espagnac (3).
Cette horde impure était payée pour blasphémer contre la Convention nationale du peuple français. Les tyrans étrangers regardaient comme une victoire de faire tomber, du haut de la Montagne, un des représentans du peuple, célèbres par leur zèle pour la cause populaire. S'ils pouvaient en égarer un seul, ils auraient conclu que tous étaient capables de la même faiblesse, et qu'il ne restait plus au peuple que de briser le gouvernement républicain, comme il avait renversé le trône, et de se reposer ensuite sous le joug des monarques mcorruptibles de l'Autriche, de la Prusse et de Berlin.
Plusieurs représentans du peuple étaient devenus leurs complices, et s'étaient ligués avec eux pour étendre, sur tous leurs collègues, l'ignominie dont ils étaient couverts. Ce n'étaient que des lâches, dont la probité et le civisme avaient toujours été plus qu'équivoques; il fallait tenter des conquêtes plus difficiles et plus intéressantes. On chercha d'abord, ou à séduire, ou à compromettre des patriotes, ceux qu'un penchant dangereux à la confiance, et peut-être un penchant au plaisir, plus dangereux encore, rendaient plus accessibles à ces attaques : on leur lança deux des plus habiles scélérats que l'Autriche ait vomis parmi nous. Il existe à Paris, depuis les premiers temps de la Révolution, deux monstres dignes de servir la cause des tyrans, par la profonde hypocrisie qui les caractérise. Ils avaient perdu, à Paris, les titres et le nom qu'ils portaient à la cour de Vienne; l'un d'eux avait associé à celui qu'il a adopté, le nom du fondateur de la liberté romaine; il était entouré de titres patriotiques; il avait composé des ouvrages éloquens pour la défense des Droits de l'homme et de la Révolution française; il av2iit même des brevets de persécution : il avait été banni de l'Allemagne peur l'empereur Joseph II. Aucun des patriotes qu'il attirmt chez lui, n'y entrait sans le surprendre, la plume à la main, rêvant sur les droits de l'humanité, ou courbé sur les œuvres de Plutarque ou de Jean- Jacques. L'extérieur austère et le costume révolutionnaire de Junius répondaient parfai-
(1) Le 21 octobre 1793.
(2) Les scellés furent levés le 3 frimaire.
(3) Sahuguet, abbé d'Espagnac, fournisseur de l'armée. Voir à son propos A. Mathtez, Autour de Danton, p. 133 et s.; et Études robespierristes, !«'« série, chap. V.
tement à l'idée d'un si grand caractère; la coupe philosophique de sa chevelure, le bonnet rouge qui ornait sa tête philosophique, garantissaient à toute la terre la pureté de son patriotisme. Junius Frey (1) avait acquis l'estime de toute sa section; il s'était lié avec des patriotes qui s'honoraient de l'amitié de ce vertueux ami de l'humanité.
Junius rechercha particulièrement la société, ensuite l'amitié de François Chabot. Il ne trouvait pas d'expression assez forte pour peindre l'estime, l'admiration, la tendresse que lui inspiraient le caractère et les principes de ce représentant du peuple. Cet estimable étranger, cet ami, ce martyr de la liberté, avait une sœur, le modèle de toutes les vertus de son sexe, modestie, naïveté même, patriotisme, talens.
Le généreux cosmopolite se garda bien d'offrir à Chabot cette femme intéressante (2).
[Lacune] (3).
Je n'ai pas besoin de peindre la joie que ce triomphe, remporté sur la conduite d'un patriote tel que Chabot, dut répandre dans les cavernes des brigands autrichiens. L'Autriche crut, dès ce moment, tenir entre ses mains l'honneur de la Convention nationale. Le monstre qui avait trompé Chabot, osa se vanter alors que les représentans les plus purs n'échapperaient pas aux filets qui étaient tendus autour d'eux : vous ne serez pas étonnés que, dès ce moment, la calomnie ait tiré parti d'un prétexte si favorable; vous ne le serez pas même d'apprendre que le premier artisan de la diffamation de Chabot, ait été le prétendu beau-frère qui en avait préparé le prétexte. Dès ce moment, cette victime de la perfidie fut l'objet de l'attention de toutes les sociétés populaires; le patriotisme inquiet et ardent se réunit, en pareil cas, pour l'accabler. Je n'ai pas besoin de dire que cet événement fut présenté sous les couleurs les plus défavorables à Chabot, et chargé de toutes les circonstances que la malveillance et l'intrigue pouvaient inventer.
On a raisonné diversement sur la dot de 200.000 livres donnée par Frey à la femme de Chabot (4). Les uns ont prétendu que cette dot était fournie par Chabot lui-même, et que le contrat de mariage n'était qu'un moyen de déguiser les richesses que Chabot avait déjà amassées précédemment.
(1) Voir A. Mathiez, La conspiration de V étranger.
(2) Chabot annonça son mariage avec la sœur de Frey, le 5 octobre, aux Jacobins (Aulard, V, 447 et 518). Dans la suite Dufoumy se plaignit du Journal de la Montagne qui avait publié que la Société y avait délégué 24 de ses membres (p. 463).
(3) Mention indiquée par les premiers éditeurs.
(4) Voir A. Mathiez, L'affaire de la C*« des Indes; et, du même, François Chabot à ses concitoyens (Ann. révol., 1918-14^.
Les autres ont trouvé aussi naturelle l'hypothèse contraire; ils ont prétendu qu'un législateur corrompu n'aurait pas cherché à cacher le prix de sa corruption sous un manteau autrichien, qui n'aurait pu que l'afficher.
Ils ont observé qu'un législateur célèbre, qui veut se vendre, peut se faire acheter, sans se marier à une étrangère, et déguiser sa bassesse sous un voile moins transparent; ils ont conclu, au contraire, du mariage et de la dot, que les ennemis de la Révolution, qui n'auraient pas osé proposer à Chabot de se vendre, avaient été obligés de le tromper, pour le couvrir des apparences de la corruption, parce qu'ils n'espéraient pas de le corrompre, et lui ont caché leur présent perfide sous des apparences légitimes.
Les uns ont adopté les interprétations les plus favorables aux vues de l'aristocratie; les autres ont préféré celles qui flattaient le plus le vœu des patriotes.
Mais ce sont les premières qui ont dû naturellement prévaloir dans le public : dans un tel événement, il faut nécessairement que la malignité et l'aristocratie prennent chacune sa part. Malheur à l'homme qui a long-temps défendu la cause du peuple! s'il commet, ou une faute, ou une erreur, ou une indiscrétion, il est perdu; car le patriotisme, sévère et soupçonneux, et la vengeance des ennemis du peuple, se réunissent contre lui : il faut qu'il porte à la fois la peine, et de sa faiblesse actuelle, et de ses services passés.
Au reste, ce n'était ni la personne de Chabot, ni celle de Basire (1), que poursuivaient les agens des cours étrangères : nous allons nousmêmes les laisser à l'écart, pour suivre le système étranger dans son ensemble et dans ses conséquences.
Il existait en effet, parmi les représentans du peuple français, des hommes pervers, initiés dans tous les mystères de la conspiration étrangère; des hommes qui n'étaient point faibles, mais pervers; qui n'étaient point corrompus, mais corrupteurs; qui n'étaient, ni dupes, ni complices, mais chefs des conspirations tramées contre la liberté du peuple.
Or, ces gens-là, je ne les ai jamais vus dénoncés, mais prônés, mais défendus par les écrivains plus que patriotes, qui ont sans cesse dénoncé la Convention nationale, et tous les vrais patriotes, depuis le triomphe des principes et de la Montagne.
Cependant, les représentans étaient coalisés avec les banquiers des puissances étrangères, avec leurs principaux agens; ils siégeaient avec la Montagne, comme d'Orléans, pour obscurcir sa gloire, et pour cacher leur bassesse et leurs crimes; ils conspiraient avec les tyrans
(1) Voir sur Chabot et Basire (député de la Côte-d'Or), séance des Jacobins du 21 brumaire (Aulard, V, 506).
de l'Angleterre, de rAutriche et de la Prusse; les uns, par leur patriotisme hypocrite; les autres, par leur or, conspiraient contre l'honneur de la représentation nationale, et contre le salut de la République. Plusieurs patriotes furent tentés par eux; Basire et Chabot furent attirés dans leur société. Le caractère de ceux qui la composaient, était plus qu'équivoque. La sollicitude des patriotes cherchait à deviner quelle était cette puissance invisible, qui continuait de porter des coups funestes à la liberté, quand tous ses ennemis étaient dans le silence et dans la terreur. On connaissait leur but, mais non leurs moyens; on devinait le crime, on cherchait le nom des coupables : Basire et Chabot nous les ont dénoncés. Sont-ils coupables eux-mêmes? A quel point le sont-ils? Les dénonciateurs, et ceux qu'ils ont dénoncés, doivent-ils être confondus dans la même classe? C'est un des objets que nous soumettons à votre justice impartiale. Pour nous, c'est la conspiration que nous avons voulu atteindre, sans respect des personnes; c'est au salut public que nous avons marché. Nous avons été, jusqu'ici, plus sévères envers les accusateurs, qu'envers les accusés; car les dénonciateurs ont été arrêtés les premiers; presque tous les dénoncés ont fui, ou sont en liberté : ils parlent, ils écrivent tout ce qu'ils jugent à propos, sur cette affaire, non seulement contre les dénonciateurs, mais contre la Convention nationale. Vous pouvez, en cela, nous accuser de partialité, ou d'une excessive rigueur envers nos collègues. Si nous méritons ce reproche, nous ne voulons pas y échapper; mais nos intentions sont pures, et nous allons continuer de vous développer les faits qui peuvent éclairer votre sagesse et votre justice.
Le... (1) Chabot vint trouver un des membres du Comité de salut public, et lui dit : « Je viens te réveiller, mais c'est pour sauver la patrie; je tiens le fil de la conspiration la plus dangereuse qui ait été tramée contre la liberté. — Eh bien, il faut la dévoiler. — Mais, pour cela, il faut que je continue de fréquenter les conjurés; car j'ai été admis dans leur société. Ils m'ont conduit, par degrés, à des propositions, ils m'ont tenté par l'appât de partager le fruit de leur brigandage; le jour est pris où ils doivent se réunir; je dois m'y trouver aussi. Ils croient que je ne devine pas le reste de leur projet; mais ils vont à la contre-révolution ouverte. Si l'on veut, je ferai prendre, en flagrant délit, les conspirateurs. — On ne peut pas rendre un plus grand service à la patrie; tu ne dois pas balancer; mais quelles seront tes preuves? Chabot tenait un paquet dans sa main. Voilà, dit-il, un paquet que l'on m'a remis, pour que je tâchasse de déterminer un membre de la Montagne à se désister des oppositions qu'il avait apportées au projet financier de la clique (2); je n'ai pas voulu rejeter cette commission, pour ne pas me mettre dans l'impossibilité de découvrir
(1) 'Ea blanc dans le texte.
(2) Voir A. Mathiez, La corruption parlementaire sous la Terreur.
et de dévoiler le fond de la conspiration : mais mon intention est d'aller, de ce pas, déposer ce paquet au Comité de sûreté générale, et de dénoncer les traîtres. Au reste, j'offre de donner au Comité les moyens de les prendre tous rassemblés dans un lieu où je me trouverai. — Hâtetoi donc de te rendre au Comité de sûreté générale; il accueillera, sans doute, cette offre-là avec empressement. — Oui, mais je ne veux pas que l'on puisse induire, de ma présence au milieu des conjurés, que je le suis moi-même. Je demande une sûreté. Je veux bien mourir pour ma patrie, mais je ne veux pas mourir en coupable. Ma mère et ma sœur sont ici; je ne veux pas qu'elles expirent de douleur. Ma sœur me disait dernièrement : Si tu as trahi la cause du peuple, je serai la première à te poignarder. — Tu ne dois pas douter que le Comité de sûreté générale ne prenne, avec toi, les moyens nécessaires pour découvrir la conspiration. Tes intentions, et l'avis que tu lui auras donné, seront ta garantie. Au surplus, tu peux en parler au Comité de salut public; il seiisira tous les moyens qui lui sont offerts, de sauver la patrie. Chabot partit en annonçant qu'il ferait sa dénonciation au Comité de sûreté générale; il la fit le même jour. Basire en fît une autre relative au même complot (1).
Il résulte de l'une et de l'autre qu'il existait une conjuration dont le but était de corrompre les représentans du peuple et de diffamer tous les autres, et surtout les patriotes, pour arriver à la contrerévolution par l'anéantissement de la représentation nationale; celui de ruiner les finances en entraînant la Convention dans des mesures impolitiques, déguisées sous les apparences de bien public... (2) »
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité 106. - SÉANCE DU !«' GERMINAL AN II (2Ï MARS 1794)
1^ intervention: Pour que l'épuTation de Ducamp (3) soit ajournée.
Après la lecture de la correspondance, en vertu d'un arrêté de la veille, on procède à la continuation du scrutin épuratoire. Un certain nombre de membres sont admis (4). Sur les observations de Robespierre et de quelques autres, la décision concernant Ducamp fut ajoiunée.
(1) Voir le rapport d'Amar dans Arch. pari., LXXXVI, 554-56, et Arch. nat., F', 4637 doss. Chabot.
(2) Il semble que le début seul ait été rédigé en vue d'un rapport mais que la suite soit constituée de notes et que Robespierre n'ait pas eu le temps de les élaborer. La dernière formule a été utilisée dans ses précédentes interventions aux Jacobins.
(3) Ce nom ne figure pas parmi les rédacteurs de journaux cités par G. Waltek, dans son Catalogue.
(4) Voir AuLAKD, VI, 4.
Gazette historique et politique de la France et de V Europe, n° 84, p. 1.
« Un citoyen, ci-devant rédacteur de la « Gazette de Leyde» (1) et depuis du journal « Batave ou le Sans-Culotte» (2), d'après les observations de Robespierre (3) et de quelques autres membres qui l'ont accusé d'avoir été le partisan de Dumouriez dans différentes feuilles qu'il a rédigées, a été ajourné jusqu'à ce que l'on ait pris des informations sur les accusations qui lui sont imputées. »
2® intervention : Contre V impression d'un discours de Tallien
Les Jacobins entendent ensuite un discours de Tallien « analogue aux circonstances nouvelles » : dans la nuit du 23 au 24 ventôse (13-14 mars), les principaux dirigeants Cordeliers ont été arrêtés et traduits au Tribunal révolutionnaire. Le représentant de Seine-et-Oise dénonce la manœuvre modérée à la suite de ces arrestations. « Tout homme qui a contribué à l'arrestation et à la punition des traîtres, des accapareurs et des ennemis jurés de la liberté, est désigné comme un conspirateur par les modérés ». L'orateur parle du danger qu'il y aiu*ait « à envelopper un seul patriote, un seul homme vertueux dans la proscription qui s'étend à tous les coupables ». Tallien conclut en demandant l'arrestation de tous les suspects, l'établissement des commissions populaires, la punition de tous les ennemis de la Révolution et la distribution de leurs biens aux patriotes (4). L'impression du discours de Tallien est proposée. Robespierre s'y oppose et demande la question préalable. Tallien reprend la parole : il s'est trompé « en disant que les aristocrates et les modérés étaients en joie »; il appuie lui-même la proposition de Robespierre. La question préalable est adoptée à l'unanimité.
Journal de la Montagne, t. II, n° 130, p. 1053-54; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 185, p. 745 (5); Journal historique et politique, 24 mars, p. 1-2; Correspondance politique de Paris et des départemens, n° 279, p. 2; Gazette française, n° 814, p. 2081-82; Courrier républicain, t. III, n" 145, p. 189-90; Feuille du salut public, n" 263, p. 3 (quelques variantes) ; Mercure universel, XXXVIII, 72-73.
« Robespierre croit que l'orateur s'est trompé sur un fait, parce qu'il n'a pu saisir parfaitement le fil des conspirations. Les aristocrates et les modérés, s'écrie-t-il, sont loin d'être joyeux et d'oser lever la tête; j'affirme au contraire que jamais ils n'ont été si consternés : toutes leurs espérances étoient attachées à l'existence du parti de l'étranger, et aujourd'hui l'on voit sur la sellette les principaux agens des puissances
(1) Voir ci-dessus, note des éditeurs, p. 7
(2) Journal de Milscent. Voir ci-dessus, 8 nivôse (n° 82), 2« intervent.
(3) Le nom de Robespierre n'est pas cité ailleurs. Rien dans Aulard, ni dans . Walteb.
(4) Mon., XX, 88.
(5) Mon., XX, 83. Reproduit dans Aulabd, VI, 5. Mention dans G. Walter,
étrangères, un Clootz, un Proly (1) et tant d'autres qui s'étoient vendus à ce parti odieux. Je dis que la punition de Proly coûtera des millions aux aristocrates et aux étrangers, parce qu'après cet exemple, il faudra que Pitt paie au centuple les espions qu'il voudra entretenir, parmi nous. Les modérés dans la joie! lorsqu'ils voient la Convention se lever tout entière pour frapper sans distinction tous les ennemis de la liberté ! La joie des modérés étoit dans la foiblesse du gouvernement, et l'énergie que la Convention a développée, les a plongés dans un désespoir mortel. C'étoit les motions criminelles qui tendoient à laisser impunis les forfaits de l'aristocratie, c'étoient les écrits perfides qui répandoient une doctrine empoisonnée : c'étoit tout cela, dis-je, qui pourroit donner de la joie aux modérés, mais non les mesures vigoureuses et terribles que le Comité de salut public a prises dans ces dernières circonstances. La joie des modérés, est quand la représentation nationale dépose le caractère qui lui convient, oublie sa dignité jusqu'au point de faire grâce à l'aristocratie : mais non quand elle est déterminée à foudroyer sans miséricorde tous les ennemis du peuple. Les modérés et les aristocrates peuvent bien feindre en ce moment une joie hypocrite, mais il est difficile de s'y méprendre : il est bien vrai qu'ils veulent profiter des circonstances actuelles, pour calomnier le patriotisme : mais nous avons aussi arraché cette branche de conspiration; à peine a-t-elle été tentée, qu'aussitôt elle a été étouffée; ils perdent maintenant l'espoir de la voir exécuter, parce qu'ils savent que l'échafaud attend toutes les sortes de conspirations. De ce que je viens de dire, il ne faut pas conclure qu'il faille refroidir l'indignation publique envers les modérés, et détourner l'attention du peuple de cette faction, qui n'est pas nouvelle dans la Révolution, mais qui existe depuis long-tems sous la protection des puissances étrangères; il n'est pas de faction qui puisse exister sans l'appui de la tyrannie. Toutes se disputent avec acharnement cette ressource; et lorsqu'on les voit se combattre mutuellement, ce n'est pas pour le bien de la République qu'elles se battent, mais pour se partager les dépouilles du peuple. Ce n'est pas assez d'en étouffer une, il faut les écraser toutes. II faut attaquer celle qui existe encore avec la même fureur que celle que nous avons montrée en poursuivant l'autre. Oui, il existe une faction; ce n'est pas celle des aristocrates de Coblentz, il y a long-tems qu'elle est dévoilée. Ce n'est pas celle des Lameth et des Lafayette, il y a long-tems qu'elle n'est plus à craindre : mais la faction d'aujourd'hui est caractérisée par ses faits. Elle est dénoncée par la véracité des faits qui ont éclairé le peuple. Le moment de la dévoiler viendra; ce moment n'est pas éloigné. Le
(1) Au groupe cordelier furent amalgamés les « agents de l'étranger » : Cloots, le banquier Kock, Proli, Desfieux, Pereira, Dubuisson. Tous furent guillotinés le 4germ. II (24 mars 1794). Voir A. Mathiez, La conspiration de Vétranger.
Comité de salut public l'a promise. La Convention et le peuple lui en ont imposé la loi. Il remplira son devoir. Il périra ou le peuple sera sauvé. Je demande la question préalable sur l'impression du discours. »
Texte très proche dan» Messager da soir, n° 583, p. 3; Journal de Sablier, n" I2I3, p. 2; Annales de la RépuUique française, n" 114, p. 2-3. Elxtraits dans Gazette historique, n? 83, p. 3; Journal de Perlet, n" 549, p. 423; Journal des Hommes libres, p. 371-372; Courrier belgique, n° 38, p. 186; Le Conservateur..., n° 3, p. 1 1.
3® intervention : Contre toutes les factions
Dans la suite de la séance, la Société entend lecture d'une lettre d'Albitte, représentant de la Seine-Inférieure, en mission dans l'Ain et le Mont-Blanc. Il rend compte des mesures révolutionnaires qu'il a prises, et conclut : « Enfin tout va bien dans les départements si le modérantisme, consolateur officieux des coquins, de l'aristocratie, ne parvient pas à rendre nos efforts inutiles » (1). Robespierre prend la parole j)our dénoncer le péril des factions, qu'elles soient exagérées ou modérées. Son discours fut, à plusieurs reprises, interrompu par de vifs applaudissements.
Journal de la Montagne, t. II, n» 131, p. 1060 ; Messager du soir, n° 584, p. 2 ; Journal de Sablier, n° 1214, p. 3; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n» 185 (2); Mercure universel, t. XXXVIII, p. 84-85.
« Robespierre. Voilà quelle est la situation de la République. Elle est placée entre les muscadins, les aristocrates et la faction dont Hébert et ses complices peuvent vous donner une idée. Les muscadins ne veulent pas la punition des traîtres ; ceux qui sont patriotes à la manière de Proly, attaquent bien les aristocrates, mais ils veulent perdre avec eux les patriotes, pour régner sur leur ruine totale, et les patriotes sont à la veille d'en être les victimes, si nous ne déployons une énergie capable d'efîrayer et de terrasser nos ennemis.
A Commune-Affranchie, les amis de Chalier et de Gaillard (3), de ce patriote malheureux qui s'est poignardé par un mouvement de désespoir, parce qu'au moment où tout sembloit être tranquille, il prévoyoit les maux qui dévoient fondre sur sa patrie; les amis, dis-je, de ces deux martyrs de la liberté sont proscrits dans le moment actuel. J'ai vu des lettres de quelques-uns d'entr-eux, de ceux qui, échappés des prisons, étoient venus implorer le secours de la Convention. Ils expriment le même désespoir que Gaillard, et si l'on n'apporte le remède le plus prompt à leurs maux, ils ne trouveront de soulagement que dans la recette de Caton et de Gaillard.
(1) Mon., XX, 34.
(2) Mon., XX, 34. Reproduit dans Aulakd, VI, 7; Laponnerayk, III, 590. Mention dans G. Walter, p. 739.
(3) Chalier avait été guillotiné par la réaction, à Lyon, le 16 juillet 1793. Ce fut le 3« « martyr de la Liberté ». Le suicide de Gaillard avait été annoncé aux Jacobins par Collot d'Herbois le 3 nivôse {Mon., XIX, 44). Sur les débuts de la réaction modérée à Lyon, voir J. Rousset, « Un chirurgien jacobin : l'infernal Achard » {Albums du Crocodile, 1964, n»* 1 et 2).
L'étranger soudoie parmi nous la faction des modérés et celle des hommes perfides qui, sous le maisque d'un patriotisme extravagant, voudroient égorger les patriotes. Il est indifférent pour l'étranger que l'une ou l'autre de ces deux factions triomphent. Si c'est Hébert, la Convention est renversée, les patriotes sont massacrés, la France retombe dans le cahos, et la tyrannie est satisfaite. Si ce sont les modérés, la Convention perd son énergie, les crimes de l'aristocratie sont impunis, et les tyrans triomphent. L'étranger doit protéger toutes ces factions sans s'attacher à aucune. Que lui importe qu'Hébert expie ses trahisons sur l'échafaud, s'il se trouve après lui d'autres scélérats qui veulent perdre la République, et égorger tous ceux qui ont combattu constamment contre les traîtres et les tyrans.
Tous ces scélérats ligués avec l'étranger, comptent pour rien la République; ce n'est pour eux qu'un objet de rapine. Le peuple n'est à leurs yeux qu'un vil troupeau qu'ils croient fait pour s'attacher à leur char et les traîner à l'opulence et à la fortune. A chaque révolution, le peuple triomphe, parce qu'il est debout, et qu'alors ils se cachent. Meiis à peine est-il rentré dans ses foyers, que les factieux reparoissent, et aussitôt le peuple est replongé dans le même état de détresse d'où il étoit sorti.
Vous avez vu Lafayette, Petion, Dumouriez, concevoir le projet affreux de l'affamer et de l'asservir. Ces monstres sont tombés : après eux, on a vu s'élever une faction nouvelle qui vouloit exécuter le même complot. Après elle, il en paroîtra une autre qui aura le même but, si la Convention diffère de foudroyer toutes les factions. Il faut enfin tout rapporter au peuple et à l'intérêt général. Que ceux qui se groupent pour arrêter la marche de la Révolution, tombent sous le glaive de la loi. Si tous ceux qui ont formé des projets contre la liberté, SI les successeurs de Brissot ne subissent pas le même sort que lui, attendez-vous aux plus grands malheurs. Vous verrez les frippons s'introduire dans les armées, certains fonctionuciires publics se liguer avec eux, comme autrefois ils se sont ligués avec les autres : la paix d'aujourd'hui ne sera que passagère; les armées seront battues; les femmes et les enfans égorgés... {Ici il se fait un mouvement d'horreur). Je défie qui que ce soit de démentir ces vérités terribles. Si la dernière faction ne périt pas demain, ne périt pas aujourd'hui, les armées seront battues, vos femmes et vos enfans égorgés; la République sera déchirée par lambaux; Paris sera affamé; vous tomberez vous-mêmes sous les coups de vos ennemis, et vous laisserez une postérité sous le joug de la tyrannie.
Robespierre termine en décWant que la Convention est déterminée à sauver le peuple en écrasant à la fois toutes les factions qui menacent la liberté. »
EztniU dans Coarrier ripMicàn, t. III. D* 145. p. 190; C«uetU françaùe, n° 814. p. 2062; Fanlle en ulmt pMic n» 263. p. 3: Aim^et At la Ri»Miqat fratçatat. n* 1 14. p. 2: jcamml de Petlet, n" 550. p. 431.
107. - SÉANCE DU 11 GERMINAL AN II (31 MARS 1794) Contre la comparution a la barre de Danton, détenu
Après l'exécution du groupe Cordelier (4 germinal an II), les Indulgents crurent leur heure arrivée. Dès la fin de ventôse, ils avaient accentué leur pression; le n» 7 du Vieux Cordelier qui fut saisi, dressait un violent réquisitoire contre la politique du Comité de salut public. Mais le Comité, qui ne frappa les Exagérés qu'après beaucoup d'hésitations, n'entendait pas se laisser déborder. Déjà, le 28 ventôse (18 mars), la Convention avait décrété d'accusation les députés compromis dans l'aJÉfaire de la Compagnie des Indes : Fabre d'Églantine, Basire, Chabot et Delaunay. Billaud-Varenne et CoUot-d'Herbois, inquiets de la proscription d'Hébert et de ses amis, soutenus par le Comité de sûreté générale, finirent par convaincre Robespierre hésitant. Dans la nuit du 9 au 10 germinal (29-30 mars), Danton, Camille Desmoulins, Delacroix et Philippeaux furent arrêtés.
Le 11 germinal, dès l'ouverture de la séance de la Convention, Delmas, représentant de la Haute-Garonne, demande que les membres des Comités de gouvernement soient invités à se rendre sur-le-champ dans l'Assemblée; sa proposition est adoptée. Legendre prend la parole sur les arrestations qui viennent d'être opérées : il demande que les représentants arrêtés soient traduits à la barre, « où vous les entendrez, et où ils seront accusés ou absous par vous. Je crois Danton aussi pur que moi »... « Je demande en conséquence qu'avant que vous entendiez aucun rapport, les détenus soient mandés et entendus » (1). Fayau, représentant de la Vendée, s'oppose à la proposition de Legendre : que la Convention n'admette point à la barre les détenus, mais qu'elle entende le rapport de ses Comités.
Robespierre prend la parole : il demande la question préalable sur la proposition de Legendre. Ce dernier intervient à nouveau : « Si j'ai fait la proposition que le préopinant a combattue, c'est qu'il ne m'est pas démontré encore que les détenus soient coupables comme cela peut être démontré à ceux qui ont les preuves sous les yeux; au reste, je n'entends défendre ici aucun individu ». Barère intervient à son tour : « J'ai dit que vous ne donneriez pas l'exemple d'un sénat aristocratique dont les membres auraient plus de droits que les autres citoyens ». La proposition de Legendre n'eut pas de suite.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 192, p. 776 (2); Journal des Débats et Décrets, n° 558, p. 182 (Quelques variantes) (3).
« Robespierre. A ce trouble, depuis long-tems inconnu, qui règne dans cette Assemblée; aux agitations qu'ont produites les premières paroles de celui qui a parlé avant le dernier opinant, il est aisé de s'apercevoir en effet qu'il s'agit ici d'un grand intérêt; qu'il s'agit de savoir si quelques hommes aujourd'hui doivent l'emporter sur la patrie. Quel est donc ce changement qui paraît se manifester dans les principes des membres de cette Assemblée, de ceux sur-tout qui
(1) Mon., XX, 95. Voir E. Hamel, III, 461-476.
(2) Mon., XX, 95. Analyse dans G. Walter, p. 398. Reproduit par Lapon- NERAVE, III, 593 et Bûchez et Roux, XXXII, 69. Voir E. Hamel, III, 476-480.
(8) Reproduit dans Arch. pari., LXXXVII, à la date.
siègent dans un côté qui s'honore d'avoir été l'asile des plus intrépides défenseurs de la liberté? Pourquoi une doctrine qui paraissait naguères criminelle et méprisable, est-elle reproduite aujourd'hui? Pourquoi cette motion, rejetée quand elle fut proposée par Danton, pour Beisire, Chabot et Fabre d'Eglantine a-t-elle été accueillie tout-à-l'heure par une portion des membres de cette assemblée? Pourquoi? Parce qu'il s'agit aujourd'hui de savoir si l'intérêt de quelques hypocrites ambitieux doit remf>orter sur l'intérêt du peuple français (Applaudissemens).
Eh quoi! n'avons-nous donc fait tant de sacrifices héroïques, au nombre desquels il faut compter ces actes d'une sévérité douloureuse, n'avons-nous fait ces sacrifices que pour retourner sous le joug de quelques intrigans qui prétendaient dominer?
Que m'importent à moi les beaux discours, les éloges qu'on se donne à soi-même et à ses amis? Une trop longue et trop pénible expérience nous a appris le cas que nous devions faire de semblables formules oratoires. On ne demande plus ce qu'un homme et ses amis se vantent d'avoir fait dans telle époque, dans telle circonstance particulière de la Révolution; on demande ce qu'ils ont fait dans tout le cours de leur carrière politique {On applaudit).
Legendre paraît ignorer les noms de ceux qui sont arrêtés : toute la Convention les sait. Son ami Lacroix est du nombre de ces détenus. Pourquoi feint-il de l'ignorer? Parce qu'il sait bien qu'on ne peut sans impudeur défendre Lacroix (l). Il a parlé de Danton, parce qu'il croit sans doute qu'à ce nom est attaché un privilège; non, nous n'en voulons point de privilège; non, nous n'en voulons point d'idoles (On applaudit à plusieurs reprises).
Nous verrons dans ce jour si la Convention saura briser une prétendue idole pourrie depuis long-tems, ou si, dans sa chute, elle écrasera la Convention et le peuple français. Ce qu'on a dit de Danton ne pouvait-il pas s'appliquer à Brissot, à Pétion, à Chabot, à Hébert même, et à tant d'autres qui ont rempli la France du bruit fastueux de leur patriotisme trompeur? Quel privilège aurait-il donc? En quoi Danton est-il supérieur à ses collègues, à Chabot, à Fabre d'Eglantine, son ami et son confident, dont il a été l'ardent défenseur? En quoi est-il supérieur à ses concitoyens? Elst-ce parce que quelques individus trompés, et d'autres qui ne l'étaient pas, se sont groupés autour de lui pour marcher à sa suite à la fortune et au pouvoir? Plus il a trompé les patriotes qui avaient confiance en lui, plus il doit éprouver la sévérité des amis de la liberté.
Citoyens, c'est ici le moment de dire la vérité. Je ne reconnais à tout ce qu'on a dit que le présage sinistre de la ruine de la liberté
(1) Voir Notes fournies par Robespierre à Saint Just pour son rapport contre les Dantonistes, publiées en 1841, in-8°, 31 p. {BJf., 8» Le «« 743) et Papiers inédits...,
et de la décadence des principes. Quels sont en effet ces hommes qui sacrifient à des liaisons personnelles, à la crainte peut-être, les intérêts de la patrie? Qui, au moment où l'égalité triomphe, osent tenter de l'anéantir dans cette enceinte? On veut vous faire craindre les abus du pouvoir, de ce pouvoir national que vous avez exercé, et qui ne réside pas dans quelques hommes seulement. Qu'avez-vous fait que vous n'ayez fait librement, qui n'ait sauvé la République, qui n'ait été approuvé par la France entière? On veut vous faire craindre que le peuple périsse victime des Comités qui ont obtenu la confiance publique, qui sont émanés de la Convention nationale, et qu'on veut en séparer; car tous ceux qui défendent sa dignité, sont voués à la calomnie. On craint que les détenus ne soient opprimés : on se défie donc de la justice nationale, des hommes qui ont obtenu la confiance de la Convention nationale; on se défie de la Convention qui leur a donné cette confiance, de l'opinion publique qui l'a sanctionnée. Je dis que quiconque tremble en ce moment est coupable; car jamais l'innocence ne redoute la surveillance publique {On applaudit).
Je dois ajouter ici qu'un devoir particulier m'est imposé de défendre toute la pureté des principes contre les efforts de l'intrigue. Et à moi aussi on a voulu inspirer des terreurs; on a voulu me faire croire qu'en approchant de Danton, le danger pourrait arriver jusqu'à moi; on me l'a présenté comme un homme auquel je devais m'accoler, comme un bouclier qui pourrait me défendre, comme un rempart qui une fois renversé me laisserait exposé aux traits de mes ennemis. On m'a écrit, les amis de Danton m'ont fait parvenir des lettres, m'ont obsédé de leurs discours. Ils ont cru que le souvenir d'une ancienne liaison, qu'une foi antique dans de fausses vertus, me détermineraient à ralentir mon zèle et ma passion pour la liberté. Eh bien, je déclare qu'aucun de ces motifs n'a effleuré mon âme de la plus légère impression. Je déclare que s'il était vrai que les dangers de Danton dussent devenir les miens, que s'ils avaient fait faire à l'aristocratie un pas de plus pour m'atteindre, je ne regarderais pas cette circonstance comme une calamité publique. Que m'importent les dangers ! Ma vie est à la patrie ; mon cœur est exempt de crainte; et si je mourais, ce serait sans reproche et sans ignominie {On applaudit à plusieurs reprises).
Je n'ai vu dans les flatteries qui m'ont été faites, dans les caresses de ceux qui environnaient Danton, que des signes certains de la terreur qu'ils avaient conçue, avant même qu'ils fussent menacés.
Et moi aussi j'ai été ami de Pétion; dès qu'il s'est démasqué, je l'ai abandonné; j'ai eu aussi des liaisons avec Roland; il a trahi, et je l'ai dénoncé. Danton veut prendre leur place, et il n'est plus à mes yeux qu'un ennemi de la Patrie {Applaudissemens).
C'est ici sans doute qu'il nous faut quelque courage et quelque grandeur d'âme. Les âmes vulgaires ou les hommes coupables
craignent toujours de voir tomber leurs semblables, parce que, n'ayant plus devant eux une barrière de coupables, ils restent plus exposés au jour de la vérité; mais s'il existe des âmes vulgaires, il en est d'héroïques dans cette Assemblée, puisqu'elle dirige les destinées de la Terre et qu'elle anéantit toutes les factions.
Le nombre des coupables n'est pas si grand; le patriotisme, la Convention nationale ont su distinguer l'erreur du crime, et la faiblesse des conspirations. On voit bien que l'opinion publique, que la Convention nationale marchent droit aux chefs de partis, et qu'elles ne frappent pas sans discernement.
II n'est pas si nombreux le nombre des coupables; j'en atteste l'unanimité, la presqu'unanimité avec laquelle vous avez voté depuis plusieurs mois pour les principes. Ceux qu'on méprise le plus ne sont pas les plus coupables, ce sont ceux qu'on prône et dont on fait des idoles pour en faire des dominateurs. Quelques membres de cette Assemblée, nous le savons, ont reçu des prisonniers des instructions portant qu'il fallait demander à la Convention quand finirait la tyrannie des Comités de salut public et de sûreté générale ; qu'il fallait demander à ces Comités s'ils voulaient anéantir successivement la représentation nationale. Les Comités ne tiennent que de la Patrie leurs pouvoirs qui sont un immense fardeau, dont d'autres peut-être n'auraient pas voulu se charger. Oui, demandez-nous compte de notre administration, nous répondrons par des faits; nous vous montrerons les factions abattues; nous vous prouverons que nous n'en avons flatté aucune, que nous les avons écrasées toutes pour établir sur leurs ruines la représentation nationale.
Quoi! on voudrait faire croire que nous voulons écraser la représentation; nous qui lui avons fait un rempart de nos corps! nous qui avons étouffé ses plus dangereux ennemis! on voudrait que nous laissassions exister une faction aussi dangereuse que celle qui vient d'être anéantie, et qui a le même but, celui d'avilir la représentation nationale et de la dissoudre!
Au reste, la discussion qui vient de s'engager est un danger pour la Patrie; déjà elle est une atteinte coupable portée à la liberté; car c'est avoir outragé la liberté que d'avoir mis en question s'il fallait donner plus de faveur à un citoyen qu'à un autre; tenter de rompre ICI cette égalité, c'est censurer indirectement les décrets salutaires que vous avez portés dans plusieurs circonstances, les jugements que vous avez rendus contre les conspirateurs; c'est défendre aussi indirectement ces conspirateurs, qu'on veut soustraire au glaive de la justice, parce qu'on a avec eux un intérêt commun; c'est rompre l'égalité. Il est donc de la dignité de la représentation nationale de mmntenir les principes. Je demande la question préalable sur la proposition de Legendre. »
Journal de la Montagne, t. II, p. 1127.
« Robespierre. A ce trouble depuis long-tems inconnu dans cette enceinte, aux agitations qui se sont manifestées dès les premières paroles de Legendre, je ne puis me défendre de quelque surprise. Quoi! une doctrine qui nous paroissoit si méprisable dans la bouche de Basire et dans celle de Danton, auroit-elle changé de caractère à nos yeux? Quoi! quelques hommes l'emporteroient sur la nation! l'intérêt de quelques hypocrites ambitieux feroit perdre de vue celui du peuple français! N'aurons-nous fait tant de sacrifices que pour retomber sous le joug de quelques intrigans, qui prétendent triompher de nos principes et de nos vertus.
Legendre vante les grands services de Danton : il se garde bien de présenter le tableau entier de sa vie politique, et sur-tout d'en dévoiler les motifs.
Il ignore, dit-il, le nom des trois autres : il sent bien qu'il faudroit avoir renoncé à toute pudeur, pour oser prendre la défense d'un Lacroix, par exemple.
Il veut qu'on les entende à la barre! Pourquoi ce privilège? Le tems des idoles n'est-il pas encore passé? Nous verrons si dans sa chute, cette idole étonnera la Convention et le peuple. En quoi donc Danton est-il supérieur à Brissot, à Hébert, à Fabre d'Eglantine, son intime ami?
Citoyens! c'est ici le moment d'éclairer la République. On veut lui faire craindre l'abus de pouvoir. Et qu'avez-vous fait qui ne vous ait attiré les bénédictions du peuple? On parle d'oppression! et l'on n'articule aucune mesure que l'on puisse reprocher à ceux que vous avez investis de votre confiance.
Je le déclare : quiconque tremble en ce moment, est coupable. Et moi aussi, on a voulu m'intimider : on a voulu me faire regarder Danton comme un homme à qui je devois m'accrocher. On m'a écrit. Ses amis m'ont obsédé. Ils ont fait valoir une ancienne liaison, qui n'a subsisté qu'autant que mon erreur. Mais tant de démarches, tant de caresses, n'ont servi qu'à me prouver la terreur dont les coupables étoient frappés. On craint de voir tomber ses pareils. Citoyens, c'est outrager la liberté que de solliciter un privilège : demander que des coupables soient entendus, avant leurs dénonciateurs, c'est en quelque sorte plaider leur cause, et prendre leur défense.
Je conclus à la question préalable sur la proposition de Legendre. »
Auditeur national, n" 555, p. 3-4; Journal du soir, n9 554, p. 2-3; Affiches d'Angers, t. II, no 49, p. 299-300.
« Plusieurs membres appuient tumultueusement cette motion, et veulent que le président la mette de suite aux voix; Robespierre réclame la parole, quelque agitation éclate, le président rappelle avec
énergie et dignité la Convention au calme, qui ne doit jamais l'abandonner; enfin, Robespierre est entendu : A ce trouble, depuis long-tems inconnu dans cette enceinte, il est aisé, dit-il, de reconnoître l'influence des passions, mais il s'agit de savoir si quelques hommes doivent l'emporter aujourd'hui sur la patrie. Quel est donc ce changement de principes dans les membres qui siègent sur ce lieu qui fut toujours l'asile du courage et de la vertu? Pourquoi une doctrine qui naguère vous parût méprisable, vous est-elle présentée aujourd'hui avec audace? Pourquoi cette motion, faite aussi par Danton et Basire, est-elle reproduite après avoir été déjà écartée?
Eh quoi! n'avons-nous fait temt de sacrifices, à la tête desquels nous devons placer ces actes d'une sévérité souvent douloureuse, n'avons-nous donné tant de grands exemples à la Terre, que pour nous avilir par une versatilité coupable qui rétabliroit parmi nous des êtres privilégiés? Que m'importent, ces beaux discours, ces éloges qu'on se donne à soi-même, et à ses amis? On ne demande plus ce que tel homme a fait dans tel tems, à telle époque, on veut ouvrir le livre entier de sa vie politique. Legendre paroît ignorer quels sont les détenus, il sait seulement, dit-il, que Danton est du nombre; cependant, qui dans cette Assemblée ne sait pas que Lacroix est aussi arrêté? mais on n'auroit pu, sans rougir, entreprendre la défense de Lacroix.
Nous verrons dans ce jour si la Convention pourra briser une idole pourrie dès long-tems : ce qu'on a dit de Danton, ne pourroit-on pas le dire de Bnssot, de Pétion, d'Hébert même, qui ne parurent servir la liberté que pour la trahir plus sûrement? Quel est donc cette espèce de privilège qu'on voudroit établir? En quoi Danton l'emporte-t-il sur les autres conspirateurs que vous avez frappés? Elst-ce parce que quelques hommes se sont attroupés autour de lui, pour marcher à sa suite, à la fortune et à la domination? On veut nous faire craindre quelque abus de pouvoirs : on craint que les détenus ne soient opprimés! on se défie donc de la justice en qui le peuple espère. Tendres amis de Danton, ne pouvez-vous sacrifier à la patrie ces sentimens qui vous unissoient à lui! et moi aussi, je fus lié avec Pétion, Roland et Brissot, le masque dont ils se couvroient est bientôt tombé, je n'ai plus vu en eux que des traîtres, et j'ai appelé sur leurs têtes la vengeance nationale. Robespierre termine en invoquant la question préalable sur la motion de Legendre. »
Correspondance politique, n" 72, p. 296.
« Aux agitations qui ont suivi la motion de Legendre, dit Robespierre, il est aisé de s'apercevoir qu'il s'agit ici d'un grand intérêt. Il s'agit de savoir si quelques hommes doivent l'emporter sur l'intérêt du peuple, et pourquoi cette motion qui a été rejettée lorsqu'elle fut proposée par Danton, ensuite par Basire et Chabot, est reproduite aujourdhuy avec tant d'enthousiasme. Oui, citoyens, il s'agit de savoir
aujourdhuy si l'intérêt de quelques hypocrites ambitieux l'emportera, sur l'intérêt du peuple.
Que m'importent à moi les beaux discours et les éloges qu'on se donne à soi-même? Legendre ignore le nom des détenus! il ne parle pas de Lacroix, parce qu'il sait qu'on ne peut sans impudeur parler pour Lacroix. Pourquoi donc cette prédilection? Pourquoi parler de Danton, l'intime ami de Lacroix, le confident de Camille Desmoulins ? Nous saurons aujourdhuy si cet idole triomphera, ou si dans sa chute cet idole écrasera le peuple et la Convention,
Depuis long-tems on suit un système de crainte et d'effroi. On a voulu faire trembler le Comité de salut public lui-même.
On m'a écrit, à moi; les amis de Danton m'ont obsédé de leurs discours. On m'a inspiré des terreurs. On m'a dit qu'il fallait m'accoler à Danton; que cela m'éviterait des dangers. Je n'ai vu dans cette arène singulière que la crainte de ceux qui s'accolaient à lui; et dès-lors j'ai conçu des craintes sur la liberté du peuple.
Et moi aussi j'ai eu des liaisons avec Pétion, avec Rolland. Je les ai reconnus des traîtres et je les ai abandonnés. Danton a voulu prendre leur place, eh bien! je deviens son dénonciateur.
On prétend que les traîtres qui étaient dans le sein de la Convention, aviliront la représentation nationale, et que tout est coupable ici. Non, citoyens, non, ils ne sont pas si nombreux ces conjurés. On sait distinguer le crime de la faiblesse. Au surplus, la motion de Legendre serait un privilège en faveur des accusés, et tout privilège conduit à l'anéantissement de la République et de la liberté. Je demande la question préalable sur cette motion.
La révolution est dans le peuple, et n'est point dans la renommée de quelques personnages.
Je viens vous dénoncer les derniers partisans de la royauté, et remonter au principe de la conspiration qui voulait perdre la liberté.
Cette conspiration, qui remonte à cinq années, était composée de plusieurs factions coïncidentes. Le parti d'Orléans a été le premier. L'Assemblée constituante était sénat le jour, la nuit c'était un ramas de factions. On fit la guerre à la noblesse amie du tyran, pour frayer le trône à d'Orléans. Cette trame échoua. Une autre faction voulut faire régner la maison d'Hanovre. Le 10 août confondit tous ces partis. On se jetta alors dans la politique et l'intrigue. Brissot et ses amis conspirèrent. Dumouriez ne voulait point la mort du Roi, mais son banissement, pour faire régner une autre dynastie à sa place. »
Analyse ou extraits dans Journal de France, t. V, n" 554, p. 3 ; Mercure français, n° 1 4, p. 268 ; Feuille du salut public, n° 272, p. 2; Gazette de France, n" 91, p. 368. Journal de Paris, n" 456, p. 1842; Courrier historique et politique... n" 185, p. 756; Annales delà République française, t. III, n° 123, p. 3-4; Journal universel, n° 1590, p. 7298; Courrier universel, 13 germinal, p. 1-2; Nouvelles politiques, p. 530; Batave, n" 411, p. 1651; Journal de Perlet, n''556, p. 475-476. Résumé ou mention dans Gazette historique et politique..., n" 92, p. 4; Messager du soir, n" 591, p. 3; Gazette française, n" 822, p. 21 14; Courrier républicain, t. III, n° 153, p. 249; Nouvelles politiques, p. 528;Correspondance politique de Paris et des départemens, n" 287, p. 3; Journal historique et politique, n" 271, p. 4; Courrier de l'Égalité,l. VIII, n° 591, p. 3; Annales patriotiques, n" Ab5, p. 2022; Courrier universel, 12 Kerminal, p. 3;Joamal de Sablier, n» 1230, p. 3.
séance du 11 germinal an ii 419
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité 108. - SÉANCE DU 11 GERMINAL AN II (31 MARS 1794)
• l'® intervention : Sur l'affiliation de la société fraternelle du Panthéon
La crise de Ventôse exaspéra l'ancienne opposition jacobine et gouvernementale contre les sociétés sectionnaires. Dans son rappKjrt du 23 ventôse BUT les factions de l'étranger, Saint-Just avait précisé la position des Sociétés dans la crise générale : autrefois « temples de l'égalité », elles étaient maintenant envahies « d'êtres artificieux »... L'accusation visait essentiellement les sociétés sectionnaires parisiennes fondées à l'automne 1793, pour tourner la loi supprimant la permanence des sections. Le problème se p)Osa dans toute son ampleur, dès la fin de ventôse, lorsque se développa la politique d'épuration. Décidés à éliminer de la vie publique l'influence des Exagérés, les Comités de gouvernement, plutôt que de dissoudre d'autorité les sociétés sectionnaires, les incitèrent à se dissoudre. L'vm des moyens de pression fut le refus de l'affiliation par la Société-mère, les Jacobins, aux sociétés de « nouvelle fondation » (1).
Le 11 germinal, une députation de la société fraternelle du Panthéon- Français présenta aux Jacobins le produit d'une souscription pour armer et équiper un cavalier « jacobin ». Une discussion s'éleva : cette société était-eUe sectionnaire ? Devait-on lui signifier les principes des Jacobins à cet égard? Robespierre fit décider l'examen par le comité de présentation, de l'affiliation de la société fraternelle du Panthéon (2).
Journal de la Montagne, t. II, n° 140, p. 1134 (3).
« Une discussion s'étant élevée pour savoir si cette société doit être regardée comme sectionnaire, afin de lui faire connoître les principes de la Société à cet égard, et les réponses de l'orateur de la députation ayant été négatives, Robespierre a demandé que la discussion fiit fermée, que le don fût accepté, et que le comité de présentation fût chargé d'examiner si la société fraternelle du Panthéon doit conserver l'affiliation. »
2® intervention : Sur la situation de Commune- Affranchie
Un citoyen employé à la fabrication des canons, à l'atelier du Luxembourg, se plaint des intrigues dont il se dit victime : il vient de recevoir l'ordre de partir pour Commune-Affranchie, afin d'y remplir ime mission pour laquelle il ne se sent pas propre. Robespierre intervient sur la situation de Commune- Affranchie (4).
(1) Voir A. SoBOUL, Les sans-culottes parisiens..., p. 888.
(2) Le Moniteur ne signale pas cette intervention de Robespierre ni l'arrêté pris sur sa proposition. Le rapport du Comité de présentation fut soumis aux Jacobins le 6 floréal : la Société fraternelle du Panthéon n'étant pas sectionnaire, l'affiliation fut maintenue {Mon., XX, 320).
(3) Reproduit dans Aulard, VI, 36. Mention dans G. Watter.
(4) Voir ci-dessus, séance des Jacobins, l^'' germinal (3* intervent.).
Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 196, p. 796 (1) ; Journal de la Montagne, t. II, n» 140, p. 1184; Mercure universel, XXXVIII, 228-229; Journal de Sablier, n° 1235, p. 2-3.
« Robespierre. Des intrigans ont trouvé le moyen de s'introduire dans l'administration des armes, et le Comité de salut public a éprouvé beaucoup de difficultés à détruire les entraves qu'ils mettaient à leur fabrication. J'invite le citoyen qui vient de parler, à faire connaître au Comité de salut public les détails qu'il vient de donner.
Maintenant, je demande la parole pour faire connaître la situation actuelle de Commune- Affranchie. J'observerai d'abord que les factions s'étaient divisées en deux branches : l'une qui avait pour but de tout bouleverser, de tout anéantir; et l'autre qui voulait ramener le Peuple aux principes de l'aristocratie et du modérantisme. Les modérés se prévalaient des excès de l'autre faction pour justifier leur perfide système.
Fabre d'Eglantine affectait les principes de sagesse en dénonçant Hébert. Dès que la faction d'Hébert a été étouffée, les modérés et même ceux qui suivaient auparavant les principes d'Hébert, ont attaqué les patriotes les plus purs, en disant qu'ils sont des hébertistes et des désorganisateurs.
A Commune-Affranchie, les aristocrates ont calomnié les amis de Chalier, en les traitant d' hébertistes. La Commission temporaire, oubliant les aristocrates et les contre-révolutionnaires qu'elle avait à punir, a commencé des procédures contre les amis de Chalier. Le Comité de salut public en ayant été instruit, a pris un arrêté portant qu'il est défendu d'intenter aucune poursuite contre la Société populaire de Commune-Affranchie. Il a déclaré que la mort d'un patriote étant une calamité publique, il regardait comme conspirateurs ceux qui poursuivraient les amis de Chalier. Un courrier extraordinaire a été expédié; il doit être arrivé avant qu'il ait été possible de faire le procès à aucun patriote et de l'immoler. Si l'arrêté du Comité n'était pas respecté, je déclare que le sang innocent des patriotes serait vengé (2).»
Extraits dant Annales de la République, t. III, n" 124. p. I ; Gazette française, n" 824, p. 2121 ; Coanier ripMicain, t. m, n° 155, p. 265; Feuille du salut public, W 273, p. 4; Journal des Hommes libres, 13 serminal, p. 414.
(1) Mon., XX, 136. Reproduit dans Aulard, VI, 86. Mention dans G. Walter, p. 739. Voir E. Hamel, III, 487.
(2) Sur les conflits qui opposent à Lyon, les jacobins de la ville et les révolutionnaires « étrangers », voir R. Cobb, Les armées révolutionnaires..., p. 788.
109. - SÉANCE DU 12 GERMINAL AN II (1«' AVRIL 1794) Sur la répression de l'accaparement
La loi du 26 juillet 1793, prévoyant la ï)eine de mort contre les accapareurs, avait Suscité de grandes difficultés. Le 9 ventôse an II, Oudot, au nom du Comité de législation, présenta un rapport tendant à sa révision. Dénonçant les spéculateurs, il prenait la défense du commerce utile; si les négociants en gros étaient contraints de déclarer leurs stocks, la nomenclature des denrées de première nécessité disparaissait; surtout, les peines prévues pour crime d'accaparement étaient modifiées. Les sans-culottes parisiens cependant, aux prises avec une nouvelle crise des subsistances, réclamaient une aggravation de la loi du 26 juillet. L'arrestation, avec le groupe Cordelier, de Ducroquet, commissaire aux accaparements de la section Marat, sa condamnation et son exécution signifièrent que les Comités de gouvernement étaient dorénavant plus sensibles aux intérêts des producteurs et du commerce, qu'à ceux des consommateurs populaires (1).
Le projet de révision de la loi revint en discussion devant la Convention, le 9 germinal. Le rapjwrteur, Oudot, s'en tenait à des mesures transitoires entre ime loi aussi sévère que celle du 26 juillet et la liberté indéfinie du conamerce : position qui rendait compte des vues et des intérêts de la moyenne bourgeoisie jacobine également hostile aux excès de la taxation et de la réglementation, et aux abus d'une liberté totale. Le Comité de salut public allait bientôt adopter cette ligne de conduite, ainsi qu'en témoigne l'intervention de Robespierre au cours de la discussion. La loi du 12 germinal supprimait les commissaires aux accaparements : en fait, le commerce de détail échappait à l'appUcation de la loi.
Annales de la République française, t. III, n9 124, p. 4 (2); Journal du soir, n" 555, p. 3; Journal de France, t. V, n° 555, p. 2.
« Robespierre combat cette proposition : le but de la loi proposée, dit-il, est de prévenir les fraudes et de ne point décourager le commerce; la peine proposée par le Comité est suffisante pour atteindre ce but; une peine trop forte réveillerait la malveillance, & une simple négligence pourroit ruiner un marchand. Je vous rappelle que dans la dernière crise à laquelle la liberté vient d'échapper, une partie de la conspiration consistait à empêcher l'approvisionnement de Paris en décourageant le commerce. C'était pour atteindre ce but que, sous le masque de patriotisme, on vint vous présenter une pétition tendante à exclure des fonctions publiques les marchands (3). Je demande la question préalable sur la proposition qui vous est faite. »
Messager du soir, t. II, n° 592, p. 2.
« La lecture d'une partie du décret contre les accapareurs a donné Heu à une courte discussion, dans laquelle Robespierre a pris part, moins
(1) Voir H. Calvet, L'accaparement à Paris sous la Terreur..., p. 31.
(2) Rien dans le Mon., ni dans G. Walter.
(3) Voir Arch. pari., LXXXVI, 498 (n° 74) et ci-dessus, 25 ventôse (n» 98).
pour combattre telle ou telle disposition sévère qu'on vouloit faire insérer dans le décret, que pour censurer, en général, l'esprit d'exagération qui sembloit animer quelques membres (I), et même des portions de citoyens, et les portoit à décourager toute espèce de commerce, en proscrivant, les unes après les autres, des classes entières de marchands. »
Mention dans Nouoellet pclitiqutt, p. 536.
K® intervention : Pour V envoi au Tribunal révolutionnaire du rapport de Saint-Just mettant Danton et ses co-accusés hors des débats
Traduit au Tribunal révolutionnaire, Danton paya d'audace et réclama la comparution de ses accusateurs. Le 15 germinal, au nom du Comité de salut public, Saint-Just proposa à la Convention de décréter que « tout prévenu de conspiration qui résistera ou insultera à la justice nationale sera hors des débats sur le champ ». A l'appui de ce rapport, Billaud-Varenne fit donner lecture d'une lettre de l'Administration de police, signalant la fermentation qui régnait à la prison du Luxembourg, par suite de l'attitude de Danton devant le Tribunal révolutionnaire (2). Le décret proposé par Saint-Just fut adopté à l'unanimité. Robespierre intervint alors; ses propositions furent adoptées (3).
Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 196, p. 795 (4); Mercure universel, XXXVIII, 265.
« Robespierre. Je demande que cette lettre et le rapport de Saint- Just soient envoyés au Tribunal révolutionnaire, et qu'il lui soit enjoint de les lire à l'audience. »
(1 ) L'un des art. du projet portait que les marchands qui négligeraient d'afficher leurs stocks seraient frappés d'iuie amende. Charlier, trouvant cette peine trop légère proposa la confiscation de la totalité de la marchandise.
(2) Voir cette lettre dans Mon., XX, 134. Elle fait état des déclarations d'un détenu : Laflotte, ex-ministre de la République à Florence concernant les agissements de Dillon, détenu dans la même prison. « Le procès-verbal de cette déclaration porte que Arthur Dillon, détenu au Luxembourg, lui avoit demandé s'il avoit eu connoissance de ce qui s'étoit passé au Tribunal révolutionnaire dans le procès de Danton, Camille, etc.; que le déclarant ayant répondu négativement, Arthur Dillon lui avoit dit que les accusés avoient résolu ne rien déclarer qu'en présence de Robespierre, St.-Just, Barrère, etc.; que le Peuple avoit applaudi, etc.; que l'intention des Comités de Salut public et de Sûreté générale étoit de faire massacrer les détenus; qu'il falloit résister à l'oppression; que lui Dillon vouloit la République, mais la République libre. ». (Journal de Paris, n° 460, p. 1859).
(3) Voir à ce propos, séance du 8 brumaire, ci-dessus (n° 55).
(4) Mon., XX, 134. Bûchez et Roux, XXXII, 190. Mention dans G. Walter.
AudiUuT national, d9 559, p. 5.
« Robespierre demande que cette pièce soit de suite envoyée au Tribunal révolutionnaire, qui sera tenu d'en faire lecture publique, ainsi que du décret qui vient d'être rendu. »
Teste tris proche dans Bataoc, a* 414, p. 1664: Joamal historiqae et poUliqat, 6 avril, p. 3. MeadoB àma» Cantt' ' • 1 politiqm de Paris..^ n" 291. p. 4.
2® intervention : Contre l'admission à la barre de la femme de Philippeaux
Après l'adoption des propositions de Robespierre, Billaud-Varenne demande que la femme de PMippeaux soit admise à la barre : t Vous acquerrez une nouvelle preuve combien cet homme est coupable ». Robespierre s'oppose à cette proposition. La Convention passa à Tordre du jour.
Journal des Débats et Décrets, n" 562, p. 258.
« Robespierre s'oppose positivement à l'admission de la femme Philippeaux en ce moment. Il ne pense pas que la Convention doive accorder à cette femme le privilège qu'elle a refusé à tous les détenus. Philippeaux est devant le tribunal qui doit fixer son sort. La loi va prononcer; s'il est coupable, il sera puni. Il n'est pas de la dignité de la Convention d'établir entre elle et la femme d'un détenu une discussion au moins inutile. »
Gazette nationale, ou le Monitetir universel, n9 196, p. 795 (1); Mercure universd,
t.XXXVm,p.265.
« Robespierre. Je m'oppose à cette proposition; on n'a pas besoin de confondre la femme de Philippeaux avec lui-même; il est devant la justice, attendons son jugement. J'observe que la Convention ne doit pas s'écarter des règles de l'égalité; elle n'a pas voulu entendre les parens des conspirateurs qui ont déjà péri; la femme de Philippeaux ne doit pas obtenir cette faveur.»
Journal de la Montagne, t. II, p. 1163.
« Robespierre combat l'avis du préopinant; il pense que la Convention se manqueroit à elle-même, en admettant à sa barre la femme d'un conspirateur, au moment où celui-ci, effrayé du supplice qui l'attend, machine une rébellion sous les yeux même du Tribunal devant lequel il est traduit. »
Texte tris procbe dans Coanier tmoenel, 16 germinal, p. 4; Feaille de la RépaUiqae. n" 276, p. 2-3; Gazette de Frtnce, n" 95, p. 384; Gazette françaite, a" 826. p. 2130. Mention dans Abréoiatear amoersel, n' 461. p. 1844; Correxpondance polit iqae de Paris..., n* 29 i. p. 4.
(1) Mon., XX, 134. Mention dans G. Waltek. Voir E. Uamel, III, 484.
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité m. - SÉANCE DU 16 GERMINAL AN II (5 AVRIL 1794)
1'® intervention : Pour la mise à V ordre du jour de la conjuration de Danton
Dans sa séance du 16 germinal, la Convention, sur la proposition de Vadier reprise par Couthon, avait décrété « le principe que chaque député présenterait, dans le délai d'un mois au plus tard, le compte moral de sa conduite publique et l'état de sa fortune »; le Comité de Salut public était chargé de préparer la rédaction de cette motion pour la séance du lendemain ; cette proposition fut adoptée d'enthousiasme (1). Le soir, aux Jacobins, Chasles, représentant d'Eure-et-Loir, demanda que Couthon rende compte de cette séance mémorable et du décret obligeant les représentants à « mettre au jour leur conduite morale et politique ». Robespierre prend aussitôt la parole. S'opposant à la motion de Chasles, il propose que « la conjuration soit à l'ordre du jour », entendons celle de Danton guillotiné ce même 16 germinal. La proposition de Robespierre fut adoptée.
Journal de la Montagne, t, II, n» 145, p. 1173 ; Mercure universel, XXXVIII, 290-291 Journal de Sablier, n° 1243, p. 2; Journal des Hommes libres, 20 germinal, p. 442 Feuille de la République, n° 278, p. 2; Courrier républicain, t. III, n° 160, p. 306 Correspondance politique de Paris..., n° 294, p. 2; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 200, p. 809 (2) ; Courrier de V Egalité, n° 598, p. 62.
« Robespierre prend alors la parole et dit : Puisqu'on convient qu'il s'est passé un événement intéressant pour la liberté, que les opérations sublimes de la Convention viennent encore de sauver la patrie, si elle persévère dans ces opérations, si elle continue de distinguer l'innocence d'avec l'aristocratie, si enfin elle se montre aussi soigneuse de protéger l'une que de frapper l'autre; puisque l'on convient de tous ces faits, je demande que la conjuration soit à l'ordre du jour, que si quelque bon citoyen veut développer les circonstances affreuses qui dérivent du principe de cette conspiration, s'il peut vous faire part des détails importans qui n'ont pas été connus jusqu'à présent, il monte à la tribune et qu'il fasse connoître toute la profonde scélératesse des conspirateurs qui vouloient nous entraîner dans le précipice où seuls ils sont tombés.
C'est de cette manière que nous porterons des coups terribles; c'est ainsi que nous écraserons les ennemis de la liberté, et non par des mesures partielles et inconsidérées; c'est en allant droit à eux, c'est en attaquant en face, et avec acharnement; c'est en plongeant dans leur cœur le poignard de la justice, que nous pourrons délivrer la liberté de tous les scélérats qui veulent la détruire.
(1) Mon., XX, 149.
(2) Mon.,XX, 161. Reproduit dans AuLARD, VI, 43; Laponnerayk, III, 599; Bûchez et Roux, XXXII, 198. Mention dans G. Walter, p. 789. Voir E. Hamsl, m, 488.
Cet ordre du jour doit sans contredit l'emporter sur celui que vous a proposé Chasles. Et qu'importe que la Convention oblige chacun de ses membres à rendre compte de leur fortune. N'est-il pas évident que les frippons seuls pourront échapper à la rigueur de cette mesure? Les frippons ont leur fortune en portefeuille ou chez l'étranger : Brissot se disoit pauvre, et l'on sait qu'il avoit des maisons à Londres. Chabot disoit qu'il n'avoit pas touché la dot de sa femme : tous les coupables qui ont péri par la main de la justice se disoient pauvres. Les scélérats diront toujours au peuple : Nous sommes pauvres et incorruptibles; vous ne pouvez pas prouver que nous sommes riches.
Citoyens, regardons comme un principe invariable de ne jamais présenter aux mauvais citoyens le moyen de se ranger parmi les patriotes, exigeons d'eux des preuves qui appartiennent exclusivement aux patriotes, et rejettons tout ce qui peut être commun aux patriotes et aux aristocrates; les patriotes sont purs, s'il en est à qui la fortune ait accordé des dons, que la vertu méprise et que la cupidité seule estime, ils sont bien loin de vouloir les cacher; ils n'ont pas de plus grand désir que d'en faire un noble usage; il n'y a que les conspirateurs qui mettent leur mtérêt à les soustraire à la vue du peuple.
Les preuves que nous devons exiger, c'est une vie dont les momens sont tous marqués par des actions vertueuses; une vie remplie de sacrifices fciits à la patrie. Qu'importe que l'on ait monté ses gardes et payé régulièrement ses impositions? Qu'importe que l'on me dise : tu ne prouveras pas que ma fortune est augmentée depuis la Révolution ? Il faut renvoyer au tems de Lafayette les moyens qui n'étoient mis en usage que par ses amis et ses partisans. C'est avec de telles preuves qu'ils prétendoient être les seuls patriotes; eux seuls possédoient au suprême degré le patriotisme, parce qu'eux seuls pouvoient remplir les formalités qu'ils exigeoient eux-mêmes pour être patriote. Ce n'est donc pas par le nombre de gardes qu'ils ont montées ou qu'ils ont fait monter pour eux, qu'il faut juger les hommes; mais par le sacrifice continuel de leur ambition et de leur orgueil, à la cause de la patrie. Il résulte de là que la proposition faite à la Convention, d'obliger tous les membres à rendre compte de leur fortune, n'est pas aussi importante qu'elle le paroît au premier coup d'oeil. Je sais qu'elle part d'une âme honnête et juste, mais elle ne présente pas des résultats heureux.
En déjouant les conspirateurs, nous n'avons pas encore atteint ce but auquel nous tendons. Tant qu'il y aura une ligue de tyrans, conjurés contre la France, la liberté sera exposée à de grands dangers. Cette réflexion doit soutenir votre justice et notre vigilance, et nous engager à ne pas abandonner les grandes mesures que nous devons prendre. Frapper l'aristocratie dès qu'elle paroît vouloir devenir insolente, lui arracher le masque dont elle se couvre, voilà l'ordre du
jour. Épouvantons l'aristocratie, de manière non-seulement qu'elle ne puisse plus nous attaquer, mais qu'elle n'ose pas même essayer de nous tromper. D'un autre côté, protégeons l'innocence, et ravissons à la tyrannie l'affreux espoir de détruire les patriotes {Applaudi et adopté). »
Extrait» dans Joamal de PerUt, t. X. n" 563, p. 61-62: Messager du soir, t. II. n' 598, p. 2; Joamal historique et politique, 10 avril, p. I. Mention dans Gazette historique, n" 100, p. 3; Abréviaieur anioersel, t. IV, n" 463, p. 1850.
2® intervention : Contre Dufourny
La Société s'étant rangée à l'avis de Robespierre, un certain nombre de ses membres apportent détails ou dénonciations sur tel aspect ou tel membre de la « conjuration » de Danton. Vadier, membre du Comité de sûreté générale, dénonce Dufourny, ex-président du Département de Paris (1), pour ses propos en faveur de Danton. Il me dit « qu'il n'y avait aucune preuve à alléguer contre la conduite de Danton » (2). Dufourny tente de se justifier; divers témoignages sont portés contre lui. Robespierre intervient. Après sa dénonciation, un membre de la Société fait la motion de chasser Dufourny et de le traduire au Comité de sûreté générale. Cette proposition est adoptée (3).
Journal de la Montagne, t. II, p. 1182-1183; Mercure universel, XXXVIII, 311-318; Correspondance politique de Paris..., nP 295, p. 2-3; Feuille de la République, n° 279, p. 2 à 4; Courrier républicain, t. III, n° 161, p. 314-316 ; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n» 200, p. 809 (4); Gazette française, n° 830, p. 2145.
« Robespierre. Je suis loin de vouloir faire un crime de l'opinion que l'on peut avoir sur un individu. Je ne veux pas douter de la probité d'un homme, quand elle est aussi bien attestée, que celle de Dufourny est attestée par lui-même. Je laisse de côté toutes ces choses, pour ne vous parler que de l'ensemble de la conduite de Dufourny.
Il fréquentoit, il n'y a pas long-tems, le Comité de sûreté générale, jadis c'étoit le Comité de salut public. 11 assistoit à toutes les délibérations, il ne pouvoit pas manquer à une séance. C'est une preuve de son zèle excessif pour le bien public! Il avoit pour prétexte sa qualité de président au département de Paris. Il y avoit une telle affectation dans ces assiduités que je lui dis : « Vous assistez trop régulièrement à nos délibérations : il me semble que votre premier devoir seroit de faire mettre en arrestation tous les aristocrates qui nous entourent».
(1) Voir ci-dessus, séance du 19 nivôse (n9 86).
(2) Mon., XX, 163.
(3) Dufourny devait être incarcéré par ordre des Comités du même jour. Sa libération fut réclamée par les Jacobins le 13 thermidor, puis le 16 {Mon., XXI, 449, 451).
(4) Mon.,XX., 163. Reproduit dans AuiJiKD, VI, 49; Lafonnebaye, III, 602; Bûchez et Roux, XXXII, 205. Mention dans G. Walter p. 789. Voir E. Hamel, III, 489.
Il n*y avoit pas alors d'autorité qui pût les arrêter, autre que le département de Paris. Toujours ils furent tranquilles, toujours Paris fut cerné par eux; ils affluoient dans tous les lieux voisins de cette commune. Le président du département, malgré son patriotisme et sa probité, a donc alors oublié le premier de ses devoirs, celui de dissiper les rassemblemens.
Fabre d'Eglantine jouoit une comédie auprès des Comités; le métier de cet habile fourbe étoit de faire de petites dénonciations contre de petits conspirateurs avec lesquels il s'entendoit, mais qu'il dénonçoit pour faire ignorer ses sentimens. Il trouvoit ensuite, par ses fourberies, le moyen d'embrouiller les fciits, de manière que la dénonciation étoit nulle. Je suis fâché qu'un homme probe comme Dufoumy ait été le second d'un pareil intrigant.
Le jour où je dénonçai ici Fabre d'Eglantine, où je traçai ici l'esquisse de son caractère odieux, Dufoumy ne put pas s'empêcher de dire que j'avois été engagé par quelque intrigant à faire cette dénonciation (1) : cependant il étoit reconnu dès lors, que Fabre d'Eglantine étoit un frippon.
Le même esprit qui portoit Dufoumy à repousser les premiers traits de lumière jettes sur Fabre d'Eglantine, lui dicta la conduite qu'il a tenue quand cet intrigant a été conduit au Tribunal : je ne dirai pas que ce fut ce même esprit qui engagea Dufoumy à mendier la faculté de déposer dans cette affaire; je ne dirai pas que c* étoit cet esprit qui le rendoit si assidu aux séances du Tribunal et qui provoquoit de sa part des mouvemens en faveur des prévenus : je ne rappeleréii pas qu'au club électoral, il dirigea des calomnies obliques contre les Jacobins et contre la Convention elle-même.
Croit-il nous donner le change en disant que la Convention ne veut p£is que ceux qu'elle envoie au Tribunal ne puissent pas se faire reconnoître mnocens? N'est-ce pas assez d'avoir dit au milieu du peuple, en parlant des prévenus : il faut des preuves? C'est-à-dire que c'est sans preuve que la Convention envoie des hommes au Tribunal révolutionnaire?
Dufoumy interrompt par quelques paroles...
« Rappelle-toi, continue Robespierre, que Chabot, que Ronsin fût impudent comme toi, et que l'impudence est le caractère hideux que l'on voit imprimé sur le front du crime ». Et le calme, reprend Dufoumy : « Le calme, continue Robespierre, n'est pas dans ton âme, il est dans la mienne : je prendreii toutes tes paroles pour te dévoiler aux yeux du peuple, je lui ferai voir que chacune d'elles est dite à contre sens, et que par conséquent elles ne peuvent pas venir d'une âme pure.
(1) Le 19 nivôse (b9 86).
Le calme! Les conjurés ne font que l'invoquer; ils voudroient jetter dans nos cœurs un calme et un assoupissement profond : mais ils n'obtiendront pas ce calme qu'ils désirent; ils ne parviendront pas non plus, à troubler la paix de nos âmes.
Quoi, tandis que le peuple demande justice de ses ennemis et de ses assassins; quand les représentans ont la consolation de le sauver du péril, un homme ose prendre leur défense? Quand les crimes des conspirateurs sont écrits avec le sang du peuple; quand la Belgique encore fumante de carnage, atteste la trahison ; quand les cœurs indignés sont convaincus de tant de scélératesses, dont les stupides seuls peuvent douter; un homme ose demander où sont les preuves? C'est-à-dire que les républicains ne savent pas rendre justice, que la Convention et le Tribunal révolutionnaire égorgent les innocens.
Tu crois nous donner le change par un lieu commun, perfide? Tu oses nous observer que la Convention n'accuse pas pour interdire à l'accusé la faculté de se justifier. Tous les ennemis de la liberté ont fait ces observations, je crois que tout le monde est convaincu de tes intentions en les faisant.
Tu as été l'ami de Fabre d'Églantine, tu t'es agité pour le sauver, pour égarer les citoyens qui dévoient le juger, pour diviser l'opinion publique sur le compte de cet intrigant. Tu as fait souvent des motions malignes, tu as brigué toutes les places, et il étoit impossible de t'en arracher aucune, et quand celle de président te fut enlevée tu te déclaras l'ennemi des Comités.
Tu as cru en imposer en te donnant un air d'opiniâtreté; tu as défendu ton opinion avec indécence, et tu croyois être assez excusé par cette même opiniâtreté. Tu t'es supposé une maladie, afin d'excuser tes démarches nocturnes. Fabre d'Eglantine et Danton faisoient de même; tous deux ils croyoient nous fermer les yeux, en parlant de leur mauvais tempérament. Il n'est pas un homme mal-intentionné qui ne se soit prêté quelque défaut physique et moral, pour servir d'excuse contre ses torts; voilà ton portrait. Quelle est cette correspondance dont tu as fait part à la Société ? Qu'on se rappelle que tu voulois lui faire adopter une opinion contre-révolutionnaire, une opinion qui tendoit à exclure du sein de la Société les fonctionnaires publics et les membres des Sociétés affiliées (1). 11 étoit évident que les Sociétés étant isolées, elles devenoient impuissantes, et que celle-ci étoit paralysée. Il n'y avoit plus alors de base pour le fédéralisme. Il résultoit aussi de cette opinion, que les fonctionnaires publics perdoient le droit le plus cher aux citoyens, celui de contribuer de leurs lumières au salut de la patrie, et qu'un patriote délicat n'auroit jamais voulu recevoir une fonction publique, pour ne pas perdre le droit de citoyen :
(1) Voir ci-des8U8, 26 ventôse (n» 100).
voilà tes principes. Autant tu fus indulgent envers les ennemis de la liberté, autant tu fus actif à calomnier ses amis. La journée du 31 mai a, sans contredit, sauvé la patrie; c'est pour cela que Danton voulut se venger d'Hanriot qui avoit écarté les dangers qui environnoient la Convention; c'est pour cela que Danton, Hérault, Lacroix voulurent le faire arrêter afin de faire tourner l'insurrection contre le peuple : toi, tu as fait la même chose. A la réunion du 10 août, époque critique à laquelle nous étions environnés d'ennemis, il étoit question de rallier tous les départemens autour de la Convention. Le commandant de Paris donnoit alors des repas fraternels à nos frères qui étoient venus de toutes les parties de la République pour resserrer les liens d'amitié qui unissent les bons Français; dans la maison qui avoit été donnée à Hanriot pour faire ces repas, il se trouva quelques bouteilles de vin appartenant à des émigrés, et les fédérés en burent. Dufoumy voulut flétrir cette époque de la Révolution et faire de cette action un chef d'accusation contre le commandant, afin de faire dire aux aristocrates qu'Hanriot étoit un voleur.
Au 31 mai, Dufoumy s'étoit introduit dans le comité d'insurrection; quand il vit que le mouvement populaire réussissoit, il se retira du comité et chercha les moyens de le rendre impuissant. Dufoumy a été le colporteur et l'avocat des calomnies de nos ennemis, on l'a vu assiéger le Tribunal révolutionnaire, et demander à être entendu, afin de donner à la conjuration une tournure favorable.
Je demande que la Société prenne une mesure à l'égard de cet individu (1) (Ce discours reçoit les plus nombreux applaudissemens). »
Extruudans/oanuii<IePerIcf,t.X.n*564. p.70-72:i4ir^ota{carnnii>ene/.t. ÏV,n'465,p. \9SiJi Joamallàttoriqae eipolilUae,9mnH,p.2;MesuiieT<ia>oiT,t. II. a" 599; Joamal de Sablier, n° 1245. p. 3 et n* 1247. p. l-.AtaiJe» de la RépaUiqaeftançaiie, t. 111, n" 130. p. 1-2. Mention dans Coarrier de l'ÉgidiU. t. Vlll. n' 598, p. 64; Ceanitt TépaUicaùi, t. III. n" 160, p. 309; Correîpandance politiqae de Paris..., n' 294. p. 3.
112. - SÉANCE DU 18 GERMINAL AN II (7 AVRIL 1794) En faveur de Fyon
Bréard, député de la Charente-Inférieure, instruit la Société que quelques «âtoyens lui ont inspiré des doutes sur le civisme de Fyon, membre de la Société, Liégeois réfugié ayant servi en Belgique lors de la campagne de
(1) Phrase extraite du Moniteur.
Dumouriez (1). Fyon se justifie : il se dit victime des intrigues de Dumouriez, puis de celles du comité révolutionnaire de la section Guillaume-Tell. Le débat s'engage, certains parlant contre Fyon, d'autres en sa faveur, en particulier Boulanger (2), dontBréard avait cité le nom de manière incidente. Lequinio, représentant du Morbihan, demande que le tout soit renvoyé à im Comité.
Robespierre intervient, prenant la défense et de Fyon et de Boulanger. La discussion continue; plusieurs faits sont allégués pour et contre Fyon. Robespierre reprend la parole. Sa proposition de renvoyer l'affaire aux Comités de salut public et de sûreté générale est finalement adoptée. Fyon fut exclu des Jacobins le 19 germinal an II (3).
Journal de la Montagne, t. II, n» 148, p. 1192; Feuille de la République, n» 280, p. 2; Journal de Sablier, n° 1247, p. 3-4; Journal historique et politique..., i\9 280, p. 2; Mercure universel, XXXVIII, 340-341 ; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n» 202, p. 818 (4).
« Robespierre. Ce n'est pas perdre son tems, que de démasquer un traître, ou de découvrir un calomniateur. Il paroît assez évident que cette dénonciation tient à une grande intrigue qu'il importe de connoître. Quand le Comité de salut public fut instruit de toutes les cruautés qui avoient été commises dans le pays de Liège, il porta ses regards sur les Belges réfugiés en France. Il apprit qu'un parent du malheureux Chappuis (5), écartelé par les ordres de la tyrannie, étoit indignement persécuté. Ce malheureux, qui avoit été renfermé dans son pays pendant vingt ans, étoit en prison jusques sur le sol de la liberté. La dénonciation portée contre lui fut examinée, elle se trouva fausse, et le dénoncé fut rendu à la liberté, et envoyé à l'armée du Nord pour y combattre la tyrannie. Un autre Liégeois étoit dans
(1) Fyon (1745-1816), né à Verviers, fut l'un des ardents promoteurs de la révolution liégeoise en 1789. En mai 1790, il commandait un bataillon de volontaires qu'il conduisit à Liège, puis devint peu après, colonel d'un des régiments levés dans le pays. En janvier 1791, lors de l'arrivée des Autrichiens, il se retira à Givet avec ses troupes, puis gagna Paris où il devint membre du comité des Belges et Liégeois réunis. Ayant accompagné Dumouriez, il entra avec lui à Liège le 28 novembre 1792 et devint commandant militaire du pays, puis fin 1792 il fut nommé général de brigade à la tête de la légion liégeoise, dans le corps de Mirauda. En mai 1793, après l'incorporation des Liégeois dans les rangs français, il fut confirmé dans son grade et servit à l'Armée du Nord. Suspendu le 22 septembre, il fut arrêté le 4 décembre par ordre du comité révolutionnaire de la section parisienne Guillaume-Tell, puis Ubéré le 7 février 1794. Dénoncé le 8 avril par Brixhe, l'un de ses compatriotes, pour une rixe à la sortie des Jacobins, il fut exclu de la Société et incarcéré jusqu'au 18 juillet 1794. Fyon devait être compromis dans la conjuration de Babeuf.
(2) Sur Boulanger, voir ci-dessus 18 nivôse (n° 85), 2» intervention. Général de brigade depuis juillet 1793, Boulanger était d'origine liégeoise. Il fut licencié avec l'armée révolutionnaire et attaché à la 17® division militaire, à Paris.
(3) Mon., XX, 195.
(4) Mon., XX, 179. Reproduit dans Aulard, VI, 54. Mention dans G. Waltbb, p. 739. Voir E. Hamel, III, 496.
(5) Chapuis, officier municipal de Liège, massacré sur ordre de l'évêque. Voir Mon., XIX, 215.
les prisons de Paris; nous prîmes des informations sur sa conduite, et sur les services qu'il avoit rendus à la patrie, et il fut mis en liberté; c'étoit le général Fyon. Voilà quelques renseignemens sur le citoyen qui est attaqué aujourd'hui; s'il y en a d'autres, il convenoit à ceux qui en avoient connoissance, de les porter au Comité de salut public. Cependant, il est encore tems de les faire connoître même dans le sein de la Société. Je demande que l'on examine, et celui qui dénonce, et celui qui est dénoncé.
Robespierre proteste qu'il ne connoît ni l'un ni l'autre; mais que les renseignemens qu'il a, sont à l'avantage du dénoncé. Il s'appuie sur-tout sur le témoignage favorable rendu par le citoyen Boulanger, reconnu pour bon patriote, malgré les calomnies lancées contre lui. Quant au dénonciateur, il déclare que les apparences sont contre lui, il lui reproche d'avoir dénoncé ici Boulanger, le lendemain de la conspiration d'Hébert, et de reconnoître aujourd'hui la probité et le civisme de Boulanger. Il se plaint de ce que le dénonciateur, qui paroît avoir assez de facilité pour la parole, ne parle plus dans les circonstances difficiles, et ne fait entendre sa voix que pour faire une dénonciation. Il déclare que cette conduite ressemble beaucoup à une intrigue.
Robespierre, après avoir reconnu que le citoyen qui a dénoncé Fyon, n'est pas le même qui avoit dénoncé Boulanger à la tribune, déclare que l'inculpation faite contre Fyon étant très grave, il est nécessaire de renvoyer le tout aux Comités de sûreté générale et de salut public. »
Extrmh* «kns Jimnul de Perltt. t. X. n* 565. p. 77-78.
i Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
Î13. - SÉANCE DU 19 GERMINAL AN II (8 AVRIL 1794) Sur la situation de Commune-Affranchie
Dumas, vice-président du Tribunal révolutionnaire, entretient la Société de rinstruction des procès faits aux contre-révolutionnaires de Commime-Affranchie. « Il faut écarter de nous ces idées d'humanité et de sensibilité ; il ne faut laisser aux conspirateurs aucun espoir d'impimité ». Fouché présente alors un rapport sur Commime- Affranchie d'où il revient de mission. Après avoir rapjielé les calomnies qui furent répandues contre les représentants envoyés d'abord dans cette commune, « il prouve par beaucoup d'observations la nécessité des mesures qu'ils avaient prises
(1) Interventions de Fyon et de divers membres.
et des punitions qu'ils avaient exercées; il prouve que le sang du crime féconde le sol de la liberté et affermit sa puissance sur des bases inébranlables » (1). Un citoyen demande la parole pour parler contre Fouché. Robespierre intervient alors pour écarter toute discussion, le Comité de salut public étant saisi des affaires de Conunune-Affranchie (2). Le citoyen reconnaît « la validité des principes de Robespierre »; il se retire (3).
Journal de la Montagne, t. II, n° 149, p. 1199; Messager du soir, t. II, n° 601, p. 3; Gazette historique..., n° 103, p. 2; Journal de Perlet, n° 566, p. 86; Gazette française, n° 832, p. 2153; Mercure universel, XXXVIII, 359; Journal de Sablier, np 1249, p. 3; Courrier républicain, t. III, n» 163, p. 334; Feuille de la République, n° 281, p. 2; Journal historique et politique..., n» 281, p. 1 ; Courrier universel, 22 germinal, p. 1 ; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, nP 204 (4).
« Robespierre. Après avoir déclaré que le rapport de Fouché est incomplet, rend hommage au patriotisme de ce représentant et du citoyen qui se présente pour parler contre lui; il présente quelques observations sur ce qui s'est passé à Commune-Affranchie, et annonce que les patriotes, les amis de Chalier, et les compagnons de ses souffrances ont été trop modestes envers des intrigans qui se sont mis à leur place, et qui se sont introduits parmi les patriotes envoyés de Paris. Il proteste que sans les intrigans, les vrais patriotes auroient déjà plongé toute la conspiration dans le néant. Il reconnoît qu'ils ont des plaintes légitimes à faire, mais il assure que le Comité de salut public, qui en a connoissance, a pris toutes les mesures nécessaires pour fonder la liberté dans ces malheureuses contrées. En conséquence, il invite le patriote qui veut parler, à écarter toute espèce d'aigreur, à développer les faits et à donner les connoissances qu'il croira utiles. »
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
114. - SÉANCE DU 23 GERMINAL AN II (12 AVRIL 1794) Sur le langage des orateurs de la Société
Au cours de la séance, un citoyen prend la parole pour présenter diverses observations concernant les dernières conspirations; quelques murmures s'élèvent pendant ce discours. Robespierre interrompt alors l'opinant pour
(1) Mon., XX, 195. Fouché était rentré de sa mission le 17 germinal. Il demanda à la Convention d'entendre son rapport qu'elle renvoya, sur la proposition de Bourdon (de l'Oise) au C. de salut public.
(2) Voir ci-dessus, 1*'' germinal, 3* intervention.
(3) Fouché fut élu le 16 prairial président de la Société. Mais cette affaire rebondit le 23 prairial. Voir ci-après, à la date et au 23 messidor.
(4) Mon., XX, 195. Reproduit dans Aulakd, VI, 57. Mention dans G. Walter, p. 789. Voir E. Hamel, III, 575.
faire i>art aux Jacobins de ses réflexions sur le langage des orateurs de la Société. Après son intervention, le préopinant reprend son exposé.
Journal de la Montagne, t. II, n° 153, p. 1234; Annales de la République française, nP 136, p. 1 ; Messager du soir, t. II, nP 605, p. 2; Joumcd historique et politique..,, 15 avril, p. 1; Mercure universel, XXXVIII, 423.
« Robespierre prend la parole. Ce n'est pas, dit-il, des principes de l'opinant que l'on doit se défier, c'est apparemment de sa figure qui peut être inconnue. Je puis vous assurer que c'est un patriote qui a puissamment servi la liberté dans les temps où elle étoit attaquée. Ces titres suffisent pour être écouté avec attention, nous avons besoin d'encourager les patriotes. Un homme qui dit des vérités à la tribune, fût-ce dans le langage le plus grossier, doit être entendu tranquillement.
Je saisis cette occasion pour vous faire connoître un principe qu'il me tarde de vous présenter; il n'y a rien de plus contraire aux intérêts du peuple et à l'égalité, que cette difficulté sur le langage. C'est un abus des personnes qui se prétendent bien élevées ; il se trouve beaucoup de citoyens qui peuvent rendre beaucoup de services à la République dans la classe de ceux à qui la pauvreté n'a pas permis de recevoir une belle éducation; elle est l'arme la plus puissante de l'aristocratie et des intrigans qui se rangent sous ses étendards.
Voulez-vous voir la cause de la liberté bien défendue, voulez-vous voir votre tribune occupée par des hommes vertueux, écoutez attentivement ceux qui professent les vrais principes; qu'on y parle un langage moins fleuri, peu importe, pourvu qu'on y parle celui du patriotisme : faites en sorte que le sans-culotte qui a reçu de la nature un sens droit, et dont l'âme est remplie d'énergie, puisse nous faire part de ses opinions sans éprouver de difficultés, tant qu'il ne s'écartera pas des principes, et sans être exposé aux huées de l'aristocratie des gens bien nés. L'égalité n'est véritablement établie que quand les citoyens peuvent être entendus favorablement sans avoir reçu une éducation élevée.
Ce que je dis ne s'applique pas à celui qui est à la tribune; il est assez instruit pour bien développer ce qu'il doit vous dire; mais j'ai voulu vous communiquer une pensée qui étoit depuis longtemps dans mon âme. »
Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n" 207, p. 842 (1); Journal des Hommes libres, 25 germinal, p. 461.
« Robespierre. J'invite la Société à prêter à l'orateur toute l'attention que les amis de la liberté doivent aux remarques d'un bon patriote. Rien n'est plus contraire aux intérêts du peuple et à l'égalité que d'être difficile sur le langage. [Suivent les 2 derniers § ci-dessus]
(1) Mon., XX, 227. Elxtraits dans Aulard, VI, 69. Mention dans G. Walter, p. 739.
Courrier universel, 25 germinal, p. 2.
« Robespierre prend de là occasion pour observer que ce que dit le préopinant est de toute vérité, que l'aristocratie, à cause de ses richesses, a reçu une éducation plus brillante que le malheureux sansculotte, à qui la nécessité de travailler pour pourvoir à son existence, ôtoit le moyen de s'instruire. La liberté, l'égalité, ne seront bien affermies parmi nous, ajoute-t-il, que quand tous les citoyens instruits à la même école, auront tous reçu une éducation semblable. Il existe encore parmi nous une aristocratie dangereuse, l'aristocratie du bel esprit. Eh! qu'importe à des républicains, de quelle manière une vérité nous soit présentée, pourvu que ce soit une vérité. Les grâces du langage, les charmes de l'éloquence ne peuvent être accordés à tout le monde. Robespierre remarque que ce qu'il dit n'a pas trait au préopinant qui est un homme instruit et capable de s'énoncer avec autant de force que d'éloquence. Il demande que la Société entende paisiblement l'orateur. »
Extraits dans Journal de Perlet, n" 572, p. 135.
115. — SÉANCE DU 26 GERMINAL AN II (15 AVRIL 1794) Sur la conduite exemplaire des soldats de l'armée d'Italie
Au nom du Comité de salut public, Barère rend compte des opérations de l'armée d'Italie et de la prise d'Oneille (Oneglia) qu'annonce une lettre du 19 germinal des représentants du peuple, Saliceti et Robespierre jeune. Cette lettre signale en particulier la conduite exemplaire des soldats français lors de la traversée du territoire neutre relevant de Gênes. « Nous avons félicité ces généreux citoyens, nous leur avons promis que la République connaîtrait combien ils sont dignes de son estime » (1). Sur la proposition de Levasseur, soutenu par Robespierre, la Convention décréta que « l'armée d'Italie avait bien mérité de la patrie ».
Annales patriotiques, n° 470, p. 2084 (2).
« Robespierre. Vous avez souvent rendu de semblables décrets pour des victoires remportées ; n'est-ce donc pas une victoire remportée sur les esclaves, que la conduite admirable des soldats républicains? Je demande que la Convention décrète que l'armée d'Italie a bien mérité de la patrie. »
(1) Mon., XX, 219.
(2) Rien au Mon., ni dans G. Waltkk.
Annales de la République française, t. m, nP 188, p. 4; Journal de France, 27 germinal, p. 3; Journal du soir, n° 569, p. 3.
« Robespierre. Les actes nouveaux de vertu et de sagesse sont des victoires remportées sur les tyrans. Vous avez décrété plusieurs fois que les armées avaient bien mérité de la patrie par leurs victoires; décrétez la même chose pour leurs vertus. Cette dernière proposition est mise aux voix et adoptée au milieu des applaudissements ».
MendoD duu Menme màwmd, XXXVIII. 429; GtattU Je Ftmtct, n* 106. p. 424.
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
116. - SÉANCE DU 26 GERMINAL AN II (Ï5 AVRIL 1794) En faveur de Dufresne
Dufresne, origmaire de Savoie, annonce la prise du Mont-Cenis; il
demande aussi des commissaires pK)ur l'aider à prendre des renseignements sur un homme qui se serait introduit dans la fabrication des armes, pour dilapider les fonds de la République. La Société invite Dufresne à donner connaissance au Comité de salut public des nouvelles qu'il a reçues du département du Mont-Blanc, et des dénonciations qu'il a faites. Dufresne reprend la parole; il retrace à la Société les persécutions qu'il a éprouvées dans son pays de la part des représentants en mission Hérault de SécheUes et Simond, maintenant exécutés, qui le firent arrêter et transférer à la prison des Carmes à Paris. Gentil, député du Mont-Blanc, s'étonne alors que Dufresne ait été libéré : « ces mêmes représentants avaient des motifs très graves p>our en agir ainsi ». Dufresne répond en donnant lecture de l'arrêté du Comité de sûreté générale ordonnant sa mise en liberté. Robespierre prend alors la parole. Au terme du débat. Gentil, dénoncé à son tour, en particulier pour ses sj-mpathies dantonistes, fut, sur la proposition de Couthon, exclu des Jacobins (1).
Journal de la Montagne, t. H, n» 156, p. 1255-1256. Feuille de la République, n" 289, p. 3; Mercure universel, XXXVIII, 468; Journal de Sablier, n° 1263, p. 3; Journal des Hommes libres, 29 germinal, p. 478; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n" 210, p. 850 (2).
« Robespierre. Je crois que toutes les fois que l'on découvre un patriote persécuté, le zèle des patriotes doit s'enflammer aussitôt. D'après les débats qui viennent d'avoir lieu, il est évident que le citoyen est un patriote qui a été opprimé par deux conspirateurs dont le peuple a fait justice; nous nous doutions bien qu'il devoit y avoir dans le Mont-Blanc de ces patriotes malheureux, puisque les traîtres y étoient
(1) Mon., XX, 240.
(2) Mon., XX, 246. Reproduit dans Axtvakd, VI, 74. Mention dans G. Waltkb,
restés en mission pendant près d'une année; nous étions en peine de pouvoir trouver quelqu'un qui nous dévoilât les crimes commis par ces individus dans ces contrées. Enfin, il en est quand même un, vou sle voyez à votre tribune, nous devons saisir toutes les vérités sorties de sa bouche, pour écraser les ennemis du peuple. Il est très permis de penser que le citoyen a été opprimé par les conspirateurs, pour cause de patriotisme, les misérables inculpations dont on vient de le charger en sont la preuve.
On s'étonne de ce qu'un citoyen est libre? On s'étonne de ce qu'un patriote ne gémit pas dans les fers? D'où peut venir cet étonnement, quels sont les crimes que l'on reproche à ce citoyen? Il a dit du mal de Simond; nous en avons dit bien davantage. Que l'on accuse donc aussi la Convention, que l'on accuse la justice nationale qui a conduit Simond à l'échafaud. Il a dit du mal de l'administration du district de Carouge? Et quel est donc le privilège de ces administrateurs d'être inviolables à l'opinion publique, de ne pouvoir être atteints par la dénonciation des patriotes ? 1 1 est vraisemblable que ces administrateurs ont été créés par Hérault et Simond, ils ont dû partager les dénonciations portées contre ces deux traîtres.
Il est prouvé que le citoyen Dufresne est un patriote opprimé; c'est aux amis de la République à arracher les patriotes aux persécutions. Nous promettons à tous les Français, au nom de la Convention et des Comités de salut public et de sûreté générale, que nul patriote ne restera sans vengeance, et que nulle persécution aristocratique ne demeurera impunie.
Il faut que la Société repousse de son sein tout intrigant qui viendroit sous les couleurs du patriotisme tromper sa bonne foi et sa confiance. Il faut qu'elle examine, avec une espèce de défiance, les demandes qui lui sont faites; mais quand elle a reconnu qu'elles sont justes, elle doit les accueillir. La Société a eu raison de refuser des commissaires au citoyen qui est à la tribune : mais puisqu'il est maintenant connu pour un bon patriote opprimé par des scélérats, il faut non seulement lui accorder des commissaires, mais encore le mettre sous la protection du gouvernement. (Applaudi). »
Extraits dans CoarritT de l'Égalité, t. VI II. n° 609. p. 150.
1** intervention : Sur la loi de police générale : contre les exceptions
Le 26 germinal, Saint- Just, au nom des Comités réunis de salut public et de sûreté générale, avait présenté son rapport sur la police générale et les crimes des factions (1); le projet de décret mis aux voix fut adopté avec un certain nombre d'amendements. Au début de la séance du 27 germinal, Couthon, compte tenu des exceptions nécessaires, présente à la Convention ime nouvelle rédaction du décret. Un représentant prop>ose deux nouvelles dispositions : la première de fixer aux nobles et aux étrangers les lieux où ils doivent se retirer; la seconde, de leur interdire l'approche de la Vendée (2). Couthon suggère que le Comité de salut public présente, le lendemain, la rédaction de ces deux nouvelles dispositions. Robespierre demande que la Convention s'en tienne à l'article proposé, laissant au Comité les modalités d'application. Couthon se raUie à ces vues. Robespierre intervient à nouveau au sujet de la proclamation du décret.
Gazetie nationale, ou le yioniteur universel, n° 208, p. 845 (3); Journal universel, t. XXXIII, no 1606, p. 7425.
« Robespierre. Le Comité, après avoir mûrement examiné les exceptions qu'il vient de vous soumettre, a cru qu'il serait dangereux d'en adopter de nouvelles. Plusieurs membres désirent fixer la distance de Paris et des villes frontières où les étrangers et les ci-devant nobles devront se tenir. Le Comité a examiné cette question, et il a pensé qu'il n'y avait aucun inconvénient à laisser subsister le décret tel qu'il vous a été présenté, le Comité étant à même de prendre toutes les mesures de police qu'il croirait convenables. Je demande que le décret soit adopté.
Robespierre. Je demande que le décret que vous allez rendre soit proclamé avec la plus grande solennité. Plus la loi est rigoureuse, et plus elle a besoin d'être connue de tous les citoyens. »
Correspondance politique de Paris et des départemens, n" 303, p. 4.
« Robespierre demande la parole. La rédaction de ce décret, dit-il, offre des difficultés; après avoir examiné cette mesure sous toutes ses faces, sous tous ses rapports, le Comité a cru dangereux de la noyer
(1) Mon., XX, 220.
(2) L'art. VI proposé était ainsi rédigé : « Aucun ex-noble, aucun étranger avec lesquels la République est en guerre ne peut habiter Paris, ni les places fortes, ni les villes maritimes, pendant la guerre. Tout noble ou étranger dans le cas cidessuâ, qui s'y trouverait dans dix jours, est mis hors la loi •. Cette rédaction fut finalement adoptée. Dans le projet présenté par Saint-Just, le 26 germinal, le délai accordé était d'un mois {Mon., XX, 224).
(3) Mon., XX, 234. Mention dans G. Walter, p. 739.
dans une multitude d'exceptions; je pense qu'il faut laisser le décret tel que Couthon vous l'a présenté; le Comité statuera sur la distance.
M Robespierre s'oppose à cette proposition : plus la loi est sévère, s'écrie-t-il, moins elle doit être précipitée; je ne cherche point à ménager ceux qui ne ménagent point la patrie, mais je pense que la mesure de rigueur que les circonstances ont exigée, et que la conduite de ceux sur laquelle elle frappe, a commandée, veut être authentiquement déclarée et solennellement promulguée. Je demande donc que cette loi soit notifiée aux citoyens par une promulgation formelle. »
Textes très proches dans Journal de France, t. V, n" 570, p. 3 ; Journal des Débats et Décrets, n" 574, p. 446 ; Journal de Sablier, n° 1262, p. 3; Courrier de l'Égalité, t. VHI, n° 607, p. 131 ; Journal du soir, n" 570, p. 3; Annales patriotiques, n" 471, p. 2088; Auditeur national, n° 571, p. 3. Mention dans Journal de Perlel, n' 572, p. 133; Journal des Hommes libres, 28 germinal; Nouvelles pditiques, p. 592.
2® intervention : Sur la loi de police générale : pour les femmes nobles mariées à des roturiers.
La discussion se poursuivant sur la rédaction présentée par Couthon du décret de police générale, Brival, représentant de la Corrèze, demande quel sera le sort de « la femme née dans la caste nobiliaire, mais qui aurait épousé un citoyen ». Maure, représentant de l'Yonne, demande que « la femme suive en tout le sort de son mari. La femme noble qui s'est alliée à un roturier est estimable; mais celle qui, ne l'étant pas, a voulu anoblir son origine, est entachée d'un orgueil criminel; elle doit donc partager le sort de son mari » (1). Robespierre appuie la proposition de Maure, qui est reprise par Barère. La rédaction du décret de police générale proposée par Couthon est finalement adoptée, avec la proposition de Maure (2).
Correspondance politique de Paris et des départemens, n" 303, p. 4 (3).
« Robespierre fait valoir une autre considération. Une loi, dit-il, ne peut être immorale, elle ne peut briser des nœuds que forma la nature et que la société a consacrés; elle ne peut nécessiter un divorce, ni exposer à ses suites deux époux unis sous la garantie de la morale publique; elle ne peut trancher des liens fortifiés encore par les droits inviolables de la paternité et le tendre sentiment de l'amour maternel, il est une règle invariable des choses qui sert de prototype et de modèle à toutes les loix. J'appuie la proposition de Maure. »
(1) Mon., XX, 234.
(2) « Art. VII... Les femmes nobles qui se sont mariées à des non nobles ne sont point comprises dans l'article précédent ». Cette disposition ne figurait pas dans la rédaction proposée par Saint- Just {Mon., XX, 224).
(8) Rien au Mon., ni dans G. Walter.
Pour la mise en liberté de trois individus accusés de marchés
frauduleux.
Piorry, représentant de la Vienne, présente, au nom du Comité des marchés, un rapport sur l'arrestation de plusievu*s citoyens accusés d'avoir passé des marchés frauduleux avec la République. Après une brève discussion, la Convention décréta la mise en liberté de trois de ces citoyens (1).
Journal du soir, n" 571, p. 3 (2).
« L'Assemblée, sur la proposition de Robespierre, autorise le Comité à mettre ces trois citoyens en liberté, du nombre desquels est un nommé Leroux, et ordonne l'impression et l'ajournement)).
Annales patriotiques, n° 472, p. 20dl.
« Bréart et Robespierre demandent alors que les trois individus soient mis provisoirement en liberté, et l'ajournement du rapport jusqu'après son impression. ))
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
Pour la lecture du rapport de Saint-Just sur la police générale
Sur la fin de la séance, Collot-d'Herbois demande que les assemblées générales des sections parisiennes reçoivent « une instruction précise sur la police générale de la République ». « Il faut que les citoyens deviennent chauds, que ceux qui sont chauds devierment brûlants, que tous nos ennemis soient signalés, qu'ils soient mis au grand jour et qu'ils ne puissent échapper à la surveUlance du peuple ». Collot termine en invitant les patriotes et les Jacobins à se trouver à la prochaine assemblée des sections « afin d'électriser les esprits » (3). Robespierre intervient. CoUot d'Herbois donna ensuite lecture du rapport de Saint-Just sur la police générale (4).
(1) Mon., XX, 243.
(2) Rien au Mon., ni dans G. Walter.