XL VI
Robespierre à Duvignau (2' (Paris, (i sciitiMiiltrc 1790
Je dois. Monsieur, répondre par .ma liaui lii>(' à la confiance que vous me témoignez. Les idées que vous avez
(1) Saint- Just (1767-1794). Son père avait quitté Decizo uoiir s"<^tabllr }\ Rlérancoiirt (Aisne). II vint i\ Pari.s on 1789, assista aux s<^ances de l'Assemblée et des .lacobins, et revint dans son pays entliousiaste de la HSvolutlon. Déjà à cette époque la popularité de Robespierre était grande ; cette lettre suffirait A le prouver.
(2) Uuvignau, membre du elub bordelais du café national avait été compromis dans une « de ces expéditions hardies », disait-Il plus tard, « qui ^n paraissant braver les lois les affermissait <-ependant sur leurs bases ». Quelques membres du elub furent punis sévèrement par la nuuiieipalité. I^s Journaux se turent. Duvisrnau attaqua la nunilelpallté, défendit hi patriotisme. .Sa défense provoqiui eontr-e lui une |)r<)<-lMuiatlon nouvelle qui l'oblifcea A se lendre A Paris. Robespierre le eojisola. Plus taid Duvignau, devenu Kreffler du tribunal criminel île Moi-dcaux. se l.iiicera dans le f^lérallsmf et sera traduit devant la commi.Msion militaire de Bordeaux. Il m- di'findru .n . vlill>.Mit Im l. Iti-.. <|<l<' lui ;i\iilt «'cilt.' Knh..spl.rrc.
CORRKSPONDANCE DE ROBESPIERRE 89
développées, dans l'écrit que vous m'avez fait l'honneur de m'adress'er, me paraissent justes, conformes aux droits des hommes et aux principes fondamentaux de toute constitution consacrés par l'Assemblée nationale ; je crois mêm-'> que si tous les dépositaires de l'autorité publique pouvaient les apprécier et les prendre pour règle de leur conduite, la paix et la liberté régneraient bientôt dans toutes les parties de la France. Cependant, Monsieur, vous ne devea pas être surpris que la simplicité éner'gique de ces principes effarouchent non seulement l'es mauvais citoïens, mais ceux même dont. le patriotisme n'est pas encore suffisammenr éclairé. C'est le sort de tous les écrivains dont les lumières ou les vertus civiques devancent un peu l'époque où ils publient leurs opinions, d'être d'abord calomniés et par l'injustice et par l'ignorance. C'est à vous, Monsieur, de juge*.' jusqu'à quel point les circonstances où vous êtes pourraient vous obliger de modifier les formes dans lesquelles vous présenterez la vérité à vos concitoïens ; au reste, je vous garantis l'estime et la reconnaissance de tous les amis de la raison, de la justice et de la patrie.
Tels sont les sentiments dont Je vnii< .ifîn' ji- témnii!n;iirt^ pour mon compte personnel.
HOBESPIERRE.
(Otte lettre, <-onumini(iuée par M. A.
Mathikz, a été publiiHi par Ch. Vatel, Verunitiud t. I. p. 213-214, d'après lf>; Arcliives de la (îiniiide).
XIAII
Augustin Robespierre à Buissart
Monsieur bt .-Vmi, Je trouve en ce moment des plumes, de l'encre, du papier, croyez que ce n'est pas chose facile sur le bureau de mon frère, je trouve de plus la facilité de vous adresser ma lettre sous le cachet do l'Assemblée ; vous recevrez donc de mes nouvelles, je ne serai plus longtemps à revoir ma triste et aristocrate patrie. La capitale fourmille de mécontens, l'Assemblée Nationale de ministériels, de noirs et de
stupides, les papiers que je vous envoie disent drs vérités terribles. Les oreilles sont un peu effarouchées des cris multipliés des colporteurs, mais on s'y accoutume et nos représentans sourient en entendant ces clameurs de haro. On ne peut douter cependant que nous ne soyons exposés à tous les malheurs. Outre tous les mauvais décrets qui émanent tous les jours de l'auguste Assemblée, il en sort une fouie d'injustices particulières sollicitées par des intérêts privés. On sollicite les co.mité,s de l'Assemblée Nationale comme on sollicite un rapporteur du Conseil d'Artois, ces législateurs se laissent prévenir et prononcent d'après leur prévention, proposent des plans informes qui font perdre un lems mflrîi pour les re;dresser, si toutes fois on les redresse.
On ne peut plus assister aux séances tant elles sont indécemment bruïantes ; les assignats sont encore indécis, on les discute avec beaucoup de soins, il' ])ai'oîf qu'ils seront décrétés.
Je vous prie de croire, Monsieur et cher ami, que, pour être paresseux, je ne vous ai point oublié et qu'il ne se passe point un jour que nous ne parlions de vous.
Présentez nos respects et notre »niitié à Madame Buissart, obtenez d'elle la même indulgence que nous sollicitons de vous.
Je suis avw respect votre très humble serviteur.
De Robespierre cadet.
Reçue le î) septembre 1700 (Note du destinataire).
{.\fémoircf< de l'Acddcniic d'Arras — 1890. tome XXT. p. .''yTr)-;!?!»).
P. de Cugnières à Robespierre (r.oniln's. Ul si'iilt-mbrc 1790)
L'auteur, citoyen anglais, dénonce les Réflexions sur Jn névolution de Burke qui « change de principes à chaque changement de ministère, c'est tout dire ». Il blànie les émigrés, « loul homme qui ;il);iiiduiine sa patrie au moment de la détresse est un h\che qui ne mérite aucune indulgence de sa part », Il n-itiqur Tindifférence i\o la plupart des
COHRESPONDANGK DE ROBESPIERRE 91
municipalités à mettre en exécution les décrets de l'as.sembl-ée, il regrette qu'il n'y ait pas un prône civique dans chaque paroisse tous les dimanches par le syndic. Il' ne s'explique pas pourquoi oh propose une garde pour le roi, « qui sait si la reine ne sera pais assez éloquente pour leur persuader de rendre au roi ses premiers honneurs ». Il se méfie de La Fayette et de Bouille. Il déploie l'impunité des aristocrates, dont les menées et les trames l'alarment.
(.\rclii\vs du Pa'.s-de-( *alais. — Conirnuiii- (luée i»ar M. L. Jacob).
Augustin Robespierre à Buissart
17 octobre 1790.
MoNsjErn et Amï.
J"iii appris non sans allarme votre incommodité, j'attends avec inquiétude et impatience la nouvel!»' de votre entier rétablissement, il n'^>st pas temps que les patriotes gardent le lit ou la chambre, c'est la Patrie qu'il faut gaitler, nous avons encor bien des obstacles à surmonter. Le comité d-' (lonstilutioii (lui devroit être appelé comité antirévolutionnaire donne beaucoup d'inquiétude et livre continuellement des combats aux patriotes. Il doit proposer à l'Assemblée Nationale de décréter qu'il n'y aura que seize hommes de loix dans chaque département, lesquels feront à la fois les jonctions de procureur et d'avocat. Celte idée vous paroiL itbsurde, elle a cependant été conçue par Target et Thouret. 11 y a de la malignité à ne proposer que seize hommes de loix, ils sont bien sûrs que ce petit nombre paroîtra ridicule, mais il ne les ont proposé que pour occuper l'esprit de cet inconvénient et pour faire oublier tout ce qu'il y a d'inconstitutionnel dans un pareil projet ; vous sentez à merveille que le nombre n'y fait rien, qu'il n'existe aucun" vue d'utiilité générale dans cette proposition, qu'ellle n'est pi'opre qu'à faire des hordes de désespérés. La nouvelle organisation judiciaire n'est pas assez attraiante pour que lés jeunes gens embrassent désormais cette carrière, il no fan! donc pas travailler à diminuer h' nombre des hommes
i>2 CORRESPONDANCE DE ROBESPIERRE
de loix pour ravenir et il faut laisser vivre ceux qui existent.
Je voudrois bien vous voir juge de paix, il faut espérer que les Arrageois feront une exception, et qu'ils nommeront enfin un patriote.
Je vous prie de me rappeiler au souvenir de M"'" Buissart et de l'assurer de mon respectueux attachement, il durera autant que son patriotisme.
Je suis très patriotiquement votre collègue en civisme,
Robespierre cadet.
P. S. — Le Roi a fait ôter quelques meubles de son château de Versailles depuis la nomination de mon frère, les patriotes attribuent ce changement au patriotisme des nouveaux juges. On doit chasser aujourd'hui les ministres.
(l/é/HO/res de VAcodémie d'Arrax. t. XXI. I). 376-377).
Augustin Robespierre à Buissart
Monsieur et Ami, ■ Je désirois me trouver à Paris pour protéger votre enfant chéri, je l'ai fait présenter à l'Assemblée Nationale, il a été adopté et renvoyé aux comités* d'agriculture et de commerce qui sont chargés de fixer l'égalité des poids et mesures ou plutôt de présenter à l'Assemblée Nationale les différentes observations des savans sur celte matière (1). Il ne faudra point le perdre de vue, je prendi-ai l'a liste des membres qui composent ces deux comités et je vous iiuliquerai ceux auxquels vous pourrez vous adress(M' poni* ne point perdn^ le fruit de vos veilles.
Le garde des sceaux vient enfin d'abandonner son j)Oste (2), il sera remplacé par un bien honnête lionime, Duporl-Duterlre, ci-devant avocat, mon ami, que j'ai vu lorsqu'il éloit avocat, que j'ai vu depuis la Révolution et pendant, le séjour qur! je fais à Paris. J'espère qu'il n'oubliera point ses
(1) OiivriiRc tic HiilMHiiit Hur IfH poldn et nu>.snri'.H, offort ,\ rAssomblt^o mitloniili'. V<)ir lu lettre H»llviinte.
(2) ("liiiniplon (le ('l('<''. iiiTliev^<nie de lîoidenux.
amis dans sa nouvelle dignité et que je pourrai être utile à M. de Frémicourt. Je ne négligerai rien pour vous obliger, je me trompt*, pour vous marquer ma reconnoissance.
Je puis aussi me livrer personnellement à quelques lueurs d'espérance, les patriotes trouveront un protecteur dans le nouveau garde des sceaux; ils trouveront au moins un homme d'une vertu rare et d'un mérita distingué. Il m'est impossible de ne pas croire à l'intérêl qu'il m'a montré depuis que je le connois. Si j 'a vois quelques années de plus d'exercice d'homme de loi, je n'aurois pas besoin de solliciter son souvenir. Quant à pi'ésent je ne vois pas positivement ce qu'on peui faire de moi.
Je vous prie de ne pas m'oublier auprès de M"" Buissart, elle aura sans doute fait chorus avec vous pour se plaindre de mon silence ; mon excuse est dans la persuasion où j'étois que je partois incessamment. Mon frère a retardé mon départ, je ne l'annoncerai plus ; j'arriverai, je vous embrasserai, tout sei'a pardonné.
Mille chose à ma sœur, elle doit être très mécontente de mui, mais elle oublie facilement, cela me console, je tâcherai de lui rapporter ce qu'elle désire.
Mon frère poui'ruit bien être élu juge à Paris, mais silence, que personne ne le sache.
Je suis etc.,,,
A Monsieur
Monsieur Buissart, liumme de lui. rue du Goclipas, à Arras.
Robespierre cadet.
(.\fcmoin's de VActnUhnie iVArras. XXT. p. 378).
Reçue Je 25 novembre 1790 (i).
Augustin Robespierre à Buissart
Du lundi 13 décembre 1790.
Citoyen et Ami, Je croyois que vous m'auriez reçu aujourd'hui chez vous au .lieu de recevoir ma lettre après-demain ; mais mon frère ne m'a point permis de partir et me voilà encore à Paris pour
(1) Note manuscrite du destinataire.
la huitaine. Je vais vous copier l'extrait du procès-verbal de la séance du 16 novembre au soir, pour vous prouver que je n'ai point négligé la petite affaire que vous m'aviez recommandé : On a fait l'annonce d'un ouvrage de M. iJuissarl, â'Arras, membre de l'Académie de cette ville, de celle d^; Dijon et de plusieurs autres, sur les poids et ^mesures ; le renvoi au comité d'agriculture et de commerce en a été demandé et décrété. Toutes ces lignes soulignées sont l'expression du procès-verbal, vous pouvez consulter le n" 473, ÎS'il y a une petite erreur dans l'annonce, elle vient de ce que vous n'aviez pas accompagné votre mémoire d'une leittre indicative de son objet ; si je n'avois craint que mon départ ne retardât sa présentation à l'Assemblée Nationale, je vous auroi'S engagé d'y joindre celte lettre. J'ai parcouru la liste des députés, membres du comité de commerce et d'agriculture, je n'en connois particulièrement aucun, leurs noms sont assez inconnus. Je puis vous désigner M. Herwyn. député do Flandre (1), c'est à. cause du voisinage que je vous donne sou nom. M. Dauchy (2) est moins inconnu, à coup sûr plus patriote, j'ai dîné quelquefois avec lui, il sera possible de lui recommander votre bien-aimé, en lui rappell'ant que c'est moi qui vous ai dit de vous adresser à lui. Si vous préferez vous adresser à un académicien d'Arras qui a bien voulu se charg€r de remettre au secrétaire le mémoire qui vous a mérité une mention dans le procès-verbal, je crois qu'il pourra disposer de quelques momens pour le faire examiner particulièrement. ; c'est M. Geoffroy, député, de la cy-devant province de Bourgogne (3).
J*ai vu M. le gaz'de îles sceaux, je lui ai parlé de M. (V^ Frémicourt, Si le district ne veut pas du commissaire nommé et qu'il soit obligé de se démettre, il m'a promis qu'il auroii égard à ce que je lui ni dit ef m'a ]i!M-inis de hii en donner une note.
Vous li'()uver(!z jointe une lettre (|ui a été adressée, il y a (pH'l(|ues jours, à mon frèr(\ je ne me souviens plus de quel • ndroit.
(1) Herwyn de Nevfele, député du tiers iHat «lu b.MilIIag<> lU- nallleut (1753-1824).
(2) Dauchy, oultlvatcur et maître do la. poste aux olievaux de Salnl- .ÎUHt, «'•tait cK'puté <Ui tiers état du bailliage do Cli^rniont-on-Beauvoisis (17ri7-JS17).
(3) «îooffroy, avocat l\ Lyon, ("'tait df^pul»'^ du tiers ('•tat du balllinpo de riinrolloM (1760-1814).
COUHESPONDANCE DE ROBESPIERRE 95
Jo ne sais pas si vous jouissez d'une grapde tranquillité dans le département du Pas-de-Calais, celui du Nord donne ici beaucoup d'in(|uiétude, on ne voit point que les administrations soient dans le sens de la Révolution, les ennemis du bien public font des efforts inconcevables dans ce moment ; on a annoncé une protestation du département du Var, cette protestation n'est pas encor connue, elle ne sera pas lue sans un grand examen pi'éalabJe à l'Assemblée Nationale.
Une muHiludi' de lettres annoncent que les fugitifs se prépai'ent fi rentrer en France à la tête de quelaue miU'-> Savoyards. On remai'que à Paris les symptômes les plus affreux d'un terrible mouvement ; des milliers de libelle^ paroissent tous les jours ; oe qu'il y a de plus dangereux, c'est qu'ils sont distribués par des hommes qui paroissent voués à la défense de la liberté, les officiers île la garde parisienne font eux-mêmes cette distribution ; une foule d'espionis sont distribués dans tous les iiuartiers de Paris ; des assassins sont a]K)stés pour attaquer les patriotes. On dénonça hier- tous ces faits aux Jacobins, un membre de cette société, commandant de bataillon ifune des sections de Pai'is. (|ui s'est illustré par son civisme, nous a averti qu'il éloit désigné pour victifne el nous a engagé à veiller scrupu- IcustMiient sur ceux qui nous entourent. Le comité de Constitution fait tout ce (jui est en lui pour gâter et corrompre l'ouvragi', il a perdu toute pudeur et ses projets, s'ils étoien^ adoptés, cauiseraient la ruine de la France. Mon frère se porte bien, il vous e.mbrassiî mille fois, excusez son silence, ii! li'aviiiMe constaimment pour la Pati'ie qui l'ignore. Mille choses à M"" Huissart et à vos mai-mots si gentils.
(\[vnioiiTs (h- IWcaih'tuic iVAnas. \\\.
UI
Les Administrateurs d'Avignon à Robespierre (4 décembre 1790)
Monsieur, les administrateurs de la Ville, les défenseurs des Avignonnais ont reçu au milieu des représentans de la Nation l'hommagG de notre reconnaissance. Les sentimens qne Icui' ,:^énérosi(é a t'ait naître dans les cœurs de nos
concitoyens sont consignés dans notre adresse à l'Assemblée nationale.
Nous vous devons. Monsieur, un témoignage particulier de notre gratitude, et nous remplissons avec empressement ce devoir sacré. Le discours sublime que vous avez prononcé dans notre affaire est dans les mains de tous nos patriotes ; ils ne se lassent pas de le lire. Si les principes que vous avex établis si victorieusement pouvoient être connus de tous les peuples de la terre, bientôt il n'existeroit plus de tyran. Si le courage d'une nation qui combat pour sa liberté pouvoit être abattu, le souvenir de ce que vous avez dit en notre faveur suffiroit pour ranimer nos espérances.
Le décret que vous proposiez combloit nos vœux. Ce n'est pas assez pour nous d'être libres, il nous faut être français. Il ne manque que ce nom h notre bonheur. Nous avons secoué le joug ultramontâin, mais nous sommes encore' sous la tyrannie fiscale ; des armées de commis nous entourent. Ces agents de la ferme, dont le règne va être détruit, affectent de redoubler à notre égard leurs vexations odieuses. Nous les dénonçons à votre patriotisme et nous espérons que, si de^ raisons politiques ont retardé un décret que la justice sollicitait, vous obtiendrez sans peine de l'Assemblée que nous soyons traités comme les enfants de la patrie. Cette faveur est due à notre amour pour la Constitution, et peut seule fnodérer notre impatience.
Nous sommes avec respect, Monsii^ur, vos très-humbles et ti'ès obéissans serviteurs.
Les maire et officiers municipaux : Richard, maire ; Mainvielle, Aymé. Niel, Duprat, officiers municipaux (1).
(R(U'Olutio)is- (le France et de Jinihant n" r)9. V. 329-330).