‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 8 sur 51 · I.WIII · texte numérisé non relu

I.WIII

Joseph Lebon à Robespierre :{ juin 1791,

11 Tin forme qu'il est vicaire dans une .succursale à Vernoi (1;, à une demi-lieue dé Beaune où il se trouve très heureux. Il demande à Robespierre de renouveler sa motion en faveur du mariage des prètivs, « faites disparaître à jamais cette exécrable obligation de tromper le vœu de la nature qui

(1) L.ebon avait été professeur de rhétorique au collège de Beaune. tenu par la Congrégation de l'Oratoire, qu'il quitta le 5 mal 1790. En Juin 1791 H fut élu premier vicaire constitutionnel de la petite paroisse du Vernois sur la Bourgeoise près Beaune, avant de retourner dans son pays comme curé de Keuville-Vltasse (Pas-de-Calais).

a causé jusqu'ici la ruine des Jais et des mœurs... Demandez ensuite qu'aucun officier du culte ne soit forcé ou même ne puisser porter un habillement particulier que dans ses fonctiions... hors de leurs fonctions, les ecclésiastiques ne doivent avoir aucune marque distinctive, à moins qu'on ne veuille les faire toujours regarder comme les premiers magistrats de la république. »

Gomme on le « menace » de le députer à la prochaine législature, il demande à Robespierre s'il est éligible, en raison du décret du marc d'argent. Il propose un décret qui fix€ l'éligibilité des ecclésiastiq^ies.

{Papiers inédits trouvés chez RohcspieiTe. Il T. 237-241).

Robespierre à la Municipalité de Toulon (début do juin 1791)

Messieurs,

L'estime, l'attachement, la reconnaissance que votre civisme généreux inspire à tous les bons citoyens, est la mesure du prix que j'attache aux marques glorieuses que vous m'avez données de votre estime et de votre confiance ; et mon cœur est à vous, comme à la Patrie. Combien il m'eût été doux de défendre votre cause, en défendant celle des Marseillais et du département des Bouches-du-Rhône ; je mettais ;<u rang de mes premiers devoirs, celui de remplir cet engagement sacré, lorsqu'à mon insu, dans le temps où ui>e indisposition, produite par l'excès de nos travaux, me retenait (•liez moi depuis quelquc^s jours, cette affaii'e lut i'a])portée et jugée au mêm€ instant.

Magistrat vei'tueux d'un peiipl»^ digne de la liberté, une seule pensée me console : rien ne peut ébranler le patriotisme des vrais citoyens, vous n'en serez pas moins les plus fermes appuis d-e la Tyonstitution ; la vertu est au-dessus de tuus les événements, comme elle est au-dessus de toutes les calomnies. Continuez de veiller pour la Patrie, au milieu des dangers qui la menacent et de guider, dans la routv de la liberté, le peuple, bon el généreux, dont vous êtes les représentants. Conservez-moi votre amitié, votre confiance; ne mo

privez pas du prix le p4u.s doux de mes travaux au moment uii ils deviennent les plus pénibles ; et recevez le témoignage des sentiments fraternels que j'ai voués à la commune de Toulon. »

(Arcli. cuniiu. de Toulon. Révolution D-4. f" 415 à 417).

Robespierre à l'Assemblée électorale du département de Paris

Paris, le 11 juin 1701, Messieurs,

M. le procureur général syndic vient de m'annoncer officielement le' choix que vous avoit [s-ic) fait de moi pour remplir les fonctions d'accusateui' public au tribunal criminel du département de Paris. Je me fais un devoir d'acceptei- cette charge importante et pénible. Je n'envisage point sans effroi la grandeur des obligations qu'elle m'impose ; mais j'ose espérer que l'amour de la patrie et le désir de justifier le suffrage glorieux qui me l'a déférée me donneront les forces nécessaires pour en portt;r le poids.

Robespierre (1).

Catal. rimniva.v. Vente du 9 avril 1913 (n" 180). — C. Chaniva.v, AssemMée électorale de Paris. 1790-1791. p. 601-

Robespierre à Buissart

' Paris, le 12 juin 1701.

Mon cher et joieux ami, je suis trop convaincu de votre attachement pour moi, pour ne point vous parler d'un évé-

(1) Robespierre venait d'êtie élu accu.sateur public près le tribunal criminel du département de Paris, par 220 voix contre 99 à D'André sur 372 votants. A. Duport élu président, donna alors sa démission et fut remplacé par Petion.

nement qui jn'intérèsse. Les électeurs de Paris viennent de me nommer accusateur public du département, à mon insçu et malgré les cabales (1). Quelqu'honorable que soit un pareil choix, je n'envisage qu'avec fraieoir, les travaux pénibles auxquels cette place importante va me condamner, dans un lems où le repos m'étoit nécessaire, après de si longue-s agitations. D'ailleurs je regrette mes ctiers citoiens de Versailles qui m'ont donné les preuves les plus touchantes de leur attachement, et à qui cet évèneiment causera beaucoup de peine. ^^ais je suis appelé a une desbinée orageuse. Il faut en suivre le cours, jusqu'à ce que j'aie fait le dernier sacrifice que jy pourrai offrir à ma patrie. Je suis toujours accablé. Je ne puis m'entretenir avec vous, ni aussi souvent, ni aussi lontems que je le désire. Il ne. me reste, mon cher ami. que le tems de vous embrasser de toute mon âme et de présenter à Madame... le témoignage de ma tendre et inviolable amitié.

Robespierre.

(.1. A. l'aris. Jji Jeioics-se de Ix'obtsiiicrre. AppeiKlice p. ("XII, ii" VIll).

Robespierre à la Société des Amis de la Constitution de Versailles

Paris, le 13 juin 1791.

J'ai reçu hier votre lettre datée du S juin. Je ni' voujM'indrai pas l'impression profonde qu'ont faite sur moi les choses touchantes qu'elle renferme. Hi, renti'ant au fond d'' mon cœur, j'y Irouvois (pielque sentiment dont je pusse rougir; si je n'étois en même tems (2) convaincu que vos âmes ressemblent à la mienne, je n'aurois jamais entrepris d'y répondre. Ma réponse ne peut être que l'exposé simple et franc de mes sentimens les plus intimes et des motifs de ma conduite. Quand vous les aurez cnteiulus, ou vous nv^ désaprouver'ez ; ou vous me plaindrez ; ou vous me louerez. Quoi-

(1) Miiport, c|iii Rindiilt nmcunf i\ Kobcsiikiio d'avoir fait voter par )"AH»frnbl('-<' rini'llKlbilit»^ .les ('onslitniints ;"i Iji Ic'Kislatino .sulvnntt' (16 mal), ."••nibli' «voir nuniici'' «le donrit-r sa ilt'-mlsslon, ni Robcspiorrc était élu. Cf. Lrê IliUfolu-HottH de Franc*, et (U; Rrnbant, n" 81.

(2) Un mot barré : intvvicurement.

i]uo VOUS fassiez mon cœur vous sera toujours dévoué tout entier ; il sera toujours le même et digne de vous.

J'ai été nommé accusateur public du département de Paris, absolument à mon inscu. Ce choix m'a en même tems surpris et effraie. Il m'imposait, de toutes les charges la plus contraire à mon goût et à mon caractère ; il m'engageoit dans un tourbillon d'affaires délicates, épineuses, immenses, au moment ofi je soupirois après la fin de tant de travaux et d'agitations. Je désirois une situation où je pusse quelques fois jouir de moi-même, et me livrer à l'étude et au développement des grand's vérités qui sont la base de la législation et cîe la politique qui convient à un peuple libre. Si (1) j'avois ambitionné quelqu'emploi public, c'eut été celui de les défendre et de les faire triompfier un jour dans les Assemblées législatives. Versaille-s m'offroit une i-etraite paisible, où j'aurois trouvé tous les avantages tiui pouvoient flatter mon goût et ma sensibilité. Telle éloil ma position, lorsqu'on nv représ-enta les circonstances où les vo'ux et les allarmes des patriotes m'avoieni appelle à la place cpic je redoutois ; dans (lui'lles mains mcni i*efus et la réuni(tn de foutes les cabales pouvoient la faire tomber ; l'influence heureuse ou malheuleuse qu'elle devoit avoir sur le sort de la liberté et de la eonstifution. dans un tems où l'une et l'autre sont sans cesse attaquées par un système d'intrigue et de persécution sourde plus l'edoutable (|ue la violence de ses premiers ennemis, ('ans (les lieux tpii étoient comme le centre et le foier de la révolution •2). On me disoit : C'est vous qui, dans vo!» discours e( dans vos écrits, avez prouvé (]ue la puissance des nouveaux magistrats criminels pouvoit être le plus redoutable instrument de la tirannie, si elle était exercée par de< hommes foibles ou suspects ; la place d'un bon citoyen n'est-elle pas où il peut rendre à sa patrie les services les |.lus importans et les plus étendus ? Appelé ailleurs, par le choix du peuple à un emploi public, refuserez-vous de voler î< un poste plus périlleux, plus pénible, plus important à la d.éfense de la cause eommune. auquel un nouveau choix du l)euple vous appelle ? Ces observations étoient appuiées

(1) l'n mot barré : j'vtois.

(2) La politique des Fayettistes et du tiiumviiat • A. Duport, Barnave et Lameth. Voir à ce sujet notre livre : Essai sur i'histoiri' du jjarti feuillant. AdHen Duport.

par des circoustauces et par des faits que je voiois de près, dont j'étois plus instruit çt plus frappé que personne ; et une place que j'aurois refusée, comme une récompense, que j'aurois rejeltée comme un honneur, je l'ai acceptée comme un fardeau redoutable, comme l'occasion d'un pénible sacrifice. J'ai cru acquérir de nouveaux droits à votre estime; j'ai cru vous servir vous-même, en immolant à un devoir austère, au plus grand intérêt général, mon véritable intérêt personnel, ma propre satisfaction et même la vôtre... Cependant, je l'avoue, quand ma conscience approuvoit ce parti, mon cœur me le reprochoit encore. Mes amis s€avent quels ont été ma perplexité, mes regrets, mes combats. Votre lettre, qui me présentoit des preuves de votre amitié plus énergiques et plus touchantes que je n'en avois encore reçues de vous, les a renouvelés ; je n'ose dire à quel point elle eût inTlué sur ma résolution, en dépit de mes principes mêmes, si je l'avois .reçue avant l'envoi de mon acceptation. Mais je puis vous assurer qu'on m'a vu hésiter, quoique je l'eusse envolée et qu'il m'a fallu d-e sages conseils pour me raffermir contre la tentation de donner l'exemple d'une inconséquence éclatante. Tel est, messieurs, l'exposé fidèle de mes sentimens et de ma conduite. Vous pouvez maintenant les juger. Si vous les blâmez, vous aurez rendu nu\ peine plus amère ; et, de toutes les injustices que j'aurai éprouvées, ce sera la seule que je n'aurai point vue d'un œil indifférent. Je n'aurai alors qu'un motif de consolation ; ce sera de songer, que, dans la situation où se trouve la chose publique et oii je suis moi même, il me restera assez d'occasions d'élever mon caractère au-dessus de tout soupçon, par tel sacrifice qui pourra coûter uu moins des regrets aux amis de la liberté et de la pairie. Mais ce n'est point assez pour mon cœur, je veux prouver toute ma vie mon dévouement particulier aux cito'iens de Versailles. Je veux toujours me regarder comme leur concitoien, leur frère, leur défenseur. Quand je me croiois sur Iv point d'aller fixer mon séjour au milieu de vous, je ne me suis pas pressé d'abandonner mes occupations, pour aller vous expi'imer mes sentimens en personne : les circonstances aclueles m'en font un besoin impérieux. S'ils vous paroissenl encor de quelque j>rix, si vous approuvez ma conduite, faites-moi scavoir les

jours et les heures de vos séances, afin que je puisse m'entretonir avec vous plus en détail, de ce qui nous intéi-osse également. Je me ferai même une loi d'y assister, toutes les fois que mes occupations .me laisseront quelque loisir; et la dislance même qui nous séparera ne servira qu'à présenter l'exemple de l'union la plus civique et la plus touchante dont je tacherai, chaque jour, de resserrer les nœuds. Donnez m'en dès ce moment un nouveau gage. Soiez les interprètes de mes regrets et de ma douleur auprès de vos concitoiens, auprès des habitans de la contrée qui m'âvoit honoré de sa confiance. Dites-leur que cette seule qualité sera toujours à mes yeux un titre sacré ; dites-leur. qu« pour aimer ardemment la patrie je n'en suis pas moins attaché à leur bonheur particulier, et que je leur offre à tous en général, et à chacun en particulier, mon zèle, ma voix, toutes mes ressources et ma vie même.

Robespierre.

(Bibliotliè<iue luuiiicipale de Vei*saille.s, n" 1.300. Mémoires de la Société dea Sciences morales de Seine-et-Oise. 1849.

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