AULARD, VI
(4) Il s'agit du rapport présenté par Saint-Just à la Convention, le 26 germinal {Mon., XX, 220). Voir ci-dessus, séance du 27 germinal.
Journal de la Montagne, t. II, n° 158, p. 1278 (1) ; Annales de la République française, t. III, n» 142, p. 2; Messager du soir, t. II, n° 610, p. 2; Mercure universel, XXXIX, 21 ; Feuille de la République, np 291, p. 3 ; Courrier de V Égalité, t. VIII, n" 610, p. 159.
« Robespierre adopte les réflexions de Collot-d'Herbois; il demande que l'on fasse lecture du dernier rapport de St-Just, afin de communiquer aux citoyens une indignation profonde contre nos ennemis, »
120. - SÉANCE DU 29 GERMINAL AN II (18 AVRIL 1793) Sur la loi de police générale :
POUR EN excepter LES ACQUÉREURS DE CHARGES ANOBLISSANTES
Le 28 germinal, Couthon avait fait adopter à la Convention deux articles additionnels au décret de police générale. Le second stipulait : « Sont assimilés aux nobles et compris dans la même loi tous ceux qui, sans être nobles, suivant les idées ou les règles de l'Ancien régime, ont usurpé ou acheté les titres ou les privilèges de la noblesse... » (2). Le 29 germinal, Couthon revient sur cet article. « Le Comité a senti que ceux qui n'avaient gardé qu'un instant les privilèges d'une charge qui anoblissait, ne devaient pas être assimilés à ceux qui, depuis des siècles, outrageaient le peuple par leur orgueil ou leur insolence ». Couthon proposait en conséquence de retrancher de l'article le mot acheté (3). Charlier, représentant de la Marne, demande qu'il soit maintenu. Après Tallien et Delmas qui interviennent dans la même sens, Robespierre prend la parole en faveur de la proposition de Couthon; elle est adoptée.
La discussion se poursuivant sur les exceptions au décret de p)olice générale, Ramel, représentant de l'Aude, demande si un noble ou un étranger de plus de 70 ans est tenu de sortir de Paris. Robespierre reprend la parole pour proposer le renvoi au Comité, afin que l'amendement soit discuté à nouveau. Charlier appuie le renvoi ; mais le décret ayant été rédigé à trois reprises différentes, il estime nécessaire de le revoir en entier. Robespierre s'y oppose. Au terme de cette discussion confuse, et sur la proposition de Robespierre reprise par Couthon, les deux articles additionnels adoptés le 28 germinal sont confirmés mais renvoyés pour amendement à l'examen du Comité de salut public.
Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 210 (4).
« Robespierre. Je ne prends pas plus d'intérêt que le Comité de salut public et la Convention nationale aux personnes qui font l'objet de la discussion actuelle. Si je n'écoutais que l'espèce d'antipathie naturelle aux amis ardents de la liberté contre tout ce qui portait autre-
(1) Reproduit dans Aulard, VI, 81. Mention dans G. Waltkr, p. 789.
(2) Mon., XX, 243.
(3) Mon., XX, 251.
(4) Mon., XX, 251-252. Mention dans G. Walter, p. 739.
fois les apparences même de l'orgueil et de l'aristocratie, je déclamerais peut-être avec plus de force que ne l'ont fait les préopinants contre tous ceux qui ont voulu sortir de la cléisse respectable du peuple; mais, citoyens, c'est la justice et l'intérêt du peuple qui doivent toujours diriger les délibérations de l'homme public. L'intérêt du peuple veut qu'on n'écoute pas toujours avec complaisance les propositions qui sont en apparence populaires; il exige qu'on adopte de préférence ce qui peut assurer son bonheur et sa félicité.
Les Comités, croyez-le, citoyens, n'ont rien perdu de leur énergie; j'en atteste les décrets sévères, fulminants qu'ils vous ont proposés; il doit donc leur être permis d'observer que, dans les décrets les plus vigoureux et les plus sévères contre les ennemis de la patrie, il est des mesures à garder, mesures fixées par les principes et par la justice. D'abord, les articles proposés hier par le Comité de salut public étaient politiques et justes sous tous les rapports; car on ne peut pas ranger dans la même classe le vil intrigant et celui qui a fait retentir les tribunaux de ses prétentions à la noblesse, et l'homme qui n'a eu qu'un moment la velléité d'être noble. Le membre qui vous a proposé l'amendement a senti lui-même la difficulté de son exécution; aussi vient-il de se rétracter lui-même, et demander que cet amendement ne fût applicable qu'à ceux qui avaient joui effectivement des privilèges de la noblesse. D'autres considérations doivent vous déterminer à rejeter cet amendement : c'est qu'il envelopperait dans la loi une infinité de personnes que vous n'avez pas voulu atteindre.
On ne parle dans ce moment-ci que des secrétaires du roi; mais il existait une multitude de charges créées par le génie de l'Ancien régime, qui donnaient le titre de noble à ceux qui les possédaient, et qui cependant avaient pour objet des fonctions utiles, des magistratures nécessaires à l'ordre social. On avait attaché des privilèges à ces charges, parce que le gouvernement, qui trafiquait de tous les emplois, vendait jusqu'au droit respectable de rendre la justice et d'être utile à ses concitoyens.
Le Comité a pensé que, si vous laissiez subsister cet amendement, vous détruiriez toute la vigueur et l'énergie de la loi que vous avez rendue. En effet, les individus qu'elle envelopperait se multiplieraient à l'infini, et formeraient une ligue bien plus puissante pour demander des exceptions que vous seriez peut-être forcés d'accorder. Ainsi, pour l'intérêt véritable du peuple et pour que la loi demeure intacte, il faut que vous la restreigniez dans de justes bornes.
Citoyens, en parlant en faveur de l'amendement, on peut se donner l'avantage d'une sévérité apparente contre les ennemis du peuple; mais le devoir du véritable ami du peuple est de le servir sans le flatter. Je demande que l'amendement qui a été adopté hier soit interprété ainsi que l'a proposé Couthon.»
Courrier uriiversel, 1" floréal, p. 8; Annales de la République française, n" 141, p. 3; Journal de France, t. V, n° 571, p. 8; Correspondance politique de Paris et des départemens, nP 305, p. 4.
« Robespierre. Je ne prends pas plus d'intérêt que le comité et la Convention aux personnes dont il est question; et si je n'écoutais que l'antipathie naturelle à tout patriote pour les gens dont le sort nous occupe, je déclamerais plus violemment encore que les préopinans dans le sens où ils ont parlé; mais la justice qui doit nous diriger veut souvent, non ce qui est le plus populaire en apparence, mais ce qui est le plus utile en effets. Vous n'accuserez pas votre Comité de manquer d'énergie, lorsque la foudre qu'il a lancée contre les ennemis du peuple, gronde encore dans ses mains; c'est souvent dans la mesure que se trouve toute la force d'une loi; et celle-ci, semblable à un torrent rapide qui doit entraîner toutes les impuretés, perdroit son impétuosité si l'on élargissoit ses rives.
Le génie ministériel avoit ouvert à la roture bien rançonnée des portes innombrables vers la noblesse : le gouvernement avoit levé une boutique de savonnettes; la séduction du préjugé avoit entraîné plus de monde que vous ne pensez; le Comité a tout pesé, et ce n'est point pour affoiblir mais pour fortifier la loi qu'il vous propose de retrancher le mot acheté. Je demande que la proposition du Comité soit adoptée. »
Extraits dans Journal dei Débatt et Décrets, n" 576, p. 477; Mercure anioersel, XXXIX, II. Analyse dans Journal de Sablier, n" 1267, p. 2; Journal de Paris, a' 474, p. 1914; Auditeur national, n° 573, p. 5; Journal des Hommes libres, 30 germinal, p. 481.
121. - SÉANCE DU 18 FLORÉAL AN II (7 MAI 1794) Sur les rapports des idées religieuses et morales
AVEC les principes RÉPUBLICAINS, ET SUR LES FETES NATIONALES
Présenté au nom du Comité de salut public, ce rapport de Robespierre qui aboutit à l'instauration du culte de l'Êire -suprême, traduit à la fois les convictions personnelles de l'Incorruptible et les" nécessités politiques de l'heure. Disciple de Rousseau, Robespierre avait en horreur le sensualisme de Condillac et plus encore le matérialisme d'un Helvétius dont il fit briser le buste aux Jacobins (1). Il croyait à l'exisléffCè de Diéù, à celle de l'âme, à la vie future; sa déclaration aux Jacobins, le 26 mars 1792, ne laisse aucun doute sur ce point (2). Faisant instaurer le culte de l'Être suprême, Robespierre agit encore en politique soucieux de donner au peuple un culte qui ménageât ses habitudes et consolidât la morale.
Dans les circonstances du printemps de l'an II, l'instauration du culte de l'Être suprême visait encore un autre but : ressouder dans une même
(1) Voir Discours..., 4« partie p. 142.
(2) Id., 3« partie, à la date.
foi l'unité des diverses catégories sociales : Montagnards, Jacobins et sansculottes, qui avaient soutenu le gouvernement révolutionnaire et que les antagonismes de classes dressaient maintenant les unes contre les autres. Incapable d'analyser les conditions économiques et sociales, Robespierre croyait en la toute-puissance des idées et des appels à la vertu. Le calcul se montra faux. Le culte de l'Être suprême engendra un nouveau conflit : partisans de la déchristianisation violente comme partisans de la laïcité complète de l'État ne pardonnèrent pas à Robespierre le décret du 18 floréal.
Couthon proposa l'impression du rapport de Robespierre, son envoi aux corps constitués, aux sociétés jKîpulaires, aux armées, l'impression en placards et l'affichage, la traduction dans toutes les langues, ce qui fut décrété.
Rapport imprimé par ordre de la Convention nationale (ï)
« Citoyens, c'est dans la prospérité que les peuples, ainsi que les particuliers, doivent, pour ainsi dire, se recueillir pour écouter, dans le silence des passions, la voix de la sagesse. Le moment où le bruit de nos victoires retentit dans l'univers, est donc celui où les législateurs de la République française doivent veiller, avec une nouvelle sollicitude, sur eux-mêmes et sur la patrie, et affermir les principes sur lesquels doivent reposer la stabilité et la félicité de la République. Nous venons aujourd'hui soumettre à votre méditation des vérités profondes qui importent au bonheur des hommes, et vous proposer des mesures qui en découlent naturellement.
Le monde moral, beaucoup plus encore que le monde physique, semble plein de contrastes et d'énigmes. La nature nous dit que l'homme est né pour la liberté, et l'expérience des siècles nous montre l'homme esclave. Ses droits sont écrits dans son cœur, et son humiliation dans l'histoire. Le genre-humain respecte Caton, et se courbe sous le joug
(1) Broch. in-80, 38 p., Paris, Impr. nat., s. d. (B. N., 8° Le» 787); Impr. de Vatar, an II, in-S», 79 p. (B. N., 8° Le»' 12 (III-I); Auxerre, Impr. Foumier, an II, in-80 (B, A'., 8" Lb" 3915); Melun, Impr. de Tarbé et Lefè\'Te-Compigny, an II, in-8° {B. X., 8° Lb" 3914); Paris, Impr. Dufart, an H, in-12 avec figures, de Quéverdo {B. X., 8» Le»« 787 B et D); Bibl. Sorbonne, H Fr 140, t. II; Bibl. V. de P., n°' 23083, 27776, 31502, 602269, 602565; Bibl. Ch. des Députés, t. 80, n°« 2-3; t. 362, n» 7; t. 529, n° 32. Traduction italienne, Impr. du Louvre, an II, in-4°, 28 p. (B. X., 4° Le*« 1789). Reproduit dans Journal universel, nP 1626, p. 7592, n" 1627, p. 7593-7600; Décade philosophique, p. 177-191 et 242-253; Feuille Villageoise, t. VIII, n» 32, p. 125-128, 132,134, n» 33, p. 150-157, n» 34, p. 173-189, Mercure français, n» 20, p. 106-127; Auditeur national, n»» 592, 595, 596, 597, 598, 600 à 604; Conservateur des principes républicains, t. I, n<> 2, p. 81 à 110; Courrier de V Égalité, n»» 630 à 634, 636 à 639 et 641 ; Mercure universel, XXXIX, 316 à 318, 328 à 335, 364 à 367; Journal de Perlet, t.'X, n» 597, p. 334 à 336, n° 598, p. 339 à 341, n» 599, p. 352-353, n" 601, p. 365 à 367, n» 603, p. 382 à 384, n" 605, p. 398 à 400; Journal de la Montagne, t. III, p. 207, 213, 224, 247, 280, 288, 296, 303, 310; Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 229 (Mon., XX, 403). Édité par Bûchez et Roux, XXXII, 353-381; Lapon-nebaye, III, 607-643; Ch. Velxav, p. 347 et s.; J. Popeben, t. III, p. 155 et s.; M. Bouloiseau, p. 243 et s. Voir E. Hamel, III, 511-519 et G. Walteb, p. 398-405.
de César. La postérité honore la vertu de Brutus, mais elle ne la permet que dans l'histoire ancienne. Les siècles et la terre sont le partage du crime et de la tyrannie; la liberté et la vertu se sont à peine reposées un instant sur quelques points du globe. Sparte brille comme un éclair dans des ténèbres immenses...
Ne dis pas cependant, ô Brutus, que la vertu est un phantôme! Et vous, fondateurs de la République française, gardez-vous de désespérer de l'humanité, ou de douter un moment du succès de votre grande entreprise!
Le monde a changé, il doit changer encore. Qu'y a-t-il de commun entre ce qui est et ce qui fut? Les nations civilisées ont succédé aux sauvages errans dans les déserts; les moissons fertiles ont pris la place des forêts antiques qui couvroient le globe. Un monde a paru au-delà des bornes du monde; les habitans de la terre ont ajouté les mers à leur domaine immense; l'homme a conquis la foudre et conjuré celle du ciel. Comparez le langage imparfait des hiéroglyphes avec les miracles de l'imprimerie; rapprochez le voyage des Argonautes de celui de la Peyrouse; mesurez la distance entre les observations astronomiques des mages de l'Asie, et les découvertes de Newton, ou bien entre l'ébauche tracée par la main de Dibutade et les tableaux de David.
Tout a changé dans l'ordre physique; tout doit changer dans l'ordre moral et politique. La moitié de la révolution du monde est déjà faite; l'autre moitié doit s'accomplir.
La raison de l'homme ressemble encore au globe qu'il habite; la moitié en est plongée dans les ténèbres, quand l'autre est éclairée. Les peuples de l'Europe ont fait des progrès étonnans dans ce qu'on appelle les arts et les sciences, et ils semblent dans l'ignorance des premières notions de la morale publique. Ils connoissent tout, excepté leurs droits et leurs devoirs. D'où vient ce mélange de génie et de stupidité? De ce que, pour chercher à se rendre habile dans les arts, il ne faut que suivre ses passions, tandis que, pour défendre ses droits et respecter ceux d'autrui, il faut les vaincre. Il en est une autre raison : c'est que les rois qui font le destin de la terre ne craignent ni les grands géomètres, ni les grands peintres, ni les grands poètes, et qu'ils redoutent les philosophes rigides, et les défenseurs de l'humanité.
Cependant le genre humain est dans un état violent qui ne peut être durable. La raison humaine marche depuis longtemps contre les trônes, à pas lents, et par des routes détournées, mais sûres. Le génie menace le despotisme alors même qu'il semble le caresser; il n'est plus guères défendu que par l'habitude et par la terreur, et surtout par l'appui que lui prête la ligue des riches, et de tous les oppresseurs subalternes qu'épouvante le caractère imposant de la Révolution française.
Le peuple français semble avoir devancé de deux mille ans le reste de l'espèce humaine; on seroit tenté même de le regarder, au
milieu d'elle, comme une espèce différente. L'Europe est à genoux devant les ombres des tyrans que nous punissons.
En Europe, un laboureur, un artisan est un animal dressé pour les plaisirs d'un noble; en France, les nobles cherchent à se transformer en laboureurs et en artisans, et ne peuvent pas même obtenir cet honneur.
L'Europe ne conçoit pas qu'on puisse vivre sans rois, sans nobles; et nous, que l'on puisse vivre avec eux.
L'Europe prodigue son sang pour river les chaînes de l'humanité; et nous pour les briser.
Nos sublimes voisms entretiennent gravement l'univers de la santé du roi, de ses divertissemens, de ses voyages; ils veulent absolument apprendre à la postérité à quelle heure il a dîné, à quel moment il est revenu de la chasse; quelle est la terre heureuse qui, à chaque instant du jour, eut l'honneur d'être foulée par ses pieds augustes; quels sont les noms des esclaves privilégiés qui ont paru, en sa présence, au lever, au coucher du soleil.
Nous lui apprendrons, nous, les noms et les vertus des héros morts en combattant pour la liberté; nous lui apprendrons dans quelle terre les derniers satellites des tyrans ont mordu la poussière; nous lui apprendrons à quelle heure a sonné le trépas des oppresseurs du monde.
Oui, cette terre délicieuse que nous habitons, et que la nature caresse avec prédilection, est faite pour être le domaine de la liberté et du bonheur; ce peuple sensible et fier est vraiment né pour la gloire et pour la vertu. 0 ma patrie! si le destin m'avoit fait naître dans une contrée étrangère et lointaine, jaurois adressé au ciel des vœux continuels pour ta prospérité; jaurois versé des larmes d'attendrissement au récit de tes combats et de tes vertus; mon âme attentive auroit suivi avec une inquiète ardeur tous les mouvemens de ta glorieuse révolution; j'aurois envié le sort de tes citoyens, j'aurols envié celui de tes représentans. Je suis Français, je suis l'un de tes représentans... 0 peuple sublime! reçois le sacrifice de tout mon être; heureux celui qui est né au milieu de toi! plus heureux celui qui peut mourir pour ton bonheur!
0 vous ! à qui il a confié ses intérêts et sa puissance, que ne pouvezvous pas avec lui et pour lui? Oui, vous pouvez montrer au monde le spectacle nouveau de la démocratie affermie dans un vaste empire. Ceux qui, dans l'enfance du droit public, et, du sein de la servitude, ont balbutié des maximes contraires, prévoyoient-ils les prodiges opérés depuis un an? Ce qui vous reste à faire, est-il plus difficile que ce que vous avez fait? quels sont les politiques qui peuvent vous servir de précepteurs ou de modèles? Ne faut-il pas que vous fassiez précisément tout le contraire de ce qui a été fait avant vous? L'art de gouverner a été jusqu'à nos jours l'art de tromper et de corrompre les hommes : il ne doit être que celui de les éclairer et de les rendre meilleurs.
Il y a deux sortes d'égoïsme; l'un, vil, cruel, qui isole l'homme de ses semblables, qui cherche un bien-être exclusif acheté par la misère d'autrui : l'autre, généreux, bienfaisant, qui confond notre bonheur dans le bonheur de tous, qui attache notre gloire à celle de la patrie. Le premier fait les oppresseurs et les tyrans : le second, les défenseurs de l'humanité. Suivons son impulsion salutaire : chérissons le repos acheté par de glorieux travaux; ne craignons point la mort qui les couronne, et nous consoliderons le bonheur de notre patrie et même le nôtre.
Le vice et la vertu font les destins de la terre : ce sont les deux génies opposés qui se la disputent. La source de l'un et de l'autre est dans les passions de l'homme. Selon la direction qui est donnée à ses passions, l'homme s'élève jusqu'aux cieux, ou s'enfonce dans des abîmes fangeux. Or le but de toutes les institutions sociales, c'est de les diriger vers la justice, qui est à la fois le bonheur public et le bonheur privé.
Le fondement unique de la société civile, c'est la morale. Toutes les associations qui nous font la guerre reposent sur le crime : ce ne sont aux yeux de la vérité que des hordes de sauvages policés et de brigands disciplinés. A quoi se réduit donc cette science mystérieuse de la politique et de la législation? A mettre dans les lois et dans l'administration, les vérités morales réléguées dans les livres des philosophes, et à appliquer à la conduite des peuples les notions triviales de probité que chacun est forcé d'adopter pour sa conduite privée, c'est-à-dire, à employer autant d'habileté à faire régner la justice, que les gouvernemens en ont mis jusqu'ici à être injustes impunément ou avec bienséance.
Aussi, voyez combien d'art les rois et leurs complices ont épuisé pour échapper à l'application de ces principes, et pour obscurcir toutes les notions du juste et de l'injuste! Qu'il étoit exquis le bon sens de ce pirate qui répondit à Alexandre : « On m'appelle brigand, parce que je n'ai qu'un navire : et toi, parce que tu as une flotte, on t'appelle conquérant »! Avec quelle impudeur ils font des lois contre le vol, lorsqu'ils envahissent la fortune publique! On condamne en leur nom les assassins, et ils assassinent des millions d'hommes par la guerre et par la misère. Sous la monarchie, les vertus domestiques ne sont que des ridicules : mais les vertus publiques sont des crimes; la seule vertu est d'être l'instrument docile des crimes du prince, le seul honneur est d'être aussi méchant que lui. Sous la monarchie, il est permis d'aimer sa famille, mais non la patrie; il est honorable de défendre ses amis, mais non les opprimés. La probité de la monarchie respecte toutes les propriétés, excepté celles du pauvre : elle protège tous les droits, excepté ceux du peuple.
Voici un article du code de la monarchie :
« Tu ne voleras pas, à moins que tu ne sois le roi, ou que tu n'£iies obtenu un privilège du roi : tu n'assassineras pas, à moins que tu ne fasses périr, d'un seul coup, plusieurs milliers d'hommes. »
Vous connoissez ce mot ingénu du cardinal de Richelieu, écrit dans son testament politique, que les rois doivent s'abstenir avec grand soin de se servir des gens de probité, parce qu'ils ne peuvent en tirer parti. Plus de 2 mille ans auparavant il y avoit sur les bords du Pont- Euxin, un petit roi qui professoit la même doctrine d'une manière encore plus énergique. Ses favoris avoient fait mourir quelques-uns de ses amis par de fausses accusations. Il s'en aperçut; un jour que l'un d'eux portoit devant lui une nouvelle délation : « Je te ferois mourir, lui dit-il, si des scélérats tels que toi n'étoient pas nécessaires aux despotes ». On assure que ce prince étoit un des meilleurs qui aient jamais existé.
Mais c'est en Angleterre que le machiavélisme a poussé cette doctrine royale au plus haut degré de perfection.
Je ne doute pas qu'il y ait beaucoup de marchands à Londres qui se piquent de quelque bonne foi dans les affaires de leur négoce; mais il y a à parier que ces honnêtes gens trouvent tout naturel que les membres du parlement britannique vendent publiquement au roi Georges leur conscience et les droits du peuple, comme ils vendent eux-mêmes les productions de leurs manufactures.
Pitt déroule aux yeux de ce parlement la liste de ses bassesses et de ses forfaits : « Tant pour la trahison, tant pour les assassinats des représentans du Peuple et des patriotes, tant pour la calomnie, tant pour la famine, tant pour la corruption, tant pour la fabrication de la fausse monnoie. » Le sénat écoute avec un sang-froid admirable, et approuve le tout avec soumission.
En vain la voix d'un seul homme s'élève avec l'indignation de la vertu contre tant d'infamies; le ministre avoue ingénuement qu'il ne comprend rien à des maximes si nouvelles pour lui, et le sénat rejette la motion.
Stanhope (I), ne demande point acte à tes indignes collègues de ton opposition à leurs crimes; la postérité te le donnera, et leur censure est pour toi le plus beau titre à l'estime de ton siècle même.
Que conclure de tout ce que je viens de dire? Que l'immoralité est la base du despotisme, comme la vertu est l'essence de la République.
La Révolution, qui tend à l'établir, n'est que le passage du règne du crime à celui de la justice ; de là les efforts continuels des rois ligués contre nous et de tous les conspirateurs, j)our perpétuer chez nous les préjugés et les vices de la monarchie.
(1) Stanhope (Ch., vicomte de Mahon, comte de), membre du Parlement d'Angleterre et président de la S*« des Amis de la Révolution, de Londres.
Tout ce qui regrettolt l'Ancien régime, tout ce qui ne s'étoit lancé dans la carrière de la révolution que pour arriver à un changement de dynastie, s'est appliqué, dès le commencement, à arrêter les progrès de la morale publique; car quelle différence y avoit-il entre les amis de d'Orléans ou d'Yorck et ceux de Louis XVI, si ce n'est, de la part des premiers, peut-être un plus haut degré de lâcheté et d'hypocrisie?
Les chefs des factions qui partagèrent les deux premières législatures, trop lâches pour croire à la République, trop corrompus pour la vouloir, ne cessèrent de conspirer, pour effacer du cœur des hommes les principes éternels que leur propre politique les avoit d'abord obligés de proclamer. La conjuration se déguisoit alors sous la couleur de ce perfide modérantisme qui, protégeant le crime et tuant la vertu, nous ramenoit par un chemin oblique et sûr à la tyrannie.
Quand l'énergie républicaine eut confondu ce lâche système et fondé la démocratie, l'aristocratie et l'étranger formèrent le plan de tout outrer et de tout corrompre. Ils se cachèrent sous les formes de la démocratie, pour la déshonorer par des travers aussi funestes que ridicules, et pour l'étouffer dans son berceau.
On attaqua la liberté en même temps par le modérantisme et par la fureur. Dans ce choc de deux factions opposées en apparence, mais dont les chefs étoient unis par des nœuds secrets, l'opinion publique étoit dissoute, la représentation avilie, le peuple nul; et la révolution ne sembloit être qu'un combat ridicule pour décider à quels fripons resteroit le pouvoir de déchirer et de vendre la Patrie.
La marche des chefs de parti qui sembloient les plus divisés, fut toujours à-peu-près la même. Leur principal caractère fut une profonde hypocrisie.
Lafayette invoquoit la Constitution pour relever la puissance royale. Dumouriez invoquoit la Constitution, pour protéger la faction girondine contre la Convention nationale. Au mois d'août 1 792, Brissot et les Girondins vouloient faire de la Constitution un bouclier, pour parer le coup qui menaçoit le trône. Au mois de janvier suivant, les mêmes conspirateurs réclamoient la souveraineté du peuple, pour arracher la royauté à l'opprobre de l'échafaud, et pour allumer la guerre civile dans les assemblées sectionnaires. Hébert et ses complices réclamoient la souveraineté du peuple pour égorger la Convention nationale et anéantir le gouvernement républicain.
Brissot et les Girondins avoient voulu armer les riches contre le peuple; la faction d'Hébert, en protégeant l'aristocratie, caressoit le peuple pour l'opprimer par lui-même.
Danton, le plus dangereux des ennemis de la Patrie, s'il n'en avoit été le plus lâche; Danton, ménageant tous les crimes, lié à tous les complots, promettant aux scélérats sa protection, aux patriotes sa fidélité; habile à expliquer ses trahisons par des prétextes de bien
public, à justifier ses vices par ses défauts prétendus, faisoit inculper par ses amis, d'une manière insignifiante ou favorable, les conspirateurs près de consommer la ruine de la République, pour avoir occasion de les défendre lui-même; transigeoit avec Brissot, correspondoit avec Ronsin, encourageoit Hébert, et s'arrangeoit à tout événement pour profiter également de leur chute ou de leurs succès, et pour rallier tous les ennemis de la liberté contre le gouvernement républicain.
C'est sur-tout dans ces derniers temps que l'on vit se développer dans toute son étendue l'affreux système ourdi par nos ennemis, de corrompre la morale publique. Pour mieux y réussir, ils s'en étoient eux-mêmes établis les professeurs; ils alloient tout flétrir, tout confondre, par un mélange odieux de la pureté de nos principes avec la corruption de leurs cœurs.
Tous les fripons avoient usurpé une espèce de sacerdoce politique, et rangeoient dans la classe des profanes les fidèles représentans du peuple et tous les patriotes. On trembloit alors de proposer une idée juste; ils avoient interdit au patriotisme l'usage du bons sens : il y eut un moment où il étoit défendu de s'opposer à la ruine de la patrie, sous peine de passer pour mauvais citoyen : le patriotisme n'étoit plus qu'un travestissement ridicule, ou l'audace de déclamer contre la Convention. Grâces à cette subversion des idées révolutionnaires, l'aristocratie, absoute de tous ses crimes, tramoit très patriotiquement le massacre des représentans du peuple et la résurrection de la royauté : gorgés des trésors de la tyrannie, les conjurés prêchoient la pauvreté : affamés d'or et de domination, ils prêchoient l'égalité avec insolence pour la faire haïr; la liberté étoit pour eux l'indépendance du crime; la Révolution, un trafic; le peuple, un instrument; la patrie, une proie. Le peu de bien même qu'ils s'efîorçoient de faire étoit un stratagème perfide, pour nous faire plus aisément des maux irréparables. S'ils se montroient quelquefois sévères, c'étoit pour acquérir le droit de favoriser les ennemis de la liberté, et de proscrire ses amis. Couverts de tous les crimes, ils exigeoient des patriotes, nonseulement l'infaillibilité, mais la garantie de tous les caprices de la fortune, afin que personne n'osât plus servir la patrie. Ils tonnoient contre l'agiotage, et partageoient avec les agioteurs la fortune publique; ils parloient contre la tyrannie, pour mieux servir les tyrans. Les tyrans de l'Europe accusoient, par leur organe, la Convention nationale de tyrannie. On ne pouvoit pas proposer au peuple de rétablir la royauté; ils vouloient le pousser à détruire son propre gouvernement. On ne pouvoit pas lui dire qu'il devoit appeler ses ennemis : on lui disoit qu'il falloit chasser ses défenseurs. On ne pouvoit pas lui dire de poser les armes; on le décourageoit par de fausses nouvelles; on comptoit pour rien ses succès, et on exagéroit ses échecs avec une coupable malignité.
On ne pouvoit pas lui dire : le fils du tyran ou un autre Bourbon, ou bien l'un des fils du roi Georges, te rendroient heureux; mais on lui disoit : Tu es malheureux. On lui traçoit le tableau de la disette qu'ils cherchoient eux-mêmes à amener; on lui disoit que les œufs, que le sucre n'étoient pas abondans. On ne lui disoit pas que sa liberté valoit quelque chose; que l'humiliation de ses oppresseurs et tous les autres etfets de la révolution n'étoient pas des biens méprisables, qu'il combattoit encore; que la ruine de ses ennemis pouvoit seule assurer son bonheur... Mais il sentoit tout cela. Enfin, ils ne pouvoient pas asservir le peuple français par la force ni par son propre consentement, ils cherchoient à l'enchaîner par la subversion, par la révolte, par la corruption des mœurs.
Ils ont érigé l'immoralité, non-seulement en système, mais en religion; ils ont cherché à éteindre tous les sentimens généreux de la nature par leurs exemples, autant que par leurs préceptes. Le méchant voudroit dans son cœur qu'il ne restât pas sur la terre un seul homme de bien, afin de n'y plus rencontrer un seul accusateur, et de pouvoir y respirer en paix. Ceux-ci allèrent chercher dans les esprits et dans les cœurs tout ce qui sert d'appui à la morale, pour l'en arracher et pour y étouffer l'accusateur invisible que la nature y a caché.
Les tyrans, satisfaits de l'audace de leurs émissaires, s'empressèrent d'étaler aux yeux de leurs sujets les extravagances qu'ils avoient achetées; et, feignant de croire que c'étoit là le peuple français, ils semblèrent leur dire : « Que gagneriez- vous à secouer notre joug? vous le voyez, les républicains ne valent pas mieux que nous ». Les tyrans ennemis de la France avoient ordonné un plan qui devoit, si leurs espérances avoient été parfaitement remplies, embraser tout-à-coup notre République, et élever une barrière insurmontable entre elle et les autres peuples; les conjurés l'exécutèrent. Les mêmes fourbes qui avoient invoqué la souveraineté du peuple pour égorger la Convention nationale, alléguèrent la haine de la superstition, pour nous donner la guerre civile et l'athéisme.
Que vouloient-ils ceux qui, au sein des conspirations dont nous étions environnés, au milieu des embarras d'une telle guerre, au moment où les torches de la discorde civile fumoient encore, attaquèrent tout-à-coup tous les cultes par la violence, pour s'ériger eux-mêmes en apôtres fougueux du néant, et en missionnaires fanatiques de l'athéisme? Quel étoit le motif de cette grande opération tramée dans les ténèbres de la nuit, à l'insu de la Convention nationale, par des prêtres, par des étrangers et par des conspirateurs? Étoit-ce l'amour de la patrie? la patrie leur a déjà infligé le supplice des traîtres. Etoit-ce la haine des prêtres? les prêtres étoient leurs amis. Etoit-ce l'horreur du fanatisme? c'étoit le seul moyen de lui fournir des armes. Etoit-ce le désir de hâter le triomphe de la Raison? mais on ne cessoit de l'outrager par des violences absurdes, et par des extravagances concertées
pour la rendre odieuse : on ne sembloit la réléguer dans les temples, que pour la bannir de la République.
On servoit la cause des rois ligués contre nous, des rois qui avoient eux-mêmes annoncé d'avance ces événemens, et qui s'en préveiloient avec succès pour exciter contre nous le fanatisme des peuples par des manifestes et par des prières publiques. Il faut voir avec quelle sainte colère M. Pitt nous oppose ces faits, et avec quel soin le petit nombre d'hommes mtégres qui existe au parlement d'Angleterre, les rejette sur quelques hommes méprisables, désavoués et punis par vous.
Cependant, tandis que ceux-ci remplissoient leur mission, le peuple anglciis jeûnoit pour expier les péchés payés par M. Pitt, et les bourgeois de Londres portoient le deuil du culte catholique, comme ils avoient porté celui du roi Capet et de la reine Antoinette.
Admirable politique du ministre de Georges, qui faisoit insulter l'Etre suprême par ses émisséiires, et vouloit le venger par les baïonnettes anglaises et autrichiennes! J'aime beaucoup la piété des rois, et je crois fermement à la religion de M. Pitt. Il est certain du moins qu'il a trouvé de bons amis en France; car, suivant tous les calculs de la prudence humaine, l'intrigue dont je parle devoit cillumer un incendie rapide dans toute la République, et lui susciter de nouveaux ennemis au dehors.
Heureusement le génie du peuple français, sa passion inaltérable pour la liberté, la sagesse avec laquelle vous avez averti les patriotes de bonne foi qui pouvoient être entraînés par l'exemple dangereux des inventeurs hypocrites de cette machination; enfin, le soin qu'ont pris les prêtres eux-mêmes de désabuser le peuple sur leur propre compte, toutes ces causes ont prévenu la plus grande partie des inconvéniens que les conspirateurs en attendoient. C'est à vous de faire cesser les autres, et de mettre à profit, s'il est possible, la perversité même de nos ennemis, pour assurer le triomphe des principes et de la liberté.
Ne consultez que le bien de la patrie et les intérêts de l'humanité. Toute institution, toute doctrine qui console et qui élève les âmes, doit être accueillie; rejettez toutes celles qui tendent à les dégrader et à les corrompre. Ranimez, exaltez tous les sentimens généreux et toutes les grandes idées morales qu'on a voulu éteindre; rapprochez par le charme de l'amitié et par le lien de la vertu les hommes qu'on a voulu diviser. Qui donc t'a donné la mission d'annoncer au peuple que la Divinité n'existe pas, ô toi qui te passionnes pour cette aride doctrine, et qui ne te passionnas jamais pour la patrie? Quel avantage trouves-tu à persuader à l'homme qu'une force aveugle préside à ses destinées, et frappe au hasard le crime et la vertu; que son âme n'est qu'un souffle léger qui s'éteint aux portes du tombeau?
L'idée de son néant lui inspirera-t-elle des sentimens plus purs et plus élevés que celle de son immortalité? lui inspirera-t-elle plus
de respect pour ses semblables et pour lui-même, plus de dévouement
pour la patrie, plus d'audace à braver la tyrannie, plus de mépris pour
la mort ou pour la volupté? Vous qui regrettez un ami vertueux, vous
aimez à penser que la plus belle partie de lui-même a échappé au trépas!
Vous qui pleurez sur le cercueil d'un fils ou d'une épouse, êtes-vous
consolés par celui qui vous dit qu'il ne reste plus d'eux qu'une vile
\ poussière? Malheureux qui expirez sous les coups d'un assassin, votre
dernier soupir est un appel à la justice éternelle! L'innocence sur
l'échafaud, fait pâlir le tyran sur son char de triomphe : auroit-elle cet
\ -^'ascendant, si le tombeau égaloit l'oppresseur et l'opprimé? Malheureux
* ^ophiste! de quel droit viens-tu arracher à l'innocence le scepfré~dë1a
raison, pour le remettre dans les mains du crime, jeter un voile funèbre
sur la nature, désespérer le malheur, réjouir le vice, attrister la vertu,
dégrader l'humanité? Plus un homme est doué de sensibilité et de
, génie, plus il s'attache aux idées qui aggrandissent son être, et qui
j élèvent son cœur; et la doctrine des hommes de cette trempe devient
celle de l'univers. Eh! comment ces idées ne seroient-elles point des
vérités? Je ne conçois pas du moins comment la nature auroit pu
suggérer à l'homme des fictions plus utiles que toutes les réalités; et
si l'existence de Dieu, si l'immortalité de l'âme, n'étoient que des
songes, elles seroient encore la plus belle de toutes les conceptions
de l'esprit humain.
Je n'ai pas besoin d'observer qu'il ne s'agit pas ici de faire le procès à aucune opinion philosophique en particulier, ni de contester que tel philosophe peut être vertueux, quelles que soient ses opinions, et même en dépit d'elles, par la force d'un naturel heureux^ ou d'une raison supérieure. Il s'agit de considérer seulement l'athéisme comme national, et lié à un système de conspiration contre la République.
Eh! que vous importent à vous, législateurs, les hypothèses diverses par lesquelles certains philosophes expliquent les phénomènes de la nature? Vous pouvez abandonner tous ces objets à leurs disputes éternelles : ce n'est ni comme métaphysiciens, ni comme théologiens, que vous devez les envisager. Aux yeux du législateur, tout ce qui est utile au monde et bon dans la pratique, est la vérité.
L'idée de l'Etre suprême et de l'immortalité de l'âme est un rappel I continuel à la justice ; elle est donc sociale et républicaine. La Nature . la mis dans l'homme le sentiment du plaisir et de la douleur qui le ' Iforce à fuir les objets physiques qui lui sont nuisibles, et à chercher ceux qui lui conviennent. Le chef-d'œuvre de la société seroit de créer en lui, pour les choses morales, un instinct rapide qui, sans le secours tardif du raisonnement, le portât à faire le bien et à éviter le mal; car la raison particulière de chaque homme égaré par ses passions, n'est souvent qu'un sophiste qui plaide leur cause, et l'autorité de l'homme peut toujours être attaquée par l'amour-propre de l'homme. Or ce qui produit ou remplace cet instinct précieux, ce qui supplée à l'in-
suffisance de Tautorité humaine, c'est le sentiment religieux qu'imprime dans les âmes l'idée d'une sanction donnée aux préceptes de la morale par une puissance supérieure à l'homme. Aussi je ne sache pas qu'aucun législateur se soit jamais avisé de nationaliser l'athéisme. Je sais que les plus sages même d'entre eux se sont permis de mêler à la vérité quelques fictions, soit pour frapper l'imagination des Peuples ignorans, soit pour les attacher plus fortement à leurs institutions. Lycurgue et Solon eurent recours à l'autorité des oracles, et Socrate lui-même, pour accréditer la vérité parmi ses concitoyens, se crut obligé de leur persuader qu'elle lui étoit inspirée par un génie familier.
Vous ne concluerez pas de-là sans doute qu'il faille tromper les hommes pour les mstruire; mais seulement que vous êtes heureux de vivre dans un siècle et dans un pays dont les lumières ne vous laissent d'autre tâche à remplir que de rapjjeler les hommes à la nature et à la vérité.
Vous vous garderez bien de briser le lien sacré qui les unit à l'auteur de leur être. Il suffit même que cette opinion ait régné chez un Peuple, pour qu'il soit dangereux de la détruire. Car les motifs des devoirs et les bases de la moralité s'étant nécessairement liés à cette idée, l'effacer, c'est démorîiliser le peuple. Il résulte du même principe, qu'on ne doit jamais attaquer un culte établi qu'avec prudence et avec une certaine délicatesse, de peur qu'un changement subit et violent ne paroisse une atteinte portée à la morale, et une dispense de la probité même. Au reste, celui qui peut remplacer la divinité dans le système de la vie sociale, est à mes yeux un prodige de génie; celui qui, sans l'avoir remplacée, ne songe qu'à la bannir de l'esprit des hommes, me paroît un prodige de stupidité ou de perversité.
Qu'est-ce que les conjurés avoient mis à la place de ce qu'ils détruisoient ? Rien, si ce n'est le chaos, le vuide et la violence. Ils méprisoient trop le Peuple pour prendre la peine de le persuader; au lieu de l'éclairer, ils ne vouloient que l'irriter, l'effaroucher ou le dépraver.
Si les principes que j'éii développés jusques ici sont des erreurs, je me trompe du moins avec tout ce que le monde révère : prenons ici les leçons de l'histoire. Remarquez, je vous prie, comment les hommes qui ont influé sur la destinée des Etats, furent déterminés vers l'un ou l'autre des deux systèmes opposés, par leur caractère personnel et par la nature même de leurs vues politiques. Voyez-vous avec quel art profond César plaidant dans le sénat romain en faveur des complices de Catilina, s'égare dans une digression contre le dogme de l'immortalité de l'âme, tant ces idées lui paroissent propres à éteindre dans le cœur des juges l'énergie de la vertu, tant la cause du crime lui paroît liée à celle de l'athéisme. Cicéron, au contraire, invoquoit contre les traîtres et le glaive des lois, et la foudre des dieux. Socrate mourant entretient ses amis de l'immortalité de l'âme. Léonidas
aux Thermopyles, soupant avec ses compagnons d'armes, au moment d'exécuter le dessein le plus héroïque que la vertu humaine ait jamais conçu, les invite pour le lendemain à un autre banquet dans une vie nouvelle. Il y a loin de Socrate à Chaumette, et de Léonidas au Père Duchesne. Un grand homme, un véritable héros s'estime trop luimême pour se complaire dans l'idée de son anéantissement. Un scélérat méprisable à ses propres yeux, horrible à ceux d'autrui, sent que la nature ne peut lui faire de plus beau présent que le néant.
Caton ne balança point entre Epicure et Zenon. Brutus, et les illustres conjurés qui partagèrent ses périls et sa gloire, appartenoient aussi à cette secte sublime des Stoïciens, qui eut des idées si hautes de la dignité de l'homme, qui poussa si loin l'enthousiasme de la vertu, et qui n'outra que l'héroïsme. Le stoïcisme enfanta des émules de Brutus et de Caton jusques dans les siècles affreux qui suivirent la perte de la liberté romaine. Le stoïcisme sauva l'honneur de la nature humaine dégradée par les vices des successeurs de César, et sur-tout par la patience des Peuples. La secte épicurienne revendiquoit sans doute tous les scélérats qui opprimèrent leur Patrie, et tous les lâches qui la laissèrent opprimer. Aussi, quoique le philosophe dont elle portoit le nom ne fût pas personnellement un homme méprisable, les principes de son système, interprétés par la corruption, amenèrent des conséquences si funestes, que l'antiquité elle-même la flétrit par la dénomination de troupeau d' Epicure; et comme dans tous les temps le cœur humain est au fond le même, et que le même instinct ou le même système politique a commandé aux hommes la même marche, il sera facile d'appliquer les observations que je viens de faire, au moment actuel, et même au temps qui a précédé immédiatement notre révolution. Il est bon de jeter un coup-d'œil sur ce temps, ne fût-ce que pour pouvoir expliquer une partie des phénomènes qui ont éclaté depuis.
Dès long-temps les observateurs éclairés pouvoient appercevoir quelques symptômes de la Révolution actuelle. Tous les événements importans y tendoient; les causes mêmes des particuliers susceptibles de quelque éclat s'attachoient à une intrigue politique. Les hommes de lettres renommés, en vertu de leur influence sur l'opinion, commençoient à en obtenir quelqu'une dans les affaires. Les plus ambitieux avoient formé dès lors une espèce de coalition qui augmentoit leur importance; ils sembloient s'être partagés en deux sectes, dont l'une défendoit bêtement le clergé et le despotisme. La plus puissante et la plus illustre étoit celle qui fut connue sous le nom d'encyclopédistes. Elle renfermoit quelques hommes estimables et un plus grand nombre de charlatans ambitieux. Plusieurs de ses chefs étoient devenus des personnages considérables dans l'Etat : quiconque ignoreroit son influence et sa politique, n'auroit pas une idée complette de la préface de notre Révolution. Cette secte, en matière de politique, resta toujours
au-dessous des droits du peuple : en matière de morale, elle alla beaucoup au-delà de la destruction des préjugés religieux. Ses coryphées déclamoient quelquefois contre le despotisme, et ils étoient pensionnés par les despotes; ils faisoient tantôt des livres contre la Cour, et tantôt des dédicaces aux rois, des discours pour les courtisans, et des madrigaux pour lès^oïïrtisanés ; ils étoient fiers dans leurs écrits, et rampans dans les anti-chambres. Cette secte propagea avec beaucoup de zèle i
l'opinion du matérialisme qui prévalut parmi les grands et parmi ■4y<les b(Muxl5spnti Un lui doit en grande partie cette espèce de philosopKîepratique qui, réduisant l'égoîsme en système, regarde la société humaine comme une guerre de ruse, le succès comme la règle du juste et de l'injuste, la probité comme une affaire de goût ou de bienséance, le monde comme le patrimoine des fripons adroits. J'ai dit que ses coryphées étoient ambitieux; les agitations qui annonçoient un grand changement dans l'ordre politique des choses, avoient pu étendre leurs vues. On a remarqué que plusieurs d'entre eux avoient des liaisons intimes avec la maison d'Orléans, et la constitutJQiL anglaise étoit,^ suivant eux, le chef-d'œuvre de la politique et le maximum du bonheur social.
Parmi ceux qui, au temps dont je p«irle, se signalèrent dans la carrière des lettres et de la philosophie, un homme, par l'élévation \ de son âme et pcir la grandeur de son caractère, se montra digne du ministère de précepteur du genre-humain. Il attaqua la tyrannie avec franchise; il parla avec enthousiasme de la divinité; son éloquence mâle et probe peignit en trciits de flamme les charmes de la vertu, elle défendit ces dogmes consolateurs que la raison donne pour appui au cœur huméiin. La pureté de sa doctrine, puisée dans la nature et dans la haine profonde du vice, autant que son mépris invincible pour les sophistes intrigans qui usurpoient le nom de philosophes, 1 lui attira là haine et la persécution de ses rivaux et de ses faux amis. /] Ah! s'il avoit été témoin de cette révolution dont il fut le précursèuff^ et qui l'a porté au Panthéon, qui peut douter que sonjims^^néreuse eût embrassé avec transport la cause de la justice et-de- l'égalité! Mais qu^ont^it pour elle^s lâches adversaires? TIs ont combattu la Révolution, dès le moment qu'ils ont craint qu'elle n'élevât le peuple audessus de toutes les vanités particulières; les uns ont employé leur esprit à frelater les principes républicains et à corrompre l'opinion publique; ils se sont prostitués aux factions, et sur-tout au parti d'Orléans; les autres se sont renfermés dans une lâche neutralité. Les hommes de lettres en général se sont déshonorés dans cette Révolution; et à la honte étemelle de l'esprit, la raison du peuple en a fait seule tous les frais.
Hommes petits et veiins, rougissez, s'il est possible. Les prodiges qui ont immortalisé cette époque de l'histoire humaine, ont été of>érés sans vous et malgré vous; le bon sens sans intrigue, et le génie sans
instruction, ont porté la France à ce degré d'élévation qui épouvante votre bassesse et qui écrase votre nullité. Tel artisan s'est montré habile dans la connoissance des droits de l'homme, quand tel faiseur de livres, presque républicain en 1788, defendoit stupidement la cause des rois en 1793. Tel laboureur répandoit la lumière de la philosophie dans les campagnes, quand l'académicien Condorcet, jadis grand géomètre, dit-on, au jugement des littérateurs, et grand littérateur, au dire des géomètres, depuis conspirateur timide, méprisé de tous les partis, travailloit sans cesse à l'obscurcir par le perfide fatras de ses rapsodies mercenaires.
Vous avez déjà été frappés, sans-doute, de la tendresse avec laquelle tant d'hommes qui ont trahi leur Patrie, ont caressé les opinions sinistres que je combats. Que de rapprochemens curieux peuvent s'offrir encore à vos esprits! Nous avons entendu, qui croiroit à cet excès d'impudeur! nous avons entendu dans une société populaire le traître Guadet dénoncer un citoyen pour avoir prononcé le nom de la Providence. Nous avons entendu, quelque temps après, Hébert en accuser un autre pour avoir écrit contre l'athéisme. N'est-ce pas Vergniaud et Gensonné qui, en votre présence même, et à votre tribune, pérorèrent avec chaleur pour bannir du préambule de la constitution le nom de l'Etre suprême que vous y avez placé? Danton, qui sourioit de pitié aux mots de vertu, de gloire, de postérité; Danton, dont le système étoit d'avilir ce qui peut élever l'âme; Danton, qui étoit froid et muet dans les plus grands dangers de la liberté, parla après eux avec beaucoup de véhémence en faveur de la même opinion. D'où vient ce singulier accord de principes entre tant d'hommes qui paroissoient divisés? Faut-il l'attribuer simplement au soin que prenoient les déserteurs de la cause du peuple, de chercher à couvrir leur défection par une affectation de zèle contre ce qu'ils appeloient les préjugés religieux, comme s'ils avoient voulu compenser leur indulgence pour l'aristocratie et la tyrannie, par la guerre qu'ils déclaroient à la Divinité?
Non, la conduite de ces personnages artificieux tenoit sans doute à des vues politiques plus profondes; ils sentoient que pour détruire la liberté, il falloit favoriser par tous les moyens tout ce qui tend à justifier l'égoïsme, à dessécher le cœur et à effacer l'idée de ce beau moral, qui est la seule règle sur laquelle la raison publique juge les défenseurs et les ennemis de l'humanité. Ils embrassoient avec transport un système qui, confondant la destinée des bons et des méchans, ne laisse entre eux d'autre différence que les faveurs incertaines de la fortune, ni d'autre arbitre que le droit du plus fort ou du plus rusé.
Vous tendez à un but bien différent; vous suivrez donc une politique contraire. Mais ne craignons-nous pas de réveiller le fanatisme et de donner un avantage à l'aristocratie? Non, si nous adoptons le parti que la sagesse indique, il nous sera facile d'éviter cet écueil.
Ennemis du peuple, qui que vous soyez, jamais la Convention nationale ne favorisera votre perversité. Aristocrates, de quelques dehors spécieux que vous veuilliez vous couvrir aujourd'hui; en vain chercheriez-vous à vous prévaloir de notre censure contre les auteurs d'une trame crimmelle, pour accuser les patriotes sincères que la seule haine du fanatisme peut avoir entrmnés à des démeirches indiscrètes. Vous n'avez pas le droit d'accuser; et la justice nationale, dans ces orages excités par les factions, sciit discerner les erreurs des conspirations : elle saisira, d'une main sûre, tous les intrigans pervers, et ne frappera pcis un seul homme de bien.
Fanatiques, n'espérez rien de nous. Rappeler les hommes au culte pur de l'Etre suprême, c'est porter un coup mortel au fanatisme. À^
Toutes les fictions disparoissent devant la Vérité, et toutes les folies tombent devant la Raison. Sans contrainte, sans persécution, toutes les sectes doivent se confondre d'elles-mêmes dans la Religion universelle de la Nature. Nous vous conseillerons donc de maintenir les principes que vous avez manifestés jusqu'ici. Que la liberté des cultes soit respectée, pour le triomphe même de la Raison; meiis qu'elle ne trouble point l'ordre public, et qu'elle ne devienne point un moyen de conspiration. Si la malveillance contre-révolutionnaire se cachoit sous ce prétexte, réprimez-la; et reposez-vous du reste sur la puissance des principes et sur la force même des choses.
Prêtres ambitieux, n'attendez donc pas que nous travaillions à rétablir votre empire; une telle entreprise seroit même au-dessus de notre puissance. Vous vous êtes tués vous-mêmes, et on ne revient pas plus à la vie morale qu'à l'existence physique.
Et d'ailleurs, qu'y a-t-il entre les prêtres et Dieu? Les prêtres sont à la morale ce que les charlatans sont à la médecine. Combien le Dieu de la nature est différent du Dieu des prêtres! Il ne connoît rien de si ressemblant à l'athéisme que les religions qu'ils ont feiites. A force de défigurer l'Être suprême, ils l'ont anéanti autant qu'il étoit en eux; ils en ont fait tantôt un globe de feu, tantôt un bœuf, tantôt un arbre, tantôt un homme, tantôt un roi. Les prêtres ont créé Dieu à leur image : ils l'ont fait jaloux, capricieux, avide, cruel, implacable. Ils l'ont traité comme jadis les maires du palais traitèrent les descendans de Clovis, pour régner sous son nom et se mettre à sa place. Ils l'ont relégué dans le ciel comme dans un palais, et ne l'ont appelé sur la terre que pour demander à leur profit des dîmes, des richesses, des honneurs, des plaisirs et de la puissance. Le véritable prêtre de l'Etre suprême, c'est la Nature; son temple, l'univers; son culte, la vertu; ses fêtes, la joie d'un grand peuple rassemblé sous ses yeux pour resserrer les doux nœuds de la fraternité universelle, et pour lui présenter l'hommage des cœurs sensibles et purs.
Prêtres, par quel titre avez-vous prouvé votre mission? avez-vous été plus justes, plus modestes, plus amis de la vérité que les autres
hommes? Avez-vous chéri l'égalité, défendu les droits des peuples, abhorré le despotisme et abattu la tyrannie? C'est vous qui avez dit aux rois : Vous êtes les images de Dieu sur la terre ; c'est de lui seul que vous tenez votre puissance, et les rois vous ont répondu : oui, vous êtes vraiement les envoyés de Dieu; unissons-nous pour partager les dépouilles et les adorations des mortels. Le sceptre et l'encensoir ont conspiré pour déshonorer le ciel et pour usurper la terre.
Laissons les prêtres, et retournons à la divinité. Attachons la morale à des bases éternelles et sacrées; inspirons à l'homme ce respect religieux pour l'homme, ce sentiment profond de ses devoirs, qui est la seule garantie du bonheur social; nourrissons-le par toutes nos institutions; que l'éducation publique soit sur-tout dirigée vers ce but. Vous lui imprimerez sans doute un grand caractère, analogue à la nature de notre gouvernement, et à la sublimité des destinées de notre République. Vous sentirez la nécessité de la rendre commune et égale pour tous les Français. Il ne s'agit plus de former des messieurs, mais des citoyens; la patrie a seule droit d'élever ses enfans; elle ne peut confier ce dépôt à l'orgueil des familles, ni aux préjugés des particuliers, alimens éternels de l'aristocratie et d'un fédéralisme domestique, qui rétrécit les âmes en les isolant, et détruit, avec l'égalité, tous les fondemens de l'ordre social : mais ce grand objet est étranger à la discussion actuelle.
Il est cependant une sorte d'institution qui doit être considérée comme une partie essentielle de l'éducation publique, et qui appartient nécessairement au sujet de ce rapport. Je veux parler des fêtes nationales.
Rassemblez les hommes, vous les rendrez meilleurs ; car les hommes rassemblés chercheront à se plaire, et ils ne pourront se plaire que par les choses qui les rendent estimables. Donnez à leur réunion un grand motif moral et politique, et l'amour des choses honnêtes entrera avec le plaisir dans tous les cœurs; car les hommes ne se voient pas sans plaisir.
L'homme est le plus grand objet qui soit dans la nature; et le plus magnifique de tous les spectacles, c'est celui d'un grand peuple assemblé. On ne parle jamais sans enthousiasme des fêtes nationales de la Grèce : cependant elles n'avoient guères pour objet que des jeux où brilloient la force du corps, l'adresse, ou tout au plus le talent des poètes et des orateurs. Mais la Grèce étoit là; on voyoit un spectacle plus grand que les jeux, c'étoit les spectateurs eux-mêmes; cétoit le peuple vainqueur de l'Asie, que les vertus républicaines avoient élevé quelquefois au-dessus de l'humanité; on voyoit les grands hommes qui avoient sauvé et illustré la patrie : les pères montroient à leurs fils Miltiade, Aristide, Epaminondas, Timoléon, dont la seule présence étoit une leçon vivante de magnanimité, de justice et de patriotisme.
Combien il seroit facile au peuple français de donner à ses assemblées un objet plus étendu et un plus grand caractère ! un système de fêtes nationales bien entendu, seroit à la fois le plus doux lien de fraternité et le plus puissant moyen de régénération.
Ayez des fêtes générales et plus solemnelles pour toute la République; ayez des fêtes particulières et pour chaque lieu, qui soient des jours de repos, et qui remplacent ce que les circonstances ont détruit.
Que toutes tendent à réveiller les sentimens généreux qui font le charme et l'ornement de la vie humaine, l'enthousiasme de la liberté, l'amour de la patrie, le respect des lois. Que la mémoire des tyrans et des traîtres y soit vouée à l'exécration; que celle des héros de la liberté et des bienfaiteurs de l'humanité y reçoive le juste tribut de la reconnoissance publique; qu'elles puisent leur intérêt et leurs noms même dans les événemens immortels de notre révolution et dans les objets les plus sacrés et les plus chers au cœur de l'homme; qu'elles soient embellies et distinguées par les emblèmes analogues à leur objet particulier. Invitons à nos fêtes et la nature et toutes les vertus; que toutes soient célébrées sous les auspices de l'Etre suprême; qu'elles lui soient consacrées; qu'elles s'ouvrent et qu'elles finissent par un hommage à sa puissance et à sa bonté.
Tu donneras ton nom sacré à l'une de nos plus belles fêtes, ô toi, fille de la Nature! mère du bonheur et de la gloire! toi seule légitime souveraine du monde, détrônée par le crime; toi à qui le peuple français a rendu ton empire, et qui lui donnes en échange une patrie et des mœurs, auguste Liberté! tu partcigeras nos sacrifices avec ta compagne immortelle, la douce et sainte Egalité. Nous fêterons l'Humanité; l'Humanité, avilie et foulée aux pieds par les ennemis de la République françmse. Ce sera un beau jour, que celui où nous célébrerons la fête du genre humain; c'est le banquet fraternel et sacré où, du sein de la victoire, le peuple français invitera la famille immense dont seul il défend l'honneur et les imprescriptibles droits. Nous célébrerons aussi tous les grands hommes, de quelque temps et de quelque pays que ce soit, qui ont affranchi leur patrie du joug des tyrans, et qui ont fondé la liberté par de sages lois. Vous ne serez point oubliés, illustres martyrs de la République française! vous ne serez point oubliés, héros morts en combattant pour elle : qui pourroit oublier les héros de ma patrie! La France leur doit sa liberté, l'univers leur devra la sienne. Que l'univers célèbre bientôt leur gloire en jouissant de leurs bienfaits. Combien de traits héroïques confondus dans la foule des grandes actions que la liberté a comme prodiguées parmi nous! Combien de noms dignes d'être inscrits dans les fastes de l'histoire, demeurent ensevelis dans l'obscurité! Mânes inconnus et révérés, si vous échappez à la célébrité, vous n'échapperez point à notre tendre reconnoissance.
Qu'ils tremblent tous les tyrans armés contre la liberté, s'il en existe encore alors! Qu'ils tremblent le jour où les Français viendront
sur VOS tombeaux jurer de vous imiter. Jeunes Français, entendez- vous l'immortel Barra qui, du sein du Panthéon, vous appelle à la gloire? venez répandre des fleurs sur sa tombe sacrée. Barra, enfant héroïque, tu nourrissois ta mère et tu mourus pour ta patrie! Barra, tu as déjà reçu le prix de ton héroïsme; la patrie a adopté ta mère; la patrie, étouffant les factions criminelles, va s'élever triomphante sur les ruines des vices et des trônes. 0 Barra, tu n'as pas trouvé de modèles dans l'antiquité, mais tu as trouvé parmi nous des émules de ta vertu (1).
Par quelle fatalité ou par quelle ingratitude a-t-on laissé dans l'oubli un héros plus jeune encore et digne des hommages de la postérité ? Les Marseillois rebelles, rassemblés sur les bords de la Durance, se préparoient à passer cette rivière pour aller égorger les patriotes foibles et désarmés de ces malheureuses contrées; une troupe peu nombreuse de républicains réunis de l'autre côté, ne voyoit d'autre ressource que de couper les câbles des pontons qui étoient au pouvoir de leurs ennemis; mais tenter une telle entreprise en présence des bataillons nombreux qui couvroient l'autre rive, et à la portée de leurs fusils, paroissoit une entreprise chimérique aux plus hardis. Tout-àcoup un enfant de treize ans s'élance sur une hache, il vole au bord du fleuve, et frappe le câble de toute sa force. Plusieurs décharges de mousqueterie sont dirigées contre lui, il continue de frapper à coups redoublés ; enfin il est atteint d'un coup mortel ; il s'écrie : Je meurs, cela m'est égal ; cest pour la liberté. Il tombe, il est mort!... Respectable enfant, que la patrie s'enorgueillisse de t'avoir donné le jour! Avec quel orgueil la Grèce et Rome auroient honoré ta mémoire, si elles avoient produit un héros tel que toi!
Citoyens, portons en pompe ses cendres au temple de la gloire; que la République en deuil les arrose de larmes amères! Non, ne le pleurons pas; imitons-le, vengeons-le par la ruine de tous les ennemis de notre République (2).
(1) Voir ci-dessus, 8 nivôse (n° 81). Le Journal des Débats et Décrets (n" 595, p. 226) rapporte à ce moment l'incident suivant : « Au milieu des applaudissemens qui ont souvent interrompu l'orateur, Robespierre venoit de décrire l'honxmage respectueux et grand dû à l'Être Suprême; il retraçoit la mémoire des héros morts pour la liberté : Barra, disoit-il, tu nourrissois ta mère, et tu mourus pour la patrie. — VIVE LA république! se sont écriés avec enthousiasme un grand nombre d'enfans qui avoient accompagné la section de la Fontaine-Grenelle. La salle a retenti aussitôt des plus vifs applaudissemens. »
(2) Note de l'original : « Le nom de ce héros est Agricola Viala. Il faut apprendre ici à la République entière deux traits d'une nature bien différente.
Quand la mère du jeune Viala apprit la mort de son fils, sa douleur fut aussi profonde qu'elle étoit juste. Mais, lui dit-on, il est mort pour la patrie ; ah ! c'est vrai, dit-elle, il est mort pour la patrie, et ses larmes se séchèrent. L'autre fait, c'est que les Marseillais rebelles ayant passé la Durance, eurent la lâcheté d'insulter aux restes du jeune héros & jetèrent son corps dans les flots. » Des députés d'Avignon, dont l'oncle maternel de Viala, vinrent, le 3 prairial, remercier la Convention pour ces éloges (Courrier républicain, t. IV, n° 205, p. 179).
Toutes les vertus se disputent le droit de présider à nos fêtes. Instituons la fête de la Gloire, non de celle qui ravage et opprime le monde, mais de celle qui l'affranchit, qui l'éclairé et qui le console; de celle qui, après la Patrie, est la première idole des cœurs généreux; instituons une fête plus touchante : la fête du Malheur. Les esclaves adorent la fortune et le pouvoir : nous, honorons le malheur, le malheur que l'humanité ne peut entièrement bannir de la terre, mais qu'elle console et soulage avec respect. Tu obtiendras aussi cet hommage, ô toi, qui jadis unissois les héros et les sages! toi qui multiplies les forces des amis de la patrie, et dont les méchans, liés par le crime, ne connurent jamais que le simulacre imposteur; divine Amitié, tu retrouveras chez les Français républicains ta puissance et tes autels.
Pourquoi ne rendrions-nous pas le même honneur au pudique et généreux amour, à la foi conjugale, à la tendresse paternelle, à la piété filiale? Nos fêtes, sans doute, ne seront ni sans intérêt, ni sans éclat. Vous y serez, braves défenseurs de la patrie, que décorent de glorieuses cicatrices. Vous y serez, vénérables vieillards, que le bonheur préparé à votre postérité doit consoler d'une longue vie passée sous le despotisme. Vous y serez, tendres élèves de la Patrie, qui croissez pour étendre sa gloire et pour recueillir le fruit de nos travaux.
Vous y serez, jeunes citoyennes, à qui la victoire doit ramener bientôt des frères et des amans dignes de vous. Vous y serez, mères de famille, dont les époux et les fils élèvent des trophées à la République avec les débris des trônes. 0 femmes françaises, chérissez la liberté achetée au prix de leur sang; servez-vous de votre empire pour étendre celui de la vertu républicaine! 0 femmes françaises, vous êtes dignes de l'amour et du respect de la terre! Qu'avez-vous à envier aux femmes de Sparte? Comme elles, vous avez donné le jour à des héros; comme elles, vous les avez dévoués, avec un abandon sublime, à la Patrie.
Malheur à celui qui cherche à éteindre ce sublime enthousiasme et à étouffer, par de désolantes doctrines, cet instinct moral du peuple, qui est le principe de toutes les grandes actions! C'est à vous, représentans du Peuple, qu'il appartient de faire triompher les vérités que nous venons de développer. Bravez les clameurs insensées de l'ignorance présomptueuse ou de la perversité hypocrite. Quelle est donc la dépravation dont nous étions environnés, s'il nous a faHhi du courage pour les proclamer? La postérité pourra-t-elle croire que les factions vaincues avoient porté l'audace jusqu'à nous accuser de modérantisme et d'aristocratie, pour avoir rappelé l'idée de la divinité et de la morale? croira-t-elle qu'on ait osé dire, jusques dans cette enceinte, que nous avions par-là reculé la raison humaine de plusieurs siècles? Ils invoquoient la raison, les monstres qui aiguisoient contre vous leurs poignards sacrilèges!
Tous ceux qui défendoient vos principes et votre dignité dévoient être aussi sans doute les objets de leur fureur. Ne nous étonnons pas
si tous les scélérats ligués contre vous semblent vouloir nous préparer la ciguë. Mais, avant de la boire, nous sauverons la Patrie. Le vaisseau qui porte la fortune de la République n'est pas destiné à faire naufrage; il vogue sous vos auspices, et les tempêtes seront forcées à le respecter. Asseyez-vous donc tranquillement sur les bases immuables de la justice, et ravivez la morale publique. Tonnez sur la tête des coupables et lancez la foudre sur tous vos ennemis. Quel est l'insolent qui, après avoir rampé aux pieds d'un roi, ose insulter à la majesté du Peuple français dans la personne de ses représentans ? Commandez à la victoire, mais replongez sur-tout le vice dans le néant. Les ennemis de la République, sont tous les hommes corrompus. Le patriote n'est autre chose qu'un homme probe et magnanime dans toute la force de ce terme. C'est peu d'anéantir les rois; il faut faire respecter à tous les peuples le caractère du Peuple français. C'est en vain que nous porterions au bout de l'Univers la renommée de nos armes, si toutes les passions déchirent impunément le sein de la patrie. Défions-nous de l'ivresse même des succès. Soyons terribles dans les revers, modestes dans nos triomphes, et fixons au milieu de nous la paix et le bonheur par la sagesse et par la morale. Voilà le véritable but de nos travaux; voilà la tâche la plus héroïque et la plus difficile. Nous croyons concourir à ce but, en vous proposant le décret suivant.
DÉCRET (l)
Art. I. Le peuple français reconnoît l'existence de l'Etre suprême, et l'immortalité de l'âme.
H. Il reconnoît que le culte digne de l'Etre suprême est la pratique des devoirs de l'homme.
IIL II met au premier rang de ces devoirs de détester la mauvaise foi et la tyrannie, de punir les tyrans et les traîtres, de secourir les
(1) Texte du décret seul, reproduit dans Annales patriotiques, n° 492, p. 2175. Nouvelles politiques..., n° 171. Voici comment la Gazette de Leyde (np 40, p. 7-8) résume le rapport et le décret : « L'impression favorable, qu'ont produite ces importantes nouvelles, a été soutenue par le long rapport, qu'a fait Robespierre le lendemain 7 de ce mois, sur l'institution des fêtes décadaires, puisqu'il a prétexté du danger des prospérités pour faire reconnoître par le Peuple français le dogme d'un Être suprême & de V immortalité de Vâme. On ne se seroit sans doute guère douté, qu'un peuple, vraiment philosophe eût besoin d'un décret de ses législateurs pour reconnoître que Dieu existe &, que Vâme ne périt point. C'est cependant ainsi que Robespierre a cru devoir combattre « les insensés qui crient au Peuple qu'une force aveugle préside à sa destinée, & frappe à l'aventure le crime et la Vertu ». Ce n'est pas cependant sans ménagement qu'il les a combattus : « II ne s'agit pas ici, a-t-il dit, de faire le procès à une opinion philosophique ; il s'agit de considérer Vathéisme comme national, & lié à un système de conspiration contre la République. L'idée de VÊtre suprême & de Vimmortalité de Vâme rappelle à la justice, elle est donc républicaine. Ciceron invoquoit contre les impies la foudre des Dieux, etc. » Robespierre a pareillement invoqué Socrate, Léonidas, Zenon, Brutus, Coton à l'appui de sa religion : « D'ailleurs, si l'immortalité de l'âme est un songe, a-t-il
malheureux, de respecter les foibles, de défendre les opprimés, de faire aux autres tout le bien qu'on peut, et de n'être injuste envers personne.
IV. Il sera institué des fêtes pour rappeler l'homme à la pensée de la Divinité, et à la dignité de son être.
V. Ellles emprunteront leurs noms des événemens glorieux de notre Révolution, des vertus les plus chères et les plus utiles à l'homme, des plus grands bienfaits de la nature.
VI. La République française célébrera tous les ans les fêtes du 14 juillet 1789. du 10 août 1792, du 21 janvier 1793, du 31 mai 1793.
VII. Elle célébrera, aux jours de décadis, les fêtes dont l'énumération suit :
A l'Etre suprême et à la Nature.
Au Genre humain.
Au Peuple français.
Aux Bienfaiiteurs de l'humanité.
Aux Martyrs de la liberté.
A la Liberté et à l'EgcJité.
A la République.
A la Liberté du Monde.
A l'amour de la Patrie.
A la haine des Tyrans et des Traîtres. A la Vérité.
'A la Justice.
A la Pudeur.
A la Gloire et à l'Immortalité.
ajouté, elle est du moins la plus sublime des conceptions humaines ». Il a promis liberté à tous les cultes, mais, proscrivant d'avance leurs ministres : « les prêtres, a-t-il dit, sont à la morale ce que les charlatans sont à la médecine. Le véritable prêtre avoué par l'Être suprême est celui de la Nature ; son temple est l'Univers, etc. » Le décret, qui a été la suite de ce rapport déterminant les bases d'un culte national tel qu'il n'en a existé de semblable chez aucun Peuple, est trop intéressant sous ce rapport, pour ne pas mériter d'être connu (pour peu que la place le permette, nous le donnerons en entier). A côté de l'article qui établit la liberté des cultes, se trouve une restriction qui rendra toujours impossible le retour à l'ancienne religion des François : « Tout rassemblement aristocratique formé sous le prétexte de la liberté des cultes, doit être sévèrement réprimé ». C'est le 20 prairial prochain (8 juin, fête de la Pentecôte) que doit conunencer l'exercice du nouveau culte puisque, d'après le décret, ce jour sera consacré dans toute la République à une Fête en Vhonneur de VÊtre suprême. Les autres 35 décadis de l'aimée sont autant de fêtes particulières, les unes en l'honneur de certaines vertus, les autres en l'honneur des différens âges de la \ie humaine; d'autres dédiées au Bonheur, au Malheur, à des Êtres qui n'existent pas encore, c'est-à-dire à la Postérité. Dans cette Liste de nouvelles divinités le Comité n'a pas oublié la Justice et le Désintéressement ».
A rAmitié.
A la Frugalité.
Au Courage.
A la Bonne foi.
A l'Héroïsme.
Au Désintéressement.
Au Stoïcisme.
A l'Amour.
A la Foi conjugale.
A l'Amour paternel.
A la Tendresse maternelle.
A la Piété filiale.
A l'Enfance.
A la Jeunesse.
A l'Age viril.
A la Vieillesse.
Au Malheur.
A l'Agriculture.
A l'Industrie.
A nos Ayeux.
A la Postérité.
Au Bonheur.
VIII. Les Comités de salut public et d'instruction publique sont chargés de présenter un plan d'organisation de ces fêtes.
IX. La Convention nationale appelle tous les talens dignes de servir la cause de l'humanité, à l'honneur de concourir à leur établissement par des hymnes et des chants civiques, et par tous les moyens qui peuvent contribuer à leur embellissement et à leur utilité.
X. Le Comité de salut public distinguera les ouvrages qui lui paroîtront les plus propres à remplir cet objet, et récompensera leurs auteurs.
XI. La liberté des cultes est maintenue conformément au décret du 18 frimaire.
XII. Tout rassemblement aristocratique et contraire à l'ordre public sera réprimé.
XIII. En cas de troubles, dont un culte quelconque seroit l'occasion ou le motif, ceux qui les exciteroient par des prédications fanatiques, ou par des insinuations contre-révolutionnaires; ceux qui les provoqueroient par des violences injustes et gratuites seront également punis selon la rigueur des lois.
XIV. Il sera fait un rapport particulier sur les dispositions de détails relatives au présent décret.
XV. Il sera célébré le 20 prairial prochain une fête nationale en l'honneur de l'Être suprême » (I).
Lonss octraits dans Messager da soir, n" 631 i 637: Amales patriotiqœs, n" 494, p. 2183-2185; Gazette de France, n» 129. p. 512. 514-515; Coarrier historiqae..., n" 223. p. 1-2; Ga^eite française, n» 861. p. 2268 et 2270; JoamJ <fa »<M>, n" 591 et592;/Voin>eUMpo/i*ù)aa.... t. IV. n» ]69. p. 676: Coarrier tmioersel. 19 floréal, p 2262. Fetâllede la RéoaUigae, 22 flor. n<" 3 1 2, 3 1 3, 314. Armâtes de la Ripahliqae franfoise, n° 1 60, p. 2-4 ; Joamal de Paris, n° 493, p. 1991 ; Gazette kistoriqtte, n" 132 p. 3-4; n" 133. p. 2-3, n' 134, p. 4; Abréoialear mùoersel, n° 496, p. 1983; Sans-calotte, n" 447, p. 1795. Analyse dans Joamal de France, 19 floréal, p. 2-3, 20 floréal, p. 1-2 Afiches d'Angers. t. II, n° 68, p. 377-378; Joamal des Hommes libres. 19 floréal, p. 558-559; Journal des Débais et Décrets. n° 595, p. 226. Mention dans Mercure anioersel, XXXIX, 297; Femlle de la Répabliçae, 19 floréal, p. 2; Gazette historiqae. 19 floréal. n<> 129, p. 3; Gazette franfaite, n" 859. p. 2262: Coarrier r^sablicmn, t. IV. n* 190. p. 58; Joamml des Débats et Décrets, n" 595. p. 226.
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité
Lecture du rapport sur les idées religieuses... et sur les fêtes nationales
Le 18 floréal au soir, aux Jacobins, Lequinio, représentant du Morbihan, fiait le plus v-if éloge du rapport que Robespierre avait présenté le matin même à la Convention, « un des plus beaux qui aient jamais été faits à la tribime de la Convention ». Il demande que la Société en entende la lecture. Elle ordonna l'impression du rapport de Robespierre et sa distribution.
Journal de la Montagne, t. III, n" 13, p. 101 (2); Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 231 (3); Journal de Sablier, n" 1307, p. 2; Journal des Hommes libres, p. 564; Mercure universel, XXXIX, 324; Feuille de la République, n» 310, p. 3.
« Robespierre donne lecture du rapport qu'il a fait à la Convention. Les citoyens l'accueillent par de fréquentes acclamations, et par les démonstrations les plus vives des sentimens qu'il leur fait éprouver.»
(1) Le Comité de salut public assura à ce rapport une très large diffusion. Par arrêté du 20 floréal il en fit tirer 200 000 ex. dont 26 500 par Deltuffo, 26 500 par Chari>entier, 27 000 par Nicolas et 120 000 par l'Imprimerie nationale. De nombreuses adresses de félicitations parvinrent dans la suite à la Convention, notamment le 23 floréal {Gazette française, n° 864, p. 2282), le 25 floréal (Gazette française, n» 866, p. 2290) et le 30 floréal (Journal de Sablier, n» 698, p. 2).
(2) AuLARD, VI, 114. Mention dans G. Walteb, p. 739. Voir E. Hambl,
(3) Mon., XX, 422.
466 les discours de robespierre
Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité 123. — SÉANCE DU 26 FLORÉAL AN II (15 MAI 1794)
1'® intervention : Pour l adresse à la Convention proposée par Jullien, sur l'instauration du culte de l'Etre suprême
Jullien (de Paris), commissaire du Comité de salut public, de retour de sa mission dans le Sud-Ouest, propose aux Jacobins de présenter à la Convention une adresse de félicitations pour le décret qu'elle a adopté le 18 floréal. Il en donne lecture, elle est entendue avec des applaudissements unanimes. Royer déclare approuver les principes de cette adresse; mais il estime que la Société ne doit pas l'adopter : la malveillance p>ourrait faire valoir qu'elle a été présentée par un commissaire du Comité de salut public (1). Robespierre intervient et conclut à l'adoption de l'adresse avec une légère modification. Finalement, sur la motion de Carrier, l'adresse fut adoptée avec le changement proposé par Robespierre (2).
Journal de la Montagne, t. III, n» 23, p. 179-180 (3); Journal de Sablier, n» 1325, p. 3; Courrier de r Égalité, n» 640, p. 396; Courrier républicain, n° 203, p. 167.
« Robespierre. Le décret de la Convention n*a pas besoin de la démarche proposée à la Société des Jacobins. La vertu, la vérité et la nature, sont indépendantes de l'appui que pourroient leur prêter les individus et même les sociétés les plus célèbres. Le peuple français et l'univers entier ont reconnu les grands principes que la Convention professe; que nous importe que quelques méprisables conspirateurs cherchent à les calomnier? Prévaudront-ils contre le peuple français, contre le genre humain et contre la nature? Nous leur laissons le triste apanage de se traîner sur les traces de Danton et d'Hébert, et de faire de pénibles efforts pour méconnoître la vertu.
Ce n'est ni de ces misérables, ni de la grandeur de la vérité, qu'il est ici question, mais d'un devoir sacré qu'on vous propose de remplir. S'il n'a pas été indigne du peuple français, de frapper les conspirations, il ne sera pas indigne de la Société des Jacobins, d'applaudir aux grands principes consacrés par le peuple français et par la nature.
On vous a dit qu'il ne falloit pas approuver l'adresse qui vient de vous être lue, parce qu'elle étoit proposée par un commissaire du Comité de salut public : Ce n'est point ici un commissaire du Comité de salut public, c'est un citoyen. Ce seroit vouloir donner au Comité de salut public d'étranges avantages que de prétendre