‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 4 sur 51 · XL · texte numérisé non relu

XL

Robespierre à Camille Desmoulins

Paris, 7 Juin 171)0.

Monsieur, J'ai lu dans votre derniei- numéro des Rci^olutionfi ih Fnincp et de Brabant{[), on vous p-àvlez du décret porté le 22 mai sur le droit de paix et d;' guerre, le passage suivant :

(1) RivoUttions de France et de Brahant, n" 28 du 7 juin 1790.

84 GORRESPONUANCE DE ROBESPIERRE

0 Le samedi 22 mai le petit dauphin applaudissoit un décrr' «' de Mirabeau avec un bon sens fort au-dessus de son âge. « Le peuple applaudissoit aussi de son côté. II reconduisit on « triomplie Barnave, Péthion, Lameth, d'Aiguillon, Duport, <( et tous les jacobins illustres ; il s'imaginoit avoir remporîo <( une grande victoire, et ces députés avoient la foiblesse dn <• l'entretenir dans une erreur dont ils jouissaient. Robes - « pierre fut franc ; il dit à la multitude qui l'entouroit et « l'étouTHiissoit de ses battemens*: — Eh ! messieurs, de quoi « vous félicitez vous ? le décret est détestable, du dernier « détestable ; laissons ce marmot battre des mains à sa « fenêtre, il sait mieux que nous ce qu'il fait ».

Je dois. Monsieur, relever l'erreur où vous avrz été induit sur le fait qui me concerne dans ce passage.

J'ai dit à l'Assemblée nationale mon opinion sur les principes et sur les conséquences du déeret qui règle l'exei-cice d;; droit de paix et de guerre; mais je me suis borné là (i). Je n'ai point tenu dans le Jardin des Tuileries le propos que vous citez ; je n'ai pas même parlé à la foule des citoyens qui se sont assemblés sur mon passage, au moment où je le traversois. Je crois devoir désavouer ce fait : 1" parce qu'd n'est pas vrai ; 2" parce que, quelque disposé que je sois à déployer toujours dans l'Assemblée nationale le caract-ère de Irancliise qui doit distinguer les représenlans de la nation, je n'ignors' pas qu'ailleurs il est une certaine réser've qui lenr convient. J'espère. Monsieur, que vous voutirez bien rendre ma déclaration publique par la voie de votre journal, d'autant plus que votre zèle magnanime p(jur la cause de la liberté vous fera une loi de ne pas laisser aux mauvais citoyens le plus léger prétexte de calomnier l'énergie des défenseurs du peuple.

De KoBESPIERRE (2).

(h'rroliitioiis tic J'riincv et ilc lirabant. M" 30. t. IIT. p. 299-300).

(1) Voir II- (ll.siours de Uobe.spierre lUi 18 mai 17i'i> UuUcttn de l'Afistinl/lée îUttioudU n" 289. Monitrur, IV, 397.

(2) ObHiTvatloriH de ramille Desmoulins :

« SI J'lnH^^« rot onata, mon cher Robp.spiono. c'est soulcmont pour montrer tu HlKriaturc A mes tonfr^ics les Joui nalLstes. et leur appieiidie à ne plu»« eHtropler im nom que le patriotisme a llUi.«tr<5. Il y a dan.s ta lettro une dlKultt'-. une Kiavlté «•'•naloiiaU' qui bles.se l'amitié de co!li'>e;e. Tu es fier, à bon droit, <lu kitUlave de dépuli'- de l'a.s.sembir'e nationale. Ce noble orKcull me plaU, «-t, ce qui me fftelie bien davantage, c'est que tou.s ne mutent pnH, alofl qu.- toi, leur <llt;nlliV Mal.s tu devais .saluer au moins

CÛHUESPONDANCE DE ROBESPIERRE 85

Robespierre à Charles Michaud i I . curé de Bomy, par Aire (Pas-de-Calais)

Pai'diJii, Muiisioui' et cher compatriote, si je me suis mis encor une fois dans la nécessité d'invoquer l'indulgence que je. vous avois demandée, la première fois que j'ai eu l'honneur de vous répondre ; quelqu'excusi' que puissent me fournir la multitude des occupations dont j'ai été sans ces^e accablé, votre patriotisme généreux et éclairé mérite 'tant, d'estime et d'attachement, que je ne veux point en faire usage avec vcjus, et que c'est à votre générosité seule que je veux devoir l'oubli de ma <listraction. Je vais tâcher de Ja réparer en répondant aux dilférens articles de vos lettres.

1" Le droit de plantis n'est pas encor supprimé explicitement par un déci-et particulier de l'Assemblée nationale, mais je tiens qu'il l'est implicitement par le décret général (lui anéantit le régime féodal et par celui qui sup|)rime les justices seigneuriales, au moment où le nouvel ordre judiciaire sera organisé. D'ailleurs je ne doute pas qu'il n'intervienne un décret formel sur ce point, aussitôt que l'assemblée nationale pourra parach<»ver ses opérations sur la féo dalité.

1^° Bien hjin que les ordres donnés par des nmnicipalités d'emporter hors des églises les bancs des ci-devant seigneurs, et de supprimer toutes les traces de l'ancienne domination féodale, ils puissent être regardés comme des actes illégitimes, ils ne sont que l'exécution des lois nouvelles faites par l'Assemblée nationale.

un ;in<-i"n camai-ado (Vunr létièn- iiulinaisun de tôte. Je no t'en aime pas moins, parce que tu es fidèle aux pilncipeti, si ti» ne res pas autant à, l'amitié. Cependant, pourquoi exiger de moi cette rétractation ? Quand j'aulais lég-èi'ement altéré la vérité dans l'anecdote que j'ai contée, puisque ce fait est honorable pour toi, puisque J'ai dit sans doute ta pensée, si ce ne sont tes paroles expresses, au lieu de désavouer le journaliste si sèchement, tu devais te contenter de dire comme la cousine, dans la charmante comédie du Mort mipiiost' :

Ali ! Monsieur, vous brodez.

Tu n'es pa.s de ces hommes faibles dont parle J. J. Rousseau, qui r.'i veulent pas qu'on puisse répéter ce qu'ils pensent, et qui ne disent la vérité qu'on déshabillé ou en robe de chambre, et non point dans l'assemblée nationale ou dans les Tuileries ».

(1) Ch. Michaud, député suppléant du clergé aux Etats-Généraux, était réfuté en relations avec Robespierre qui lui écrivait sous le couvert de K Michaud, négociant à Calais.

La brochure dont il est question dans le P. S. est la lettre à Beaumetz, résumée plus liaut.

3° Les municipalités des campagnes Jie peuvent point exercer le pouvoir judiciaire. ; et les juges seigneuriaux conservent ces fonctions, jusqu'à la nouvelle organisation des tribunaux. La municipalité a le droit de faire rendre compte au receveur de la fabrique ;

4° Je répondrai en un mot aux chicanes suscitées à quelques uns de vos compatriotes pour les exclure des assemblées ; c'est que j'ai toujours regardées toutes ces difficultés quelqu'en soit k prétexte, comme des attentats aux droit» des hommes et à la souveraineté des peuples.

Voilà, Monsieur et cher compatriote, ce que je puis répondre à vos questions : mais je ne finirais pas si je voulois vous exprimer tous Jes sentimens que m'inspire votre zèle infatigable pour la cause du peupie et de la liberté.

Présentez mes complimens à MM. les Officiers municipaux de Bomi, et témoignez-leur combien je suis sensible à leur attachement et à leur patriotisme. Groiez-moi surtotit avec un inviolable attachement et la plus haute estime.

Monsieur et Cher Compatriote.

Votre très humble et très obéissant serviteur.

. , De Robespierre.

Pans, le 18 juin 17<.)().

P. S. — Je vous envoie quelques exemplaii-es d'une brochure que j'ai rendue publique pour confondre la calomni'' que mon zèle pour la (Musc du peuple ne cesse d'armer contre moi.

(An-liivt's ilu l'iis-de-Cnlais'. Uepioùiiite par M. E. Lesueur : Maximilien Robes- • pierre et Charles Micliaud curé de Boiiiy. AiUKiIrs h'rrol. lOVJ. V. :î:i7-:V2S).

Robespierre à la Société des Amis de la Constitution d'Arras (l)

Paris, le -21 juin 171M).

Messiiurs.

Les pi'euves hiniorabh's ((ue vous ;ivez bien voulu m?. ii..Mii<i' ,).. v.ilr.. ..^lirn'' "l (le votre altaeln'menl m'ont insj)irM

... K.,".n,.. .c .,,11..-.. .!.• lit SockHô.

une reconnaissance proportionnée à la haute opinion qu-.; j'avais moi-même conçue de vos lumières et de votre patriolisme. Quel suffrage pourrais-je préférer à celui d'unie société dont les vertus et les principes doivent contribuer si puissamment à la régénération et au bonheur de mon pays ? Peut-être même m'aurait-il donné trop d'orgueil, si, à l'époque où nous sommes, tous les sentiments des vrais citoyens n'étaient comme absorbés dans l'amour de la liberlé et de la patrie. C'est à elle qu'il appartient de strrcr les nœuds de la sainte alliance et de l'amitié fraternelle, qui m'unissent pour jamais à vous. Messieurs et chers compatriotes.

Votre très humble et très obéissant serviteur.

De ROBESPIEllUK.

(Lettre dont Vorlglnal fait iiiii-tie d'une collection artésienne, publiée par Cli.

Vellay. h'iiuc blcur. 1" août T.M>S).

Lefetz (1' à Robespierre 11 juillet 1790i

Il supplie Robespierre de faire tous ses efforts pour obtenir l'abolition du célibat des prêtres. « Que de droits ne vous êtes-yous pas acquis à la reconnaissance de l'empire français et de toute la terre ! » Il ajoute que la modicité du traitenicn! (]o< rclluitMix fait beaucoup murmurer.

(I^apiers inéditH trouvés chez RobcHpierre. I. 117 et .sulv.).

Saint-Just à Robespierre

Vous qui soutenez la patrie chancelante contre le torrent du despotisme et de l'intrigue, vous que je ne connais que, comme Dieu, par ses merveilles; je m'adresse à vous, Mon-

(1) lA-fetz Célestin prêtre, appartenait dabord à la congrégation des génovefalns, prêta le serment civique, desservit en 1792 la commune de Beauralns «it se maria avec la fille d'un officier municipal, puis abjura Membre du jurv révolutionnaire d'An-as. il présida le conseil de district et mourut à Paris le l'''' nivôse an III. à l'âge do 29 ans. (Cf. .\. .1. Paris- Histoire de Joseph Lebon, 2' édition, I. 212).

sieur, pour vous prier de vous réunir à moi pour sauver mon triste pay.s, La ville de Gouci s'est fait transférer (cebruit court ici) les marchés francs du bourg de Blérancourt. Pourquoi les villes engloutiraient-elles le:s privilèges des campagnes ? Il ne restera donc plus à ces dernières que la taille et les impôts ?

Appuyez, s'il vous plaît, de tout votre talent, une adresse que je fais par le même courrier, dans laquelle je" demande la réunion de mon héritage aux domaines nationaux du canton, pour que Ton conserve à mon pays un privilège sans lequel il faut qu'il meure de faim.

Je ne vous connais pas, mais vous êtes un grand homme. Vous n'êtes point seulement le député d'une province, vous êtes celui de l'humanité et de la République. Faites, s'il vous plaît, que ma demande ne soit point méprisée.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble, très obéissant serviteur.

St-Just, électeur au département de l'Aisne (1). A Monsieur de Robespierre à l'Assemblée nationale k Paris.

Blérancourt, près Noyon, le 19 août 1790.

(Bibliothèque de Soissons, n° 94. Citée par Courtois. Pièces .lustlficatives, n° XXIII. V22).

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