‹ Œuvres complètesChapitre 5 sur 33 · DISCOURS SUR LES PEINES INFAMANTES · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LES PEINES INFAMANTES

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28 ŒivnKs r.oMPi.ÈTKs m: maximii.ikn robkspierrf,

public; lorsqu'ils ne pensent aller qu'au but flo loiiis passions particulières; cet honneur enfin, souvent aussi bizarre dans ses loix que grand dans ses elTets; qui produit tant de sentimens sublimes et tant d'absurdes préjugés, tant de traits béroiques et tant d'actions déraisonnables (1); qui se pique ordinairement de respecter les loix, et qui (2) quelques fois aussi se fait un devoir de les enfreindre; qui prescrit impérieusement l'obéissance aux volontés du prince; et cependant permet de lui (3) refuser ses services, à quiconque se croit blessé par une injuste préférence; qui ordonne en même temps de traiter avec générosité les ennemis de la patrie, et de laver un alTrout dans le sang du cito'icn.

Ne cherchons point ailleurs que dans ce sentiment, tel que nous venons de le peindre la source du préjugé dont nous parlons (4).

Si l'on considère la nature de cet honneur, fertile en caprices, toujours porté à une excessive délicatesse, appréciant (5) les choses par leur éclat plutôt que par leur valeur intrinsèque, les hommes par des accessoires, par des titres qui leur sont étrangers autant que par leurs qualités personnelcs, on concevra facilement, comment il a pu livrer au mépris ceux qui tiennent à un scélérat flétri par la société.

II pouvoit établir ce préjuge d'autant plus aisément, qu'il étoit encore favorisé par d'autres circonstances relatives à la nature du gouvernement dont je parle.

L'état monarchique exige nécessairement des prééminences, des distinctions de rangs, surtout un corps de noblesse, regardé comme essentiel à sa constitution, suivant ce principe que Hacon a (6) développé le premier : sans nobles point de monarque; sans monarque, point de nobles. Dans ce gouvernement l'opinion publique attache avec raison un prix infini à l'avantage de la naissance : mais cette

(1) Édition de 1785: &cl\on3 extravagantes. —{2) qui deest. — '3; lui deest. — (4) dont t7 est ici question. — (5) appréciant souvent les choses.— (6 avait développé avant Montesquieu,

DISCOLRS Slll LES PJÎINKS IM'AMANTES 29

habitude même do faire dépendre l'estime que ion accorde à un citoien de l'ancienneté de son origine, de l'illublralion de sa famille, de la grandeur de ses alliances a déjà des rapports assez sensibles avec le préjugé dont je parle (i). La même tournure d'esprit qui fait que l'on respecte un homme, parce qu'il est né d'un père noble; qu'on le dédaigne parce qu'il sort de parens obscurs conduit naturellement à le mépriser, lorsqu'il a reçu le jour d'un homme tlélri, où qu'il l'a donné à un scélérat.

Combien d'autres circonstances particulières ont pu augmenter l'inlluence de ces causes générales dans les monarchies modernes et particulièrement (2) en France.

Les anciennes loix françoises ne punissoient les crimes des nobles ([ue par la perte de leurs privilèges : les peines corporelles (;jj étoient réservées pour le roturier où vilain. Dans la suite le clergé fut aussi affranchi par ses prérogatives de celle dernière espèce de punition : quel obstacle pouvoit trouver alors le préjugé qui deshonoroil les familles de ceux qui étoient condamnés au supplice? il ne s'altachoil qu'à celle partie de la nation, avilie pendant tant de siècles (4) par la plus dure et la plus honteuse servitude.

S'il eut attaqué les deux corps qui dominoient dans l'état; s'il eut mis en danger l'honneur des seuls ciloiens dont les droits parussent alors dignes d'être respectés; il est probable qu'il auroil été bientôt anéanti.

Nous avons d'autant plus de raison de le croire, qu'il n'a jamais pu étendre son empire jusqu'aux grandes maisons du royaume : aujourd'hui que les nobles sont (5) soumis aux peines (6) corporelles, la famille d'un illustre coupable échappe encore au deshonneur; tandis que le gibet tletril pour jamais (7) les parens du roturier, le fer qui abbat la tèle d'un grand n'imprime aucune tache à sa postérité.

Mais pur une (8) raison contraire celle opinion cruelle

I Kil. Je 17So : ilmit il est quculion. — Ji et sur lout. — ,3) les pciues al/ticlives. — (i; peaJaut des sièeles. — (3) oui été. — (6) punitions. — (1) à jamais. — 8 la.

30 ŒLVRES COMPLÈTES DE MAXIMILIEX ROBESPIERRE

s'est établie sans poino, dans des siècles (1) de barbarie, où elle frappoit à loisir sur un peuple esclave, si méprisable aux yeux de ce clergé puissant el de celle superbe noblesse qui ropprimoienl.

Je ne dirai plus qu'un mot sur ce sujet, pour observer que ce môme préjugé pouvoil (2) être encore fortifié par une coutume bizarre, qui régna lontems chez plusieurs nations di; l'curope. Je parle du combat judiciaire. Lorsque celle absurde inslilution décidoit de toutes les affaires civiles et criminelles, les parens de l'accusé étoient quelques fois (3) obligés de devenir eux mémos parties dans le procèz d'où dépendoit son sort : lorsque sa foiblesse, ses infirmités, son sexe surtout ne lui permeltoit pas de prouver son innocence lépéc à la main, ses proches (i) embrassoient sa querelle et combatloienl à sa place : le procèz devenoit donc en quelque sorte pour eux une affaire personnelle; la punilion (5) de l'accusé étoil la suite de leur défaite, el doz lors il étoil moins étonnant qu'ils en partageassent la honte, surtout (6) chez des peuples qui ne connoissoient d'autre mérite que les qualités guerrières (7).

Aprez avoir cHerché l'origine du préjugé qui fait l'objet de nos réflexions, j'ai a discuter une seconde (jucslion pcutelre plus intéressante (8) encore. Ce préjugé est-il plus utile que nuisible (9)?

J'avoue que je n'ai jamais pu concevoir comment les senlimens (10) pouvoient être partagés sur un point que le bon sens (11) et l'humanité décident si clairement. Aussi quand j'ai vu une des compagnies littéraires les plus distinguées du royaume (12) proposer celle question je n'ai jamais pensé (13) que son intention fut d'offrir un problème à résoudre; mais seulement une erreur funeste à combattre, un

(1) Eil. de nSa : dans des temps. — (2) a pu. — (3) Souvent. — (4) ils. — (5) la condamnation. — (6) Surtout deesl. — (7) Seconde Partie. — (8) questioa plus importante encore. — (9) plus nuisible qu'utile. — (10) les avis. — (U) que la l'aison et. — (12) j'ai vu une Société savante aussi distinguée proposer. — ^13) jamais cru que.

Drscouiis srii les peines infamantes 31

usage barbare à déliuiro, une tics plaies de la société à guérir.

Uii'uno ^1) opinion dont l'efFct est de faire porter à l'innocence ce que la peine du crime a de plus accablant soit injuste, c'est une vérilé, ce me semble qui n'a pas besoin de pr'cuve : mais co point résolu, la question est décidée; si elle est injuste, elle n'est donc pas utile.

De toutes les maximes de la morale, la plus profonde, la plus sublime peut être, et en même Icras la plus certaine est celle ([ui dit : que rien n'e.it utile, que ce qui est bonnete.

Les loix de l'être supi'cme n'ont pas besoin d'autre sanction, que des suites naturelles qu'il a lui môme attachées à l'audace qui les enfreint où à la fidélité qui les respecte. La vertu produit le bonheur, comme le soleil produit la lumière, tandis (jue le malheur sort du crime, comme l'insecte impur nait du sein de la corruption (2).

Itien n'est utile (jue ce qui est honnête; cette maxime vraie en morale ne l'est pas moins en politique : les hommes isolés et les hommes réunis on corps de nations sont également soumis à cette loi : la prospérité des sociétés {'i) politiques repose nécessairement sur la base immuable de l'ordre, de la justice et de la sagesse : toute loi injuste ; toute institution cruelle qui oITense le droit naturel ; contrarie directement (4) leur but, qui est la conservation dos droits de l'homme, le bonheur et la tranquillité des citoiens.

Si les politiques paroissent avoir souvent méconnu ce |)rinci|)e, c'est qu'en général les politi(iues ont beaucoup de mépris pour la morale; c'est que la force, la témérité, l'ignorance et l'ambition ont trop souvent gouverné la terre.

(1 Ed. de ns.j : li'ahuiU qu'une. — [2) de la corruption. Le jour es l arrivé oit César saisit enfin le prix de ses travaux, de ses victoires et de ses forfaits; il triomphe, il rèr/iie, il est assis sur le trône de l'univers. César est-il heureux'.' Son. Il éclui/iperoii en vain au frr de ses ennemis qui vont l'immoler à lu liberté; la peine qui le poursuit ne l'atleindroit pas moins'silrement : il ne vivro'U que pour apprendre tous les jours par de terribles leiMus, que ce qui n'est point honnête ne sauroit être juste. Cette ina.xiiiie,.... — (:)) des Etats repose. — 4) ouvertement.

32 ŒLVUKS COMPLÈTKS ])E JIAXIMILIEN ROBESPlKIlKK

Au reste si j'avois ou à démontrer la vérité do la maxime que je viens d'exposer (I), par un exemple frappant, j'aurois choisi précisément celui ([ue me fournit le préjugé dont il est ici question.

Mais ici j'enlcns des voix s'élever en sa faveur; je crois rencontrer déz le premier pas un sophisme accrédité, qui lui a donné un assez grand nombre de partisans.

11 est, dit-on, salutaire au genre humain (2); il prévient une inlinité de crimes; il force les parons à veiller sur la conduite des parons; il rend les familles garantes des membres qui les composent.

Des citoiens garansdes crimes d'un autre citoien ! (3) condamnés à l'infamie qu'un autre a méritée... eh ! c'est précisémont ce monstre de l'ordre social que j'attaque. C'est par des loix sages, c'est par le maintien des mœurs plus puissantes que les loix, qu'il faut arrêter le crime ; et non par des usages atroces toujours plus contraires (4) au bien de la société que les délits même qu'ils pourroient prévenir.

A la Chine on a imaginé un moien assez frappant d'établir cette espèce de garantie dont on nous vante les avantages. Là, les loix condamnent à mort les pores dont les onfans ont commis un crime capital, que n'adoptons nous cotte loi? cette idée nous fait frémir!... et nous l'avons réalisée. Ne nous prévalons pas de la circonstance que nous n'avons pas été jusqu'à oter la vie aux parons des (S) coupables : nous avons fait plus, môme dans nos propres principes, puisque nous rougirions de mettre la vie môme en concurrence avec l'honneur.

Mais aprèz tout ce préjugé nous donne-t-il on efl'ct le ((i) foible dédommagement qu'on nous promet? Comment diminue-l-il le nombre das crimes? estoc do la part do ceux qui sont capables de les commettre? je n'ai pas l'idée d'un homme assez scélérat pour fouler aux pieds les loix les plus

;i) Ed. lie nSo : ([uc j'ai crissé par un cxoiiiplc. — [2 salutaire « /« Société; il. — (3) de condanniés à... méritée deesl. — \i) plus funestes à la Société. — (aj du coupable. — ^6) ce.

DISCOURS SIU LKS PKIMCS IiNFAMANTES 33

sacrées, el cependant assez sensible, assez généreux, assez délical pour craindre d'imprimer à sa famille le deshonneur qu'il ne redoute pas pour lui même. Le préjugé produira l-ii plus d'efTet de la part des parens? rendra-l-il les pcres (1) plus attentifs à l'éducation de leurs (2^ enfans?

Quand leur (3) esprit pourroit se fixer sur les horribles images qu'il lui présentcroit ; quand la tendresse paternelle (4), si prompte à se flatter pourroit penser sérieusement qu'elle caresse peut être des monstres capables de mériter un jour tonte la rigueur (o) des loix; cet étrange (6) mobile seroit au moins superflu ; car il n'est un seul père dont les soins ne se proposent (7) quelque chose de plus que d'empêcher que ses enfans n'expirent un jour sur un cchaffaut.

On m'objectera peut-être que ce motif peut au moins engager les iiarens à réclamer le secours de l'anthorifé contre des enfans |)ervers qui les menacent d'un deshonneur prochain.

Mais outre que la dernière classe dos citoiens n'a pas les ressources nécessaires pour se |)rocurer ce remède violent : quand les pères (8) se déterminent-ils à en faire usage? lorsque le mal est devenu incurable; lorsque la corruption de celui (9) qui les réduit à l'emploier est parvenue à son dernier période ; lorsque des écarts multipliés qu'ils connoissenl (tO) souvent les derniers (II), et qui ont déjà mérité l'animadversion de la justice les (12) forcent à une démarche cruelle (13) qui laisse toujours une tache sur l'objet de leur (14) tendresse.

Souvent même (1." , a peine lauront-ils (16) privé do la libeité dont il abuse, que séduits par l'espoir d'un changement dont eux seuls (17) peuvent se flatter, ils obtiendront (18) la révocation de l'ordre fatal qu'ils avoienl (19)

(I) Eil. lie ns.'i : le père. — (2) de ses. — (3j son. — (4) toujours si prompte.

— (•")) sévérité. — (6' a/freux. — {V, père qui ne se propose. — (Si quainl un

pi're. — 9) la corruption de son fils est déjn parvenue. — (10) </«'(7 connoit. —

\\,le dernier. — 12) le. — [i'J à des démarches hiimilionles (\ui taissenl. —

I*) ta. — (13) Elsouvenl à peine. — ,16) lauru-\.-i\. — (17) lui seul peut. —

18) il obtiendra. — (19) qu'il aura.

34 ŒUVRES COMPLÈTES DK MAXIMILIEX ROBESPIEURE

sollicité. Le coupable (1) déjà corrompu avant sa détention, aigri peut-être encore par le châtiment rentrera dans le sein de la société où il rapporlera des dispositions funestes à tous les crimes qui peuvent la troubler.

Voilà donc les avantages que nous procure le préjuge dont je parle (2) : c'étoit bien la peine d'être injustes cl barbares!

Mais dailleurs pour avoir au moins (3) un prétexte do rendre le pcre responsable à ce point des actions de ses eufans, il faudroit lui laisser tous les moiens nécessaires pour les diriger.

Les Chinois sont en cela plus conséquens que nous : leurs loix leur donnent un pouvoir sans bornes sur leurs familles; elles les punissent, dit-on, de n'en avoir pas usé : mais nous qui avons presqu'entierement soustrait à l'authorité paternelle la personne et les biens des enfans; nous qui fixons à un âge si peu avancé le terme de leur indépendance; comment imputerions-nous aux pères tant de fautes qu'ils ne peuvent empêcher?

Avant (i) d'exercer contr'eux cette odieuse rigueur rendons leur du moins tous les droits qui leur appartiennent (S); rétablissons ce (G) tribunal domestique que les anciens peuples regardoient avec raison comme la sauvegarde des mœurs; ou plutôt cette sage (7) institution nous prouveroit bientôt que pour diminuer le nombre des coupables (8), il n'est pas nécessaire d'accabler (9) l'innocence et d'outrager l'humanité.

Mais (10) quand nous pourrions couvrir de quoique motif

(I) Ed. de 1783 : Le coupable, donl les iiicliiialions fiiiiesles auront été fortifiées encore par la compar/uie des hommes vicieux, que la même punition aura rassemblés dans sa j/rison, ou par la solitude non moins dangereuse pour les âmes perverses que le commerce des médians, rentrera dans le sein de la Société, oit il rapporlera de funestes dispositions, à tous les ciiiues. — (2) que nous procure ce préjugé — {3) au moins deesl — (4) .)/(.' si nous voulons e.M'rcer envers eux. — (j) du moins toutes leurs prérogatives. — (6) ce. — (7) sage deest. — (8) que pour mettre un frein au crime il n'est. — ,0, d'opprimer. — (10) mais enfin.

DISCOlUS SLll LES l'IilNES INFAMANTES 35

spécieux (1) notre injustice à l'égard îles pères (2); comment pourrions nous l'excuser envers l(!s autres parcns des coupables (3)? quelle authorité le frère a-l-il pour corriger le frère? quelle puissance le fils éxcrce-t-il sur son père? et la tendre, la timide, la vertueuse épouse, est-elle criminelle (4) pour n'avoir pas réprimé les excès du mailre, auquel la loi l'a soumise? de quel droit portons nous le désespoir dans son cœur abattu? de quel droit la forçons-nous à cacher, comme un douloureux témoignage de sa honte, les pleurs mômes que lui arrache l'excès de son infortune?

J'ai cherché vainement de quelle apparence d'utilité, on pouvoit colorer l'injustice du préjugé que je combats; mais je suis moins embarrassé à découvrir les maux innombrables qu'il traine aprèz lui.

Pour bien les apprécier, il faudroit pouvoir suspendre un moment l'impression de l'habitude qui nous l'a rendu trop familier, et le considérer en quelque sorte dans un point de viie plus éloigné.

Je suppose donc qu un habitant de quehjue contrée loinlaine, où nos usages sont inconnus, aprèz avoir voyagé parmi nous, retourne vers ses compatriotes et leur tienne ce discours :

J'ai vu des pays où règne une coutume singulière ; toutes les fois qu'un criminel est condamné au supplice, il faut que plusieurs autres (5) ciloiens soient deshonorés : ce n'est pas qu'on leur reproche aucune faute; ils peuvent être justes, bicnfaisans, généreux; ils peuvent posséder mille talens et mille vertus; mais ils n'en sont pas moins des gens infâmes : avec l'innocence, ils ont encore les droits les plus louchans à la commisération de leurs concitoicns; c'est, par exemple, une famille désolée, à qui l'on arrache son chef et son appui, pour le Irainer à l'échalfaut : mais (6) on juge qu'elle

(I, Ed. de n8.'i : nous pourrions /)a//i>/- /Kic ce frivole prélexle. — (2) injustice envers les pères. — (3) comment la jualifierons-nous à l'égard des autres parens du coupa'/le. — (t) coupable. — (.j) autres deest. — (6) mais deest.

36 ŒLVRES COMPLÈTES DE MAXIMILIEN UOBESPrERRE

seroit ti'op heureuse, si elle n'avoil que ce malheur à pleurer; un la dévoue elle même à un opprobre élernel. Les infortunés, avec toute la sensibilité d'une ame honnête (1), sont réduits à porter tout le poids de celte peine horrible, que le scélérat peut seul soulenir. Ils n'osent plus lever les yeux, de peur de lire le mépris sur le visage de tous ceux qui les environnent; tous les états les dédaignent; tous les corps les repoussent; loules les familles craignent de se souiller par leur alliance; la société entière les abandonne et les laisse dans une solitude affreuse; la bienfaisance môme qui les soulage se défend à peine du sentiment superbe et cruel qui les outrage; l'amitié... j'oubliois que l'aniitié ne peut plus exister pour eux. Kiilin leur situation est si tcriible, quelle fait pitié à ceux mêmes qui en sont les aulhcurs; on les plaint... du mépris que l'on se sent pour eux ; et on continue de les tléti'ir; on plonge le couteau dans le cieur de ces victimes innocentes ; mais ce n'est pas sans être un peu ému de leurs cris.

A cet étonnant, mais fidèle récit, que diroient les peuples dont je parle ; ne croiroient-ils pas d'abord qu'un tel préjugé ne peut régner que dans (juelqae contrée sauvage? on auroit beau ajouter que les peuples qui l'ont adopté sont d'ailleurs, justes, humains, éclairés; qu'ils ont des mœurs polies, des loix sages, des institutions sublimes ; qu'ils sçaveut mieux qu'aucun autre respecter les droits de l'humanité et connoitre les principes du bonheur social; qu'ils ont porté les arts et les sciences à un degré de perfection inconnu au reste de l'univers : ils ne voudroient jamais croire à (2) des contradictions si inconcevables; ignorant tous les avantages qui nous dédommagent de ces restes Je l'ancienne barbarie, ils nous rcgarderoient peut eire comme les plus malheureux des hommes; ils s'applaudiroient de ne pas vivre dans des pays (3) où l'innocence n'est point en sûreté ; où les ciloicns

([} K(J. de nSj : honnête ils sont réduits. — 2; à ces inconcevables contradictions. — (3j dans itn pays ot.

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