‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 12 sur 51 · L... à Robespierre (août · texte numérisé non relu

L... à Robespierre (août

Il affirme l'innocence de soixante-quatre motionnaires du Champ de Mars sur cent cinquante arrêtés. « Presque tous n'ont été arrêtés que pour quelques mots tout au plus jmpruaents, lâchés devant leurs voisins ou à la vue des cadavres du Champ de Mars. La vérité c'est qu'on veut faire une monstrueuse procédure afin d'atteindre, par des moyens détouinés, certaines personnes qu'il serait dangereux d'attaquer ouvertement ».

{l'upierH inrilits, TT. 167-171).

Torné, évêque constitutionnel {V. , à Robespierre (Bourges. 2(J août 1791)

S'il était député à la nouvelle législature, il serait heureux d'y mériter le glorieux surnom de Petit Robespierre. Il lui envoie deux lettres adressées aux électeurs du district ie St-Amand et au Comité ecclésiastique. Il lui demande de les lire et de juger, et il se recommande à lui.

(Papierx inédits. I. 169--170).

(1) Toiné (1727-1797) chanoint» (VOrléans, fut un des premiers k prêter le serment civique : nommé en 1791 évêque constitutionnel de Bourges, H fut candidat aux élections h l'assemblée Législative et écrivit à Bobesplerre la lettre ci-dessus. Elu député, il siégea à gauche, se signala par son hostilité à la Cour et k La Fayette. En 1793, il lenonça à l'épiscopat et il la prêtrise.

XGIX Guffroy à Robespierre (Arras, 1" septembre 1791)

11 lui envoie l'adresse des soldats du régiment de Beauce à .l'Assemblée. Il le prie de la présenter et de la faire lire.

Les députés à l'assemblée Législative sont nommés, ni lui ni Augustin n'ont été élus. Il croit que l'assemblée électorale est nulle car la moitié au moins des membres ne sont pas inscrits sur les registres de la garde nationale. Parmi les députés, Carnot seul est patriote, tous les autres sont feuillants.

(Bibliothèque de Nantes. — Collection Dngast-Matifeux, n" 51).

G Guffroy à Robespierre (Arras, 2 sepl''nil)i"o 1701

Au sujet du bataillon du régiment de Beauce détenu à la citadelle d'Arras, « on cherchait à renouveler la bouchei'ie de Nancy en imposant par la force le désarmement », mais il a pu à temps conseiller aux soldats de déposer eux-mêmes leurs armes entre les mains du Commandant, et ils l'ont aussitôt offert. Il demande à Robespierre et à Petion d'exposer à l'assemblée la conduite de ces militaires.

(Bibliothèque de Nantes. — Collection Dugast-Matifeux, n" 47).

Guffroy à Robespierre (Arras. h soptoiuluc 1791) ,

Longue et émouvanle description de la i-emise des armes par les soldats de Beauce. Les officiers voulaient délivrer des cartouches jaunes à la plupart des soldats, sans avoii- suivi les formes légales. Il proteste d deinniide que 1(> l^alaillon soit jugé avnnt d'ôtn^ puni.

(J'.Il»li<itliè(|ne do Nantes. — ColU»<'lion ï>ugasI-MalHeux. n" 4S).

CORRESPONDANCE DE ROBESPIERRE 1 "^o

Guffroy à Robespierre (Arras, 5 septembre 1791)

Il prévient Robespierre qu'un adjudant aristocrate a élë envoyé auprès du ministre de la guerre pour lui soumettre la question des soldats de Beauce; il le prie « de vouoir bien vaincre sa répugnance à parler aux ministres » pour arrêt-erla démarclie... « on veut perdre ce bataillon auquel on avait voulu laire arborer la cocarde de la contre-révolution ».

(Bibliothèque de Nantes. — Collection Dugast-Matifeux, n° 40).

cm

Guffroy à Robespierre (.Vrras, 15 septemlire 1791)

11 l'éclanio un prompt jugement du bataillon de Beauce « qu'on laisse languir sans mcMiie lui faire connaître le titre d'accusation ».

(Bibliothèque de Nantes. — Collection Dugast-Matifeux, n° 2).

M'" Roland à Robespierre 'Chts de la Platièro. 27 seplenibrt' 1791)

Elle écril à iiobcspifirr tprelle a distingué en lui l'homme courageux et fidèle aux principes « dont l'énergie n'a cessé d'opposer la plus grande résistance aux prétentions, aux

manœuvres du despotisme et de l'intrigue Le peu d'âmes

élevées qui seraient capables de grandes choses, disporséoé et commandées par les circonstances, ne peuvent presque

jamais se réunir pour agir de concert Partout la masse

est bonne, elle a une volonté juste parce que son intérêt est celui de tous ; mais elle est séduite ou aveugfl'e... Lyon est dévouée à l'aristocratie, ses élections sont détestables... La masse du peuple ne se trompe pas longtemps grossièrement,

mais on achète les électeurs, puis les administrateurs et enfin les représentants qui vendent le peuple. Puissions-nous, en appréciant des vices que /les préjugés et les ambitieux ont fait introduire dans notre constitution, sentir toujours davantage que tout ce qui s'écarte de la plus parfaite égalité, de la plus grande liberté, tend nécessairement à dégrader l'espèce, la corrompt et l'éloigné du bonheur.

Vous avez beaucoup fait. Monsieur, pour démontrer et répandre ces principes; il est beau, il est consolant de pouvoir se rendre ce témoignage à un âge où tant d'autres ne savent point encore quellle carrière 'leur est réservée ; ii vous en reste une grande à parcourir pour que- toutes les parties répondent au commencement et vous êtes sur un théâtre où votre courage ne manquera pas d'exercice. »

(Lettres. Edition Claude Penoiul, t. Il, pp. 384-388).

GV

Robespierre à Duplay

Arras, le 16 octobre 1701, Mon CHER Ami,

Je suis arrivé à bon port, vendredi, à Bapaume. Les gardes nationales de Paris campées ci-devant à Verberies, celles du département de l'Oise qui venaient d'arriver le jour même dans ce^tte ville, jointes aux patriotes de Bapaume, me présentèrent une couronne civique avec les témoignages de l'affection la plus fraternetle. Le directoire du district et de la municipalité, ({uoiqu' aristocrates, ne dédaignèrent pas de venir me rendre visite au corps. J'ai été enchanté du patriotisme des gardes nationah's, qui pai-îiisscnt très bien composées. Aussi celles de Paris n'ont-elles trouvé aucun prépara tif pour les recevoir à Ba]iaume ; cetles de l'Oise ont été obligées de partir sans armes, et n'en ont point encore.

De Bapaume, plusieurs officiers des deux corps, joints à une partie <le la garde nationale d'Arras, qui étaient venus h ma rencontre, me reconduisir(Mil à .\rras, où le peuple me

COKUliSPONDANCE DE ROBESPIERRE \K>

reçut avec les démonstrations d'un attachement que je ne puis exprimer, et auquel je ne puis songer sans attendrissement ; il n'avait rien oublié pour me le témoignerf une multitude de citoyens étaient sortis de la ville à ma rencontre; à la couronne civiquequ'iils m'offrirent ils en joignirent uup pour Petion ; dans ,leurs acclamations iLs mêlaient souvent à mon nom celui de mon compagnon d'armes et de mon ami. Je fus surpris de voir les maisons de mes ennemis et des aristocrates (qui ne paraissent ici que sous la forme ministérielle ou feuillantine ; les autres ont émigré), ililuminées sur mon passage, ce que je n'ai attribué qu'à leur respect pour le vœu du peuple. Huit jours auparavant on avait fait les mêmes préparatifs parce que j'étais attendu pour ce temps-là.

Dans l'une et l'autre occasion, la municipalité, qui est do l'ordre des feuillants, n'avait rien épargné pour s'opposer à ces démarches de la part du peuple et des patriotes : « Quand ce serait le roi, disait-eWe ingénieusement, on n'en ferait point autant; quand nous avons été installés, nous a-t-on rendu des honneurs ? »

Aussi je ne fus pas plutôt entré chez moi qu'elle envoya les alguazils de la police porter Tordi'e d'éteindre ks lampions, ce qui ne fut pas partout ponctuellement exécuté.

Le lendemain, un autre désordre s'introduisit dans la villeles gardes nationailes de iFOise arrivèrent à Arras où ils devaient passer pour se rendre à leur destination ; ils dansèrent sur la plaice publique en chantant des airs patriotiques et vinrent chez moi en faisant retentir les airs d'acclajnations extrêmement désagréables pour l'oreille d'un feuillant. Jl n'est point arrivé d'autre maJheur.

Les gardes nationales cantonnées dans ce pays sont vues de très mauvais œil par l'aristocratie ministérielle qui est très nombreaise ; elles se répandent dans les viMages d'alentour pour prémunir les habitants des campagnes contre les insinuations dangereuses des prêtres réfractaires qui font un mal incaJlculable ; elles raniment partout le patriotisme languissant. Je ne doute pas que l'on ne continue de faire tout ce qu'on pourra pour les dégoûter du pour s'en défaire.

Nous avons, sur notre route, trouvé les auberges pleines d'émigrants. Les aubergistes nous ont dit qu'ils étaient éton-

]'?6 COHRESPOND.\iNCE DE ROBESPIERRE

nés de la multitude de ceux qu'ils logeaient depuis quelqui^ temps.

Il* vient de s'opérer ici un miracle, ce qui n'est pas étonnant, puisqu'il est dû au Gallvaire d'Arr.as, qui, comme on le sait, en a déjà fait tant d'autres : un prêtre non assermenté disait la messe dans la 'ChapoUe qui renferme le précieux monument; des -dévotes comme il faut l'entendaient. Au milieu de la messe un homme jette 'deux béquilles qu'il avait apportées, étend les jambes, marche; il montre la cicatrice qui 'lui reste à la jambe, déptoi-^ des papiers qui prouvent qu'il a eu une griève blessure ; au miracle la femme de cet homme arrive ; elle demande son mari ; on lui dit qu'il marche sans béquilles; elle tombe évanouie; ellle reprend ses sens pour rendre grâces au ciel et pour crier au miracle.

Cependant il fut résolu, dans le sanhédrin dévot, que ce ne serait point dans la ville qu'on ferait beaucoup de bruit de cette aventure, et qu'on la répandrait dans les campagnes: depuis ce temps plllisieurs paysans viennent, en effet, brûler des petits cinrges dans 'la chapelle du Calvaire.

Je me propose toujours de ne pas rester longtemps dans cett^ terre sainte ; je n'en suis pas digne ; je ne la quitterai cependant pas sans regrets; car mes concitoyens ne m'y ont procuré jusqu'ici que les plus douces jouissances : je m'en consolerai en vous embrassant.

Veuillez bien présenter l(\s témoigujigcs de ma t' lulre amitié à M'"" Duplay, à vos demoiselles, et à mon petit ami.

N'ouUliez pas. non plus, je vous prie, de me rappeler au souvenir de I.a C^oste cl (iouthon.

ROBESPIRMHE (1).

(lA'llrc iH'produite pur Stefane Pol. — Autour de Jx'ohcspicrrc. Lr Couvention- II ri Le Bas (H. N. Ln-27/4S132), p. 88m, d'apivs la collection de la faiiiilU-' I.dias. l'apicrs t]v W" Ti<^bas).

(1) .\pr«'-8 lîi séparation de I'.\.«.'<fmbIéo Constituante, Robo.<»plono ;\]\:\ .10 ri'pcwcr (]ii<>l(|(ic t«;inp.M k .\ni\s, en octobie et novcnibro 1791. Cette lettie qui retniec une partie «le «on voyaRe montre que la popularité de Robospl« rre était auHHl Krande dan.s l'OL-ie et en .\rtols qu'iï Paris. Il revint i\ IVuIm a la fin il«' noM'ndîre.

COKRESPONDANGE DE ROBESPIERRE |!>7

Extrait d'une lettre de Robespierre, datée d'Arras, 4 novembre, sur le fanatisme des prêtres

La chose publique est dans un état si déplorable, qu'il est désormais très dil'licile do la servir... Presque tous les orateurs de l'Assemblée Nationale ont donné à gauche dans la question des prêtres ; ils ont disserté en rhéteurs sur la tolérance et la liberté des cultes ; ils n'ont vu qu'une question de pliilosop/iir et de reli</wii dans une question de révolution et de ijolilù/uf ; ils n'ont {)as vu que partout oiî un prêtre aristocrate trouve un prosélyte, il en fait un nouvel ennemi de la révolution ; car les ignorans (ju'il égare sont incapables de discerner rlntérêt relif/irux de l'intérêt national, et qu'il prêche le despotisme et la contre-révolution, en paroissanl défendre des opinions religieuses... Ils n'ont pas vu qu'il falloil protégei' tous les inltf's, excepté celui qui déclare lui-niènie la guerre aux autres, et qui n'est qu'une arme dont on se sert pour attaquer la lilxMié mal alTermie. Je m'apperçois qu'à Paris on connoîl bien mal l'esprit public et le pouvoir (tes prêtres. Je suis persuadé que ceux-ci suffiroient feuls pour ramener le despotisme, et que la cour n'a qu'à les laisser faire, sûre de recueillir l)ieutôt le fruit de leurs mano'uvres, etc...

{Courrier des S3 département >< du 7 iio-

vênil)i-e 1791, 2' législatuiv, t. 11, d.

Ro'bespierre aux auteurs des Annales patriotiques

Ari'as, le 10 novembre J'ai lu avi'c surprise, Messieurs, dans le n° 767 des Annales patrioli(/ues, quelques réflexions sur les affaires présentes, extraites, d'une manière assez inexacte, d'une lettre que j'avois écrite à un ami.

(1) Cet extrait fut ésalcment reproduit par les Annafcs- patriofirtucft du 7 novetnbre 1791 (P.. N. Le. 2/219).

QuelquUmportaiico qu'ait pu attacher à ces idées, celui qui VOUS les a communiquées, quelque pur qu'ait pu être le motif qui l'a porté à les présenter sous mon nom, je réclame hautement contre ce procédé.

En confiant à l'amitié des observations qui n'étoient adressées qu'à elle, je n'ai pas eu rintention d'entretenir le public sur les affaires des prêtres, ou sur aucun autre objet politique, et encore moins censurer les orateurs patriotes de l'Assemblée, que j'ai vus et que j'estime, quelle qu'ait été leur opinion sur cette question importante. En me faisant jouer ce rôle malgré moi, l'auteur du prétendu extrait a au moins oublié des principes dont l'observation ce me semble, ne gâteroit rien au patriotisme. Cette démarche, n'eût-elle pas d'autre inconvénient que celui-là, je me croirois obligé de la désavouer formellement.

Robespierre.

L'extrait de la lettre dont se plaint M. Robespierre a été tiré du patriote Gorsas. (Note des auteurs des Annales.) »

(Annales Patriotique'^. Siipplôment au n" dii 15 nov. 1791.)

GVIII

Robespierre à l'auteur du Courrier des 83 départements

Monsieur,

J'ai lu avec surprise dans votre journal et ensuite dans plusieurs papiers publics, des l'édexions sur les affaires présentes et sur les événemens occasionnés par les prêtres nonassermentés, extraites d'une lettre que j'avois éci'ite le qualri de ce mois à un citoyen de Paris. — Quand cet extrait n'eu'. pas altéré nécessairement l'esprit et le sens de la lellrc, jo n'en devrois pas moins réclamer contre le procédé indiscret de celui qui vous l'a fournie. 11 sufliroit que des observations écrites sans prétention et conllées à l'amitié seule, eussent été communiquées au public à mon insçu et contre mon intention. — En écrivant à un individu, pour un sujet élrangcM" à i^o< (jii"'iliMn'^ po]ili(|ues. mon (l»^<-f'in r)'<''toil p;is iji' (iécl.ifi'i*

COURKSPONDANGE DE ROBESPIERRE 12*.)

€n quelque sorle la guerre à tous les prêtres non assermentés en général, ni de censurer publiquement des orateurs patriotes de l'Assemblée, que j'bonore et que j'aime, quelle qu'ait pu être leur opinion sur cette question importante. Je veux bien répondre de tout ce que jo pourrois dire ou faire pour le bien public ; mais je demande qu'on ne me fasse point agir et parler malgré moi, et qu'on ne me condamne pas k entretenir le public, sans s'informer' si je crois avoir à lui dire des choses dignes de lui. Si le citoyen estimable qui a sacrifié ici les règles ordinaires de s.a justice et de sa discrétion au désir de publier sous mon nom une opinion qui lui étoit chère, avait voulu respecter en moi ce droit incontestable, il m'auroit épargné une réclamation aussi ])énibie qu'indi'spensable.

Robespierre.

{Courrier lics 83 (U'ijartementu du Itî novembre 1791, 2' Itigislature, t. 1!. p.

Note pour tous les journalistes qui ont inséré, d'après nous, l'extrait d'une lettre de M. Robespierre, concernant les troubles religieux.

« La personne à qui la lettre de M. de Robespierre a été adressée, et qui l'a communiquée à M. Gorsas pour en donner un extrait au public, bien loin d'avoir des regrets de sa démarche, fait gloire d'avoir servi sa patrie, à laquelle il -iaerifii' pareils et amis » (1).

{Conrrwr dex ^3 il t par h- tu eus lUi 17 iinvembre 1791.) — Ibid.. p. 2»5)S.

GIX

Robespierre à Duplay

Arras, le 17 novembre 1791.

Frère et ami, j'ai reçu avec reconnaissance la nouvelle marque d'intérêt et d'amitié que vous me donnez par votre dernière lettre. Je me propose sérieusement, cette fois, de

(1> Il semble ressortir des deux lettres de Robespierre tant aux Annales Patriotiques qu'au Courrier et de cette note, que l'extrait donn»? le 7 novembre reproduisait dans son ensemble la pensée de Robespierre.

reltHuiier ilaii> quelqui's jours à Paris. I^c plaisii' dr vous revoir ne sera pas le moindre avantage que j'y refrouverai. Je pense aN'CC une douce satisfaction quf mon cher Petion a peut-être été nommé maire de Paris (l) au moment où j'écris, «réprouverai plus vivement que personne la joie que doit donner à tout citoyen ce triomphe du patriotisme et do !a probité franclie sur l'intrigue et sur la tirannie.

Présentez les témoignages de mon tendre et inaltérable attachement à vos dames, que je désire vivement d'tMiibrasser. ainsi qu' noIiM' potit pafrioti'.

lUlBESPIERRE.

(Stefiiiif-Pol., <). c. 1). !H-Î)2.)

GX Robespierre à Buissart '

Paris, ](> :}() novembi'i' 1701.

Mo.N GIIKII .V.MI.

Je suis arrivé avant-hier à Pai-is; J'ai élé dans ia soirée à la séance des Jacobins où j'ai été accueilli du public ede la /société avec des démonstrations de bienveillance si vives qu'elles Jîi'ont étonné, malgré toutes les piunives d'attachement auxquelles le peuple de Paris el les Jacobins m'avoient accoutumé. J'ai soupe le même jour chez P(>ti()n. Avec tpielle joie nous nous sommes i-evus ! avec quelles délices nous nous sommes embrassés ! Petion occupe le superbe IkMcI <iu'habitoii'nt les ('l'osne, les t.i'noii- ; mais son àmc est toujours simple et jiure : ce choix seul sul'firoit pour-pi"ouver la Révolution. Le fardeau dont il est chargé est inimi'iise ; mais \v ne doute pas (lui' l'amoui* îIu jx'up!'"et s:s vertus ne lui donnent les moyens nécessaii'es pour le porter. Je soupe ce soir chez lui. O sont les seuls momens (m'i mous |)on\dii- nous \oir en l'ainilli', ft causer avec lilx'rté. J/opinion |)uhli(|Ui' me paroît avoii' fait ici d's ])i'()grès rapides, du iiioiii> \v pai'ti ministériel (>st (!éma>(|ué. les

(1» l'4-tloii liil (lu I.- Iti ii.Aiinlii ■' (iiii (i.TJS \oix coiurf l-ii P'aytllc «l'ii n'en obtint <jiii' 3.126. \a'» Joiuniuix <lo la Cour «valent combnttii ia candl- «lattll'c lie r<'lul-cl.

noKKKSPONDANGB DK ROBESPIERRE I ."J 1

•J'Aiidi'é, les BarnavG, les Diii)orl sont écrasés du mépris pul>He.*Le nom de F'euillaus n'excite plus que la risée. Le veto a beaucoup contribué, de Taveu de tout le inonde, à réveiller Tesprit public (1) ; et la proclamation n"a pas paru suffisante pour le justifier au ti'ibunal de l'opinion. Ce n'est, pas que les bons citoiens ne conservent encore quelqu'in- (luiétude sur les projets des ennemis de la liberté ; mais je suis j)orté à croire qu'elle triomphera de leurs nouveaux efforts ; je trouve de p-randes ressources dans l'Assemblée nationale actuellq, que je regarde, contre l'opinion de beaucoup de monde, comme très supérieure à celle qui l'a précédée (2). Je pense ainsi quant à présent ; le tems éclairera tout ; il ne changera jamais l'ien à l'amitié que je^ vous ai vouée ; (|uand je dis xous, bien entendu que je- parl^ h Monsieur et à Madame. Mon cœur ne sépare pas ce que Dieu a uni. Adieu. Je vous embrasse autant que je le puis de Paris à Arras, et la distance me paroît infinie dans ce moment. Rappelez-moi au souvenir de vos aimables voisines, et dites-leur pour moi tout ce (pi'on peut dire d'affrcfuotix.

ROIJESPIERRE. (.1. A. l'ai-is, o. r-.. App. CXIIT. li" IX.)

Augustin Robespierre à son frère Arras, lin novenihre ITIM}

11 nie semble, cher Irèrr. ipruiie grande crise se prépare. L'audace du département de Paris annonce qu'il existe \\m horrible trame {3). Notire club est toujours sans mesure, parce ([u'il est dans ses principis qu'il n'en faut point garder avec li's ennemis de la Révolution. .Nos cris d'ailleurs ])rouvi'iit (|ue nuus sommes op|)rimés, si nous ]»arIions froide-

(1) U s'agit du veto opposé par Louis XVI aux défiets de l'Assembl.je législative des 9 et 29 novembre contre les émigrés et les prêtres réfractaires.

(2) Robespierre se trompait. I..a Législative, remplie d'hommes médii)ei-es et sans caractère, fut, à tous le.«! points de vue, très inférieure à la Con.'^tltuante.

(3) Augustin Robespierre a en vue la pétition du directoire du département de Paris à Louis XVI pour lui conseiller de wapper de son veto le décret de l'Assemblée I^égislative contre les piètres réfractafres.

ment on •?"imaginerail que la Révolulioii est f.'u'lc et que la constitution est admirable. Je suis fort inquiet en mon particulier sur le succès de notre Révolution, les iinances nous mettront à bas, le papier nous restera, rien autre ohoso. Je frémis d'indignation quand je vois que c'est la faute ou le crime de quelques faiseurs.

Notre conseil de département t'est aussi connu par son inertie, je ne t'en entretiendrai que pour te faire connaître qu'ils savent jouer des scènes très comiques. Tu te rappelles le jour où Mirabeau montant sur la table rassembla autour de lui les députés jacobins, pour t'imposer silence lors de l'organisation de la garde nationale (i). Le procureur général de ce département se fit suivre du directoire et m'attaqua comme calomniateur, portant le défi de rien reprocher au directoire, annonçant qu'il allait faire imprimer ce défi et prouver à toute la France que les membres du Directoire sont de bons citoyens. Ma fermeté en cette occasion fut celle d'un romain irrité. Je lis consigner mes reproches au procèsverbal, je leur dictai des lois. Mon caractère les f^t trembler: au lieu de livrer à l'impression un pompeux éloge, ils ont volé pour anéantir le procès-verbal et le procès-verbal fuL brûlé. Depuis ce tems l'honnêteté règne dans notre assemlilée. J'y suis écouté avec attention et respect. Si la séance eût été publique, ma réputation était faite dans tout le déparlemenl, j'aurais pu concevoir les plus grandes espérances : une autre occasion se' pi'ésentcra peut-être et mes ennemis seront vaincus.

Buissart est indisposé, il ne va guère à la Municipalité, je ne compte point beaucoup sur son 'zèle à me servir. II pourrait bien n'être jwint à l'assemblée municipale le jour où son suffrage me serait utile. Ecris-lui non pas sur cet objet, une épitre de toi l'échauffera son zèle.

Donne-moi de tes nouvell(>s, donne-moi Ion opinion suf les afTf'irec pnb!i([ues. Adieu.

A. HoN ROHKSPIEIIUE.

(Bibliothèque (te Nantes», n" 44. — Collt<tlon Duîîiisl-MntilVux, Plf-ce .">.)

CORIIESPONDANCE DE ROBESPIERRE \'.V4

Augustin Robespierre à son frère (l'i ou 15 décembre ITÎM)

Je viens de lire dans le Patriote français, l'extrait d'une adresse que lu as rédigée contre (la pétition) du directoire du département. J'espère que tu m'en enveiTas franc de port quelques exemplaires. Nous avons aussi fulminé contre ces infâmes députés qui continuent de trahir la nation soutenant l'horrible veto dont ils ont armé k pouvoir exécutif. L'Assemblée Nationale doit recevoir une vigoureuse adresse sur cet objet. Depuis quelque temps notre société est en révolution, rien ne l'étonné o! l'assemblée peut-être sera étonnée de l'énergie que nous montrons. Nos cris prouvent que la patrie est en danger, les émigrations continuent. Les contre-révolutionnaires qui sont ici achèvent de ruiner la France et emportent le reste du numéraire. Nous demandons que les jacobins aient la plus grande sui'veillance. noii« serons bientôt attaqués au dedans et au dehors.

Je te recommande de former l'opinion des députés sur ces congrégations qui ont feuillantisé les esprits et de délivv*}v le public de ces réunions viciées de l'esprit de corps.

A. B. Robespierre (i)

(Bil>lifvtliè<iue df^ Nantes. — Collection Dusast-Matifeux, Pièce 4.)

GXIII

Simond, vicaire épiscopal du Bas-Rhin, chef de la correspondance des Amis de la Constitution de Strasbourg, à Robespierre (Strashoiir. 2i (léccnibre 1791!.

11 fait part à Robespierre de l'impression de satisfaction l>roduite par le veto royal (2) parmi les' administrateurs, les

(1) Cette lettie fait allu.sion h la pétition que le directoire feuillant du <1«-pai-tfnnent de Paris adi-e.ssa à Inouïs XVI pour lui ron.selller d'opposer «un veto au décret contre les pi-éires réfracta ire.s. L»« Jacobins discutèrent cette pétition les 6, 8 et 10 décembre 1791. Robespierre fut chargé en leur nom de rédiger une contre-adresse à la législative. Cette adresse, dont les Jacobins votèrent l'Impression, fut publiée par le Patriote Français (n" 854).

(2) Vetos aux décrets des 9 et 29 novembre contre les émigrés et les prêtres réfractaires.

papistes, les officiers de Tarmée de ligne, et les émigrés c'oulre-Rhin. Il lui a'nnoiico les préparatifs faits hors de;: frontières contre la Révolution, des révoltes à Tinlérieur, une émeute faite à propos dans la cour des Tuilei'ies motivant la fuite du roi qui l'eviendra au inilieu de ses armées et rétablira le despotisme. « J'en induis que si le pouvoir exécutif continue d'exister sans modification, la France sera d'abord le théâtre, de l'anarchie, puis celui des massacres, puis celui de la misère, puis celui d'esclaves enchaînés auxquels on ne laissera de la vie que le sentiment de l<i douleur. >> Il prie Robespierre de ne communiquer son nom qu'en cas de nécessité, car sa familie et ses biens sont hors du royaume," et il n'est Français que par son serment à la constitution. l'Empereur pourrait en tirer vengeanci\

Paris seul, selon lui, « peut isauver la Fran-ce; il faut que l'Assemblée puisse à la fois le contenir et l'ébranler ».

Dans les Papiers inédits la date est indiquée par erreur 24 septembre 1792.

I/allusion au veto royal permet de rectifier cette date. {Papiers inrdifs. TTT, 96-100 >.

GXIV

Robespierre à Simond (début de 1792)

Votre lettre respire le patriotis-me aussi sincère qu'éclairé qui dirige votre conduite et dicte vos écrits ; j'en ai fait part aux Jacobins, en taisant votre nom comme vous me l'avit z reco.mmandé; elle a été entendue avec un vil" intérêt.

(Mi'nti(His de lettre», cxtniils de catalo-

■> j,'ues d'autofjfraplics, <oniinuiuqm^s par

.M. Noël CliîU-ava.v à M. Vt'lhiy. Aiiiiolrs

ix't'roi.. ]). :My2-'My.\.)

M"" de Ghalabre à Robespierre 1 (Il Janvici' I7i)2)

KM»' fait |)art à lîolx'spierrc dr l'émotion (ju** lui a causée ia leclui'e dr son discours du '2 jaiu ier contre la guri'i'e. |)Hblié

(1) 8ur lu romtuHfle <!'• '•i,,,i.,l>.-.. ^.,\r \\ l''|.'l.s<lmi:uui. h'<>hiKi,hirr ,1 /''x

fmnmi'it, p. 'l'i\ vx. hiiIv.

par les Révolutions de Paris (1) « On ne saurait trop prémunir les Français contre les pièges de la guerre... Patriotes égarés, dit-on, à ceux qui ne veulent point la guerre... Ha ! continuons de nous égarer ainsi pour l'étouffer et sauver la patrie... les partisans de Ja guerre s'y acharnent comme des corbeaux après leur proie... Vainqueur avec le pouvoir ennemi, c'est être vaincu. C'est la solution de toute la quei^tion; mais, comme vous le dites, on veut toujours être à côté. Comment, avec tant soit peu de juL'enicnl. donner drin< un pareil piège ! »

(l'aijicis inédits, I, ITô-lTO.)

GXVI

Freemann Shepherd à Robespierre (12 janvier 17!»2

Cette anglaise repi'oclie à Robespierre de n'avoir pas accepté son offramle.

(l'apiers inédit^ II, 163-104.)

cxvu

Robespierre à l'auteur du « Courrier des 83 départements »

J'ai remarqué dans votre numéro d'aujourd'hui (2) une terreur qui mérite d'être rectifiée. En rendant compte de la dernière séance des amis de la constitution, l'article dont je parle suppose que j'ai abjuré mes principes sur la question importante qui agite aujourd'hui tous 4es esprits (3), parce qu'on sent qu'elle tient au salut public et au maintien de la liberté. Je me croirois peu digne de l'estime des bons citoyens, si j'avois joué le rôle qu'on m'a prêté dans cet article. Ce qu'il y a de vrai dans ce récit, c'est qu'après un discours de M. Brissot, sur l'invitation pathétique de M. Dusaux. nous nous som-

(1) Tome XI, n" 130, p." 17 et suiv. Ce tliscour.'» fut imprlni(5 à part par la Soc. des Amis de la Constitution. B. N. Lb. 40/671.

(2) Le Coiirncr des S3 départi vients du 22 Janvier 1792.

(3) La question de la guerre.

mes embrassés cordialement, aux applaudissemens de touteia société ; il est vrai aussi que j'ai fait cette démarctie avec d'autant plus de plaisir, que la discussion importante oia nous avions embrassé des opinions diverses, n'avoit laissé aucune aigreur dans mon àme ; que je suis loin de regarder comme des querelles particulières les débats qui intéressent la destinée du peuple, et oî^i je n'ai jamais porté d'autre passion que celle du bien public. Aussi, loin de croire que le sort de la grande question qui occupe toute la France, ou que mon opinion particulière pût être subordonnée en aucune manière aux mouvemens de ma sensibilité et à mon affection personnelle pour M. Brissot, j'ai monté au même instant à la tribune pour manifester ce sentiment de la manière suivante : « Je viens de remplir un devoir de fraternité et de satisfaire mon cœur ; il me reste une dette encore plus sacrée à acquitter envers la patrie. Le sentiment profond qui m'attache à elle, suppose nécessairement l'amour do mes concitoyens et do ceux avec lesquels j'ai des liaisons plus étroites : mais toute affection individuelle doit céder à l'intérêt sacré de ia liberté et de l'humanité : je pourrai facilement le concilier ici avec l'attachement, avec les égards que j'ai promis à tous ceux qui ont bien servi la patrie, et qui continueront de la bien servir. J'ai embrassé M. Brisisot avec ce sentiment, et je continuerai de combattre son opinion dans les points qui me paroisisent contraires à mes principes, en indiquant ceux où je suis d'accord avec lui. Que notre union repose sur la base sacrée du patriotisme et de la vertu ; combattons-nous comme dPiîr hommes libres, avec franchise, avec énergie même s'il lo faut, mais avec égards, avec amitié. »

Robespierre.

(Courrier *7('.s' ^5 dcinirlrixcnls - n" 123 12.S Janvier 1792 — 2' Lôpisbiture, t. TV, p. X".S-3ôO.)

Dans le n" du 22 janvier, le Courrier avait écrit : « ...Dans la séance- (l'avaMt-hler wiir (de la soc. des amis de la Consfi(ulion) MM. Brissot el Hohespierre, oubliant leurs i>etUes quei'elles, se sont embrassés aux api)laudis.s<Mïient8 unanimes de toute la société. Api"f>s s'être donné mutuellement de» témoljrnaKes d'estime et d'attachement, M. Robespierre a fait espérer qu'il se concllleroit aLsémenl avec :\l. lîrlssot sur la question de la guerre » (p. 345) (1 ).

(1) Le 20 Janvier, k la «ulte tics (IIhcouih tU- Uolx .spi.iic <l«s 2 i;t 9 janvier contrv la KUwrrc. «llMcours qui avalent fait .xni- roplnion démocratique

CORRESPONJiANGE DE ROBESPIERRE 137

Philibert Simond à Robespierre (Strasbourg, 6 février 1792)

Il iiitorme Robespierre ({ue ses discours des 2 et 11 janvier contre la guerre ont été lus à la Société des Amis de la Constitution et couverts d'applaudissements. Le procureur syndic du département a menacé la Société de dénoncer son président pour en avoir demandé la lecture. -

Il fait part de.s diflicultés de la Société avec le maire Dietricli, à la suite de la demande de la publicité des comptes de la municipalité et du département pour les années 1789 à 1791. « La chose publique a beaucoup perdu de ses défenseurs et même de ses amis à Strasbourg et dans tout le département. » L'administration n'a rien fait pour contenir les uns, instruire les autres et prévenir favorablement la Constitution dans l'âme du peuple. « Le paysan ne paye plus la dime, qu'il conserve ses biens nationaux et la permission de faire venir des indulgences de Rome, par de là ces trois avantages il ne voit plus rien, il ne reconnait pas d'autres charmes à la liberté, et la contre-révolution qui voudra se faire précéder de ces trois privilèges lui sera totalement indifférente. »

Les assignats sont à 32,35 pour cent et ceux de 5 livres à 24. Le paysan les fuit comme une hérésie. Les banquiers et les agioteurs ont fait sortir près de 4 millions 1/2 de numéraire sonnant.

Le maire a t'ornié un<> nouvelle .société avec h' i)rocureur syndic, M. de Rroglie. des généraux, maréchaux de camp, aides de camp et administrateurs. Le maire ne fréquente que des militaires, décrie la Société et fait de toute sa conduite un secret.

Si l'Assemblée ne veut ou ne peut prévoir de plus loin,

iMu' ludioiuif im|)r«'.ssion, et «le 1 iiiui \ <iuiuii ne iiiissot, qui ravait sommé « (le mittro fin A une lutte .soanilaku.se », Robespierre et Brissot, sur l'invitation (lu girondin Uusaulx, s'étalent donnés l'accolade. Les journaux Rirondins essayèrent d'exploiter cette scène pour faire croire que Robespierre s'était lallié à la thèse de lîrissot. Sa lettre au Cotniier remit les choses au point.

si elle croit pouvoir s'en tenir à la vigilance et aux précautions ordinaires la liberté du peuple français est anéantie.

— En post-scriptum : A la suite d'une attaque de la Société fomentée par le maire, cent membres ont démissionné.

(A. N. F-7/4433. Reproduit par A. Mutiliez, dans « Un complice de la La Fayette : Frédéric Dietrich. Amuiles Rerol. ]î)20. p. 392-306.)

Deschamps (1) à Robespierre (31 janvier 1792)

Il lui demande d'être le parrain de son enfant.

(A. N. F-7/443Ô. — Courtoi.s, o. c, XIV, 111.)

Vaquier (2) à Robespierre (5 février 1792)

Il lui demande d'intervenir en faveur d'un patriote malheureux.

(A. N. F-7/443H. — Courtois, XI, 109.)

Les Amis de la Constitution de Caen à Robespierre (7 mars 1792)

Ils lui ('xprinitMil leur rcconHiiissuiicc [xiur a\<Hr déffiulu Jes « enfants du Calvados poursuivis par la calomnie >».

(A. N. F-7/4430. — Publi(?e on fac-slnillé: catiilofriu' veille Oh. lUMianl, Caen, 1805).

(1) Mfir<hHn(l mci<l«T. nu-inbif tlii club lU-s t^ordolicrs, ]}\\\s iavt^ rilde <li- iiirnp <rHiini'iut.

(2) Ancien inHpcctt'ui- dcH «li'oItH v^'ut-wôn.

CÛHRESPONDANCE DE ROBESPIERRE 139

Augustin Robespierre à Duplay

Arras 19 mars 1702

Patriote Dupleix, j'ai aj)|>i'is iiidii'octemcnt que mon frère est incommodé ; je suis inquiet ; mandez-moi au plus tôt sa situation. I^nvoyez-moi aussi la cartouche que j'ai prié l'ami de mon frère de recherclter dans ses papiers.

Dites à mon frère que ma so'ur est convalescente, et que ,ie renverrai sous très peu de jours le livre de Mme Witty.

Ne perdez pas un moment, et des réponses sur-le-champ. Mon inquiétude est à .son comble. Il ne tient à rien que je ne vole à Paris.

Envoyez-moi aussi quelques exemplaires du discour.s sur la guerre que votre ami a prononcé et des observations de Pet h ion et Robespierre.

,lt' vous fmltr'a<«' et \(»trc famille.

A.-B.-J. Robespierre.

(St.'-taiie l'ol., o. c, p. 93-94.)

M"" de Ghalabre à Robespierre (20 mars 1792

« Si l'Assemblée laisse échapper l'occasion de venger enfin la nation d'un pouvoir ennemi... la France est perdue. » Robespierre doit trouver le remède à nois malheurs « Il n'y a que vous (pii me laissiez quelque lueur d'espérance... »

(Papiers inédits^ I, 176-178).

M"" Roland à Robespierre (27 mars 1792

« ...Je n'espère de concourir au bien qu'à l'aide d'CS lumières et des soins des sages patriotes ; vous êtes pour moi à la tète de cette classe. Venez promptement, j'ai hâte de

VOUS voir et de vous réitérer l'expression de ces sentiments, <(ue rien ne saurait altérer. »

{J^ettrcft (le .1/""^ Roland, e»l. .01. PerntiKl, II, 413-414.)

GXXV

. GufEroy à Robespierre (Arras, 20 mars 1792)

Il lui demande d'engager Coutlion à surveiller une dénonciation que le directoire du département a envoyée à l'Assemblée contre la, garde nationale d'Arras qui, prenant la cause des bons citoyens, a obtenu du département la rétractation d'un arrêté permettant l'ouverture de tous les oratoires des religieux et religieuses.

(Bibliothèque de Nantes. — f'ollection Dugrast-Matifeux,*!" 40).

Robespierre à Gorsas (Paris, le 30 mars 1792)

Vous avez inséré, Monsieur, dans votre n" du 28 de ce mois une espèce de lettre anonime où je suis calomnié ; vous voudi'ez bian sans doute dans votre n" le plus prochain publier une réponse signée de moi. Cet acte de justice vous mléresse autant qu(^ moi-même ; car si vous êtes quelquefois induit en erreui' sur les faits, vcvs inf(Mitions sont toujours pures, et vous méritez d'iMi-e détrompé.

J'ai combattu depuis quelque tems un sistème (jui me paro't tendre à une subversion générale. Ceux qui ont (iit que je demandois la paix ont voulu donner le change : la question nt- fut jamais de savoir si nous ferion.s la paix ou la guerre, si la guerre seroit offensive ou défensive. Plusieur^^ mois avant la mort de Léopold, je di.sois à mes adversaires : omi)loyez votre influence à faire ceisser les troubles du dedans et ù réprimer vos ennemis inférieurs, forcez enfin le ministre de In guerre à armer les gardes nationales et h.

GORKESPONDANCE DE ROBESPIERRE 141

nieUie l'einpire en état suflisant de défense, et vous éviterez à Ja fois et la guerre civile (!t la guerre étrangère. Ils ne firent rien de tout cela et se contentèrent de vouloir courir ;iu devant de la guerre. Après la mort de Léopold, et quand il ne fut plus permis de douter du projet foi-mé par l'accord de nous susciter une guerre extérieure, combinée avec les troubles intestins, je leur ai dit : voici un événemnet décisif qui remet entre nos mains la paix ou la guerre. Mettons le profit pour établir au dedans le règne des lois et de la liberté et pour cimenter la paix dont les cours étrangères ont même besoin. Telle étoit toute la question. Mais j'ai vu qu'on ne vouloit que la guerre, à quelque prix que ce fut, et que le double vœu de ia Cour et des ambitieux qui nous la suscitent seroit rempîi. C'est en vain qu'on a voulu me réduire au silence, je n'ai cédé ni aux suppliques ni aux caressses, ni aux louanges ni aux cabales. Dès que l'on eut désespéré de me vaincre, on ( ssaia de décréditer mon opinion, par La calomnie. L'article insidieux (paru) dans votre journal peut être regardé comme le résumé de toutes les insinuations perfides que mes ennemis bazardent contre moi. L'anonime cite une lettre de Brutus où Gicéron est peint comme un homme bien inlentionné mais excessivement vain et prêt à s'engager dans une bonorabb^ servitude pourvu qu'on le llatte. Quoique vraisemblablement je n'aye pas plus de rapport avec Cicéron que l'anonime avec Brutus, il m'applique formeUement ce portrait. Il atteste que je suis incapable d'aucun esprit de parti, incorruptible sur tout, mais il prétend que la Gazette universelle a approuvé ma conduite ; il parle de la Cour (pii ne sourit aux patrioties que poui' les .sacrifier, et dont le but est de semer la division parmi les patriotes ; il y ajoute que je cherche à diviser les Amis de la Constitution, il suppose que je ne vois dans les changements des ministres qu'un moien d'élévation et de désordre, que je ne vois pas la liberté mai? l'intérêt personnel (I).

(1) L'ai-ticlo anonyme dont paile Robespierre pa^ut dans le n" 31 du 31 Mais (portant par erreur la date du 28 mars) du CourHer des 8? départements. Robespierre le résume assez exactement. A propos de la guerre, cet arUcle reprochait surtout il Robespierre de chercher à divlsrr les patriotes et après avoir reconnu son inconuptibilité, 11 Insinuait qu'il avait le même but que la Cour, il ajoutait : « Déjà la Gazette Universelle a distill'^ ses poisons sur quelques membres de l'assemblée Législative dont les opinions diffèrent un peu de celles de M. Robespierre ; déjà les mêmes auteurs ont f:iil r.'loïj-.- d.^s princip<^< et d.^ In ion-liiit.> .'•■ '■■^ .Icmifi- Xor;:-: no

Que des intrigans dont je déconcerte les projets sentent qu'il ne leur reste d'autres ressources que de me ditTamer, is'il étoil possible, qu'ils accusent de fonder des projets ambitieux sur le chang-ement des ministres, celui qui, membre de l'Assemblée constituante a provoqué le décret qui exclut du ministère les membre-s de l'Assemblée constituante, celui qui par un autre décret les a encore écartés de la législature actuelle ; que par une récrimination ridicule ils m'accusent de ressembler aux intrigans que j'ai dévoilés, aux factieux que j'ai combattus, et à la vengeance desquels je me dévoue chaque jour ; que mes ennemis (s'aperçevant) qu'il ne sulTit pas de .me caloma-ier dans les journaux patriotes, employent encore le merveilleux stratagème de me donner une louange perlide dans des papiers qu'on nomme ministériels, et qui tous les jours défendent le même sistème que je combats, je ne vois l'ien là qui soit au-dessus de leur extravagance el de leui' piM-versité, .mais vous, Gorsas, pourquoi laissez-vous isouiller par ces calomnies imbéciles vos feuilles lionoi'ées par les vérités courageuses qu'elles ont publiées ?

Songez ({ue tout liomme qui prend la tâche d'entivlenir les citoyens des grnnds intérêts de la patrie et de la liberté ne doivent être ni légers, ni partiaux, ni passionnés, ni prévenus et hàtez-vous de réparer votre faute. J'attends du moins de votre loyauté que vous vous empressiez d'insérer cette réclamation dans votrv premier n '.

HOBESPIERRE (l).

(Hibllotlièque de Nantea — Collection I>u.irast-MiitifVux, iiièce 58.)

«oin.tie» point paiti.'^ans de la Kiiene. nous iMoyons avec M. Jiobospierif qu'avant de rentreprcndrc il faut avoir les moyens de la faire avec succès, mais nous r<^p<'!terons toujours que l'union soûle peut non.*; f^sulri» invlntlbles. La M'^ninti MlKfnce des ('arthaRinoi.s servit plus les Romains que |<> pénie den !-■< ipion ou la valeur des soldats. » (A.'^s. l..(''Kislatlve VI. •1S7-4SS>. La prt\sse girondine voulait, sous pr«''tfxt<' d'union, inipos<M- silène.; à Hobesploire et mettre fin h son opposition à la Kuerre. (N'olr notr' étude s;iuf.'obi Hi}\< n< rt In finrrrv. Apnales Kévolutionnaiiv'.-, 1920).

(1) Cette lettre de Robespierre ne fut pas publiée par fîorsa.s, mais il y fit allusion dans le n" du 4 avili en ces termes : « M. Robespierre a lu un article ins<^ré p. 487 Ue notre Coii.rrirr du 31 du mois dernier <;♦. il la

<lté comme une preuve d'hne cabale d'im plan de calomnie dirigti .-outre

lui. KoiiK invitonn les bons citoyens à relire cet article et cep-'nl.int nous en rappelleron» t-e court extrait : < M. Robespieri-e est Incorruptible, j on opinluM nesl paM le résultai d'un espiit de parti... ». ."^I cest lA .UiIk -r un plan de calomnie contre M. Robespleric, connnent faut-il s'.\ pn iidrc ))omlui j-enili'e Jtistice ? »

COHKESPONDANCE DE ROBESPIERRE 14.'i

GXXVII Augustin Robespierre à son frère (Arras, 10 avril 1792;

J'ai enfin obtenu les pièces qui m'ont tant fait enragef. Je te prie de m'en mat-quer la réception pour me tir-er d'iiiquiétude.

Le fanatisme est toujoui's ici très dangereux. Les patriotes ont beaucoup de peine à soutenir la partie. Ce qui est surtout désespérant c'est le changement fréquent de notre garnison. Le régiment d'Orléans-Infanlerie va nous être enlevé, un régiment suisse le remplace. Nous .sommes continuellement alai'més. dans la crainte de ne pas trouver un appui nécessaire dans des troupes que nous no connaissons point. C'est la garnison qui donne la victoire. Nos administrateurs suivent toujours ie plan des ancien.s ministres, ils prêchent la calomnie contre-révolutionnaii-e, la moitié du département va se plaindre de ses commis ministériels.

Tu te plains à tort- de la mauvaise adresse que je t'ai envoyée. Je n'ai pu la corriger jiuisqu'elle ne vaut rien du tout. C(> qui a été lu aux Jacobins contre le Directoire et les ditTérentes lettres qui ont été adi'essées à la Société. J'ai écrit comme juge du tribunal de police correctionnelle à l'Assemblée nationale, je n'ai point vu (|U(> le président en al fait part. II s'agis.soit de déterminer la ])eine à infliger à un aristocrate qui s'est avisé d'écrire sur une guérite Vive te Roi, nif'rdr jxnn- la yalion. Les principes que je développois dans celle lettre auraient fait honneur au tribunal, je isuis fâché ou'elle n'ait pas été lue.

.M. Deshorlies vient de donner sa démissiun de juge de paix. Il n'avoit point la peine de (mot illisible) loi-squ'il s'agissoit de moi pour greffier.

Les citoyens veulent me nommer juge de paix, je n'ai ]»oint 27 ans accomplis, je suis donc inéligible ; le.s réclamations m'enchènent sûrement, je me résigne encore cette fois. Test i me de mes concitoyens me fait oublier tous mes chagrins et me donne lieu d'espérer que les patriotes me vengeront des insultes de mesMiombreux ennemis.

M. Vilty doit six livres des déboursés des ports des letlri's.

A. B. J. RonESPIEKRK

N'oubliez pas de venir à notre secours ; la séance des Chateauvieux me fait juger de la corruption de l'Assemblée, je tremble (1).

(Bibliothèque de Nantes. — Collection Diigast-ilatifeux, Pièce 59.)

GXXVIII

Robespierre à Roederer, procureur-syndic du département

de Paris

le 10 avril 1702

Monsieur, c'est au procureur syndic du département que doivent s'adresser, si je ne me trompe, les fonctionnaires publics qui veulent se démettre de leurs fonctions. J'ai l'honneur de vous déclarer que je remets entre vos mains ma démission de la place d'accusateur public du département de Paris (2).

(E. Haniel, Histoire de Robespierre, t II, p. 188. — A. N. : C. B. A. I. — 18.)

GXXIX

Treilhard à Robespierre (11 avril 1792

Il regrette la démission de Robespierre de sa place d'accusateur public près le tribunal criminel; «nous nous félicitions, Monsieur et cher collègue, de l'avantage d'exercer nos fonctions avec une personne dont la réputation nous garantissait le talent et la droiture, j'étais fort aise de voir notre ancienne confraternité renaître... les moments malheureusement trop rares où il nous a été permis de jouir de votre pré-

(1) -Mlu.slon A la .séance de la Ij^^gl.'^lative du 9 avril 1792 au oours û'i laf(Ut lie les fayetUntes s'opposèrent à l'admission des Suisses de Chateauvlcux nux honneurs do la séance. I^^s Suls.sos furent cependant admis à une fafblo majorité.

(2) ItobtHplorre avait été nommé accutniteur public le 10 juin 1791. Cf. plus haut les lettres de Robespierre des 11, 12 et 13 Juin. Il fut ©n butte, à co sujet, aux critiques de la Gironde. La Ghroniqur de Paria du 19 avril l'accusa de « déserter » son poste, Robespierre déclara nux ,Tacoblns, le la iivrll, qu'il ne voulait aucunn place. Ce dé.sintérc.s.scni.-'nt gêna la 'llronfle dont li-s ri l'-ntm-cs occujuili-nt pro."<quo touti'.'< Ifs plnco.^.

senee et de vos lumières nous confirmaient clans ces sentiments et vous pouvez juger d'après cela des regrets que nous laisse votre démission. »

(Bibliothèque de Nantes. — Collectiori Dugast-Matifeux, n" 3.)

GXXX

Robespierre à Vadier (sans date

Mon cher collègue, mon ami, pardonnez le délai que j'ai mis à vous répondre, et ne l'imputez qu'à des causes qui méritent toute votre indulgence. J'ai reconnu dans votre lettre le vertueux et intrépide défenseur des droits de la nation, à une époque qui mit à l'épreuve les âmes de tous ses représentans. Vos éloges m'auroient inspiré trop d'orgueil, si des senlimens plus tendres et pluis élevés laissoient quelque place à celui-là dans le cœur de celui que vous avez jugé digne de votre conflance et de votre estime. Le même jour cù j'ai reçu votre lettre, j'ai lu l'adresse de la société de Pamiers à celle des Amis de la Constitution de Paris ; elle a reçu l'accueil qu'elle méritait, et elle a été recommandée aux députés à l'Assemblée nationale ; j'ai eu le plaisir aussi de voir tous les amis de la liberté partager les sentimens que je me suis permis d'exprimer sur le compte de celui (]ui nn' l'avoit envoyée. La lecture de cette adresse a donné lieu à une observation relative à l'opinion qu'elle exprime sur le compte de M. Gaston (1). Plusieurs bons citoyens ont att-eisté son patriotisme, et la société m'a chargé de vous écrire pour mettre la société de Pamiers à portée de lui rendre son estime. C'est à elle et à vous, mon ami, de voir si le témoignage de.s patriotes qui ont pris sa défense est balancé par des faits assez certains, pour justifier les doutes que vous avez annoncés sur sa conduite. D'après cela, je n'ai pas fait la motion expresse de isa radiation de la société de Foix. Mais si vous insistez sur ce point, je vous prie de m'écrire une seconde lettre, et de m'envoyer une seconde adresse. Fcrivez-moi dans tous les cas, pour me donner des nouvelles

(1) Cf. la séance du 11 Mars 1792 (Aulard : Soc. des Jacobins, t. III, p. 432). — Gaston (1757-1836). député à rassemblée législative et à la Convention.

14<i CORRESPONDANCE DE ROBESPIERRE

de deux choses qui m'intéressent vivement : de la choiS& publique dans vos contrées et de vous-même. Que ne puis-je m'entretenir plus long-tems avec vous des idées et des sentimens dont mon àme est remplie ; mais des occupations pressantes m'appellent : je suis forcé d'attendre un moment plus favorable.

En attendant présentez à la société de Pamiers le témoignage de mon attachement fraternel et de ma haute estime pour le dévouement généreux dont elle donne l'exemple. Rendez-moi un service auquel j'attache beaucoup de prix, c'est de me dire si la société de Pamiers a i-eçu de la part des Jacobins de Paris trois discours sur la guerre, imprimés par ordre de cette société, et un quatrième sur les moîcns de sauver l'Etat et la lilx^rté (l). Adieu, je vous embrasse tendrement, et j'attends votre réponse avec impatience.

Robespierre,

(Bililiotlièque de Nantes. — Collection Dug'ii.st-Matifeux, n" 0)0.)

CXXXÏ

Vadier à Robespierre Paniici-s, 12 avi-il 1702)

Il lui accuse réception de sa lettre « alïectueuse » qu'il gardera comme « un monument glorieux »... Il lui annonce J'adresse des Jacobins de Pamiers à la société mère. « Les brigands dont l'aristocratie nous environne se sont jaciès de promener ma tète avant qu'il soit un mois »... 11 recommande à Robespierre la cause des amis de la Constitution de Pamiers. Ses discours ont été très admirés, ;son portrait a été placé dans leur salle « à côté de ceux de Petion et de Mirab(n»u ». 11 ajoute (|ue la société a rendu :son estime et son amitié à Gaston, effaçant ainsi la défiance qu'avaient inspirée aux amis de la Constitution « de fâcheux scnivenirs et de mauvais services rendus ».

(Collection Lubetloyèn-. t. VI, N. a. ^r. .SI 2, n° 3123 et Papiers incdits, ITT, 338- :i41 ; — a ét«'> re|)nMluite, en «rande parlie, par .\ll»ert Toiiniier, dans son ouvra^'e .sur \ <i<iirr, p. S<KS1.)

(1) r)lH<-«>»ir8 ilfH 18 (léccmbro 1"})1, li -t 0 j.invi.r. 10 ft'-viicr 1792. I'. V I,h «d/cr.B, 671, 676 et 686.

GXXXII M"" Roland à Robespierre (25 avril 1792i

Elle reproche à Robespierre de l'avoir évitée, de n'être , pas venu chez elle pour se rencontrer avec ses amis qu'elle défend d'être des intrigants. Elle reproche à Robespierre de soulever l'opinion contre eux, alors que leur seul but est la défense de la Constitution. « Le temps fera tout connaître, sa justice est lente, mais sûre. »

(Les l'ainers iiu'Uitx (1, 30<>7), indiquent l>ar erreur le 25 août. Lettres de M'°* Roland. Edi Perroud, II, 418-420.)

cxxxm

Petion à Robespierre (2(5 avril 1792

-Mon ami.

La séance qui a eu li<'u liiei- aux Jacobins m"a navré de douleur. Est-il possible que nous nous déchirions ainsi de nos propres mains. Je ne sais quel démon souftle ainsi le feu de la discoi'de. (Juoi ! c'est lorsque nous sommes en guerre avec les ennemis du dehors que nous allons fomenter des troubles dans l'intérieur. La Société la plus utile aux progrès de l'esprit public et de la liberté est sur le point de se déchirer. (In se soup^'onne, on s'injurie, on se calomnie, on s'accuse respectivement d'être des traîtres, des hommes vendus et peut-être que si les hommes qui se présentent ainsi se voyaient à découvert ils s'estimeraitMit. Que les passions humaines sont hideuses. Ouoi. nous ne pouvons pas avoir le calme et l'énergie des hommes libres. Nous ne pouvons pas juger de sang-froid les objets, nous crions comme des enfants et des furieux. Je tremble en vérité quand j'examine qui nous sommes et je me demande toujours si nous conserverons notre liberté. Je n'ai pas reposé de la nuit, et moi qui ai le sommeil paisible je n'ai rêvé que malheurs. Une grâce, mon ami, allez au devant de la scission qui se prépare. De la prudejice et de la fermeté. J'aperçois \k des hommes qui paroissent (avoir) du patriotisme le plus fei'vent et que .10 crois les hommes les plus pervers et les plus corrompus. J'en aperçois d'autres qui ne sont qu'étourdis et inconséquens

mais qui l'ont autant de mal par légèreté que d'autres par combinaison. Les amours— propres irrités, les ambitions trompées jouent le plus grand jeu. Faut-il lorsque nous touchons au port que des tempêtes s'élèvent et que l'on fasse courir au vaisseau les risques de se briser contre le l'ocher ? Pensez-y sérieusement. Redoublez d'efforts pour nous faire sortir de ce mauvais pas. Porlez-vous bien. Votre ami

Petion(I).

(Bibliothèque de Nantes. — Collectian Dugast-Matifeux, Pièce 55).

GXXXIV

Petion à Robespieire (29 avril 1792)

Mon ami, J'irai ce soir aux Jacobins et j'y demanderai la parole. Je ne parlerai pas des personnes, mais des clioses. J'exposerai des principes et je prendrai des conclusions propres à ramener la paix. La situation de cette société empire de jour en jour. Après avoir rendu de si impoiians services, lorsqu'elle peut en rendre de plus importans encore, il serait affreux qu'elle donnât l'exemple scandaleux d'une scission. Les esprits sont très irrités. On devient la fable de tous les malveillants, les journaux déchirent cette Société, déchirent ses membres, il faut mettre fin à tous les écrits. Votre ami.

Petion (2).

(Bibliotli("'nue de Xaiites. — Collectâon J)ujj:a.st--Matifeux, i'ièce 44.)

GXXXV

Les citoyens gardes-nationaux du Gros-Caillou à Robespierre

(mai 1792;

Ils pi-otesteni contre les discours de Robespierre aux Jacobins (3), ou celui-ci dénonçait les vues dictatoriales de La

(l> ('<tl" lettre 80 réfère à la séanro des .Tacobin.s <ln 25 Mvrll 1792 où BrlHHdt <t ;;ii.nlpt pl•<»nonc•^n'nt un vlolont rôqui.sltoire contre H()bcsi)l( rro. Voir Uuchoz et Roux. Histoire Parlementaire de la I?évoliition, t. XIV", p. 1.T.I et .«-iilv.

(2) i'i-tlon pron<)n<;ii aux .lacobln», le 29 avril, un lonp discours en faveur l'une r<''concllliitlon.

'(8) Cf. Journal ilr.a débats rt de la rorrrspnndanrc de la SocifHé des Amis de la Constitution, n"" 181-1 SU. A. Aulîird. La SorltUé des Jacobins, III, p. 511 ot «ulv. Voir aussi le Vf'fcnseur de la Constitution, n"" G et S.

CORRESPONJjANCL de ROBESPIERRE 149

Fayette. Ils mettent en demeure Robespierre de fournir ses preuves, sinon ils le dénonc«'ront comme « un intrigant et un vil calomniateur ».

(B. N. Lb-39/106G(>.)

Aigoin à Robespierre (Monli)p|li<'r, 17 juin 1792)

Aigoin, important négociant et membre de la municipalité de Montpellier, fait part de ses regrets de voir la désunion des patriotes, il rappelle les services rendus par Guadet, Condorcet, Genisonné, Brissot, Vergniaud; « défiez-vous des premiers mouvements d'un cœur jjatriote et d'une âme sensible ». Il prend la défense de La Fayette contre lequel Robespierre vient de se pi'ononcer.

(A. M. F-7/4577. Publiée par A. Mathiez dans les Annales Révolutionnaires. 1920, XIII, p. 33 et siiiv. et dans Autour de JtoheM pierre, p. ôO et suiv.)

GXXXVII

Sanegon à Robespierre (17 juillet 1792)

(A. N. F-7/443G (loi).)

GXXXVIII

Robespierre à Couthon

Mon Ami, j'attends avec inquiétude des nouvelles de votre santé. Nous touchons ici aux plus grands événe.mens. L'Assemblée a hier absous La Fayette; le peuple indigné a poursuivi quelques députés au sortir de la séance (1). Aujourd'hui est le jour indiqué par un décret pour la discussion de la déchéance de Louis XVI. On croit que cette affaire sera encoHî retardée par quelque incident. Cependant la fermentation est au comble, et tout semble présager pour cette nuit

(1 ) La Fayette fut en réalité ab.'îou.'? par TAssemblée le 8 août, mais le vote du 15 juillet put paraître le principe de l'absolution.

loi) CORRESPONDANCE DE ROBESPIERRE

même la plus grande commotion à Paris. .Nous sommes arrivés au dénouement du dr-ame constitutionnel. La Révolution va prendre un èours plus rapide, si elle ne s'abîme dans le despotisme militaire et dictatorial.

Dans la situation où nous sommes, il est impossible aux amis de la liberté de prévoir et de diriger les événemens. La destinée de la France semble l'abandonner à l'intrigue et au hasard. Ce qui peut nous rassurer, c'est la force de l'esprit public à Paris et dans nombre de départemens, c'est la justice de notre cause. Les sections de Paris montrent une énergie et une sagesse dignes de servir de modèle au reste de l'Etat. Vous nous manquez. Puissiez-vous bientôt être rendu à votre patrie et nous attendons avec une égale impatience votre retour et votre guérison (1).

Le 20 juillet 1792.

(E. Hamei, IlLstohc de Rohctipirnc, II, 333.)

GXXXIX

Robespierre à La Fayette (jiiin-jiiillot 1792)

Deux articles parus sous forme de lettres dans le Défenseur de la Constitution (n"" 0 et 7. p. 257 et suiv., p. 297 et suiv.) au sujet de la lettre adressée par La Fayette à l'Assemblée le 16 juin conli'e les Jacobins et les ministres girondins.

CXh

Vadier à Robespierre (l^aniiors. 0 août 1792)

Il prie Robespierre de recommander aux députés patriotes et surtout aux jacobins une dénonciation des patriotes de l'Ariège au corps législatif contre le dire<'foire de Foix. « Celte

(1) Sur le rôlf rto Rob< .««plorro en Jullict-août 1792. cf. A. Matmiez. Ln Révolution Française, T, p. 211 <>t .suiv.

(^••tti* h'ttrf v)rouv(' quo 1m i-i^volution <1ii 10 jiofit n<- fut pius (•mu.'«^o par Iv miinlff.Mtc (U- lii-un.swlck. <-<>nnu A Pnri.s :ui (K-hut d'iu)»")!. ot (\\\v (h'-.s lo niiltou <!<• juillet on .H'.-ittcndalt î^ « la plu.s Ki'iinrlo oojnniotlon ï- ilc^tot-niini^i» par l'attttuilc dirtatoiiale de I..tt Fayette et de l'Etat-MaJor et la politiqur» lie l><)UlH XV'I.

CouUum (17r)5-17!)-l). falHuit partie de l'asat'mbKSe TiéRlalatlve où 11 nvnlt propOH<^ If lU'i'vvX d'accuHatlon contre l.n l'^iyetto. Son amitié avec Robe.splerrc date de rott« époque.

CORRESPONDANCR DE ROBESPIERRE 151

pétition est revêtue de près de 2.000 signatures de marque, majorité terrible dans un département illétré. ...Corrompre, trahir, conspirer, voilà la devise de ces esclaves ; c'est contre les amis de la liberté, de la justice et de la vertu qu'ils aiguisent les dards de la malignité et de la vengeance, versent le poison de la calomnie, la fausseté des accusations au nom do la loi qu'ils outragent... L'identité de nos principes et dé nos affections pendant la périlleuse carrière que nous avons glorieusement parcourue a pu me donner quelques droits à votre amitié, je les réclame tous dans une occasion dont dépend Iv salut d'un peuple que j'aime comme vous ».

(Blblioflièque de Nantes. — ('olle<-tiou Duîrast-Matifeux, n" 147.)

Robespierre à Buissart (sans date)

Je viens d'apprendre que Barbet (1) étoit entre les mains de la justice. Par quelle filière a-t-il donc passé ? Ce n'est sûrement point par celle du pati-iote Buissart. Quelle est la €au.se de la détention de Barbet? je vous en conjure, apprenez-le moi.

Des Brutus français sont en ce moment à Paris (2). S'ils en partent sans avoir sauvé la patrie, tout est perdu. Nous périrons tous dans la capitale, plutôt que de ne point tenter ks plus grands moyens.

Des événemens que l'on ne peut caractériser se préparent. Au l'evoir, peut-être adieu.

(Aix.-lnves clôparteiiieii taies du l'a.s-de- Caliais, fonds Viotor Barbier. .\utmJr.< Revol., II, 252. Oli. Vellay.)

(1) V. R. Barbet, membre de la Société populaire d'Arras, ancien oratorien arrêté en 1792, fut libéré après le 10 août et nommé admini.strateur du district de Bapaume jusqu'en 1794. Lors du 18 Fi-uctidor, Reubell le prit à son service, il devint journaliste officiel et occupa une situation prépondérante au bureau politique du Directoire. (Cf. A. Mathiez. Le bureau politiq'ue du Directoire. Revue histoi'iquc, Janv. 1903, t. 81, p. .155 et suiv.).

(2) Les fédérés Marseillais arrivés à la fin de Juillet et qui jouèrent un rôle considérable au 10 août. Cette lettre sans date, peut se placer peu avant le 10 août 1792. « L'écriture, dit M. Ch. Vellay. est haletante et «accadée. »

GXLII

Petion à Robespierre (20 août 1792)

Vous savez, mon ami, quels sont mes sentiments pour vous, vous savez que je ne parois pas, vous savez que dans tout le temps je vous ai donné des preuves de dévouement et d"amitié. Inutilement on chercheroit à nous diviser, il faudrait que vous finissiez d'aimer la liberté pour que je cessasse de vous aimer. Je ne dis jamais tant de mal de vous qu'à vous-même, quand je vous vQis trop ombrageux, c'est à vous que je le dis, quand je crois à tort ou à raison que vous vous trompez sur les moyens d'exécution, c'est à vous à qui je le dis. Vous me reprochez également d'être trop confiant, et je ne m'en plains pas, ne croyez donc pas trop facilement que plusieurs de ceux qui m'approchent sont vos ennemis. Pour être d'avis opposés sur plusieurs points qui ne touchent pas au fond des choses, on n'est pas ennemi. On rend généralement justice à votre cœur. D'aiLkurs il faut être enfant pour se fâcher de ce qu'on nous juge mal. Combien de gens, mon ami, calomnient le maire de Paris sous tous les rapports. CJombien en connais-je qui ont répandu les soupçons lesplus injurieux sur mon co.mpte, je vous assure que je m'en console. Si je ne suis pas tout-à-faire indifférent à l'opinion d'autrui sur moi, je vis encore plus dans la mienne. Non... nous ne serons point de deux partis opposés, nous aurons toujours la même foi politique. Je n'ai pas besoin de vous dire que je ne puis pas entrer dans une menée contre vous, par goût, par caractère, par principes je n'enti'c dans aucune. Je pense que vous n'aspirez pas plus ù ma place (jue je Ti'aspire à celle du Roi, vous pourriez cependant accepter la mienne, si mon exercice fini, le peuple vous la clérérait. au lieu qu'en bonne? conscience je ne pourrais i)as accepter l'autre. Portez-vous bien, marchons de front, nou> sommes dans un moment assez menaçant pour nous obliger à ne penser qu'à la chose publique.

PKTION.

(Blhllotlirquo <U^ \)iiit«'K. ii" 44. — Cnllectioii THitriist-MjitiftMix. IM.''ci> .''>.').>

GXLIII

Robespierre à l'auteur du « Courrier des 83 départements »

Certaines personnes ont voulu jeter des nuages sur le refus que j'ai fait de la place de président du ti-ibunal destiné à juger les conspirateurs (1). Je dois compte au Public de mes motifs. J'ai combattu, depuis l'origine de la révolution, la plus grande partie de ces criminels de lèse-nation. J'ai dénoncé la plupart d'enir'eux ; j'ai prédit tous leurs attentats, lorsqu'on croyoit encore à leur civisme ; je ne pouvois être 1'; juge de ceux dont j'ai été l'adversaire ; et j'ai dû me souvenir que s'ils étoient les ennemis de la Patrie, ils s'étoient aussi déclarés les miens. Cette maxime, bonne dans toutes les circonstances, est surtout applicable à celle-ci, la justice du peuple doit porter un caractère digne de lui ; il faut qu'elle soit imposante autant que prompte et terrible.

2° L'exercice de ces nouvelles fonctions etoit incompatible avec celles de représentant de la Commune qui m'avoient été confiées ; il falloit opter ; je suis resté au poste où j'étois, convaincu que c'étoit-là où je de vois actuellement servir la Patrie. Je profite de cette occasion pour rectifier un fait inséré dans la Chronique ; on a dit que j'étois membre du conseil de la justice; c'est une erreur (2). Une partie des raisons que j'ai énoncées plus haut, \\o me permettoient pas d'accepter cette place. Robespierre.

(Courrier des S3 départeinentu, n" 24 ihi 24 août 1792. 2' Léfrislature. t. XI.

GXLIV

Joseph Lebon à Robespierre (28 août 1792)

.\u sujet de l'élection de Robespierre jeune à la Convention et des efforts de ses ennemis pour l'empêcher d'être élu.

(1) Tribiiniil criminel du 17 août créé à la demande des secUons et eur la pres.sion de la Commune révolutionnaire du JO Août. Il fut formé de juges et de Jurés élu.s par les sections.

(2) I..a Chronique de Paris du 20 août avait cité RoDespierre parmi les membres du conseil de justice près du ministre de la justice, avec Paré, Collot d'Herbois et Barère. Elle le démentit le 27 août. Peut-être y avait-Il d'autres raisons du refus de Robespierre. Il opposait aîlis! son désintéressement aux accusations de dictature déjà lancées contre lui par la Gironde. Cf. A. Mathiez. La Révolution Française, II, 9-12.

'.i Nous nous remuons comme des diables pour déjouer des millions de manœuvres » (1).

(Musée des Archives Nationales, n" 1302. — Citée par A. J. Paris, Histoire de Joseph le lion, p. 51. — Cîourtois, o. c, XXXII, p. 274. >

GXLV

Ronsin à Robespierre (13 septembre 1792)

Il lui demande son suffrage, car il se présente à la C!onvention (2).

(Papiers ivcdits, I, 215.)

GXLVI Raffron à Robespierre (5 novembre 1792)

C'est moi qui, dans la nuit du 10 août, ai retrouvé l'ordre atroce du commandant général Mandat, que l'on voulait faire disparaître.

L'original en est déposé au secrétariat de la municipalité et la copie collationnée qui en est parvenue aux commissaires des sections réunis.

C'est moi qui la leur ai envoyée.

Voilà la vérité que vous avez pu igniirer, n"élaiit entré au Conseil provisoire que le lendemain onze. Vos collègues vous l'attesteront.

J'étois à mon poste, on ne peut pas dire de moi en cette occasion : Iclum nnbellp sine ictu conjecil. Vous connaissiez l'importance de cette pièce. Vous êtes trop juste pour m'autonser à dire sic vos non vobis.

Je vous prie d'insérer ma réclamation on note à votre excellent discours (3).

Je vous embrasse très fraternellcnuMil. Rakfron.

(Kibliotliôque de Nantes. — Collpotion DuKast-Matlfeu-x, n" 252.)

(1) Aug. Robe«pleiTo fut élu député <U> Parla lo IG soptombre 1792, lo 19' 8ur 24.

(2) RonHin (17.'>2-179t ). Capitaine de la pardc nationale en 1789, adjoint A Hourhotte, ministre de la pucrro, 11 fut nommé eommandant de l'armée révolutionnaire, envoyé en Vendée où il éprouva des revers, puis Jl Lyon. Se lia avec Hébert, attaqué par Fabre d'KRlantlno et C. Dcsmoullns. 11 fut arrêté et exécuté «n germinal an II.

(3) Cf. Dlitcourfi de RoboHplerre du B novembre 1792 lY In Convention, «•n réponse à l'acouHution do Louvet. B. N. Ix;. 2/725.

GXLVII

Âigoin à Robespierre (Montpellier, 7 nov. 1792)

Aigoin accuse les Girondins de préparei- la guerre civile par leur projet de garde départementale de la Ck)nvention, il condamne leurs attaques contre Robespierre et prend la défense des jacobins contre « la faction Bi'issot » (1).

(A. N. I'-7/4577. Annal. UivoL, WIO, p. 38 et suiv.)

GXLVIII Aigoin à Robespierre (Montpellier, 20 nov. 1792)

Il dénonce les agissements de Paganel en faveur de la formation de la garde départementale de la Convention. Pour luttei' contre la presse girondine, « ce n'est point des cahiers qu'il faut au peuple, ce sont des feuilles de tous les jours, pars<^mées de traits piquants, avec le narré des débats de la Convention, (pii en soil un abrégé parfait. »

(Annales rérohitionnaln-H. Ibid.)

Aigoin à Robespierre (i" déc. 1792'

11 se porte g^arant de l'innocence de Lajai^d (2). et fait portei' à Robespierre par Chaptal les documents destinés à l'éclairer.

{ [nnii h .s rcrolti tU/nnairex. I h iti. )

Maximilien Robespierre à Prudhomme

Cil(»yen, vous dites, dans le dernier numéro des Révolutions (If Parh. que c'est sur ma motion que Mirabeau a obtenu les honneurs du Panthéon et vous ajoutez : On peut juf/cr par là resprit du motionnaire : jusqu'à ce qnil ait

(1) Voir plus haut la lettre d'AiRoin du 17 juin

(2) H s'ag-it d'un individu inquiété pour de prétendus délits dont se seiait rendu coupable son homonyme, l'ancien ministre (te la guerre, de juin H août 1792.

répondu à celle inculpaUon. il faut le mettre à coté de Pction et de Manuel, etc.

Puisque vous me sommez de faire une réponse, vous ne refuserez pas, <an.s doute, de la rendre publique dans votre prochain numéro. La voici :

.Le jour de la mort de Mirabeau, le directoire du département de Paris vint à la barre de l'Assemblée constituante présenter une adresse dont l'objet étoit de demander des honneurs publics pour la mémoire de Mirabeau et de proposer un projet de loi générale sur les récompenses que la patrie devoil décerner aux grands hommes.

Cette pétition fut- accueillie avec des transports universels. Pour moi, je trouvois le projet de loi très mauvais, et j'avois toujours méprisé Mirabeau. Prétendre lutter alors contre l'engoûment dont ce dernier étoit l'objet eût été une folie. Jem'efforçai du moins de r*epousser la loi proposée par le directoire et je dis en substance : « Je n'entreprendrai point de lo'opposer au mouvement impétueux qui vous porte à honorer la mémoire de Mirabeau. Vous pleurez les grands talens que la mort vous a ravis, et le moment où nous sommes n'est pas celui oii la raison sévère peut se faire entendre ; mais je demanderai que vous n'adoptiez pas avec le même enthousiasme une loi générale qui tient aux progrès de l'esprit public et qui exige la plus sérieuse attention » (l). Je

(1) Robespierre rend inexactement compte de son intervention du 3 avril 1791. D'après le journal de Le Hodey, il s'exprima en ces termes, sur la proposition du dépaitement de Paris relative à Mirabeau : « La pétition du département de Paris vous présente deux objets également dignes de votre attention, l'un p;irticulier à M. de Mirabeau, l'autre général et tendant à fixer la manière dont la nation doit récompenser les grrands hommes. Quant au premier, il n'appartient A. personne dans cette assemblée, de contester la justice de la pétition qui vous est présentée. Ce n'est pas au moment où les regrets qu'excite la perte d'un liomme illustre sont les plus vifs, ce n'est pas lorsqu'il s'agit d'un homme qui, dans les moments critiques de la Révolution, a opposé la plus grande force au despotisme, qu'il faut se montrer difficiles sur les moyens de l'honorer, et arrêter l'effusion du sentiment qu'excite une perte aussi intéressante', .le ne contesterai donc en aucunt; manière cette première partie de la pétition. Je l'appuierai au contraire de tout mon pouvoir ou plutôt de toute ma een- Blhilité ». Robespierre réclama poiu" le second objet de la pétition une délibération très mftre. et ajouta : « La délibération ne doit porter que sur la première partie de la pétition, il n<> nous appartient point d'opposer des formes à ce premier sentiment de patriotisme rt de sensibilité. ;\ cet enthoufiiiuime de la liberté qui doit nous portei- et qui a déjt\ porté tous les citoyens A. prov«)quei- des récompenses, des hommages pour In mémoire de Mirabeau ». Il demanda en conséquence la division de la motion, que ce nul concernait Mirabeau fut adopté et le reste renvoyé au comité de constitution.

I>ftndré HO rallia A l'avis de Robespierre, ainsi que Barnave qui le fit <îé<Téter (t. XXnr, p. 484-485. Cf. Point du Jour, XXI, p. 30-Sl. Monitrnr,

Vin, 31).

demandai lo rciiNui do ce j>r(jjet au Comité de Constitution ; l'Assemblée le décréta. Barnave se chargea ensuite de rédiger la motion faite par le directoire en laveur de Mirabeau, et apuuyée par l'Assemblée entière; ce fut sa proposition qui fut adopté»'.

Pour moi, je me reprochai ma condescendance pour l'opinion publique quelque nécessaire qu'elle fût pour prévenir le seul mai que je pouvois empêcher et je dis alors à mes amis : « J'ai éprouvé aujourd'hui le remords pour la première fois ; j'ai peut-être laissé croire que je partageois l'estime de l'Assemblée et du public pour Mirabeau. »

Au reste, j'offre à ma patrie, en expiation de cette faute, ma vie publique entière et les persécutions éternelles de tous les ennemis de la liberté.

Pour vous, citoyens, défendez-la toujours avec constance; n'oubliez pas qu'un ouvrage qui lui a rendu autant de services que le vôtre, depuis le commencement de la révolution lui est plus nécessaire que jamais, dans les nouveaux dangers qui l'environnent : maintenez les principes dans toute leur pureté et écrivez de moi tout ce que vous voudrez. Signé

ROBESl'IKRKK ».

« Paris le 15 décombre, l'an premier de la république »

Réponse. Robespierre, reposez-vous-en sur le journal des Révolutions de Paris, et souvenez- vouis qu'il n'a jamais parlé des personnes (pie i)()ur les rappeler aux principes.

{Réi^olution^ de Paris, n" 179 dm S au 15 déc. 1792. — B. X. Lc-2/171, t. XIV,

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