DISCOURS SIR LES PKINES INFAMANTES
sont sans cosse exposes anx dangers affreux (1) do perdre le plus |)récieux do tous les biens par des évcnemens qui leur sont étrangers.
Tel est le premier inconvénient attaché à cet absurde préjugé; il est fait pour nous efîraier. Nous regardons tout ce qui porto alleinle à la stabilité de nos propriétés, comme un coup funeste qui ébranle les fondemens de la félicité publique 2); quelle idée nous formerons-nous donc d'un préjugé qui souniet aux caprices du ha/ard Ihonneur même, sans lequel tous les autres biens sont sans prix et la vie nest qu'un supplice?
Nous répétons tous les jours cette maxime équitable, qu'il vaut mieux épargner cent (3) coupables que de sacrifier un seul innocent: et nous ne punissons pas un coupable, sans perdre plusieurs innocensi la punition d'un scélérat, disonsnous, n'est qu'un exemple pour d'autres scélérats; mais le supplice d'un homme de bien est l'effroi de la société entière : et tous les jours nous donnons à la société ce spectacle horrible, qui doit porter la terreur dans l'ame de chacun de nous, puisque rien no nous garantit que nous n'en serons jamais les déplorables objets et qu'oppresseurs aujourd'hui, nous pouvons demain être opprimés à notre tour.
Kl quel tort pense-t-on que cause à l'état la tlétrissure imprimée a tant de citoiens?
Les législateurs éclairés se sont toujours montrés avares du sang môme le plus vil, lorsqu'ils ont pu le conserver à la patrie; ils n'ont pas voulu lui oter(4) les moindres avantages qu'elle pouvoit tirer de la punition des criminels qui auroient violé SOS loix (5). De là les peines qui vouent (6) aux travaux publics les autheurs de certains délits : nos loix même ont adopté ces sages (7) prin\;ipes; et nos préjugés les blessent ouvcrtemout on londanl inutiles à l'état (8) les citoiens
(1) Ed. de nS'i : au (lanr/er a/f'reuj:. — (2) les fondeuiens du bonheur public. — (3) mille. — (4; voulu la priver des uioiiidres. — (5) des criminels qu'ils n'ont pa." cru devoir condamner à la mort. De lu les. — (6) attachent. — (") sages lieest. — X' tous les.
38 œrvRKs compi,ètks de jiaximti.ikn RfmEspiERnE
irréprochables qui (1) ont le malheur de tenir à un coupable.
Si, au lieu de leur imputer les fautes de leurs proches (2), on leur fesoit un mérite de ne pas leur ressembler; la condamnation de ces derniers (3) seroit pour eux un aiguillon puissant qui les forceroit à la l'uiro oublier par leurs qualités personnelles; mais le préjugé prive (4) à jamais la société des services qu'ils pouvoient lui rendre. En leur otant l'honneur, il les anéantit {")); il les frappe d'une espèce de mort civile non moins funeste que celle que la loi donne au criminel (6) qu'elle condamne.
Plut au ciel encore qu'ils ne fussent qu'inutiles et qu'ils ne devinssent (7) pas dangereux!
L'opprobre avilit les âmes; celui que l'on condamne au mépris est forcé a dévenir méprisable. De quel sentiment noble, de quelle action généreuse sera capable celui qui ne peut plus prétendre à l'estime de ses semblables : privé sans relour des avantages attachés à la vertu, il faudra qu'il cherche un dédommagement dans les jouissances du vice.
Si la honte lui a laissé quelque ressort, craignons (8) le encore d'avantage : son énergie se tournera en haine et en désespoir; son ame se soulèvera contre l'injustice atroce dont il est la victime; il deviendra l'ennemi secret de la société qui l'opprime : heureux s'il ne finit pas par mériter la peine qu'il a d'abord injustement subie et si les loix ne punissent pas un jour en lui des crimes auxquels la barbarie de ses concitoiens l'aura conduit !
11 est vrai que souvent ces infortunés prennent le parti de fuir leur pays et d'aller cacher leur honte dans des contrées lointaines : mais comptons-nous pour rien la perle de tant de citoicns que nous forçons a porter aux nations étrangères
(l)Ei]. de 1785 : qui lienneiil à un coupable. ^- (2) les fautes rfe leur païen I. — (3) (le ce dernier. — (4) niaisïzoi préjugés prioent à jamais. — (")'i ilx les anéanthseni ; ils les frappent. — (6) aii.r coupables. — {^) devinssent jamai-i dangereu.x. — (8) Voir à l'appendice I la variante de l'édition de tlSI, page 28.