‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 3 sur 51 · XX · texte numérisé non relu

XX

Réponse de M. de Robespierre, membre de l'Assemblée Nationale,

à une lettre de M. Lambert,

contrôleur général des Finances (1).

La lettre (pie vous m'avez l'ait riionneur de m'écrire. Monsieur, a excité en moi diverses sensc\tions, dont je vais vous rendre compte avec IxHîucctup de franchise.

" On me marque (me dit<3S-vous) que vous avez écrit à M. Morean, chanoine de Paris, frère d'un brasseur de la paroisse de Long (2), contre lequel' il a été fait le J3 février dernier, un procès-verbal pour refus d'exercices, une lettre quo le chanoine a eu l'indiscrétion de montrer à tout le monde et <]u'on m'annonce comme pleine de déclamations contre les droits de la régie générale et contre les employés, et produisant dans 1(> [x'itide. un eflet incendiaire ».

(1) Lanibtit (1726-1798), Conseiller au rarlement, rédigea sur le jugement lie I^ally le rapport qui le fit casseï-. Membre du Con.seil des Finances, pui.s de l'a.ssêjnblée des notables en 1787, contrôleur général des Finances jiis(iu'en 1790. Arrt^té en 1793, traduit au tribunal révolutionnaire, condamné /. mort et exécuté.

('D Lonrr dans la .'•■oniiiie, arrondissement d'Abbeville.

Vous partez de ccHe li\ pdllièsc. Muiisicur, pour in'oxiutrtcr à réparer, en écrivant aux haljitaus de Long et des paroisses .cireonvoisines, le désoi'dre qu'à produit la fatale lettre. Vous espérez, dites-vous, que je leur ferai connaître combien je suis éloigné d'approuver que des redevables des droits d'aide se veuillent soustraire, par des refus et des résiîstances aux exercices des employés, vous espérez, que je leur recommanderoi moi-même d'acquitter exactement les droits dus, tl'en soutt'rii' en paix l'exercice, de ne se plaindre des vexations que par des voies convenables et décentes, etc. Enfin, vous m'engagez à vous envoyer la lettre que j'aurai écrite à ce sujet. Telle est, en substance, l'esprit et le contenu de votre lettre.

Je commence par vous observer cpie le fait sur lequel vous fondez vos exhortations est une insigne calomnie : qu'i! est absolument faux que j'aie écrit ce que l'on m'impute, et que tout ce que vous me dites à cet égard ne me présente qu'une énigme bizarre et tout à fait inintelligible. Ensuite, je vous prie de croire (jue les roprésentans du peuple n'écrivent point de lettres incendiaires et pleines de déclamations. .Je ne ^ais si les coupables manœuvres des ennemis de la révolution, (pii se développent tous les jours autour de nous, rentcrment aussi le moyen <^xlrème de fabriquer des lettres, pour les imputer aux membres de l'Assemblée nationale qui ont signalé leur zèle pour la cause populaire ; mais je délie qui que ce soit de produire celle dont vous me par](^/ d'une manière si vague.

Il est vrai que vous avez vous-même prévenu la demande (pie je devois naturellement vous faire de me la communiquer, en m'apprenant </uc l'on ne vous en a point envoiiê copie, (iette déclaration est un des endroits di' votre lettre qui m'ont le plus étonné. En elTet, (pielque idét^ (|ue vous ayez pu vous foi'nier<les jirocédés (pi'un ministre ties linances pouvoit se permotli'e enve^rs les nuMnbres de r.\ss(miblé(^ nationale, il n'ost pas facile rie concevoir commtMit. sans èti'e assuré ni de ''existence, ni du contenu de la prétendue lettre, vous vous êtes poi-lé à m'atti'iliuer des déclamations incendiaires, n me peindre, en quehpie soi'le, à me-s propres yeux, comme un perturbateur de l'ordi-e |)ublic. réfracta ire aux décrets de, rAs.senibJéc nationalr. qui. conimr vous avez soin de me

CultKKSPnNUANGE DK ROBESPIERRE 61

robsei'\er qnehiucs ligiii'?> |)lus Ijas, a l'tM'ommaïulé expressément le paienieiil exact des impôts.

Vous ajoutez ([u'elle ue sei'oit ]>as le premier exemple de lettres de députés à des personnes de leurs provinces, travesties et commentées, soit malignement, soit* inconsidérément dans des sens tout contraire aux sentiments dos auteurs de ces lettres, et vous espérez que j'écrirai aux habitans du pays en question d'acquitter les droits, de ne se plaindre des vexations que par des voies décentes. Comment avez-vous pu espérer. Monsieur, que je serais assez imprudent pour prendre parti dans une affaire qui m'est absolument inconnue, et dont vous ne parlez vous même que d'une manière confuse et insignifiante, pour aller ainsi gourmander et condamner, en quelque sorte, les habitans d'un canton, avec qui je n'ai aucune espèce de relations j)articulières, sans aucune rounoissanoe de cause, ciuiimt^ si c'étoit une chose sans • xiMiiplo, que nou> eussions entendu calomnier le peuple et, >es défenseurs.

Et si riiistoire de cette prétendue lettre étoit une machination tramée par mes ennemis, pour décrier mon dévouement ;■' la cause patriotique ! Irai-je me porter à la déjnarche que \ous sollicitez de moi, alin que les hommes mal intentionnés, I approchant cette démarche de votre lettre, puissent la présenter comme un aveu des torts que vous me supposez ? Irai-je déférer à la demande que vous me faites de vous envoyer la lettre ipn> vous m'invitez à écrire, pour qu'ell3 -erve de texte apparemment à la perversité des calomniateurs... En vérité. Monsieur, quelle que soit la supéi'ioi'ité de la politique ministérielle, sur la candeur et la bonhommie des représentans du jieuple. il n'étoit pas permis de l'espérer.

Ce n'est pas. Monsieur, qm^ je ne sois convaincu que vos intentions personnelles sont innocentes et pures ; mais vous me pardonnerez in faveur des circonstances, une certaine circonspection, et même une sorte de déliance. qui, ilans les temps d'intrigues et de factions, est sans doute la première vrtu des bons citoyens. Quand les amis du despotisme et de lai-islocratie s'appliquent avec une contianc<' in^fatigablc à renouer leurs trames funestes, à mesure que la providence seule les rompt entre leurs mains ; quand, après avoir essayé vainement de s'opposer à la Constitution, ils s'elTorcent de la

miner sourdement, ou de la fixer dans un état do faiblesse et d'imperfections, par toutes les ressources d'une artificieuse politique; quand, forcés à contrefaire -le langage du civisme,, ils cliercfient à couvrir leurs vues coupables des noms sacrés de la paix, et de in Constitution même, affectent d'appeler la lâcheté, modération ; l'indifférence pour la cause puiblique^ f-agessc ; Ifi liberté, licence ; lei patriotisme, efîei'vcscence dangereuse ; la probité, enthousiasme ; le zèle pour la caus;^ touchante et sacrée du peuple, esprit factieux et turbulent, lorsqu'on voit des agents du pouvoir exécutif foi-mer le projet insensé d'élever leur fausse popularité, à laquelle on ne croit plus, au-dessus de l'autorité nationale ; accuser tourà-tour le peuple et les représentans du peuple, et, au lieu des comptes indispensables qu'ils leur doivent, leur prodiguer des inculpations téméraii'cs et des libelles sacrilèges ; enfin, lorsqu'au sein de cette capitale commence à transpii'er l'horrible secret de la plus lâche, comme de la plus extravagante des conspirations que la vénalité et la tyrannie aient jamais tramées contre la patrie et la liberté... Vous avouerez, Monsieur, que, dans de pareilles conjonctures, je suis au moins excusable de rapprocher l'affaire dont il est question, de ces circonstances, et de l'onvisager sous le point do vue que jo viens de vous présenter.

Je finis, Monsieur, on vous rappollanl que jo no me suk pas montré assez zélé partisan de l'aristocratie, pour qu'on me puisse soupçonner, sans absurdité, de vouloir seconder ses vues, en troublant la perception légitime des impôts ; que (juoique pyissenf dire les ennemi;s des défenseurs du peuple c'est nous qui recommandons, non sans succès, l'ordre et la tranquillité, c'est nous qui aimons sincèremont la paix, noii pas à la vérité la paix des esclaves, si scrupuleusement exigée par les despotes, cpii consiste à soufTrir, en silence, la servitude et l'oppression, mais la paix d'une nation magnanime qui fonde sa libei'té en v^^illant avec une défiance nécessaire, sur tous les .mouvemens d(\< onni^mis déclarés ou secrets <|ui la manaoent.

Au rosic. Monsieur. (|iiclqui' reconnaissance vous est duo, |tour avoir fourni la inuliôro iW celte coi'rospondance. J'ai cru du rnoin> qu'elle |»on\(»il «''Ire ulile sous corlaiiis rapporis.

CORRESPONDANGK DE ROBESPIERRE (Wi

Aussi J'espèro de votre patriotisme qu-e vous approuverez la résolution que j'ai prise, de rendre cette lettre publiqiie. J'ai rtionneur d'être,

Monsieur, Voli-e très humble et très obéissant serviteur.

De Robespierre.

(i;. N. I.ii L'7/17(!:M).

XXIJI

Robespierre à M' Lavaud, intendant

«' .l";ii eu riionneur (réerii'c liier à M. Lan>bert) (1) conjointement avec jnes collègues ptnu' le pi'ier de rendre justice à deux de nos concitoiens. Il s'agit d'un droit de tonlieu et d'à péage dépen<lant du domaine (pji se pereevoit en .\rtois. aux portes de Bapaume et dans un autre lieu de la même province, llelle protection avait été atîei-mée à un S, Dumanet <iui avait cédé son bail au S. Deiueulliez. Mais le refus <'bs(jlu de payer ce droit fait par les redevables depuis ! époque du mois de juillet dernier a mis 1«' S. Demeullie^ dans l'imposibilité de le percevoir (4 l'a par conséquent dispensé, suivant les principes d'équité du gouvernement, de payer le prix de son bail à l'agent du domaine. Cependant ce deriiiei" vient de faire exécuter, dans ses meubles non pas ic S. DemeuUiez, concessionnaire, qu'il a épargné, nous n-^ savons pas pouR|uoi, mais un autre citoien (le S. Delaire) qui pour l'obliger s'était porté sa caution envers le domaine. Nous avons écrit à M. \o Contrôleur général pour le prier (l'avoir la bonté de donner des ordres nécessaires, pour délivrer ce particulier de ces contraintes rigoui'cuses et de prendre en même temps en considération les demandes en indi'mnité du S. Demeulliez qui les fonde sur la force majeure ipii l'a dépouillé de l'objet de son bail. M. Lambert e marcpié riiilention décidée d'accueillir ces justes réclamations cl il a envoie vers vous cette affaire. Mes collègues et moi. Monsieur, prenons la liberté de tous la recommander

(1) Ces mots .«ont ajouté.': on marg:<' de la lettre.

ctvec la confiance que nous donnent votre justice et vott-e humanité et avec le zèle que nous inspire l'intérêt de nos concitoïens, nous vous prions surtout de vouloir bien vous rappeler combien est pressant celui du S. Delaire qui est près de voir vendre ses meubles, par la redoutable activité de l'agent du domaine que Ton nommo le S. Liger. résident à Bapaume.

J'ai l'honneur d'être avec considération. Monsieur, votre très humble et très oibéissant serviteur.

Paris, le 12 février 1790.

De ROBESPJEHRE (1;

Député à l'Assemblée Nationale.

(Archives du l'as de Culai.s. C 572. Conimuniqu-ée par. JI. G. Bartliéleiuy. Annales Rérolutionnnirr^. 1914. VIT. 108).

Robespierre au Comité patriotique de Lille

Messieuns, si je connaissais un grand nombre de citoyens tels que vous, j,e compterais sur la régénération de mon pays. Votre patriotisme rendra du moins du signalés services à la contrée que vous habitez ; la llamme sacrée- qui vous anime ne peut manquer de se répandrv de proche e.u proche, et vous serez les bienfaiteurs de vos concitoyens comme vous en êtes leis modèles, l^a douleur palrioli(|ue que vous inspirent les décrets qui attachent à la tortunc et aux <-apriccs d'un pouvoir' arbitraire les droits inviolables de l'homme (2), suffirait s('ul(> pour vous l'endrc eliers à tous

(1) Cotte lettre avait pour but de reconiiTiander Delaire, caution de DeBmeulliez, concessionnaire du droit de péage et de tonlieu A Bapauniu.

En haut de la lettre, on lit cette note : « A. M. Maillard, qui voudra lAon recommander promptement de suspendre toutes poursuites jusqu'à nouvel ordre et remettre le plus tôt possible nos observations, 13 février 1790, n. t. ».

(2) Décret du 22 décembre 1789, fixant A trois et il dix Journées de travail la valeur de la contribution directe nécessaire pour être citoyen actif 1 1 électeur, et à un mar»- d'argent celle de l;i contribution dliecte nécessali-e

pour Ptre éllKlble A l'Assemblée natlonalf.

Cf. le discours prononcé par Robespierre au sujet du marc d'argent le 23 Janvier l'/lMl. l'oint du Jour, VI. 181-1X6.

les amis de La liberté. Elle adoucit jusqu'à un certain point la mienne, en môme temps que vos encouragements fortifient .mon zèle pour la défense de cette grande cause du peuple !

Vous me demandez, Messieurs, la définition du mi»t contriibution directe; il me semble qu'à TAssemblée Nationale on entend par là les impositions qui portent directement sur les personnes, comme la capitation, ou sur les propriétés foncières, telles que les vingtièmes et centièmes. Mais, quoi ! il s'agit ^es droits de la justice, de la raison, de l'humanité... et il faut que nous soyons réduits à nous occuper de tout cela !

Je prends la liberté, Messieurs, de vous envoyer un<* brochure intitulée : Adresse au peuple beltjiqw, que j'ai rédigée et qui a été adoptée: par plusieurs députés de cette partie d". la France ; elle m'a paru propre à seconder votre patriotisme dans votre pays. Si vous en avez la même idée, il, vous engagera peut-être à la fairei réimprimer. Ou bien, si vous voulez vous éviter cette peine, je vous enverrai une partie de l'édition que j'en ai fait faire à mes frais. J'y joins unel motion sur la restitution des biens communaux (1; et un autre ouvrage qut' les calomnies tle mes ennemis m'ont paru rendre nécessaire, dont je pourrais vous cnvoyf." des exemplaii*e.s si vous jugiez qu'il peut êtiv utile à la chose publique.

J'ai l'honneur d'être avec tous les sentiments dûs à votrn patriotisme, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.

Paris, le 12 février 1790.

Messieurs du Comité patriotique de Lille.

(Archives coinnmnal^^s de Lille, «irton 211 (lu legs Getitil, dossier 70<)5 — reproduite par M. Ed. Leleu. Annahx Prrol»tionnaires. 1919. XI. G-'yô).

(1) Cette motion entraîna le vote d'un décret à ce sujet le 4 mais 1790. \'oir plus loin la lettre de Robespierre du 4 mars.

Robespierre à M. Goulliart, procureur du roi à Soissons

Monsieur, Votre patriotisme est au-dessus de tout élog'C. Les entreprises de l'aT'istoeratie soissonnaise contre les droits des citoiens sont un scandale pour tous les amis de la patrie et de la liberté. Une cause aussi juste que la vôtre doit infailliblement triompher, si ell-e est défendue avec toute la fermeté qu'elle mérite. C'est un crime d'en manquer, quand il s'agit de! la cause du peuple. Vous pouvez compter sur mon zèle, autant que sur la haute estime et le sincère attachement ûV'CC lequel j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très humbleet très obéissant serviteur.

De Robespierre (i).

Paris, le 14 fév. 171)0.

(Heitrodiiitt^ \y.\r M. Cli. V^llay, dans la Jirnic hMoviquc de ht Jirrolution franraixe. 191."). VTII. 804-30ri, ('oiiuiuiiiinu^e par M. Not'l ( 'liiiravay).

Robespierre à Buissart

Paris, le A mars 1790,

C'est av-ec'bien de la ])eine. mon ciier ami, que j(> me suis vu privé depuis lontems du plaisir de m'entretenir avec vous. Mais, en vérité, vous ne pourriez vous former une idée de la multitude et de la difficulté des affaires, qui justifient mon silence ; .si vous pouviez oublier que les iléputés pidriotes de TAssemblée nationale, en osant tenter- de nettoyer les écuries (rAuffins, ont formé une entreprise peut-être au-dessus des fondes humaines. En ce moment même je ne puis me pi'ocurer

(1 ) Il H"aKit U-l lies (IlsBcntimcnti) iiUoivinu.s tiitio la iminiiipallté fie SoIhkoiih ot It'B (HiitrtctH au suji't (l«> la fixation du prix <le la Journée de iravall.

fjoulllart. compatriote do UoboRpIcno, Mi\it oiiRlnalrc do Salnt-Pol-on- ArtoLs. Son tif-\v, b<^n<^<li(tln .K- l'abbayo d.> Clu'z.v. pr«\s t'Iifl toau-Tlihrry, devint JuRo <lo paix du .'t' canton do Kolin.s, ot niouiut dans <otto vlllo on 1825 HprèH avoir lulHMé k la l)lbll<)tlu'^nuo, dos souvonirs ot dos dociinionts. >>'on portrait ont au Mun<'-c do la N'Ilio.

CORRESPONDANCE DE ROBESPIERRE f>7

Ja salisluction de m'étendre sur les choses intéressantes que je pourrois vous dire. Je prens la plume plutôt pour vous donner une marque de mon inviolable amitié dont il ne vous est pas permi de douter, que pour jouir, avec vous d'un entretien suivi. Je me bornerai à vous rendre compte d'un décn^t qui intéresse notre province et relatif à la motion que j'ai fait imprimer pour la restitution de nos biens communaux ; il a été porté ce matin ; et quoiqu'il ne remplisse pas toute l'étendue des vœux que je présenlois au nom du peuple, il surpasse du moins les espérances de beaucoup de monde.

Le voici tel qu'il a été rédigé d'aprez une motion doi M. Merlin qui étoit une partie de celle que j'ai fait imprim'M' et d'après quelques amendemens.

« Tous édits, déclarations, arrêts du Conseil et iellres patentes rendus depuis trente ans tant à l'égard de la Flandre et de l'Artois que des autres provinces du royaume, qui ont autorisé le triage liors des cas permis par l'ordonnan*''; de 1009 demeureront à cet égard comme non avenus et tous les jugemens rendus et actes faits en conséfiuence sont révoqués ;

« Et pour entrer en possession des portions de leui's I)iens coninumaux, dont elles ont été j)rivées par l'effet desdits arrêts ol lettres patentes, les communautés seront tenues de ^e pourv(»ir tlans 5 ans, pardevant les tribunaux, sans pouvoir prétendre aucune restitution des fruits perçus, sauf à les faire entrer' en compensation, dans le cas où il auroit lieu à c\e< indemnités pour cause d'impenses. »

.le viens d'apprendre, non sans rire, que j'ai été le sujet d'une expédition prescjue militaire faite au collège d'Arras : mais je suis fâctié de ne l'avoie appris que par une voie indi recte et d'en ignorer les détails. Poui* vous, mon cher ami, je vous exhorte à propagei* votre patriotisme autant qu'il sera en vous. Jusques ici nous n'avons qu'à gémir de la froideur et de l'isolement des i)atriotcs artésiens en général. J-"» vous prici, mon ohei- ami, tle me rappelei- au souvenir <le Madame Buissart et de lui i)résenter le témoignage de mon tendre et respectueux attacliemenl. Donnez-'Uioi au plutôt (h'i nouvelles de sa santé, de la vôtre ; embrassez, pour moi, mes amis, et tous les patriotes qui voudront bien s'y prêter. Dites-moi ce qui se passe à Arras. Les calomnies dont je suis

robjet ne m'affligent pas... je n'en aime pas moins le i)euple... Quelques soient les dispositions de nos conciloiens, il ne faiic pas désespérer de la république... Ne nous endormons pas, j'entrevois des évènemens qui pourroient mettre la constance des défenseurs de la patrie à de plus rudes épreuves... Adieu, mon cher ami, je suis avec les sentimens que ce mot exprime. Votre ami.

De Robespierre.

P. S. — Répondez-moi et mettez votre lettre sous une ■♦:nveloppe à l'adresse du président de l'Assemblée nationale.

(.T. A. Paris, u. c. Ai)i>eiuUce p. CIX — CX 11" \' — Mrmoires Oc l'Acadcmie de Mvt.t. 1». 2.S1V241).

Robespierre à Buissart

Paris, le 1" avril 17<.K)

Mon cher ami, vous ne m'écrivez pas et cepentiaiil, malgré ia multitude des occupations qui m'accablent, je trouve quelquefois (1), quoique i*arement, le moïen de vous donner de mes nouvelles.- Je voudrois être informé de la santé de M'"" Buis .•>art (2) et de la vôtre. Pour moi je n'ai que le tems de vou.s renouveler le témoignage de mon inviolable attachement. Je n'ai pa.s celui de voujs entretenir d'évènemens importans et critiques qui se passent tous les jouTs sous mes yeux. Au milieu des efforts que tous les ennemis du peuple et de la liberté ne cessent de faire contre elle, il me restera toujours la consolation d'avoir défendu l'une et l'autre avec tout h: ',Me dont j'étois capable. Je trouve un dédominagement suffisant de la haine arisloci'alique (pii s'est allaeliée à moi dans les témoignagnes de bienveillance dont .m'honorent l-ous (3) les bons citoyens ; je viens d'en recevoir un récent d^ la pari de la Société dfs amis dr la Cotislilutinii, composée de tous Ifs (|r'(»iilr> [i;i Iridiés de l'A ssfti il )!('■•' lia! ii m a le cl (1rs plus illus-

<1; .1. A. l',iii.-( iMiit ; .|ii'i<i>ii •'* l"i'< «"• ' Apix-iiil. t' \i).

Ci) Mot Huppi'lrii)'? p:ii- M. Paris.

(3) Mot Hiipprlnié par M. A. rari.x.

itx's ciloïons de la capifale ; ils vionncnt de me nommer président de cette société, à laqiu'lle s'affilient les paitrioies (1) des provinces jxiur former une sainte ligue contre les ennemis de la liberté et de la patrie. Maiis ces fonctions qui sont pénibles augmentent encore la somme (2) de mes occupatiuns (|ui ne me paroisscnt jamais plus pesantes que lorsqu'elles me foi'oent à cesser de m'entretenir avec vous. Consolez-moi en me donnant de vos nouvelles et en présentant à M"'" Buissar't ^^i riinni maire de mon tcMidi-e o\ res^peetueux attachement.

Mettez vos lettres dans une enveloppe adressée à MM. les députés d'Artois à l'Assemblé*» nationale. Adieu (4).

Je suis tout à vous. Votre ami.

De Robespierre.

(Copie pris»' par M. \'. Barliior sur h: luamisrrit «>ri;riiial. Kepntdiiite par V. Rart. h'cruc lU'x Curidxiti's J'rrohitiontiairen. I. 207-*3XS).

Robespierre à la Société des Amis de la Constitution de Châlons-sur-Marne

Messiki:rs,

La société dv<. amis de la constitution a accueilli 1«' vœu (|uc vous lui avés exprimé de vous unir à ses travaux, avec lui empressement digne de votre patriotisme et de son zèle pour le bien public. C'est aux citoiens qui vous ressemblent qu'il appartient de maintenir et de répandre les principes de la raison, de la justice et de l'égalité, sur lesquels doit reposer la constitution que le peuple françois a conquise. Tant qu'il y aura des vices et des préjugés, la liberté aura des ennemis ; mais, (pie pourront leurs coupables efforts contre cetfe sainte

(1) Mot remplacé par celui de « .sociétés » tlans .T. A. Paris.

(2) Dans Paris : foule.

(3) et (4) mots supprimés par J. A. Pari.s.

confédération de tous les amis de riiumanité et de la vertu, prêts à mourir pour elle. "

Je suis, avec une cordialité fraternelle, messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Robespierre.

• président (1).

(Archives coniiuuiiales de CliAlon.s-sur- ]\ranie).

Charlotte Robespierre à Maximilien Robespierre

Arras, 9 avril 1790,

Nous recevons une lettre de toi, cher fi*ère, qui date du 1" avril, et nous sommes le 9. Je ne sais si ce retard vient de ia faute de celui à qui tu l'as adressécUne autre fois je te prie de nous l'adresser directement. Je viens d'apprendre dans le moment que l'on est content de la contribution patriotique. M. Nonot, constamment bon palriolo. vient de m'apprendre cette nouvelk' avec celle-ci qu'il lient de M. de Vralie et qui formalisé beaucoup ceux (|ui aiment la liberté. Je ne sais si vous savez que l'on a fait une quête, il y a envimn quatre mois, pour le soulagement des pauvres de la ville. Chaque citoyen y a contribué selon ses facultés. Aujourd'hui les offieiers municipaux son! il'avis de faire continuer la contribution pour trois autres mois. Il y a beaucoup de personnes qui ne veulent plus payer. Elles donnent pour raison qu'il ne faut pas nourrir les pauvres à rien faire, que l'on doit les faire travailler à démolir le rempart de la cité. M. lô maire de la ville, qui, apparemment, a su qu'on refuserait de payer, s'ost imaginé de dire que si on refusait de payer il se îerait autoriser de l'Assemblée nationale et taxerait lui-même ce que l'on doit payer. 8i M. Nonot ne se trompe pas, car le

(1) M. ("h. Vfllay qui ;i icpiodult ffttc K-ttre dims la Riv)ic historique tli- la RovoliiH(yn frnnçninr (1912. t. llf. p. 297-298), observe (lue le.s doeiimentH rr>n.Herv(^H (Ihiih le rlounler de la .Soelété de ChAlons tHabll.sseJit «iiie riirniiation (U- «ette Socléti'; date d'avril 1790; - d'autre part, le.s pl<Ve« (lu doMNlfr ('•tant c-lannét;^ ehronologlquenient et les pièces qui tiulvont la Il tire de Kobeuplerre portant le» dates des 1.1 avril. 29 avril, 1"' mal, etc. M. Vellay en eonelnt que la lettre de Itobesplerro e.st ant<^rleure au 13 îivrll.

propos est si ridicule que je ne puis me persuader qu'il soil vrai, si donc M. Nonot a"*bien entendu, M. de Fosseux aura d'j Toccupation, car il y en a qui refuseront exprès pour voir ce qui en résultera. Je ne sais si mon frère n'a pas oublié de vous parler de Madame Marchand. Nous sommes brouillés ! Je me suis permise de lui dire ce que les bons patriotes devaient penser de sa feuille, ce que vous en pensiez. Jo lui ai reproché son affectation à toujours mettre des notes mfamantes pour le peuple, etc. Elle s'est fâchée, elle soutint qu'il n'y avait pas d'aristocrates à Arras, qu'elle connaissait tous (les) patriotes, qu'il n'y avait que les tètes exaltées qui trouvaient sa gazette aristocrate. Elle me dit un tas do bêtises ot depuis elle ne nous envoie plus sa feuille. Occupe-toi, cher frère, de m'envoyer ce que tu m'as promis. Nous sommes encore dans un grand embarras. Adieu, cher frère, je t'embrasse avec la plus grande tendresse. Si tu pouvais trouver une place à Paris qui me convienne, si tu on savais une pour mon frère, car il ne sera jamais rien dans ce pnys. Je ne vous envoie pas cette lettre par la poste afin de procurer à celui qui vous la remettra l'occasion de faire votre connais- -sance, ce qu'il désire depuis longtemps.

(Keproduito par M. Ki. ('h;inivii,v daiis \.\ R&roUition française. ]SS."i, t. VIII.

Robespierre à Buissart

Mon cher Ami,

M. de la Tour du Pin a écrit à la députât iun d'Artois pour lui demander son vœu sur le choix du commissaire qui doit remplacer M. Le Roi d'Urtelbise qui a refusé. Nous vous avons désigné. J'espère que notre vœu sera la règle du ministre. Je vous invite, si cet emploi vous est confié, à redoubler de zèle et de vigilance pour déjouer les menées aristocratiques. Je vous envoie une lettre pour mon frère. Je n'ai point voulu la lui adresser directement de peur que mon nom n'excitât des mains aristocrates à violer le secret de.-;» lettres.

Je vous adresse en même tems quelques exemplaires d'une letlre que j'ai fait imprimer, vous les partagerez avec mon frèiv. Donnez de l'activité à la société patriotique d'Ar-ras ; qu'elle serve la liberté surtout par des écrits utiles qui démasquent l'aristocratie. Je n'ai pas le tems de vous en dire davanttage. Mais je vous prie de présenter à Madame... le témoignage de mon tendre et respectueux attachement.

Paris, le 1" mai 1790

De Robespierre.

(.T. A. Paris, o. c. Appendice, p. CXI-CXIÏ n" VI).

Augustin Robespierre à son frère

20 avril 90,

Je t'ai écrit aujourd'hui par la poste, mais des nouvelles inquiétantes sollicitent une seconde lettre. On vient de nous assurer qu'on décacheté beaucoup de lettres. Plusieurs per- .'îonnes se plaignent de cette violation du secret. Ton long silence nous fait croire cetl<^ nouvelle. Tire-nous des plus fortes alarmes. L'Assemblée nationale pourrait décréter rapi- (^ement. Cette accélération facile n'est-elle pas une présomption de machinations sourdes ? Un vicairo a fait ici un sermon très incendiaire. Nous l'avons dénoncé à notre club. De tes nouvelles aussihM. Tu juges bien des alarmes que nous éprouvons, adieu.

(le R.

A .Monsieur de Robespierre, député à r.Asseinblée Nalionale, m*' Sainlonge, n" 30, à Paris.

(ICi'pnMJtiitf i)iir M. Kiioiiiie Cliarnvnj'.. h'r roi II lion fram.-aixv 1SH5. VIII. 057).

Augustin Robespierre à son frère (sans date)

Nous avons formé un club patriotique, cher frère, nou> avons pris le nom sacré de Société des amis de la Constitution. Les différentes associations patriotiques ayant le même objet nous avons cru pouvoir nous décorer du titre qui honor-.' votre société, nous ne devons former qu'une même sociét-é, nous devons vous écrii'e poui' avoir des lettres d'affiliation. Je voudrais bien que cela se fît sous ta présidenc<\ Je proposelrai aussi une affiliation réciproque avec le club de Béthune. Nous sommes déjà constitués ; président, secrétaire, trésorier tout est nommé, le mode d'admission est fixé, il ne reste plus que celui d'exclusion à déterminer. Les patriotes n'étant plu.s isolés il est ceirtain que nous serons les plus forts. Nous sommes au milieu des flammes, le village de Fampoux et de Boiry Ste-Rictrude en a été la proie, Fampoux vient d'êtra incen<iié un© seconde fois et à l'instant oii je t'écris le bourg" d'Avegne le Cerate est prêt à être entièrement réduit en cendre. Nous ne pouvons point découvi'ir les auteurs de ces incendicis, mais on est convaincu que ce sont les ennemis du bien public qui veulent faire des armées d'indigents.

Nous sommes inondés de libelles tt'ls que la réponse des /mnçais, l'inutilité et le despotisme de l'Assemblée nationnh-. Nous sommes malheureux d'avoir des municipalités si indifférentes au bien. Tou!- ce.s lilxMles sortent des abbayes, on s()up(;onni' (|u'il y a une |)resse à l'abbaye de St-Vaast. Notre club est encore dans sini enfance, il ne peut (pas) encOi* '•e(|uérir avec succès.

Voici un fait certain. Un entrepreneur des chemins du village d'Aire (ou Ain) reçut la Réponse des Français. Il vit tout (le suite que c'^était un libelle, il l'apporta à M. de Fosvseux. Ce maire dit : « Vous aveiz bien fait de me l'apporter. c(>la est assez mauvais.» Le paysan se retire; de retour chez lui il reçoit une lettre par la(|uelle on lui mande qu'on lui avait donné ce libelle pour le lire aux paysans, le leur expliquer el non pour le porter à M. de Fosseiux.

II faut absdimueiif rniiillei' nos abbayes. C'est parmi ces

moines que se trouvent ces monstres qui veulent ensanglanter la France.

N'oublkz pas mon pauvre Fouquet soldat du Vivarais, il n'a plus huit jours à rester si tu n'obtiens un sursis à son dépai*t.

Nous sommes dans un dénuement absolu, souviens-toi do notre malheureux ménage

De lîOBESPIERRE.

(CollectUMi A. Bixio. B. N. JMss. Nouv. acq. fr. n" 22740. f" 300-301 — Reproduite avec des erreurs par M. G. Vauthier dans les AiuioUs livvoJ. 1920 p. 244).

Augustin Robespierre à son frère (sans date

J'ai lait tout ce que j'ai pu, cher frère, pour me procurer la lettre monstrueuse de Tinfame Beaumetz(l), mes efforts ont été inutiles. L'original de cet œuvre infernal coure toutes les sociétés. C'est l'avocat général qui la colporte. Je ne doute pas un instant que tout ne soit horriblement exagéré, faux ei calomnieux, mais tu ne peux cependant i)as t'empêchtM' d'y répondre. L'usage qu'on en fait est trop affreux pour que tu puisses garder le silence. Tu es accuse d'avoir trahi la province en osant avancer qu'on ne paye point d'impôt territorial, tu es un traître, un menteur ou un ignorant.

Le monstre Beaumetz recommande la publioité de cette lettre. On connaît, dit-il, ta noirceur, ta malignité, il faut instruire les commettants, conlinue-t-il, afin que tu ne puisses les prévenir par une tournure, ce sont à peu près les expressions de la lettre. Le vil président se peint comme l'intrépide défen-

(1) Beaumetz n'avait pas pardonne!' )\ Robespierre d'avoir dénoncé les vt.xutlonH dont !<• peuple artésien était victime (ie la i)art des Ktats d'Artois. Falsifiant le sens îles Interventions de lîobespleire au sujet des impositions iiuxquellfs l'Artois était soumis, Ueaumetz, dans une lettre iidrenitée à «on père et qui fut colportée dans les milieux les plus divers, nffirmn «jue par deux fols Robespierre s'était plaint il l'Assemblée que l'Artoln ne supportât pri-squf pas d'Impositions <llreeles.

seur des dt'oits de ses commettants, il rend compte de la sommation qu'il t'a faite de le rétracter en présence de 300 (réputés. Tu jugeras sans doute d'après cette tournui'e quels sont les effets que l'on cherche a produire. H faut une réponse prompte et publique qui assurera ton triomphe et la chute de tes ennemis. Avec quelle avidité on cherche a profiter d'une, faute légère si tu l'avais faite, que serait-ce si tu avais commis une erreur grave ? Je tremble, mon ami, lorsque je létléchis aux dangers qui fenvironnent. Je t'en conjure, aonnc-nous de tes nouvelles, rends compte au public de ta motion et de la scène scandaleuse que tu as essuyé de la part d'un ennemi du peuple ; il. faut que tes vertus, ton patriotisme triomphe. Mais il faut convaincre leis ignorants pour que le succès soit certain.

Adieu, je t'embrasse les larmes aux yeux

De R(»HKM'n;iii«K.

P. S. — On voulait Imprimer cette lettre, on eu l'imprudence de me dire. Je le (lé>;ir.u> ni.iis Ic< >ct''ir'i;if> l.i c.u'tii'nf. encore dans l'ombre.

{('ulk'ciioii Lubikloyt'ie. li. >.'. AIss. Nouv. acq. fr. 312, u" 3109, f"' 161-162).

Augustin Robespierre à son frère (milieu de juin 1790)

J'enrage de bon cœur, cher frère, que tu aies dilféré ta réponse d'un seul jour, sur ce que t'a mandé M^^ Deshortie.s. Ce que je t'ai écrit est bien plus sûr et pour te le prouver je" t'envois l'imprimé même. Il est très rare dans cette ville. Mais il est très répandu dans toute la campagne. Nos simples vilageois sont 'affreusement crédules ; en vain ils connoissent co que tu as fait pour eux. Ils oublient tout pour se repaifre du malheur d'être écrasés d'impôts par ta faute. Il n'y eut jamais d'écrit plus funeste que cette adresse. La lettre ne l'auroit point été, elle portoit l'empreinte d'une ame basse, les

expressions etoient aussi viles que celui qui les a tracé. Tout ce que je t'^ ai dit n*a rien d'exagéré, il m'a été impossible malheureusement d'en avoir une copie. L'adresse que je t'envois part de la même source, je soupçonne qu'elle a été rédigée par L'avl gai. M. de Briois n'étoit pas affecté de manière à la faire avec ce ton de modération.

Tu as sans doute fait usage de la conversation que j'ai eue avec notre homme du Roi, que je serois fâché de voir nommer par le Roi.

M. Deshorties m'a prié de te rappeller qu'à l'époque dû j'eloction des députés, M. de Briois avoit détourné les paysans ae te nommer en leur disant que tu n'avois point de meurir, que tu avois fait un ouvrage contre la religion.

Je te recommande de faire imprimer un très grand n'ombre d'exemplaires, et de me les faire parvenir le plutôt possible. C'est lundi le premier jour des assemblées primaires (1). 11 seroit utile que je puisse en distribuer pour le temps de ces assemblées.

Notre Club commence a prendi^ figure, il faut espérer qu'il ne sera pas inutile au bien public.

J'aurois commencé ma lettre bien volontiers par te parler des dames cy devant de qualités qui m'aiment déjà, tu peux les assurer qu-e le désir de les voir est plus grand qu'un désir de none, et que je les estime bien plus que lorsqu'elles etoient de qualités ; je feroi mes efforts jiour trouver l'occasion de voir ces nouvelles anoblies.

Adieu.

De Robespierre.

j). s. — Reponds à ma consultation sur la répétition d<^

;iot.

Je rim sous cap lorsque je redechis à la démarche de nos municipaux ; ils sont pris à l'hameçon, tout ira merveilleusement. C'est M. Tjieli(>r qui avoit osé dire dans l'assemblée des commissaires dont j'eloiis membre (|ue l'assemblée nationale avoit des prédilections pour St-Omer. Je l'ai relevé sur ce fait. Je l'embras.se de tout mon cœur.

(l{ihliolli(\iue (!.' .\:iii(«'s - twn. 144).

(1> 1..I liitii- ti" XXXIII noii.s a|)i)rond <|in' l«'s nssembléos primaires fiiifnt convoqii^'M'H pour li> 17 Juin. <'i>tte Icttio, «an.s date, o«t donc de très prèn (int^'-iioun; A In diiti- «hi 17 Juin.

cou UK!sl'( (NUANCE DE ROBESPIERRE 77

Robespierre à Beaumetz (1, (mai 1790) [résumé)

A Beaumetz qui venait d'aftirriKT dans un libelle que Robespierre s'était plaint à l'Assemblée que l'Artois ne supportât presque pas d'impositions directes-, celui-ci, dans une lettre publique, rappela qu'il avait parlé deux fois des impositions de l'Artoîs. La première fois pour demander la réformation des décrets qui attachaient à la fortune et aux impôts les droits do citoyen, notamment le décret du marc d'argent, que cette injustice serait surtout frappante dans les pays 011, comme en Artois, une très grande partie dos contributions publiques consistait en impositions indirectes, non comptées pour remplir la condition exigée. D'après cette disposition, le nombre des citoyens actifs y serait beaucoup moindre que dans les autres parties de la France. Tout le pouvoir de décider la destinée du peuple serait ainsi al>andonné aux riches ])r<)priétaires fonciers, évèques, abbés, seigneurs, il avait réclamé pour tous les Français la plénitude des droits de citoyen, et avait fait voter une dispositicHi en faveur dv>^ pi'ovinces où les impôts indirects étaient principalement en usage. Plus tard, le» 18 avril, il était intervenu a nouveau, en appuyant la réclamation des habitants de Saint- Jean de Luz qui se plaignaient d'avoir été exclus des Assemblées primaires sous le prétexte qu'ils ne payaient pas la quantité d'impôts directs exigée par la loi. Il avait de nouveau parlé de l'Artois dont le cas était analogue.

Robespierre rappela qu'il avait fait la motion ipu' les mombres des états provinciaux fussent obligés de rendre compte de leur gestion aux assemblées des départements, pour les dix années précédentes. Beaumetz s'y était alor^. opposé, il avait plaidé la cause de»; Etats d'Artois et lait leur apologie. Attaquant directement celui-ci Robespierre

(1) Sur Beaumetz, voir plu.s haut la lettie de Robespierre à Buissart du iS Juillet 1789.

/b CORRESPONDANCE DE ROBESPIERRE

ajoutait : « Jç vous accorderai, si vous le voulez, qu'il est des hommes qui. après avoir défendu avec zèle tous les abus d? l'ancien régime, dont ils se trouvaient bien, ont eu l'adresse de ne point s'obstiner à prétendre les rappeler, dès qu'ils ont semblé s'évanouir sans retour... qui, naguère aristocrates avec prudence, aujourd'hui citoyens avec réserve, ménageant tous les partis qu'ils paraissent quelquefois servir et qu'ils trahissent tous, accaparent les esprits faibles et imprévoyants, usurpent, pour un moment, une espèce de réputation de patriotisme, et même obtiennent des honneurs que T intrigue décerne, quand le vulgaire pense que c'est la confiance qui la donne... mais les citoyens qui ont des lumières et de l'énergie les pénétrent, et l'opinion les remet à leur place. » Quant à lui, « son obstination à heurter tous les intérêts qui ne sont pas l'intérêt public, son refus persévérant de composer avec les préjugés, ce sentiment invincible par lequel on est forcé de réclamer sans cesse les droits sacrés de l'infortune et de l'humanité, ce n'est point là le chemin qui conduit aux honneurs et à la fortune... » Il n'a « transigé ni avec l'orgueil, ni avec la force, ni avec la séduction », il lui suffit « d'avoir servi ses concitoyens, sans rien désirer, sans rien espérer de ]>ersonne. »

Augustin Robespierre à son frère vArras, 0 Juin 1790^

Je suis fâché, ciier frère, que tu sois si faible loi'squ'il s'agit de tes intérêts. Poui^iuoi hahnicer à publier la réponse à Bcaumez ? Poui'quoi coiisuilvi" encore, lorsqu'un (iharles Lametli a signé et ajiprouvé cette l'épunse ? C'est une injur'C que lu fais à Ion plus grand ami. Je l'avertis donc que jo publierai demain cette réponse. Ainsi tu auras le temps d'envoyer un exemplaire à Heaumez, avant qu'il apprenne qu'elle paroîl à .\rras. Tous ceux (|ui l'ont vue la Irouventjrès intéicfjSHnle. he portrait que lu as Iraeé <le Beaumez est d'un gran<l maître.

Je commencerai par en envoyer un exemplaire à Tavocot général, avec prière de mettre autant de zèle à le publier qu'il en a mis à te diffamer. Il ne manquera pas d'en instruire Beaumcz sur-le-champ. Tu le préviendras.

Tu as répondu à Paturaux ; je m'informerai des autres.

Adieu.

De ROBESPIEllRE.

(<'ulli-cti(«i B. Filloii. n. X. Mss. tWM. S^rifs HT et IV. i». 1()0-101 ).

Augustin Robespierre à son frère (Airas. IJ juin 17*.wt

On répand dans les campagnes une 1-ettre tendant à ravir l'estime publique à Maximilien Robespierre. Les Assemblées primaires pour la nomination aux fonctions départementales sont convoquées pour le 17 juin : « L'aristocratie monacale consei've encor tout son empire et sa fierté dans le cloître. Jo voudrois bien que l'époque où ces eéoobites toucheront, leur pension, fût fixée ; quand ils seront une fois séparés, ils n'effrayeront plus le peuple par leurs prophéties lugubres ; ils poussent la stupidité jusqu'à prédire des signes improbateurs dans le ciel. » Il a pris sous sa protection une religieuse, et s'inquiète de lui faire restituer sa dot. Les fédérés di: Pas-de-Calais se réuniront à Lille avec ceux du Nord pou." se rendre à la fête du 14 Juillet. Le curé de Billy est en désaccord avec la municipalité de ce village.

(Catalitirue irauto.irraplies Cliaravay).

Augustin Robespierre à son frère i<ans ilatt»

Ta lettre, cher frère, paraît produire un très bon effet. La calomnie est réduite au silence : ce n'est encore là qu'un léger succès remporté sur tes ennemis. Je te ferai connaître

^<Ô CORRl-.ÇPONDANGE DE ROBESPIERRE

plus tard que ceux sur lesquels tu comptais le plus ne sont que des lâches. S... (mot illisible) est toujours un patriot<.' zélé ; il vient d'offrir à la patrie l'honneur de ses boucles ; il a bravé le ridicule qu'on cherche à répandre sur ceux qui témoignent leur amour pour le bien publie par ces légers sacrifices.

Tu as sans doute déjà vu nus deux échevins députés par une assemblée d'échevins en exercise et d'anciens échevins ; tous les. membres du Comité n'y ont point concouru ; plusieurs de ces derniers n'ont point été convoqués. De quel front osent-ils se présenter pour demander ce que vous devez toujours avoir présent à l'esprit, l'intérêt de votrô patrie, lorsqu'il ne blessera point l'intérêt général ? Mais comment écouterez-vous la demande qu'ils font pour le? moines de se charger de l'éducation ? Le grand prieur de Saint-Vaast a été à l'aissemblée échevinale solliciter luimême cette grâce, promettant de convertir en bourses les biens du collège. Sans doute que vous ne ferez point une exception en faveur des moines flamands lorsque vous travaillerez à l'important objet de l'éducation nationale.

Il serait à propos, ye crois, d'affecter pour cet hiver une portion 'des revenus de cette riche abbaye pour le soulagement des pauvres ; les ecclésiastiques refuseront, comme tu Kv sens, de les secourir, sous prétexte qu'on leur enlève tout. Il faudrait prendre les revenus de l'abbé commandataire. M" Liger a voulu renouveler tous les baux, sans doute pour profiter des pots de vin.

Réponds à ma dernière lettre ; ce malheureux Bon Fils (car un Bon Fils peut-être malheureux) est réduit au désespoir. Peut-on le mettre sous la protection de l'Assemblée ou non ; réponds-moi aussitôt, que je puisse lui faire prendre un autre parti..

J'aurais bien <!('> cIidscs à Ir diiT ciicorf ; mais |(' n'en ai pas le tiimps,

T(Mil h' monde t'embrasse.

De llonKspn^MitK.

(Sfefano-I'iil. I.c tonrciiUnniirl l.vhdA.

Augustin Robespierre à son frère (sans date;

Groiras-tu, cher fère, que le délrre de tes ennemis est tel qu'ils osent avancer que tu ne réponds pas directement î>. l'imputation calomnieuse qui t'a été faite, mais ils senten! leur faiblesse et ils mettent leur espoir dans une réponse fou droyante de Beaumetz. La société des Amis de la Constitution vient de to voter une lettre pour t'assurer de l'estime -particulière de chacun de ses membres. La lettre est énergique, j^ crois qu'elle ne passerai pas. Le père Fauchet y a déployé d«'s sentimens fortement vertueux. Il s'est élevé quelques réclamations. J'ai cru de mon devoir de sortir de l'assemblée pour laisser la pleine liberté des suffrages. J'ai saisi cet instant pour t'écrire un mot.

C'est dans le Hainault, surtout, que l'Assemblée nationale est déchirée ignominieusement. Les mano'uvres les plus étonnantes nous y font passer aux yeux stupides, et presque tou> le sont, comme des dilapidateups qui vont partager les dons patriotiques. Voici un bruit qui est répandu dans ce pays-ci Un député de l'Asseiiiblée nationale, curé, a donné un fe^^lin. et il a donné du calTé dans une^cafîetière olTerte en don patriotique. Le propriétaire de la calTetière l'a dit en réclame. Cela est d'une si singulière profondeur d'absurde méchanceté qu" je ne puis y croire. On compte au Quenoy quatre patriote'^. Un membre de notre société qui vient de cette région hyperborée nous a raconté ce fait qui sans doute te fera rire.

M, Target vient de donner une réponse contradictoire à celle qu'il avoil donné à M. Buissart, interrogé par le mauvais sujet moine d'Henin-Liétard, si son élection est bonne, il confirme l'élection. Dis-moi si un curé régulier est obligé de faire son option ou sa déclaration pour conserver sa cure.

Tous les paysans demandent à payer la disme en argent, et non en nature. Les adjudicataires de la disme y sont intéressés. Il seroit peut-être juste de leur accorder une. indemnité, si l'Assemblée nationale se déterminoit à accorder la demande des paysans.

Ta motion pour le mariage des prêtres te fait regaixler comme un impie par tous nos grands philosophes arfé-

siens (1). Elle est bien dans mes principes, mais que peu de monde est au niveau ! Tu perdrais l'estime des paysans si tu renouvelois cette motion. On a recours à cette arme pour ienuire ; on ne parte que de ton irréligion, etc. Il seroit peui; olre bon de ne plus la soutenir. Je no crois pas même quo l'Assemblée nationale soit ass^^^z mûre pour l'adopter.

Dis-moi si je te forai plaisir tMi allant à Paris. La requête des électeurs du canton de Beauvois (2) est faite; Hs-la, soutiens-la au Comité de CJonistitution. Il y a une nullité fameuse, <;'est la pluralité relative en un seul scrutin.

Adieu, fais rendre une réponse satisfaisante à Buissart pour Tatîaire d'Henin-Liétard, c'est M. Threillard qui a obtenu une réponse favorable au moine. Adieu à tous le>. bons Citoyens.

(rollwtion A. :M()nisoii. — K. N. Cl. Q. 1Ttome V. p. 283).

Robespierre jeune à son frère (Anas. juin 1790)

Arras 1790

Ta lettre à Beaumels a le plus grand succès, la sensation (|u*elle fait prouve la nécessité de la publier. Adressés à toi-même sous le cachet de l'Assemblée danw l'es campagnes, je m'efforce de découvrir les en(li'(»its où \o poison a été répandu avec le plus de dangei-s pour y a])poi'ter remède.

Un brave homme, Hollondais. habitant de cette ville, a arrosé de ses larmes la letti'(> (\no je lui ai donnée. L'indignation fait donc vers<M' des ])leurs. Oui, cher frère, ce sentiment se mêle à la douleur de voir la vertu outragée, et le jM'uple toujours trompé quoi t|u'on fasse. Je ne puis le dissimuler mes craintes, cher fi'ère, tu se(>lleras de ton sang la cause du peuple, peut-être même que ce peupJi^ sera assez malheureux |)our te frapper, mais je jure de venger ta mort l't (je la niéi'itrr comrnf toi. Tu seras surpris d'ai)preiidri'

(1) DlwourH (lo KobfMplorrc du 31 nu«l 1790 ofi, au sujet de la con-stlttition <lvlli> du i'IfiK*^ : il .se prononga en favour du mnrlajïi' dos prôtn'.s. (Monitruf ilu 1" Juin ITitO, IV. T.fM).

(1!) I^«- nom «'Ht mal f-tvU diinn le tfxtf : il s'iiRit sftii'nu-nt do Tîi'auvolrt^ :.in,ii,iiss..m.»t .1.- S:iliit.i'c)i n'a8-de-Calals).

jusqu'où se porte la scélératesse de tes ennemis. Ils ont c!é chez les personnes que je voyais, leur dire qu'elles se déshonoraient, me recevant chez elles. Je t'avoue que cette monstrueuse conduite a fait jaillir mon sang", qu'il était [jru'ient pour ces scélérats de ne point paraître devant m.oi.

.Souviens-toi d'un mémoire qui t'a été présente par un^ nommée Dupuich d'Ancyre, pour faire payer un conseiller Defarge ; écris-moi quelques mots sur cet objet, éclaire au5si les paysans qui se refusent à payer un teri'age, parce qu'il appartient à Sainl-Vaast. donne-leur l'avis de payer sinon à Saint-Vaast du moins à la Nation, ce refus de payer le terrage entraînerait de grands désordres, parce qu'il donnerait un exemple dangereux, ces paysans sont les habitants de Berneville. M. Deshorties m'a chargé de te demander un mot sur cet objet, tu l'obligeras particulièrement.

Je voudrais bien aller à Paris pour le 14 juillet ; je n'ai point encore eu une seule jouissance patriotique à Arras. Il faut que je me dédommage. Donne-moi, je t'en conjure, des moyens d'y aller, c'en sera un quti de te faire plaisir.

J'ai payé M""" Nicolas, et ma so'ur a payé ton loyer. 11 lui reste très peu de chose. Elle me prie de te le dire. Je ne sais que devenir, je ne ti-ouve point de ressources.

Adieu, je t'embrasse.

De Robespierre.

P. -S. — Je t'envoie une lettre digne de l'impression en y mettant un peu de patois ; si tu l'envoyais à un jiMUJi.ilisîo U ne faudrait pas laisser la signatuie.

(I*>. N. ('îitiilofrue (le la vente du '2'2 iiov. ISSl p. 41, M" 2(H;).

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