Que personne ne soit tenté de m'en savoir gré
2. Ces vers rappellent indirectement la jolie fable : l'Amour et V Honneur, que se lit à la fois dans Ls poésies de Fonienelle et dans celles de Pavillon.
Le huitain suivant répond à celui-ci.
IL vauldroit nucux au désir et au cœur, Où prendre doit la vertu fondement, (^ue vous eussiez logé le vrai honneur, gue le servir par dehors seulement.
Car qui (sans plus) sert apparentement, S'il treuve lieu pour délaisser son maistrc, En libenc se mect ; lors clairement L'on voit le cœur tel qu'il fut et veult cstre.
CXLIIJ.
UE doy-je plus, helas ! dire ne faire? Que me vaut plus le plaindre et lamenter?
Ne voy-je point qu'en mon piteux affaire, Le meilleur est me taire et absenter.
Sans plus mes dicts ou escripts présenter? Helas ! ouy ; mais ay mal si extresme Que, plus le tais, plus le sens augmenter, Et plus vous fuy, de tant plus je vous aim.e' !
I. Huitain charmant et presque digne de Marot lui-même en ses meilleures inspirations.
QUELQUE beau dieu, Amour, que vous soyez, Jà ne serez plus de mcy supplié; Car le rebours tousjours vous m'envoyez De ce que j'ay dévotement prié.
Je me sens lors plus pris et plus lié, Quand je requiers mon eslargissement.
Et, si j'invoque à l'accomplissement De mon désir vostre déité saincte, Je ne faulx point d'avoir soudainement Le triste efFect de ma doubteuse crainte.
POUR gaigner en paradis lieu Sans aller jeusner aux déserts, Seulement vous fault servir Dieu D'aussi bon cœur que je vous sers *,
I. Ce quatrain et les quatre petites pièces qui suivent sont encore marqués au meilleur coin du poète.
yS ŒUVRES poétiqxjes
CE qu'elle dit, pense, escrjpt et souspire Vient tant du cœur, d'amour et de bonté, Que si m'cstoit pour s'amitié compté^ De ceux qui ont coustume d'en soubrire, Je leur dirois (n'y voulant contredire) Que ses façons contrefaictes et fainctes, Veu le plaisir honneste qui s'en tire.
Effaceront le naturel de maintes.
r. S'il m'étoit fait quelque conte, quelque rapport difavorable au sujet de son amitié. On écrivoit alors compter pour conter.
LE mieux sera de se renger Au temps qui toute chose appaise ', Prenant d'un nomparcil malaise Occasion de s'estrangcr.
Pour vivre en paix et se venger Par liberté, de son contraire, 11 fault l'un à l'autre changer:
Mais cœur d'amy ne le peut faire.
I . Se renger : on diroit aujourd'hui s'urr^K^^r. On peut comparer la pcnscc à une cpiyrainmc de Cratès, que nous avons diîjà citée :
E'f-wxa navet Xiixîo; • eî &e [ùt], xfovo;.
HONNEUR VOUS fait dcspriscr, ce me semble^ Le bien qu'attend vostre bonne fortune : Pour vous l'offrir en saison opportune, Amour et moy sommes tousjours ensemble.
LE jugement, non pas l'affection, Me faict louer, sur toutes dames, celle Où je ne voy rien que perfection.
Il est bien vray que mon amour est telle; Tousjours irois ses louanges chantant.
Mais si est-elle et si bonne et si belle^ *
Que, sans l'aimer, j'en dirois tout autant.
DIRE je n'ose, à grand peine vouloir Le bien de vous qui m'a vostre tenu; Non qu'un tel bien me sçeut faire douloir; Mais je crains trop que d'autre fust cogneu. Je scay comment il en est advenu A cest enfant qui vous a faict cognoistre. Jaloux en est luy mesme devenu, Et m'en tiens loing, puisque plus n'en veux estre.
CE marbre icy fut jadis la fontaine gue les beaux yeux, distillans jours et nuicts, Rendirent tost de belle eau comble et plaine;
8o ŒUVRES POETIQUES
Mais les travaux de douloureux ennuis, Repassant l'eau par les mesmes conduicts. En peu de temps la firent bien tarir.
Ainsy des yeux. La voyant jà périr, De leur grand mal desjà sentans l'apprcche, Tous desseche's, desiran's fort mourir, Furent muez et en marbre et en roche \
I. Ce sont les mêmes pensées qui ont inspiré ce madrigal de Ferrand, si fort admiré par Voltaire, qu'il l'a cité dans scn Siècle de Louis XIV. Mais combien Ferrand est supérieur à son prédéceseur!
D'amour et de mélancolie,
Celemnus enfin consumé,
En fontaine fut transformé ;
Et qui boit de ses eaux oublie
Jusqu'au nom de l'objet aimé.
Pour mieux oublier Égérie,
J'y courus hier vainement :
A force de changer d'amant,
L'infidèle l'avoit tarie. E. P,-3.
L*AME, laissant sa pénible maison, Pour le grand mal qui tousjours la tourmente. S'en va chercher la cause et la raison Du grand ennr.y dont elle se lamente, Et trouvant lors sa Dame au lict dormante. Lui dict touthaut :<r — Ce qui veis vous m'amcinc, C'est que de mort je me sens si prochaine Qu'elle est à l'huis. » O durtc non pareille! Quand, peur cryer, pour parler ou pour peine. Impossible est que pitié je réveille.
DE MELIN DE S A I NCT - G E L A YS. 8l
MAIS que me veut ceste âme ainFy criant Touteslesnuicts,quand plus fort jesommeillc! Qui, sans cesser, m'appelle en s'escriant Qu'à son secours et conseil je m'csveille ! Ne me romps plus, pauvre âme, tant l'oreille ; Puisque tu veux sçavoir de ton martyre L'occasion, or je la te voys dire.
Retourne doncq en ton corps et me croy ; Car tout le mal dont si fort tu souspires Ne procède que de faulte de foy \
1 . 11 semble que cette pièce est une continuation delà précédente; elle répond, du moins, aux idées qui sont expriniéesdans la première, bien que le Ms. n'indique entre elles aucune liaison, p. B.
SEUL et pensif, par bois non habitez, J'apprends mon cœur se nourrir de pensée, En recordant les biens qu'a méritez Celle qui fut de tel los compensée, Que nulle est plus en ce monde avancée. Tu sçais, Amour, les biens que je te dis ; Car toy tout seul de mesme respondis.
Et toy, doulx vent^ faisant doulxbruict en l'air, Qui t'arrestas pour entendre mes dicts, Ce qu'en oys ne lui veuilles celer *.
I . Il semble avoir emprunté à un sonnet de VArioite cette pensée, que Ronsard a aussi reproduite dansje LXYie sonnet de ses -4 mo«r5 (éd. elz., 1. 1, p. Sq). p. b. T, m. 6
QUE dis-tu, vent, par ta soufflante voix r — Je dis qu'Amour et un passant aux bois Viens de laisser tous deux plains de courroux. Lors cognoissant que leurs secrets sçavois. Et que désir de les servir j'avois.
M'ont dit : — O vent tant gratieux et doux. Va racompter ce que tu sçais de nous Hastivement où le propos s'adresse.
Or je vous dy qu'oncques nulle maistrcssc. Bien qu'elle fût de grand' vertu douée. D'un serviteur plain d'amour et tristesse Ne fut jamais autant que vous louée.
DE louer tant et Amour et sa Dame, C'est faict de soy par trop grand' vantciici C'est oublier son salut et son ame, C'est s'adonner du tout à menterie ; Mais toutesfois, si cestc fascherie Vous plaist si fort, un meilleur messager Vous ne pouviez choisir ne plus léger, Pour m'apporter vos nouvelles souvent, Qu'est un grand vent; mais j'y voy un danger, C'est qu'à le croire or' ne me puis rcngcr, Pour ce que c'est vent qui apporte vent ^