De sa grâce, de son plein gré. e. p.-b
N grand cnnuy je fuis le lieu aymc
' Et le fuyant contrainct suis de me nuire.
Le cœur en a souvent le corps blasmé, Sans adviser que c'est pour mieux conduire Mon amitié et ne laisser reluire Ce qu'en aimant je veux dissimuler; Mais je voudrois que, pour me conseiller, Ce vieil enfant de tant d'auctorité * M'eust ordonné, pour mon mal esgailler ', Ou moins d'amour ou plus de liberté.
1 . Hésiode, en sa Théogonie^ dit que l'amour est le plus ancien des dieux. Melin pensoit comme Hésiode.
2. On peut lire aussi bien dans le Ms. esgaller qu& esgailler, qui signifie rafraîchir. p. b.
eu.
A QUI des deux dois-je le plus complaire ? Toutes deux sont femmes de grand' valeur : De les servir ensemble, c'est erreur.
Qui est le seul qui pourroit satisfaire Esgalement les aimer et leur plaire?
Tant ont de sens, d'amour et congnoissance Que l'une n'a de l'autre patience.
De toutes deux je ne m'en puis distraire ; Car elles ont sur moy trop de puissance. Essayer veus d'amours l'expérience :
Pourr oit-on bien telle entreprise faire * ?
I . Les vers sont faciles: la morale l'est encore plus. Encore une question qui pourroit figurer dans les Arrests cC amour de Martial d'Auvergne. p. b.
cm.
JE suis aimé ; je vis en espérance ; L'heur me dict bien, je luy suis agréable'. A quoy tient-il que je n'ay jouissance De mon désir et souhaict délectable?
A elle ? — Non ! car elle est véritable. Doncques à quoy ? — A l'heure à tous commune ' . Puisqu'ainsy va que là gist ma fortune, Un tel attendre est doulx et amiable.
i- La fortune me sourit et je suis bien accueilli de ma belle. e. b.-p.
2. Il veut dire que sa bien-aimée ne pouvoît le recevoir qu'à une heure où elle recevoit tout le monde. C'étoit sans doute une dame retenue par ses fonctions à la cour, la même pcut-<*'trc à laquelle s'adresse le dizain, p. 4.1, ci-dessus : I^faynye wi jour me disoit : Je le veux. • p. n.
VOULANT Amour soubs parler graciculx, Porter son fcti pour ton cœur enflammer, 11 ressortit marry et furieux ; Car il ne pcust ton dur cœur entamer. Alors pensa, pour se faire estimer, Qu'il brusleroit tout ce qui seroit tien, Et que verrois de tes yeux consommer Moy par dedans et par dehors ton bien *.
I . Tout ceci est fort ingénieux : mais je doute que la dame dont la maison avoit été brûlée fût consolcc
par la pensée d'avoir incendié le cœur de Sainct»Gelays. Toutefois il a usé ailleurs de semblables allusions. Marot a aussi fait une épigramme qui n'est pas de meilleur goût : De son ^eu et de celui qui se print au bosquet de Ferrare. p. b.
CONTRE le fort au foible est défendu User de force, et n'est que temps perdu Contre les grands aux petits d'entreprendre ; Mais en amour trop hault ne peut prétendre Foible ou petit; car amour est si digne, Qu'envers le moindre elle rend tres-benigne La grand haulteur qui tout aultre surmonte : De monter hault ne peut doncq venir honte '.
I. Marot s'est bien repenti d'avoir porté ses vœux trop haut. Melin a "été plus retenu ; aussi je crois qu'il faut voir ici, surtout dans le dernier vers, une allusion badine plutôt qu'autre chose. p. b.
SI vray Amour l'entreprise conduict, Qui deux vouloirs souvent en un réduit, Alors changer est chose reprochable.
Et le changeur l'on tient pour variable ; Mais au contraire un qui feroit instance, Par grand travail, de peu de recompense, Devroit celuy en vain ses jours user Et tous partis bons et grands refuser?
Certe nenny, selon mon jugement.
Chacun fuit perte et cherche avancement : Ce que je dy n'est pas pour mon excuse; Car tasché n'ay à ce dont l'on m'accuse *.
I. On remarque ici une aisance d'expression qui malheureusement n'est pas coutumière à Sainct-Gelays. Il est comique de le voir repousser aussi loin de lui l'accusation d'inconstance. La Charente, en vérité, n'est pas loin delà Garonne. e. p.-b.
MALHEUREUX est, si le sçavoit cognoistre, Sur qui Amour a tant d'auctorité, Qui met le cœur où le corps ne peut estre Et le contrainct de garder loyaulté, Soubs un espoir d'estre un jour bien traictc. Mais qu'ay-je dit, malheureux ? — Je le pense Trop plus qu'heureux, s'il a persévérance; Car pour certain, tout bien considéré, Amour, à gens de bonne patience, Donne à la fin plus qu'ils n'ont espéré '.
I . Q.ue n'a-t-il parlé toujours avec cet esprit et cette clarté. Il eût été le vrai rival et souvent le rival heureux de son ami Marot. e. p.-b.
AMOUR n'est rien qu'une mort voluntaire, Oui en aultruy assigne nostrc vie.
Auquel partout et tousjours voulons plaire, Ayans perdu le dcsir et envie
De racheter la liberté ravie ;
Et qui plus est l'on ne sçait en efFcct
Si l'on est vif ou mort, ne que l'on faict.
Et, quant à moy, pis que mort j'ay esté ;
Mais puis qu'avez d'amour le nœud defFaict,
Il m'est advis que suis ressuscité.